vendredi 18 novembre 2016

Crash. Prix spécial du jury, Cannes 1996.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviemezzanine.com

de David Cronenberg. 1996. Canada/Angleterre. 1h40. Avec James Spader, Deborah Kara Unger, Elias Koteas, Holly Hunter, Rosanna Arquette, Peter MacNeill.

Sortie salles France: 17 Juillet 1996 (interdit aux - de 16 ans).

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un réalisateur canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Canada). 1969: Stereo. 1970: Crimes of the Future. 1975: Frissons. 1977: Rage,1979: Fast Company. 1979: Chromosome 3. 1981: Scanners. 1982: Videodrome. 1983: Dead Zone. 1986: La Mouche. 1988: Faux-semblants. 1991: Le Festin nu. 1993: M. Butterfly. 1996: Crash. 1999: eXistenz. 2002: Spider. 2005 : A History of Violence. 2007: Les Promesses de l'ombre. 2011: A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis. 2014:Maps to the Stars.

CouronnĂ© du Prix spĂ©cial du Jury Ă  Cannes mais sifflĂ© par une partie du public et de la critique, Crash ne pouvait qu’attiser scandale et polĂ©mique - tout comme le roman de J. G. Ballard dont il est tirĂ©, au point qu’un Ă©diteur conseilla Ă  l’auteur d’aller consulter un psychiatre après lecture (ah c'te blague !). 

Petite anecdote personnelle : Ă  la sortie de la projection cannoise, je me souviens d’un sexagĂ©naire interrogĂ© par un journaliste de Canal+. Sa rĂ©ponse, glaciale, tranchait sans dĂ©tour : selon lui (pisse-froid absolu), Crash n’Ă©tait qu’une Ĺ“uvre provocatrice fondĂ©e sur la vacuitĂ© et le non-sens.

ExpĂ©rience sexuello-morbide d’une audace incongrue - Ă  cĂ´tĂ©, Basic Instinct paraĂ®t bien sage -, Crash dĂ©peint avec un rĂ©alisme vĂ©nĂ©neux et diaphane le fĂ©tichisme sexuel d’automobilistes trouvant l’extase dans les courses et les carambolages. FascinĂ©s par les plaies ouvertes, les cicatrices bĂ©antes et la chair martyrisĂ©e par les collisions, ils vivent leurs pulsions au cĹ“ur mĂŞme du mĂ©tal broyĂ©. Scène anthologique : la reconstitution de l’accident de James Dean, observĂ©e par une poignĂ©e de spectateurs avec une fascination aussi perverse que morbide. Autre moment glaçant : James Spader, Elias Koteas, Holly Hunter et Rosanna Arquette hypnotisĂ©s devant un reportage tĂ©lĂ©visĂ© sur les crashs et leurs victimes. Il faut le voir pour le croire. 

Entre perversion, fantasme, sadomasochisme, obsession et jouissance d’une dĂ©viance sexuelle sublimĂ©e par le fĂ©tichisme des carrosseries, Crash accumule les provocations Ă©rotiques, flirtant parfois avec la pornographie, mais toujours avec une originalitĂ© vrillĂ©e. Cronenberg filme ces Ă©treintes mĂ©caniques avec un formalisme clinique, nous immergeant dans leur dĂ©lire extatique jusqu’Ă  nous confronter Ă  notre propre voyeurisme. La vigueur visuelle, l’inventivitĂ© des Ă©bats et l’abandon fiĂ©vreux des comĂ©diens - possĂ©dĂ©s par le culte de la luxure - rĂ©vèlent une Ă©motion purement sensitive, trouble, magnĂ©tique.

ExpĂ©rience baroque et licencieuse, Crash est une catharsis jusqu’au-boutiste, une plongĂ©e dans le dĂ©sir pulsionnel qui cherche sa jouissance en transgressant l’interdit. Ă€ la frontière de la science-fiction - l’un des personnages rĂŞve de remodeler le corps humain par la technologie - (remember Tetsuo), le film dĂ©range, dĂ©concerte, fascine et sĂ©duit. Subversif jusqu’Ă  l’os, il fantasme une nouvelle chair de mĂ©tal et de cicatrices. L’un des films les plus singuliers et scandaleux du maĂ®tre, Ĺ“uvre hantĂ©e et hallucinĂ©e Ă  redĂ©couvrir urgemment. 

Public averti.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

18.11.16. 3èx
13.07.01

jeudi 17 novembre 2016

MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Miss Peregrine's Home for Peculiar Children" de Tim Burton. 2016. 2h07. U.S.A. Angleterre. Belgique. Avec Eva Green, Asa Butterfield, Ella Purnell, Samuel L. Jackson, Terence Stamp, Chris O'Dowd, Judi Dench.

Sortie salles France: 5 Octobre 2016. U.S: 30 Septembre 2016

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie.
1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine et les Enfants particuliers.


Nouveau projet fantastique de Tim Burton inspiré du roman éponyme de Ransom Riggs, Miss Peregrine et les Enfants particuliers possède l'atout d'élever le genre avec une évidente ambition par son intrigue atypique truffée d'invention, de mystère et de suspense. La trame en deux mots, la quête de vérité d'un adolescent à connaître les raisons de la mort inexpliquée de son grand-père, ancien vétéran d'après-guerre. Sur ce point, la première heure s'avère franchement réussie lorsque notre héros juvénile tente de percer les tenants et aboutissants qui entourent la famille de Miss Peregrine (Eva Green et son sempiternel charme vénéneux !) confinée sur une île et répétant inlassablement la même journée existentielle. Chaque enfant ayant un don particulier, notamment afin de se prémunir de l'hostilité de monstres avides d'immortalité et d'aspiration à retrouver leur enveloppe humaine. Empruntant les thèmes passionnants de la boucle temporelle et des univers parallèles, Tim Burton les exploitent immodérément avec l'exubérance d'un script fourmillant de détails inquiétants, de rebondissements et péripéties vrillés en alternant fantaisie féerique et macabre.


Cette mosaĂŻque des genres si chère au rĂ©alisateur parvient sans difficultĂ© Ă  nous envoĂ»ter si bien que certaines sĂ©quences dĂ©concertantes surprennent d'autant plus par leur tonalitĂ© effrayante (les apparitions dĂ©charnĂ©es des Estres rĂ©veillent nos peurs enfantines jusqu'au malaise !). Il est d'ailleurs prĂ©fĂ©rable d'avertir le jeune public que ce spectacle bigarrĂ© n'est pas conçu pour eux en dĂ©pit des plages romanesques que se partagent Jake (le hĂ©ros) et Emma, et de la caractĂ©risation prĂ©venante de Miss Peregrine, directrice (de la boucle temporelle) assez indiscernable au premier abord. LĂ  oĂą le bas blesse (mais ça ne concerne que mon avis subjectif d'un premier visionnage !), c'est au niveau de l'ossature de son dernier acte (un peu /beaucoup trop) riche en actions et rĂ©vĂ©lations en roue libre si bien que j'ai fini par dĂ©crocher le fil narratif du fait des multiples directions qu'empruntent nos protagonistes pour dĂ©jouer le mal. Il s'y dĂ©gage alors Ă  mon sens un sentiment de confusion et de dĂ©sordre au sein de stratĂ©gies d'attaques et de dĂ©fense mal coordonnĂ©es quand bien mĂŞme nos hĂ©ros ont peine Ă  susciter une vibrante Ă©motion par leur Ă©lan hĂ©roĂŻque !


Sans doute perfectible et inachevĂ©, faute Ă  une intrigue dĂ©cousue un peu trop hirsute quant aux enjeux que se disputent le Bien et le Mal derrière le spectre du nazisme, et la profusion d'FX numĂ©riques dĂ©sincarnĂ©s, Miss Peregrine et les Enfants particuliers arbore toutefois un univers hermĂ©tique assez fascinant sous l'impulsion gentiment attachante d'hĂ©ros juvĂ©niles en panne de souffle passionnel. 

mercredi 16 novembre 2016

PETER ET ELLIOTT LE DRAGON

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Pete's Dragon" de David Lowery. 2016. U.S.A. 1h43. Avec Oakes Fegley, Bryce Dallas Howard, Oona Laurence, Wes Bentley, Karl Urban, Robert Redford.

Sortie salles France: 17 Août 2016. U.S: 12 Août 2016

FILMOGRAPHIE: David Lowery est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2005: Deadroom. 2009: St Nick. 2013: Les Amants du Texas. 2016: Peter et Elliott le dragon. 2017: The Old Man and the Gun. 2019: Peter Pan.


Remake éponyme d'un classique de Disney réalisé en 1977, Peter et Elliott le dragon renoue avec la grâce du divertissement familial dans son éloge aux bons sentiments auquel l'émotion permanente fera chavirer le coeur des enfants parmi la complicité parentale (du moins pour ceux ayant su préserver leur âme candide). Quand bien même les plaideurs de la cause animale seront attentifs au réalisme de la créature chimérique confectionnée en images de synthèse, la rigueur des FX numériques s'avérant optimale en dépit de l'aspect délibérément peluche du dragon (fourrure vert fluo à l'appui !). Tant pour la fluidité de sa gestuelle, de ses expressions faciales sentimentales, de ses déplacements terrestres que pour ses envolées lyriques déployées sous un ciel solaire ou crépusculaire ! Bref, nous nous attachons pleinement au destin de l'animal si bien que nous nous mettons à la place de notre héros juvénile (Oakes Fegley, désarmant de naturel par sa pureté fragile et son héroïsme débrouillard) dans son désir de préserver la vie d'Elliott soudainement étrillé par la cupidité d'un chasseur avide de gloire !


Et le miracle de se produire ! Car aussi prĂ©visible soit son cheminement Ă©culĂ©, Peter et Elliott le dragon rĂ©invente le pouvoir d'enchantement sous la tradition universelle du conte de fĂ©e. Une histoire d'amitiĂ© dĂ©bordante de tendresse et d'attention entre un garçon en berne (le prologue tragique illustrant avec subtile suggestion sa situation orpheline s'avère particulièrement rude dans sa vigueur dramatique !) et ce dragon ayant la facultĂ© de se rendre invisible afin de feindre l'hostilitĂ© de l'homme ! Au passage, le cinĂ©aste arbore un manifeste Ă©colo contre la dĂ©forestation et la pratique de la chasse que des bĂ»cherons exercent machinalement après avoir exploitĂ© un terrain de sapins ! Provoquant une immense empathie chez ce duo singulier Ă  la fidèle complicitĂ©, David Lowery a bien saisi le vrai sens du cinĂ©ma consistant avant tout Ă  croire Ă  ce que l'on raconte. Car aussi improbable et naĂŻve soit sa simplicitĂ© narrative, Peter et Elliott le dragon parvient Ă  nous rĂ©veiller notre instinct d'enfant pour nous immerger (sans aucune prĂ©tention !) dans un univers onirique afin de nous remĂ©morer nos souvenirs les plus enchanteurs restĂ©s en veille dans un p'tit coin de notre encĂ©phale ! Pour conclure, on peut Ă©galement souligner la substantialitĂ© des seconds-rĂ´les paternels (Robert Redford notamment en papy doux-rĂŞveur !) aussi attachants dans leur cohĂ©sion charitable Ă  prĂ©munir la cause des enfants !


Maelstrom d'Ă©motions lyriques et candides que David Lowery parvient Ă  cristalliser avec vibrante sincĂ©ritĂ© (une dĂ©marche digne devenue rare chez l'Ă©curie Disney !), Peter et Elliott le dragon compte sur sa simplicitĂ© narrative et les sentiments fringants des personnages pour scander une Ă©loge au rĂŞve et Ă  l'Ă©vasion (croire en l'impossible afin de l'exaucer !) sous le pilier d'une cause animale. La nouvelle magie Disney semble alors renouer avec la noblesse des anciens classiques en alternant larmes de chagrin et d'allĂ©gresse ! 

B-M

mardi 15 novembre 2016

LES FLICS NE DORMENT PAS LA NUIT

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site premiere.fr

"The New Centurions" de Richard Fleischer. 1972. U.S.A. 1h43. Avec George C. Scott, Stacy Keach, Jane Alexander, Scott Wilson, Rosalind Cash, Erik Estrada, Clifton James, Richard E. Kalk, James Sikking, Beverly Hope Atkinson.

Sortie salles France: 11 Janvier 1973. U.S: 3 Août 1972

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer (né le 8 décembre 1916 à Brooklyn, New-York, décédé le 25 Mars 2006 de cause naturelle) est un réalisateur américain.
1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.


Polar noir des annĂ©es 70 relatant avec un rĂ©alisme scrupuleux la chronique sociale de deux policiers en remise en question pour leur dĂ©ontologie, les Flics ne dorment pas la nuit surprend par sa fragilitĂ© humaniste que George C. Scott (Ă©tonnant de prĂ©sence rassurante et de charisme Ă©mĂ©rite !) et Stacy Keach retransmettent avec une vĂ©ritĂ© prude. Ce dernier insufflant une vigueur poignante dans sa fonction de flic infortunĂ©e partagĂ© entre le dĂ©sir de servir honorablement l'Ă©tat ou au contraire de cĂ©der Ă  la dĂ©mission afin de prĂ©server une nouvelle vie conjugale. Dans un commissariat de Los Angeles, la jeune recrue Roy Fehler et son adjoint Andy Kilvinski, briscard prochainement Ă  la retraite, sillonnent en vĂ©hicule les rues malfamĂ©es d'un quartier rĂ©putĂ© difficile. Macs, prostituĂ©es, mari violent, droguĂ©s, immigrĂ©s clandestins, escrocs, criminalitĂ© sont le lot quotidien de leur patrouille nocturne quand bien mĂŞme la peur et la mort vont sĂ©vèrement les mettre Ă  l'Ă©preuve. 


A travers leurs errances nocturnes qu'ils parcourent avec bravoure et probité mais aussi amertume dans leur prises de risques inconsidérées face à la misère sociale et à une délinquance arrogante, Richard Fleischer s'efforce de rendre hommage au corps policier dans une facture documentée sans fard. Précurseur du Buddy movie que la plupart des prochains cinéastes vont exploiter sous une facture plus ludique, voir pittoresque, Les Flics ne dorment pas la nuit impose une dramaturgie en chute libre quant aux vicissitudes de ce duo policier affecté par le doute, le désespoir et le repli sur soi. Faute d'une vie de famille impossible à construire et d'une série d'incidents impromptus que leur profession leur contraint d'endurer avec un héroïsme couillu, l'intrigue multiplie les confrontations tendues ou violentes entre quidams gangrenés par le chômage, l'alcool et la drogue. Sans forcer le trait du misérabilisme et de la sinistrose, Fleischer frappe juste quant au portrait sensible projeté sur cette jungle urbaine que nos agents côtoient quotidiennement sans faire preuve de zèle. Mais ce qui interpelle avant tout à travers leur virée nocturne, c'est la touche profondément humaine que le cinéaste s'efforce de dresser à travers les personnages de Kilvinski et Roy Fehler. Ces derniers tentant fébrilement de s'accrocher à l'optimisme du jour meilleur en comptant sur l'efficacité de leur conduite héroïque.


Au fil d'un rĂ©cit toujours plus imprĂ©visible et sombre Ă©voquant en sous-texte les thèmes de la bavure, du racisme et mĂŞme de l'immigration clandestine (des sujets sensibles faisant tristement Ă©cho Ă  notre actualitĂ© contemporaine !), les Flics ne dorment pas la nuit dressait dĂ©jĂ  le constat pessimiste d'une police ricaine profondĂ©ment fragilisĂ©e par leur dĂ©soeuvrement moral. En rĂ©sulte une oeuvre dure et vulnĂ©rable, d'un rĂ©alisme parfois mĂŞme perturbant (l'hallucinante sĂ©quence du bambin maltraitĂ© est Ă  la limite du supportable !) si bien que sa conclusion abrupte ne nous Ă©pargne aucun espoir !   

15.11.16
29.04.11
B-M. 2èx

lundi 14 novembre 2016

InseminoĂŻd / Horror Planet. Uncut Version


de Norman J. Warren. 1981. U.K. 1h36 (uncut uniquement dispo en Vostfr). Avec Robin Clarke, Jennifer Ashley, Stéphanie Beacham, Steven Grives, Barry Houghton, Rosalind Lloyd, Victoria Tennant, Trevor Thomas, Heather Wright, David Baxt.

Sortie salles France: 30 Septembre 1981. Allemagne de l'Ouest le 23 Janvier 1981 sous le titre Samen des Bösen. Royaume-Uni le 22 mars 1981.

FILMOGRAPHIE: Norman J. Warren, nĂ© Norman John Warren le 25 Juin 1942 Ă  Londres en Angleterre, est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste anglais.
1967: Her Private Hell, 1968: Loving Feeling, 1976: l'Esclave de Satan, 1978: Le Zombie venu d'ailleurs, 1979: Outer Touch, la Terreur des Morts-vivants, 1981: InseminoĂŻd, 1984: Warbirds Air Display, 1985: Person to person, 1986: Gunpowder, 1987: Les Mutants de la St-Sylvestre, 1992: Meath School, 1993: Buzz.

Modeste artisan du cinĂ©ma horrifique anglais, Norman J. Warren signe en 1981 son film le plus notoire. Sorti deux ans après le chef-d’Ĺ“uvre Alien de Ridley Scott, InseminoĂŻd s’en inspire ouvertement, sous couvert d’une surenchère horrifique bien plus putassière, dans la veine des bisseries ritales dĂ©lirantes ayant inondĂ© les Ă©crans de la dĂ©cennie. Pour les nostalgiques, il fit d’ailleurs les beaux jours des vidĂ©o-clubs, notamment grâce Ă  sa tagline choc signĂ©e RenĂ© Chateau : « Les films que vous ne verrez jamais Ă  la tĂ©lĂ©vision ! »

Sur la planète Xeno, les membres d’une Ă©quipe archĂ©ologique font l’hostile rencontre d’une forme de vie extraterrestre. Un cristal d’origine inconnue contamine l’une des Ă©quipières, la plongeant dans une irrĂ©pressible folie meurtrière.
Ă€ sa sortie, InseminoĂŻd s’imposa comme un titre phare des annĂ©es 80 chez les fantasticophiles, grâce Ă  son mĂ©lange couillu d’horreur craspec et d’ambiance fĂ©tide. L’Ă©diteur Neo insistera d’ailleurs sur sa facture outrancière pour sa sortie DVD avec cette accroche racoleuse : « Le film qui a traumatisĂ© toute une gĂ©nĂ©ration ! »

         

Le pitch, sommaire, s’articule autour de la survie prĂ©caire d’un Ă©quipage harcelĂ© par les exactions d’une camarade devenue tueuse dans l’antre exigu d’une grotte tentaculaire.
En dĂ©pit de moyens techniques modestes, Warren confine l’action dans l’Ă©treinte frigorifiante de galeries souterraines. Un dĂ©cor caverneux d’une efficacitĂ© saisissante quand il s’agit d’instiller une angoisse permanente, malgrĂ© la psychologie superficielle des personnages, dont les actes s’enchaĂ®nent en vains dĂ©fis pour Ă©radiquer la menace.
Se succède alors, à rythme métronomique, une série de péripéties cauchemardesques, où la traque change de camp, les survivants se muant eux-mêmes en prédateurs.

Forte d’un climat rubigineux et malsain, InseminoĂŻd fascine, tenant en haleine grâce Ă  ses estocades sanglantes et effrontĂ©es.
Si l’interprĂ©tation manque de relief (bien que touchante dans son cabotinage de groupe solidaire), Judy Geeson (Fear in the Night, Dominique) tire son Ă©pingle du jeu : elle campe avec outrance et abandon une meurtrière dĂ©saxĂ©e, hantĂ©e par des pulsions cannibales. Une idĂ©e nonsensique, incongrue, tout droit sortie d’une Zèderie italienne !
Et pour corser le tout, la tueuse contemple parfois l’agonie de ses victimes avec une perversitĂ© presque extatique…
Un parti pris dĂ©monstratif et cruel que Warren affectionne, menĂ© tambour battant par une partition Ă©lectro stridente et un sens du rythme haletant, jusqu’Ă  cette sĂ©quence d’accouchement hallucinĂ©e, digne d’une dĂ©charge insalubre.

Grâce à son action en roue libre, sa violence graphique décomplexée, son esthétique glauque confinée au huis clos caverneux et sa bande-son entêtante, Inseminoïd procure ce plaisir innocent et transgressif cher aux amateurs de déviances bisseuses (aussi gratuite soit son horreur organique).
Incontournable, donc.

P.S. : La version uncut, uniquement disponible en VOSTFR, reste dispensable : elle n’apporte rien Ă  la conclusion (l’arrivĂ©e d’un navire de secours constatant le carnage sur place).

*Bruno
27.01.23. 6èx. Vostf
14.11.16. 
06.07.11. (277 vues)


RĂ©compense: Prix des Meilleurs effets spĂ©ciaux, au Fantafestival, en Italie, en 1982.
Nomination: Meilleur film Ă  Fantasporto.

Les conditions de tournage: Pour un budget de 1 000 000 de livres, le tournage s'est dĂ©roulĂ© durant 3 semaines dans les grottes de Chislehurst (35 kms de long), dans le sud-est du grand Londres et deux jours sur l'Ă®le Gozo, situĂ©e Ă  4 kms de l'Ă®le de Malte. Le reste des dĂ©cors a Ă©tĂ© Ă©tabli en studio pour un tournage d'un semaine, dans la banlieue de Wembley (Londres).

samedi 12 novembre 2016

CHARLIE ET SES DROLES DE DAMES


de Mc G. 2000. 1h38. Avec Cameron Diaz, Drew Barrymore, Lucy Liu, Bill Murray, Sam Rockwell,
Kelly Lynch, Crispin Glover, Tim Curry.

Sortie salles France: 22 Novembre 2000

FILMOGRAPHIE: Joseph McGinty Nichol, dit McG, est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 9 aoĂ»t 1968 Ă  Kalamazoo (Michigan). 2000 : Charlie et ses drĂ´les de dames (Charlie's Angels). 2003 : Charlie's Angels 2. 2006 : We Are Marshall. 2009 : Terminator Renaissance. 2012 : Target. 2014 : 3 Days to Kill. 2016 : The Babysitting.


Chronique express.

Blockbuster estampillé tous publics, Charlie et ses drôles de dames constitue un divertissement gogo 100% fun et jouissif dans son panel de bastons martiales et cascades chorégraphiques étonnement LISIBLES (à contre emploi des prods actuelles donc) au sein d'un cadre esthétique rutilant oscillant décors exotiques, boites de nuits et luxueuses villas. L'intrigue frivole (non exempt de rebondissements certes convenus) n'étant qu'un prétexte pour aligner sans modération un enchaînement de rixes endiablés sous l'impulsion pétulante de 3 sexy girls ivres d'aventures et de romance (mention spéciale au tempérament impétueux de la bombasse Cameron Diaz !) et sous la contribution musicale d'une BO survoltée !

Si on s'amuse autant comme des gosses durant leur cheminement fantasque c'est grâce à l'approche décomplexée d'un cinéaste ne prenant jamais au sérieux son intrigue débridée et parvenant même à transcender l'improbabilité de l'action dans le domaine du crédible.


Bref, un pop-corn movie (plaisir coupable ou nanar de luxe c'est selon !) plein de charme et d'adrénaline au point de nous donner la pêche avec un sourire de bambin extatique ! Vite la suite !

B-M

On prend les mêmes et on recommence, avec trois fois plus de super méchants (dont l'entrée en scène de la tigresse Demi Moore !) et de bravoures homériques siphonnées du bulbe !

Reprenant Ă  peu de choses près le mĂŞme schĂ©ma narratif, une sĂ©quelle aussi rĂ©ussie que son homologue misant l'accent sur la semi-parodie dans son brassage de cocasserie, d'Ă©rotisme infantile, d'action dĂ©jantĂ©e et de rĂ©fĂ©rences cinĂ©gĂ©niques. Crevant l'Ă©cran Ă  chacune de leurs apparitions (prĂ©dilection pour le tempĂ©rament impĂ©tueux de Cameron Diaz), nos 3 wonder womens au sourire ultra bright perdurent dans l'affrontement avec un hĂ©roĂŻsme oriental aussi dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© qu'improbable. Comme pour son prĂ©cĂ©dent modèle, et pour faire passer la pilule de la surenchère (on se rapproche clairement d'un film de super-hĂ©ros !), le rĂ©alisateur mise sur le second degrĂ© afin de justifier sa dĂ©bauche pyrotechnique ! Et ça fonctionne du tonnerre dans la majoritĂ© des situations toutes plus folingues !  


Un second plaisir coupable donc beaucoup plus impressionnant en terme d'action (numĂ©rique) calibrĂ©e, rehaussĂ© d'un grain de folie que sa galerie effrontĂ©e de personnages excentriques traduit avec une dĂ©rision irrĂ©sistiblement cartoonesque.  

B-M

vendredi 11 novembre 2016

AVATAR

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site yourentertainmentnow.com

de James Cameron. 2009. U.S.A. 2h42. Avec Sam Worthington, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Michelle RodrĂ­guez, Zoe Saldana, Wes Studi, CCH Pounder, Laz Alonso.

Sortie salles France: 16 Décembre 2009. U.S: 18 Décembre 2009

FILMOGRAPHIE: James Francis Cameron est un réalisateur, scénariste et producteur canadien, né le 16 Août 1954 à Kapuskasing (Ontario, Canada)
1978: Kenogenis (court-métrage). 1981: Piranhas 2, les Tueurs Volants. 1984: Terminator. 1986: Aliens, le Retour. 1989: Abyss. 1991: Terminator 2. 1994: True Lies. 1997: Titanic. 2003: Les Fantomes du Titanic. 2005: Aliens of the Deep. 2009: Avatar.


Succès planétaire public et critique au profit d'un budget pharaonique, Avatar prône le Blockbuster familial sous l'effigie d'une 3D révolutionnaire ! Outre l'expérience sensitive qu'il suscite avec ce relief immersif, Avatar peut autant se savourer en version plate si bien que le sentiment d'évasion que Cameron parvient à nous procurer nous laisse béa d'admiration. De par la perfection d'effets-spéciaux numériques à la pointe de la technologie et du réalisme conféré à ses décors naturels artificiels. La planète bucolique Pandora se dévoilant sous nos yeux avec une harmonie lyrique ! La tribu aborigène des Na'vy doit bientôt se confronter à l'hostilité d'une armée américaine désireuse de leur dérober un minerai qui pourrait résoudre la crise énergétique sur Terre. Avec le subterfuge d'un clonage de Na'vy combiné à des gènes humains, Jake Sully infiltre leur tribu afin de gagner leur confiance et les inciter à quitter les lieux. En plein apprentissage de leur coutume guerrière et écolo, il finit par s'attacher à leurs liens familiaux au moment même ou il s'éprend d'amour pour Neytiri.


En crĂ©ateur d'univers chimĂ©rique et de crĂ©atures humanoĂŻdes jamais vus au prĂ©alable, James Cameron nous offre un spectacle Ă  la fois Ă©pique et onirique au travers d'une intrigue truffĂ©e de thèmes tristement actuels. Manifeste contre le militarisme, l'impĂ©rialisme, le capitalisme, le racisme et la deforestation (on songe Ă  la condition amazonienne), Avatar constitue une leçon d'enseignement pour les gĂ©nĂ©rations futures sous couvert d'une prĂ©servation Ă©colo (la faune et la flore bafouĂ©es par l'homme constituant l'Ă©pice des enjeux bellicistes !). Science-fiction, fantastique, guerre, romance se chevauchant habilement sous l'impulsion d'une dimension humaniste si bien que James Cameron parvient Ă  donner chair Ă  ces humanoĂŻdes avec une candeur souvent poignante. C'est dire l'exploit technique qu'il est parvenu Ă  transfigurer en donnant vie Ă  ces E.T d'un genre nouveau (leur corps longiligne contrastant avec leur Ă©piderme d'une teinte azur !). Par ailleurs, en rĂ©interprĂ©tant l’histoire coloniale de l’AmĂ©rique contre les amĂ©rindiens, Cameron exploite intelligemment le Blockbuster homĂ©rique par la noble cause d'une ethnie dĂ©munie mais pĂ©trie d'espoir, de bravoure et de dignitĂ© afin de ne pas cĂ©der au chantage impĂ©rieux.


Le Blockbuster dans son apparat novateur !
Leçon d'apprentissage et de tolérance auprès des ethnies étrangères, respect pour l'environnement naturel mais aussi pour le sacre des sépultures (réflexion spirituelle en sus !), Avatar constitue un magnifique récit initiatique sous le pilier d'un transfuge en rédemption romantique. Nanti d'un souffle épique vertigineux et d'un lyrisme capiteux par le biais de décors édéniques, Avatar envoûte notre sentiment d'évasion avec une acuité humaine bouleversante.

B-M. 2èx

jeudi 10 novembre 2016

Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain. César du Meilleur Film, 2002.

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Jean Pierre Jeunet. 2001. France. 2h02. Avec Audrey Tautou, Mathieu Kassovitz, Rufus, Lorella Cravotta, Serge Merlin, Jamel Debbouze, Clotilde Mollet, Claire Maurier, Isabelle Nanty, Dominique Pinon, Artus de Penguern, Yolande Moreau, Urbain Cancelier, Maurice Bénichou, Michel Robin, Andrée Damant, Armelle, Claude Perron, André Dussollier, Flora Guiet .

Sortie salles France: 25 Avril 2001. U.S: 2 Novembre 2001

FILMOGRAPHIE: Jean Pierre Jeunet est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français nĂ© le 3 Septembre 1953 Ă  Roanne, Loire. 1978: l'Evasion (court), 1980: Le Manège (animation de marionnettes), 1981: Le Bunker de la dernière rafalle (court 26 mns corĂ©alisĂ© avec Marc Caro), 1984: Pas de repos pour Billy Brakko (court), 1989: Foutaises, 1991: Delicatessen (corĂ©alisĂ© avec Marc Caro), 1995: La CitĂ© des Enfants perdues (corĂ©alisĂ© avec Marc Caro), 1997: Alien, la RĂ©surrection, 2001: Le Fabuleux destin d'AmĂ©lie Poulain, 2004: Un Long Dimanche de Fiançailles, 2009: Micmacs Ă  Tire-larigot. 2013: L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spive.


"Il n’y a que deux façons de vivre sa vie : l’une en faisant comme si rien n’Ă©tait un miracle, l’autre en faisant comme si tout Ă©tait un miracle."

8 636 041 entrĂ©es lors de sa sortie rien que sur notre territoire (aujourd'hui, il cumule 32 405 858 entrĂ©e Ă  travers le monde), une vingtaine de rĂ©compenses internationales, une contribution musicale proverbiale de Yann Tiersen (BO Ă©coulĂ©e Ă  plus d'1 million d'exemplaires, CĂ©sar de la meilleure bande originale), Le Fabuleux Destin d'AmĂ©lie poulain dĂ©chaĂ®na les passions d'un public galvanisĂ© par ces bulles d'allĂ©gresse. Hymne existentiel nappĂ© de nostalgie, message d'espoir et d'optimisme auprès de la conquĂŞte des coeurs, cantique au charme discret des petites choses de la vie par le biais de tocs et des saveurs culinaires, Le Fabuleux destin d'AmĂ©lie Poulain exalte le rĂŞve sous l'impulsion d'une (fĂ©e) philanthrope avide d'y bouleverser l'existence de son entourage. Car fuyant l'ennui et la solitude depuis sa difficile enfance sans affection parentale, AmĂ©lie s'empresse de se soucier des autres en leur Ă©laborant des stratĂ©gies fructueuses afin d'y semer le bonheur sur leur cheminement personnel.


IlluminĂ© de la prĂ©sence candide d'Audrey Tautou, elle transfigure son portrait altruiste avec une fantaisie dĂ©miurge. Car discrètement gadin, introvertie, redoutablement timorĂ©e lorsqu'il s'agit de conquĂ©rir le coeur d'un inconnu, AmĂ©lie doit affronter l'Ă©preuve du dĂ©passement de soi, l'audace de transgresser ses peurs afin d'extĂ©rioriser ses propres sentiments. D'une inventivitĂ© endĂ©mique dans son lot de dĂ©tails dĂ©jantĂ©s Ă  la poĂ©sie Ă©vocatrice (notamment celle en rapport Ă  l'enfance) et de situations cocasses oĂą le baroque se disputent Ă  l'effronterie, le destin singulier d'AmĂ©lie converge Ă  l'endurence du jeu de piste romantique depuis sa remise en question d'y prĂ©figurer son propre bonheur. Avec sa scĂ©nographie chaleureuse d'un paris provincial oĂą cohabitent les petites gens, Jean Pierre Jeunet esthĂ©tise son cadre de carte postale parmi les teintes criardes de rouge, de vert et de jaune. Sous l'impulsion de ces citadins loufoques, caractĂ©riels, aigris, provocateurs, nĂ©vrosĂ©s, voirs dĂ©sespĂ©rĂ©ment esseulĂ©s, Jeunet leur rend hommage avec un humanisme pĂ©tri de tendresse. Ainsi, par l'entremise de notre hĂ©roĂŻne redresseuse de tort, telle une Zorro en juppe courte, le fabuleux destin d'AmĂ©lie Poulain ne cesse d'y prodiguer l'intensitĂ© du moment prĂ©sent de par la fausse banalitĂ© de notre quotidiennetĂ©, quand bien mĂŞme d'autres se morfondent dans le regrĂŞt de n'avoir pu saisir leur chance au moment propice (j'en suis tĂ©moin).


La vie est un miracle
Instant d'émotions candides où l'onirisme enchanteur, l'humour coquin et le vertige amoureux se renouvellent sans cesse sous le tempérament pétulant de comédiens fantasques, le Fabuleux destin d'Amélie Poulain scande la festivité existentielle. Celle d'y dévorer sans complexe l'instant présent à l'instar d'une aventure riche en surprises et expériences humaines quand on s'y donne les moyens de les provoquer ! Une fulgurance féérique de tous les instants qu'Amélie nous prodigue généreusement avec une grâce scintillante. En d'autres termes, offrez le bonheur à votre entourage, ils vous le rendront.

B-M. 4èx
12.10.24

Récompenses:
Festival international du film de Karlovy Vary 2001 : Globe de cristal
Festival international du film de Toronto 2001 : People's Choice Award
Festival international du film de Chicago 2001 : Prix du public
Festival international du film d'Édimbourg 2001 : Prix du public
Festival du film de Cabourg 2001 : Prix du meilleur acteur pour Mathieu Kassovitz
Prix du cinéma européen 2001 :
People's Choice Award du meilleur film européen
Meilleur réalisateur pour Jean-Pierre Jeunet
Meilleure photographie
César 2002 :
Meilleur film
Meilleur réalisateur pour Jean-Pierre Jeunet
Meilleure musique originale pour Yann Tiersen
Meilleurs décors pour Aline Bonetto
Critics Choice Awards 2002 : meilleur film en langue étrangère
BAFTA Awards 2002 :
Meilleur scénario original pour Guillaume Laurant et Jean-Pierre Jeunet
Meilleure direction artistique pour Aline Bonetto
Prix Amanda 2002 : meilleur film étranger
Prix Goya 2002 : meilleur film européen
Prix Lumières 2002 :
Meilleur film
Meilleure actrice pour Audrey Tautou
Meilleur scénario
Lions tchèques 2002 : meilleur film étranger
Guldbagge Awards 2002 : meilleur film étranger
Independent Spirit Awards 2002 : meilleur film étranger
Prix Sant Jordi du cinéma 2002 : meilleure actrice étrangère pour Audrey Tautou
London's Favourite French Film 2004 : prix des internautes

mercredi 9 novembre 2016

Alice ou la dernière fugue

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site festival-gerardmer.com

de Claude Chabrol. 1977. France. 1h33. Avec Sylvia Kristel, Charles Vanel, André Dussollier, Bernard Rousselet, Fernand Ledoux, Jean Carmet, François Perrot.

Sortie salles France: 19 Janvier 1977.


L’ultime passage d’Alice
(Entre les limbes et la lumière).

Unique incursion de Claude Chabrol dans le fantastique, Alice ou la dernière fugue est une invitation au rĂŞve, une dĂ©rive sensorielle dans l’errance d’une jeune femme piĂ©gĂ©e dans un monde sans repères. 

LassĂ©e de sa vie conjugale avec son amant, Alice quitte le foyer et s’aventure vers une contrĂ©e inconnue. Sous une pluie battante, elle trouve refuge dans une vaste demeure nichĂ©e Ă  la lisière d’un bois. Accueillie chaleureusement par un domestique affable, elle fait la connaissance du maĂ®tre des lieux - si bien qu’elle accepte de passer la nuit parmi eux. Mais au matin, face Ă  leur absence inexpliquĂ©e, elle tente de quitter la maison… pour dĂ©couvrir qu’elle reste enfermĂ©e dans cet ailleurs sans issue.

Étrange, insolite, nonsensique, Alice ou la dernière fugue s’impose comme une expĂ©rience fantasmagorique irriguĂ©e par l’irrationnel. L’hĂ©roĂŻne croise des figures tantĂ´t excentriques, tantĂ´t Ă©quivoques, au grĂ© d’un cheminement en boucle, labyrinthique. EnracinĂ© dans une nature vibrante que viennent troubler de lĂ©gers soubresauts du rĂ©el - comme cette subtile rupture temporelle - le rĂ©cit glisse peu Ă  peu vers une douce inquiĂ©tude. Alice, guidĂ©e par son instinct aventureux, se heurte Ă  des interlocuteurs volontiers provocateurs, presque hostiles (il est interdit de leur poser des questions !).

PortĂ©e par la beautĂ© lunaire de Sylvia Kristel, inoubliable Emmanuelle, le film trouve son cĹ“ur battant. L’actrice insuffle Ă  son personnage une grâce lascive, tout en pudeur et en sagesse, mĂŞme lorsque Chabrol s’autorise un bref dĂ©voilement de son corps, comme une offrande Ă©thĂ©rĂ©e d’Ă©rotisme mĂ©lancolique. Curieuse, fragile, et pourtant paisible face aux mystères d’une demeure gothique, Alice tente d’en percer les secrets, au rythme de journĂ©es qui se rĂ©pètent - visages croisĂ©s, phĂ©nomènes Ă©trangement anodins, rituels absurdes. Grâce Ă  la prĂ©sence presque spectrale de Kristel, et au brio de Chabrol dans l’orchestration d’un dĂ©cor Ă  la fois gothique (la maison sombre, dĂ©labrĂ©e) et solaire (le jardin Ă©clatant de lumière), le film nous immerge dans un rĂŞve clos, suspendu dans l’instant. Unique en son genre. 


"La vie n’est qu’un long rĂŞve dont la mort nous rĂ©veille."
RĂ©flexion mĂ©taphysique sur la perception de la rĂ©alitĂ©, catharsis silencieuse sur l’acceptation de la mort, Alice ou la dernière fugue est l’une des rares pĂ©pites du fantastique français Ă  rĂ©ellement nous plonger dans un onirisme abscons, bientĂ´t identifiable. Si la rĂ©vĂ©lation finale se devine en filigrane, l’essence du film rĂ©side ailleurs : dans cette atmosphère feutrĂ©e, ensorcelante, oĂą le surnaturel se drape de douceur et d’Ă©pure. Un joyau d’Ă©lĂ©gance et de mĂ©lancolie transcendĂ© par Chabrol et par la divine Sylvia Kristel. Sans oublier la prĂ©sence prĂ©cieuse des excellents seconds rĂ´les : Jean Carmet, AndrĂ© Dussollier, et surtout Charles Vanel, en Ă©nigmatique gardien des limbes.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Dédicace à Philippe Beun-Garbe

FILMOGRAPHIE: Claude Chabrol est un réalisateur français, producteur, acteur, scénariste et dialoguiste, né le 24 juin 1930, décédé le 12 septembre 2010.
1959 : Le Beau Serge. 1959 : Les Cousins. 1959 : À double tour. 1960 : Les Bonnes Femmes. 1961 : Les Godelureaux. 1962 : Les Sept Péchés capitaux (segment L'Avarice avec J.-C. Brialy). 1962 : L'Œil du Malin. 1963 : Ophélia. 1963 : Landru. 1964 : L'Homme qui vendit la tour Eiffel
(segment dans Les Plus Belles Escroqueries du monde). 1964 : Le Tigre aime la chair fraîche. 1965 : Paris vu par... (segment La Muette). 1965 : Marie-Chantal contre docteur Kha. 1965 : Le Tigre se parfume à la dynamite. 1966 : La Ligne de démarcation. 1967 : Le Scandale. 1967 : La Route de Corinthe. 1968 : Les Biches. 1969 : La Femme infidèle. 1969 : Que la bête meure. 1970 : Le Boucher
1970 : La Rupture. 1971 : Juste avant la nuit. 1971 : La Décade prodigieuse. 1972 : Docteur Popaul
1973 : Les Noces rouges. 1974 : Nada. 1975 : Une partie de plaisir. 1975 : Les Innocents aux mains sales. 1976 : De Grey, un récit romanesque Téléfilm. 1976 : Les Magiciens. 1976 : Folies bourgeoises
1977 : Alice ou la Dernière Fugue. 1978 : Les Liens de sang. 1978 : Violette Nozière. 1980 : Le Cheval d'orgueil. 1982 : Les Fantômes du chapelier. 1984 : Le Sang des autres. 1985 : Poulet au vinaigre. 1986 : Inspecteur Lavardin. 1987 : Masques. 1988 : Le Cri du hibou. 1989 : Une affaire de femmes. 1990 : Jours tranquilles à Clichy. 1990 : Docteur M.1991 : Madame Bovary. 1992 : Betty
1993 : L'Œil de Vichy. (une sélection des actualités du régime de Vichy). 1994 : L'Enfer. 1995 : La Cérémonie. 1997 : Rien ne va plus. 1999 : Au cœur du mensonge. 2000 : Merci pour le chocolat (prix Louis-Delluc). 2002 : La Fleur du mal. 2004 : La Demoiselle d'honneur. 2006 : L'Ivresse du pouvoir
2007 : La Fille coupée en deux. 2008 : Bellamy

mardi 8 novembre 2016

Death Warmed-up. Licorne d'Or au rex de Paris, 1984.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemascream.com

de David Blyth. 1984. Nouvelle-ZĂ©lande. 1h18. Avec Norelle Scott, William Upjohn, Margaret Umbers, Michael Hurst, David Letch.

Sortie salles Nouvelle-Zélande: 25 Avril 1985

FILMOGRAPHIE: David Blyth est un réalisateur, scénariste et producteur néo-zélandais né 1956 à Auckland. 2013: Ghost Bride. 2010 Wound. 2004 Bound for Pleasure (Video documentary). 2001 Exposure (Video). 1997 Rouge sang. 1995 The Call Up. 1994: Kahu & Maia. 1992: My Grandpa Is a Vampire. 1990 Virus vampire. 1989 House III (non crédité). 1984 Death Warmed Up. 1983 It's Lizzie to Those Close (télé-film). 1980 A Woman of Good Character. 1978 Angel Mine.


"Dans le crâne du cauchemar".
ExpĂ©rience de cinĂ©ma extrĂŞme, inĂ©dite en salles dans l’Hexagone mais bien connue des vidĂ©ophiles grâce Ă  sa location VHS Ă©ditĂ©e par RenĂ© Chateau, Death Warmed Up est une production nĂ©o-zĂ©landaise façonnĂ©e dans un esprit dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©. David Blyth nous entraĂ®ne dans une sarabande infernale, jusqu’au-boutiste, portĂ©e par un maelstrom d’images frĂ©nĂ©tiques oĂą s’entrelacent gore craspec et excentricitĂ© comportementale noyĂ©e dans la dĂ©mence. Trip expĂ©rimental dĂ©gingandĂ© - cadrages obliques, camĂ©ra Ă  l’Ă©paule agressive, parfois rotative - Death Warmed Up fait office d’ovni vitriolĂ©, dont le scĂ©nario foutraque et improbable ne sert que de prĂ©texte Ă  cristalliser un univers dĂ©lurĂ©, vouĂ© Ă  perdre les repères d’un spectateur mĂ©dusĂ© par ce climat d’hystĂ©rie collective.


Synopsis: Après avoir purgĂ© sept ans en psychiatrie pour le meurtre de ses parents, Michael part Ă  la recherche du vĂ©ritable responsable : un savant fou perfide, obsĂ©dĂ© par le secret de l’immortalitĂ©, qu’il tente d’atteindre au moyen d’horribles expĂ©riences sur des cobayes humains. AccompagnĂ© de sa compagne et d’un couple d’amis, il retrouve sa trace dans un archipel isolĂ©. Mais sur place, ils sont bientĂ´t agressĂ©s par des marginaux motorisĂ©s, puis pourchassĂ©s par des zombies et des infirmiers persifleurs !  

Un pitch absurde digne d’une sĂ©rie Z que David Blyth transcende par une inventivitĂ© formelle, malgrĂ© des dĂ©cors standards rĂ©duits au minimum, et une avalanche de situations horrifiques d’une vigueur dĂ©rangeante. Le cinĂ©aste insiste avec fureur sur des plans serrĂ©s, captant les expressions hallucinĂ©es de comĂ©diens exaltĂ©s, avant d’exacerber la violence des corps Ă  corps entre survivants et agresseurs. PortĂ©s par une impulsion nĂ©vrosĂ©e, ces interprètes amateurs — inconnus du public français — offrent un surjeu en parfaite harmonie avec le climat bisseux de cette production indĂ©pendante nĂ©e des terres nĂ©o-zĂ©landaises.

Sous les faisceaux de lumières criardes, une partition dissonante et une scĂ©nographie fĂ©tide Ă©rigĂ©e autour d’une clinique chirurgicale - oĂą l’on dissèque des boĂ®tes crâniennes en gros plan - Death Warmed Up nous enferme dans un dĂ©dale malsain en chute libre. Sa dernière demi-heure, apocalyptique, s’avère aussi explosive et mĂ©chamment sanglante que tragique et vertigineuse, culminant dans un plan final d’une vigueur Ă©motionnelle gravĂ©e dans toutes les mĂ©moires.


Une expérience schizophrène, en roue libre, animée par une démence contagieuse.
Totalement fou, saugrenu et nonsensique (ou alors si peu), Death Warmed Up transcende l’expĂ©rience atypique d’un cauchemar sur pellicule, aussi glauque que bigarrĂ©. Un authentique film culte, justement rĂ©compensĂ© par la Licorne d’Or Ă  Paris, preuve que son impact visuel reste aussi probant que dĂ©paysant - avec, en arrière-plan, comme un pied de nez ironique, l’environnement rassurant de vastes plaines verdoyantes.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

B-M. 5èx
05.08.24. Vostfr
08.11.16
08.03.11. (161)

Récompense: Licorne d'Or au festival du film fantastique du Rex à Paris, 1984.

lundi 7 novembre 2016

Les Contes de la Nuit Noire. Grand Prix, Avoriaz 91.

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site luv-movies.com

"Tales from the Darkside: The Movie" de John Harrison. 1990. U.S.A. 1h33. Avec Deborah Harry, David Forrester, Matthew Lawrence, Christian Slater, Steve Buscemi, Julianne Moore, James Remar, Rae Dawn Chong.

Sortie salls France: 15 Mai 1991.

FILMOGRAPHIEJohn Harrison est un rĂ©alisateur amĂ©ricain et compositeur de musique de films nĂ© en 1948. Au cinĂ©ma: 1979 : Effects. 1990 : Darkside, les contes de la nuit noire. 2009: Livres de sang. A la tĂ©lĂ©vision: 1995 : Donneur inconnu. 1996 : The Assassination File. 2000 : Dune (mini-sĂ©rie). 2005 : Supernova (tĂ©lĂ©film). 2008: Blank Slate. Discographie: 1983 : Creepshow. 1986 : Le Jour des morts-vivants. 1990 : Tales from the dark Side, the Movie. 2007 : Effects (B.O. du film de 1979).


N'y allons pas par quatre chemins, Les Contes de la Nuit constitue un film Ă  sketchs (dĂ©clinaison de la sĂ©rie TV Histoires de l'autre monde) de ce qu'il y a de plus Ă©lĂ©mentaire, faute Ă  des scĂ©narios peu surprenants et d'une certaine carence de suspense et de tension. A titre de comparaison, n'importe quel Ă©pisode des Contes de la Crypte s'avère largement plus frĂ©quentable. Je me demande alors comment une oeuvre aussi mineure ait pu autant convaincre le jury d'Avoriaz au point de lui dĂ©cerner le fameux Grand Prix malgrĂ© ses qualitĂ©s techniques ? Or, Outre le plaisir de retrouver Ă  l'Ă©cran Christian Slater, Steve Buscemi et Julianne Moore et de s'impressionner de la cruautĂ© de certaines mises Ă  morts, le 1er sketch concernant la rĂ©surrection d'une momie par des Ă©tudiants demeure agrĂ©ablement bonnard et attachant, notamment auprès de sa rĂ©alisation soignĂ©e et du jeu convaincant des jeunes acteurs aujourd'hui notoires. 


Et si le second segment bénéficie d'un montage inventif, d'un pitch un peu plus original (la vengeance d'un chat noir et les morts qu'il accumule malgré le recrutement d'un tueur à gage) et une fois encore d'effets spéciaux convaincants (l'incroyable séquence du félin pénétrant à l'intérieur de la gorge d'une victime !), son manque de rebondissements et la monotonie des situations d'appréhension sont récupérés d'une certaine efficacité dans la réalisation et la conduite du récit quelque peu atmosphérique. Et pour clore en beauté, on s'immerge avec mélancolie envoûtante dans sa dernière histoire dépeignant avec sensibilité l'histoire d'amour impossible entre un peintre et une jeune inconnue. Ce dernier ayant préalablement conclu un étrange pacte avec une créature ailée. Celui de lui promettre de garder à jamais le silence sur sa sauvage agression en guise de clémence. Bien que son cheminement narratif ne cultive pas non plus de surprises, il demeure un peu mieux conté et étoffé au niveau de la caractérisation du couple en étreinte amoureuse, notamment grâce aux attachantes prestances de James Remar et Rae Dawn Chong. Sa conclusion épouvantable et ses séquences impressionnantes sublimant l'iconographie d'une créature mythologique rehaussant l'aspect tragique de ce conte horrifique émotionnellement cruel et empathique.


Soutenu de la prĂ©sence sarcastique de la chanteuse Deborah Harry entrevue lors des interludes parfaitement ludiques, Darkside les contes de la nuit noire est finalement une sympathique sĂ©rie B du Samedi soir que la gĂ©nĂ©ration 80 ne manquera pas de revoir avec soupçon de nostalgie faute de son Ă©poque rĂ©volue. 

B-M. 
25.09.24. 4èx. Vostfr

Récompense: Grand Prix au Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1991

vendredi 4 novembre 2016

LA MAIN SUR LE BERCEAU. Grand Prix, Cognac 92.

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site subscene.com

"The Hand That Rocks the Cradle" de Curtis Hanson. 1992. 1h50. Avec Annabella Sciorra, Rebecca De Mornay, Matt McCoy, Ernie Hudson, Julianne Moore, Madeline Zima, John de Lancie

Sortie salles France: 9 Septembre 1992. U.S: 10 Janvier 1992

FILMOGRAPHIE: Curtis Hanson, né le 24 mars 1945 à Reno (Nevada) et mort le 20 septembre 2016 à Los Angeles (Californie), est un réalisateur, producteur et scénariste américain. 1973 : Sweet Kill. 1980 : The Little Dragons. 1983 : American Teenagers. 1987 : Faux témoin. 1990 : Bad Influence. 1992 : La Main sur le berceau. 1994 : La Rivière sauvage. 1997 : L.A. Confidential. 2000 : Wonder Boys. 2002 : 8 Mile. 2005 : In Her Shoes. 2007 : Lucky You. 2012 : Chasing Mavericks (coréalisé avec Michael Apted).


En pleine vogue du thriller Ă©rotico-horrifique initiĂ© par Liaison fatale et Basic Instinct, La Main sur le Berceau fit sensation au festival de Cognac si bien qu'il remporte le Grand Prix, le Prix d'interprĂ©tation FĂ©minine pour Rebecca De Mornay et le Prix du Public durant l'annĂ©e de sa sortie. A la suite du suicide de son Ă©poux gynĂ©co dĂ©noncĂ© par une de ses patientes pour attouchements sexuels, sa dĂ©funte Ă©pouse dĂ©cide de se faire passer pour une nourrice auprès de cette dernière afin de se venger. A partir de ce pitch limpide prĂ©figurant un divertissement formatĂ© bâti sur l'efficacitĂ© de confrontations tendues entre une nurse psychotique et une famille prĂ©venante, Curtis Hanson Ă©lude adroitement les conventions dans sa facultĂ© d'instaurer un suspense latent au fil progressif d'une vengeance circonspecte. EpaulĂ© de la prestance dĂ©sarmante de naturel de Rebecca De Mornay littĂ©ralement habitĂ©e par sa fonction sournoise et par sa haine contenue (si on Ă©lude son accès de fureur extĂ©riorisĂ©e dans les toilettes et sa punition expĂ©ditive finale !), La Main sur le Berceau cultive des situations particulièrement cohĂ©rentes.


De par la perversitĂ© de cette mĂ©gère experte en art de la manipulation, de l'humiliation (la scène de la surprise-party) et du chantage jusqu'aux stratĂ©gies meurtrières (le piège Ă  verre dans la serre, les inhalateurs d'asthme vidĂ©s de leur gaz). Tant auprès du domestique dĂ©ficient (la proie la plus facile Ă  incriminer) que du couple Bartel et de leurs enfants inĂ©vitablement naĂŻfs d'apprivoiser sa fausse bonhomie. Cette dernière usant notamment de son charme raffinĂ© et de son regard azur pour endormir ses victimes dans un jeu tacite de sĂ©duction. Grâce Ă  la sobriĂ©tĂ© des seconds-rĂ´les se partageant la sĂ©rĂ©nitĂ© dans la cohĂ©sion familiale, Curtis Hanson fait naĂ®tre une tension en ascension depuis leur dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale Ă  s'opposer au simulacre de la fĂ©lonie. Au travers de cette cellule conjugale en implosion, le rĂ©alisateur insiste surtout sur le tĂ©moignage dĂ©muni de l'Ă©pouse Bartel brillamment manipulĂ©e par la nourrice si bien qu'elle finit par y dĂ©laisser son Ă©poux et ses enfants. Dans ce jeu roublard de manipulation, la tournure cauchemardesque des Ă©vènements va monter d'un Ă©chelon lorsque la mort viendra frapper Ă  leur porte. Curtis Hanson culminant cette dĂ©chĂ©ance vindicative vers un point d'orgue terrifiant dans son jeu de cache-cache rigoureusement charpentĂ© ! (et ce en dĂ©pit de clichĂ©s usuels du genre).


Thriller Ă  suspense menĂ© avec savoir-faire et rehaussĂ© d'une efficacitĂ© ciselĂ©e dans sa tension subtilement oppressante (l'incroyable sĂ©quence claustro d'une asphyxie asthmatique !), La Main sur le berceau bĂ©nĂ©ficie en outre d'un casting convaincant afin de crĂ©dibiliser les enjeux humains sĂ©vèrement molestĂ©s par une psychopathe maternelle (son unique dessein n'Ă©tant que de fonder une nouvelle famille, Ă  l'instar du Beau-Père de Joseph Ruben !). Une mĂ©canique frissonnante redoutablement pernicieuse et viciĂ©e ! 

3èx

Récompenses: Grand Prix, Prix du public et Prix de la meilleure actrice (Rebecca De Mornay), lors du Festival du film policier de Cognac 1992.

jeudi 3 novembre 2016

INCIDENTS DE PARCOURS

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Monkey Shines" de George A. Romero. 1988. U.S.A. 1h52. Avec Jason Beghe, John Pankow, Kate McNeil, Joyce Van Patten, Christine Forrest, Stephen Root, Stanley Tucci, Janine Turner.

Sortie salles France: 25 Janvier 1989

FILMOGRAPHIE: George Andrew Romero est un réalisateur, scénariste, acteur, auteur américain, né le 4 Février 1940 à New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux Maléfiques. 1992: La Part des Ténèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead. 2011: Deep Red.


Thriller horrifique d'une grande intensitĂ© psychologique autour des thèmes de la tĂ©lĂ©pathie, la mĂ©galomanie (l'orgueil de l'homme jouant Ă  l'apprenti sorcier), l'exploitation animale (la vivisection) et notre instinct animal (notre nature dĂ©lĂ©tère), Incidents de Parcours dĂ©cuple son pouvoir de fascination sous l'impulsion d'une narration vitriolĂ©e d'une rare originalitĂ©. Devenu tĂ©traplĂ©gique Ă  la suite d'un accident, Allan Ă©tablit la connaissance amiteuse d'un capucin, Ella, que son acolyte Geoffrey lui a offert pour lui prĂŞter assistance. Peu Ă  peu, une Ă©trange relation irascible s'instaure entre eux depuis que Geoffrey continue d'expĂ©rimenter sur l'animal un sĂ©rum Ă  base de cerveau humain afin d'altĂ©rer ses gĂŞnes.Variation tacite de la Planète des Singes si je me rĂ©fère Ă  l'insurrection du capucin dĂ©libĂ©rĂ© Ă  transcender notre intelligence par le biais de l'autoritĂ©, de la domination et de la vengeance, Incidents de parcours nous entraĂ®ne dans un troublant jeu de pouvoir entre l'animal et son maĂ®tre communĂ©ment capables de communiquer par tĂ©lĂ©pathie depuis l'expĂ©rimentation d'une potion frelatĂ©e.


D'un réalisme détonnant dans sa mis en scène studieuse si bien que le capucin se fond dans le corps d'un vrai comédien dans une posture rebelle en apprentissage criminel, Incidents de parcours distille un climat malsain redoutablement vénéneux par le biais d'un cheminement narratif vertigineux. Car si de prime abord, la relation amicale entamée entre eux s'avère gentiment ludique et que l'ambiance sereine préfigure une forme de divertissement convenu (clichés inévitables à l'appui), la tournure cauchemardesque des évènements converge à un vigoureux jeu de soumission entre l'animal et Allan littéralement envahi par la haine de sa compagne. Cette dernière étant inconsciemment déterminée (par l'effet du sérum) à prendre sa revanche sur l'homme depuis sa condition esclave ! A savoir, l'instrument de vivisection de chirurgiens sans vergogne qu'expérimentent Geoffrey ainsi que son adjoint fureteur. Parvenant à pénétrer à l'intérieur de l'esprit du singe par sa faculté mentale, Allan emmagasine toute sa colère interne et parvient même à visionner ses moindres déplacements lors de ses escapades nocturnes. Par le biais de ce sérum dérivé du cerveau humain, Ella finit donc par adopter nos sentiments perfides de tricherie, de vice, de trahison et de méchanceté engendrées par notre nature autocrate.


Epreuve de force Ă  la fois corporelle et morale entre un tĂ©traplĂ©gique et un primate, Incidents de Parcours transcende de manière bougrement singulière une rĂ©flexion sur l'instinct bestial de l'homme ("c'est ça le diable, c'est l'instinct" dĂ©clare Allan) et sa nature orgueilleuse Ă  daigner exploiter plus faible qu'autrui. Passionnant, intense et immersif lorsque Allan et Ella ne font (cĂ©rĂ©bralement) plus qu'un jusqu'Ă  s'entredĂ©chirer pour un enjeu de survie, Incidents de parcours provoque un malaise psychologique quant Ă  notre condition infortunĂ©e (l'influence du Mal sur notre raison !) sous couvert d'argument fantastique mĂ©taphysique. Une perle rare aussi ensorcelante que dĂ©rangeante, Ă  redĂ©couvrir d'urgence ! 

4èx