mercredi 15 novembre 2017

SPIDER BABY

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Spider Baby or, The Maddest Story Ever Told" de Jack Hill. 1964/67. U.S.A. 1h25. Avec Lon Chaney, Jr., Carol Ohmart, Quinn Redeker, Beverly Washburn, Jill Banner, Sid Haig.

Sortie salles U.S: 24 Décembre 1967 (Int - 18 ans). Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE: Jack Hill est un réalisateur, scénariste et éditeur américain, né le 28 Janvier 1933 à Los Angeles, Californie, USA. 1982: Sorceress (as Brian Stuart). 1975 Les loubardes. 1974 The Swinging Cheerleaders. 1974 Foxy Brown. 1973 Coffy, la panthère noire de Harlem. 1972 The Big Bird Cage. 1971 The Big Doll House. 1971 The Incredible Invasion (US scenes). 1971 La muerte viviente (US scenes). 1970 Je suis une groupie (non crédité). 1969 Pit Stop. 1968 Fear Chamber (US scenes). 1968 Macabre sérénade (US scenes). 1967 Spider Baby. 1966 Mondo Keyhole. 1966 Blood Bath. 1963 L'halluciné (non crédité). 1959 The Wasp Woman (non crédité).


Perle culte inĂ©dite en France mais exhumĂ©e de l'oubli grâce Ă  l'Ă©diteur Wild Side Video, Spider Baby constitue l'avant-garde d'une horreur cartoonesque si bien qu'il prĂ©figure (dans un noir et blanc documentĂ© proche de La Nuit des Mort-vivants rĂ©alisĂ© un an après) Evil-dead, La Famille Adams, voir mĂŞme Massacre Ă  la Tronçonneuse. Atteints du syndrome de Merrye (une dĂ©gĂ©nĂ©rescence mentale et physique apprendra-t'on du narrateur), la famille Merrye vit en autarcie au sein d'une demeure bucolique Ă©pargnĂ©e de citadins. Le patriarche Bruno (dont nous ne connaĂ®trons jamais la vĂ©ritable identitĂ©) tente maladroitement d'Ă©duquer 2 jeunes filles obsĂ©dĂ©es par les arachnides (au point que l'une d'elle se prĂ©sume araignĂ©e humaine !) ainsi que leur frère Ralph nanti d'un caractère aussi timorĂ© que primitif. Un jour, une cousine Ă©loignĂ©e et son Ă©poux s'invitent Ă  leur demeure avec pour dessein de s'approprier leur propriĂ©tĂ©. Mais les enfants inconsĂ©quents sont prĂŞts Ă  dĂ©fendre leur bout de terrain jusqu'Ă  Ă©liminer les tĂ©moins gĂŞnants. Baignant dans un climat de douce folie par moment dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© (notamment si je me fie Ă  son final bordĂ©lique avec l'attaque des crĂ©atures humaines confinĂ©es dans la cave), Spider Baby demeure un dĂ©lirant jeu de massacre dans son alliage d'horreur malsaine et de comĂ©die noire.  


Outre l'aspect fantaisiste imputé à l'unicité d'une famille dysfonctionnelle jamais vue au préalable, Spider Baby dépayse en diable et fascine curieusement sous l'impulsion de leurs extravagances fondées sur le non-sens et la démence contagieuse. Les acteurs, tantôt amateurs, tantôt professionnels (l'éminent Lon Chaney, Jr. se prête aimablement à la mascarade dans le rôle de Bruno, Sid Haig, tout jeunot, se fond dans le corps d'un déficient avec un naturel facétieux) parvenant à nous immerger dans leurs us et coutumes au sein d'une ferme décrépite truffée de décors insolites (toiles d'araignées tapissant chaque cloison, cadavre décharné secrètement préservé dans une chambre, chausses-trappes, cadres obliques, poupées rétro, animaux empaillés). De par son ambiance horrifico-malsaine tangible, Spider Baby insuffle un magnétisme formel permanent autour de sa scénographie domestique laissant libre court aux exactions sardoniques de ses propriétaires. A l'instar de la douce hystérique Virginia piquant ses proies humaines à l'aide de longs couteaux de cuisine car persuadée d'avoir affaire à de véritables insectes ! Ces interventions décomplexées s'avérant anthologiques dans l'art et la manière de se comporter telle une vraie araignée ! Et pour exacerber l'emprise démoniaque régie dans la demeure semblable au vieux manoir, on peut notamment compter sur l'intrusion (si photogénique) de mygales velues rampants scrupuleusement vers leur victime par le biais du gros plan !


DĂ©nuĂ© de sens et de raison, Spider Baby fonctionne surtout sur sa galerie de personnages aussi ubuesques que grotesques mais parfaitement crĂ©dibles Ă  se glisser dans leur fonction (ironiquement) psychotique au point de les iconiser avec une verve insolente. Train fantĂ´me inventif et dĂ©gingandĂ© de par sa rĂ©alisation approximative pour autant soignĂ©e (12 jours de tournage en tout et pour tout !), Spider Baby ne peut laisser indiffĂ©rent l'amateur de curiositĂ© (oubliĂ©e) dans son imagerie Ă  la fois cauchemardesque et cartoonesque en avance sur son temps. Une perle indispensable donc d'une fraĂ®cheur exubĂ©rante !

B-D
2èx

Anecdote (source Wikipedia): Le film a été tourné entre août et septembre 1964. Cependant, en raison de la faillite du producteur original, le film n'a été libéré que le 24 décembre 1967

mardi 14 novembre 2017

1922

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Zak Hilditch. 2017. U.S.A. 1h42. Avec Thomas Jane, Neal McDonough, Molly Parker, Kaitlyn Bernard, Roan Curtis, Brian d'Arcy James, Bob Frazer.

Diffusé sur Netflix le 20 Octobre 2017

FILMOGRAPHIEZak Hilditch est un réalisateur, producteur et scénariste américain. 2003: Waiting for Naval Base Lilly. 2005: The Actress. 2007: Plum role. 2010: The Toll. 2013: Final Hours. 2017: 1922.


"La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas. La vérité de ce monde, c'est la mort."
Après nous avoir surpris avec l'excellent Gerald's Game (tirĂ© du roman Jessie), la sociĂ©tĂ© Netflix rĂ©cidive Ă  nouveau avec 1922 d'après la novella Ă©ponyme de Stephen King. Le pitch, linĂ©aire, relatant la sombre destinĂ©e d'une famille infortunĂ©e lorsque le paternel, fermier Ă  la tĂŞte d'une rĂ©colte de maĂŻs, se rĂ©signe Ă  comploter avec l'aide de son fils l'assassinat de son Ă©pouse dĂ©sireuse de revendre ses propriĂ©tĂ©s. Mais depuis leur acte crapuleux lâchement perpĂ©trĂ© (le meurtre graphique s'avĂ©rant par ailleurs très incommodant dans sa mise en scène latente du passage Ă  l'acte puis l'intensitĂ© insupportable du crime sitĂ´t perpĂ©trĂ©), Wilfred James sombre peu Ă  peu dans une psychose hallucinatoire car toujours plus hantĂ© par sa turpitude meurtrière ! Quand bien mĂŞme ses rapports conflictuels avec son fils rongĂ© de remord va le renchĂ©rir dans un amer dĂ©sarroi. Drame psychologique dĂ©guisĂ© en suspense horrifique au sein d'une cellule familiale dysfonctionnelle, 1922 retrace avec un rĂ©alisme glaçant le chemin de croix (oh combien Ă©pineux !) d'un paternel condamnĂ© Ă  la damnation d'avoir commis l'irrĂ©parable, et d'y avoir entraĂ®nĂ© par sa dĂ©rive immorale son jeune fils influençable. Nanti d'un climat malsain Ă©thĂ©rĂ© puis lestement tangible au fil de visions macabres pestilentielles assez terrifiantes, et baignant dans un esthĂ©tisme solaire plutĂ´t irrespirable (photo et dĂ©cors stylisĂ©s en sus !), 1922 dĂ©range de façon insidieuse eu Ă©gard des comportements immoraux d'un père et de son fils Ă©troitement liĂ©s Ă  la corruption afin de prĂ©server leur postĂ©ritĂ©.


Outre l'intensitĂ© dramatique en crescendo d'un cheminement narratif Ă  la fois inquiĂ©tant, trouble et perturbant (le rĂ©alisateur prenant soin de nous faire douter sur la vĂ©racitĂ© des visions macabres que le fermier endure dans sa psychologie torturĂ©e, et ce sans nous dĂ©voiler le fin mot de son effroyable conclusion !), 1922 s'alloue notamment d'une solide distribution pour mieux nous plonger dans les dĂ©rives fiĂ©vreuses des coupables en perdition sĂ©vèrement Ă©trillĂ©s. Le rĂ©cit profondĂ©ment funèbre se soumettant au magnĂ©tisme austère de Thomas Jane car promenant sa dĂ©gaine patibulaire Ă  l'instar d'un fantĂ´me errant gagnĂ© d'une sinistre culpabilitĂ©. Dans celui du rejeton d'apparence docile et bellâtre, le jeune nĂ©ophyte Dylan Schmidt lui partage sobrement la vedette avec une mine sentencieuse toujours plus prononcĂ©e eu Ă©gard de son dĂ©sagrĂ©ment maternel. A eux deux, ils forment un tandem pathĂ©tique au sein de leur itinĂ©raire sĂ©pulcral que le spectateur endure avec une Ă©motion inĂ©vitablement dĂ©rangeante. De par l'empathie Ă©prouvĂ©e pour leur remord tacite et le dĂ©goĂ»t ressenti de s'ĂŞtre adonnĂ© Ă  l'ignominie, quand bien mĂŞme le châtiment cruel imputĂ© Ă  certains animaux (deux vaches moribondes), ou leur prĂ©sence inquiĂ©tante (la prolifĂ©ration des rats dans le puits et la ferme), exacerbent le climat dĂ©pressif de cette sombre tragĂ©die fondĂ©e sur le patriarcat des "annĂ©es folles".


Une Famille ordinaire.
Drame intimiste Ă©prouvant retraçant derrière une façade horrifique le châtiment en roue libre d'une famille proscrite par le Bien, 1922 laisse un goĂ»t amer de souffre dans la bouche sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique Ă©coulĂ©, quand bien mĂŞme son score aussi discret que dĂ©pressif nous martèle l'esprit avec une amertume sinistrĂ©e (son intensitĂ© psychologique ne nous laissant que de peu de rĂ©pit au fil du cheminement mortuaire). A dĂ©couvrir absolument si bien qu'il s'agit Ă  mon sens d'une des meilleures adaptations de King. 

B-D.

lundi 13 novembre 2017

LE FASCINANT CAPITAINE CLEGG

                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thetelltalemind.com

"Captain Clegg / Night Creatures" de Peter Graham Scott. 1962. 1h22. Angleterre. Avec Peter Cushing, Yvonne Romain, Patrick Allen, Oliver Reed, Michael Ripper, Martin Benson.

Sortie salles France: 28 Novembre 1962. Angleterre: 25 Juin 1962

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Peter Graham Scott est un rĂ©alisateur et producteur anglais, nĂ© le 27 octobre 1923 Ă  East Sheen, Londres, dĂ©cĂ©dĂ© le 5 aoĂ»t 2007 Ă  Windlesham. 1948: Panic at Madame Tussaud's. 1952: Escape Route. 1952: Sing Along with Me. 1956: The Hideout. 1957: The Big Chance. 1957: Account Rendered.  1959 Devil's Bait. 1959 The Headless Ghost. 1959 Breakout.  1960: The Rough and the Smooth. 1960: The Big Day. 1960 Let's Get Married 1962 : Le Fascinant capitaine Clegg. 1962 : The Pot Carriers. 1963 : Father Came Too! 1968: Subterfuge. 1993: A chance to dance (tĂ©lĂ©-film).


Film un peu occultĂ© Ă  mon sens de la part d'une production Hammer, Le Fascinant capitaine Clegg constitue pourtant un formidable suspense policier sous couvert d'un argument (faussement) surnaturel. Car comme les suggèrent ses affiches US et françaises un brin fallacieuses, le Fascinant capitaine Clegg n'est nullement un film horrifico-fantastique, tant et si bien que le cinĂ©aste Peter Graham Scott privilĂ©gie les composantes du suspense et de l'aventure gothique autour du personnage Ă©nigmatique du rĂ©vĂ©rend Blyss. Le Capitaine Collier et son armĂ©e arpentent la rĂ©gion de Romney Marsh depuis la rumeur de fantĂ´mes des marais et la suspicion de contrebande perpĂ©trĂ©e par des habitants de la rĂ©gion. Après la dĂ©couverte d'un cadavre, le capitaine soupçonne au fil de son enquĂŞte le rĂ©vĂ©rend local d'Ă©ventuelle complicitĂ© quand bien mĂŞme ce dernier et ses sbires tentent par tous les moyens de planquer leur trafic d'alcool avant de l'Ă©couler. TranscendĂ©, comme de coutume, par la prestance du gentleman Peter Cushing dans la peau (plus vraie que nature !) d'un rĂ©vĂ©rend charitable, Le Fascinant capitaine Clegg s'alloue notamment de seconds-rĂ´les bougrement attachants, inquiĂ©tants ou irrĂ©sistiblement dĂ©testables.


Martin Benson en transfuge envieux de la douce Imogene, Patrick Allen en capitaine impĂ©rieux jamais Ă  court d'endurance pour dĂ©busquer les coupables, le mastard Milton Reid en mulâtre mutique plein de fiel, le duo romanesque Oliver Reed / Yvonne Romain dont on Ă©prouve une sobre tendresse pour leur sort indĂ©cis, puis enfin un des habituels seconds couteaux de la firme, Michael Ripper incarnant le fidèle adjoint du rĂ©vĂ©rend avec le charisme avenant qu'on lui connait. Au-delĂ  de son esthĂ©tisme gothique aussi inhabituel qu'Ă©purĂ© (sa scĂ©nographie maritime), Le Fascinant capitaine Clegg parvient Ă  captiver sans temps morts grâce Ă  son ossature narrative Ă  la fois intrigante, exubĂ©rante et ciselĂ©e affichant un haletant "cache-cache" entre gendarmes et voleurs (passages secrets en sus pour mieux duper l'adversaire !). Le rĂ©alisateur jouant avant tout sur l'ambiguĂŻtĂ© d'un leader marginal peu recommandable (un ancien chef pirate planquĂ© derrière une soutane) mais bougrement prĂ©venant et attachant lorsque celui-ci redouble de gĂ©nĂ©rositĂ© et loyautĂ© Ă  combler ses citadins autrefois dĂ©sargentĂ©s. En jouant sur le folklore d'Ă©lĂ©ments surnaturels (l'apparition des fantĂ´mes fluorescents durant la nuit, l'Ă©pouvantail aux yeux Ă©carquillĂ©s, le cercueil retrouvĂ© vide de Clegg potentiellement revenu d'entre les morts), Peter Graham Scott consolide un efficace suspense sous couvert d'une Ă©nigme fertile en pĂ©ripĂ©ties et rebondissements que s'opposent sans relâche forces de l'ordre et contrebandiers fraternels. Ces derniers ne cessant de duper la loi avec sagacitĂ© lors d'une course contre la montre Ă  effacer leurs indices, et ce avant que celle-ci ne dĂ©couvre l'impensable vĂ©ritĂ© sur la destinĂ©e de Clegg.


Divertissement taillĂ© sur mesure sous le pilier d'une aventure baroque oscillant suspense, romance et tension dramatique (notamment pour l'aspect inopinĂ©ment tragique de son Ă©pilogue pour autant rĂ©dempteur !), Le fascinant capitaine Clegg demeure une splendide rĂ©ussite gothique scandĂ©e de la prĂ©sence de Cushing dans un rĂ´le bicĂ©phale et d'une compagnie de seconds-rĂ´les aussi charismatiques que spontanĂ©s Ă  prĂ©server la cause du bandit au grand coeur. 

B-D
3èx

vendredi 10 novembre 2017

L'Empreinte de Frankenstein / The Evil of Frankenstein

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

de Freddie Francis. 1964. Angleterre. 1h26. Avec Peter Cushing, Kiwi Kingston, Sandor Eles, Peter Woodthorpe, Duncan Lamont, Katy Wild.

Sortie salles France: 31 Mars 1965. U.S: 8 Mai 1964

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Freddie Francis est un réalisateur, directeur de photographie et scénariste britannique, né le 22 Décembre 1917 à Londres, décédé le 17 Mars 2007 à Isleworth (Royaume-Uni). 1962: La Révolte des triffides. 1963: Paranoiac. 1964: Meurtre par procuration. 1964: l'Empreinte de Frankenstein. 1965: Le Train des Epouvantes. 1965: Hysteria. 1965: The Skull. 1966: The Deadly Bees. 1966: Poupées de cendre. 1967: Le Jardin des Tortures. 1968: Dracula et les Femmes. 1970: Trog. 1972: Histoires d'Outre-Tombe. 1973: La Chair du Diable. 1973: Les Contes aux limites de la folie. 1974: Son of Dracula. 1975: La Légende du Loup-Garou. 1975: The Ghoul. 1985: Le Docteur et les Assassins. 1987: Dark Tower.


L’Empreinte de Frankenstein : L’hĂ©ritage maudit.
Troisième volet de Frankenstein, souvent considĂ©rĂ© comme l’un des plus faibles de la saga, L’Empreinte de Frankenstein marque le retrait de Terence Fisher (rĂ©alisateur des deux premiers opus), au profit de Freddie Francis. Et pourtant, ce chapitre honni n’est en rien Ă  relĂ©guer — bien au contraire.

Le pitch : Après une tentative infructueuse pour rĂ©animer le monstre en cavale, le baron Frankenstein et son nouvel assistant reprennent leurs expĂ©riences, après avoir retrouvĂ© le corps gelĂ© de la crĂ©ature, secrètement conservĂ© dans les hauteurs d’une montagne.

Revenant aux sources du mythe que la Universal avait gravĂ© dans le marbre avec les deux chefs-d’Ĺ“uvre de James Whale, L’Empreinte de Frankenstein demeure un divertissement aussi soignĂ© qu’efficace. Le rĂ©cit, certes classique, ne sombre jamais dans l’ennui — au contraire, il s’Ă©lève par la maĂ®trise de sa narration et par la prestance magnĂ©tique d’un Peter Cushing en grande forme. Son baron, mystique et obsessionnel, traverse les pĂ©rils avec l’Ă©lĂ©gance d’un dandy aux abĂ®mes intĂ©rieurs, gĂ©nĂ©rant des tensions dramatiques face Ă  la menace sourde d’un hypnotiseur alcoolique et manipulateur.

Cushing porte le film sur ses Ă©paules, et si les seconds rĂ´les manquent d’envergure, ils n’en demeurent pas moins profondĂ©ment attachants : le jeune assistant fĂ©brile, l’hypnotiseur dĂ©voyĂ©, ou encore la sauvageonne mutique, incarnation mĂŞme de l’innocence traquĂ©e.

Pour pimenter un rĂ©cit aux rebondissements prĂ©visibles, surgit Ă  mi-parcours une figure antagoniste — le fameux hypnotiseur sollicitĂ© pour ranimer la crĂ©ature — qui insuffle une noirceur supplĂ©mentaire. Il manipule le monstre Ă  rĂ©pĂ©tition, en fait son pantin pour accomplir ses vengeances et assouvir ses instincts les plus vils. Peter Woodthorpe incarne ce maĂ®tre-chanteur libidineux avec une perversitĂ© trouble, allant jusqu’Ă  tenter de violer la sauvageonne, dans une scène aussi dĂ©rangeante qu’Ă©difiante sur la nature humaine.

Certes, quelques facilitĂ©s du dernier acte prĂŞtent Ă  sourire : l’inattention du baron et de son assistant face aux manigances d’un homme qu’ils savent dĂ©jĂ  corrompu peut dĂ©concerter. Mais L’Empreinte de Frankenstein garde la tĂŞte haute, portĂ© par la prĂ©sence spectrale de la crĂ©ature, au masque d’argile dĂ©criĂ©, jugĂ© grotesque — Ă  tort. Car ce faciès informe, baroque, incarne Ă  merveille la difformitĂ© morale du monde qui l’a engendrĂ©e. Monstre tragique, rĂ©duit Ă  l’esclavage par son crĂ©ateur mĂ©galomane et un hypnotiseur encore plus dĂ©lĂ©tère, il s’inscrit dans la lignĂ©e des crĂ©atures Ă©plorĂ©es de Whale, que Francis ressuscite le temps d’une dernière demi-heure aussi rythmĂ©e que poignante, oĂą surgit un dĂ©sespoir suicidaire sans jamais verser dans le ridicule.


"Le Masque d'Argile".
Savoureux divertissement sans temps morts, d’un esthĂ©tisme typique de la Hammer, L’Empreinte de Frankenstein exploite habilement une trame connue, galvanisĂ©e par le jeu tout en nuances d’un Peter Cushing ici moins brutal, plus empathique, victime d’accusations fallacieuses fomentĂ©es par la ruse de l’hypnotiseur. Les seconds rĂ´les, empreints d’un humanisme doux-amer, renforcent le pathos tragique d’un monstre une fois encore banni, dans ce bel hommage bis Ă  la Universal.

Un plaisir de cinĂ©ma qui ne m’a jamais quittĂ© depuis cette diffusion dominicale sur TV6, gravĂ©e dans ma mĂ©moire comme un pacte de fidĂ©litĂ©.

*Bruno 
27.01.24. 5èx



jeudi 9 novembre 2017

TARZAN, L'HOMME SINGE

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

"Tarzan the Ape Man" de W. S. Van Dyke. 1932. U.S.A. 1h40. Avec Johnny Weissmuller, Maureen O'Sullivan, C. Aubrey Smith, Neil Hamilton, Doris Lloyd

Sortie salles France: 19 Août 1932. U.S: 2 Avril 1932

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: W. S. Van Dyke ou Woodbridge Strong Van Dyke II est un réalisateur américain, né le 21 mars 1889 à San Diego, en Californie, et mort par suicide le 5 février 1943 à Brentwood, en Californie (États-Unis).1917 : The Land of Long Shadows. 1922 : Forget Me Not. 1925 : Le Hors-la-loi. 1927 : Les Écumeurs du Sud. 1928 : Wyoming. 1928 : Ombres blanches. 1929 : Chanson païenne. 1931 : Trader Horn. 1931 : Rumba d'amour. 1932 : Tarzan, l'homme singe. 1933 : Penthouse. 1936 : Au seuil de la vie. 1936 : Loufoque et Cie. 1936 : Nick, gentleman détective. 1937 : Valet de cœur. 1937 : On lui donna un fusil. 1937 : Rosalie. 1938 : Marie-Antoinette. 1938 : Amants. 1940 : Monsieur Wilson perd la tête . 1940 : Chante mon amour . 1941 : La Proie du mort . 1941 : The Feminine Touch. 1941 : Rendez-vous avec la mort . 1942 : Ma femme est un ange . 1942 : Cairo. 1942 : Journey for Margaret.


Film mythique s'il en est, Tarzan l'homme singe est parvenu Ă  redorer le cinĂ©ma d'aventures avec un souffle Ă©pique et romanesque surprenant pour l'Ă©poque ! Si bien que les affrontements entre animaux sauvages (remarquablement dressĂ©s !) et Tarzan reste encore aujourd'hui bluffants, notamment lors du final homĂ©rique (la charge des Ă©lĂ©phants contre les pygmĂ©es) aux cimes de l'Ă©pouvante (les otages blancs prĂ©alablement offerts en sacrifice face Ă  un gorille monstrueux que l'on croirait issu d'un labo expĂ©rimental !). Divertissement familial de 7 Ă  77 ans, Tarzan l'homme singe est surtout illuminĂ© par le duo proverbial Johnny Weissmuller / Maureen O'Sullivan formant un couple singulier Ă  l'Ă©cran avec un naturel confondant. LittĂ©ralement habitĂ© par son rĂ´le primitif,  Johnny Weissmuller insuffle un charisme inĂ©galĂ© dans celui de l'homme sauvage souvent mutique mais pour autant expressif (voir ensorcelant par son regard interrogatif sur le qui-vive) lorsqu'il tente de saisir le dialecte de sa compagne que Maureen O'Sullivan communique avec une dĂ©licate innocence, et ce avant de succomber Ă  son charme animal.


D'une grande simplicité, l'intrigue se concentre sur leurs rapports tendus puis amoureux après que Tarzan eut sauvagement kidnappé l'inconnue, de par son mode de vie primal qu'il s'inculqua parmi de fidèles animaux (principalement des chimpanzés, gorilles et éléphants). En intermittence, et en guise de victuaille, il doit quotidiennement affronter à mains nues tigres, lions et crocodiles lors de morceaux de bravoure vertigineux. Quand bien même, le père de Jane et son équipe s'enfoncent dans la jungle pour la retrouver avant de poursuivre leur quête du cimetière des éléphants. Si certains trucages et décors en carton pâte font un peu tache et que sa naïveté narrative prête parfois à sourire (notamment lorsque Jane et Tarzan batifolent dans l'eau avec une innocence infantile), le pouvoir d'émerveillement qui émane des nombreuses péripéties et la synergie du couple romanesque nous replongent dans notre enfance avec une intensité formelle singulière. W. S. Van Dyke exploitant de fond en comble les décors naturels de la jungle sauvage à l'instar d'un dédale hostile et par le truchement d'une photo monochrome saillante.


Ludique, dĂ©paysant en diable, fantasmatique et truffĂ© de charme exaltant, Tarzan l'homme singe reste quelques dĂ©cennies plus tard un spectacle enchanteur endĂ©mique. De par son rĂ©alisme envoĂ»tant instituĂ© au coeur d'une jungle pĂ©rilleuse photogĂ©nique et le caractère altruiste du couple glamour WeissmullerO'Sullivan entrĂ© dans la lĂ©gende du 7è art. Une splendide rĂ©ussite donc, parangon du film de jungle si bien que ce 1er opus payant se prolongea avec 11 dĂ©clinaisons plus ou moins divertissantes. 

B-D
3èx

mercredi 8 novembre 2017

DUELLISTES. Prix de la première oeuvre, Cannes 77.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdclassik.com

"The Duellists" de Ridley Scott. 1977. Angleterre. 1h40. Avec Harvey Keitel, Keith Carradine, Albert Finney, Edward Fox, Cristina Raines, Robert Stephens, Pete Postlethwaite.

Sortie salles France: 31 Août 1977. Angleterre: Décembre 1977

FILMOGRAPHIE: Ridley Scott est un réalisateur et producteur britannique né le 30 Novembre 1937 à South Shields. 1977: Duellistes. 1979: Alien. 1982: Blade Runner. 1985: Legend. 1987: Traquée. 1989: Black Rain. 1991: Thelma et Louise. 1992: 1492: Christophe Colomb. 1995: Lame de fond. 1997: A Armes Egales. 2000: Gladiator. 2001: Hannibal. 2002: La Chute du faucon noir. 2003: Les Associés. 2005: Kingdom of heaven. 2006: Une Grande Année. 2007: American Gangster. 2008: Mensonges d'Etat. 2010: Robin des Bois. 2012: Prometheus. 2017: Alien Covenant.


Avant de nous pondre son chef-d'oeuvre séminal Alien, précurseur de l'horreur stellaire (même si la Planète des Vampires imposa préalablement sa signature "vintage"), Ridley Scott réalise un coup de maître pour une première oeuvre récompensée à Cannes l'année même de sa sortie. Inspiré d'une histoire vraie assez ubuesque, voire improbable lorsqu'un lieutenant et un brigadier-général n'auront de cesse de se provoquer en duel sur une période longiligne de 15 ans (20 ans selon les faits historiques dixit Wikipedia !), Duellistes est la rencontre au sommet de deux éminents acteurs, Harvey Keitel / Keith Carradine. Ces derniers formant à l'écran un duo fébrile d'officiers opiniâtres, faute de l'entêtement de l'un d'eux furieusement féru de rancoeur, caprice et orgueil autour de sa question d'honneur. Car mécontent de se retrouver aux arrêts d'après le prompt avertissement d'Hubert, Féraud provoque sur le champ celui-ci en duel par esprit de supériorité.


L'ironie de cet affrontement aussi insolent, c'est que son adversaire, de prime abord pacifiste, loyal et indulgent, finit pour une éthique d'honneur et de dignité par céder à l'influence vindicative de Féraud après s'être à nouveau provoqués lors d'un sanglant duel. Multipliant les points de rencontres au sein d'une campagne aphone afin de parfaire leurs joutes à l'épée mais aussi à l'arme à feu, Féraud et d'Hubert se laissent dériver vers une révolte suicidaire alors que ce dernier impuissant à calmer les tensions ne peut que se résigner à affronter une ultime fois son partenaire. Les combats extrêmement violents, voir parfois mêmes barbares, insufflant un réalisme acéré auprès des chorégraphies épiques que Scott filme au plus près des corps estropiés, caméra agressive à l'épaule en sus ! Transcendé par ce jeu d'acteurs intense aux trognes minées par le désagrément, l'égoïsme, la peur et la haine, Duellistes se permet sous leur impulsion fielleuse et victorieuse d'y transfigurer le cadre historique auquel ils évoluent (communément et indépendamment !). De par le stylisme d'une nature sensitive et des postures (parfois) statiques des figurants que l'on croirait extraits de fresques picturales. La mise en scène épurée soucieuse du détail formel structurant autour des faits et gestes des personnages un florilège de toiles avec un art consommé de l'architecture.


Baignant dans une atmosphère ouateuse de plĂ©nitude champĂŞtre oĂą le crĂ©puscule cède parfois place Ă  une horizon funeste, Duelliste tire-parti de sa vigueur en l'expression forcenĂ©e de deux acteurs soumis Ă  la violence des armes car empiĂ©tĂ©s dans la machine infernale de règlements de comptes infondĂ©s. Outre l'aspect aussi bien Ă©pique que romanesque d'une intrigue laissant aussi libre court aux accointances sentimentales (on est d'autant plus sensible Ă  la mĂ©lodie timorĂ©e et sensuelle du score d'Howard Blake), Duellistes esquisse les corps meurtris autour d'une scĂ©nographie naturelle d'une fulgurance onirique Ă  damner un saint. Une des plus belles rĂ©ussites de son auteur. 

Eric Binford
3èx

mardi 7 novembre 2017

LES AVENTURES DE ROBIN DES BOIS

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Adventures of Robin Hood" de Michael Curtiz et William Keighley. 1938. U.S.A. 1h42. Avec Errol Flynn, Olivia de Havilland, Basil Rathbone, Claude Rains, Patric Knowles, Eugene Pallette, Alan Hale, Herbert Mundin.

Sortie salles France: 7 Septembre (ou 24 Novembre) 1938. U.S: 14 Mai 1938

FILMOGRAPHIE PARTIELLEMichael Curtiz, de son vrai nom Manó Kertész Kaminer, est un réalisateur américain d'origine hongroise, né le 24 décembre 1886 à Budapest (Hongrie) et mort le 10 avril 1962 (à 75 ans) à Hollywood. 1935 : Capitaine Blood. 1936 : Le Mort qui marche. 1936 : La Charge de la brigade légère. 1937 : Stolen Holiday. 1937 : Justice des montagnes. 1937 : Le Dernier combat. 1937 : Un homme a disparu. 1938 : La Bataille de l'or. 1938 : Les Aventures de Robin des Bois. 1938 : Quatre au paradis. 1938 : Rêves de jeunesse. 1938 : Les Anges aux figures sales. 1940 : La Caravane héroïque. 1940 : L'Aigle des mers. 1940 : La Piste de Santa Fe. 1941 : Le Vaisseau fantôme. 1942 : Les Chevaliers du ciel. 1942 : Casablanca. 1947 : Le crime était presque parfait. 1950 : La Femme aux chimères. 1953 : Un homme pas comme les autres. 1954 : L'Homme des plaines. 1958 : Le Fier Rebelle. 1958 : Bagarres au King Créole. 1959 : Le Bourreau du Nevada. 1961 : Les Comancheros.


Chef-d'oeuvre du film d'aventures familial si bien que tous les cinĂ©philes s'accordent Ă  dire qu'il s'agit de la meilleure version de la lĂ©gende de Robin, les Aventures de Robin des Bois resplendit de 1000 feux sous l'impulsion du couple glamour: Errol Flynn / Olivia de Havilland. Le couple insufflant avec un naturel Ă©bouriffant un charme romantique au cime de la fĂ©erie ! Notamment par le biais du regard Ă  la fois charnel et candide qu'Olivia procure Ă  l'Ă©cran dans une palette de sentiments timorĂ©s eu Ă©gard de l'impudence de son amant bravant la lĂ©galitĂ© au profit des dĂ©munis. Alors que le roi Richard Coeur de Lion part pour les croisades, son frère en profite pour s'emparer du trĂ´ne parmi la complicitĂ© de Sir Guy de Gisbourne. Mais un archer intrĂ©pide surnommĂ© Robin de Locksley va tout mettre en oeuvre pour dĂ©jouer ces traĂ®tres avec l'aide de ses fidèles compagnons de la forĂŞt de Sherwood. 



Baignant dans un technicolor flamboyant sous la mainmise de l'Ă©minent Michael Curtiz structurant une aventure Ă©chevelĂ©e sans temps morts, les Aventures de Robin des Bois pĂ©rennise son pouvoir enchanteur avec un panache aussi bien exaltant qu'exubĂ©rant. De par l'Ă©nergie et la vĂ©locitĂ© que chaque protagoniste insuffle dans leur dimension hĂ©roĂŻque ou hostile (le duel final Ă  l'Ă©pĂ©e entre Robin et Charles de Gisbourne est un moment d'anthologie Ă©poustouflant d'agilitĂ© dans la chorĂ©graphie du maniement des armes !) et la mise en scène très efficace de Curtiz assortie d'un montage dynamique allant droit Ă  l'essentiel. Au-delĂ  de l'aspect Ă©pique de sa rĂ©alisation extrĂŞmement inspirĂ©e et alignant Ă  rythme mĂ©tronomique une habile succession de rebondissements autour du duo gagnant Robin / Marianne (ces derniers se portant secours l'un pour l'autre entre une Ă©treinte sentimental), les Aventures de Robin des Bois est scandĂ© par la prestance symbolique d'Errol Flynn littĂ©ralement transi d'Ă©motions dans sa fougue contestataire. Ce dernier insufflant avec une dĂ©rision badin un souffle passionnel tant auprès de ses nobles sentiments pour Marianne que de ses exploits arrogants Ă  brimer ses ennemis par l'Ă©pĂ©e ou par l'arc. Bondissant et escaladant escaliers et remparts pour leur Ă©chapper, Errol Flynn dĂ©gage une ferveur rusĂ©e avec l'appui de son charisme fringant.


Chef-d'oeuvre du film d'aventures d'avant-guerre prĂ´nant les valeurs nobles de la justice, de l'hĂ©roĂŻsme et de la rĂ©partition Ă©quitable des richesses, les Aventures de Robin des Bois idĂ©alise le divertissement intelligible avec un sens fĂ©erique aussi intègre que sans fard. 

B.D
3èx

Récompenses: Oscar de la meilleure musique (Erich Wolfgang Korngold), meilleurs décors (Carl Jules Weyl), meilleur montage (Ralph Dawson).

lundi 6 novembre 2017

La Main du Diable

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Maurice Tourneur. 1943. France. 1h20. Avec Pierre Fresnay, Josseline Gaël, Noël Roquevert, Guillaume de Sax, Palau, Pierre Larquey, André Gabriello, Antoine Balpêtré.

Sortie salles France: 21 Avril 1943

FILMOGRAPHIE: Maurice Thomas, dit Maurice Tourneur, est un réalisateur français, né le 2 février 1876 à Paris 17e, mort le 4 août 1961. 1930 : Accusée, levez-vous ! 1931 : Maison de danses ; Partir. 1932 : Au nom de la loi ; Les Gaietés de l'escadron ; Lidoire. 1933 : Les Deux Orphelines ; L'Homme mystérieux (Obsession). 1933 : Le Voleur. 1935 : Justin de Marseille ; Kœnigsmark. 1936 : Samson ; Avec le sourire. 1938 : Le Patriote ; Katia. 1941 : Volpone. 1941 : Péchés de jeunesse ; Mam'zelle Bonaparte. 1942 : La Main du diable. 1943 : Le Val d'enfer. 1944 : Cécile est morte. 1948 : Après l'amour. 1948 : Impasse des Deux-Anges.


D'après une nouvelle de GĂ©rard de Nerval, La Main du Diable est considĂ©rĂ©e (Ă  raison) comme l'une des rares rĂ©ussites françaises du cinĂ©ma Fantastique. Natif des annĂ©es 40, ce divertissement fort bien menĂ© par Maurice Tourneur et rĂ©alisĂ© dans un noir et blanc parfois onirique (notamment pour ses Ă©clairages expressionnistes) emprunte le mythe de Faust (s'Ă©pauler du diable pour contredire un destin malchanceux) avec une jolie efficacitĂ©. De par la condition dĂ©soeuvrĂ©e de la victime nantie d'un don maudit (celle d'avoir achetĂ© une main afin d'obtenir succès professionnel et amour) car toujours plus contrainte de rembourser une dette outre-mesure au diable afin de ne pas lui cĂ©der son âme. Dans le rĂ´le de la victime infortunĂ©e prise Ă  parti avec ses  sentiments contradictoires de perdurer ou d'endiguer l'offrande surnaturelle, Pierre Fresnay parvient Ă  intensifier l'intrigue grâce Ă  sa caractĂ©risation enflammĂ©e. L'acteur laissant s'exprimer son inquiĂ©tude, ses remords et son angoisse exponentielle avec une force de caractère irascible si bien que son entourage amical peine Ă  l'Ă©pauler lors de ses dĂ©marches confuses, voir s'interroge mĂŞme parfois sur son Ă©tat mental comme le rapporte sa dĂ©testable Ă©pouse Ă©gotiste (que campe avec Ă©loquence Josseline GaĂ«l). Au grĂ© d'un cheminement narratif oppressant Ă©maillĂ© de quelques rebondissements et revirements inattendus faisant intervenir le fantastique par le biais de personnages iconiques, Maurice Tourneur opte pour un Fantastique poĂ©tique, notamment parmi l'intervention des victimes de la main issues d'Ă©poques vĂ©tustes. TeintĂ© de dĂ©rision auprès du personnage du malin que Pierre Palau endosse avec une (attractive) ferveur aussi bien badine que gouailleuse, La Main du diable fascine sous le pilier d'une intrigue machiavĂ©lique que le hĂ©ros ne cesse de dĂ©jouer avec fĂ©brile constance.


De par l'originalitĂ© de son scĂ©nario faisant intervenir les forces du Bien et du Mal avec une fantaisie insolite, son esthĂ©tisme monochrome contrastĂ© (voir parfois envoĂ»tant !) et l'intensitĂ© du jeu spontanĂ© de Pierre Fresnay, La Main du diable exploite lestement le genre fantastique parmi la sincĂ©ritĂ© de son auteur mĂ©ticuleux dans l'art d'y conter son rĂ©cit. 

Eric Binford.
3èx

vendredi 3 novembre 2017

FREAKS, LA MONSTRUEUSE PARADE.

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site festival-playitagain.com

"Freaks" de Tod Browning. 1932. U.S.A. 1h02. Avec Wallace Ford, Leila Hyams, Olga Baclanova, Roscoe Ates, Henry Victor, Harry Earles.

Sortie salles France: 7 Octobre 1932 (Int - 18 ans). U.S: 20 FĂ©vrier 1932

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Charles Albert « Tod » Browning est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur amĂ©ricain nĂ© le 12 juillet 1880 Ă  Louisville dans le Kentucky et mort le 6 octobre 1962 Ă  Malibu en Californie.1925 : Dollar Down. 1926 : L'Oiseau noir. 1926 : La Route de Mandalay. 1927 : L'Inconnu. 1927 : Londres après minuit. 1927 : La Morsure. 1928 : Ă€ l'ouest de Zanzibar. 1928 : Le Loup de soie noire. 1929 : Loin vers l'est. 1929 : The Thirteenth Chair. 1930 : Les RĂ©voltĂ©s. 1931 : Dracula. 1931 : L'Homme de fer. 1932 : La Monstrueuse Parade. 1933 : Fast Workers. 1935 : La Marque du vampire. 1936 : Les PoupĂ©es du diable. 1939 : Miracles Ă  vendre.


AppâtĂ© par un juteux gain, la trapĂ©ziste clĂ©o courtise le nain Hans afin de lui soutirer son hĂ©ritage. Avec l'aide du tout aussi fourbe et sournois Hercule, ils complotent d'empoisonner leur larbin. Frieda, fiancĂ©e de Hans, tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de l'avertir du machiavĂ©lisme de cette mĂ©gère ne reculant devant rien pour parvenir Ă  ses desseins. Chef-d'oeuvre absolu de l'horreur moderne (pour ne pas dire "singulière" !) alors qu'il fut confectionnĂ© pour concurrencer le futur succès de Frankenstein, la Monstrueuse Parade est une bouleversante histoire d'amour d'une cruautĂ© inouĂŻe si je me rĂ©fère Ă  l'afflux de son intensitĂ© dramatique confinant au malaise cĂ©rĂ©bral. Tod Browning nous faisant pĂ©nĂ©trer dans l'univers des Freaks d'un cirque ambulant avec un rĂ©alisme aussi trouble que perturbant. A point tel que la fiction s'Ă©vapore insidieusement derrière la (discrète et prude) caractĂ©risation d'authentiques monstres de foire s'imposant acteurs amateurs (pour la plupart sans doute) avec un sens de l'improvisation translucide.


Sans pour autant se complaire dans un voyeurisme racoleur et avec le parti-pris d'honorer intelligemment le genre horrifique comme jamais au prĂ©alable, Browning filme ses personnages estropiĂ©s avec dignitĂ© tant et si bien qu'ils parviennent Ă  se fondre dans l'intrigue parmi leur expressivitĂ© aussi bien naturelle qu'inquiĂ©tante (notamment auprès de leur nature dysmorphique). Sachant que son dĂ©nouement cauchemardesque va renchĂ©rir un climat malsain tĂ©nĂ©breux lorsque ces derniers vont cĂ©der Ă  une violence punitive, aussi pour tenir lieu de baroud d'honneur. Car communĂ©ment tĂ©moins des cruelles exactions du couple obsĂ©quieux d'apparence docile mais Ă©troitement liĂ©s Ă  la complicitĂ© criminelle (Olga Baclanova s'avĂ©rant Ă  ce titre absolument dĂ©testable de vilenie dans son instinct pervers et son regard reptilien !), nos freaks vont finalement laisser extraire leur instinct belliqueux après de vives moqueries humiliantes bâties sur la bassesse.  Eprouvant, subtilement vĂ©nĂ©neux, voir mĂŞme choquant, de par son acuitĂ© psychologique Ă©manant des sentiments de trahison qu'Ă©prouvent la communautĂ© des monstres et surtout Hanz et Frieda (l'infidĂ©litĂ© de leurs rapports dĂ©clinants confinant au dĂ©sespoir !), et par l'impitoyable cruautĂ© qu'endosse le couple de "ThĂ©nardier" d'une monstruositĂ© morale, La Monstrueuse Parade fait tomber les masques sous l'impulsion d'Ă©motions destructrices. 


Vibrant plaidoyer pour le droit à la différence au sein d'une société anachronique d'intolérance, Freaks laisse des cicatrices dans l'encéphale sitôt le générique bouclé. De par sa facture monochrome étrangement magnétique, son climat vicié toujours plus inquiétant et déstabilisant et la morphologie impressionnante des Freaks d'une innocence ambiguë (en me référant bien évidemment à la tournure tragique de l'intrigue cédant aux règlements de compte), la Monstrueuse Parade scande un romantisme désespéré autour d'un couple de nains violés par la monstruosité humaine. A revoir d'urgence d'autant plus que l'émotion éprouvante fait naître un malaise indicible indécrottable bien au-delà de la projection !

Eric Binford
3èx 

jeudi 2 novembre 2017

Danger: diabolik ! / Diabolik

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Diabolik" de Mario Bava. 1968. Italie/France. 1h43. Avec John Phillip Law, Marisa Mell, Michel Piccoli, Adolfo Celi, Claudio Gora, Mario Donen, Terry-Thomas.

Sortie salles France: 12 Avril 1968. Italie: 24 Janvier 1968

FILMOGRAPHIEMario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire  , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).

Film culte trop mĂ©connu, faute d’une diffusion tĂ©lĂ©visuelle timorĂ©e, Danger Diabolik rĂ©vèle discrètement derrière la camĂ©ra un des maĂ®tres du cinĂ©ma de genre italien, Mario Bava. Mixture parodique de James Bond et FantĂ´mas, nourrie par l’influence des fumetti (bandes dessinĂ©es italiennes), ce film aligne sans faiblir pĂ©ripĂ©ties rocambolesques et revirements badins, portĂ©s par un couple glamour, mutuellement transi d’extase. Le rĂ©cit insuffle une charge Ă©rotique capiteuse, quand leurs Ă©treintes charnelles se mĂŞlent aux mĂ©lodies fantasmiques, aux voix fĂ©minines langoureuses, d’Ennio Morricone.

Aux cĂ´tĂ©s de sa tendre compagne, Diabolik multiplie les maraudes extravagantes, raillant la police, surtout l’inspecteur Ginko, avide de l’apprĂ©hender mais toujours battu par ses diaboliques stratagèmes. Pendant ce temps, un ponte du cartel, complice de Ginko, nĂ©gocie sa capture en prenant en otage la dulcinĂ©e de Diabolik. Mais c’est sans compter sur l’esprit affĂ»tĂ© du bandit aux yeux bleus, prĂŞt Ă  extirper sa princesse des griffes de Valmont.

Cocktail fantaisiste d’action, d'humour et d’aventure dĂ©bridĂ©e, sous la houlette du criminel le plus insolent de la planète, Danger: Diabolik ! se savoure comme un pastiche jubilatoire. 

John Phillip Law, Ă©trangement sĂ©ducteur, s’en donne Ă  cĹ“ur joie, arborant son costume de cuir noir, ridiculisant ses rivaux avec une subversion dĂ©moniaque. Il n’hĂ©site pas non plus Ă  Ă©liminer quelques “gentils”, dĂ©marche politiquement incorrecte et audacieuse pour son Ă©poque.

MalgrĂ© l’exubĂ©rance dĂ©jantĂ©e, Bava crĂ©dibilise ses stratagèmes de cambriolage et d’Ă©vasion grâce aux moyens techniques secrets de Diabolik - son immense repaire domestique infiltrĂ© dans une grotte - et Ă  sa perspicacitĂ© cĂ©rĂ©brale, duperie assistĂ©e de gadgets sophistiquĂ©s. Multipliant subterfuges et dĂ©guisements, appuyĂ© par sa complice Eva - la blonde ultra sexy Marisa Mell, disparue Ă  53 ans d’un cancer de la gorge - Diabolik amuse et fascine au cĹ“ur d’une scĂ©nographie kitsch, pop et psychĂ©dĂ©lique, esthĂ©tisĂ©e avec une inspiration onirico-baroque toute bavaesque.

 
Oasis d’humour, de sensualitĂ©, d’invention et d’action, portĂ©e par une intrigue volontairement linĂ©aire, rĂ©fĂ©rentielle et accessible, Danger: Diabolik ! transcende les dĂ©cennies dans son parfum des sixties, entre bonne humeur galvanisante et charme exaltant du duo Diabolik / Eva, unis dans la passion pour l’or, la rĂ©bellion… et surtout l’amour.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
3èx. VF meilleure que la VO

mardi 31 octobre 2017

LA CHASSE DU COMTE ZAROFF

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

"The Most Dangerous Game" de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel. 1932. U.S.A. 1h03. Avec Joel McCrea, Fay Wray, Leslie Banks, Robert Armstrong, Noble Johnson

Sortie salles France: 16 Novembre 1934. U.S: 20 Septembre 1932

FILMOGRAPHIE: Ernest Beaumont Schoedsack est un réalisateur, directeur de photo, producteur, monteur, acteur et scénariste américain, né le 8 Juin 1893 à Council Bluffs (Iowa), décédé le 23 Décembre 1979 dans le Comté de Los Angeles. 1925: Grass: a nation's battle for life.1927: Chang. 1929: Les 4 plumes blanches. 1931: Rango. 1932: Les Chasses du comte Zaroff. 1933: King Kong. 1933: The Monkey's Paw. 1933: Blind Adventure. 1933: Le Fils de Kong. 1934: Long Lost Father. 1935: Les Derniers jours de Pompéï. 1937: Trouble in Morocco. 1937: Outlaws of the Orient. 1940: Dr Cyclop. 1949: Monsieur Joe. 1952: The is Cinerama.


"La chasse a toujours été la distraction favorite des hommes de guerre en temps de paix, c'est-à-dire dans les périodes plus ou moins brèves où la chasse à l'homme n'est pas ouverte."

Chef-d'oeuvre absolu du film d'horreur moderne alors que celui-ci dĂ©coule des annĂ©es 30, la Chasse du comte Zaroff perdure son pouvoir de fascination avec une alchimie quasi ineffable ! Car outre l'habile variĂ©tĂ© de ses dĂ©cors gothiques et de sa vĂ©gĂ©tation naturelle, l'originalitĂ© de sa trame d'un sadisme incongru et l'interprĂ©tation hallucinĂ©e de l'immense Leslie Banks en Zaroff aux yeux pervers Ă©carquillĂ©s (avec un oeil plus Ă©troit que l'autre et une cicatrice au front de manière Ă  appuyer sa posture patibulaire), la Chasse du Comte Zaroff nous plaque au siège par la puissance de ces images oniriques. On peut notamment compter sur l'authenticitĂ© de sa superbe photo noir et blanc formant un saisissant contraste auprès de ces dĂ©cors funèbres, notamment lorsque nos 2 hĂ©ros impitoyablement traquĂ©s de nuit s'enfoncent dans une jungle Ă  la photogĂ©nie tentaculaire.


Bref, tout dans la Chasse du Comte Zaroff n'est qu'attraction, magnĂ©tisme et envoĂ»tement sous l'impulsion d'un rĂ©cit d'aventures Ă  la fois haletant mais aussi psychologique (notamment auprès de sa première partie lorsque les convives de Zaroff commencent Ă  s'interroger sur sa vĂ©ritable identitĂ© après s'ĂŞtre laissĂ© sĂ©duire par son hospitalitĂ© hautaine, sa passion pour la chasse et son talent musical). Outre la prestance symbolique de Leslie Banks (sans doute l'un des plus raffinĂ©s portraits de psychopathe vu sur Ă©cran !), La Chasse... est notamment rehaussĂ© de la complĂ©mentaritĂ© du duo Joel McCrea / Fay Wray formant un couple solidaire partagĂ© entre dĂ©sarroi et frayeur d'un concept aussi sournois que cruel et l'instinct de survie de s'extraire des pulsions morbides du chasseur entièrement soumis Ă  sa pathologie dĂ©viante (traquer puis tuer sa proie afin de ressentir l'extase du crime !). Au passage, et par ces principes immoraux, on notera le rĂ©quisitoire imputĂ© au loisir de la chasse lorsque Robert (autrefois chasseur) Ă©noncera Ă  sa compagne avec regain de conscience et en guise d'Ă©puisement: "tous ces animaux que j'ai traquĂ©, je sais ce qu'ils ont ressenti !". Tout est dit en cette seule rĂ©plique !


TournĂ© Ă©conomiquement la mĂŞme annĂ©e que King-Kong dans les mĂŞmes dĂ©cors, avec le mĂŞme rĂ©alisateur et la mĂŞme actrice, La Chasse du Comte Zaroff est parvenu Ă  transcender son budget low-cost grâce au brio des deux cinĂ©astes scrupuleusement inspirĂ©s Ă  immortaliser leur rĂ©aliste cauchemar avec une intensitĂ© formelle hypnotique. Il y Ă©mane un des survivals les plus fascinants et cruels que l'on est vu au cinĂ©ma, tout en cultivant en filigrane une rĂ©flexion lucide sur la perversitĂ© (ascensionnelle) de la cynĂ©gĂ©tique que les chasseurs perdurent depuis des siècles avec une vile lâchetĂ©. 

Bruno Dussart
4èx  

vendredi 27 octobre 2017

LE TOBOGGAN DE LA MORT

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

"Rollercoaster" de James Goldstone. 1977. U.S.A. 1h58. Avec George Segal, Richard Widmark, Timothy Bottoms, Henry Fonda, Harry Guardino, Susan Strasberg, Helen Hunt.

Sortie salles France: 28 Décembre 1977. U.S: 10 Juin 1977

FILMOGRAPHIE: James Goldstone est un réalisateur et producteur américain né le 8 juin 1931 à Los Angeles et décédé le 5 novembre 1999 à Shaftsbury. 1968: Les Complices. 1969 : Virages. 1969 : A Man Called Gannon. 1970 : A Clear and Present Danger (en) (TV). 1971 : Brother John. 1971 : Red Sky at Morning. 1971 : The Gang That Couldn't Shoot Straight. 1972 : They Only Kill Their Masters. 1974 : Cry Panic (TV). 1974 : Dr. Max (TV). 1974 : Things in Their Season (TV). 1975 : Journey from Darkness (TV). 1975 : Eric (TV). 1976 : Le Pirate des Caraïbes. 1977 : Le Toboggan de la Mort. 1980 : Le Jour de la fin du monde. 1981 : Kent State (TV). 1982 : Charles & amp; Diana: A Royal Love Story (TV). 1983 : Rita Hayworth: The Love Goddess (TV). 1984 : Calamity Jane (TV). 1984 : Voyage sentimental (TV). 1984 : Le soleil se lève aussi (TV). 1986 : Dreams of Gold: The Mel Fisher Story (TV). 1988 : Les Voyageurs de l'infini (TV). 1990 : Mariage en noir(TV).


Plutôt oublié de nos jours en dépit de sa récente sortie commerciale en Blu-ray, Le Toboggan de la Mort est un excellent film catastrophe mené sur un rythme haletant si bien qu'il ne laisse que peu de répit au spectateur observant sans réserve les stratégies terroristes d'un dangereux maître chanteur spécialiste en explosif dans les manèges à sensations. Son attraction de prédilection, le Rollercoaster, montagne russe vertigineuse d'une envergure assez impressionnante si je la compare à nos manèges français un peu plus modérés. Sans jamais s'embarrasser de séquences inutiles conforme au schéma du genre catastrophe (la caractérisation d'une foule de protagonistes stéréotypés en 1er lieu), James Goldstone démarre sur les chapeaux de roue avec l'unique séquence catastrophe, l'explosion d'un rollercoaster lors d'une nuit bondée de touristes. Une séquence spectaculaire d'une violence assez impressionnante même si l'on parvient à discerner quelques mannequins lorsque les wagons détachés viennent se projeter sur des stands ou se retourner avant d'écraser chaque passager sur le sol. La suite du récit se focalise ensuite sur le chantage du tueur exigeant une rançon d'un million de dollars, auquel cas il poursuivra une deuxième action terroriste auprès d'un autre rollercoaster.


DĂ©pĂŞchĂ© sur les lieux, Harry Calder, contrĂ´leur de sĂ©curitĂ©, doit lui rapporter la valise en plein coeur de la fĂŞte foraine et parmi la filature des policiers maladroitement fondus dans la foule. Remarquablement menĂ© grâce Ă  son rythme oppressant balisĂ© de fausses alertes, James Goldstone rĂ©ussit Ă  rendre palpitant son suspense policier auprès d'une rĂ©alisation efficace brodant un jeu de cache-cache entre le tueur et le hĂ©ros mis Ă  rude Ă©preuve car gentiment brimĂ©. Quant Ă  la seconde partie, un peu plus tendue et nerveuse pour son nouvel enjeu dramatique, elle renoue avec la menace d'une troisième attaque terroriste après que les ouvriers d'un parc d'attraction soient parvenus Ă  dĂ©samorcer une seconde bombe en dernier ressort. Outre son suspense Ă©moulu instaurĂ© autour d'une scĂ©nographie festive efficacement exploitĂ©e (notamment ces multiples tours de montagne russe filmĂ©s en camĂ©ra subjective afin de nous donner le vertige !), le Toboggan de la mort est Ă©galement rehaussĂ© d'un casting 3 Ă©toiles typique de sa dĂ©cennie florissante. Principalement Richard Widmark en agent de police bourru constamment sur le qui-vive Ă  coordonner ses plans d'action afin d'apprĂ©hender le tueur, et surtout le mĂ©connu George Segal très Ă  l'aise dans celui d'un Ă©missaire de fortune s'efforçant sans relâche de dĂ©jouer les plans sournois du terroriste dont il ignore l'identitĂ©. Ce dernier Ă©tant endossĂ© par le troublant Timothy Bottoms tout Ă  fait machiavĂ©lique dans la peau d'un terroriste assez vaniteux car d'apparence faussement rassurant, plutĂ´t retors et dĂ©terminĂ© dans ses lâches stratagèmes.


Constamment haletant grâce Ă  l'ossature de son suspense inquiĂ©tant fertile en rebondissements, et rehaussĂ© du jeu viril des comĂ©diens d'un charisme burinĂ©, Le Toboggan de la Mort parvient d'autant mieux Ă  nous tenir en haleine sans jamais user de bravoure si on Ă©carte l'inĂ©vitable scène catastrophe de son introduction criminelle. 
A noter les furtives apparitions de Steve Guttenberg, Craig Wasson (Body Double) et Helen Hunt âgée de 14 ans !

Bruno Matéï
3èx

jeudi 26 octobre 2017

La Dernière maison sur la Gauche / "The Last House on the Left"

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site pinterest.fr

de Wes Craven. 1972. U.S.A. 1h25. Avec Sandra Cassel, Lucy Grantham, David Hess, Fred J. Lincoln, Jeramie Rain, Marc Sheffler.

Inédit en salles en France. Sortie U.S: 30 Août 1972

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


"Sous la crasse, la bĂŞte".
Fer de lance du Rape and Revenge crapoteux, interdit en salles en France et trente ans durant au Royaume-Uni, La Dernière maison sur la gauche rĂ©volutionna le cinĂ©ma d’horreur — bien avant que Tobe Hooper ne le marque Ă  son tour, deux ans plus tard, avec l’Ă©lectrisant Massacre Ă  la Tronçonneuse. Sordide, poisseux, ultra glauque et malsain, le film doit sa rĂ©putation scandaleuse Ă  son aspect docu-vĂ©ritĂ©, issu de la rĂ©alisation amateuriste (premier essai de Wes Craven derrière la camĂ©ra) qui, dans sa première partie — la plus rĂ©ussie ! —, illustre le chemin de croix de deux lycĂ©ennes livrĂ©es Ă  un quatuor de marginaux sans vergogne. Au cĹ“ur d’une forĂŞt, ironiquement Ă  quelques pas de la maison des parents de l’une d’elles, elles subiront humiliations, sĂ©vices sexuels et tortures corporelles jusqu’Ă  ce que mort s’ensuive. Sans dĂ©bauche d’hĂ©moglobine, Craven distille un malaise psychologique et viscĂ©ral, privilĂ©giant une violence crue, d’une intensitĂ© rarement Ă©galĂ©e, et une camĂ©ra Ă  l’Ă©paule, parfois rivĂ©e en gros plans sur des visages pĂ©trifiĂ©s ou orduriers. Et, par une bande-son dissonante, tour Ă  tour joviale et Ă©lĂ©giaque, il nous plonge dans un vertige moral au bord du malaise.

Et mĂŞme si Craven dĂ©samorce (maladroitement) l’horreur par quelques sĂ©quences cocasses — ces deux flics empotĂ©s en fil rouge dĂ©risoire —, le spectateur ne parvient pas Ă  relativiser l’impact barbare des images ni le jeu, Ă  la fois approximatif et fascinant, d’acteurs inconnus Ă  l’aura hallucinĂ©e de perversitĂ©. Mention spĂ©ciale Ă  David Hess, raclure impĂ©rieuse Ă©prouvant un sursaut de compassion après un meurtre lâche et gratuit (« Les vĂ©ritables monstres ne sont jamais totalement dĂ©pourvus de sentiments. C’est ça, et non leur aspect, qui les rend si effrayants », pour citer Stephen King), et Ă  Fred J. Lincoln — acteur porno prolifique —, inquiĂ©tant tortionnaire nanti de penchants masochistes. Parfois un brin complaisant (l’Ă©viscĂ©ration concise d’une victime, l’entaille au couteau, lente, sur le torse d’une autre martyre), La Dernière maison sur la gauche Ă©chappe pourtant au racolage, malgrĂ© la gratuitĂ© de ses exactions, puisĂ©es dans un fait divers sordide (comme le souligne le post-gĂ©nĂ©rique) qu’on croirait arrachĂ© au Nouveau DĂ©tective.

Et si la seconde partie, moins convaincante, peine Ă  Ă©galer l’aura putride et le rĂ©alisme insupportable de la première (photo granuleuse Ă  l’appui), le climat de malaise — quasi irrespirable — s’accroĂ®t dans l’Ă©tau du huis clos familial : les postures sournoises des ploucs insalubres, la vengeance dĂ©bridĂ©e des parents, redoublant d’idĂ©es saugrenues pour assouvir leur justice sanglante, prolongent la descente aux enfers jusqu’Ă  la violence paroxystique.

 
"La souillure des justes".
RĂ©flexion sempiternelle sur l’instinct bestial et primitif de l’homme — aussi vĂ©reux que son meurtrier dès qu’il s’abandonne Ă  ses pulsions justicières —, La Dernière maison sur la gauche conserve son pouvoir de fascination : sommet d’horreur pestilentielle, brute, Ă©corchĂ©e. MĂŞme si certains cinĂ©philes lui prĂ©fèrent aujourd’hui La BĂŞte tue de sang froid d’Aldo Lado (plus maĂ®trisĂ© et mieux interprĂ©tĂ©, j’en conviens), ce premier Craven reste une pierre angulaire d’un genre marginal et couillu : pionnier d’une horreur documentĂ©e oĂą l’effroi est simplement humain.
Public averti.

Bruno Dussart
6è