lundi 2 novembre 2020

Don Camillo Monseigneur

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Don Camillo monsignore… ma non troppo" de Carmine Gallone. 1961. Italie. 1h58. Avec Fernandel, Gino Cervi, Leda Gloria, Karl Zoff, Gina Rovere, Carlo Taranto.

Sortie salles France: 1er Décembre 1961

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Carmine Gallone est un rĂ©alisateur italien nĂ© le 10 septembre 18851 Ă  Taggia dans la province d'Imperia (Ligurie) et mort le 11 mars 1973 Ă  Frascati.1913 : Le Baiser de Cyrano. 1914 : La Femme nue. 1914 : La Marche nuptiale. 1917 : Histoire des Treize. 1920 : Le Colonel Chabert. 1926 : Les Derniers Jours de PompĂ©i. 1927 : Celle qui domine. 1928 : L'Enfer d'amour. 1929 : Terre sans femmes. 1930 : La Ville des mille joies. 1931 : City of Songs. 1931 : Ma cousine de Varsovie. 1931 : Un soir de rafle. 1932 : Le Chant du marin. 1932 : Un fils d'AmĂ©rique. 1932 : Le Roi des palaces. 1934 : Two Hearts in Waltz Time . 1934 : Mon cĹ“ur t'appelle. 1935 : Casta Diva. 1937 : Scipion l'Africain 1938 : Giuseppe Verdi. 1939 : Marionnette. 1940 : Manon Lescaut. 1940 : Melodie eterne. 1942 : Les Deux Orphelines. 1943 : Harlem. 1946 : Rigoletto. 1948 : La leggenda di Faust. 1949 : Il trovatore. 1950 : La forza del destino. 1950 : Taxi de nuit. 1951 : Messaline. 1953 : Cavalleria rusticana. 1953 : Puccini. 1954 : Casta Diva. 1954 : La Maison du souvenir. 1954 : Madame Butterfly. 1955 : La Grande Bagarre de don Camillo. 1955 : La Fille de Mata Hari. 1956 : Michel Strogoff. 1956 : Tosca. 1960 : Carthage en flammes. 1961 : Don Camillo Monseigneur. 1963 : Carmen 63. 

Si Don Camillo monseigneur n'est pas du niveau des 2 premiers opus, il demeure aussi bon que son prédécesseur alors que 6 ans les séparent. D'ailleurs le public français encore au rendez-vous ne s'y est pas trompé si bien qu'il cumula 4 280 338 entrées. Toujours réalisé par Carmine Gallone, Don Camillo Monseigneur nous annonce le retour au bercail du duo divergent depuis la mise en chantier d'une maison communale en lieu et place d'une chapelle. Quand bien même, un peu plus tard, Don Camillo et Peppone seront l'objet d'une nouvelle discorde depuis le mariage du fils de ce dernier. Peppone exigeant un mariage civil contre l'avis ecclésiastique de son compère. Ainsi, entre le sénateur et monseigneur, il semble qu'une certaine sagesse d'esprit s'est instauré entre eux, tant et si bien que ce nouveau volet ne prête pas vraiment au moments de franche rigolade à travers leur inépuisable affrontement (ici uniquement) verbal. Pour autant, de par la truculente bonhomie du couple à l'écran, l'inventivité de leurs répliques et sa narration fertile en stratégies de compétition et ennuis subsidiaires, Don Camillo Monseigneur amuse sans lasser en dépit de l'inévitable routine de mécanique de rire fondée sur les illustres pugilats. Si bien que le film a beau durer 2h00, nous ne voyons toujours pas le temps défiler de par son doux climat de loufoquerie et de bienveillance mené sur rythme vif, et ce parfois émaillé d'onirisme comme de coutume (à l'instar de son épilogue écolo très expressif). Appuyé d'un superbe noir et blanc afin de mettre en exergue sa chaleur humaine émanant d'un cadre provincial où il fait bon vivre l'amour, la foi et l'amitié en toute simplicité, Don Camillo Monseigneur traverse donc les années sans difficulté même si on est en droit de regretter l'authenticité vigoureuse des 2 premiers volets. En attendant l'ultime conclusion réalisée cette fois-ci 4 ans plus tard par Luigi Comencini.


*Bruno
3èx

Ci-joint les chroniques des opus précédents.

vendredi 30 octobre 2020

Le Crane Maléfique / Les Forfaits du marquis de Sade

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ebay.fr

"The Skull" de Freddie Francis. Angleterre. 1h23. Avec Avec Peter Cushing, Patrick Wymark, Jill Bennett, Nigel Green, Christopher Lee, Patrick Magee, Peter Woodthorpe. 

Sortie salles France: 30 Avril 1966. U.S: 25 Août 1965

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Freddie Francis est un réalisateur, directeur de photographie et scénariste britannique, né le 22 Décembre 1917 à Londres, décédé le 17 Mars 2007 à Isleworth (Royaume-Uni). 1962: La Révolte des triffides. 1963: Paranoiac. 1964: Meurtre par procuration. 1964: l'Empreinte de Frankenstein. 1965: Le Train des Epouvantes. 1965: Hysteria. 1965: Le Crane Maléfique. 1966: The Deadly Bees. 1966: Poupées de cendre. 1967: Le Jardin des Tortures. 1968: Dracula et les Femmes. 1970: Trog. 1972: Histoires d'Outre-Tombe. 1973: La Chair du Diable. 1973: Les Contes aux limites de la folie. 1974: Son of Dracula. 1975: La Légende du Loup-Garou. 1975: The Ghoul. 1985: Le Docteur et les Assassins. 1987: Dark Tower.

Moins connu que les oeuvres proverbiales du maĂ®tre Freddie Francis, Le Crane MalĂ©fique demeure une sympathique curiositĂ© en dĂ©pit d'un pitch guère passionnant mĂŞme si l'ennui n'y pointe jamais le bout du nez. Formellement soignĂ©e auprès de ses dĂ©cors domestiques richement dĂ©taillĂ©s, si bien que l'on croirait par moment avoir affaire Ă  une prod Hammer dans la tradition du gothisme sĂ©culaire, le Crâne MalĂ©fique est Ă©galement rehaussĂ© du duo lĂ©gendaire Christopher Lee / Peter Cushing. Ces derniers s'opposant (gentiment) pour la quĂŞte du crane du cĂ©lèbre Marquis de Sade dĂ©robĂ© Ă  plusieurs reprises par des quidams Ă  la fois cupides et fureteurs. Ce crane ayant la facultĂ© de possĂ©der ses propriĂ©taires au point de leur insuffler de morbides hallucinations (Ă  l'instar de l'improbable sĂ©quence de la roulette russe !), et ce avant que ceux-ci ne passent Ă  l'acte irrĂ©parable. Modestement efficace sous l'impulsion d'un Peter Cushing collectionneur d'objets occultes peu Ă  peu envoĂ»tĂ© par l'objet en question, le Crane MalĂ©fique se focalise sur son profil vĂ©reux d'après un cheminement narratif prĂ©visible. L'intrigue toute tracĂ©e ne parvenant donc pas Ă  susciter un quelconque suspense en dĂ©pit de quelques scènes chocs bonnards timidement Ă©peurantes. A dĂ©couvrir d'un oeil curieux donc, notamment pour y parfaire notre culture cinĂ©phile auprès de la filmo florissante de Freddie Francis

*Bruno

jeudi 29 octobre 2020

Halloween H20, 20 ans après

                                                 
                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site video.fnac.com

"Halloween H20 : 20 Years Later" de Steve Miner. 1998. U.S.A. 1h26. Avec Jamie Lee Curtis, Josh Hartnett, Adam Arkin, Michelle Williams, LL Cool J, Jodi Lyn O'Keefe, Adam Hann-Byrd, Janet Leigh, Joseph Gordon-Levitt, Nancy Stephens.

Sortie salles France: 9 dĂ©cembre 1998. U.S: 5 AoĂ»t 1998

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 18 Juin 1951 Ă  Westport, dans le Connecticut. 1981: Le Tueur de Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce HĂ©ros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (tĂ©lĂ©-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (tĂ©lĂ©-film). 2006: Scarlett (tĂ©lĂ©-film). 2007: Day of the Dead.


17 ans après l'estimable sĂ©quelle de Rick RosenthalSteve Miner, habile artisan de sĂ©rie B aussi mĂ©ritoire que son homologue, rend un ultime hommage Ă  une saga trop longtemps rĂ©duite Ă  l'ornière (si on Ă©pargne l'incroyable vilain petit canard: Halloween 3, le Sang du Sorcier). Ainsi, de par la prĂ©sence de la Scream Queen Jamie Lee Curtis, les retrouvailles avec son frère psychotique fulminent hĂ©roĂŻquement Ă  travers un habile dosage d'angoisse, de tension et de suspense horrifiques. Et ce sous l'impulsion d'un montage aussi habile qu'ultra dynamique. Le pitch20 ans après les tristes Ă©vènements d'Hadonfield, Laurie Strode tente de se reconstruire grâce Ă  sa fonction de directrice de collège dans une bourgade Californienne. Mère chĂ©rissante entièrement vouĂ©e Ă  protĂ©ger son fils de 17 ans, elle est obnubilĂ©e par la crainte de voir rĂ©apparaĂ®tre Ă  tous moments son frère Michael Myers. Sa paranoĂŻa et sa psychose vont lui donner raison si bien que le Mal est Ă  nouveau dĂ©libĂ©rĂ© Ă  daigner se venger de la manière la plus expĂ©ditive ! A savoir, tenter d'exterminer sa soeur après sa dĂ©faite en 1981 !


Après trois Ă©pisodes consĂ©cutifs aussi bien inutiles que famĂ©liques (l'opus 4, 5, et 6), nous Ă©tions en droit de craindre une vaine redite avec ce 7è volet prĂ©sageant un nouveau massacre rĂ©cursif. Pour autant, par l'entremise d'un cinĂ©aste mineur pour autant douĂ© en terme de savoir-faire frissonnant, et avec le retour de notre babysitter attitrĂ©e, Halloween H20 cultive une fascinante attractivitĂ© pour tous fans de la franchise, aussi inĂ©gale et (si) redondante fusse-t'elle autrefois. A l'arrivĂ©e, cette dĂ©clinaison prĂ©alablement cĂ©lĂ©brĂ©e en grande pompe constitue simplement l'un des meilleurs slashers des annĂ©es 90 en mĂŞme temps qu'un des Ă©pisodes les plus percutants de la saga ! Tant et si bien que Steve Miner s'est montrĂ© assidu Ă  essayer d'honorer le travail notable de Carpenter entrepris 20 ans plus tĂ´t (mĂŞme si l'action prime largement au dĂ©triment de la suggestion). Dès le prologue, sobre mais quelque peu tendu de par son angoisse diffuse, un hommage respectueux est imparti auprès de sa rĂ©alisation chiadĂ©e car utilisant Ă  bon escient la gestion de l'espace et du cadre au sein d'une unitĂ© de lieu taciturne. Le rĂ©alisateur appliquera d'ailleurs cette règle de la suggestion et de l'expectative d'une mort prochaine durant une bonne partie du mĂ©trage.


D'autre part la prĂ©sence (aussi iconique) de Jamie Lee Curtis en mère vindicative (aujourd'hui avinĂ©e !), Ă  nouveau dĂ©terminĂ©e Ă  affronter son pire cauchemar s'avère une idĂ©e de dĂ©part allĂ©chante afin d'exorciser ses dĂ©mons internes (notamment son penchant pour l'alcool !). Le rĂ©alisateur accordant une attention Ă  Ă©toffer sa caractĂ©risation humaine en mère castratrice, obsĂ©dĂ©e Ă  l'idĂ©e de protĂ©ger son fils. Alors que les parents fuyaient l'Ă©ducation de leur rejeton lors du premier volet, Laurie Stroode demeure ici entièrement vouĂ©e Ă  sauvegarder et choyer son chĂ©rubin, bientĂ´t exposĂ© au stade de sa majoritĂ©. Avec une efficacitĂ© modeste, Steve Miner s'attache donc Ă  nous dĂ©crire leur relation conflictuelle (quand bien mĂŞme Michael rode aux alentours !), et ce jusqu'Ă  ce que John improvise un subterfuge Ă  sa mère afin de batifoler entre amis dans une demeure isolĂ©e. C'est Ă  ce moment propice, favorable aux prochaines exactions meurtrières, que la terreur investira les lieux avec l'Ă©mergence de notre boogeyman plus revanchard et brutal que jamais ! Car mĂŞme si le hors-champs est souvent prĂ©conisĂ©, certaines mises Ă  mort s'avèrent parfois cruelles et rĂ©alistes ! Sans outrance ou facilitĂ©, la rĂ©alisation va habilement exploiter nombre de situations rebattues en misant sur le suspense escomptĂ©, les clines d'oeil, l'efficience du montage rĂ©solument nerveux et son attrait homĂ©rique qui en dĂ©coule irrĂ©mĂ©diablement. Et le point d'orgue homĂ©rique de rĂ©itĂ©rer la mĂŞme formule sans pour autant faire sombrer l'entreprise dans l'esbroufe improbable en se focalisant sur la pugnacitĂ© revancharde d'une Jamie Lee Curtis plus opiniâtre que jamais ! Tant et si bien que pour le coup, Michael Myers n'a aucune chance de revenir lors d'un prochain Ă©pisode infructueux Spoil ! de par sa condition dĂ©membrĂ© ! Fin du Spoil


EntrecoupĂ© d'habiles clins d'oeil aux 2 premiers volets (mais aussi Ă  certaines oeuvres iconiques parmi lesquelles Psycho, le Tueur du Vendredi ou Scream !), superbement photographiĂ© au sein d'une atmosphère d'angoisse palpable avant de cĂ©der aux estocades Ă©peurantes, Halloween H20 se dĂ©cline en excellente surprise car redorant le blason d'une saga triviale facilement mercantile. Sous l'impulsion notable de Jamie Lee Curtis, ce psycho-killer rĂ©solument ludique parvient en toute efficacitĂ© Ă  redynamiter le (sous-)genre de par la probitĂ© du sympathique faiseur Steve Miner (notamment en y soignant ses chaleureux dĂ©cors domestiques et naturels au sein d'une paisible bourgade). Et ce en dĂ©pit ce quelques facilitĂ©s (usuelles au slasher), clichĂ©s et jump scares inutiles parfois palliĂ©s d'une dĂ©rision bienvenue. Et plus les annĂ©es voguent, plus Halloween H20 approche une charmante patine rĂ©tro !

* Bruno
29.10.20. 3èx
19.07.12. 148 v

mercredi 28 octobre 2020

Le Bateau de la Mort

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Death Ship" de Alvin Rakoff. 1980. Angleterre. 1h33. Avec George Kennedy, Richard Crenna, Nick Mancuso, Sally Ann Howes, Kate Reid, Victoria Burgoyne, Jennifer McKinney, Danny Higham, Saul Rubinek, Murray Cruchley.

Sortie salles France: 2 Juillet 1980 (Int - 13 ans).

FILMOGRAPHIE:  Alvin Rakoff est un rĂ©alisateur canadien nĂ© le 6 FĂ©vrier 1927 Ă  Toronto.
1958: Passeport pour la Honte, 1959: Larry, agent secret, 1960: Vendredi 13 Heures, 1970: Hoffmann, 1971: Say Hello to Yesterda, 1979: CitĂ© en feu, 1980: Accroche toi j'arrive, 1980: Le Bateau de la mort.


"Le souffle noir du paquebot maudit"
Les scĂ©naristes Jack Hill (rĂ©alisateur de Coffy) et David P. Lewis s’inspirent ici d’une lĂ©gende sĂ©culaire — celle du Hollandais volant et de ses flibustiers spectres — qu’ils rĂ©actualisent dans une Ă©poque contemporaine pour mettre en lumière les exactions d’un vaisseau fantĂ´me rĂ©solument photogĂ©nique : une incroyable masse noire, filmĂ©e sous toutes ses coutures derrière un crĂ©puscule magnĂ©tique.

Le pitch : Ă  la suite d’une collision mortelle entre deux bateaux — l’un accueillant des touristes pour une croisière festive, l’autre dĂ©pourvu de toute identitĂ© — un groupe de rescapĂ©s embarque sur un paquebot mystĂ©rieusement vidĂ© de ses passagers… et de son gouvernail. Très vite, des Ă©vĂ©nements inexpliquĂ©s, et bientĂ´t meurtriers, vont venir les hanter.

Modestement rĂ©alisĂ©, sans une once de prĂ©tention, Le Bateau de la mort dĂ©veloppe un scĂ©nario linĂ©aire transcendĂ© par un charme bis irrĂ©sistible : ambiance morbide dĂ©licieusement atmosphĂ©rique, seconds couteaux charismatiques (Richard Crenna, George Kennedy), et surtout cette aura ombrageuse infiltrĂ©e dans les entrailles du paquebot rouillĂ©. On y effleure les thèmes du nazisme et du vampirisme Ă  travers l’immoralitĂ© de SS ressuscitĂ©s, sous l’emprise d’un vaisseau affamĂ© de sang pour assurer sa rĂ©gĂ©nĂ©ration. TirĂ© par les cheveux ? Peut-ĂŞtre. Mais ici, la logique cède devant l’envoĂ»tement, tant la scĂ©nographie sĂ©pulcrale — coursives, soutes, chaudières — fait du navire un personnage Ă  part entière.

Le premier meurtre sidère par sa cruautĂ©, Ă  la fois abrupte et suffocante : un homme suspendu par les pieds est ballottĂ© dans les airs avant de sombrer, noyĂ©, dans les eaux glacĂ©es. Cette sĂ©quence, tendue comme une corde prĂŞte Ă  rompre, joue sur un sadisme latent : pourra-t-il se libĂ©rer, s’Ă©chapper, vaincre sa condition ? Pendant ce temps, les passagers, eux, dĂ©ambulent Ă  l’aveugle dans les couloirs opaques d’un vaisseau hantĂ©, tandis qu’un capitaine rescapĂ© semble glisser lentement sous l’influence d’une force invisible. Dès lors, la panique gangrène les esprits de ces naufragĂ©s enfermĂ©s dans un Ă©crin de tĂ©nèbres, cernĂ©s par des phĂ©nomènes aussi inexplicables qu’inquiĂ©tants : tĂ©lĂ©phone qui sonne dans le vide, Ă©lectrophone qui joue seul du jazz spectral, chuchotements d’outre-tombe rĂ©sonnant dans les murs, baignoire suintante de sang, tuyauteries assassines et corps suppliciĂ©s.

Les effets chocs — d’autant plus cruels — bĂ©nĂ©ficient d’un soin rare dans les dĂ©cors : rouille suintante, toiles d’araignĂ©e filant les parois, chambres froides blafardes saturĂ©es de cadavres empalĂ©s sur des crochets de boucher… Une horreur palpable rampe Ă  travers les cloisons, jusqu’Ă  ces machines industrielles aux proportions dĂ©mentes, veines battantes du monstre maritime. La mise en scène exploite chaque recoin du paquebot avec une efficacitĂ© immersive indĂ©niable, malgrĂ© une psychologie des personnages sommaire et quelques facilitĂ©s scĂ©naristiques. Mais qu’importe : c’est dans cette imperfection mĂŞme que rĂ©side tout le charme bis, que les amateurs Ă©voqueront avec une certaine nostalgie.


"Quand le paquebot devient goule"
Car en dĂ©pit de sa minceur narrative, Le Bateau de la mort impose une ambiance horrifique oĂą l’aura malsaine ne se dissipe jamais. Certaines scènes — le meurtre inaugural, la femme piĂ©gĂ©e sous la douche, le filet de pĂŞche gorgĂ© de cadavres liquĂ©fiĂ©s — marquent durablement les esprits par leur cruditĂ© graphique. Une sĂ©rie B ancienne Ă©cole, visuellement impressionnante, au souffle sĂ©pulcral et Ă  l’Ă©trangetĂ© cauchemardesque, qui mĂ©rite d’ĂŞtre redĂ©couverte par les âmes Ă©garĂ©es en quĂŞte d’effroi. Classique au demeurant. 

Note : un remake nullissime (pardonnez mon emportement) fut rĂ©alisĂ© en 2001 par Steve Beck. L’ambiance, colonne vertĂ©brale du film originel, y est Ă©vacuĂ©e au profit d’effets spĂ©ciaux pĂ©taradants et sans âme.

*Bruno
26.05.25. 5èx. vost
28.10.20. 
22.01.11.  

mardi 27 octobre 2020

Birth

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jonathan Glazer. 2004. U.S.A. 1h40. Avec Nicole Kidman, Cameron Bright, Danny Huston, Lauren Bacall, Anne Heche, 

Sortie salles France: 3 Novembre 2004

FILMOGRAPHIEJonathan Glazer est un rĂ©alisateur anglais de vidĂ©os-clips, de publicitĂ©s et de longs mĂ©trages, nĂ© en 1965. 2000 : Sexy Beast. 2004 : Birth. 2013 : Under the Skin. 


                         "L'amour ne se dĂ©finit pas, ça se ressent, ça se vit. C'est une Ă©vidence."

Traitant de la métempsychose avec une pudeur subtile eu égard à l'impossible romance entre un garçonnet de 10 ans et une jeune trentenaire (non, non, attendez, ne fuyez pas), Birth demeure un modèle de mise en scène épurée. Même si les mauvaises langues et autres rigoristes feront probablement allusion au thème de la pédophilie tacite à travers l'évolution morale de ce couple en ascension amoureuse. Notamment à travers deux séquences dérangeantes mais tout à fait justifiées et surtout traitées avec tact pour ne pas se complaire ni s'écarter du sujet (j'évoque la scène du bain puis celle du baiser nocturne échangé au coin d'une rue). Il ne s'agit donc pas de pédophilie ici puisque l'héroïne n'éprouve aucune attirance sexuelle pour l'enfant.

Hypnotique, élégant et envoûtant par le travail de la réalisation chiadée, scrutant les regards des protagonistes avec une attention symétrique, Birth fait presque office d'expérience de cinéma à travers son intensité dramatique bouleversante. Le réalisateur Jonathan Glazer cultive cette trouble romance sous l'impulsion d'un jeu d'acteurs au diapason, tant auprès de la présence ténue de Nicole Kidman (peut-être LE rôle de sa carrière. Si, si !) en défunte épouse accablée par le deuil, le doute et l'espoir. Son incroyable jeu nuancé provoque chez nous une empathie fortement éprouvée, tant et si bien que Jonathan Glazer parvient fréquemment à capter le non-dit à travers ses plans fixes serrés, en s'attardant sur son regard infiniment pensif.

Sur ce point, Birth demeure rigoureusement passionnant à travers le brio de sa mise en scène hitchcockienne (notamment par l'orchestration de sa partition symphonique, tantôt douce, tantôt grave), truffée de séquences emphatiques aussi magistrales qu'ensorcelantes (combien de fois ai-je souhaité rembobiner un moment vigoureux inscrit dans la banalité quotidienne). Outre la présence gracile de Kidman à la force d'expression si mesurée, le petit Cameron Bright se taille une carrure de revenant juvénile avec une finesse naturelle dans sa faculté d'osciller entre doute et quiétude, à travers son amour inné pour l'être aimé. Ainsi, sa conviction désarme le spectateur, qui scrute ses moindres expressions et gestes avec une interpellation aussi confuse que celle de Kidman elle-même. Car c'est bien une puissante histoire d'amour que nous inflige le réalisateur auprès de ces deux êtres autrefois déchirés par l'aléa du trépas, mais aujourd'hui de nouveau réunis afin de renouer avec leurs fulgurants sentiments.

Et ce, sans s'appesantir sous l'ombre du ridicule ! On peut donc parler de prouesse dans cette direction d'acteurs hors pair et dans sa réalisation millimétrée, sans fioriture. Car cette passion dévorante pour l'être aimé, aujourd'hui confondu dans un corps d'enfant, Jonathan Glazer la transcende avec une audace mesurée. Tant auprès de ce duo infortuné se courtisant avec autant de timidité que de crainte et de cran (toujours dépouillée dans l'art et la manière de filmer leurs rapports interdits), que des seconds rôles en émoi face à tant d'incompréhension autour du thème (évidemment discutable selon nos croyances ou notre athéisme) de la réincarnation.

Que l'on croit ou non à ce récit spirituel laissant finalement planer le doute par le biais d'un rebondissement délibérément équivoque, Birth laisse une marque indélébile dans l'encéphale, tant il énonce avec grâce et pudeur une romance trouble, traversée par une faiblesse morale. Magnifiquement réalisé et interprété, cette œuvre maudite (du fait de sa discrète réputation et de sa sortie confidentielle) traite donc de la passion amoureuse avec une acuité mélancolique capiteuse, à travers le regard aussi bien incandescent qu'évanescent de la divine Nicole Kidman (probablement LE rôle de sa vie, j'insiste encore). Il y émane une sublime romance déchue tendant à nous suggérer que l'amour le plus épuré résiste au-delà du temps et du trépas, quitte à ébranler l'être aimé lors d'une controverse en suspens.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
2èx

Ci-joint en exclusivité, la critique de Martin Romerio (également disponible chez Senscritique.com)

Je suis satisfait.
Je viens de tomber sur un film majeur des annĂ©es 2000 hier soir. Un film qui vous fait changer vos tops 10 dans la demi-heure qui suit la projection. N’y allons pas par 4 chemins, Birth est une quasi perfection, un film magnifique qui tient sans aucun problème son statut de brique dans l’histoire du cinĂ©ma au mĂŞme titre que « Vertigo » de Hitchock, « Viridiana » de Buñuel ou « Les contrebandiers de Moonfleet » de Fritz Lang ; autant de films qui ont une parentĂ©* dĂ©sarmante avec le petit chef d’Ĺ“uvre de Jonathan Glazer.

« Birth » se pitche hyper facilement : C’est l’histoire d’une nana, jeune veuve, qui rencontre un jour un petit garçon de 10 ans lui affirmant n’ĂŞtre autre que le mari dĂ©cĂ©dĂ©… Il y a 10 ans.

Ce principe de base se dĂ©roule quasiment sans surprises : amusement, dĂ©ni, lutte, trouble, etc… Rien Ă  attendre d’original de ce cĂ´tĂ©-lĂ . En fait, c’est mĂŞme complètement l’inverse, le rĂ©alisateur issu de la pub et du clip nous une narration d’un classicisme frondeur qui pourrait rappeler le nouvel Hollywood et des choix de grammaire simples et très efficaces.

Exemples :
- Les zones d’ombres sous le pont qui marquent le passage de vie Ă  trĂ©pas.
- L’apparition de Nicole Kidmann dans un couloir, uniquement Ă©clairĂ©e par les bougies du gâteau qu’elle transporte sous les yeux du petit garçon.
- Rythme général lent et élégant.

Une mise en scène Ă  la fois hyper significative au sens classique (direction photo dictĂ©e par des nĂ©cessitĂ©s symboliques) et pur qui constituent une parfaite digestion du drama Hollywoodien. Ainsi la rĂ©surrection Ă©trange et dissonante de l’histoire (le mĂŞme revient, mais diffĂ©rent et anachronique se retrouve Ă  l’Ă©cran pour le spectateur qui a devant lui un théâtre qui ressemble Ă  du Hitchcock ou du Mankiewicz mais qui est trouĂ© par certaines audaces plus contemporaines (le long plan fixe sur le visage de Nicole Kidmann qui pleure Ă  l’opĂ©ra). Tout est de bon goĂ»t : photo, montage, musique et montage son...

Si on s’arrĂŞtait lĂ , on aurait un film Ă  la James Gray bien ficelĂ© sans plus.

Toute la beautĂ© du travail de Glazer se rĂ©vèle au compte-goutte, s’impose Ă  chaque plan toujours plus. Le malaise commence de manière classique avec des silences dans les dialogues, des scènes gĂ©nĂ©rale de nuit avec Ă©clairage d’intĂ©rieur teintĂ© de jaune. Les personnages principaux sont issus de la classe bourgeoise New-Yorkaise et leur stature ainsi que les costumes crĂ©ent dĂ©jĂ  un pont avec quelque chose de mortuaire. Les sons sont assourdis par les tentures et la moquette, les corps figĂ©s dans leurs attitudes maniĂ©rĂ©es et engoncĂ©s dans des ensembles sombres. La morbiditĂ© du film ne vient pas tant des morts qui reviennent que des vivants qui semblent n’attendre que la mort.

Lorsque le mort revient, nous sommes alors dans cette zone chère Ă  la fiction qui ouvre les possibles et ravive l’imaginaire. La rĂ©surrection de Birth, c’est justement la vie qui va lutter pour rĂ©intĂ©grer l’image, l’amour d’un enfant qui vient concurrencer les projets de mariage administratifs des adultes (le mort ressuscitĂ©). La rĂ©surrection, c’est aussi l’inversion : la source mĂŞme du fantastique, voire de l’horreur (« Le prince des tĂ©nèbres » de Carpenter Ă  ce sujet est emblĂ©matique). L’inversion crĂ©e le malaise, l’inquiĂ©tante Ă©trangetĂ© pour le spectateur qui se trouve confrontĂ© Ă  des incohĂ©rences malsaines :

- Le passage de la mort Ă  la vie

- L’amour conjugal d’un enfant pour une femme

- La colère de l’adulte et le flegme de l’enfant

- Les pleurs des adultes contre le stoĂŻcisme de l’enfant

Ainsi Glazer a mis en place son théâtre d’ombres dĂ©calĂ©es et l’histoire va suivre son chemin avec quelques scènes mĂ©morables (la colère de l’amant, jaloux de l’enfant ; une scène de bain Ă  la fois Ă©rotique et malaisante…). Tout ça pour arriver sur un dernier quart d’heure avec une sorte de twist qui en fait reboucle avec l’incipit mais d’une manière, il faut l’avouer, pas hyper claire ni adroite. Nous touchons lĂ  le seul dĂ©faut du film avec peut ĂŞtre aussi quelques petites lenteurs par endroits.

Ce twist, on s’en fiche un peu en fait. On s’en fiche par ce que ce qu’il rĂ©vèle, le film nous l’avait dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lĂ©. Une rĂ©vĂ©lation au sens profond du terme. Il n’est donc pas besoin de spoiler pour expliquer que la raison d’ĂŞtre du film de Glazer, c’est l’exploration de la possibilitĂ© de l’amour inconditionnel.

L’amour inconditionnel dĂ©passe toute condition, et pourtant il faut en explorer la possibilitĂ© pour pouvoir compter dessus.

L’amour des adultes est un amour de cadavre, un amour qui se dit avec le sourire avant d’aller Ă  l’opĂ©ra, autour d’une table sous les yeux des patriarches. L’amour des adultes, c’est celui qui peut mentir, celui qui brise les apparences pour nourrir toujours plus l’autosatisfaction de chaque partenaire.

L’amour de Sean, le petit garçon, est un amour dĂ©cidĂ©, brĂ»lant, un amour qui ouvre les portes et renverse les familles. Un amour si persuasif qu’il entraĂ®nera la femme avec lui. Un amour qui l’emprisonnera jusqu’au bout. On dĂ©couvre alors que le vrai miracle du film n'est pas tant le retour des morts parmis des vivants bien ternes, mais l'Ă©mergence mĂŞme de l'amour dans cet univers.

Dernière phase du processus : un personnage comprend que l’amour est avant tout un acte. L’acte d’un sujet. Certes l’existence de l’Amour nĂ©cessite de s’offrir totalement Ă  l’autre mais elle nĂ©cessite Ă©galement de renverser son propre principe de perception : ne pas nourrir l’amour de l’intĂ©rieur masi intĂ©grer la perception de l’autre dans le rapport potentiellement amoureux.

Final : impossible de statuer sur la possibilitĂ© de l’amour inconditionnel pour cette fois. Mais le cinĂ©ma nous a donnĂ© l’envie d’y croire. Une foi.

Comme dans un Minelli, Nicole Kidman est la prisonnière des rĂŞves de l’autre, que ce soit d’un enfant, de son amant, du fantĂ´me de son mari. La rĂ©alitĂ© dans tout ça n’est qu’un fil qui ne compte plus. On ne s’Ă©chappe jamais totalement du rĂŞve d’un autre.

* Vertigo : l'inquiétante étrangeté de celui-qui revient de la mort en étant le même... mais différent.

Les contrebandiers de Moonfleet : L'enfant qui trouve dans les entrailles de la Terre le secret du monde adulte

Bunuel : sexualisation de la situation, Jean claude Carrière au scenar, des décors intérieurs sombres et chargés de circonvolutions.

Martin ROMERIO
9/10

lundi 26 octobre 2020

Grande Bagarre de Don Camillo (la)

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Don Camillo e l'onorevole Peppone" de Carmine Gallone. 1955. France/Italie. 1h38. Avec Fernandel, Gino Cervi, Leda Gloria, Carlo Duse, Umberto Spadaro, Memmo Carotenuto, Marco Tulli.

Sortie salles France: 18 Novembre 1955

FILMOGRAPHIE PARTIELLECarmine Gallone est un rĂ©alisateur italien nĂ© le 10 septembre 18851 Ă  Taggia dans la province d'Imperia (Ligurie) et mort le 11 mars 1973 Ă  Frascati.1913 : Le Baiser de Cyrano. 1914 : La Femme nue. 1914 : La Marche nuptiale. 1917 : Histoire des Treize. 1920 : Le Colonel Chabert. 1926 : Les Derniers Jours de PompĂ©i. 1927 : Celle qui domine. 1928 : L'Enfer d'amour. 1929 : Terre sans femmes. 1930 : La Ville des mille joies. 1931 : City of Songs. 1931 : Ma cousine de Varsovie. 1931 : Un soir de rafle. 1932 : Le Chant du marin. 1932 : Un fils d'AmĂ©rique. 1932 : Le Roi des palaces. 1934 : Two Hearts in Waltz Time . 1934 : Mon cĹ“ur t'appelle. 1935 : Casta Diva. 1937 : Scipion l'Africain 1938 : Giuseppe Verdi. 1939 : Marionnette. 1940 : Manon Lescaut. 1940 : Melodie eterne. 1942 : Les Deux Orphelines. 1943 : Harlem. 1946 : Rigoletto. 1948 : La leggenda di Faust. 1949 : Il trovatore. 1950 : La forza del destino. 1950 : Taxi de nuit. 1951 : Messaline. 1953 : Cavalleria rusticana. 1953 : Puccini. 1954 : Casta Diva. 1954 : La Maison du souvenir. 1954 : Madame Butterfly. 1955 : La Grande Bagarre de don Camillo. 1955 : La Fille de Mata Hari. 1956 : Michel Strogoff. 1956 : Tosca. 1960 : Carthage en flammes. 1961 : Don Camillo Monseigneur. 1963 : Carmen 63. 


"Une amitié qui dure et ne vieillit pas c'est quelque chose d'extraordinaire."
Avec ce nouvel opus de la saga Don Camillo plĂ©biscitĂ© par 5 087 231 entrĂ©es en France, Julien Duvivier cède cette fois-ci sa place au rĂ©alisateur Carmine Gallone, habile artisan transalpin. 3è volet au titre oh combien vendeur, la Grande bagarre de Don Camillo continue Ă  nouveau de nous enthousiasmer Ă  travers l'affrontement rĂ©cursif de Peponne / Don Camillo. Et si ce nouvel opus demeure moins subtil et passionnant qu'au prĂ©alable, il n'en demeure pas moins une excellente comĂ©die sublimĂ©e une fois de plus du duo antinomique susnommĂ©. Le pitch illustrant le projet politique de PĂ©ponne Ă  devenir dĂ©putĂ© contre l'avis de son ennemi jurĂ©. Et bien que la trame s'avère moins efficace, notamment Ă  travers le schĂ©ma Ă©culĂ© des pugilats des 2 compères, la Grande bagarre de Don Camillo amuse sans modĂ©ration sous l'impulsion de Fernandel et de Gino Cervi toujours aussi Ă  l'aise pour jouer les amis dĂ©testables de manière Ă  la fois fulminante et goguenarde. 

La rĂ©ussite de cette attachante saga Ă©manant de ce judicieux Ă©quilibre entre leurs sentiments d'amitiĂ© et de solidaritĂ© (oh combien indĂ©fectibles), de jalousie, de colère et de vengeance, avec au bout du cheminement de la rĂ©conciliation une chaleur humaine prĂ©gnante. A l'instar de ce final Ă©tonnamment poignant (dans la violence des sentiments que Fernandel exprime de façon tranchĂ©e Ă  son compère) qui Ă©meut le spectateur avec toujours autant de franchise et de vigueur. Et ce mĂŞme si ce 3è opus parait moins authentique, moins travaillĂ© Ă  travers ses ressorts Ă©prouvĂ©s (notamment auprès de l'inventivitĂ© moins prononcĂ©e des dialogues). Mais ne boudons pas notre plaisir car La Grande bagarre de Don Camillo possède suffisamment de scĂ©nettes tendres et cocasses pour emporter la mise, mĂŞme si la qualitĂ© majeure de ce 3è opus dĂ©coule de la complĂ©mentaritĂ© infaillible de notre duo d'acteurs aujourd'hui proverbial. Tant et si bien qu'on ne se lasse pas de revoir les trois premiers volets de Don Camillo Ă  travers cette photo monochrome attendrissante de par sa doucereuse poĂ©sie champĂŞtre. 

Ci-joint les chroniques des antécédents opus:

*Bruno
3èx

jeudi 22 octobre 2020

La carapate

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de GĂ©rard Oury. 1978. France. 1h40. Avec Pierre Richard, Victor Lanoux, Raymond Bussières, Jean-Pierre Darras, Yvonne Gaudeau, Jacques Frantz, Claire Richard. 

Sortie salles France: 11 Octobre 1978

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez. 1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent à Plumes. La Joncque (inachevé). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: Fantôme avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.

MaĂ®tre de la comĂ©die populaire, GĂ©rard Oury n'a point Ă©garĂ© sa motivation avec La Carapate rĂ©alisĂ© en 1978. A l'arrivĂ©e, 2 923 257 entrĂ©es en France, si bien qu'il se hisse 8è au box office au grand bonheur des fans. Ainsi, cette Ă©nième aventure rocambolesque rĂ©unissant pour la 1ère fois Ă  l'Ă©cran le duo impromptu Victor Lanoux / Pierre Richard parvient donc Ă  se renouveler de par le savoir-faire d'Oury Ă©paulĂ© d'un sens du montage calibrĂ© si je me rĂ©fère aux nombreuses cours-poursuites et bastonnades qui empiètent l'intrigue. Car Ă  travers un trĂ©pidant road movie truffĂ© de rebondissements, quiproquos et revirements inventifs; La Carapate conjugue action, cascades, humour, romance et tendresse avec une efficacitĂ© factuelle. Outre la prestance toujours aussi sĂ©millante du gaffeur Pierre Richard en otage juridique, Victor Lanoux demeure Ă©tonnamment Ă  l'aise pour se prĂŞter au jeu de la dĂ©connade avec une spontanĂ©itĂ© frĂ©tillante eu Ă©gard de sa posture dĂ©linquante tantĂ´t hĂ©roĂŻque. GĂ©rard Oury se gaussant par ailleurs de la classe bourgeoise avec, en background, la rĂ©volution sociale de Mai 68 que notre duo tĂ©moignera malgrĂ© lui en esquivant les CRS. 

Le rĂ©cit s'articulant autour de la folle carapate d'un avocat (Pierre Richard) et de son client, un condamnĂ© Ă  mort (Victor Lanoux) Ă©tant parvenu Ă  s'Ă©vader lors d'une Ă©meute. Multipliant Ă  eux deux les larcins de vĂ©hicule afin de fuir la police, ils sont entraĂ®nĂ©s dans un concours de circonstances aussi infortunĂ©es que prospères, avec, au bout de leur course, une Ă©ventuelle grâce prĂ©sidentielle sous la mainmise du GĂ©nĂ©ral de Gaulle (que l'on entrevoit en sosie). GĂ©rard Oury, jamais Ă  court d'idĂ©es Ă  la fois grotesques et dĂ©bridĂ©es, enchaĂ®nant les situations les plus folingues pour divertir son public. Et ce sans se rĂ©pĂ©ter en dĂ©pit de la redondance des vols de voitures soumises aux poursuites champĂŞtres lors d'itinĂ©raires vertigineux ou catastrophiques. Ce qui nous vaut d'ailleurs en prĂ©ambule une sĂ©quence polissonne anthologique Ă  travers le streaptease d'une catin Ă  moitiĂ© nue que des automobilistes reluquent par la vitre de leur vĂ©hicule. Il est donc Ă©tonnant de constater qu'Oury s'adonne ici Ă  l'Ă©rotisme folichon dans sa pluralitĂ© des genres si bien qu'Ă  une seconde reprise (la scène de la grange convergeant vers la ferme avec l'arrivĂ©e de l'Ă©poux cocu) il se permet d'y renouer avec une dĂ©rision encore plus comique.  


ComĂ©die fulminante traversant sans accroc les Ă©preuves du temps, la Carapate suscite une bonne humeur et un rire galvanisants de par son rythme Ă©chevelĂ© et la complĂ©mentaritĂ© des acteurs très impliquĂ©s dans leur fonction de trublion pugnace. 

*Bruno
3èx

mercredi 21 octobre 2020

Le Retour de Don Camillo

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site telerama.fr

"Il ritorno di don Camillo" de Julien Duvivier. 1953. France/Italie. 1h55. Avec Fernandel, Gino Cervi, Édouard Delmont, Paolo Stoppa, Alexandre Rignault, Thomy Bourdell, Tony Jacquot. 

Sortie salles France: 5 Juin 1953. Italie: 23 Septembre 1953

FILMOGRAPHIE: Julien Duvivier est un rĂ©alisateur français, nĂ© le 8 octobre 1896 Ă  Lille et mort le 29 octobre 1967 Ă  Paris. 1967: Diaboliquement vĂ´tre.  1963 Chair de poule. 1962 Le diable et les 10 commandements. 1962 La chambre ardente. 1960 Boulevard. 1960 La grande vie. 1959 Marie-Octobre. 1959 La femme et le pantin. 1957 Pot Bouille. 1957 L'homme Ă  l'impermĂ©able. 1956 Voici le temps des assassins... 1955 Marianne de ma jeunesse. 1954 L'affaire Maurizius. 1953 Le retour de Don Camillo. 1952 La fĂŞte Ă  Henriette. 1952 Le petit monde de Don Camillo. 1951 Sous le ciel de Paris. 1950 Dernier tĂ©moin. 1949 Au royaume des cieux. 1948 Anna KarĂ©nine. 1946 Panique. 1944 Destiny (uncredited). 1944 L'imposteur. 1943 Untel père et fils. 1943 Obsessions. 1942 Six destins. 1941 Lydia. 1939 La charrette fantĂ´me. 1939 La fin du jour. 1938 Toute la ville danse. 1938 Marie-Antoinette (uncredited). 

Qu'il est bon de se replonger dans une comĂ©die d'après-guerre pĂ©trie d'innocence et de chaleur humaine Ă  travers ses valeurs universelles (amour, amitiĂ©, solidaritĂ©, pardon), tant et si bien que l'on en redemande sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique dĂ©filĂ© ! Car faisant suite aux vicissitudes du cĂ©lèbre curĂ© de campagne contre le maire Peppone, le Retour de Don Camillo demeure aussi rĂ©ussi que son modèle sous la mainmise de son initiateur, Julien Duvivier. DĂ©bordant de loufoquerie, de tendresse et d'espièglerie, on retrouve donc notre duo divergent que Fernandel et Gino Cervi immortalise Ă  renfort de rĂ©pliques aussi Ă©loquentes qu'incisives eu Ă©gard de l'inventivitĂ© des dialogues particulièrement enjouĂ©s. Redoutablement efficace autour de l'enjeu d'une digue que Peppone souhaite implanter afin de contrer les inondations, Le Retour de Don Camillo multiplie les affrontements verbaux et physiques parmi la complicitĂ© de certains villageois partisans du communisme (le parti de Peppone) ou de la cause chrĂ©tienne (si on se place du point de vue de la parole divine de Don Camillo). 


Fernandel
endossant une fois de plus sa soutane avec une spontanĂ©itĂ© fringante tant il perdure une irrĂ©sistible dĂ©rision dans celui du curĂ© toujours aussi obtus Ă  tenir tĂŞte au maire du village. Au-delĂ  de sa cocasserie habilement structurĂ©e au fil d'une intrigue pleine de rebondissements et de situations dĂ©bridĂ©es (le fameux combat de boxe oĂą Peppone puis ensuite Don Camillo s'emparent du ring pour braver le champion), le Retour de Don Camillo bĂ©nĂ©ficie d'un soin esthĂ©tique Ă©tonnant auprès de ses images oniriques d'une nature enneigĂ©e ou diluvienne. Ce qui converge au final d'une Ă©mouvante tendresse Ă  travers sa cantique pour la solidaritĂ© paysanne auprès de cette population dĂ©munie comptant sur l'esprit de cohĂ©sion Ă  travers l'homĂ©lie de Don Camillo pour s'extirper d'une catastrophe naturelle.  


Immortel car indémodable auprès du duo mythique susnommé, Le Retour de Don Camillo est un bonheur permanent à travers son savoureux condensé d'humour, de pugilats et de tendresse que cristallise toute une communauté villageoise attachée aux principes de l'amitié (si indéfectible) et de l'absolution. 10/10.

Ci-joint la chronique du Petit monde de Don Camillohttp://brunomatei.blogspot.fr/…/le-petit-monde-de-don-camil…

*Bruno
3èx

FILMO (suite): 1937 Un carnet de bal. 1937 Pépé le Moko (a film by). 1937 L'homme du jour. 1936 La belle équipe. 1936 Le golem. 1935 La bandera. 1935 Golgotha. 1934 Maria Chapdelaine. 1934 Le paquebot Tenacity. 1933 La machine à refaire la vie. 1933 Le petit roi. 1933 La tête d'un homme. 1932 La Vénus du collège. 1932 Poil de carotte. 1932 Die fünf verfluchten Gentlemen. 1932 Allo Berlin? Ici Paris ! 1931 Les cinq gentlemen maudits. 1931 David Golder. 1930 Au bonheur des dames. 1930 La vie miraculeuse de Thérèse Martin. 1929 Maman Colibri. 1929 Le miracle de la mer. 1928 Le tourbillon de Paris. 1927 L'homme à l'Hispano. 1927 Le mystère de la tour Eiffel. 1927 Le mariage de Mademoiselle Beulemans. 1927 Révélation. 1925 Poil de carotte. 1925 L'abbé Constantin. 1924 L'oeuvre immortelle. 1924 Coeurs farouches. 1924 Credo ou la tragédie de Lourdes. 1924 La machine à refaire la vie. 1923 Le reflet de Claude Mercoeur. 1922 Der unheimliche Gast. 1922 L'ouragan sur la montagne. 1922 Les Roquevillard. 1922 L'agonie des aigles (co-director). 1921 Le logis de l'horreur. 1920 La reincarnation de Serge Renaudier. 1919: Le Prix du sang.

mardi 20 octobre 2020

Ilsa, la tigresse du Goulag

                                            
                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotion.com 

"Ilsa, the Tigress of Siberia" de Jean LaFleur. 1977. Canada. 1h32. Avec Dyanne Thorne , Michel-René Labelle , Gilbert Beaumont , Jean-Guy Latour , Ray Landry.

Sortie salles France: 7 Avril 1982

FILMOGRAPHIE: Jean LaFleur est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain.
1975: La poursuite mystĂ©rieuse. 1977: Ilsa, la tigresse du Goulag


                  La chienne de SibĂ©rie refait des siennes dans un troisième opus bicĂ©phale !

Le pitch: 1953. Ilsa s'est exilĂ©e en SibĂ©rie afin de poursuivre ses travaux sadiques auprès d'une poignĂ©e de rĂ©sistants. Parmi eux, le tĂ©mĂ©raire Chiconi lui tient tĂŞte, ce qui attise sa colère par sa soif de soumission. Mais après la mort de Stalline, Ilsa et ses sbires sont contraints de quitter le camp après avoir exterminĂ© tous les prisonniers. Seul, Chiconi parvient miraculeusement Ă  s'Ă©vader. 24 ans plus tard, ce dernier se retrouve inopinĂ©ment sous l'emprise d'Ilsa au sein d'un bordel officieux. 
Troisième volet purement lucratif d'une franchise Ă  succès, Ilsa la tigresse du Goulag renoue avec le produit d'exploitation Ă  travers son dosage de sexe et de gore putassier. Don Edmonds cĂ©dant aujourd'hui sa place au canadien Jean Lafleur après avoir rĂ©alisĂ© les 2 premiers volets. De par son scĂ©nario aussi grotesque qu'indigent, ses acteurs de seconde zone Ă  la trogne bonnard et sa rĂ©alisation approximative, Ilsa... ne parvient pas Ă  Ă©muler le 1er volet restĂ© dans toutes les mĂ©moires pour son mauvais goĂ»t assumĂ© de Nazisploitation crapoteux. Pour autant, avec indulgence et avec l'inĂ©vitable condition de l'approcher au second degrĂ©, ce 3è opus (alternant 2 Ă©poques distinctes pour se dĂ©marquer de la routine) s'avère gentiment sympa en dĂ©pit d'une structure narrative terriblement prĂ©mâchĂ©e.


Ainsi, la première partie, la plus ludique, nous livre son lot de traditionnelles tortures d'un rĂ©alisme parfois cruel et impressionnant (le bras de fer Ă  la tronçonneuse, la noyade dans l'eau glacĂ©e avec l'appui de deux treuils, la tĂŞte Ă©crabouillĂ©e par une massue, le dĂ©tenu bouffĂ© par un tigre). Et ce en y exploitant efficacement sa nature rĂ©solument rĂ©frigĂ©rante, scĂ©nographie complice ritualisĂ©e d'une succession de tortures inventives en accord avec son climat hivernal. Quand bien mĂŞme le second acte oscillant espionnage, sexe, gore, action et science-fiction insuffle un futile sentiment de distraction eu Ă©gard de la condition soumise de Chiconi Ă  nouveau retenu otage chez le nouveau fief d'Ilsa pour lui opĂ©rer un lavage de cerveau (dĂ©cupler ses terreurs intimes pour mieux l'asservir Ă  l'aide d'une machine rĂ©volutionnaire). Et pour pimenter l'intrigue fatalement Ă  bout de souffle Ă  force d'y rĂ©pĂ©ter le mĂŞme schĂ©ma, les Ă©missaires du père de Chiconi sont sur le point de lancer un assaut au sein du repère d'Ilsa. Ce qui nous vaut un dernier acte multipliant gunfights sanglants et poursuites en motoneige au coeur d'une nature rĂ©frigĂ©rante (sorte de James Bond Z en mode horrifique). Enfin, et pour terminer sur une note "olĂ© olĂ©", on apprĂ©cie le retour surjouĂ© de l'illustre Dianne Thorne  dĂ©voilant comme de coutume sa poitrine opulente Ă  maintes reprises pour le bonheur des fans Ă©grillards. 


DĂ©nuĂ© d'une once d'intensitĂ© dramatique et de suspense progressif, faute d'une intrigue inepte aux enjeux dĂ©risoires, Ilsa la tigresse du Goulag compte exclusivement sur l'action, le sexe et le gore pour divertir un public volontiers voyeur et complice des activitĂ©s lubriques de Dianne Thorne jamais Ă  court de fantaisie licencieuse pour y parfaire ses exactions tortionnaires. Sympatoche bien que dispensable, on regrette tout de mĂŞme la force dramatique de son 1er opus scandaleusement dĂ©viant, maladif et putanesque. 

*Bruno
3èx
20.10.20
2016: 192 V

lundi 19 octobre 2020

Sans toit ni loi. Lion d'Or, Venise, 86.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

d'Agnès Varda. 1985. France. 1h45. Avec Sandrine Bonnaire, Macha Méril, Stéphane Freiss, Yolande Moreau, Marthe Jarnias

Sortie salles France: 4 Décembre 1985

FILMOGRAPHIEAgnès Varda (Arlette Varda) est une photographe, rĂ©alisatrice de cinĂ©ma et plasticienne française, nĂ©e le 30 mai 1928 Ă  Ixelles (Belgique), dĂ©cĂ©dĂ© le 29 mars 2019 Ă  Paris, . 1955 : La Pointe courte. 1962 : ClĂ©o de 5 Ă  7. 1965 : Le Bonheur. 1966 : Les CrĂ©atures. 1969 : Lions Love. 1977 : L'une chante, l'autre pas. 1981 : Documenteur. 1985 : Sans toit ni loi. 1987 : Jane B. par Agnès V. 1987 : Kung-fu Master. 1991 : Jacquot de Nantes. 1995 : Les Cent et Une Nuits de Simon CinĂ©ma. 

Je ne sais pas (/plus) trop quoi penser de cette oeuvre auteurisante signĂ©e Agnès Varda de par sa rĂ©alisation personnelle faisant parfois intervenir certains acteurs s'exprimant face Ă©cran pour dĂ©clarer leur point de vue sur la situation sociale de l'hĂ©roĂŻne (je n'ai pas compris ce parti-pris expĂ©rimental). Qui plus est, la plupart des comĂ©diens non professionnels dĂ©livrent un jeu timorĂ© Ă  travers leurs expressions tantĂ´t hĂ©sitantes, tantĂ´t maladroites. L'intrigue sans surprise se laisse suivre sans dĂ©plaisir (Mona, jeune marginale flâneuse, vagabonde dans les contrĂ©es champĂŞtres en se faisant hĂ©berger chez quelques citadins) jusqu'Ă  son Ă©pilogue tragique particulièrement rigoureux (que Varda avait choisi de divulguer dès le prĂ©ambule). On aurait peut-ĂŞtre aimĂ© un peu plus d'intensitĂ©, d'Ă©nergie et de tendresse (explicite) durant le parcours moral de Mona assez peu empathique et attendrissante Ă  travers ses humeurs versatiles. Agnès Varda s'attachant derrière ses frasques Ă  mettre en exergue les prĂ©jugĂ©s, les commĂ©rages d'une population jugeant la marginalitĂ© de manière aussi expĂ©ditive que primaire, prioritairement après de la classe bourgeoise. A dĂ©couvrir d'un oeil curieux, surtout pour l'interprĂ©tation spontanĂ©e de Sandrine Bonnaire fraĂ®chement convaincante en SDF paumĂ©e dĂ©nuĂ©e de dessein. 


*Bruno
2èx

Récompenses

1985: Mostra de Venise: Lion d'or. 
Prix FIPRESCI
1986: CĂ©sar de la Meilleure actrice: Sandrine Bonnaire
LAFCA Awards: Meilleure actrice: Sandrine Bonnaire
Meilleur film en langue étrangère
Prix Méliès: Meilleur film (ex-æquo avec Michel Deville pour Péril en la demeure)

vendredi 16 octobre 2020

Le SamouraĂŻ

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean-Pierre Melville. 1967. France/Italie. 1h45. Avec Alain Delon, François Périer, Nathalie Delon, Cathy Rosier, Jacques Leroy, Michel Boisrond, Robert Favart.

Sortie salles France: 25 Octobre 1967

FILMOGRAPHIE: Jean-Pierre Melville, né Jean-Pierre Grumbach le 20 octobre 1917 à Paris et mort le 2 août 1973 à Paris, est un réalisateur et scénariste français. 1946 : Vingt-quatre heures de la vie d'un clown (court-métrage). 1947 : Le Silence de la mer. 1950 : Les Enfants terribles. 1953 : Quand tu liras cette lettre. 1955 : Bob le flambeur. 1959 : Deux hommes dans Manhattan. 1961 : Léon Morin, prêtre. 1962 : Le Doulos. 1963 : L'Aîné des Ferchaux. 1966 : Le Deuxième Souffle. 1967 : Le Samouraï. 1969 : L'Armée des ombres. 1970 : Le Cercle rouge. 1972 : Un flic.


Il n'y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraĂŻ si ce n'est celle du tigre dans la jungle, peut-ĂŞtre...
Grand classique du polar français natif des annĂ©es 60, Le SamouraĂŻ fait finalement office d'oeuvre atypique Ă  travers le personnage iconique d'Alain Delon en tueur Ă  gage taciturne, placide et impassible, et ce derrière une apparence tĂ©nue si je me rĂ©fère Ă  son imper et son chapeau imberbes. Car illuminant l'Ă©cran de sa prĂ©sence d'ange dĂ©monial, Delon y dresse le profil d'un anti-hĂ©ros Ă©nigmatique Ă  travers sa solitude aphone (il vit dans un appart terne et blafard avec comme unique compagnon un volatile encagĂ©) et son soudain revirement sentimental pour une afro pianiste l'ayant disculpĂ© d'un meurtre quelques instants plus tĂ´t Ă  la suite d'un interrogatoire policier. Ainsi, l'intrigue d'apparence classique (un tueur Ă  gages est contraint de se venger de son organisation après y avoir Ă©tĂ© trahi, quand bien mĂŞme la police en filature est sur le point de l'alpaguer une ultime fois) est transcendĂ©e par la rigueur de la mise en scène de Melville

MaĂ®tre incontestĂ© du polar français structurant un schĂ©ma narratif finalement impromptu quant Ă  la relation Ă©quivoque qu'amorce le samouraĂŻ avec la pianiste afro. Histoire d'amour impossible Ă  travers une fascination fĂ©minine pour la figure du Mal que symbolise Delon en tueur cupide, le SamouraĂŻ dĂ©concerte par son final fortuit Spoil ! quant aux ultimes motivations de celui-ci prĂŞt Ă  se sacrifier pour un amour dĂ©chu. Fin du Spoil. Outre l'attrait magnĂ©tique de sa mise en scène Ă©purĂ©e prenant son temps Ă  planter ses divers dĂ©cors et l'Ă©volution indĂ©cise de ses personnages se coursant incessamment; Le SamouraĂŻ vaut Ă©galement pour la substantialitĂ© de son casting regroupant François PĂ©rier en commissaire acharnĂ© (et ce sans expression ou gestuelle outrĂ©e), la tendre et douce Nathalie Delon en maĂ®tresse prĂ©venante, et surtout Cathy Rosier en pianiste Ă©prise d'ambivalence face Ă  la posture indicible du tueur l'ayant Ă©pargnĂ© au moment de son contrat criminel. Toute la puissance de l'intrigue Ă©manant de ce duo torturĂ©, tant fascinĂ© l'un pour l'autre, mais incapable de se concerter de par leur actions illĂ©gales et contradictions bâties sur le mensonge, le simulacre, le non-dit et la mort. Le SamouraĂŻ Ă©tant victime de sa condition meurtrière alors que la pianiste happĂ©e dans une dimension contraire Ă  sa morale tentera de s'y raviser. 

Chef-d'oeuvre du film noir Ă  la fois opaque et incandescent sublimĂ© par sa distribution dĂ©pouillĂ©e  admirablement dirigĂ©e, Le SamouraĂŻ prĂ©serve son pouvoir indĂ©crottable de fascination. Tant auprès du monstre sacrĂ© Alain Delon dĂ©ambulant dans chaque sĂ©quence Ă  l'instar d'un ange maudit que de sa mise en scène nuancĂ©e cristallisant un univers crĂ©pusculaire oĂą le sentiment de dĂ©rĂ©liction s'y opère de façon pesante. 

*Bruno

jeudi 15 octobre 2020

Big Guns : les Grands Fusils

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

"Tony Arzenta" de Duccio Tessari. 1973. France/Italie. 1h44. Avec Alain Delon, Richard Conte, Carla Gravina, Marc Porel, Roger Hanin, Umberto Orsini Isnello, Nicoletta Machiavelli.

Sortie salles France: 23 AoĂ»t 1973. Italie: 7 Septembre 1973

FILMOGRAPHIEDuccio Tessari, de son vrai nom Amadeo Tessari, est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien nĂ© le 11 octobre 1926 Ă  GĂŞnes, dĂ©cĂ©dĂ© le 6 septembre 1994 Ă  Rome.1962 : Les Titans. 1963 : Le Procès des doges ou Le Petit boulanger de Venise. 1964 : La sfinge sorride prima di morire - stop - Londra. 1965 : Una voglia da morire. 1965 : Un pistolet pour Ringo. 1965 : Le Retour de Ringo. 1966 : Très honorable correspondant. 1967 : Per amore... per magia.... 1968 : Meglio vedova. 1968 : Le Bâtard. 1968 : Un train pour Durango. 1969 : Mort ou vif... de prĂ©fĂ©rence mort. 1970 : Quella piccola differenza. 1970 : La mort remonte Ă  hier soir. 1971 : Cran d'arrĂŞt. 1971 : Forza G. 1971 : Et viva la rĂ©volution ! 1973 : Les Grands Fusils. 1973 : Les Enfants de chĹ“ur. 1974 : L'Homme sans mĂ©moire. 1974 : Les Durs. 1975 : Zorro. 1976 : Les Sorciers de l'Ă®le aux singes. 1976 : La madama. 1978 : Le CrĂ©puscule des faux dieux. 1981 : Un centesimo di secondo. 1985 : Tex Willer e il signore degli abissi. 1985 : Baciami strega (TV). 1986 : Bitte laĂźt die Blumen leben. 1987 : Una grande storia d'amore (TV). 1988 : Guerra di spie (feuilleton TV). 1990 : Au bonheur des chiens. 1992 : Beyond Justice. 


Un improbable polar transalpin âpre et dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© sous l'impulsion d'un Delon mortifiĂ©. 
Sous-estimĂ© par la critique hexagonale (si je ne m'abuse), Big Guns est une claque dans la gueule comme on en voit peu dans le paysage du polar transalpin. Car cela a beau ĂŞtre produit entre la France et l'Italie, Big Guns impose sans ambigĂĽitĂ© son identitĂ© latine de par la nationalitĂ© de l'habile faiseur touche Ă  tout Duccio Tessari (Les Sorciers de l'Ă®le aux singes, l'Homme sans MĂ©moire, les Titans, Un Pistolet pour Ringo et sa suite) entourĂ© d'un casting de mĂŞme souche, et d'une ultra-violence poisseuse (typiquement italienne donc) au sein d'un climat blafard saillant. Ainsi donc, avec un souci esthĂ©tique glauque et mortifère, Big Guns nous plonge dans les exactions de la pègre mafieuse avec un rĂ©alisme rĂ©solument brutal. Tant auprès des gun-fight sanglants que des poursuites urbaines en bagnole froissĂ©es impeccablement dirigĂ©es. C'est d'ailleurs sans doute ce qui a dĂ» freiner les critiques hexagonales Ă  juger objectivement d'un divertissement aussi mal Ă©levĂ©, qui plus est rustre et inhospitalier sous l'impulsion de gueules d'acteurs viciĂ©es bien connus des amateurs de Bis. Et Ă  ce niveau, Big Guns est Ă©galement un jouissif film d'acteurs tant les seconds-couteaux familiers des fans possèdent un charisme infaillible Ă  se fondre dans le corps de mafieux avec un naturel mesquin. 

Quand bien mĂŞmes les femmes qui les entourent (et qui abordent ensuite Delon) se taillent une carrure dĂ©sabusĂ©e de pute au grand coeur si je me rĂ©fère surtout Ă  la composition Ă  la fois fragile et stoĂŻque de Carla Gravina. Si bien que son passage Ă  tabac par 3 tueurs demeure d'une brutalitĂ© rarement Ă©galĂ©e pour le genre tant le cinĂ©aste n'Ă©lude jamais le hors-champs ! Une sĂ©quence d'anthologie d'un sadisme infaisable de nos jours (cela m'a d'ailleurs rappelĂ© une sĂ©quence liminaire de la Dernière maison sur la Gauche lorsque David Hess assène un coup de poing Ă  l'estomac d'une des Ă©tudiantes dans un hĂ´tel miteux). Et l'intrigue a beau ĂŞtre simpliste et prĂ©visible (un jeu du chat et de la souris entre un tueur Ă  gage retraitĂ© et son organisation); Duccio Tessari y soigne son contenu licencieux avec une efficacitĂ© permanente. Tant et si bien que l'on reste accrochĂ© aux pĂ©rĂ©grinations d'Alain Delon (la mine placide et usĂ©e) arpentant les citĂ©s urbaines avec une soif de vengeance Ă  double tranchant. D'ailleurs, de par le jeu nonchalant de Delon dĂ©ambulant Ă  l'instar d'un fantĂ´me renfrognĂ©, certaines langues (Ă  la mine probablement dĂ©confite) ont critiquĂ© son jeu monolithique en supposant que l'acteur s'ennuyait durant tout le tournage. En tout Ă©tat de cause, le monstre sacrĂ© prouve une fois de plus l'Ă©tendue de son talent avec un charisme sciemment terne, et ce parmi l'audace de se fourvoyer dans une co-production pour public averti (il en est d'ailleurs le superviseur !). 

Survival rugueux imprĂ©gnĂ© de rage, de fiel, de vice et de dĂ©sespoir, Big Guns oppose les valeurs d'amitiĂ©, de loyautĂ© et de dignitĂ© (notamment auprès de la gente fĂ©minine quant aux rapports davantage empathiques entre l'hĂ©roĂŻne Sandra et Tony le traquĂ©) Ă  travers une Ă©thique mafieuse dĂ©nuĂ©e de code d'honneur. A revoir absolument, notamment pour y savourer son atmosphère feutrĂ©e dĂ©nuĂ©e de lueur d'espoir, Ă  l'instar de son aigre Ă©pilogue (superbe mise en scène quant Ă  la vigueur de son suspense subtilement oppressant sous l'impulsion de regards sournois confinĂ©s dans une Ă©glise de noce) illustrant une fĂ©lonie amiteuse.  

*Bruno
2èx

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