mardi 25 décembre 2018

Apocalypse Now. Palme d'Or, Cannes 1979.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Francis Ford Coppola. 1979. U.S.A. 2h27. Avec Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall, Frederic Forrest, Albert Hall, Sam Bottoms, Laurence Fishburne, Dennis Hopper.

Sortie salles France: 26 Septembre 1979. U.S: 15 Août 1979

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Francis Ford Coppola est un réalisateur, producteur et scénariste américain né le 7 Avril 1939. 1963: Dementia 13. 1966: Big Boy. 1968: La Vallée du Bonheur. 1969: Les Gens de la pluie. 1972: Le Parrain. 1974: Conversation Secrète. Le parrain 2. 1979: Apocalypse Now. 1982: Coup de coeur. 1983: Outsiders. Rusty James. 1984: Cotton Club. 1986: Peggy Sue s'est mariée. 1987: Jardins de Pierre. 1988: Tucker. 1989: New-York Stories. 1990: Le Parrain 3. 1992: Dracula. 1996: Jack. 1997: L'Idéaliste. 2007: l'Homme sans âge. 2009: Tetro. 2011: Twixt.


"Qu'une culture puisse mentir sur ce qui se passe en temps de guerre, que des ĂŞtres humains soient brutalisĂ©s, torturĂ©s, mutilĂ©s et tuĂ©s et que tout cela soit prĂ©sentĂ© comme moral, voilĂ  ce qui m'horrifie." Francis Ford Coppola. Mai 2001.

ConsidĂ©rĂ© comme l'un des meilleurs films de tous les temps par l'American Film Institute et aurĂ©olĂ© d'une plĂ©thore de rĂ©compenses, Apocalypse Now demeure une expĂ©rience de cinĂ©ma inusitĂ© au sein du paysage viril du film de guerre. Francis Ford Coppola filmant la guerre du Vietnam comme aucun autre rĂ©alisateur n'eut pu le concevoir. Tant auprès des moyens pharaoniques mis en oeuvre (l'offensive liminaire auprès d'un camp vietcong nous laisse pantois de stupeur face au sens du dĂ©tail, au dynamisme du montage et Ă  son fulgurant rĂ©alisme !), de sa logistique militaire, de sa stylisation onirico-baroque, de son casting notoire que des figurants cosmopolites dĂ©ployĂ©s tous azimut. Car totalement habitĂ© par ses ambitions disproportionnĂ©es si bien que lui mĂŞme et son Ă©quipe ont rapidement cĂ´toyĂ© une certaine forme de dĂ©mence communautaire (voir l'illustre doc Au coeur des TĂ©nèbres); le tournage littĂ©ralement houleux se solda par de graves bĂ©vues que je n'Ă©talerai pas ici, notamment parce que les fans y connaissent la plupart des tenants et aboutissants. ImprĂ©gnĂ© d'un rĂ©alisme surrĂ©aliste eu Ă©gard de l'expĂ©rience psychĂ©dĂ©lique que le spectateur percute en quasi Ă©tat de transe, Apocalypse Now est le spectacle de la dĂ©mesure et du dĂ©lire limite risible (concert nocturne en plein air parmi le dĂ©hanchĂ© endiablĂ© de cowgirls sexy, partition classique afin d'y chorĂ©graphier une Ă©puration au Napalm). Un opĂ©ra vitriolĂ© victime de ses excès et ses exubĂ©rances au sein d'une scĂ©nographie belliqueuse entachĂ©e par la routine, l'Ă©puisement, la drogue, l'alcool et la folie criminelle. Et ce Ă  travers une idĂ©ologie nonsensique (la sĂ©ance de surf improvisĂ©e en plein chaos meurtrier !) qu'un vĂ©tĂ©ran cultive Ă  renfort de rĂ©pliques oniriques d'un ironisme caustique.


A la fois Ă©lectrisant, perturbant (le massacre accidentel des paysans sur leur bateau de commerce) et envoĂ»tant sous l'impulsion d'une BO Ă©lectro hypnotique, Apocalypse Now nous faite suivre le pĂ©riple d'endurance du capitaine Benjamin L. Willard (sobrement interprĂ©tĂ© par Martin Sheen dans le rĂ´le de sa vie si bien qu'il demeure pĂ©nĂ©trĂ© d'une fascination Ă©quivoque Ă  tĂ©moigner d'une dĂ©cadence humaine au soupçon de mysticisme !) et de ses acolytes Ă  bord d'un patrouilleur. Ayant pour mission d'assassiner le colonel Kurtz retranchĂ© au fond d'une jungle parmi ses disciples Ă  la frontière du Cambodge; Willard doit arpenter un fleuve jalonnĂ© d'embĂ»ches afin d'atteindre son repère. Sorte de gourou victimisĂ©e par les horreurs de la guerre, Francis Ford Coppola dĂ©peint Kurtz comme un homme solitaire vivant reclus dans son cocon macabre ornĂ© de tĂŞtes dĂ©capitĂ©es mais n'escomptant au final qu'une main secourable pour le sacrifier et l'expier de sa folie. Pur film d'aventures Ă  la fois baroque et initiatique de par son rĂ©cit tentaculaire regorgeant d'actions impromptues, d'amères prises de conscience et de postures emphatiques animĂ©es d'une sordide dĂ©rision dans leur goĂ»t sulfureux pour la violence, Apocalypse Now nous Ă©branle autant la rĂ©tine que l'encĂ©phale Ă  l'instar du cinĂ©ma expĂ©rimental d'Alejandro Jodorowski si je peux me permettre un soupçon de rapprochement sensoriel. Ainsi donc, l'absurditĂ© de la guerre nous est ici dĂ©peint avec une acuitĂ© visuelle vertigineuse, dans la mesure oĂą Coppola nous compile une succession de bravoures anthologiques oĂą s'y extrait communĂ©ment une Ă©thique psychotique dangereusement permĂ©able.


The Psychedelic Soldier: portrait d'un schizophrène. 
Témoignage halluciné de la folie de l'homme nourrit par l'absurdité d'une guerre erratique, Apocalypse Now y imprime avec une excentricité vitriolée leur déliquescence morale à travers une réflexion sur l'instinct pervers d'une violence suicidaire. Inoubliable et historique, il demeure un objet de scandale au vénéneux pouvoir de fascination, notamment auprès de son intensité dramatique, arc en ciel morbide d'une aura spectrale infiniment crépusculaire. This is the end ?

* Bruno
4èx

Box-Office France : 4 537 431 entrées

Récompenses:
Palme d'Or au Festival de Cannes 1979 :
Prix FIPRESCI de la critique internationale
Oscars 1980 :
Meilleure photographie : Vittorio Storaro
Meilleur son : Walter Murch, Mark Berger, Richard Beggs, Nathan Boxer
American Movie Awards 1980 : meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Robert Duvall
BAFTA du meilleur second rĂ´le masculin pour Robert Duvall
Prix David di Donatello du meilleur film étranger pour Francis Ford Coppola
Golden Globes 1980
Meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Robert Duvall
Meilleur réalisateur pour Francis Ford Coppola
Goldene Leinwand
NSFC Awards : meilleur second rĂ´le masculin pour Frederic Forrest
Prix du Cercle des critiques de film de Londres 1981 : Film de l'année

Le film a été sélectionné par le National Film Preservation Board pour figurer dans le National Film Registry en 2000.

vendredi 21 décembre 2018

Les Monstres sont toujours vivants

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

"It Lives Again" de Larry Cohen. 1978. U.S.A. 1h30. Avec Frederic Forrest, Kathleen Lloyd, John P. Ryan, John Marley, Andrew Duggan, Eddie Constantine

Sortie salles U.S: 10 Mai 1978

FILMOGRAPHIELarry Cohen est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 15 Juillet 1941. Il est le crĂ©ateur de la cĂ©lèbre sĂ©rie TV, Les Envahisseurs. 1972: Bone, 1973: Black Caesar, Hell Up in Harlem, 1974: Le Monstre est vivant, 1976: Meurtres sous contrĂ´le, 1978: Les Monstres sont toujours vivants, 1982: Epouvante sur New-York, 1985: The Stuff, 1987: La Vengeance des Monstres, Les Enfants de Salem, 1990: l'Ambulance. - Comme Producteur: Maniac Cop 1/2/3. - Comme ScĂ©nariste: Cellular, Phone Game, 3 Ă©pisodes de Columbo.


Quatre ans après Le Monstre est Vivant, chef-d'oeuvre bouleversant ayant traumatisĂ© toute une gĂ©nĂ©ration de femmes enceintes, Larry Cohen rempile derrière la camĂ©ra pour nous offrir une digne sĂ©quelle presque Ă  la hauteur de son modèle. Nanti d'un rythme plus nerveux quant aux stratĂ©gies policières Ă  duper la cause parentale, les Monstres sont toujours Vivants ne manquent pas d'audace et d'Ă©motion (encore) poignante lorsque 2 jeunes parents s'efforcent avec antinomie de prĂ©server la vie de leur bambin mutant. Deux ans après les tragiques Ă©vènements, un couple est sur le point d'enfanter un nouveau cas de bĂ©bĂ© difforme. Soutenus par le veuf Frank Davies (ancien paternel du premier opus), et après leur avoir divulguĂ© l'horrible vĂ©ritĂ©, il leur dĂ©clare que la police est sur le point de sacrifier l'enfant dès que la mère accoucherait Ă  l'hĂ´pital. Afin de prĂ©server la survie du bambin, les parents acceptent de le confiner dans un endroit tenu secret afin que Gene puisse accoucher sans l'apprĂ©hension criminelle. Mais après avoir retrouvĂ©s leur trace, les forces de l'ordre s'apprĂŞtent Ă  assiĂ©ger la demeure alors que d'autres bĂ©bĂ©s monstres sont Ă©galement embrigadĂ©s dans une cave sous la protection de Frank et de praticiens. A travers son prologue captivant (les avertissements Ă  la fois poignants et alarmistes de Franck auprès de la famille Scott) faisant ensuite place Ă  une situation hallucinĂ©e (les forces de l'ordre en faction autour du centre hospitalier depuis que la mère s'apprĂŞte Ă  accoucher, alors que Frank s'improvise  preneur d'otage au profit du rejeton !), les Monstres sont toujours vivants s'avère percutant Ă  travers sa facture dĂ©bridĂ©e tenant de l'improbabilitĂ© ! Tant et si bien que Larry Cohen s'efforce avec la mĂŞme inspiration de rendre plausible un contexte horrifique inusitĂ© par le biais du "bĂ©bĂ© tueur".


Pour ce faire, on apprĂ©cie le soin des trucages, aussi modestes soient-ils, notamment grâce au dynamisme du montage appuyant la vĂ©locitĂ© primitive de ces derniers d'un instinct criminel franchement impressionnant (jumpscares tĂ©tanisants Ă  l'appui !). Retardant au maximum leur apparence monstrueuse pour mieux nous Ă©branler, ce dernier mise sur le suspense latent (le foyer des parents transformĂ© en labo mĂ©dical en attente d'un espoir rĂ©volutionnaire si les bĂ©bĂ©s - immunisĂ©s contre la pollution - parvenaient Ă  survivre dans une Ă©ducation docile) puis oppressant eu Ă©gard de sa dernière partie d'autant plus poignante lorsque les parents indĂ©cis s'efforcent en dĂ©sespoir de cause de prĂ©server la vie de leur bambin. Ainsi, Ă  travers l'illustre personnage de Frank Davies dĂ©libĂ©rĂ© Ă  tenter d'Ă©duquer cette nouvelle race infantile en dĂ©pit de leur sauvagerie incontrĂ´lĂ©e, Les Monstres sont toujours vivants captive Ă  savoir si nos hĂ©ros (accompagnĂ©s de mĂ©decins complices) parviendront Ă  achever leur devise. A savoir sauver la destinĂ©e de ces bambins en les Ă©duquant en bonne et due forme, et ce pour les enjeux du droit Ă  la diffĂ©rence et du libre arbitre parental Ă  dĂ©cider du sort de leur progĂ©niture. A moins que ces bĂ©bĂ©s (et comme l'exclamera l'un des protagonistes vindicatifs) n'ont comme unique dessein de distiller la terreur afin de dominer le monde et asseoir leur dictature. Un sujet burnĂ© aussi cintrĂ© que passionnant que Larry Cohen met en pratique avec une maĂ®trise constamment convaincante. Autrement dit, on y croit dur comme fer, Ă  l'instar du 1er opus autrement bouleversant de par son intensitĂ© dramatique d'une rare cruautĂ©. Un parti-pris Ă©motionnel que l'on retrouve encore ici, notamment auprès de ses 10 dernières minutes plutĂ´t Ă©mouvantes car d'un radicalisme dĂ©rangeant quant au sort prĂ©caire de l'ultime rejeton.


SĂ©quelle de haute tenue, notamment auprès de l'attachante sobriĂ©tĂ© humaine du couple Frederic ForrestKathleen Lloydles Monstres sont toujours vivants se dĂ©cline comme un intense suspense cauchemardesque tirant parti de sa fascination grâce Ă  son concept improbable Ă©tonnamment persuasif. Les bĂ©bĂ©s monstres assez expressifs s'avĂ©rant aussi terrifiants que poignants Ă  travers leur gĂ©missement plaintif que Bernard Herrmann amplifie avec la mĂŞme orchestration cafardeuse. Excellent. 

* Bruno
21.12.18. 4èx
29.06.16. (137 v)

La Chronique du Monstre est Vivant : http://brunomatei.blogspot.fr/2012/06/le-monstre-est-vivant-its-alive.html

jeudi 20 décembre 2018

Dracula, Prince des Ténèbres

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

"Dracula: Prince of Darkness" de Terence Fisher. 1966. Angleterre. 1h30. Avec Christopher Lee, Barbara Shelley, Andrew Keir, Francis Matthews, Suzan Farmer, Charles Tingwell, Thorley Walters.

Sortie salles France: 21 DĂ©cembre 1966. Angleterre: 9 Janvier 1966

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 23 fĂ©vrier 1904 Ă  Londres (Maida Vale), et dĂ©cĂ©dĂ© le 18 juin 1980 dans la mĂŞme ville. 1957 : Frankenstein s'est Ă©chappĂ©, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La MalĂ©diction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les MaĂ®tresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'ĂŽle de la terreur , 1966 : Dracula, prince des tĂ©nèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein crĂ©a la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.

 
« Le sublime est la rĂ©sonance d’une grande âme »
Dracula, Prince des TĂ©nèbres constitue le troisième volet du cycle vampirique de la Hammer, inaugurĂ© par leur chef-d’Ĺ“uvre indĂ©trĂ´nable, Le Cauchemar de Dracula. Sous la houlette du maĂ®tre Terence Fisher, ce nouvel opus redore le blason du Prince nocturne avec le retour du vĂ©nĂ©rable Christopher Lee. Absent du second volet, l’acteur, ici dĂ©pourvu de paroles, renfile sa cape et ses canines acĂ©rĂ©es pour s’en prendre Ă  deux couples Ă©garĂ©s dans l’enceinte de son château.

Mais avant la rĂ©surrection tant attendue, Fisher se plaĂ®t Ă  diffĂ©rer l’apparition du monstre, sous l’allĂ©geance d’un majordome aussi sinistre que dĂ©vouĂ©. RĂ©duit en cendres dans le premier film, Dracula devra compter sur l’odieuse bienveillance de ce serviteur pour se voir offrir le sang frais d’une victime sacrifiĂ©e. C’est donc ce fluide, soigneusement versĂ© sur les cendres, qui viendra raviver son impitoyable essence.

Cette attente savamment orchestrĂ©e nourrit une tension latente, d’autant plus captivante que Fisher distille une angoisse insidieuse, amplifiĂ©e par la crainte intuitive d’un des hĂ´tes. Et avec la beautĂ© gothique de ces dĂ©cors flamboyants, chaque pièce du château semble suinter une aura envoĂ»tante, aussi fascinante qu’hermĂ©tique.

Fisher n’hĂ©site pas Ă  transgresser les codes de l’Ă©poque en suggĂ©rant une violence alors peu coutumière. Ainsi, l’Ă©gorgement hors champ d’un homme suspendu par les pieds pour ĂŞtre vidĂ© de son sang s’impose avec une puissance morbide. Le fluide dense ruisselant sur les cendres Ă©clabousse l’Ă©cran d’un rouge tantĂ´t rosĂ©, tantĂ´t rutilant. Plus tard, une sĂ©quence tout aussi saisissante montre, sans ellipse, l’exĂ©cution sauvage d’une femme vampire : Ă  l’aide d’un zoom implacable, Fisher s’attarde sur une poitrine transpercĂ©e d’un pieu. L’horreur gagne en intensitĂ© quand la crĂ©ature, encerclĂ©e par une horde de moines rĂ©solus, suffoque dans un affolement erratique.

La seconde partie, plus rythmĂ©e, s’oriente vers la survie du second couple, rĂ©fugiĂ© dans un monastère sous la protection du Père Sandor. Mais Dracula, sa maĂ®tresse et son majordome rĂ´dent dĂ©jĂ , guettant leur proie, prĂŞts Ă  fondre sur Helen. Si l’intrigue ne rĂ©volutionne rien, elle s’avère redoutablement efficace, parfaitement structurĂ©e, Ă©maillĂ©e de pĂ©ripĂ©ties et d’imbroglios qui maintiennent la tension.

La mise en scène ciselĂ©e de Fisher transcende le genre par sa poĂ©sie macabre et la conviction d’interprètes habitĂ©s - en moine mastard, Andrew Keir remplace Cushing avec une autoritĂ© Ă©tonnante. Enfin, pour parachever ce cauchemar d’orfèvre, le film s’achève sur un final baroque et surprenant : Dracula mis Ă  mal sur un lac gelĂ©, dans une confrontation aussi glaciale que fatale.


"Le Sang pourpre du Prince Noir".
D’une efficience au savoir-faire inĂ©galable, Terence Fisher façonne avec Dracula, Prince des TĂ©nèbres un somptueux cauchemar gothique, portĂ© par un Christopher Lee mutique mais plus magnĂ©tique que jamais, et des alliĂ©s farouches, attachants dans leur dĂ©sarroi solidaire. Ou comment transfigurer une Ĺ“uvre de commande en trĂ©sor horrifique, pur, sincère, d’une saveur vintage absolument authentique. Terence Fisher y rĂ©invente encore une fois un modèle de mise en scène.

* Bruno
20.12.18. 4èx
01.11.13. (80 v)

mercredi 19 décembre 2018

Sale temps Ă  l'hĂ´tel El Royale

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Bad Times at the El Royale" de Drew Goddard. 2018. U.S.A. 2h22. Avec Jeff Bridges, Cynthia Erivo, Dakota Johnson, Jon Hamm, Cailee Spaeny, Lewis Pullman, Chris Hemsworth.

Sortie salles France: 7 Novembre 2018. U.S: 12 Octobre 2018

FILMOGRAPHIEDrew Goddard est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 26 fĂ©vrier 1975 Ă  Los Alamos, Nouveau-Mexique. 2012 : La Cabane dans les bois. 2016 - 2018: The Good Place, 4 Ă©pisodes. 2018 : Sale temps Ă  l'hĂ´tel El Royale.


Chronique express ! 

C'est bien, c'est même très bien à partir de sa seconde partie tendue, escarpée et fortuite. Or, dommage qu'il faille se coltiner une 1ère heure laborieuse peinant à captiver (le film dure 2h22). En tout état de cause, en dépit de ses (grosses) défaillances rythmiques, cet épigone Tarantinesque (bâti sur la même topographie chorale de Pulp Fiction) demeure un bon divertissement grâce à l'originalité de son intrigue gigogne et à ses têtes d'affiche plutôt inspirées (le vétéran Jeff Bridges monopolisant l'écran en prêtre vénal magnanime).

* Bruno

mardi 18 décembre 2018

Assassination Nation. Grand Prix du Jury, Utopiales 2018

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Sam Levinson. 2018. U.S.A. 1h48. Avec Odessa Young, Suki Waterhouse, Hari Nef, Abra, Bill SkarsgĂĄrd, Maude Apatow, Cody Christian, Joel McHale.

Sortie salles France: 5 Décembre 2018

FILMOGRAPHIE: Sam Levinson est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2018: Assassination Nation. 2011: Another Happy Day.


Dead Boys can't Fly.
Sentiments Ă  chaud après avoir subi de plein fouet l'une des claques de l'annĂ©e 2018 si bien que, Ă  l'instar de son homologue infructueux, The Purge, je redoutais pour autant le pĂ©tard mouillĂ© dans sa caractĂ©risation graphique d'une AmĂ©rique anarchique livrĂ©e Ă  la violence la plus expĂ©ditive ! Que nenni, Assassination Nation demeure une claque (c'est parfois bon de se rĂ©itĂ©rer !), un coup de boule inextinguible via sa descente aux enfers immorale, une oeuvre indĂ©pendante qu'est parvenu Ă  imprimer avec stylisme Sam Levinson (magnifique plan sĂ©quence circulaire Ă  l'appui rappelant Ă  moindre Ă©chelle le fameux TĂ©nèbres d'Argento). Et ce sans livrer Ă  une dĂ©monstration de force opportuniste ou Ă  des effets de manche complaisants, notamment pour y satisfaire les bas instincts du spectateur lambda croyant assister Ă  une sĂ©rie B univoquement ludique. Dans la mesure oĂą Sam Levinson s'avère un auteur consciencieux prenant malin plaisir Ă  triturer nos sentiments doucement mis Ă  mal de par son malstroem d'images dĂ©rangeantes parce que iconiquement si proches de notre rĂ©alitĂ© contemporaine ! C'est lĂ  oĂą l'oeuvre (dĂ©jĂ ) maudite fait très mal ! Elle est en prise direct avec notre conscience (Lily s'adressent directement Ă  nous de manière assez rĂ©currente). Car elle nous pousse Ă  rĂ©flĂ©chir sur notre situation personnelle quotidiennement soumise Ă  l'outil informatique dĂ©versant esclandres tous azimuts, et ce jusqu'au harcèlement moral pour les proies les plus vulnĂ©rables !


Ainsi, et avec une Ă©tonnante inventivitĂ©, tant auprès de ses images Ă  la fois arc-en-ciel et charnelles que du bouleversement temporel que nous subissons en live (du moins c'est l'impression que j'ai eu !), Assassination Nation se dĂ©cline comme une montĂ©e en puissance de règlements de compte sexistes bâtis sur les prĂ©jugĂ©s, le sensationnalisme, le voyeurisme, les effets diaboliquement pervers des fake news, les hackers de Facebook et Twitter, plateformes diabolisĂ©es par ces esprits mĂ©diocres ou chĂ©tifs avides de notoriĂ©tĂ© et de "lol" pour se donner un but (ici nonsensique quand on connaĂ®t le vĂ©ritable coupable de l'intrigue !). Flop commercial chez nous et aux States, Assassination Nation ne pouvait que miner le public ado sevrĂ© aux pop corn et aux pĂ©tards Ă©dulcorĂ©s genre The Purge ! Car objet subversif d'une violence psycho et corporelle ardues, Assassination Nation nous balance Ă  la gueule nos quatre vĂ©ritĂ©s depuis que les rĂ©seaux sociaux s'efforcent d'y violer notre vie privĂ©e. Et ce en asservissant notre façon de penser pour mieux nous isoler et nous soumettre Ă  leur dĂ©ontologie typiquement conservatrice. Diatribe cinglante contre le fanatisme de masse, la misogynie et le machisme Ă  travers le spectre d'idĂ©ologies maximalistes, Assassination Nation dilue au fil de son cheminement tragique une aigre mĂ©lancolie, de par ses cruelles humiliations qu'une anti-hĂ©roĂŻne endure avec un dĂ©sespoir bouleversant. L'Ă©motion contenue, dĂ©pouillĂ©e, ne s'avĂ©rant jamais dĂ©monstrative pour alpaguer le spectateur. Sam Levinson recourant avec une rare maĂ®trise Ă  la subtilitĂ© de la suggestion Ă  travers les Ă©tats d'âme de Lily en remise en question identitaire et initiation rebelle. C'est que nous offrira sa dernière partie, baroud d'honneur fĂ©ministe aux allures d'apocalypse sociĂ©tale fustigeant la rĂ©volte d'un peuple misogyne  abrutie par la rĂ©surgence de l'ultra conservatisme. Et le plus terrifiant Ă  travers cette sarabande infernale, c'est que la nouvelle chasse aux sorcières est juste devant nos portes et ne demande qu'Ă  propager sa violence primitive de par cette foule aliĂ©nante aveuglĂ©e de fiel !


Les Sorcières de Salem
Hypnotique et envoĂ»tant sous l'impulsion d'une BO Ă©lectro tantĂ´t cosmique (avec en sus un clin d'oeil synergique Ă  l'Oiseau au plumage de Cristal), furieusement contestataire, terrifiant, dĂ©rangeant, malsain et perturbant, Assassination Nation emploie avec autant de diabolique maĂ®trise (cadrages alambiquĂ©s dynamitĂ©s du montage vĂ©loce !) que de dextĂ©ritĂ© la satire engagĂ©e pour dresser un tragique constat sur les nouvelles mentalitĂ©s rĂ©trogrades adeptes de la dĂ©lation, de l'auto-justice et de l'intolĂ©rance. MĂ©lancolique et finalement bouleversant, il demeure un tĂ©moignage rĂ©solument lucide sur les ravages d'une cĂ©lĂ©britĂ© pailletĂ©e via l'ère du net (et son dĂ©versoir de haine) et du tout numĂ©rique. Film culte ou chef-d'oeuvre Ă  l'âme fragile, il est pour moi cette (inopinĂ©e) mosaĂŻque grâce Ă  sa personnalitĂ© corrosive bâtie sur le pessimisme afin de mieux rĂ©veiller les consciences. 

* Bruno

Utopiales 2018 : Grand prix du jury

lundi 17 décembre 2018

Roma. Lion d'Or, Venise 2018.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Alfonso Cuaro. 2018. Espagne. 2h15. Avec Marina de Tavira, Daniela Demesa, Marco Graf, Yalitza Aparicio.

Diffusion sur Netflix à partir du 14 Décembre 2018

FILMOGRAPHIE: Alfonso Cuaro est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur mexicain, né le 28 Novembre 1961 à Mexico. 1991: Solo con tu pareja. 1995: Le Petite Princesse. 1998: De Grandes Espérances. 2001: Y tu mama tambien. 2004: Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban. 2006: Les Fils de l'Homme. 2013: Gravity. 2018: Roma.


Très beau dans sa poésie naturaliste et intimiste, même si à travers sa mise en scène contemplative j'escomptais le chef-d'oeuvre.

* Bruno

Récompenses: Lion d'or à la Mostra de Venise 2018
Grenouille de bronze au Camerimage 2018
New Hollywood Award au Festival du film de Hollywood 2018
Top Ten Films au National Board of Review 2018
Sonny Bono Visionary Award au Festival international du film de Palm Springs 2019

dimanche 16 décembre 2018

Terreur Ă  l'hĂ´pital central / Visiting Hours

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

de Jean-Claude lord. 1982. Canada. 1h44. Avec Michael Ironside, Lee Grant, Linda Purl, William Shatner.

Sortie salles France: 30 Juin 1982 (Int - 18 ans). Canada: 21 Mai 1982

FILMOGRAPHIEJean-Claude Lord est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, monteur et producteur canadien, nĂ© le 6 Juin 1943. 1966: DĂ©livrez-nous du Mal. 1972: Les Colombes. 1974: Bingo. 1976: Parlez nous d'amour. 1977: Panique. 1979: Eclair au Chocolat. 1982: Terreur Ă  l'hĂ´pital central. 1984: Covergirl. 1986: The Vindicator. 1986: Toby McTeague. 1987: La Grenouille et la Baleine. 1989: Mindfield. 1989: Eddie and the Cruisers 2: Eddie Lives ! 1992: Landslide. 2002: Station Nord.


"Dans cet hôpital, votre prochaine visite pourrait être la dernière"
En pleine vogue du slasher initiĂ© par Halloween et Vendredi 13, le canadien Jean-Claude Lord se prĂŞte au genre afin de concurrencer les succès de l'Ă©poque. Alors qu'Halloween 2 venait de remporter un accueil commercial considĂ©rable, le rĂ©alisateur rĂ©exploite le mĂŞme dĂ©cor hospitalier pour planter l'action de Terreur Ă  l'HĂ´pital central sous l'impulsion du score opaque de Jonathan Goldsmith (un tempo symptomatique des Eighties).

Le Pitch: Après qu'une journaliste fut invitĂ©e sur un plateau tĂ©lĂ©visĂ© afin de dĂ©battre de la lĂ©gitime dĂ©fense chez les femmes, un psychopathe entre par effraction dans sa demeure pour l'assassiner. BlessĂ©e au couteau après une violente altercation, elle est affectĂ©e dans un centre hospitalier. DĂ©terminĂ© Ă  ne pas lâcher sa proie, le tueur dĂ©cide Ă©galement de s'y rendre afin d'achever son projet. 

SĂ©rie B conventionnelle Ă  la rĂ©alisation pour autant assez soignĂ©e, Terreur Ă  l'HĂ´pital Central pâtit notamment d'un scĂ©nario canonique oĂą certaines situations Ă©culĂ©es ne prĂŞtent pas en sa faveur. Or, les inconditionnels de psycho-killer devraient tout de mĂŞme largement y trouver leur compte grâce Ă  l'efficacitĂ© des situations alarmistes oĂą le tueur ne cessera de s'en prendre aux patients dĂ©munis d'un hĂ´pital sous l'impulsion d'une tension frĂ©quemment (et Ă©tonnamment !) payante.


Car avant d'atteindre sa cible, il se dĂ©lecte Ă  commettre par orgueil sadique diverses homicides (il photographie parfois l'agonie de ses victimes pour les mĂ©moriser dans son album souvenir) Ă  l'intĂ©rieur et en externe de l'Ă©tablissement. Qui plus est, parmi la prĂ©sence inquiĂ©tante de Michael Ironside diffusant une force tranquille en maniaque pervers, l'acteur nous dĂ©peint la caricature d'un psychopathe misogyne au passĂ© traumatique. Si bien qu'au travers de flash-back, on apprend brièvement que son père lui commettait des attouchements sexuels lorsqu'il fut enfant, quand bien mĂŞme sa mère fut victime de violence conjugale. En prime, la brutalitĂ© de ses meurtres exĂ©cutĂ©s de sang froid impressionnent parfois par leur âpre rĂ©alisme, et ce sans sombrer dans une complaisance sanglante. La stature bedonnante du comĂ©dien, sa posture ostensiblement impassible appuyĂ©e de cynisme oscillant apprĂ©hension et aversion pour la lâchetĂ© de ses exactions (Ă  l'instar d'une prostituĂ©e brimĂ©e par ses jeux sexuels, tendance masochiste). Et si le scĂ©nario Ă  tendance Ă  se rĂ©pĂ©ter (le tueur ne cesse d'aller et venir en interne de l'hĂ´pital pour achever sa devise), on reste nĂ©anmoins attentif auprès de son acharnement Ă  daigner assassiner une journaliste inĂ©vitablement gagnĂ©e de paranoĂŻa (celle-ci Ă©tant parfaitement incarnĂ©e parmi la force de caractère de Lee Grant). La dernière partie haletante nous offrira d'ailleurs un retournement de situation plutĂ´t habile Ă  travers l'inversion des rĂ´les d'une course poursuite toujours aussi bien gĂ©rĂ©e. 


Orthodoxe dans son ossature narrative mais efficace, voir mĂŞme assez magnĂ©tique pour la science de son suspense affutĂ© et audacieux (notamment en s'extirpant du clichĂ© de la blonde juvĂ©nile ici quadra, intelligente et audacieuse), Terreur Ă  l'hĂ´pital central fait preuve de sincĂ©ritĂ© d'y Ă©laborer un psycho-killer violent et tendu car dĂ©pourvu de concession (le châtiment rĂ©servĂ© Ă  certaines victimes dĂ©tonne par leur froideur). La bonne volontĂ© des comĂ©diens (notamment William Shatner dans un second-rĂ´le avenant) et la prĂ©sence rigide de Michael Ironside nous impliquant d'autant mieux auprès des enjeux de stress, si bien que certains Ă©pisodes de tension rĂ©ussissent Ă  provoquer la frousse (le prologue dans la demeure de l'hĂ©roĂŻne, une altercation liminaire dans l'hĂ´pital, le sort indĂ©cis rĂ©servĂ© Ă  l'une des infirmières, la poursuite finale dans le sous-sol hospitalier). Tout bien considĂ©rĂ©, un fort sympathique divertissement que la gĂ©nĂ©ration 80 savourera Ă  nouveau avec nostalgie derrière un discours toujours aussi actuel sur la condition des femmes battues et leur parole parfois remise en doute par la jurisprudence comme le souligne son prĂ©ambule lors d'un houleux dĂ©bat TV en prĂ©sence d'un avocat. 

P.S: Contrairement Ă  ce qui est annoncĂ© au dos des jaquettes Blu-ray et Dvd Ă©ditĂ©es chez nous, le film ne s'adresse pas Ă  tous les publics, il fut d'ailleurs interdit aux - de 18 ans lors de sa sortie en France.

* Bruno
07.2014. 3èx. 103 v
24.02.25. 4èx. Vost

vendredi 14 décembre 2018

Douce nuit, sanglante nuit (Unrated)

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Silent Night, Deadly Night" de  Charles E. Sellier Jr.. 1984. U.S.A. 1h25. Avec Robert Brian Wilson, Gilmer McCormick, Lilyan Chauvin, Britt Leach, Toni Nero, Randy Stumpf, Linnea Quigley.

Sortie salles U.S: 9 Novembre 1984

FILMOGRAPHIECharles Edward Seller Jr., né le 9 novembre 19431 à Pascagoula (Mississippi) et mort le 31 janvier 2011 à Coeur d'Alene (Idaho), est un scénariste, producteur, écrivain et réalisateur américain .1985: Les insoumis. 1984 Snowballing. 1984 Douce nuit, sanglante nuit.

RĂ©putĂ© pour le haro mĂ©diatique qu’il subit Outre-Atlantique - dĂ©programmĂ© des salles quinze jours après sa sortie alors qu’il commençait Ă  battre Les Griffes de la nuit (si, si !), sorti la mĂŞme semaine - Douce Nuit, sanglante nuit demeure un objet subversif, d’une audace burnĂ©e au regard de son iconographie aussi malsaine que dĂ©rangeante. En dĂ©mystifiant la cĂ©lĂ©bration catholique de NoĂ«l, Charles E. Sellier Jr. n’y va jamais avec le dos de la cuillère : il la raille (le grand-père dĂ©ficient terrorisant Billy par son discours sur la malfaisance du Père NoĂ«l, le directeur de magasin insultant les marmots en leur absence avec une couardise triviale), la discrĂ©dite (la doctrine rĂ©trograde des sĹ“urs catholiques, niant toute Ă©mancipation sexuelle), et l’horrifie frontalement par la figure d'un Père NoĂ«l armĂ© d’une hache meurtrière. Il fallait oser une telle reprĂ©sentation, que Sellier Jr. imprime sur pellicule avec une froideur constante, presque clinique.

Rappel des faits: TraumatisĂ© par l’assassinat de ses parents, un soir de NoĂ«l, par un Santa Claus dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, Billy est recueilli dans un orphelinat de carmĂ©lites oĂą la Mère supĂ©rieure n’hĂ©site pas Ă  le flageller en guise de châtiment. Dix ans plus tard, encore plus marquĂ© par cette expĂ©rience castratrice au couvent, Billy bascule. Devenu manutentionnaire dans une boutique de jouets, il s’en prend soudainement Ă  son entourage professionnel puis aux familles lambda, en particulier celles qu’il juge coupables de luxure — lui qui fut jadis puni pour avoir surpris un couple en plein Ă©bat dans une chambre de l’orphelinat.

PassĂ©e sa sĂ©rie de crimes au gore parfois crapoteux - j’Ă©voque ici la version uncut, avec au passage un clin d’Ĺ“il appuyĂ© Ă  Massacre Ă  la tronçonneuse - la police, gagnĂ©e par une paranoĂŻa collective, traque les Pères NoĂ«l susceptibles de reprĂ©senter une menace aux abords des cocons familiaux. SĂ©rie B tournĂ©e avec modestie, imprĂ©cision et naĂŻvetĂ© (malgrĂ© quelques cadrages soigneusement tarabiscotĂ©s), Douce Nuit, sanglante nuit s’avère pourtant profondĂ©ment dĂ©rangeant par son climat faussement fĂ©erique, en rĂ©alitĂ© rĂ©solument malsain.

Sellier Jr. tente, non sans maladresses dues Ă  son inexpĂ©rience technique, de dresser le portrait nĂ©vralgique d’un adolescent sombrant peu Ă  peu dans la dĂ©mence. En dĂ©pit d’une distribution globalement perfectible mais souvent convaincante - notamment le tueur, inexpressif et pourtant inquiĂ©tant - une empathie s’installe envers le destin broyĂ© de Billy, tĂ©moin enfant des pires exactions (le meurtre de ses parents, prologue horrifiant d’une violence glaçante), puis victime de châtiments corporels rĂ©pĂ©tĂ©s dans un enchaĂ®nement de circonstances funestes.

Si la seconde partie, plus rĂ©pĂ©titive mais jamais ennuyeuse, se rĂ©vèle moins intense psychologiquement, elle conserve cette atmosphère licencieuse, nourrie d’outrances gore et de postures dĂ©viantes - Billy offrant un cutter Ă  une fillette docile en guise de rĂ©compense. Les enfants deviennent alors tĂ©moins, entre stupeur et fascination malsaine, du comportement patibulaire de ce Père NoĂ«l prĂŞchant une doctrine punitive et dĂ©stabilisante. La scène de la fillette assise sur ses genoux, hypnotisĂ©e par ses intimidations, demeure l’un des moments les plus profondĂ©ment perturbants du film.


Sans rivaliser avec les rĂ©ussites majeures du genre - faute d’une mise en scène et d’un casting un tantinet timorĂ©s - Douce Nuit, sanglante nuit marque durablement les esprits par son climat horrifique fĂ©tide. On comprend sans peine le scandale qu’il provoqua Ă  sa sortie. Un des psycho-killers les plus malsains et dĂ©rangeants des annĂ©es 80, Ă  redĂ©couvrir avec un vif intĂ©rĂŞt, idĂ©alement en pĂ©riode de fin d’annĂ©e, en VO de prĂ©fĂ©rence (la VF Ă©tant absolument exĂ©crable), et impĂ©rativement en version non censurĂ©e.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
2èx

jeudi 13 décembre 2018

Je sais rien, mais je dirai tout

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.com

de Pierre Richard. 1973. France. 1h18. Avec Pierre Richard, Bernard Blier, Didier Kaminka, Luis Rego, Georges Beller, Pierre Tornade, Daniel Prévost

Sortie salles France: 6 Décembre 1973

FILMOGRAPHIE: Pierre-Richard Defays, dit Pierre Richard, est un acteur, rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur français, nĂ© le 16 aoĂ»t 1934 Ă  Valenciennes. 1970 : Le Distrait.1972 : Les Malheurs d'Alfred. 1973 : Je sais rien, mais je dirai tout. 1978 : Je suis timide mais je me soigne. 1979 : C'est pas moi, c'est lui. 1991 : On peut toujours rĂŞver. 1997 : Droit dans le mur.


Troisième rĂ©alisation de Pierre Richard couronnĂ© d'un succès public (1 485 350 entrĂ©es), Je sais rien, mais je dirai tout fustige en première ligne l'armĂ©e du point de vue d'un Ă©minent fabriquant d'armes qu'endosse le gĂ©nial Bernard Blier souvent irrĂ©sistible dans son orgueil maniaque. A contrario, son jeune fils, Pierre GastiĂ©-Leroy, Ă©ducateur social utopiste et frondeur, rĂŞve vainement de changer la mentalitĂ© militaire de ce dernier. EpaulĂ© d'anciens amis d'enfance peu recommandables, il sème la zizanie au sein de l'entreprise totalitaire du paternel. Succession ininterrompue de sketchs tantĂ´t hilarants, tantĂ´t lourdingues (au point d'en avoir le vertige), Pierre Richard dĂ©ploie une Ă©nergie Ă  corps perdu Ă  travers son personnage fantasque de fils Ă  papa oscillant pitreries, gaffes et stratĂ©gies de camouflage afin de discrĂ©diter la sinistre rĂ©putation belliqueuse de son père. Borderline, erratique, insolent, irritable, philanthrope, Pierre Richard prolifère les gags nonsensiques Ă  chaque seconde par le biais du mimĂ©tisme et de la verbigĂ©ration. Tant et si bien que plusieurs seconds-rĂ´les aussi cintrĂ©s se mĂŞlent Ă  ses infinies rĂ©parties avec une complicitĂ© aussi expansive.


Et donc, on a beau regretter l'approximation de la rĂ©alisation et la minceur de l'intrigue, prĂ©texte Ă  une moisson de sketchs inventifs tous plus dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s les uns que les autres, Je sais rien, mais je dirai tout finit par donner le tournis Ă  force d'outrance comique gĂ©nĂ©reusement illustrĂ©e avec un art consommĂ© de la dĂ©contraction ! Ainsi, si tout n'est pas du meilleur goĂ»t et que quelques gags volent plutĂ´t bas, l'abattage des comĂ©diens (Luis Rego, Geroge Beller, Pierre tornade, Daniel Prevost en tĂŞte, sans compter la ravissante Danielle Minazzoli - ex Ă©pouse Ă  la ville de Pierre Richard -) et surtout l'inimitiĂ© impayable entre Blier et Richard parviennent constamment Ă  nous arracher les rires avec une fringance aujourd'hui rĂ©volue depuis nos comĂ©dies mainstream. A l'instar de la chanson volontairement infantile et frĂ©tillante de Michel Fugain interprĂ©tĂ©e parmi la complicitĂ© du Big Bazar ("qui sait qui est très gentil, les gentiils ! qui sait qui est très mĂ©chant, les mĂ©chaants !"). D'autre part, et avec une Ă©vidente volontĂ© d'y cultiver le pamphlet socio-politique, Je sais rien mais je dirai tout s'avère rĂ©solument caustique lorsque Pierre Richard Ă©gratigne sans complexe l'armĂ©e (Ă  travers la vente massive d'armes de guerre) et l'exploitation ouvrière en y dĂ©nonçant au passage le racisme et la pollution dĂ©jĂ  bien florissantes Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 70. Comme le prouve la constante scĂ©nographie blafarde des entreprises dĂ©gageant des nappes de fumĂ©es du haut de leur cheminĂ©e jusqu'Ă  rĂ©percuter leur impuretĂ© auprès des champs ruraux.


A redécouvrir sans modération !

* Bruno
3èx

mercredi 12 décembre 2018

Meurtre au 43è Etage

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

"Someone's Watching Me" de John Carpenter. 1978. U.S.A. 1h37. Avec Lauren Hutton, David Birney, Adrienne Barbeau, Charles Cyphers, Grainger Hines, Len Lesser, John Mahon.

Diffusion TV U.S: 29 Novembre 1978. France: 1987 sur la chaine la Cinq

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.


RĂ©alisĂ© pour la TV la mĂŞme annĂ©e que le mythique Halloween, Meurtre au 43è Etage est un sympathique thriller Ă  suspense que John Carpenter façonne avec une efficacitĂ© perpĂ©tuelle eu Ă©gard de sa structure narrative voguant autour du huis-clos domestique et du jeu fĂ©brile de Lauren Hutton très convaincante en victime harcelĂ©e par un voyeur de palier. Le rĂ©cit reposant largement sur ses Ă©paules de par son omniprĂ©sence Ă  l'Ă©cran, Carpenter nous esquissant une Ă©tude caractĂ©rielle Ă  travers ses humeurs fringantes entachĂ©es de contrariĂ©tĂ© et de nervositĂ©, et ce avant d'amorcer une initiation hĂ©roĂŻque pour faire finalement front Ă  son agresseur sans visage. Ce qui nous vaut un final tendu Ă  l'angoisse dĂ©licieusement palpable, notamment grâce Ă  la camĂ©ra subjective de Carpenter que celui-ci dirige dĂ©jĂ  avec une habile maestria. MĂŞme si on a dĂ©jĂ  vu mieux Ă  travers son concept du "tueur au tĂ©lĂ©phone" (l'inĂ©galĂ© Terreur sur la Ligne, l'un des sketchs des 3 visages de la peur et surtout le classique Black Christmas), Meurtre au 43è Ă©tage est suffisamment bien menĂ©, sobrement interprĂ©tĂ© (notamment auprès de la romance timorĂ©e du couple) et assidĂ»ment rĂ©alisĂ© pour divertir sous l'impulsion d'une mĂ©canique Ă  suspense oĂą plane l'ombre d'Hitchcock (l'inĂ©vitable FenĂŞtre sur cour  en tĂŞte).

* Bruno
26.01.24. 4èx

mardi 11 décembre 2018

Terminator 3, le soulèvement des Machines

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Terminator 3: Rise of the Machines" de Jonathan Mostow. 2003. U.S.A. 1h49. Avec Arnold Schwarzenegger, Nick Stahl, Claire Danes, Kristanna Loken, David Andrews, Mark Famiglietti, Earl Boen

Sortie salles France: 6 Août 2003. U.S: 2 Juillet 2003

FILMOGRAPHIE: Jonathan Mostow est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 28 novembre 1961 Ă  Woodbridge, Connecticut (États-Unis). 1991: Flight of Black Angel. 1997: Breakdown. 2000: U-571. 2003: Terminator 3: Le Soulèvement des machines. 2009: Clones. 2017 : The Professional.


Inexplicablement boudĂ© par les fans, Terminator 3 demeure pourtant selon mon jugement de valeur un divertissement d'une Ă©nergie hallucinĂ©e (suffit de revoir l'Ă©bouriffante poursuite automobile exposant un camion grue azimutĂ© !), tant et si bien que l'on reconnaĂ®t bien la patte de Jonathan Mostwow dĂ©jĂ  signataire des très efficaces Breakdown et U 571. DĂ©clinaison survitaminĂ©e de Terminator 2, Terminator 3 retrace l'Ă©quipĂ©e de survie de John Connor, Katherine Brewster et le T-850 (Ă  nouveau revenu du futur) afin de dĂ©truire l'ordinateur Skynet pour Ă©viter le jugement dernier. Au mĂŞme moment, le T-X (encore plus innovant et destructeur que le prĂ©cĂ©dant volet) s'efforce de dĂ©jouer leur mission avec un acharnement inĂ©branlable. Pour apporter un regain d'originalitĂ©, le cinĂ©aste choisit d'impartir le rĂ´le Ă  la novice Kristanna Loken, autrefois jeune mannequin. Hyper charismatique dans sa combinaison latex couleur bordeaux, cette dernière crève l'Ă©cran de par sa beautĂ© gracile redoutablement pernicieuse. Les FX ahurissants de rĂ©alisme rehaussant l'aspect indestructible de cette machine belliciste d'une vĂ©locitĂ© sans Ă©gale. Ainsi, si l'intrigue prĂ©visible n'apporte pas vraiment de surprises, Jonathan Mostow est suffisamment inspirĂ©, circonspect, appliquĂ© (voir mĂŞme dĂ©complexĂ© par moments pour y apporter quelques savoureux clins d'oeil et touches d'humour) pour donner chair Ă  un univers d'anticipation aussi photogĂ©nique (la touche mexicaine en sus !) que crĂ©pusculaire, eu Ă©gard de la tournure dramatique des Ă©vènements si je me rĂ©fère Ă  l'impensable Ă©pilogue.


Et donc, on a beau anticiper son cheminement narratif (particulièrement bien construit), on se laisse facilement guider par cette palpitante aventure que mènent fougueusement le duo spontanĂ© Nick Stahl / Claire Daines (un couple antinomique en voie d'initiation identitaire et communicative) accompagnĂ© du mastard Schwarzy (toujours aussi iconique en cyborg redresseur de tort !) et d'une mĂ©chante increvable Ă  imprimer dans Le Livre Guinness des records ! Outre le punch de sa rĂ©alisation, la perfection de ses effets-spĂ©ciaux hyper convaincants et la motivation pugnace de nos personnages se dĂ©battant contre le mal avec un humanisme parfois chĂ©tif, Terminator 3 exploite lestement la disparitĂ© de ses dĂ©cors tantĂ´t urbains (les poursuites sur bitume), tantĂ´t ruraux (la fusillade dans le cimetière Ă  titre d'exemple singulier), tantĂ´t high-tech (la dernière partie situĂ©e dans la base militaire occultant une technologie avancĂ©e) tout en sublimant ses scènes d'action sans cĂ©der Ă  la fioriture. Et donc, de mon point de vue subjectif, Terminator 3 s'avère d'autant plus inexplicablement discrĂ©ditĂ© que Jonathan Mostow nous livre lĂ  avec autant de gĂ©nĂ©rositĂ© que d'intĂ©gritĂ© un monstrueux Ă©pigone du modèle de Cameron ! Tant et si bien que l'on reste constamment scotchĂ© au fauteuil grâce Ă  la cristallisation de son univers belliqueux au confins d'une apocalypse nuclĂ©aire et grâce Ă  l'attachante cohĂ©sion des personnages (le couple juvĂ©nile diffuse une force commune d'autant plus fragile Ă  travers leur innocence galvaudĂ©e).


A rĂ©habiliter d'urgence donc si on sait faire preuve de recul (Ă©vitez de revoir Ă  la file Terminator 2 et 3 !) et d'un certain second degrĂ© (Jonathan Mostow redoublant d'efficacitĂ© Ă  relancer l'intrigue - Ă©culĂ©e - pour afficher un ersatz aussi sombre et violent que futilement truculent).  

* Bruno
3èx 


lundi 10 décembre 2018

The Guilty. Prix du Public, Sundance 2018.

                                                              Photo empruntĂ©e sur Facebook, merci Thierry

de Gustav Möller. 2018. Danemark. 1h25. Avec Jakob Cedergren, Jessica Dinnage, Johan Olsen (da), Katinka Evers-Jahnsen, Omar Shargawi (da), Jeanette Lindbæk

Sortie salles France: 18 Juillet 2018. Danemark: 14 Juin 2018

FILMOGRAPHIEGustav Möller est un rĂ©alisateur danois nĂ© en 1988 Ă  Göteborg, en Suède. 2018: The Guilty.


Drame psychologique ardu transplanté dans le cadre du thriller intimiste (un concept binaire d'autant plus pervers dans les échanges de rôles !), The Guilty ne laisse rien présager du tsunami émotionnel qu'il nous prodigue au fil de son cheminement à suspense ! En attente de jugement au tribunal, un flic est enrôlé opérateur d'urgence. Après plusieurs entretiens éclectiques, il témoigne de l'appel au secours d'une femme kidnappée par un homme dans une camionnette blanche. Au fil de leurs échanges téléphoniques, il va tenter par tous les moyens de la sauver en localisant chaque appel avec l'intervention de la police. Uppercut émotionnel aussi âpre qu'inopinément rigoureux, The Guilty est de prime abord un modèle de suggestion dans le cadre exigu d'un centre de régulation d'appels d'urgence. Le réalisateur ne quittant jamais de vue le héros de l'écran littéralement obsédé à l'idée de résoudre une affaire de kidnapping, si bien que toutes les scènes décrites, exclusivement dictées par les dialogues, font appel à l'imagination du spectateur embarqué dans une sombre histoire de kidnapping. Ainsi, au fil de ses conversations haletantes avec la victime, avec ses collaborateurs et son fidèle adjoint, nous nous prenons autant d'empathie que d'appréhension pour le sort précaire de cette dernière d'une fragilité plutôt névralgique.


Il faut d'ailleurs souligner la précision de la bande-son et la diction très expressive de chaque intervenant (tant en VF qu'en VO !) lors des nombreux échanges téléphoniques que le spectateur écoute aussi scrupuleusement que le héros psychologiquement malmené si je me réfère à ses nombreuses erreurs de jugement qu'il n'anticipa. Car à travers ce récit tendu à l'issue tout à fait incertaine, le réalisateur soulève intelligemment en parallèle une sous-intrigue criminelle à travers le profil équivoque de cet opérateur hanté de culpabilité Spoil ! à la suite d'une bavure policière Fin du Spoil. Et donc, en guise de rédemption, il tentera par tous les moyens de se racheter une conduite en daignant sauver la vie de la victime. C'est donc à mi-parcours, et alors que le héros et la victime commencent à éveiller des sentiments l'un pour l'autre, que l'intrigue adopte une nouvelle ligne de conduite autrement vertigineuse, pour ne pas dire traumatisante à travers un rebondissement d'une cruauté inextinguible. C'est donc à partir de ce point de rupture que The Guilty déploie toute sa puissance dramatique à travers le portrait de deux victimes rongées par leur démon interne, en voie de prise de conscience mais isolées d'une main secourable.


D'une intensitĂ© dramatique tempĂ©tueuse en second acte brut de dĂ©coffrage, The Guilty joue autant avec les nerfs que les sentiments du spectateur pris Ă  parti avec le redoutable faux semblant. Remarquablement incarnĂ© par un unique acteur d'une sobriĂ©tĂ© d'expression bouleversante, The Guilty nous anĂ©antit d'Ă©motions sentencieuses eu Ă©gard de la tournure radicale des confrontations scrupuleusement radiographiĂ©es avec un art consommĂ© de l'acuitĂ© psychologique. Il en demeure aussi inconsolable que traumatisant. 

* Bruno

Récompenses:
Festival du film de Sundance 2018 : Prix du public de la section World Cinema Dramatic.
Festival international du film de Rotterdam 2018 : Prix du public et prix du jury jeunes.
Festival international du film policier de Beaune 2018 : Prix de la critique.
Festival international du film de Transylvanie 2018 : Prix du public.
Festival international du film de Seattle 2018 : Prix du meilleur réalisateur.
Festival international du film de Thessalonique 2018 : Prix d'interprétation masculine pour Jakob Cedergren.
Festival du film de Turin 2018 : Prix du meilleur acteur pour Jakob Cedergren, prix du meilleur scénario et prix du public

vendredi 7 décembre 2018

Bambi

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site samuelowengallery.com

Walt Disney Pictures Presents: Bambi de David D. Hand. 1942. U.S.A. 1h08.

Sortie Salles France: 15 Juillet 1947. U.SA: 13 AoĂ»t 1942. Belgique: 18 DĂ©cembre 1947

FILMOGRAPHIE SELECTIVEDavid D. Hand est un animateur, rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 23 Janvier 1900 Ă  Plainfield, New Jersey (Etats-Unis), dĂ©cĂ©dĂ© le 11 Octobre 1986 Ă  San Luis Obispo (Etats-Unis). 1936: Les Trois petits loups. 1937: Mickey Magicien. 1937: Blanche Neige et les 7 Nains. 1942: Bambi. 1980: Mickey Mouse Disco.


ConsidĂ©rĂ© comme l’un des films les plus bouleversants de Disney, au point d’avoir marquĂ© au fer rouge toute une gĂ©nĂ©ration, Bambi transfigure le conte initiatique de l’apprentissage et de la survie Ă  travers le regard d’un Ă©quidĂ© primitif. AdaptĂ© du roman Bambi, l’histoire d’une vie dans les bois de l’Autrichien Felix Salten, cet hymne Ă  la nature nous montre l’Ă©veil d’un faon grandissant sous l’aile de sa mère et la bienveillance de la forĂŞt. Dès sa naissance, Bambi dĂ©couvre l’Ă©clat du monde bucolique et les joies de l’amitiĂ©, entre le grincheux Monsieur Hibou, Panpan le lapin malicieux et Fleur, le putois dĂ©licat. Au grĂ© de ses tribulations avec ces compagnons fidèles, il fait aussi l’expĂ©rience des premiers Ă©mois face Ă  FĂ©line, Ă©lancĂ©e et mutine. Mais dans cette nature fastueuse, oĂą chaque saison rĂ©invente la lumière, il apprend aussi que l’existence n’est pas un Eden, et que certains dangers surgissent comme des ombres impromptues.

 
Chef-d’Ĺ“uvre Ă  l’enchantement intact, Bambi demeure un chant universel dĂ©diĂ© Ă  l’hĂ©ritage parental, Ă  la noblesse de l’amitiĂ© et Ă  la force de l’amour, mais aussi au courage d’affronter l’abattement. Avec la bonhomie irrĂ©sistible de personnages fantasques - toujours aussi Ă©tonnamment expansifs pour le studio - et la tendresse du faon encore tremblant, le film dĂ©ploie un florilège de scènes pittoresques et profondĂ©ment touchantes. De la caractĂ©risation dĂ©licatement disparate de chaque animal Ă  l’Ă©lĂ©gance de la vĂ©gĂ©tation forestière, jusqu’au lien maternel tissĂ© avec pudeur par la mère de Bambi, tout respire la grâce. Jalonner le rĂ©cit de pĂ©ripĂ©ties alarmantes - combat homĂ©rique contre un cerf, fuite paniquĂ©e lors de l’incendie - permet au film d’explorer la perte de l’innocence, notamment dans l’Ă©preuve tragique que le jeune faon devra surmonter pour apprivoiser le deuil. Ă€ travers ce drame brutal, qui hante encore la mĂ©moire de nombreux enfants (mĂŞme les plus grands), Bambi dĂ©nonce aussi l’orgueil vorace de l’homme, incarnĂ© par le chasseur qui tire fiertĂ© de traquer et d’abattre. De ces actes naĂ®t Ă©galement la nĂ©gligence fatale qui dĂ©clenche le brasier ravageant la forĂŞt.
 

Cantique dĂ©diĂ© Ă  la protection animale et cĂ©lĂ©bration de l’Ă©lan vital, Bambi continue d’Ă©merveiller par sa simplicitĂ© lumineuse et la fougue tendre de personnages qui aspirent seulement Ă  vivre en paix malgrĂ© l’hostilitĂ© humaine. Une leçon d’humanisme Ă  mĂ©diter, surtout pour ceux que la chasse sĂ©duit encore, derrière cette symphonie de douceur vouĂ©e Ă  la noblesse de l’innocence.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

09.01.13 (59 v)

jeudi 6 décembre 2018

Dracula et les Femmes Vampires

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

de Dan Curtis. 1973. Angleterre. 1h38. Avec Jack Palance, Simon Ward, Nigel Davenport, Pamela Brown, Fiona Lewis, Penelope Horner, Murray Brown.

Diffusion France TV: 12 Mai 1976. U.S: 8 Février 1974.

FILMOGRAPHIE: Dan Curtis est un producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 12 Août 1927 à Bridgeport, Connecticut (Etats-Unis), décédé le 27 mars 2006 à Brentwood (Californie). 1966: Dark Shadows (série TV). 1970: La Fiancée du Vampire. 1971: Night of dark shadows. 1973: Dracula. 1973: The Night Strangler (télé-film). 1975: La Poupée de la Terreur. 1976: Trauma. 1977: Dead of Night. 1977: La Malédiction de la veuve noire (télé-film). 1992: Intruders (télé-film). 1996: La Poupée de la terreur 2 (télé-film).


RĂ©alisĂ© par Dan Curtis, un des maĂ®tres du Fantastique jamais reconnu Ă  mes yeux (on lui doit tout de mĂŞme le chef-d'oeuvre Trauma et bien d'autres pĂ©pites parmi lesquelles The Night Strangler, La FiancĂ©e du Vampire, la PoupĂ©e de la Terreur et la MalĂ©diction de la Veuve noire); Dracula demeure une sympathique adaptation tĂ©lĂ©visuelle du roman Ă©ponyme de Stoker. Car sans rĂ©volutionner le mythe sĂ©culaire, Dan Curtis possède suffisamment de savoir-faire et d'affection pour le genre afin de rendre assez ludique ce Dracula natif de 1973. EmaillĂ© de sĂ©quences atmosphĂ©riques franchement immersives, tant auprès de la scĂ©nographie gothique des dĂ©cors domestiques (avec un goĂ»t prononcĂ© pour la nuance vermeille), de ses cryptes dĂ©caties que de sa nature crĂ©pusculaire tantĂ´t onirique (notamment Ă  travers la silhouette spectrale du vampire aussi mutique que diaphane), Dracula parvient efficacement Ă  se renouveler sous l'impulsion d'un Jack Palance Ă©tonnamment inquiĂ©tant. Patibulaire Ă  travers sa mâchoire carrĂ©e et ses petits yeux viciĂ©s, ce dernier magnĂ©tise l'Ă©cran avec (une sobre) conviction si bien que le spectateur reste rĂ©gulièrement fascinĂ© par ses factions sournoises. Quant aux seconds-rĂ´les assez investis dans leur posture hĂ©roĂŻque (la fraternitĂ© d'Arthur et de Van Helsing) ou dĂ©munie (les victimes fĂ©minines en proie Ă  l'hypnose puis Ă  la contamination) on parvient Ă  s'y identifier grâce Ă  leur jeu modĂ©rĂ© dĂ©nuĂ© d'emphase. Et pour parachever dans l'horreur la plus ensorcelante, on apprĂ©cie Ă©galement les quelques apparitions pernicieuses des femmes vampires dissĂ©minĂ©es Ă  travers l'intrigue pour s'y insurger.


Produit pour la TV dans une facture formellement sĂ©pia, ce Dracula 73 parvient donc Ă  s'extirper du carcan tĂ©lĂ©visuel grâce aux talents communs de Dan Curtis et de Jack Palance assez complices pour plonger le spectateur dans un rĂ©vĂ©rencieux cauchemar gothique honorablement convaincant. 

* Bruno
15.03.13. 47 v
06.12.18. 2èx