vendredi 22 juillet 2016

LA FOLIE DES GRANDEURS

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Gérard Oury. 1971. France/Italie/Allemagne de l'Ouest/Espagne. 1h49. Avec Louis de Funès, Yves Montand, Alice Sapritch, Karin Schubert, Alberto de Mendoza, Gabriele Tinti, Paul Preboist.

Sortie salle France: 8 décembre 1971.

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez.
1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent à Plumes. La Joncque (inachevé). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: Fantôme avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.


Gros succès Ă  sa sortie en salles (il enregistre 5 563 160 entrĂ©es en France), La Folie des Grandeurs allie avec une alchimie dĂ©tonante la comĂ©die burlesque et l'aventure rocambolesque sous l'impulsion d'un duo inattendu (De Funes/Montand) depuis la disparition prĂ©cipitĂ©e de Bourvil un 23 septembre 1970. DĂ©jĂ  responsable d'immenses succès (Le Corniaud, la Grande Vadrouille, Le cerveau), GĂ©rard Oury continue de parfaire son savoir-faire pour la comĂ©die populaire avec le soutien de Yves Montand Ă©tonnamment Ă  l'aise dans un rĂ´le Ă  contre-emploi de valet (faussement) empotĂ© et servile. Ce dernier se prĂŞtant avec ironie sournoise au jeu de soumission auprès de son ministre cupide et fourbe que De Funes incarne avec sa spontanĂ©itĂ© fulminante. RĂ©putĂ© comme l'un des plus grands acteurs comiques français, celui-ci nous offre traditionnellement un numĂ©ro de pantomime et de rĂ©parties avec une Ă©nergie galvanisante si bien que l'on s'Ă©tonne toujours de sa ferveur olympique Ă  se fondre dans la peau d'un personnage (principalement un maĂ®tre-chanteur) irrĂ©sistiblement outrancier. Outre le duo pĂ©tulant qu'il forme avec son faire-valoir Ives Montand, La Folie des Grandeurs bĂ©nĂ©ficie Ă©galement de la prĂ©sence de seconds-rĂ´les s'en donnant Ă  coeur joie dans l'extravagance (Ă  l'instar d'Alice Sapritch et de son cĂ©lèbre numĂ©ro de strip-tease) ou dans la sĂ©duction (Karin Schubert magnĂ©tisant l'Ă©cran de ses yeux azur dans une fonction suave de souveraine gagnĂ©e par ses sentiments !).


Truffé de gags (visuels et verbaux), de quiproquos et de rebondissements à répétition lors d'une dernière partie aussi échevelée qu'imprévisible, La Folie des grandeurs cultive sa frénésie comique grâce également aux enjeux stratégiques qu'une foule de seconds-rôles vont tenter de comploter afin d'accéder au pouvoir. Epousant la démarche d'un suspense en ascension pour la condition incertaine de nos deux héros et la romance secrète impartie entre Blaze et la reine d'Espagne, la Folie des Grandeurs gagne en densité grâce à l'efficacité d'un scénario bien huilé inspiré de la pièce de théâtre Ruy Blas de Victor Hugo. Déchu de ses fonctions par la reine, Don Salluste, ministre cupide détesté par la population, décide de se venger d'elle en élaborant secrètement une conjuration avec l'aide de son neveu César. Ce dernier refusant sa transaction, il imagine alors un plan machiavélique pour compromettre son valet Blaze dans une relation d'adultère. Ce pitch perfide faisant notamment intervenir deux motifs vindicatifs (celle de Salluste et de don César) cumule les situations burlesques et revirements avec une énergie exubérante ! Gérard Oury maîtrisant également le cadre historique de ses décors en costumes et de ses vastes déserts avec la flamboyance d'une photo sépia.


La vraie comĂ©die commence lĂ  oĂą commence l'Ă©ternitĂ©. 
ComĂ©die d'aventures intrĂ©pides menĂ©e Ă  100 Ă  l'heure par un duo impayable ainsi qu'une poignĂ©e de seconds-rĂ´les diablotins, La Folie des Grandeurs perdure son attrait comique parmi l'incroyable brio de GĂ©rard Oury se surpassant une fois de plus Ă  parfaire un spectacle haut en couleurs au rythme entĂŞtant du thème hĂ©roĂŻque de Polnareff ! A l'image du film, un score proprement inoubliable !  

B.M. 4èx

jeudi 21 juillet 2016

LA FOLLE JOURNEE DE FERRIS BUELLER

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de John Hughes. 1986. U.S.A. 1h42. Avec Matthew Broderick, Alan Ruck, Mia Sara, Jeffrey Jones, Jennifer Grey.

Sortie salles France: 17 Décembre 1986. U.S: 11 Juin 1986

FILMOGRAPHIE: John Hughes est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 18 Février 1950 à Lansing (Michigan, Etats-Unis), mort le 6 Août 2009 d'une crise cardiaque à New-York. 1984: Seize bougies pour Sam. 1985: The Breakfast Club. 1985: Une Créature de rêve. 1986: La Folle Journée de Ferris Bueller. 1987: Un Ticket pour deux. 1988: La Vie en plus. 1989: Uncle Buck. 1991: Le P'tite Arnaqueuse.


ComĂ©die culte de toute une gĂ©nĂ©ration sortie un an après le tout aussi notoire The Breakfast Club; La folle journĂ©e de Ferris Bueller est une invitation Ă  l'Ă©vasion et Ă  l'Ă©panouissement en cette pĂ©riode aussi fragile qu'insouciante que dĂ©termine l'adolescence. Initiateur du Teen movie, John Hughes va bien au-delĂ  du genre pour mettre en exergue un hymne Ă  la dĂ©compression Ă  travers la journĂ©e de sèche d'un lycĂ©en impudent rivalisant d'audace et de ruses pour dĂ©jouer la hiĂ©rarchie enseignante et parentale. D'une drĂ´lerie constamment inventive multipliant Ă  rythme mĂ©tronomique les morceaux d'anthologie (la rĂ©ception au restaurant, le fameux concert improvisĂ© en centre-ville au coeur d'une foule dĂ©chaĂ®nĂ©e, la sĂ©quence du commissariat avec Jeanie Ă©prise d'amour pour un jeune marginal !), La folle journĂ©e de Ferris Bueller puise Ă©galement sa vigueur expansive en la prĂ©sence du jeune Matthew Broderick endossant le rĂ´le titre avec une spontanĂ©itĂ© dĂ©sinvolte.


En lycĂ©en Ă©mĂ©rite, ce dernier starifie son personnage depuis sa rĂ©putation notable d'enchaĂ®ner les rĂ©ussites avec un sens stratĂ©gique infaillible. Finaud, espiègle et bonimenteur, la journĂ©e rocambolesque qu'il se partage avec son acolyte Cameron et sa compagne Sloane constitue une aventure singulière dans sa manière couillue d'improviser les situations extravagantes au dĂ©tour d'un pĂ©riple urbain. A travers son esprit de camaraderie, John Hughes adopte Ă©galement (sans prĂ©venir) une rupture de ton pour souligner les thèmes de l'exclusion et du malaise adolescent par le biais du personnage introverti de Cameron qu'Alan Ruck incarne avec un humanisme torturĂ©. Sa volontĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e de s'affirmer pour tenir tĂŞte Ă  son père castrateur donne lieu Ă  des moments poignants lorsqu'il extĂ©riorise sa colère (la destruction de la Ferrari dans le garage). SĂ©millante et pleine de charme, Mia Sara s'interpose avec une tendre complicitĂ© dans la peau de Sloane, compagne sentimentale de Ferris. Dans un second-rĂ´le gentiment folingue, Jennifer Grey se glisse naturellement dans la peau d'une soeur cadette avec une jalousie fulminante ! Cette dernière s'efforçant de dĂ©noncer Ă  ses parents l'attitude flâneuse, insolente et orgueilleuse de Ferris, d'autant plus sarcastique Ă  son Ă©gard ! Enfin, et pour parachever de la manière la plus dĂ©sopilante, impossible d'occulter le personnage empotĂ© du principal de lycĂ©e que Jeffrey Jones adopte avec une rage contenue ! LittĂ©ralement obsĂ©dĂ© Ă  l'idĂ©e de dĂ©masquer au grand jour les stratagèmes perfides de Bueller, ce dernier ne cesse de semer les bĂ©vues improbables durant son cheminement investigateur ! (son effraction au foyer des Bueller, le tĂŞte Ă  tĂŞte avec le Rottweiler puis enfin son dĂ©part dans le car scolaire).


"La vie bouge bien trop vite. Si tu t'arrĂŞtes pas de temps en temps, elle peut te filer entre les doigts !"
Authentique chef-d'oeuvre du teenage movie, comédie débridée pleine de fraîcheur et d'hilarité, cure de jouvence anti-dépressive, pied de nez au politiquement sérieux, la Folle journée de Ferris Bueller suscite une ferveur exutoire en cette période complexe de l'adolescence. Une époque instable partagée entre l'épanouissement et la curiosité de braver l'interdit, la quête de reconnaissance et d'amour (tant au niveau parental qu'amical), la rébellion et le besoin d'aplomb pour ménager la maturité.

La chronique de Breakfast Clubhttp://brunomatei.blogspot.fr/2012/09/the-breakfast-club.html

B.M 3èx

mercredi 20 juillet 2016

Le Secret de la Pyramide / Young Sherlock Holmes

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site quelfilmregarder.blogspot.com

"Young Sherlock Holmes" de Barry Levinson. 1985. U.S.A. 1h49. Avec Nicholas Rowe, Alan Cox, Sophie Ward, Anthony Higgins, Vivienne Chandler, Susan Fleetwood, Freddie Jones.

Sortie salles France: 26 Mars 1986. U.S: 4 Décembre 1985

FILMOGRAPHIE: Barry Levinson est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 6 Avril 1942 Ă  Baltimore. 1982: Diner. 1984: Le Meilleur. 1985: Le secret de la Pyramide. 1987: Les Filous. 1987: Good morning Vietnam. 1988: Rain Man. 1990: Avalon. 1991: Bugsy. 1992: Toys. 1994: Jimmy Hollywood. 1994: Harcèlement. 1996: Sleepers. 1997: Des Hommes d'influence. 1998: Sphère. 1999: Liberty Heights. 2000: An Everlasting Piece. 2001: Bandits. 2004: Envy. 2006: Man of the Year. 2008: Panique Ă  Hollywood. 2009: PoliWood (documentaire). 2012: The Bay. 2014 : The Humbling.
2015: Rock the Kasbah.


"Restez maître de vos émotions où elles vous mèneront à votre perte !"
En 1985, un an après l'Ă©norme succès d'Indiana Jones et le temple maudit, Steven Spielberg et son illustre sociĂ©tĂ© de production Amblin Entertainment supervisent une aventure inĂ©dite de Sherlock Holmes sous la houlette du rĂ©alisateur Barry LevinsonConan Doyle n'ayant jamais adaptĂ© d'aventures sur la jeunesse du dĂ©tective, Chris Columbus, scĂ©nariste de Gremlins et des Goonies, en Ă©labore un script afin de divertir un public familial hĂ©las timorĂ© lors de sa sortie commerciale (en France, 791 146 spectateurs se dĂ©placent dans les salles). En prime, mĂŞme si la critique de l'Ă©poque reconnait ses qualitĂ©s techniques (notamment l'innovation des images de synthèse par le biais du personnage "3D" du chevalier) et narratives (script charpentĂ© truffĂ© d'idĂ©es et de rebondissements), sa cotation s'Ă©lève Ă  peine Ă  5,7/10 sur le site web Rotten Tomatoes. Pour autant, en France, Le Secret de la Pyramide va rapidement conquĂ©rir le coeur des vidĂ©ophiles, principalement lors de son exploitation en Vhs ! Ainsi, quelques dĂ©cennies plus tard, cette aventure rocambolesque aux allures de luxueuse sĂ©rie B possède toujours ce charme irrĂ©fragable qui plus est inscrit dans la modestie. 


Non seulement grâce au savoir-faire et Ă  l'intĂ©gritĂ© de Barry Levinson s'efforçant scrupuleusement d'agrĂ©menter un scĂ©nario captivant Ă©maillĂ© de bravoures (l'Ă©chappĂ©e en machine volante, le duel Ă  l'Ă©pĂ©e, les pugilats au coeur du temple Ă©gyptien) et de fulgurances dĂ©bridĂ©es (les dĂ©lires hallucinogènes que les victimes Ă©prouvent sont matĂ©rialisĂ©s par des FX Ă  la fois soignĂ©s et inventifs !) mais aussi grâce Ă  la cohĂ©sion de nos protagonistes juvĂ©niles pĂ©tris d'humanisme et d'hĂ©roĂŻsme lors de leur apprentissage policier. Qui plus est, avec le charme docile de Sophie Ward endossant un second rĂ´le sentimental, Le Secret de la pyramide se permet en annexe de souligner sobrement une romance poignante parmi Sherlock Holmes si bien que son final Spoil ! pessimiste dĂ©tonne par son inopinĂ©e noirceur fin du Spoil. C'est donc Ă  travers l'investigation sagace d'Holmes, Watson et d'Elisabeth que ce rĂ©cit d'aventures renchĂ©rit son efficacitĂ© pour y dĂ©masquer un mystĂ©rieux criminel (l'Ă©nigmatique soutane Ă  la sarbacane !) en compromis avec une secte adoratrice du dieu Osiris ! Et ce, afin d'y venir Ă  bout, Ă  condition de savoir maĂ®triser ses Ă©motions au profit de la discipline.   


Amblin for ever.
Retraçant avec vibrante Ă©motion le rĂ©cit initiatique du plus cĂ©lèbre dĂ©tective anglais tentant de maĂ®triser ses Ă©motions par le truchement de l'action, la romance, l'amitiĂ© (ses rapports Ă©troits avec Watson) et l'aventure, Le Secret de la Pyramide regorge de gĂ©nĂ©rositĂ©, d'Ă©motions candides et de sincĂ©ritĂ© pour mettre en exergue un spectacle familial au service d'un public Ă©rudit. Dans la mesure oĂą son action bondissante JAMAIS gratuite est parfaitement Ă©quilibrĂ©e d'une structure narrative compacte sous l'impulsion chaleureuse d'ados lucides que le score de Bruce Broughton accompagne avec une sensibilitĂ© tĂ©nue pour leurs moments les plus intimes. Un bijou que le temps ne parvient pas Ă  sclĂ©roser (bien au contraire). 

*Bruno Matéï
10.06.22. 4èx

mardi 19 juillet 2016

FRANCESCA

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site anythinghorror.com 

de Luciano Onetti. 2015. Argentine/Italie. 1h19. Avec Luis Emilio Rodriguez, Gustavo Dalessanro, Raul Gederlini, Silvina Grippaldi, Evangelina Goitia, Juan Bautista Massolo, Florencia OllĂ©.

Sortie salles Espagne: 9 Octobre 2015

FILMOGRAPHIE:  Luciano Onetti est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur argentin.
2013: Sonno Profondo. 2015: Francesca


15 ans après la disparition de Francesca, un tueur sĂ©vit en agressant sauvagement ses victimes. Deux dĂ©tectives tentent de rĂ©soudre l'Ă©nigme. 

Fortement influencé par le genre en vogue à l'aube des seventies, Francesca est à mon sens un mauvais giallo auquel sa durée minimaliste ne plaide pas non plus en sa faveur (comptez 1h09 sans le générique de fin !). Car malgré la bonne volonté et la sincérité du réalisateur de nous offrir un spectacle divertissant dans la noble tradition du genre, Francesca sombre rapidement dans la médiocrité. Faute à un scénario mal ficelé que l'on connait par coeur auquel l'investigation dénuée de suspense et de ressort dramatique fait chavirer le navire vers la trivialité. A l'instar du jeu inexpressif des acteurs au grand dam d'une gestuelle atone, du manque de réalisme des séquences de meurtres, d'une partition pop trop envahissante, voire parfois même irritante (notamment ses mélodies agressives au clavecin), et d'une photo surexposée bien trop contrastée pour se laisser séduire par ses fulgurances picturales. Si toutefois de bonnes idées formelles et narratives font parfois illusion (comme le souligne son splendide générique d'intro saturé d'un score entraînant !), l'aspect franchement scolaire (pour ne pas dire amateur) de la mise en scène dénature toute ambition artistique.


"La peinture, ce n'est pas copier la nature, c'est travailler avec elle !"
Vraiment dommage donc d'avoir tenter aussi maladroitement d'honorer ses ascendants sans brio (ou si peu si je me réfère encore à son prologue), sans originalité et sans audace si bien que le metteur en scène n'avait d'yeux que pour l'ultra référence. Jusque dans la touche rétro de sa rutilante affiche d'exploitation "dessinée à l'ancienne"que les cinéphiles se consoleront finalement à fantasmer !

B.M

STRANGER THINGS

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

Créé par Matt Duffer et Ross Duffer. 2016. 8 épisodes de 48 minutes. Avec Winona Ryder, David Harbour, Matthew Modine, Cara Buono, Finn Wolfhard, Millie Brown.

FILMOGRAPHIE: Les frères Duffer sont des réalisateurs, producteurs et scénaristes américains. 2015: Hidden. 2016: Stranger Things.

                                  Une chronique exclusive de Gilles Rolland.

Note: ★★★★★

Le Pitch :
En 1983, dans une petite bourgade de l’Indiana aux États-Unis, l’inexplicable disparition de Will, un enfant, provoque l’Ă©moi de toute la communautĂ©. Alors que la mère du garçon affirme percevoir des Ă©tranges signaux lui indiquant que ce dernier cherche Ă  communiquer, les amis de Will se lancent Ă  sa recherche, tout comme les services de police, dirigĂ©s par Hopper, un homme brisĂ© par une tragĂ©die qui ne cesse de l’affecter. Rapidement, les indices convergent vers un mystĂ©rieux laboratoire perdu dans les bois. L’arrivĂ©e d’Eleven, une jeune fille pas comme les autres sortie de nulle part, ayant peut-ĂŞtre un lien avec toute cette histoire…


La Critique :
Impossible de nier la monumentale influence du cinĂ©ma de genre des annĂ©es 80 sur la production actuelle. Plus particulièrement des films portĂ©s par Amblin, la firme créée en 1981, par Steven Spielberg, Frank Marshall et Kathleen Kennedy, qui n’a eu de cesse de redĂ©finir les contours d’une industrie jusqu’Ă  imposer un nouveau modèle. Que l’on parle de E.T., de Gremlins, des Goonies ou de Retour vers le Futur, Amblin a rĂ©volutionnĂ© le septième-art populaire en profondeur.
ForcĂ©ment, les choses ont bien changĂ© sous le soleil d’Hollywood depuis la fin de ce que beaucoup considèrent Ă  juste titre comme un authentique âge d’or, avec l’arrivĂ©e de nouveaux moules, amenĂ©s Ă  produire des Ĺ“uvres plus cyniques, parfois sous couvert de dĂ©marches opportunistes faussement sincères. Alors que les pères fondateurs, Spielberg et Joe Dante en tĂŞte continuent leur route, avec une flamboyance sans cesse renouvelĂ©e pour le premier et un peu au petit bonheur la chance pour le second, d’autres tentent de renouer avec cette verve, sans toujours y parvenir. Si on a largement parlĂ© de J.J. Abrams, le rĂ©alisateur de Star Wars – Le RĂ©veil de la Force et de Super 8, comme du principal hĂ©ritier de ce mouvement, plus parce que ce dernier a vraiment cherchĂ© cette Ă©tiquette que pour de solides raisons, personne n’a vu venir les frères Duffer. Deux frangins remarquĂ©s par les initiĂ©s avec notamment leur film Hidden, qui ont dĂ©boulĂ© sans crier gare avec Stranger Things, une sĂ©rie parfaitement connectĂ©e avec l’esprit Amblin et plus largement avec tout un pan de la contre-culture pop. De celle dont on se souvient avec une mĂ©lancolie sincère…

Stranger Things s’est annoncĂ© Ă  grand renfort d’affirmations hyper prometteuses du genre « Winona Ryder dans une sĂ©rie hommage au cinĂ©ma de Spielberg ». Le style qu’on voit tous les quatre matins mais qui dĂ©bouche souvent sur d’amères dĂ©ceptions. Pour autant, lĂ , on avait envie d’y croire. Et en effet, nous avons eu raison, car Stranger Things est une pĂ©pite. De celles que l’on ne trouve que très rarement et qui, sans forcer, remettent les pendules Ă  l’heure.


Dans la forme, cette anthologie, avec un dĂ©but, un milieu et une fin (ouverte sur une potentielle saison 2), adopte beaucoup des codes mis en place dans les annĂ©es 80. La photographie est superbe, vintage Ă  souhait, mais ne se contente pas pour autant de tabler sur des automatismes. L’immersion est totale. On s’y croirait vraiment. Les ambiances sont prĂ©gnantes et certaines sĂ©quences brillent par leur beautĂ© crĂ©pusculaire. Les Duffer ont soignĂ© leur production design et leur mise en scène. ÉpaulĂ©s par Shawn Levy, qui ne nous avait pas vraiment habituĂ© Ă  tant de pertinence, ils construisent un univers plus vaste qu’il n’y paraĂ®t mais parviennent avant tout Ă  donner du corps Ă  cette communautĂ©, comme au bon vieux temps oĂą E.T. visitait notre planète. Les clins d’Ĺ“il « visuels » sont nombreux. Certaines scènes font directement rĂ©fĂ©rence Ă  des classiques, on voit des posters ici ou lĂ  (The Thing, Evil Dead, Les Dents de la Mer…), et il est très agrĂ©able de se laisser aspirer par un monde qui ressemble Ă  ce que le notre fut jadis. Tout du moins celui qui nous faisait rĂŞver quand, enfant, nous regardions ces films qui ont construit une large partie de notre imaginaire. La cave oĂą les enfants jouent Ă  Donjons et Dragons, la cabane dans les bois, l’Ă©cole, un laboratoire secret… Ă  eux seuls, les lieux clĂ©s de l’intrigue appellent des sensations et des sentiments multiples et identifiables pour quiconque ayant connu cette Ă©poque. Pour les autres, les plus jeunes, finalement, c’est un peu la mĂŞme chose tant Stranger Things Ă©voque une certaine universalitĂ© avec laquelle il semble difficile de ne pas avoir d’affinitĂ©s. Ă€ la manière de Spielberg, mais aussi de Stephen King, largement citĂ© lui aussi, le show prend pied dans une rĂ©alitĂ© reconnaissable, avant d’en modifier les contours pour la distordre selon sa volontĂ©, au grès d’une histoire de monstres, de copains, de parents et de mĂ©chants agents mandatĂ©s par un gouvernement en pleine Guerre Froide.
Alors oui, il convient vraiment d’Ă©voquer Stephen King, tant Stranger Thing lorgne du cĂ´tĂ© de son Ĺ“uvre, lĂ  encore, sans s’y reposer totalement. En fait, le scĂ©nario rappelle principalement Charlie et Carrie, mais dans le bon sens. On pense aussi Ă  Ça et bien sĂ»r Ă  Stand By Me. Que du bon. Les Duffer utilise leur goĂ»t et l’influence qu’ont eu Spielberg, King, ou bien John Carpenter, comme tremplin et non comme prĂ©texte. Il serait dommage de limiter Stranger Things Ă  ses rĂ©fĂ©rences car la sĂ©rie vaut bien plus que cela.


La façon dont elle s’amuse avec ses modèles va d’ailleurs ce sens. Les Duffer sont mĂŞme allĂ©s jusqu’Ă  chercher une icĂ´ne de l’Ă©poque, en la personne de Winona Ryder, pour lui confier un rĂ´le difficile, emblĂ©matique, mais par forcĂ©ment central, mĂŞme si elle vĂ©hicule une Ă©motion puissante. Matthew Modine, une autre star des 80’s, est aussi dans la place, aux cĂ´tĂ©s d’une jeune gĂ©nĂ©ration d’acteurs parfaitement raccords avec les intentions globales. Winona Ryder et Matthew Modine sont en quelque sorte des cautions. Les reprĂ©sentants d’un passĂ© qui refait surface sous l’impulsion de la nouvelle garde. Les Duffer et leurs jeunes acteurs se rĂ©appropriant ces rĂ©fĂ©rences dans ce qui s’apparente Ă  la fois Ă  un vibrant hommage, mais aussi Ă  un dĂ©sir de continuer ce que d’autres ont commencĂ©. L’histoire se prolonge et nous d’en prendre plein les yeux.
MĂŞme la musique a Ă©tĂ© pensĂ©e pour nous emporter loin, dans cette petite bourgade en proie Ă  des phĂ©nomènes surnaturels. Une excellente partition signĂ©e par le duo Kyle Dixon, Michael Stein, très Ă©lectro, dans le bon sens, alignĂ©e sur les scores de John Carpenter, et agrĂ©mentĂ©e de tubes rock issus de cette glorieuse dĂ©cennie prise en Ă©tau entre le souffle punk et l’envol de la FM et des nappes de synthĂ©. Pertinente, enveloppante, la musique est partout, omniprĂ©sente, et accompagne les personnages dans leurs aventures, de la plus belle des manières. Tout spĂ©cialement quand elle se fait le vecteur d’une poĂ©sie sombre qui se manifeste elle aussi au grès d’accents plus ou moins affirmĂ©s, mais jamais vains.


Il y a bien un monstre dans Stranger Things. Un crĂ©ature effrayante sortie d’un enfer qui en dit long sur notre Ă©poque (on n’en dira pas plus), qui est pourtant loin de compter autant que les personnages. Car si la sĂ©rie est aussi rĂ©ussie, c’est justement car elle ne perd jamais de vu ses personnages. Ils ne souffrent pas du contexte surnaturel ou d’une surabondance d’effets-spĂ©ciaux. Les frères Duffer ont esquivĂ© tous les pièges que beaucoup se sont pris en pleine poire. Stranger Things est un drame avant d’ĂŞtre un trip horrifique ou purement fantastique. LĂ  encore, Ă  l’instar des plus grands, les rĂ©alisateurs/scĂ©naristes ont imaginĂ© une histoire solide oĂą les thĂ©matiques trouvent un Ă©cho dans le fantastique. Ils nous livrent l’un des plus beaux rĂ©cits d’amitiĂ© vus depuis des lustres. Les Duffer ont parfaitement saisi tout ce qui caractĂ©rise les relations que peuvent avoir des amis avant l’adolescence. Sans en faire des caisses, dans une dĂ©marche sincère et habitĂ©e, proche du modèle du genre, Ă  savoir Stand By Me. Pareil quand ils parlent de la maternitĂ© ou du deuil. Stranger Things est une grande sĂ©rie sur l’espoir que peuvent porter les enfants, devant des parents soit dĂ©passĂ©s soit plus dĂ©missionnaires. En prenant pied au dĂ©but des annĂ©es 80, le show en profite pour parler de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine, mais aussi du monde dans son ensemble. Il nous cause de la peur de l’autre, qui parfois est diffĂ©rent, et de cette innocence que le cynisme et le monde des adultes cherche Ă  tout prix Ă  dĂ©truire.


On a souvent reprochĂ© Ă  J.J. Abrams d’avoir fait de Super 8, son hommage Ă  Spielberg et Ă  Amblin, une sorte de gros truc opportuniste. On est d’accord ou pas mais il n’y a aucune chance que l’on affirme la mĂŞme chose Ă  propos des frères Duffer. Ces derniers ont tout compris, jusque dans les moindres dĂ©tails et si chaque Ă©pisode de leur sĂ©rie regorge en effet de rĂ©fĂ©rences appuyĂ©es, elles sont finalement surtout lĂ  pour permettre au spectateur de s’identifier Ă  l’univers mis en place ainsi qu’aux personnages, mais jamais une fin en soi. Pour les fans, elles sont de bons gros bonus bien savoureux mais pour les nĂ©ophytes, elles ne seront jamais une entrave Ă  la bonne comprĂ©hension ou Ă  l’apprĂ©hension de l’ensemble.
Stranger Things fait passer par une multitude d’Ă©motions diffĂ©rentes. Très vite, dès les premières minutes, on se prend Ă  vibrer avec Mike et ses amis. On a parfois peur, on rit souvent et les larmes ne sont jamais bien loin. La chair de poule elle, est omniprĂ©sente. Au fil des Ă©pisodes, tandis que le dĂ©nouement approche, Stranger Things dĂ©voile ses cartes. Son Ă©criture, pleine de sensibilitĂ© et d’empathie, dĂ©montre d’une comprĂ©hension rare des codes et d’un respect indĂ©niable. De Winona Ryder aux gamins, en passant par l’intense David Harbour (vu dans The Newsroom) et la jeune Millie Bobby Brown, la distribution est de plus assez incroyable. Les acteurs ont tous Ă©tĂ© castĂ©s avec une attention manifeste et ça se voit. Ă€ fond, ils livrent des interprĂ©tations sans faille et contribuent Ă  nous coller des Ă©toiles dans les yeux, grâce Ă  leur talent et Ă  leur dĂ©vouement permanent (mention aux 3 gamins).
Sublime, passionnante, surprenante, ce show unique a tout pour plaire au plus grand nombre, mais ne sacrifie jamais son intĂ©gritĂ©. Dans le jargon, on appelle ça un miracle de cinĂ©ma. Comment ça c’est une sĂ©rie TV ?

@ Gilles Rolland

lundi 18 juillet 2016

THE STRANGERS

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com 

de Na Hong-jin. 2016. Corée du Sud. 2h36. Avec Kwak Do-won, Hwang Jeong-min, Cheon Woo-hee, Kim Hwan-hee, Jun Kunimura.

Sortie salles France: 6 Juillet 2016. Corée du Sud: 12 Mai 2016

FILMOGRAPHIE: Na Hong-jin est un réalisateur et scénariste sud-coréen, né en 1974.2008 : The Chaser. 2010 : The Murderer. 2016: The Strangers


RĂ©vĂ©lĂ© par le chef-d'oeuvre The Chaser et le non moins excellent The MurdererNa Hong-jin nous revient avec The Strangers, un projet autrement singulier si bien que ce thriller prioritairement horrifique baigne dans un surnaturel chargĂ© de mysticisme. Dans un petit village corĂ©en, l'inspecteur Jong-goo est chargĂ© d'Ă©lucider une vague de crimes inexpliquĂ©s. Au moment de suspecter un japonais vivant reclus dans les montagnes, sa fille est en proie Ă  des crises d'hystĂ©rie incontrĂ´lĂ©es. Il dĂ©cide d'invoquer l'aide d'un shaman. 


D'une durĂ©e excessive de 2h36, The Strangers aborde le thème de la possession sataniste avec la dextĂ©ritĂ© d'une mise en scène prenant son temps Ă  dĂ©velopper son sujet et la trajectoire indĂ©cise des personnages. Alternant enquĂŞte policière et magie noire face au tĂ©moignage d'un flic et d'un Ă©minent chaman, Na Hong-jin tend Ă  nous alerter sur la nature insidieuse du Mal et l'incapacitĂ© pour l'homme d'en dĂ©masquer son identitĂ©. Ne cessant de brouiller les pistes quant aux suspects dĂ©lĂ©tères experts en art du subterfuge, The Stranger insuffle un climat d'inquiĂ©tude aussi inconfortable que malsain. Tant au niveau de la scĂ©nographie des victimes sauvagement mutilĂ©es, des sĂ©ances d'exorcisme pratiquĂ©es dans une tradition sĂ©culaire que des exactions meurtrières d'un zombie dĂ©gingandĂ© ou de la posture placide d'un japonais mutique. La nature environnante, pluvieuse et feutrĂ©e, renforçant Ă©galement son cadre anxiogène. Face Ă  cette dĂ©rive criminelle en chute libre, un flic tente d'en dĂ©busquer le coupable et d'y dĂ©celer le vrai du faux lorsque le surnaturel est objet de craintes et de doutes. Sa propre fille en subira d'ailleurs un prĂ©judice inĂ©quitable jusqu'Ă  la conclusion aussi Ă©quivoque que glaçante. Sans volontĂ© d'expliquer les tenants et aboutissants des personnages les plus Ă©nigmatiques (la femme en blanc, le japonais, le shaman), Na Hong-jin nous embourbe dans une vĂ©nĂ©neuse et Ă©prouvante descente aux enfers depuis l'impuissance du hĂ©ros Ă  dĂ©jouer les forces du Mal.


"Le mal caché est le plus grave"
InquiĂ©tant et dĂ©routant et parvenant avec brio Ă  renouveler les codes du film de possession parmi la charpente d'un scĂ©nario volontairement tortueux et abscons, The Strangers pourrait mĂŞme dĂ©cupler sa vigueur Ă©motionnelle et dramatique après un second visionnage. Fort d'une intensitĂ© en crescendo et d'une caractĂ©risation fĂ©brile des personnages (se laissant beaucoup trop influencĂ©s par leurs Ă©motions !), cette Ă©preuve humaine extĂ©riorise un sentiment d'impuissance poignant face Ă  la dĂ©loyautĂ© du Mal. 

B.M


lundi 11 juillet 2016

Les Seigneurs de la Route / La Course Ă  la mort de l'An 2000 / Death Race 2000. Licorne d'Or au Rex de Paris, 1975.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

de Paul Bartel. 1975. U.S.A.1h19. Avec David Carradine, Sylvester Stallone, Simone Griffeth, Mary Woronov, Roberta Collins, Martin Kove.

Sortie salles France: 16 Juin 1976. U.S: 27 Avril 1975

FILMOGRAPHIE: Paul Bartel est un acteur, producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 6 aoĂ»t 1938 Ă  Brooklyn, New York, et dĂ©cĂ©dĂ© le 13 mai 2000 Ă  New York (États-Unis). 1968: The Secret Cinema. 1969: Naughty Nurse. 1972: Private Parts. 1975: La Course Ă  la mort de l'an 2000. 1976: Cannonball ! 1982 : Eating Raoul. 1984: Not for Publication. 1985: Lust in the Dust. 1986 : Les Bons tuyaux. 1989 : Scenes from the Class Struggle in Beverly Hills. 1993: Shelf Life.


B movie culte produit par Roger Corman, Les Seigneurs de la Route gagna Ă©galement sa notoriĂ©tĂ© grâce Ă  son exploitation en VHS Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80. Prenant pour thème les dĂ©rives (avant-gardistes) de la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© Ă  travers un jeu sportif extrĂŞmement violent, l'intrigue suit l'itinĂ©raire routier de pilotes de course avides de remporter la victoire en assassinant sur leur chemin le plus de piĂ©tons possibles. Une femme Ă©quivalent Ă  20 points, un adolescent: 40 points, les enfants de 12 ans et -: 70 points et enfin les personne âgĂ©s de plus de 75 ans: 100 points. Frankenstein (David Carradine) et Mitraillette Kelly (Sylvester Stallone) se disputant fĂ©brilement le match avec un cabotinage dĂ©complexĂ© ! Ainsi, ce concept aussi dĂ©lirant qu'improbable, Paul Bartel l'illustre avec un humour sardonique souvent jouissif Ă  travers ses gags Ă  rĂ©pĂ©titions et sa violence gore qui en Ă©mane. Tous les personnages vils et mesquins surjouant sans retenue pour mieux dĂ©noncer l'absurditĂ© d'une sociĂ©tĂ© despotique dĂ©nuĂ©e de culture et d'humanitĂ©, alors que les mĂ©dias se prĂŞtent cyniquement Ă  cette mascarade dans l'immoralitĂ© la plus totale (suffit de voir le rictus du prĂ©sentateur se rĂ©jouissant de la mort de chaque piĂ©ton sacrifiĂ© !).


Avec ces voitures futuristes customisées tout droits sorties de la série animée Les Fous du volants et la défroque risible de super-héros à la p'tite semaine, les Seigneurs de la Route cultive un esprit BD bisseux dans une facture ultra kitch. A l'instar des décors de fond grossièrement façonnés en matte painting derrière les tribunes des spectateurs ! Or, si le récit répétitif se résume à une inlassable course entre pilotes décervelés (on a d'ailleurs l'impression qu'ils ont subi une lobotomie pour accepter pareille déontologie !), Paul Bartel parvient à soutenir le rythme de par son lot fertile de poursuites et règlements de compte, notamment avec l'appui militant de l'armée de la résistance (française ! ?) semant des pièges autour de cette course transcontinentale. Quant au personnage imbu de Frankenstein, David Carradine se prête satiriquement au jeu avec une certaine ambivalence de par son attitude aussi couarde qu'héroïque, alors que Stalonne lui dispute jalousement la vedette dans sa fonction risible de "gangster" machiste opportuniste.


Divertissement fauchĂ© aussi dĂ©bridĂ© que dĂ©calĂ© pour sa reprĂ©sentation cartoonesque d'une dictature prĂ©sidentielle rĂ©gissant les nouveaux jeux du cirque (le merchandising du jeu-video s'en inspirera d'ailleurs par la suite), les Seigneurs de la Route fait office de sympathique curiositĂ© avec l'appui d'anthologiques lynchages routiers lors de sa 1ère partie furibarde. 

*Bruno
13.09.23. 6èx

Récompense: Licorne d'Or au Festival du cinéma fantastique de Paris, 1975.

vendredi 8 juillet 2016

Tremors

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Ron Underwood. 1990. U.S.A. 1h36. Avec Kevin Bacon, Fred Ward, Finn Carter, Michael Gross,
Reba McEntire, Robert Jayne.

Sortie salles France: 23 Mai 1990. U.S: 19 Janvier 1990

FILMOGRAPHIE: Ron Underwood est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 6 novembre Ă  Glendale, Californie (États-Unis). 1986 : The Mouse and the Motorcycle (TV). 1988 : Runaway Ralph (TV). 1990 : Tremors. 1991 : La Vie, l'Amour, les Vaches. 1993 : DrĂ´les de fantĂ´mes. 1994 : ChĂ©rie vote pour moi. 1998 : Mon ami Joe. 2002 : Pluto Nash. 2003 : Stealing Sinatra. 2003 : Monk Saison 2 Épisode 2 : Monk part Ă  Mexico. 2004 : Back When We Were Grownups (TV). 2005 : In the Mix. 2006 : La Fille du Père NoĂ«l (TV). 2007 : Un fiancĂ© pour NoĂ«l (TV). 2011 : Trois jours avant NoĂ«l.

 
Tremors — Les mâchoires de la terre.

Succès commercial timorĂ© Ă  sa sortie (211 585 entrĂ©es en France), Tremors s’est taillĂ© au fil des ans une solide rĂ©putation de film culte, notamment grâce Ă  sa carrière vidĂ©o et Ă  son concept aussi loufoque qu’ingĂ©nieux : une menace reptilienne jaillissant des entrailles de la terre. Par leur taille dĂ©mesurĂ©e et leur appĂ©tit vorace, ces monstres souterrains rappellent les fameuses Dents de la Mer de Spielberg, Ă  ceci près que le requin, ici, se faufile sous le sable.

Synopsis
: Dans un hameau isolĂ© du Nevada, deux cowboys de longue date s’allient Ă  une poignĂ©e de citadins, Ă  une sismologue et Ă  un couple de survivalistes passionnĂ©s d’armes pour affronter l’hostilitĂ© de ces vers gĂ©ants tapis sous leurs pieds. Contraints de se rĂ©fugier sur les toits des maisons, puis sur les roches brĂ»lantes du dĂ©sert, ils dĂ©ploient mille ruses et une constance d’acier pour Ă©chapper aux mâchoires de la terre.
 

SĂ©rie B jubilatoire mĂŞlant les codes du western, de la comĂ©die, de l’horreur, de la romance et du film catastrophe, Tremors s’impose comme un modèle d’efficacitĂ© : une action continue, menĂ©e tambour battant, au cĹ“ur d’un cadre naturel magnifiquement exploitĂ©. Ron Underwood ne cesse de varier les lieux, les pièges et les refuges, relançant sans cesse la tension avec une inventivitĂ© dĂ©bordante. Ă€ partir d’une trame simplissime - prĂ©texte Ă  une succession de pĂ©ripĂ©ties toujours au service du rĂ©cit - le cinĂ©aste fait jaillir une gĂ©nĂ©rositĂ© contagieuse, entre surgissement de nouveaux personnages (le couple paramilitaire vaut son pesant de cacahuètes) et stratĂ©gies d’attaque et de dĂ©fense menĂ©es avec un hĂ©roĂŻsme ludique.

PortĂ© par des effets spĂ©ciaux artisanaux d’un rĂ©alisme bluffant, conçus entièrement “Ă  l’ancienne”, Tremors fascine par la prĂ©sence tentaculaire de ces serpents de terre aussi vĂ©loces que chafouins. Grâce Ă  un montage nerveux et un dĂ©coupage habile, les sĂ©quences d’assaut s’enchaĂ®nent Ă  un rythme mĂ©tronomique, d’autant plus haletant que la camaraderie et l’humour des protagonistes Ă©lectrisent chaque instant. Kevin Bacon et Fred Ward forment un duo d’une Ă©nergie irrĂ©sistible, Ă©paulĂ©s par Finn Carter, figure fĂ©minine lumineuse, pleine de naturel et de simplicitĂ©. Tous affichent une bonhomie communicative, s’abandonnant avec ferveur Ă  ce grand jeu du “cours après moi que je t’attrape !”.

Spectacle de survival Ă©pique Ă  la fois familial et trĂ©pidant, Tremors dĂ©ploie une gĂ©nĂ©rositĂ© sans Ă©gale dans son panthĂ©on de bravoures extravagantes. VĂ©ritable dĂ©claration d’amour aux monstres des fifties et Ă  la diversitĂ© harmonieuse des genres, ce petit bijou de sĂ©rie B n’a pas pris une ride. Ă€ redĂ©couvrir d’urgence : la terre tremble encore.

Un dernier mot sur sa restauration 4K : elle exalte les paysages ocres et gris, la poussière brĂ»lante du dĂ©sert, avec une prĂ©cision inĂ©dite. Chaque grain de sable, chaque ride de roche, chaque Ă©clat de lumière semble revivre - comme si la terre, frĂ©missante, reprenait vie sous nos yeux. Les acteurs, juvĂ©niles, ressuscitent dans cet Ă©clat retrouvĂ©, tandis que les crĂ©atures, toujours aussi agressives, n’ont rien perdu de leur pouvoir de fascination, loin s'en faut.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

4èx. 4K Vostf

jeudi 7 juillet 2016

DEMOLITION

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinebel.be

de Jean-Marc Vallée. 2015. U.S.A. 1h42. Avec Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Chris Cooper, Judah Lewis, C. J. Wilson, Polly Draper.

Sortie salles France: 6 Avril 2016. U.S: 8 Avril 2016

FILMOGRAPHIE: Jean-Marc Vallée est un réalisateur et scénariste américain, né le 9 Mars 1963 au Québec. 1992: Stéréotypes. 1995: Les Fleurs Magiques. 1995: Liste Noire. 1997: Los Locos. 1998: Les Mots Magiques. 1999: Loser Love. 2005: C.R.A.Z.Y. 2009: Victoria: les jeunes années d'une reine. 2011: Café de Flore. 2013: The Dallas Buyers Club. 2015: Demolition.


Drame psychologique d'une pudeur étonnante pour son traitement conféré à la difficulté d'assumer un deuil conjugal, Demolition bouscule les conventions avec une étonnante originalité. Jean-Marc Vallée façonnant une mise en scène épurée allant droit à l'essentiel pour entraîner le spectateur dans une dérive existentielle à la trajectoire indécise. Par son cheminement narratif impromptu bourré de situations erratiques, Demolition désarçonne le spectateur face à la quête identitaire d'un financier hanté par le remord et la soif de vérité. Celle de connaître ses véritables sentiments pour sa défunte épouse depuis que celle-ci succomba lors d'un accident de voiture. Dans sa dérive morale alternant fragilité, austérité et exubérance, Davis Mitchell multiplie les épreuves d'expiation afin de se soulager du poids de sa culpabilité et pour tenter de lever le voile sur sa nature amoureuse.


Parmi la sobriĂ©tĂ© d'une Ă©motion poignante, Jean-Marc VallĂ©e nous interroge sur la complexitĂ© de l'amour et l'essentialitĂ© de la cultiver au quotidien avec le tĂ©moignage d'une autre Ă©pouse (aussi lunatique que Davis) et de sa fille rebelle en crise sexuelle. Autour de ses trois quĂŞtes identitaires (en comptant donc celle de Davis !), le rĂ©alisateur aborde la difficultĂ© de s'accepter et d'assumer ses faiblesses, ses erreurs, tant au niveau de la responsabilitĂ© parentale, de l'infidĂ©litĂ© et de la maturitĂ©. Par ces thèmes actuels Ă©manant d'un malaise sociĂ©tal, Demolition injecte une dose d'ironie acide pour dĂ©tourner les clichĂ©s, notamment afin d'y extraire un vent de libertĂ© et une soif de vivre sous l'impulsion colĂ©rique de Davis et Chris. DĂ©routant, insolite et baroque, le rĂ©cit tentaculaire imparti aux trois protagonistes ne pourra faire l'unanimitĂ© auprès du grand public quand bien mĂŞme l'oeuvre aussi singulière que fragile est Ă©galement transcendĂ©e par le jeu dĂ©complexĂ© de comĂ©diens exprimant une humanitĂ© toute en discrĂ©tion. Au delĂ  des prestances charismatiques du duo Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Demolition est largement favorisĂ© par la prĂ©sence de Judah Lewis (sa troisième apparition Ă  l'Ă©cran !). Epoustouflant de naturel et d'autonomie dans sa condition rebelle, l'acteur juvĂ©nile parvient presque Ă  voler la vedette Ă  ses pairs tant il retranscrit avec subtilitĂ© une personnalitĂ© nĂ©vrosĂ©e aussi attachante que dĂ©gourdie !  


Résurrection
Requiem de la solitude lorsque l'amour ne parvient pas Ă  rĂ©concilier les âmes perdus, rĂ©cit initiatique auprès de son identitĂ© propre et de l'estime de soi sous le mobile d'une fidĂ©litĂ© amicale (principalement la relation paternelle entre Davis et Chris), Demolition dĂ©sarçonne pour mieux surprendre sous l'impulsion d'une violence libĂ©ratrice allouĂ©e Ă  la reconstruction. Superbe. 

Dédicace à Pascal Frezzato
B.M

mercredi 6 juillet 2016

Vendredi 13 (2009) / Friday the 13 th.

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"" de Marcus Nispel. 2009. U.S.A. 1h46 (Uncut Version). Avec Jared Padalecki, Danielle Panabaker, Amanda Righetti, Travis Van Winkle, Derek Mears, Aaron Yoo, Julianna Guill, Arlen Escarpeta, Willa Ford.

Sortie salles France: 11 Février 2009. U.S: 13 Février 2009

FILMOGRAPHIE: Marcus Nispel est un rĂ©alisateur, producteur allemand, nĂ© le 15 avril 1963 Ă  Francfort-sur-le-Main en Allemagne. 2003: Massacre Ă  la Tronçonneuse. 2004: Frankenstein. 2007: Pathfinder. 2009: Vendredi 13. 2011: Conan. 2014: Backmask.


Après avoir dĂ©poussiĂ©rĂ© Massacre Ă  la Tronçonneuse avec son excellent remake entrepris en 2003, Marcus Nispel s'attaque Ă  la saga Vendredi 13 pour une nouvelle relecture aussi avisĂ©e que palpitante. Reprenant le canevas traditionnel de jeunes vacanciers partis en week-end au camp Crystal Lake, Vendredi 13 apporte toutefois une touche d'originalitĂ© en la prĂ©sence d'une disparue (entrevue dans le prĂ©lude) que son frère s'efforcera de retrouver en cĂ´toyant nos pèlerins. Ca dĂ©marre fort avec un prologue cinglant lorsqu'une poignĂ©e d'ados rĂ©unis autour d'un feu vont se faire Ă©triper par Jason durant une chaude nuit estivale (couple en coĂŻt Ă  l'appui). Étonnamment, on se surprend de la qualitĂ© de la mise en scène s'efforçant d'y distiller un climat anxiogène toujours plus oppressant quant Ă  la vigilance des vacanciers et avant que la terreur ne s'abatte sur leurs Ă©paules sous la dictature erratique de Jason. Confrontant en parallèle deux mises Ă  mort aussi inventives que cruelles, Marcus Nispel dĂ©cuple l'intensitĂ© des affrontements physiques avec l'appui d'une ultra-violence graphique. 


Outre les poursuites nocturnes effrĂ©nĂ©es impactĂ©es d'une bande-son punchy, Vendredi 13 nouvelle mouture cultive la terreur en la prĂ©sence iconique de Jason Voorhees plus agressif et vĂ©loce que jamais ! Charismatique en diable, ce dernier impose une stature saillante, belliqueuse, mastard beaucoup plus rĂ©aliste que n'importe quel opus initiĂ© par Sean S. Cunningham. Et si la suite des vicissitudes de nos ados emprunte le schĂ©ma usuel de la saga (un meurtre sauvage toutes les 10 minutes entre 2 scènes de cul et une partie de dĂ©fonce), la distribution convaincante permet un peu d'Ă©toffer les moments d'angoisse et de stress avant les fameuses exactions primitives. En prime, en alternant avec la claustration d'une disparue secrètement isolĂ©e dans une tanière, Marcus Nispel insuffle un petit suspense autour de sa condition recluse si bien que les Ă©tudiants de Crystal Lake seraient-ils aptes Ă  la dĂ©busquer pour la sauver ? Quant au final haletant se focalisant sur la survie de trois rescapĂ©s (une redite habilement contournĂ©e, notamment parmi leur cohĂ©sion hĂ©roĂŻque), Marcus Nispel renoue avec le mĂŞme climat d'affolement entrevu en prĂ©ambule lors d'une succession de poursuites (souterraines et externes) fertiles en rebondissements. On est Ă©galement ravi de retrouver en ultime Ă©pilogue un clin d'oeil cher Ă  la saga, un "jump-scare" redoutablement incisif afin d'Ă©muler dignement la conclusion inoubliable du premier volet.


Hormis le cĂ´tĂ© rebattu des situations de siège Ă  mi-parcours du rĂ©cit, Vendredi 13 fait preuve de savoir-faire et d'esthĂ©tisme saturĂ© (photo rutilante Ă  l'appui) pour honorer la saga avec l'appui de comĂ©diens juvĂ©niles plus spontanĂ©s que de coutume. Pour parachever, l'aspect vĂ©riste des meurtres gores (version Killer cut en sus) et son climat parfois malsain rehaussent l'aspect prosaĂŻque d'une franchise surfaite si bien que l'on est ici plus proche d'un Carnage de Tony Maylam que de l'attachant modèle de Cunningham

*Bruno 
22.03.25. 3èx. Vost

lundi 4 juillet 2016

GREEN ROOM

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site delibere.fr

de Jeremy Saulnier. 2015. U.S.A. 1h35. Avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart, Alia Shawkat, Callum Turner, Joe Cole, Macon Blair.

Sortie salles France: 27 Avril 2016. U.S: 1er Avril 2016

FILMOGRAPHIEJeremy Saulnier est un réalisateur, scénariste et directeur de la photographie américain. 2007 : Murder Party. 2013 : Blue Ruin. 2015 : Green Room



RĂ©vĂ©lĂ© par l'excellent Blue Ruin, Jeremy Saulnier nous revient 2 ans plus tard avec Green Room, un survival primitif d'une violence Ă  couper au rasoir ! Après leur concert, un groupe de punks se retrouvent piĂ©gĂ©s Ă  l'intĂ©rieur d'une chambre après avoir tĂ©moignĂ©s d'un meurtre. Refusant d'alerter la police, les responsables de la boite dĂ©cident d'Ă©liminer tous tĂ©moins gĂŞnants. Une course pour la survie s'engage entre victimes et assaillants. Thriller Ă  suspense conçu sur l'efficacitĂ© d'affrontements bellicistes qu'un groupe de jeunes musiciens doit opĂ©rer en guise de survie, Green Room renoue avec le survival brut de dĂ©coffrage par son rĂ©alisme tranchĂ©. D'une ultra violence aussi barbare que sauvage, le rĂ©cit multiplie les situations d'auto-dĂ©fense et les exactions meurtrières sous le pilier d'une intensitĂ© dramatique en crescendo. Les victimes molestĂ©es et prises pour cibles tentant dĂ©sespĂ©rĂ©ment de s'extirper de leur tanière avec une bravoure suicidaire !


Fort d'un climat ombrageux déroutant et d'une tension permanente, Green Room insuffle un climat d'insécurité omniprésent au sein d'une scénographie opaque. Le réalisateur exploitant habilement les sombres corridors de l'établissement que nos héros arpentent avec une vigilance apeurée. En dépit de la facilité de certaines situations éculées faisant parfois preuve d'incohérences (l'un des héros faisant croire à son agresseur qu'il fait parti de son équipe !), Green Room parvient à susciter une tension alerte au fil d'un cheminement de survie précaire où la moralité n'a plus lieu d'être. Les victimes adoptant contre leur gré un comportement meurtrier toujours plus hargneux si bien que le réalisateur redouble de cruauté à les confronter au trépas de manière souvent impromptue et avec l'hostilité de chiens cerbères (l'agressivité primitive des pit-bulls). Insufflant une sobre empathie pour leur esprit de cohésion et leur ascension héroïque, les comédiens juvéniles témoignent d'expressivité viscérale pour faire naître l'émotion.


Si on peut regretter le classicisme de son intrigue conçue sur l'itĂ©rativitĂ© des affrontements meurtriers, Green Room redore le sens du survival primal en exploitant assez efficacement une ultra-violence en roue libre. Par le biais de cette Ă©preuve de force dĂ©shumanisĂ©e Ă©mane Ă©galement le caractère dĂ©routant d'un climat baroque au confins du genre horrifique. 


jeudi 30 juin 2016

Ginger Snaps. Prix Spécial du Jury, Toronto 2000.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de John Fawcett. 2000. U.S.A. 1h48. Avec Emily Perkins, Katharine Isabelle, Kris Lemche, Mimi Rogers, Jesse Moss, Danielle Hampton

Sortie salles Canada: 11 Mai 2001. Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE: John Fawcett est un réalisateur américain, né le 5 Mars 1968 à Edmonton, Alberta, Canada. 1997: The Boys Club. 2000: Ginger Snaps. 2001: Lucky Girl (télé-film). 2005: The Dark. 2008: The quality of life. 2006: Issue Fatale.

"La lune des filles perdues." 

InĂ©dit en salles en France et sorti discrètement en DVD, Ginger Snaps aborde la lycanthropie avec une rare intelligence dans le traitement de ses personnages : deux sĹ“urs insĂ©parables, fascinĂ©es par le morbide (elles se mettent en scène dans diverses tentatives de suicide Ă  travers leur camĂ©ra) et tiraillĂ©es entre le goĂ»t de la mort et les premiers dĂ©sirs de sĂ©duction qui accompagnent leur pubertĂ©, malgrĂ© la prĂ©sence d’ados machistes et libidineux.

Synopsis : sauvagement agressĂ©e une nuit par un loup-garou dans un parc, Ginger change peu Ă  peu de comportement, tandis que sa sĹ“ur cadette, Brigitte, impuissante, tente de comprendre. Unies par un lien fusionnel, elles vont lutter ensemble contre le mal qui dĂ©vore Ginger de l’intĂ©rieur.

Sur le papier, le scĂ©nario pouvait laisser craindre une banale resucĂ©e du film de loup-garou. Mais John Fawcett en dĂ©cortique une mĂ©taphore vibrante : celle de la crise adolescente et du passage Ă  l’âge adulte, vus d’un point de vue fĂ©minin. Un angle rare dans la mythologie lycanthrope, qui renouvelle les clichĂ©s tout en convoquant Carrie de De Palma (notamment lors de la première menstruation post-transformation de Ginger) ou encore le si mĂ©sestimĂ© Jennifer’s Body, qu’il serait urgent de rĂ©habiliter.

Avec tact, rĂ©alisme tranchĂ© (notamment pour les sauvages scènes d'agression vĂ©ritablement terrifiantes, mĂŞme si suggĂ©rĂ©es par le montage ultra dynamique) et une tendresse sobre, Fawcett dresse le portrait fragile de deux adolescentes rebelles. Ginger Snaps adopte une approche quasi documentaire pour transformer sa tragĂ©die horrifique en Ă©tude de caractère. En scrutant le malaise adolescent et la peur de la mort Ă  travers deux sĹ“urs marginales, le film, sous ses dehors de sĂ©rie B au formalisme Ă©tonnamment glauque, dĂ©ploie une surprenante vigueur psychologique dans sa chronique d’une descente aux enfers identitaire. Autant du cĂ´tĂ© de la victime, rongĂ©e par des pulsions sexuelles et sanguinaires incontrĂ´lĂ©es, que de celui de la sĹ“ur tĂ©moin, bouleversĂ©e par la lente mĂ©tamorphose et dĂ©terminĂ©e Ă  trouver un remède.

Impeccablement portĂ©es par deux actrices juvĂ©niles - Emily Perkins et Katharine Isabelle - d’une spontanĂ©itĂ© troublante, les hĂ©roĂŻnes irradient une complicitĂ© affectĂ©e, presque vĂ©nĂ©neuse, qui confine au vertige. On jurerait qu’elles sont sĹ“urs dans la vie tant la fusion paraĂ®t si authentique.

Le rĂ©alisme du contexte horrifique, aussi improbable que dĂ©rangeant, surprend par la brutalitĂ© crĂ©dible des crimes commis par cette crĂ©ature indomptable. Les effets spĂ©ciaux mĂ©caniques, solides et organiques, donnent corps au monstre sans excès de complaisance, tandis que les scènes gores s’attardent juste assez sur les chairs dĂ©chirĂ©es et le sang coagulĂ© pour nourrir le malaise. Ce climat insalubre, presque clinique, glace d’autant plus qu’il documente la bestialitĂ© avec une prĂ©cision morbide et dĂ©senchantĂ©e.

John Fawcett transcende ainsi la sĂ©rie B pour en extraire une Ă©tude de caractère d’une intensitĂ© dramatique inattendue. Ginger Snaps devient un documentaire brut sur l’Ă©moi pubère, sublimĂ© par deux comĂ©diennes transies de vĂ©ritĂ© fraternelle. En injectant un vĂ©ritable drame humain dans la chair du film de monstre, le rĂ©alisateur signe, sans conteste, l’un des plus beaux films de loup-garou jamais tournĂ©s -digne de La Nuit du Loup-Garou, Hurlements ou Le Loup-Garou de Londres.
Quant Ă  sa suite, tout aussi impactante, autrement plus funeste et Ă©touffante, on y reviendra plus tard…

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

4èx. Vostf

Récompenses: Prix spécial du jury, lors du Festival international du film de Toronto en 2000.
Prix du meilleur film, meilleure actrice pour Emily Perkins et meilleurs effets spéciaux, lors de la Semaine du cinéma fantastique de Málaga en 2001.
Prix du meilleur film sorti en DVD, par l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 2002.
Prix du meilleur film, lors des International Horror Guild Awards en 2002.