"Tony Arzenta" de Duccio Tessari. 1973. France/Italie. 1h44. Avec Alain Delon, Richard Conte, Carla Gravina, Marc Porel, Roger Hanin, Umberto Orsini Isnello, Nicoletta Machiavelli.
Sortie salles France: 23 Août 1973. Italie: 7 Septembre 1973
FILMOGRAPHIE: Duccio Tessari, de son vrai nom Amadeo Tessari, est un réalisateur et scénariste italien né le 11 octobre 1926 à Gênes, décédé le 6 septembre 1994 à Rome.1962 : Les Titans. 1963 : Le Procès des doges ou Le Petit boulanger de Venise. 1964 : La sfinge sorride prima di morire - stop - Londra. 1965 : Una voglia da morire. 1965 : Un pistolet pour Ringo. 1965 : Le Retour de Ringo. 1966 : Très honorable correspondant. 1967 : Per amore... per magia.... 1968 : Meglio vedova. 1968 : Le Bâtard. 1968 : Un train pour Durango. 1969 : Mort ou vif... de préférence mort. 1970 : Quella piccola differenza. 1970 : La mort remonte à hier soir. 1971 : Cran d'arrêt. 1971 : Forza G. 1971 : Et viva la révolution ! 1973 : Les Grands Fusils. 1973 : Les Enfants de chœur. 1974 : L'Homme sans mémoire. 1974 : Les Durs. 1975 : Zorro. 1976 : Les Sorciers de l'île aux singes. 1976 : La madama. 1978 : Le Crépuscule des faux dieux. 1981 : Un centesimo di secondo. 1985 : Tex Willer e il signore degli abissi. 1985 : Baciami strega (TV). 1986 : Bitte laßt die Blumen leben. 1987 : Una grande storia d'amore (TV). 1988 : Guerra di spie (feuilleton TV). 1990 : Au bonheur des chiens. 1992 : Beyond Justice.
"Un improbable polar transalpin âpre et dégénéré sous l'impulsion d'un Delon mortifié."
Sous-estimé par la critique hexagonale (si je ne m'abuse), Big Guns est une claque dans la gueule comme on en voit peu dans le paysage du polar transalpin. Car cela a beau être produit entre la France et l'Italie, Big Guns impose sans ambiguïté son identité latine de par la nationalité de l'habile faiseur touche-à -tout Duccio Tessari (Les Sorciers de l'île aux singes, L'Homme sans mémoire, Les Titans, Un Pistolet pour Ringo et sa suite), entouré d'un casting de même souche et d'une ultra-violence poisseuse (typiquement italienne donc) au sein d'un climat blafard saillant. Ainsi donc, avec un souci esthétique glauque et mortifère, Big Guns nous plonge dans les exactions de la pègre mafieuse avec un réalisme résolument brutal, tant auprès des gunfights sanglants que des poursuites urbaines en bagnole froissée impeccablement dirigées.
Quand bien même les femmes qui les entourent (et qui abordent ensuite Delon) se taillent une carrure désabusée de catins au grand cœur, si je me réfère surtout à la composition à la fois fragile et stoïque de Carla Gravina. Si bien que son passage à tabac par trois tueurs demeure d'une brutalité rarement égalée pour le genre tant le cinéaste n'élude jamais le hors-champ ! Une séquence d'anthologie d'un sadisme infaisable de nos jours (cela m'a d'ailleurs rappelé une séquence liminaire de La Dernière Maison sur la gauche lorsque David Hess assène un coup de poing à l'estomac d'une des étudiantes dans un hôtel miteux).
Et l'intrigue a beau être simpliste et prévisible (un jeu du chat et de la souris entre un tueur à gages retraité et son organisation), Duccio Tessari y soigne son contenu licencieux avec une efficacité permanente. Tant et si bien que l'on reste accroché aux pérégrinations d'Alain Delon (la mine placide et usée) arpentant les cités urbaines avec une soif de vengeance à double tranchant. D'ailleurs, de par le jeu nonchalant de Delon déambulant à l'instar d'un fantôme renfrogné, certaines langues (à la mine probablement déconfite) ont critiqué son jeu monolithique en supposant que l'acteur s'ennuyait durant tout le tournage. En tout état de cause, le monstre sacré prouve une fois de plus l'étendue de son talent avec un charisme sciemment terne, et ce parmi l'audace de se fourvoyer dans une coproduction pour public averti (il en est d'ailleurs le superviseur).
Survival rugueux imprégné de rage, de fiel, de vice et de désespoir, Big Guns oppose les valeurs d'amitié, de loyauté et de dignité - notamment auprès de la gent féminine quant aux rapports davantage empathiques entre l'héroïne Sandra et Tony le traqué - à travers une éthique mafieuse dénuée de code d'honneur. À revoir urgemment, notamment pour y savourer son atmosphère feutrée dénuée de lueur d'espoir, à l'instar de son aigre épilogue (superbe mise en scène quant à la vigueur de son suspense subtilement oppressant sous l'impulsion de regards sournois confinés dans une église de noces) illustrant une félonie amère.
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