vendredi 3 avril 2020

Bad Boys. Uncut Version.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Rick Rosenthal. 1983. U.S.A. 2h04 (vs 1h47). Avec Sean Penn, Reni Santoni, Esai Morales, Eric Gurry, Ally Sheedy, Clancy Brown.

Sortie salles France: 7 Mars 1984. U.S: 25 Mars 1983

FILMOGRAPHIE: Rick Rosenthal est un réalisateur américain né le 15 juin 1949 à New York. 1981 : Halloween 2. 1981 : Fire on the Mountain. 1983 : Bad boys. 1984 : American Dreamer. 1987 : Russkies. 1987 : Distant Thunder. 1994 : Les Oiseaux 2. 2002 : Halloween : Resurrection. 2013 : Drones.


Hit video des annĂ©es 80 au grand dam de son Ă©chec public sur notre territoire (Ă  peine 72 025 entrĂ©es), Bad Boys marqua toute une gĂ©nĂ©ration Ă  travers son Ă©pineux cocktail de règlements de compte urbains (son prologue aux accents de "blaxploitation"), de romance (sentencieuse) et d'ultra violence (corporelle). Et ce en empruntant la dĂ©marche du drame social transplantĂ© dans le cadre d'un suspense carcĂ©ral, Ă  la fois honorablement rĂ©alisĂ© par le nĂ©ophyte Rick Rosenthal (il fut rĂ©vĂ©lĂ© 2 ans au prĂ©alable avec Halloween 2) et sobrement interprĂ©tĂ© par une plĂ©iade d'acteurs prometteurs (qui feront plus tard leur preuve pour certains d'entre eux). A dĂ©faut d'y transcender le genre de par son parti-pris anti documentĂ©, Bad Boys s'oriente plutĂ´t du cĂ´tĂ© du divertissement musclĂ© lorsqu'un jeune dĂ©linquant se retrouve embrigadĂ© dans un centre de dĂ©tention juvĂ©nile après avoir causĂ© incidemment la mort d'un enfant lors de son braquage ratĂ©. ConfinĂ© sous l'autoritĂ© d'Ă©ducateurs Ă  la dĂ©ontologie drastique, Mick O'Brien devra rapidement s'opposer au dĂ©tenu le plus impĂ©rieux et respectĂ©, Lofgren surnommĂ© Vicking (incarnĂ© par l'excellent Clancy Brown assez dĂ©testable dans son outrecuidance narquoise).


Quand bien mĂŞme afin de relancer l'action dans un axe beaucoup plus âpre et tendu, Rick Rosenthal fait intervenir dans l'enceinte de la prison le pire ennemi d'O' Brien, Paco Moreno (frère aĂ®nĂ© de l'enfant dĂ©cĂ©dĂ©) Spoil ! ayant violĂ© sa fiancĂ©e en guise de rancoeur fin du Spoil. Ce qui nous vaut une ultime demi-heure d'une intensitĂ© primale en crescendo lorsque nos 2 rivaux finissent par en venir aux mains jusqu'Ă  ce que mort s'ensuive. Rick Rosenthal ne lĂ©sinant par sur la brutalitĂ© des coups Ă©changĂ©s Ă  renfort de barre de fer, clef Ă  molette et couteau de fortune, et ce avant d'avoir amorcer un suspense oppressant quant Ă  l'affrontement redoutĂ©. De par l'Ă©volution morale de l'anti-hĂ©ros parvenant Ă  canaliser sa haine grâce Ă  l'enjeu vindicatif, Bad Boys adopte une intensitĂ© dramatique louable quant au douloureux profil d'O' Brien partagĂ© entre l'espoir de retrouver sa compagne après avoir purgĂ© sa dette (les sĂ©quences intimistes entre eux s'avĂ©rant très convaincantes dans leur mutuel Ă©tat d'amertume) et le dĂ©sir de se dĂ©fendre au pĂ©ril de sa vie et de sa future remise en libertĂ©. Sean Penn, dans l'un de ses premiers rĂ´les stoĂŻques Ă  l'Ă©cran, parvenant sans ambages Ă  insuffler une Ă©motion dĂ©pouillĂ©e dans sa condition de marginal inconsĂ©quent pour autant nanti de loyautĂ©, de sens de l'amitiĂ© (sa complĂ©mentaritĂ© avec son comparse de cellule), d'empathie et de rĂ©signation au grĂ© de son Ă©preuve de survie imposĂ©e dans cet Ă©tablissement insidieux.


En dĂ©pit de quelques facilitĂ©s (un jeu d'acteur parfois stĂ©rĂ©otypĂ© ou surjouĂ© lors de brèves occasions pĂ©dantes) et de certaines scories (l'Ă©vasion furtive d'O' Brien accompagnĂ© de son acolyte un peu tirĂ©e par les cheveux, l'indulgence parfois trop appuyĂ© des surveillants et Ă©ducateurs Ă  son Ă©gard), Bad Boys affiche une efficacitĂ© hargneuse au prix de moult confrontations d'animositĂ©. Et ce sous l'impulsion tantĂ´t fragile de la mĂ©lodie de Bill Conti d'une belle vigueur mĂ©lancolique afin d'humaniser son personnage en voie de rĂ©habilitation. 

*Bruno
6èx

jeudi 2 avril 2020

L'Effrontée. Prix Louis Delluc.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Miller. 1985. France. 1h36. Avec Charlotte Gainsbourg, Bernadette Lafont, Jean-Claude Brialy, Julie Glenn, Clothilde Baudon, Jean-Philippe Écoffey.

Sortie salles France: 11 Décembre 1985

FILMOGRAPHIE: Claude Miller est un rĂ©alisateur de cinĂ©ma français nĂ© le 20 fĂ©vrier 1942, dĂ©cĂ©dĂ© le 5 avril 2012. 1976 : La Meilleure Façon de marcher. 1977 : Dites-lui que je l'aime. 1981 : Garde Ă  vue. 1983 : Mortelle RandonnĂ©e. 1985 : L'EffrontĂ©e. 1988 : La Petite Voleuse. 1992 : L'Accompagnatrice. 1994 : Le Sourire. 1998 : La Classe de neige. 2000 : La Chambre des magiciennes. 2001 : Betty Fisher et autres histoires. 2003 : La Petite Lili. 2007 : Un secret. 2009 : Marching Band. 2009 : Je suis heureux que ma mère soit vivante corĂ©alisĂ© avec son fils Nathan Miller. 2011: Voyez comme ils dansent. 2012: ThĂ©rèse Desqueyroux.


Bijou d'humour, de tendresse et d'émotions issu de notre patrimoine hexagonal, L'Effrontée fait aujourd'hui office de perle maudite eu égard de la frilosité de nos médias à daigner le diffuser sur nos chaines hertziennes. Et ce en dépit de son Prix Louis Delluc et de ses louanges adressées lors des Césars (voir en fin d'article). Une injustice résolument imbitable si bien qu'à mon sens objectif il s'agit là d'un des plus beaux portraits d'ado d'un point de vue strictement féminin. Puisque transfiguré par le talent inné de la débutante Charlotte Gainsbourg (César du Meilleur Espoir), l'Effrontée dégage un charme si naturel en sa présence aussi bien fragile que candide. Son regard à la fois évasif, timoré et boudeuse, ses expressions pubères mêlées de douce tendresse, entre fragilité et sensualité, ses pics de colère à contredire l'autorité parentale nous enivrant d'une affection sensiblement particulière. Celle de la prémunir des mauvaises orientations et des mauvaises fréquentations (tant marginales que friquées), notamment lorsque Charlotte tombe littéralement sous le charme d'une jeune pianiste prodige (on peut d'ailleurs lui subodorer un soupçon de saphisme de par sa fascination attendrie).


L'intrigue relatant autour de sa nouvelle liaison amicale sa difficultĂ© Ă  affronter le monde adulte et parental, Ă  y frĂ©quenter ses camarades du mĂŞme âge tout en tentant d'y extĂ©rioriser son identitĂ© Ă  travers l'Ă©moi adolescent. Claude Miller conjuguant avec une efficacitĂ© sans fioriture humour, romance (dĂ©rangeante !) et tendresse sous l'impulsion du tube (oh combien entĂŞtant) "Sara perchĂ© ti amo" interprĂ©tĂ© par Richi e Poveri (que l'on entendra Ă  plusieurs reprises). Outre la fantaisie permanente des situations de lĂ©gèretĂ©, de rĂ©volte et de crĂŞpage de chignon auprès de sa petite voisine Lulu (rĂ©solument volubile !), l'EffrontĂ©e ose paradoxalement traiter du thème de la pĂ©dophilie de manière tacite si j'ose dire. Tant et si bien que le compagnon adulte qui ose frĂ©quenter Charlotte cultive une certaine ambiguĂŻtĂ© morale Ă  travers son profil esseulĂ© envahi de sentiments pour une ado de 14 ans. Au-delĂ  de ses sĂ©quences parfois dĂ©rangeantes et scabreuses (la tentative de viol dans l'hĂ´tel), l'EffrontĂ©e adopte une dĂ©marche intègre pour y capter avec beaucoup de tact et d'attention le cap si fragile de la pubertĂ© sous l'impulsion d'une ado fĂ©rue d'amour de vivre, de soif d'aimer et de curiositĂ© Ă  travers ses vicissitudes humaines hĂ©tĂ©roclites.


Chronique lumineuse portĂ©e Ă  bout de bras par le talent Ă©purĂ© de la chĂ©tive Charlotte Gainsbourg; accompagnĂ©e toutefois de seconds-rĂ´les aussi persuasifs Ă  travers leurs expressions spontanĂ©es (nous ne sommes pas prĂŞts d'oublier l'insolence friponne de Lulu incarnĂ©e par Julie Glenn !),  l'EffrontĂ©e se teinte de mĂ©lancolie Ă  raviver avec vĂ©risme solaire nos rĂ©miniscences pubères sous une une intensitĂ© Ă©motionnelle fructueuse.  

*Bruno
2èx

Récompenses: Prix Louis-Delluc 1985
César du cinéma 1986 :
César du meilleur second rôle féminin pour Bernadette Lafont
César du meilleur espoir féminin pour Charlotte Gainsbourg

mercredi 1 avril 2020

Proxima. Prix Spécial du Jury, Saint-Sébastien 2019

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Alice Winocour. 2019. France. 1h47. Avec Eva Green, Zélie Boulant-Lemesle, Matt Dillon, Sandra Hüller, Lars Eidinger.

Sortie salles France: 27 Novembre 2019

FILMOGRAPHIEAlice Winocour est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste française, nĂ©e Ă  Paris le 13 janvier 1976. 2012 : Augustine. 2015 : Maryland. 2019 : Proxima.


La tĂŞte pleine d'Ă©toile. 
Hymne à la vie terrestre et à l'amour maternel transcendé par le talent naturel d'Eva Green (d'autant plus dénuée de fard d'après les règles du protocole du centre spatial), Proxima demeure une chronique intimiste à la mise en scène spécialement épurée. De par sa photo naturaliste émaillé d'instants suprêmes de poésie (quelle nature expressive au sein d'une faune apaisée !), son parti-pris documenté et la sobriété de son intrigue; Proxima s'intéresse au plus près des sentiments du personnage exclusivement féminin. La réalisatrice consciencieuse prenant son temps à nous familiariser avec elle et ses co-équipiers en plein préparatif pour leur prochaine expédition stellaire. Celle-ci s'attardant durant leur cheminement à illustrer leurs entraînements (internes et externes), essais et expérimentations avant la date du décollage réalisé de manière décoiffante (notamment auprès de la précision de sa bande-son vrombissante).


Ainsi Ă  travers l'hyper rĂ©alisme des nombreuses sĂ©quences d'entrainement et des prĂ©paratifs au plus près du dĂ©tail technique, Alice Winocour alterne avec les moments d'intimisme entre Sarah et sa fille Stella de manière scrupuleusement confidentielle. Et ce en s'attardant parfois sur leurs relations conflictuelles eu Ă©gard de l'approche de l'Ă©vènement aussi singulier que de si grande ampleur. Sarah s'efforçant de gĂ©rer son stress et ses angoisses pour affronter son nouvel univers avec un spleen quelque peu prĂ©judiciable (son escapade illĂ©gale pour rejoindre sa fille en pleine situation de quarantaine). Poignant, Ă©mouvant et enfin bouleversant; Proxima s'alloue donc d'une intensitĂ© dramatique particulièrement gracieuse eu Ă©gard des relations transies d'humanitĂ© entre Sarah et sa fille s'Ă©paulant mutuellement parmi leur sensible complicitĂ©. Alice Winocour radiographiant l'intensitĂ© de leur regard mutuellement azur avec un lyrisme teintĂ© d'onirisme. Un très joli tĂ©moignage donc auprès de ces femmes astronautes se raccrochant finalement Ă  leur instinct irrĂ©pressible d'amour maternel pour mieux affronter (et gĂ©rer) l'inconnu au grand dam d'une sĂ©paration de longue haleine.


*Bruno

Récompenses: Festival international du film de Toronto 2019 : Honorable Mention, Platform.
Festival international du film de Saint-Sébastien 2019 : Prix spécial du jury.
Festival du film de Sarlat 2019 : prix du jury Jeunes.

mardi 31 mars 2020

Vivarium. Grand Prix Nouveau Genre, l'Etrange Festival.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.fr

de Lorcan Finnegan. 2019. Irlande/Belgique/Danemark. 1h38. Avec mogen Poots, Jesse Eisenberg, Jonathan Aris, Danielle Ryan, Olga Wehrly.

Sortie salles France: 11 Mars 2020

FILMOGRAPHIE: 2019: Vivarium.  2016: Without Name


Conçu comme un épisode longiligne de la 4è Dimension, Vivarium demeure une expérience cauchemardesque proprement inusitée. Car que l'on adhère ou qu'on le rejette en bloc, faute d'un climat austère aussi pesant qu'irrespirable au gré d'une intrigue nonsensique irrésolue, Lorcan Finnegan parvient à nous déstabiliser en crescendo en y invoquant un malaise tangible davantage terrifiant. Dans la mesure où son climat lourdement anxiogène émane des réactions sentencieuses des victimes en proie à une impuissance morale davantage cafardeuse. Et ce au fil de leur routine plombante dénuée d'appui amical (aucun voisin à proximité, jusqu'au bout de l'horizon !) et des réactions versatiles de leur hôte apatride qu'ils sont contraints d'éduquer en guise de fonction parentale. Le pitch, satire caustique sur la famille modèle, nous illustrant la claustration quotidienne d'un jeune couple pris au piège dans leur nouvelle demeure après l'avoir visité en compagnie d'un agent immobilier. Perdu au coeur d'une bourgade aphone où les nuages semblent se figer dans le ciel de manière similaire, ils tentent de se recréer un semblant de vie au sein de leur nouveau lieu de résidence destitué de chaleur humaine. Quand bien même dehors, la faune, la flore et la météo n'ont plus lieu d'être ! Mais au fil de leur solitude, on leur dépose un matin sur le trottoir un nouveau-né qu'ils décident d'adopter dans leur instinct maternel.


Or, cet Ă©tranger surgit de nulle part s'apparente Ă  une sorte de mutant difficilement domptable lors de ses crises de caprices littĂ©ralement criardes. Pendant ce temps, Tom, le concubin, creuse un trou dans le jardin afin de trouver une Ă©ventuelle issue de secours d'après l'Ă©cho de certaines voix inaudibles. VoilĂ  donc en rĂ©sumĂ© ce qui vous attend dans cet indĂ©finissable Vivarium que l'on redoute avec une Ă©trange fascination malsaine eu Ă©gard de l'Ă©volution morale de ces protagonistes mis Ă  rude Ă©preuve dans leur enjeu de survie. Car dĂ©nuĂ©s de raisonnement face Ă  leur ubuesque condition de dĂ©rĂ©liction, ils doivent en prime se coltiner un rejeton dĂ©testable qu'ils sont contraints de chouchouter dans leur cocon domestique. Ainsi donc, de par la puissance de certaines images lestement cauchemardesques, Vivarium créé un vĂ©ritable malaise horrifique sans l'ombre d'une outrance sanguine. Tant auprès du dĂ©corum champĂŞtre Ă©trangement stĂ©rĂ©otypĂ© (quel silence assourdissant !), du foyer domestique en carton pâte comportant une TV 16/9 aux Ă©missions cryptĂ©es, que des rĂ©actions impassibles du rejeton sans vergogne quant Ă  son idĂ©ologie mortifère. On peut d'ailleurs y voir Ă  travers cette expĂ©rimentation existentielle dĂ©sagrĂ©ablement flippante, une rĂ©flexion contre la maltraitance Ă  travers les valeurs de la rĂ©silience et de la patience ici destinĂ©es Ă  perdurer jusqu'au trĂ©pas. Quand bien mĂŞme le sentiment omniprĂ©sent d'incommunicabilitĂ© qu'ils endurent au pĂ©ril de leur propre vie tend Ă  prouver que nous ne sommes pas conçus pour se confiner dans une solitude suicidaire.


Attention, bad-trip métaphysique dont on ne sort pas indemne, à privilégier de préférence accompagné afin que le spleen y soit moins prononcé !

*Bruno

Récompenses: L'Étrange Festival 2019 : Grand Prix Nouveau Genre
Festival international du film de Catalogne 2019 : Prix de la meilleure actrice pour Imogen Poots

vendredi 27 mars 2020

Le Diamant du Nil

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"The Jewel of the Nile" de Lewis Teague. 1985. U.S.A. 1h46. Avec Michael Douglas, Kathleen Turner, Danny DeVito, Spýros Fokás, Avner Eisenberg.

Sortie salles France: 2 Avril 1986. U.S: 11 Décembre 1985

FILMOGRAPHIE: Lewis Teague (né le 8 mars 1938 à Brooklyn, New-York, Etats-Unis) est un réalisateur, monteur, acteur et directeur de la photographie américain. 1974: Dirty O'Neil. 1979: The Lady in red. 1980: L'Incroyable Alligator. 1982: Philadelphia Security (Fighting Back). 1983: Cujo. 1985: Cat's Eye. 1985: Le Diamant du Nil. 1989: Collision Course. 1990: Navy Seals: les meilleurs. 1991: Wedlock. 2010: Charlotta-TS.


A la poursuite d'un nouveau diamant, en dromadaire ! 
Trop occupĂ© Ă  la conception de Retour vers le Futur, Robert Zemeckis cède sa place Ă  l'habile Lewis Teague (l'Incroyable Alligator, Cat's Eye et surtout l'Ă©bouriffant Cujo) au poste d'une sĂ©quelle dispensable mais jamais ennuyeuse. Le Diamant du Nil constituant un plaisir coupable aux confins du nanar de par sa moisson de clichĂ©s tributaires d'une narration sans surprises et de son humour particulièrement infantile. L'intrigue rachitique opposant un jeu de cache-cache entre gentils et mĂ©chants afin de s'approprier un joyau au coeur du Nil. AgrĂ©ablement dĂ©paysant Ă  travers les vastes contrĂ©es du Maroc et de l'Afrique (Ă©maillĂ©es de panoramas vertigineux !), Le Diamant du Nil fleure bon l'aventure familiale sous l'impulsion du couple Michael Douglas / Kathleen Turner aussi expansif et Ă©tincelant que lors de leurs prĂ©cĂ©dentes tribulations.


Conjuguant romance cucul avec parfois une involontaire tonalitĂ© hilarante (compensĂ©e de la complĂ©mentaritĂ© si charmante du couple susnommĂ©), aventures frĂ©tillantes et action explosive (l'anthologique escapade en avion grugĂ© par nos hĂ©ros semant la pagaille sur terre car privĂ©s d'ailes pour dĂ©coller) au grĂ© d'une inlassable traque oscillant visites touristiques, danses ethniques et rencontres patibulaires, le Diamant du Nil est sauvĂ© par l'Ă©nergie communicative des comĂ©diens Ă©patants de sincĂ©ritĂ©. Quand bien mĂŞme Lewis Teague se charge d'emballer correctement son divertissement de par sa volontĂ© payante du travail soignĂ© esquivĂ© de prĂ©tention. A l'instar du dynamisme du montage, de sa photo solaire, des dĂ©cors naturels parfaitement exploitĂ©s et de ses effets spĂ©ciaux rĂ©ussis parvenant Ă  nous Ă©vader au grĂ© de poursuites et explosions en règle. On peut enfin compter sur l'intervention subsidiaire de Danny DeVito pour renchĂ©rir dans la comĂ©die Ă  travers sa fonction de trublion empotĂ©, et ce mĂŞme s'il s'avère moins convaincant que lors de ses stratĂ©gies de pacotille Ă  traquer le diamant vert. Un bon divertissement donc Ă©tonnamment plaisant et guilleret (tube de Billy OcĂ©an Ă  l'appui en guise d'adieu romantique) eu Ă©gard de son emballage narratif hĂ©las prĂ©visible (si on excepte un rebondissement original quant Ă  l'identitĂ© du fameux joyaux !). Et pour preuve, j'en Ă©tais ce soir au 3è visionnage avec ce similaire plaisir impubère.


*Bruno
3èx 

Ci-joint la chronique du 1er volet : http://brunomatei.blogspot.com/…/a-la-poursuite-du-diamant-…

jeudi 26 mars 2020

Chez moi

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Hogar" de Ă€lex Pastor et David Pastor. 2020. Espagne. 1h43. Avec Javier GutiĂ©rrez, Mario Casas, Bruna CusĂ­, Ruth DĂ­az

Diffusé sur Netflix le 25 Mars 2020

FILMOGRAPHIE: David Pastor est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur espagnol nĂ© le 25 Juillet  1978 Ă  Barcelone. Alex Pastor est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur espagnol nĂ© le 13  Mars Ă  Barcelone. 2009: InfectĂ©s. 2013: Les Derniers Jours. 2020: Chez moi.


                                                     Portrait crachĂ© d'une famille modèle. 

Thriller hispanique aux confins de l'horreur sociale, Chez moi demeure un bon divertissement assez bien soutenu au gré de rebondissements dramatiques en chute libre. Le pitch: en mal de prospérité, un pubard au chômage décide de changer de vie en opérant un plan machiavélique auprès d'une famille bourgeoise résidant à son ancien appartement. Intrigue efficace au suspense psychologique progressivement vigoureux, Chez moi doit beaucoup de son intensité dramatique grâce à la présence de Javier Gutiérrez littéralement habité par son rôle de sociopathe dénué de vergogne. Perfide, délétère, insidieux, obséquieux, l'acteur insuffle une expression infaillible à travers l'impassibilité de son regard à la fois glacial et faussement séducteur eu égard de son instinct stratagème à manipuler à sa guise son entourage amical et familial. Ainsi, si l'intrigue parvient à retenir notre attention de par le magnétisme malsain de notre antagoniste (et ce jusqu'au final audacieusement amoral qui risque de déplaire à une frange du public), on aurait tant daigné omettre les facilités et certaines invraisemblances disséminées à bâtons rompus.


A l'instar du vibreur cellulaire de Javier confinĂ© dans l'appartement face au tĂ©moignage auditif (pas si alerte) de la nouvelle rĂ©sidente, du sort du jardinier pĂ©do, de l'alibi de la bombe lacrymogène que l'Ă©pouse appliquera pour s'y dĂ©fendre, et de l'intrusion prĂ©cipitĂ©e de Javier dans la salle de cours face aux tĂ©moignages interloquĂ©s de l'enseignant et de son Ă©pouse (Ă  la posture Ă©quivoque ?!). Les frères Pastor abusant donc de ses grossières ficelles un tantinet capillotractĂ©es quant aux ruses de Javier anticipant bien trop Ă  la perfection sa machiavĂ©lique mise en scène pour agripper ses proies dans sa toile d'araignĂ©e. Le dĂ©veloppement de l'intrigue (mal structurĂ©e) pâtissant d'un manque de crĂ©dibilitĂ© quant au rĂ©alisme des situations forts de cafĂ©. Pour autant, Ă  travers sa satire caustique de la sociĂ©tĂ© de consommation (faisant Ă©cho Ă  l'excellent Beau-père de Ruben), Chez moi reste ludique et nĂ©anmoins captivant, rehaussĂ© en intermittence de sĂ©quences chocs d'une âpre cruautĂ© avec ce dĂ©sagrĂ©able sentiment d'impuissance de ne pouvoir prĂŞter main forte Ă  la victime moribonde.


Dédicace à Seb Lake
*Bruno

mardi 24 mars 2020

La Plateforme

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Galder Gaztelu-Urrutia. 2019. Espagne. 1h35. Avec Ivan MassaguĂ©, Zorion Eguileor, Emilio Buale, Antonia San Juan, Alexandra Masangkay.

DiffusĂ© sur Netflix  le 20 Mars 2020

FILMOGRAPHIEGalder Gaztelu-Urrutia est un réalisateur, scénariste et producteur espagnol. 2019: La Plateforme.


Accouplez la Grande Bouffe et Cube Ă  une pincĂ©e de Cannibal Holocaust et vous obtenez ce sommet d'horreur Ă©mĂ©tique que constitue La Plateforme. Une production Netflix redoutablement couillue quant Ă  son contenu littĂ©ralement dĂ©gueulbif tant et si bien que le malaise viscĂ©ral ne nous quitte d'un iota 1h30 durant. Sa progression narrative demeurant si Ă©prouvante que nous espĂ©rerions une conclusion salvatrice afin de s'extirper de cet enfer socialement arbitraire et asphyxiant. Le pitch en quelques mots: des prisonniers confinĂ©s par 2 dans leur géôle tentent de survivre en se nourrissant de plats dĂ©jĂ  entamĂ©s par d'autres dĂ©tenus. Une plateforme constituĂ©e de victuailles dĂ©clinant Ă  chaque niveau afin de subvenir aux besoins de chacun. Au coeur de cet enfer carcĂ©ral dĂ©nuĂ© de vergogne, un prisonnier tentera d'y survivre coĂ»te que coĂ»te au fil de rencontres dĂ©pravĂ©es ne comptant que sur leur ego. De par son climat fĂ©tide Ă  la fois Ă©pouvantablement glauque et poisseux, et son vĂ©risme d'une âpre verdeur, La Plateforme distille un malaise viscĂ©ral permanent au fil des tentatives de survie de prisonniers rĂ©duits Ă  l'Ă©tat bestial dans leur rapacitĂ© de ne compter que sur leur Ă©goĂŻsme pour rester en vie.


Chacun étant obnubilé par l'emprise de la faim au fil d'une quotidienneté grisonnante dénuée d'étincelle d'humanité. Profondément dérangeant au sein d'un huis-clos blafard suintant la sueur, le sang et la nourriture avariée, La Plateforme provoque de plein fouet le spectateur emporté dans un cauchemar culinaire sans issue de secours. Le message du film nous illustrant un tableau pathétique de la nature humaine contrainte de se nourrir de la chair de son voisin faute de son instinct de survie. Et donc, l'intrigue a beau empiler les questions sans réponses et expédier un épilogue aussi abscons qu'équivoque (ce qui renforce toutefois son pouvoir de fascination), La Plateforme laisse des traces dans l'encéphale de par son imagerie écoeurante allouée à la bestialité de l'homme réduit à l'état animal dans un contexte carcéral inéquitable. Ceux résidant aux plus haut niveau ayant beaucoup plus de chances de se sustenter dans des conditions plus saines et quantitatives, alors que ceux du bas n'y auront la plupart du temps que les miettes laissées par leurs homologues.


Brouet rubigineux
Tableau sordide d'une sociĂ©tĂ© aristocrate fustigeant les laissĂ©s pour compte de la manière la plus obscène, indĂ©cente et immorale, La Plateforme laisse en Ă©tat de choc moral (et viscĂ©ral) Ă  travers son ultra violence tranchĂ©e oĂą l'homme s'avère le pire ennemi de son semblable de par l'inĂ©galitĂ© des classes sociales. 
Pour public averti.  

lundi 23 mars 2020

The Invisible Man

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Leigh Whannell. 2020. U.S.A. 2h04. Avec Elisabeth Moss, Aldis Hodge, Storm Reid, Harriet Dyer, Michael Dorman

Sortie salles France: 26 Février 2020

FILMOGRAPHIE: Leigh Whannell est un producteur de cinéma, un réalisateur, scénariste et acteur né le 17 janvier 1977 à Melbourne en Australie. 2015 : Insidious : Chapitre 3. 2018 : Upgrade. 2020 : Invisible Man.


Après nous avoir agrĂ©ablement surpris avec Upgrade, Leigjh Whannell remet le couvert avec son troisième mĂ©trage, The Invisible Man. Variation Ă  la fois moderne et horrifique du cĂ©lèbre roman H. G. Wells, cette sĂ©rie B du samedi soir se taille une jolie carrure de divertissement Ă©chevelĂ© eu Ă©gard de ses sĂ©quences chocs redoutablement efficaces ne dĂ©bordant jamais sur la surenchère. Et ce en dĂ©pit de certaines facilitĂ©s (son Ă©pilogue un chouilla Ă©quivoque potentiellement discutable) ou de questions restĂ©es sans rĂ©ponses (comment le tueur a t'il simulĂ© son suicide ?). Le rĂ©cit se livrant Ă  l'Ă©prouvant jeu du chat et de la souris lorsqu'un pervers narcissique dĂ©cide de faire vivre un vĂ©ritable enfer Ă  son ex après que celle-ci s'Ă©chappa du foyer conjugal. Ne cessant d'alterner angoisse, tension et suspense au fil d'un cheminement narratif imprĂ©visible, The Invisible Man demeure un redoutable survival parano sous l'impulsion d'Elisabeth Moss (The Handmaid's Tale) reprenant son rĂ´le de victime soumise avec cette similaire pugnacitĂ© morale et physique. 


Celle-ci se fondant dans le corps de CĂ©cilia Ă  l'aide d'une force d'expression rĂ©solument teigneuse eu Ă©gard de ses cruelles vicissitudes que le tueur cultive Ă  l'aide de stratĂ©gies offensives terriblement insidieuses. Car si The Invisible Man s'avère aussi plaisant et palpitant, il le doit notamment au rĂ©alisme de ses effets numĂ©riques auquel nous n'y voyons que du feu et Ă  ses situations de claustration lorsque la victime apprĂ©hende la menace invisible avec un fĂ©brile espoir de survie. Le rĂ©alisateur relançant l'action horrifique dans des directions dramatiques davantage alertes au grĂ© de rebondissements retors que l'on ne voit pas arriver. Ainsi, de par sa structure narrative rondement menĂ©e, The Invisible Man constitue un excellent thriller parano tirant parti de son concept surrĂ©aliste Ă  travers une confrontation psychologique de longue haleine. Tant si bien que l'hĂ©roĂŻne Ă©plorĂ©e davantage malmenĂ©e devra Ă©galement prouver son innocence auprès de la police et de son entourage (familial et amical) afin de lui Ă©viter la camisole. On peut enfin souligner le soin de sa bande-son d'un flegme parfois si anxiogène et ses sonoritĂ©s vrombissantes musicalement stylĂ©es. 


*Bruno

samedi 21 mars 2020

Les Misérables. César du Meilleur Film, 2020.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ladj Ly. 2019. France. 1h42. Avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly

Sortie salles France: 20 Novembre 2019

FILMOGRAPHIELadj Ly est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français nĂ© le 3 janvier 1978 au Mali. 2019: Les MisĂ©rables.


"Mes amis, retenez bien ceci, 
il n'y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. 
Il n'y a que de mauvais cultivateurs."      Victor Hugo. Les MisĂ©rables. 

S'il n'est pas le choc annoncĂ© et qu'il n'atteint que parfois le niveau Ă©motionnel de La Haine lors d'occasions très tendues, Les MisĂ©rables reste une oeuvre aussi forte que grave Ă  travers la fracture entre flics et jeunes des citĂ©s oĂą les notions de Bien et de Mal volent en Ă©clat pour des enjeux de survie, d'indĂ©pendance et d'autoritĂ©. DĂ©nonçant l'abus de pouvoir chez certains policiers contraints de se tailler une carrure de Rambo afin de s'y faire respecter, Ladj Ly tente de rĂ©sonner nos consciences Ă  travers une peinture urbaine en perdition oĂą chacun s'adonne Ă  des menaces et provocations Ă  couteaux tirĂ©s. Mais la puissance dramatique du rĂ©cit Ă©mane surtout du point de vue des ados dĂ©soeuvrĂ©s ne pouvant mĂŞme plus compter sur leurs aĂ®nĂ©s pour trouver un quelconque appui lorsque la police tente de nĂ©gocier avec ces derniers un odieux chantage afin de sauver leur tĂŞte. FilmĂ© Ă  l'instar d'un documentaire de Zone Interdite (avec toutefois des plans aĂ©riens stylisĂ©s surplombant les immeubles), les MisĂ©rables ne peut laisser indiffĂ©rent Ă  travers son constat social anti-manichĂ©en, tant et si bien que chaque camp ne compte que sur leur propre code (im)moral pour emporter la mise et maintenir leur autoritĂ©.


LĂ  oĂą le bas blesse, c'est au niveau de sa rĂ©alisation perfectible (il s'agit d'une 1ère oeuvre) et surtout de l'interprĂ©tation de certains comĂ©diens amateurs dictant leur texte avec une Ă©locution souvent théâtrale. Un dĂ©faut hĂ©las rĂ©current dans la production française, et donc une nouvelle fois prĂ©judiciable quant Ă  la progression du rĂ©cit dĂ©samorçant par moments la montĂ©e en puissance de la tension ou la vĂ©racitĂ© des affrontements psychologiques. Alors que d'autres rĂ´les majeurs font preuve d'un aplomb autrement naturel ou d'une force d'expression de sĂ»retĂ©, quand bien mĂŞme certaines gueules patibulaires impressionnent par leur nature Ă  la fois sauvage et impassible. Pour autant, et grâce Ă  son final belliqueux d'une violence pathĂ©tique, les MisĂ©rables laisse en mĂ©moire un cri de haine et de rĂ©volte contre ses laissĂ©s-pour-compte en culotte courte se livrant Ă  des actes de rĂ©bellion davantage inconsidĂ©rĂ©s de par leur condition de dĂ©rĂ©liction. Cette guerre de clans entre flics et banlieusards s'adonnant au jeu de pouvoir infructueux quant aux consĂ©quences dramatiques de leur dĂ©chaĂ®nement de haine aussi suicidaire que dĂ©sespĂ©rĂ©e. Toute communication s'avère donc rompue, faute des valeurs proscrites du Bien et du Mal destituĂ©es de leur propre signification. Le degrĂ© d'ultra violence s'Ă©levant toujours un peu plus au fil d'une quotidiennetĂ© routinière dĂ©munie d'injustice.

*Bruno

Récompenses
Festival de Cannes 2019 :
Prix du Jury26
Prix Vulcain de l'artiste technicien : Flora Volpelière pour le montage et Julien Poupard pour la lumière et le cadre27
Prix de l'AFCAE : Mention spéciale28
Festival du cinéma américain de Deauville 2019 : Prix d'Ornano-Valenti29,30
Prix du cinéma européen 2019 : Discovery of the Year - Prix FIPRESCI
Durban International Film Festival 2019 :
Prix du meilleur film
Prix du meilleur scénario
Goyas 2020 : Meilleur film européen
Prix Lumières de la presse internationale 2020 :
Meilleur film
Meilleur scénario
Meilleur espoir masculin pour Alexis Manenti
César 2020 :
César du public
César du meilleur film
César du meilleur espoir masculin pour Alexis Manenti
César du meilleur montage

Box Office France : 2 009 992 entrées

vendredi 20 mars 2020

Ex Machina

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Alex Garland. 2015. Angleterre. 1h48. Avec Oscar Isaac, Alicia Vikander, Domhnall Gleeson, Corey Johnson, Deborah Rosan

Sortie salles France: 27 Mai 2015

FILMOGRAPHIEAlex Garland est un romancier, scĂ©nariste et rĂ©alisateur britannique nĂ© le 26 mai 1970 Ă  Londres. 2014 : Ex machina. 2017 : Annihilation. 2020 : Devs (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e).


Excellent thriller d'anticipation rĂ©alisĂ© par le nĂ©ophyte Alex Garland, Ex Machina aborde le thème de l'intelligence artificielle avec pudeur et rĂ©alisme eu Ă©gard de l'androĂŻde criant d'expressivitĂ© innocente (Alicia Vikander bluffante de naturel diaphane !), notamment grâce Ă  des effets numĂ©riques irrĂ©prochables. Ainsi, rien que pour sa trouble prĂ©sence d'une beautĂ© fĂ©minine Ă©purĂ©e, le film s'alloue d'un climat irrĂ©el imprĂ©gnĂ© de douceur et de mystère diffus sous l'impulsion d'une partition lancinante lestement contradictoire. Jeu de manipulation d'une cruautĂ© inattendue au fil d'un rĂ©cit Ă  suspense davantage oppressant, Ex Machina doit beaucoup de son magnĂ©tisme auprès de la sobriĂ©tĂ© de ses interprètes et de sa mise en scène envoĂ»tante assez stylisĂ©e. Alex Garland prenant son temps Ă  nous caractĂ©riser la relation Ă©quivoque d'un trio conjugal (si j'ose dire) qu'endossent son crĂ©ateur Nathan, le jeune programmeur Caleb et l'androĂŻde Ava communĂ©ment cloisonnĂ©s dans une demeure high-tech oĂą tout Ă©chappatoire semble perdue d'avance. Quand bien mĂŞme une domestique dĂ©nommĂ©e Kyolo partage leur intimitĂ© avec un mutisme dĂ©stabilisant de par sa condition cruellement soumise.


L'intĂ©rĂŞt de l'intrigue rĂ©sidant dans l'amitiĂ© progressive de Nathan et d'Ava apprenant Ă  se connaĂ®tre lors d'entretiens personnels que Nathan observe scrupuleusement derrière ses camĂ©ras de surveillance. Caleb  ayant Ă©tĂ© dĂ©signĂ© par Nathan afin d'Ă©tudier une semaine durant le comportement de celle-ci afin de lui soumettre si elle s'alloue d'une conscience. Mais au fil de leur apartĂ©, Ava le met en garde quant aux vĂ©ritables intentions de son crĂ©ateur particulièrement impĂ©rieux et condescendant auprès de ses crĂ©ations rĂ©volutionnaires. MĂ©taphore sur l'esclavagisme du point de vue d'un ĂŞtre artificiel avide d'Ă©mancipation et d'indĂ©pendance (on songe inĂ©vitablement aux rĂ©plicants de Blade Runner, Ă  AndroĂŻde ou encore Ă  Terminator en mode feutrĂ©), Ex Machina s'alloue d'un climat onirique aussi tendre que sensuel Ă  travers les sentiments d'Ava Ă©prise d'affection pour Caleb mais pour autant contrariĂ©e Ă  l'idĂ©e de perdurer une existence esseulĂ©e dans sa prison high-tech. Alex Garland finissant par laisser planer le doute quant aux profils de ces personnages se manipulant mutuellement pour des enjeux d'orgueil et de libertĂ©, avec Ă  la clef un potentiel mobile de vengeance que chaque ĂŞtre humain imprime secrètement en lui.


VĂ©nĂ©neuse liaison dangereuse entre un trio perfide impliquĂ© dans une expĂ©rience humaine oĂą les enjeux de survie et d'hĂ©roĂŻsme se confrontent Ă  l'amour interdit; Ex Machina nous questionne sur les dangers de l'intelligence artificielle apte Ă  transcender son crĂ©ateur par le biais d'une conscience aussi ambivalente que l'homme.  

*Bruno

jeudi 19 mars 2020

Super 8

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de J.J Abrams. 2011. U.S.A. 1h52. Avec Joel Courtney, Elle Fanning, Kyle Chandler, Ryan Lee, Zach Mills, Riley Griffiths, Gabriel Basso, Joel McKinnon Miller, Ron Eldard, Amanda Michalka.

Sortie en salles en France le 3 AoĂ»t 2011. U.S: 10 Juin 2011.

FILMOGRAPHIE: J.J Abrams est un rĂ©alisateur, producteur, compositeur, acteur et scĂ©nariste amĂ©ricain pour le cinĂ©ma et la tĂ©lĂ©vision, nĂ© le 27 Juin 1966 Ă  New-york. Il est en outre le crĂ©ateur des sĂ©ries TV, Lost, Alias, Felicity, Fringe, Undercovers, Alcatraz et Obb Jobs. 2006: Mission Impossible 3. 2009: Star Trek. 2011: Super 8. en cours: Star Trek 2.


Vendu comme un vibrant hommage aux productions Amblin Entertainment natives des annĂ©es 80 et Ă  la fĂ©erie candide de Spielberg (ici co-producteur) ou encore de Joe DanteSuper 8 demeure un divertissement familial inespĂ©rĂ© pour la gĂ©nĂ©ration 80 ayant Ă©tĂ© bercĂ©e par les classiques E.TExplorersles GooniesStand by MeGremlins et consorts. Le pitchOhio, 1979. Alors qu'un groupe d'adolescents rĂ©uni Ă  proximitĂ© d'une rame de chemin de fer poursuit le tournage de leur court-mĂ©trage en format super 8, un gigantesque incident ferroviaire leur est tĂ©moin. Dans un mouvement de panique prĂ©cipitĂ©, ils rĂ©ussissent malgrĂ© tout Ă  filmer la sĂ©quence dantesque dans son intĂ©gralitĂ© lorsqu'une voiture entre en collision avec le train de marchandise. Depuis cet incident cinglant, d'Ă©tranges disparitions de citadins et d'appareils Ă©lectroniques se produisent dans la contrĂ©e bucolique. Mais par l'entremise de leur court-mĂ©trage, les enfants y feront une stupĂ©fiante dĂ©couverte ! A travers une superbe photo saturĂ©e et du dĂ©cor si rassurant d'une bourgade champĂŞtre,  Super 8 dĂ©bute sa trame Ă  l'instar d'une prod Spielberg quant Ă  sa scĂ©nographie cinĂ©gĂ©nique radiographiant de jeunes cinĂ©philes passionnĂ©s par le cinĂ©ma de genre. Instinctivement, le prĂ©ambule au dĂ©licieux parfum rĂ©tro renoue donc avec nos souvenirs infantiles Ă  travers un vibrant hommage au film de monstres et aux invasions extra-terrestres. Le crash ultra spectaculaire du convoi ferroviaire nous Ă©tant dĂ©ployĂ© face aux yeux Ă©baubis de nos hĂ©ros en culotte courte fĂ©rus de rĂŞves, d'aventures et d'Ă©vasion.


Le hasard leur offrant sur un plateau la plus improbable des dĂ©couvertes Ă  venir ! Cette sĂ©quence d'anthologie chorĂ©graphiĂ©e sous toutes les coutures s'alloue d'ailleurs d'un rĂ©alisme infaillible Ă  travers l'utilisation judicieuse de ses effets numĂ©riques (on n'y voit donc que du feu !) parvenant Ă  imposer leur crĂ©dibilitĂ© jusqu'au final en apothĂ©ose. Outre son attrait spectaculaire fertile en rebondissements davantage Ă©piques, Super 8 puise principalement son charme Ă  travers la caractĂ©risation scrupuleusement humaine de ces ados candides transformĂ©s pour le coup en aventuriers en herbe. Ainsi, tous les clichĂ©s inhĂ©rents aux productions des annĂ©es 80 (l'enfant meurtri d'un deuil familial, les rapports parentaux conflictuels, la romance indĂ©cise et timorĂ©e entre les 2 hĂ©ros, la conspiration militaire et le gouvernement mĂ©galo avide de dĂ©couverte scientifique afin d'y embrigader un cobaye extra terrestre) s'avèrent efficacement exploitĂ©s sans cĂ©der au vulgaire plagiat (comme ont pu le souligner certains critiques renfrognĂ©s). Et donc, de manière aussi fluide que naturelle, l'Ă©motion distillĂ©e au compte goutte au fil narratif s'avère payante quant aux expressions curieuses, hĂ©sitantes ou contrariĂ©es de ces ados photogĂ©niques. Notamment si je me rĂ©fère prioritairement Ă  l'Ă©tonnante alchimie entre Joe et Alice Ă©pris de tendresse l'un pour l'autre (Ă  l'instar de cette drague implicite lorsque cette dernière s'improvise "zombie" pour la confection de leur court d'Ă©pouvante). J.J Abrams faisant Ă©voluer ses personnages (juvĂ©niles mais aussi adultes) auprès d'un rĂ©cit initiatique oĂą suspense, action, science-fiction et romance convergent vers la rĂ©demption et la maturitĂ© d'après les thèmes de l'acceptation du deuil et du conflit paternel (tant auprès de Joe que d'Alice partagĂ©s entre leur rĂ©volte interne et leur motivation de rĂ©conciliation).


Hommage plein de poĂ©sie (l'incroyable scène du mĂ©daillon particulièrement symbolique !) Ă  notre adolescence fĂ©brile marquĂ©e par un cinĂ©ma fĂ©erique profondĂ©ment humaniste, Super 8 demeure une belle invitation au rĂŞve dans sa palette d'Ă©motions Ă  la fois tendres, romantiques et dramatiques qu'une poignĂ©e d'ados (si semblables Ă  nous !) parviennent Ă  ranimer sans effet de manche.  

*Bruno
19.03.20
25.10.11

mercredi 18 mars 2020

Color out of space

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Richard Stanley. 2019. U.S.A. 1h50. Avec Nicolas Cage, Q'orianka Kilcher, Joely Richardson, Tommy Chong, Madeleine Arthur, Brendan Meyer.

Sortie salles France: ?. U.S: 24 Janvier 2020

FILMOGRAPHIE: Richard Stanley est un cinéaste sud-africain né à Fish Hoek le 22 novembre 1966. 1991 : Hardware. 1992 : Le Souffle du démon. 2012 : The Theatre Bizarre (segment "The Mother Of Toads"). 2019 : Color Out of Space.


"La peur est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité."
Cinéaste sud-africain révélé à l'orée des années 90 auprès des singuliers Hardware et Le Souffle du Démon; Richard Stanley refait subitement surface avec son 3è long, Color out of Space d'après une nouvelle de H. P. Lovecraft (La Couleur tombée du ciel éditée en 1927). Et on peut avouer sans rougir que le bonhomme nous revient plus roboratif que jamais à travers son anticipation horrifique littéralement hypnotique (doux euphémisme si j'ose dire !). Tant et si bien qu'il réinvente le genre hybride avec une maestria terriblement inspirée eu égard de l'angoisse puis de la terreur exponentielle saisissant le spectateur au fil des vicissitudes d'une paisible famille en proie au plus indicible des cauchemars. Car isolé dans leur vaste demeure au coeur d'une paisible forêt, la famille Gardner voit sa vie bouleverser lorsqu'une météorite de couleur rose (!?) s'écrase sur leur terrain en pleine nuit étoilée (l'onirisme, crépusculaire puis étrangement féerique, régnera en maître durant tout le métrage !). Si bien que peu à peu, d'étranges incidents inexpliqués vont intenter à leur tranquillité au moment même où le temps semble se distordre afin de les désorienter. Ainsi donc, ils feront face à leurs démons intimement infiltrés en eux, de par la lâcheté de l'entité à la fois délétère et goulue. Chacun d'eux épousant un comportement à la fois irascible, ambigu et imprévisible au point d'y scarifier leur corps ou de se laisser muter par la "chose".


Digne des meilleures prods des annĂ©es 80 auquel Color out of Space y voue une vĂ©ritable affectation (il s'agit donc bien ici d'horreur "Ă  l'ancienne"), tant auprès de ses rĂ©fĂ©rences (The Thing, Poltergeist  - pour la caractĂ©risation de la famille assez dĂ©complexĂ©e et de leurs incidents surnaturels subtilement instillĂ©s en 1er acte - , Creepshow, From Beyond et mĂŞme E.T) que dans sa manière raffinĂ©e de suggĂ©rer l'Ă©trange sans trop en dĂ©voiler (ou alors si peu), Richard Stanley s'alloue d'une implacable structure narrative pour tourmenter le spectateur impliquĂ© dans un maelstrom d'images cauchemardesques inusitĂ©es. Car on a beau se remĂ©morer certaines des meilleures sĂ©quences chocs de nos classiques prĂ©citĂ©s, Color out of Space existe par lui mĂŞme dans sa ferme dĂ©termination de nous foutre les pĂ©toches de manière aussi bien insidieuse que perfide. Et ce parmi le tĂ©moignage de protagonistes habitĂ©s par la peur de l'inexplicable. Car en y saturant l'image de fulgurances esthĂ©tisantes proche des effets hallucinogènes d'un psychotrope chimique (l'acide ou le LSD), Color out of space enivre nos sens, triture nos nerfs avec une dĂ©mesure irrĂ©fragable. Tant et si bien qu'au fil des Ă©vènements dramatiques davantage Ă©prouvants (nous ne sommes pas prĂŞts d'oublier Spoil ! le sort escarpĂ© rĂ©servĂ© Ă  l'Ă©pouse et au fils cadet ! fin du Spoil), le spectateur subit un malaise mĂ©phitique sous l'impulsion de visions cauchemardesques faisant office de bad trip pailletĂ© ! Les protagonistes s'efforçant de repousser ces forces visuelles avec une apprĂ©hension davantage dĂ©pressive, de manière Ă  nous impliquer dans leur dĂ©sarroi expressif comme si nous faisions partis de leur famille. C'est dire si le rĂ©cit cauchemardesque, davantage pesant et orageux, joue avec nos nerfs, nos peurs et nos Ă©motions de par sa saisissante alchimie d'y confondre fiction et vĂ©risme au point d'y omettre sa nature cinĂ©gĂ©nique.


Une expĂ©rience monstrueuse, une fascination rĂ©pulsive avec la peur. 
Tour Ă  tour angoissant, anxiogène et dĂ©pressif, de par la tournure des Ă©vènements toujours plus effrayants, Color out of Space parvient Ă  relever la gageure de rĂ©inventer la peur, rĂ©pulsive, viscĂ©rale, organique, cĂ©rĂ©brale, avec un brio technique factuel. Tant auprès de sa première partie oĂą tout ou presque y est lestement suggĂ©rĂ©, que de son second acte autrement mortifère, hallucinogène et tĂ©nĂ©breux faisant exploser une palette de couleurs sensuelles infiniment insidieuses. DĂ©jĂ  culte si j'ose dire, Color out of Space risque bien d'inspirer d'autres cinĂ©astes, intègres ou margoulins, afin d'exploiter une nouvelle peur Ă  l'Ă©cran sous la mainmise du monstre sacrĂ© H. P. Lovecraft.

*Bruno

Récompense: Film School Rejects' Fall Awards 2019 : Mention honorable pour Nicolas Cage

Ci-joint l'avis du journaliste Jean-Marc Micciche:
Séance découverte avec Color out of space....dieu que ça fait du bien de voir un vrai monsters movie aussi déjanté visuellement que puissament anxiogène....à l'issue du film, Color balaie tous les monsters movies de ces derniers années (même les plus chouettes genre Life, Underwater), carrément le meilleur film du genre depuis le tétanisant The Mist....Mieux que la première version du livre (aka The farm pour les plus anciens, très chouette), Color échappe pour le coup à une interprétation clair du récit...non pas que le film à la vague récente du post Horror, trés expérimental et parfois hermétique, Color est un vraie série b de SF horrifique comme on pouvait en voir dans les années 80 (cf les Xtro, The kindred, et autres Mutants / Forbidden World) à ceci prés que le film est entièrement remodelé par le regard allumé de Richard Stanley, aussi trash que pouvait être Hardware et aussi goro mystique que l'oublié le Souffle du démon....du coup la nature du 'Mal' échappe à toute interprétation direct et claires tant le réal parvient avec beaucoup de force à décrire le basculement d'une espace (géographique, familiale) qui plonge l'horreur le plus impalpable, le plus indéfinissable...Bref un grand film pas forcément du niveau de The thing, La mouche ou Alien, mais vraiment pas très loin...on regrettera pour la forme que la réal ne l'a pas réalisé le film dans les années 80 à l'époque où les grands génies du makeup up se bousculait. Imaginez ce que Rob Bottin, Stant Winston, Chris Wallas aurait pu accomplir avec un tel sujet (attention içi les efx reste performant et d'une grande force graphique). On peut aussi regretter que la carrière en dent de çi du réal, car à ne pas douter on a surement louper à émergence d'une grand cinéaste de genre..pour le reste, le film te marque durablement et laisse ton cerveau tourner à plein régime pour saisir ce qu'on a vu...

Bien placé pour être dans mon top 1 de l'année....

mardi 17 mars 2020

De si gentils petits monstres / The Children

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site t411.me

de Max Kalmanowicz. 1980. U.S.A. 1h33. Avec Gil rogers, martin shakar, gale garnett, Clara Evans, Jephta Evans, Julie Carrier, Sarah Albright, Nathanael Albright.

Sortie salles France: 24 Août 1983.

FILMOGRAPHIE:  The Children est le premier film de Max Kalmanowicz, rĂ©alisateur amĂ©ricain qui s'illustrera une seconde et dernière fois avec Dreams Come True, un film d'aventures datant de 1984 et distribuĂ© par la firme Troma.

"Nous revenons de l'école... une chose terrifiante est arrivée ! Nous sommes devenus de... De si gentils petits... Monstres !"

Exploitant le thème de "l'enfant malĂ©fique" (Le Village des damnĂ©es, Les RĂ©voltĂ©s de l'an 2000, L'Autre, L'Exorciste, La MalĂ©diction, The Children, Esther, etc.), De si gentils petits monstres - dĂ©nomination plus ironique que son homologue ricain - fit les beaux jours des vidĂ©ophiles des annĂ©es 80, fascinĂ©s par sa flamboyante jaquette oĂą, sur fond rouge, trĂ´nent trois visages de bambins au rictus diablotin. Sans oublier sa tagline Ă  l'humour sardonique citĂ©e plus haut.

Le pitch : dans la bourgade de Ravensback, un car scolaire transportant des enfants passe sous un épais nuage jaune. Après son passage, le véhicule, garé près d'un cimetière, est vide. Une mère inquiète part à la recherche de son enfant quand, tout à coup, une voix enfantine s'élève du cimetère. Sur place, elle découvre le cadavre calciné du chauffeur. Un bambin s'avance alors vers elle, bras tendus... et lorsqu'elle l'enlace, elle se met à brûler vive, victime des mains vitriolées de l'enfant.

Plaisir innocent bisseux comme il en pullulait dans les années 80, De si gentils petits monstres dégage un charme flagrant, aussi mineur soit son contenu, entre prévisibilité, frivolité, bricolage et joyeuse incohérence. Le réalisateur emprunte la méthode efficace du survival à suspense lorsqu'un flic et un paisible citadin unissent leurs forces pour retrouver les enfants disparus, avant que le récit ne bascule dans un huis-clos cauchemardesque où ils tentent de repousser la menace - avec une violence étonnamment frontale allant jusqu'à sacrifier des bambins, écran ou hors-champ. Il fallait oser !

Avec son concept incongru (des enfants tuant leurs parents après le passage d'un nuage radioactif) émaillé d'astuces saugrenues (les fameux ongles noirs, leur extermination à coups de mains tranchées, son épilogue sarcastique), De si gentils petits monstres s'avère fort plaisant. Tant par ses péripéties horrifiques, fertiles en visions grand-guignolesques (les corps carbonisés semblables à des steaks saignants), que par la sympathie des seconds couteaux aux expressions outrancières d'appréhension, de stupeur et de terreur. Leur surjeu devient attachant tant ils y croient dur comme fer. Et derrière leurs dialogues erratiques, on décèle un possible discours social (volontaire ?) sur la démission parentale. Certains adultes - comme cette mère droguée et son amant culturiste - n'accordent guère d'intérêt au sort de leur progéniture.

Plusieurs scènes, par ailleurs, flirtent avec l'humour involontaire : notamment deux rednecks grivois venant prêter main-forte à un adjoint de police. Côté horreur, la facture artisanale fonctionne : les FX fascinent quand les victimes se voient consumées par l'acide, la chair noire et craquelée après avoir enlacé leur chérubin. Ses scènes chocs, tantôt oniriques, angoissantes ou franchement flippantes, profitent de la posture figée des enfants-zombies, à la fois tendres et terrifiants. Le tout est soutenu par un score signé Harry Manfredini, préfigurant son travail sur Vendredi 13 la même année. Pour un peu, on croirait voir Jason surgir des fourrés, tant l'action, d'abord baignée de soleil, se teinte lentement de crépuscule.


Atomic College (priez le ciel de ne jamais les rencontrer !)
Réjouissante série B du samedi soir, De si gentils petits monstres impressionne par l'aura malsaine de ses marmots impassibles et charismatiques. Must du genre sous couvert d'une traque inlassable, alerte et pittoresque, il offre aux nostalgiques de la génération 80 un plaisir intact, même aujourd'hui. Nostalgie aidant.

*Bruno
14.08.24. Vostfr. 4èx
17.03.20
27.01.11. 359 v