vendredi 31 mai 2013

LA MAUVAISE GRAINE (The Bad Seed)

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site rottentomatoes.com

de Mervyn Leroy. 1956. U.S.A. 2h09. Avec Nancy Kelly, Patty McCormack, Henry Jones, Eileen Heckart, Evelyn Varden, William Hopper, Paul Fix.

Sortie salles U.S: 12 Septembre 1956

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Mervyn Leroy est un réalisateur, producteur, acteur et scénariste américain, né le 15 Octobre 1900 à San Francisco, Californie, décédé le 13 Septembre 1987 à Beverly Hills (Los Angeles).
1939: Le Magicien d'Oz (non crédité). 1942: Prisonnières du passé. 1943: Aventure en Lybie. 1949: Les 4 Filles du Dr March. 1951: Quo Vadis. 1955: Permission jusqu'à l'aube. 1956: La Mauvaise Graine. 1961: Le Diable a 4 heures. 1968: Les Bérets Verts.


Les Tueurs de l'éclipse, l'Autre, les Révoltés de l'an 2000, les Enfants du Maïs, la Malédiction, Une si gentille petite fille, Emilie, l'enfant des Ténèbres, l'Enfant Miroir, puis plus récemment Esther et The Children... Tous ces films notoires ont comme particularité d'avoir traité le thème de l'enfance diabolique avec plus ou moins de bonheur. Si certains d'entre eux restent de véritables chefs-d'oeuvre toujours aussi acerbes dans leur acuité psychologique (les Révoltés... l'Autre), une oeuvre avant-gardiste réalisée en 1956 par Mervyn Leroy avait aussi marqué les esprits par sa force de suggestion et son intensité émotionnelle.

Depuis la découverte macabre d'un enfant repêché dans un lac, une mère commence à suspecter la responsabilité de sa propre fille tant elle semble impassible face à la disparition de son camarade de classe. D'autres évènements vont venir confirmer l'inquiétude exponentielle de sa génitrice. 



Tiré d'un roman de William March et d'une pièce de Maxwell Anderson, La Mauvaise Graine est une perle rare occultée depuis sa sortie et peu diffusée à la télévision. Réalisé par un cinéaste prolifique ayant à son actif plus de 80 métrages (dont le fameux Quo-vadis et Les 4 Filles du Dr March), ce thriller psychologique réussit avec intelligence à combiner suspense et angoisse pour les portraits octroyés à une mère démunie et sa fille pernicieuse. Prenant pour cadre la scénographie d'une demeure familiale,  Mervyn Leroy nous illustre de façon circonspecte une confrontation intense entre cette mère de famille davantage contrariée par l'attitude désinvolte de sa fille. Ce thriller redoutablement efficace et scrupuleusement interprété redouble de densité dans la filiation indécise allouée à une épouse autrefois orpheline. En mettant en exergue cette caractérisation maternelle compromise à l'adoption parentale, la Mauvaise Graine exacerbe sa force émotionnelle du point de vue d'une génitrice déchue de son identité mais aussi rongée par la culpabilité de sa postérité criminelle. Quoi de plus ardu et de déviant que d'apprendre et tolérer l'impensable ! C'est à dire admettre que son propre rejeton (en l'occurrence une fillette capricieuse âgée de 8 ans !) soit inconsciemment habitée par le Mal. Afin d'exacerber son caractère réaliste et sa tension perpétuelle, la qualité de l'interprétation se révèle l'atout inhérent de cette intense confrontation. Que ce soit au niveau de la prestance fragile de Nancy Kelly dans un rôle rigoureux chargé d'amertume ou celle, diabolique, de Patty McCormack, en fillette véreuse incapable de refréner ses pulsions vengeresses. ATTENTION SPOILER ! A cet égard meurtrier, le traitement infligé au jardinier (de manière hors-champs) s'avère bien pénible et cruel dans l'intonation invoquée à ces hurlements ! FIN DU SPOILER. Enfin, un second rôle féminin (sobrement incarné par Eileen Heckart) vient notamment renforcer le caractère dramatique de cette situation de crise face au désespoir d'une mère accablée par le deuil de son propre fils !



En dépit de l'aspect édulcoré de son épilogue salvateur, La Mauvaise Graine s'avère une excellente surprise brillamment interprétée et réalisée avec concision dans la froideur de son impact psychologique. Une vraie perle de noirceur macabre d'autant plus rare et ignorée qu'on aurait tort de l'occulter indéfiniment !

Un grand merci à l'Univers Fantastique de la Science-fiction
31.05.13
Bruno Matéï


jeudi 30 mai 2013

BLUE VELVET. Grand Prix à Avoriaz,1987.

                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site mhd-heaven.blogspot.com

de David Lynch. 1986. U.S.A. 2h01. Avec Isabella Rossellini, Kyle MacLachlan, Dennis Hopper, Laura Dern, Hope Lange, Dean Stockwell.

FILMOGRAPHIE: David Lynch est un réalisateur, photographe, musicien et peintre américain, né le 20 Janvier 1946 à Missoula, dans le Montana, U.S.A.
1976: Eraserhead. 1980: Elephant Man. 1984: Dune. 1986: Blue Velvet. 1990: Sailor et Lula. 1992: Twin Peaks. 1997: Lost Highway. 1999: Une Histoire Vraie. 2001: Mulholland Drive. 2006: Inland Empire. 2012: Meditation, Creativity, Peace (documentaire).


Plongée introspective dans les entrailles des ténèbres sous l'apparence tranquille d'une bourgade bucolique, Blue Velvet est une expérience inclassable au pouvoir de fascination imparable. Auréolé du Grand Prix à Avoriaz en 1987, ce diamant noir à l'aura hermétique nous projette dans un univers malsain où débauche sexuelle et sadomasochisme vont peu à peu corrompre un jeune garçon avide de mystère et de voyeurisme ! Après avoir découvert une oreille dans un champs, le jeune Jeffrey décide de mener sa propre enquête afin de connaître l'identité de son propriétaire. Sa curiosité et son attirance pour l'inconnu vont l'attirer dans l'appartement d'une chanteuse de cabaret, séquestrée et molestée par un dangereux psychopathe. 


En empruntant le schéma classique du film noir, David Lynch s'impose ici en créateur d'univers parallèle par le biais du Bien et du Mal infiltrés au coeur de n'importe quelle bourgade urbaine. A travers l'investigation d'un voyeur juvénile attiré par le Mal, Blue Velvet nous immerge par le trou d'une serrure afin de nous divulguer un monde sordide où sexe et violence vont galvauder l'éthique des victimes asservies. La fascination exercée sur ce monde de débauche et de corruption nous ramène inévitablement à notre propre conscience existentielle, à savoir que les notions du bien et du mal sont instinctivement connectés à notre rétine cérébrale. David Lynch nous évoquant l'instinct primitif de l'être humain et son éventuel dégénérescence quand celui-ci s'emploie à dépasser les frontières de la moralité, notamment parce que le monde est enraciné dans la cruauté. Avec une originalité sans égale, le réalisateur bouscule les habitudes du spectateur dans une mise en scène expérimentale en perpétuelle mutation. Il utilise comme prétexte l'intrigue criminelle d'un kidnapping et la découverte insolite d'une oreille coupée pour bâtir un film fantastique obscur où le genre n'est jamais explicite. A travers ses décors baroques, ses chansons rétros, sa mélodie envoûtante et surtout la dimension névrosée de ces personnages, Blue Velvet suggère un fantastique éthéré par sa dimension psychologique. Tandis que sa structure narrative ne cesse d'alterner les changements de tons afin de distancier le monde obscur de la perversion (l'étrange confrérie de Frank et ses sbires) et celui, salvateur, de l'innocence (l'idylle naissante caractérisée par le couple Jeffrey/Sandy). Ce fantastique baroque est notamment mis en exergue par l'excentricité psychotique de Frank, mafieux sans vergogne imbibé de drogue et d'alcool, épaulés d'hommes de main tout aussi dégénérés ! Pour endosser son rôle de schizophrène incurable, Dennis Hopper livre son interprétation la plus effrontée pour extérioriser ses pulsions sexuelles et sa violence incontrôlée. Littéralement transi de démence, l'acteur martyrise son otage avec une nature erratique aussi dérangeante qu'éprouvante ! Plongé dans la soumission et le désarroi,  Isabella Rossellini provoque l'empathie pour retransmettre avec fragilité, émotion et rancoeur sa condition de femme soumise, compromise par un penchant pervers pour le masochisme. Enfin, Kyle MacLachlan incarne tout en sobriété et de manière ambivalente celui d'un espion voyeuriste, subitement épris d'attirance par la perversion mais rattrapé par le remord et son affection pour sa compagne.


Un monde étrange
Chef-d'oeuvre métaphorique sur le simulacre et l'instinct cruel de l'existence, réflexion sur l'influence de la perversion, Blue Velvet est un moment de cinéma étrange inévitablement hypnotique. Une fascinante plongée intérieure dans les méandres du Mal mais aussi une catharsis sur la rédemption de l'amour. Avec puissance évocatrice et émotion candide, Blue Velvet s'érige aussi en exorcisme face à nos démons intérieurs pour notre combat quotidien à la collecte de la quiétude. 

30.05.13. 4èx
Bruno Matéï

Récompenses: Meilleur réalisateur et meilleur second rôle masculin pour Dennis Hopper, lors des Los Angeles Film Critics Association Awards en 1986.
Meilleur acteur pour Dennis Hopper, lors du Festival des films du monde de Montréal en 1986.
Meilleur film et meilleure photographie, lors du Festival international du film de Catalogne en 1986.
Grand Prix au Festival d'Avoriaz en 1987.
Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure photographie et meilleur second rôle masculin pour Dennis Hopper, lors des Boston Society of Film Critics Awards en 1987.
Meilleur film étranger, lors des Fotogramas de Plata (Espagne) en 1987.
Meilleure actrice pour Isabella Rossellini, lors des Film Independent's Spirit Awards en 1987.
Meilleur film étranger, lors des Joseph Plateau Awards (Belgique) en 1987.
Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure photographie et meilleur second rôle masculin pour Dennis Hopper lors des National Society of Film Critics Awards en 1987.




mercredi 29 mai 2013

LE FANTOME DE MILBURN (Ghost Story)

                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site allpicspeople.skyrock.com

de John Irvin. 1981. U.S.A. 1h50. Avec Fred Astaire, Melvyn Douglas, Douglas Fairbanks Jr, John Houseman, Craig Wasson, Patricia Neal, Alice Krige.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: John Irvin est un réalisateur et scénariste anglais, né le 7 Mai 1940 à Newcastle-upon-Tyne en Angleterre.
1980: Les Chiens de Guerre. 1981: Le Fantôme de Milburn. 1984: Champions. 1986: Le Contrat. 1987: Hamburger Hill. 1989: Un Flic à Chicago. 1990: La Guerre des Nerfs. 1991: Robin des Bois. 1994: Parfum de Scandale. 1997: City of Crime. 2001: Vengeance Secrète. 2008: The Garden of Eden.


Réalisateur éclectique, John Irvin s'entreprend pour son second long-métrage à adapter une histoire de fantômes d'après une nouvelle de Peter Straub. Bien connu auprès des amateurs de films de guerre et d'action, à l'instar des Chiens de Guerre, Hamburger Hill ou le Contrat, John Irvin empreinte ici la voie de l'épouvante vétuste avec l'aimable intervention d'anciennes gloires des années 30 (Fred Astaire ici dans son dernier rôle, Melvyn Douglas, Douglas Fairbanks Jr, puis dans une moindre mesure John Houseman !).

Un groupe de sexagénaires, anciens amis de longue date, sont confrontés à endurer le même cauchemar durant leurs nuits d'insomnies. Hantés par un terrible secret, nos quatre notables vont être contraints d'affronter le fantôme d'une jeune dame revancharde !


Confectionné sous le moule d'une ghost story vintage alternant la reconstitution des années 30 puis l'époque moderne des années 80, Le fantôme de Milburn avait de quoi fantasmer les amateurs de bonnes vieilles histoires horrifiantes que l'on aime se narrer au coin du feu avec un verre de cognac ! D'autant plus que le soin alloué à sa photographie, à la confection des maquillages (élaborés par le spécialiste Dick Smith, préalablement responsable de la métamorphose de Regan dans l'Exorciste !) et à la prestance notable d'anciens vétérans d'Hollywood laissaient présager un film ambitieux traité avec conviction. Seulement à l'arrivée, il faut bien admettre que cette ghost story revancharde manque cruellement d'intensité dans sa dimension dramatique, d'empathie pour le sort de la victime (notamment la culpabilité des responsables !) et surtout d'angoisse diffuse pour les méfaits délétères d'un spectre transi de rancoeur. Si le film se laisse tout de même suivre sans trop d'ennui et qu'en de rares occasions il ne manque pas de susciter une aura de charme désuet, sa facture télévisuelle, l'emploi pompeux de sa partition musicale et surtout la routine de sa réalisation stérile l'empêchent d'accéder à l'oeuvre obsédante promulguée. Eludé de séquences spectaculaires ou effrayantes, les quelques apparitions spectrales qui jalonnent le récit s'avèrent tout de même marquantes (bien que concises !) dans l'aspect morbide des maquillages afin de mettre en exergue des cadavres en putréfaction ! En prime, pour le rôle imparti à une revenante discréditée, l'actrice Alice Krige véhicule un trouble permanent dans son regard austère et une froideur persistante dans sa physionomie blafarde. Son jeu ombrageux émanant de sa tragédie accidentelle ne manque pas de suggérer un charme particulièrement vénéneux.


Si la génération actuelle risque sévèrement de s'ennuyer pour rendre compte d'une oeuvre fastidieuse éludée du moindre frisson (un préjudice pour un film d'horreur !), les nostalgiques de l'époque reverront sans doute le Fantôme de Milburn avec une mélancolie sentencieuse, d'autant plus contrariés par le dépit. 

29.05.13. 4èx
Bruno Mattéï

mardi 28 mai 2013

PHENOMENA

                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site stuffpoint.com

de Dario Argento. 1985. Italie. 1h49. Avec Jennifer Connelly, Donald Pleasance, Daria Nicolodi, Patrick Bauchau, Dalila Di Lazzaro.

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie).
1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975: Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


Dernière pièce maîtresse du maestro à ce jour, Phenomena est un voyage onirique au pays des songes sous l'allégeance d'insectes mentors. Sous-estimé lors de sa sortie en 1985, notamment à cause de l'utilisation belliqueuse d'une bande-son parfois hard rock, ce trip féerique s'avère une clef de voûte inhérente du fantastique contemporain, transcendée par la virtuosité d'une mise en scène clipesque et de l'interprétation candide de la divine Jennifer Connely. Du haut de ses 14 ans, l'actrice néophyte (elle a débuté un an au préalable sous l'omnipotence de Leone dans Il Etait une fois en Amérique !) parvient par sa présence gracieuse à véhiculer une aura trouble pour son don surnaturel à pouvoir communiquer avec les insectes. Si le scénario semblait de prime abord grotesque et éculé, Dario Argento réussit avec une ambition auteurisante de juxtaposer le merveilleux et l'horreur sous l'entremise du giallo hybride. Imaginez une seconde qu'une simple mouche puisse  débusquer la tanière d'un tueur misogyne sous l'investigation d'une adolescente télépathe victime de somnambulisme ! Sur le papier, il y avait en effet matière à se railler d'une idée aussi saugrenue. Pourtant, avec une ambition formelle déployant un florilège d'images fastueuses, notre maestro élabore des séquences oniriques d'une poésie si renversante que nous nous sentons happés dans une sorte de trip merveilleux semi cauchemardesque (toutes les séquences expérimentales liées à l'hypnose de Jennifer) ! Tant et si bien qu'Argento n'oublie jamais de conjuguer des séquences à suspense parfois intenses (son prologue meurtrier insufflant un souffle macabre environnemental, l'embuscade de Jennifer au sein de la demeure du tueur puis sa traque entamée vers le lac) et de nous ébranler avec des meurtres à la fois stylisés et acérés. A l'instar de cette tête tranchée dévalant violemment la pente d'une cascade vertigineuse !


Pour autant, Phenomena ne s'avère pas non plus une réussite probante, faute de quelques incohérences narratives (l'inconscience de Jennifer trop facilement engagée dans une investigation criminelle sous les conseils d'un entomologiste infaillible puis son insouciance à accepter l'hébergement d'une enseignante castratrice) et le jeu un brin caricatural de certains seconds rôles (l'inspecteur de routine s'avère transparent dans son enquête criminelle quand bien même l'amie de Jennifer véhicule maladroitement un jeu naturel assez amateuriste). En dépit de son caractère perfectible, à la manière de cette musique hard-rock plutôt déstabilisante, cette oeuvre charnelle ne cesse de nous envoûter par son élégance immaculée (photo limpide magnifiquement éclairée de néons azur et laiteux) et par son audace originale de nous enseigner l'univers secret des insectes télépathes ! Pour parachever, je ne manquerais pas non plus de souligner l'importance à laquelle Dario Argento s'emploie à transcender la beauté surnaturelle d'une nature vernale en clair-obscur (la Transylvanie suisse !) ! Notamment le rôle majeur imparti à l'impétuosité du vent, véritable acteur modèle à l'entité invisible mais nanti d'une aura éthérée véritablement ensorcelante !


Le chant du cygne d'Argento
D'une beauté lascive olfactive, Phenomena est une féerie macabre transcendée par la candeur d'une adolescente mystique en symbiose avec le monde des insectes ! Scandé par l'éloquence chorale des mélodies de Simonetti, cette émeraude s'érige en poème naturaliste, là où la perception visuelle et l'ouïe du spectateur sont en conjonction extatique !

28.05.13. 4èx
Bruno Dussart

lundi 27 mai 2013

DEMONS (Demoni)

                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

de Lamberto Bava. 1985. Italie. 1h29. Avec Urbano Barberini, Natasha Hovey, Karl Zinny, Fiore Argento, Paola Cozzo, Fabiola Toledo.

FILMOGRAPHIE: Lamberto Bava est un réalisateur et scénariste italien, né le 3 avril 1944 à Rome.
1980: Baiser Macabre. 1983: La Maison de la Terreur. 1984: Apocalypse dans l'océan rouge. 1984: Blastfighter. 1985: Demons. 1985: Midnight Horror. 1986: Demons 2. 1991: Body Puzzle. 2006: Ghost Son.


Si Lamberto Bava n'a jamais réussi à percer dans le cinéma d'horreur pour rivaliser avec le talent de son illustre père, son premier long-métrage, Baiser Macabre, était une belle réussite pour son portrait sulfureux imputé à une veuve psychotique aux penchants nécrophiles. Outre ce petit classique de déviance macabre, le fils Bava nous avait notamment concocté 5 ans plus tard une bisserie horrifique entièrement dédiée au gore décomplexé. Produit et scénarisé par son comparse Dario Argento et épaulé du compositeur Claudio Simonetti, Demons se compromet au plaisir coupable du samedi soir. Si la génération actuelle risque de s'en gausser en le découvrant une première fois, les cinéphiles puristes des années 80 trouveront encore matière à se divertir devant ce produit d'exploitation typiquement transalpin. Outrance et surenchère étant les maîtres mots du réalisateur délibéré à mettre en exergue l'action cinglante d'un survival en lieu clos afin de pallier sa carence narrative et le jeu caricatural des piètres comédiens. Durant la projection d'un film au cinéma, les spectateurs piégés à l'intérieur vont devoir faire preuve de bravoure pour combattre des créatures démoniaques. Leur tâche s'avère d'autant plus ardue que la morsure d'un possédé les contamine vers une folie meurtrière incontrôlée !


Tous les défauts majeurs précités sont bien représentatifs du nanar transalpin uniquement destiné à nous divertir en toute simplicité mais avec un sens de générosité affable. L'intérêt de Démons résidant dans son efficacité alerte à nous déployer un florilège de séquences horrifiques dopées à la surenchère. Car ici, à l'image de ces créatures erratiques écumant une bave verdâtre, le gore est tellement grotesque et spectaculaire qu'il nous suscite un irrésistible plaisir jouissif. Quand bien même la partition entraînante de Claudio Simonetti bat la cadence avec une énergie cuisante ! Reposant sur la démesure, Lamberto Bava exploite habilement la scénographie restreinte de son unité de lieu auquel un groupe de survivants doit tenter de s'y extraire pour éviter l'offensive et l'infection d'une horde de démons ! Outre le jeu exécrable des comédiens, la minceur de l'intrigue empruntant la mise en abyme et surtout la crétinerie des dialogues, Bava se permet d'insérer en interne de son huis-clos des situations si improbables qu'elle provoque la dérision ! A l'image de cette course effrénée en moto qu'un de nos héros doit parcourir pour traverser la salle par dessus les sièges ! Pire encore, lorsqu'un hélicoptère surgi de nulle part va venir s'écraser sur le toit du cinéma pour terminer son atterrissage en plein coeur de la salle !


Ce grand n'importe nawak assumé imparti au grand-guignol de défouloir permet à Démons d'amorcer une réelle efficacité par la vigueur de sa réalisation embrayant moult actions débridées. La qualité des FX gores artisanaux et le score tonitruant de Simonetti renforçant notamment le capital sympathie de cet irrésistible classique Bisseux ! 

27.05.13. 5èx

    vendredi 24 mai 2013

    STREET TRASH. Prix Très Spécial Avoriaz,1987.

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site Kepster.com

    de Jim Muro. 1986. U.S.A. 1h40. Avec Mike Lackey, Bill Chepil, Marc Sferrazza, Jane Arakawa, Nicole Potter, Pat Ryan.

    Sortie salles France: 24 Juin 1987

    Récompenses: Prix Très Spécial à Avoriaz, 1987
    Prix "gore" au rex de Paris, 1987
    Corbeau d'Argent au Festival du film fantastique de Bruxelles

    FILMOGRAPHIE: Jim Muro est un réalisateur et scénariste américain, né en 1966 à New-York.
    1986: Street Trash


    Spécialiste de la steadycam sur de grosses productions ricaines, Jim Muro avait réalisé au préalable un unique long-métrage alors qu'il n'était âgé que de 19 ans ! Reniant aujourd'hui son film depuis qu'il se serait reconverti dans une secte (d'autres sources évoquent notamment certaines pressions mafieuses qu'il aurait pu subir), Street Trash est un sommet de mauvais goût au gore festif, récompensé du Prix Très Spécial à Avoriaz. Le scénario quasi inexistant est un prétexte afin de dépeindre une galerie de personnages marginaux sous l'entremise de clodos et de vétérans du vietnam vautrés dans la déchéance et l'alcoolisme. Du fond de la cave de son échoppe, un commerçant retrouve une vieille caisse d'alcool frelaté et décide de le commercialiser auprès de sa petite clientèle. Cette boisson prénommée "Viper" se révèle un véritable poison mortel pour le consommateur avide d'émotions fortes ! Après l'avoir ingurgité, les corps des victimes se liquéfient ou explosent sous un déluge de chairs et de sang polychromes ! Au même moment, un flic sans vergogne enquête sur le meurtre d'une jeune femme retrouvée nue dans le quartier mal fréquenté des clochards.


    Gore, violent, insolent et iconoclaste, véritable pied de nez au politiquement correct, Street Trash est un sommet de dérision toujours plus déviante et malotrue ! Eludé du moindre héros redresseur de tort ou de protagonistes altruistes, Street Trash ne fait que mettre en exergue la faune de laissés-pour-compte co-habitant au sein d'une casse de voiture avec l'accord de son directeur ventripotent. Avec sa réalisation inventive bourrée d'idées incongrues et d'effets de caméra vertigineux coordonnés par la steadycam, Jim Muro pallie la maigreur de son scénario par son esthétisme urbain en délabrement et une profusion d'effets gores décomplexés. Les masses corporelles des pauvres clodos infectés se liquéfiant ou explosant sous un déluge de couleurs criardes ! A titre d'exemple emblématique, personne n'a oublié le trépas d'un clochard littéralement enseveli du fond de sa cuvette de WC après qu'il eut ingurgité le fameux "Viper" ! Le pauvre gars tentant en désespoir de cause de se raccrocher à la chasse d'eau ! Pourvu d'effets spéciaux soignés et spectaculaires, la plupart des mises à mort improbables se révèlent de belles prouesses techniques et ne cessent de véhiculer une réjouissance désinhibée. L'humour noir et l'esprit potache (comme cette partie de foot avec un pénis !) étant les maîtres mots du réalisateur afin de nous compromettre à un spectacle d'improvisation voué à la transgression. Viol, meurtres, pillages et coups bas sont le lot quotidien d'une bande de clodos alcoolos incapables de vivre en communauté car toujours plus contraints de se trahir pour la quête du profit. Alors qu'au même moment, l'investigation d'un flic impassible aux méthodes expéditives est sur le point d'aboutir ! Si le rythme sporadique peut parfois prêter à une certaine défaillance, la manière dont Jim Muro nous immerge dans son univers de corruption ne manque pas de nous fasciner et maintient l'intérêt par son esprit anarchiste d'irrévérence et de provocation. Car outre les meurtres gratuits et les viols crapuleux, le vomi et la pisse sont également de la partie afin de discréditer l'ennemi rival.


    Affreux, sales et méchants
    Potache, débridé, immoral et violemment trivial, Street Trash s'érige en film culte et se révèle étonnamment moderne par son esthétisme criard proche d'une production Troma déployant à outrance des effets gores jamais vu au préalable ! Une expérience glauque filmée à l'arrache d'un semblant de documentaire mais canalisée par une verve d'ironie cartoonesque !

    24.05.13. 4èx
    Bruno Matéï



    jeudi 23 mai 2013

    PAPER HOUSE. Grand Prix de l'Etrange à Avoriaz, 1989.


                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Zonebis.com

    de Bernard Rose. 1988. Angleterre. 1h32. Avec Ben Cross, Charlotte Burke, Jane Bertish, Samantha Cahill, Glenne Headly, Sarah Newbold, Gary Bleasdale.

    Récompenses: Corbeau d'Or au BIFFF 1989
    Grand Prix de l'étrange à Avoriaz, 1989.
    Prix de la Meilleure actrice (Charlotte Burke) et Prix spécial du jury à Fantasporto en 1989

    FILMOGRAPHIE: Bernard Rose est un réalisateur, scénariste, acteur, directeur de photo et monteur britannique, né le 4 Août 1960 à Londres.
    1986: Smart Money. 1987: Body Contact. 1988: Paperhouse. 1990: Chicago Joe and the Showgirl. 1992: Candyman. 1994: Ludwig van B. 1997: Anna Karénine. 2000: Ivans xtc. 2005: Snuff Movie. 2008: The Kreutzer Sonata. 2010: Mr Nice. 2011: Two Jacks.


    Film culte des années 80 honteusement inédit en salles, Paperhouse fit les beaux jours des fantasticophiles qui eurent l'aubaine de le louer auprès de leur vidéo de quartier. Conte initiatique sur la puberté confrontée au deuil d'un être cher, le film de Bernard Rose est une denrée précieuse du fantastique contemporain par son pouvoir prégnant de fascination en liaison direct avec l'au-delà des songes ! Elève rebelle et chahuteuse au point d'avoir été expulsée d'un cours, Anna va subitement entretenir une étrange relation matérielle avec ses rêves. En dessinant une maison sur une feuille de papier, elle se retrouve plongée dans un monde parallèle émanant de son imagination. Après avoir appris par son entourage la grave maladie d'un jeune garçon, elle réussit à établir sa rencontre en interne du rêve puis se motive à perdurer une relation amicale. 


    D'après l'oeuvre de Catherine Storr, une écrivaine spécialiste en conte pour enfants, Paperhouse est un ovni singulier à mi-chemin entre le fantastique onirique (scénographie enfantine à l'architecture baroque, nature clairsemée étrangement feutrée) et l'horreur crépusculaire (toute la partie belliqueuse au sein de la demeure centrée sur la venue du père s'avère réellement terrifiante !). Réalisé avec souci de transgression afin de bafouer les codes des genres, l'impact immersif de cette oeuvre gracile réside dans son souci d'expérimenter, notamment cet instinct de persuasion à établir un rapport commun entre le monde réel et celui des songes. Avec la dimension humaine d'une fillette candide mais désinvolte (magnifiquement campée par la nature innocente de Charlotte Burke !), Paperhouse nous confronte à son introspection compromise par une absence paternelle (son père violent et alcoolique est en l'occurrence soigné dans un centre spécialisé). Esseulée, incomprise par sa mère et en quête d'identification, elle se conçoit instinctivement un monde parallèle par l'entremise du rêve, puis tente par la même occasion d'épargner de sa propre réalité la mort d'un enfant. Par la chimère d'une adolescente, l'étrange relation que le film élabore avec notre matérialité quotidienne et celui du songe nous entraîne (par la main) dans son délire fantasmatique aussi torturé que libérateur. L'esthétisme formel alloué à toutes les séquences oniriques participe grandement à ce sentiment d'évasion que perçoit l'héroïne et le spectateur, à ce besoin inhérent d'escompter un monde meilleur afin d'apprivoiser un climat plus serein. 


    Réflexion existentielle sur le sens de la réalité et la motivation du rêve, métaphore sur la puberté et nos terreurs enfantines (peur innée d'accéder à la maturité, affres de l'ogre symbolisé ici par un paternel irresponsable), Paperhouse s'achemine en conte clair-obscur pour nous rappeler avec vibrante émotion l'univers prodigieux du cap de l'enfance. 

    23/05/13 (précédente diffusion 03.02.11). 4èx
    Bruno Matéï

    mercredi 22 mai 2013

    THE NESTING (Phobia / Massacre Mansion)

                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site lantredelhorreur.blogspot.com

    de Armand Weston. 1981. U.S.A. 1h43. Avec Robin Groves, Christopher Loomis, Michael David Lally, John Carradine, Gloria Grahame, Patrick Farrelly.

    FILMOGRAPHIE:  Armand Weston est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, décédé le 26 Mai 1988.
    1970: The Hot House. 1972: Personnals (documentaire). 1975: The Defiance of good. 1976: Expose me, lovely. 1976: The Taking of Christina. 1978: Take Off. 1979: Radical Sex Styles (documentaire). 1981: The Nesting. 1984: Blue Voodoo (non crédité, dtv).


    Inédit en salles dans nos contrées, The Nesting est une petite curiosité horrifique réalisée par un cinéaste méconnu ayant parfois oeuvré dans la pornographie (Defiance of good serait un incontournable pour les amateurs de X des seventies !). Traitant du thème de la hantise au sein d'une vaste demeure abandonnée, cette série B empreinte notamment quelques éléments à Shining dans la caractérisation de cette écrivaine au bord de la folie car, outre son problème d'agoraphobie, elle est envahie d'hallucinations cauchemardesques par la cause de fantômes revanchards. Pour transcender sa peur, Lauren Cochran décide de s'exiler afin d'emménager dans une vieille bâtisse octogonale en plein coeur d'une nature forestière. Rapidement, d'étranges évènements surnaturels ne vont pas tarder à la persécuter. Déterminée à ne pas se laisser intimider et pour combattre sa maladie, la jeune femme décide d'y résider mais sombre peu à peu dans une folie paranoïaque.


    Amateurs d'ambiance latente et feutrée, The Nesting est conçu sous le principe de suggestion afin de vous susciter une angoisse diffuse délicieusement palpable. Le soin alloué à ces décors d'architecture ainsi que l'esthétisme de sa photographie rétro (notamment cette reconstitution flamboyante d'un bordel des années 50) exacerbent sans peine son caractère envoûtant. D'autant plus que sa structure narrative, de prime abord éculée, finit par nous surprendre dans un alliage de délire insolent (la traque cartoonesque compromise par l'héroïne avec les agissements psychotiques d'un fermier erratique !) et d'épouvante vintage (les apparitions récurrentes des spectres farceurs au sein d'une demeure à l'aura surnaturelle !). Préalablement, et avec une belle maîtrise technique, une séquence vertigineuse confinée sur le toit de la bâtisse va redoubler d'intensité pour la survie de deux protagonistes sévèrement ébranlés par la peur du vide et d'esprits démoniaques ! Si le jeu hésitant de certains comédiens et la pauvreté des dialogues laissent à désirer, le réalisateur reste suffisamment intègre pour nous façonner un petit film d'épouvante affable aussi intriguant qu'immersif ! Qui plus est, sa dernière demi-heure particulièrement débridée laisse place à une succession de rebondissements cinglants afin de nous divulguer tous les secrets d'une filiation vénale. De manière frénétique, le réalisateur n'hésite pas dans son dernier acte à user d'esbroufe spectaculaire mais aussi d'employer une violence rigoureuse dans l'acte crapuleux d'un carnage sanglant filmé sous le mode chorégraphique du slow-motion !


    De cette obscure production résulte au final un film assez maladroit (mauvaise direction d'acteurs et réalisation dilettante) mais contrebalancé par un climat d'étrangeté irrésistiblement captivant et une structure narrative multiforme assez détonante ! Une belle surprise formellement épurée faisant presque figure d'ovni, malencontreusement dénigrée dans l'hexagone !

    Dédicace à Céline Trinci Lavidalie
    22.05.13
    Bruno Matéï


    mardi 21 mai 2013

    HISTOIRES D'OUTRE-TOMBE (Tales from the Crypt)

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site slashershouse.com

    de Freddie Francis. 1972. Angleterre. 1h32. Avec Joan Collins, Peter Cushing, Roy Dotrice, Richard Greene, Ian Hendry, Patrick Magee, Barbara Murray, Ralph Richardson.

    Sortie salles U.S: 9 Mars 1972

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Freddie Francis est un réalisateur, directeur de photographie et scénariste britannique, né le 22 Décembre 1917 à Londres, décédé le 17 Mars 2007 à Isleworth (Royaume-Uni).
    1962: La Révolte des triffides. 1963: Paranoiac. 1964: Meurtre par procuration. 1964: l'Empreinte de Frankenstein. 1965: Le Train des Epouvantes. 1965: Hysteria. 1965: The Skull. 1966: The Deadly Bees. 1966: Poupées de cendre. 1967: Le Jardin des Tortures. 1968: Dracula et les Femmes. 1970: Trog. 1972: Histoires d'Outre-Tombe. 1973: La Chair du Diable. 1973: Les Contes aux limites de la folie. 1974: Son of Dracula. 1975: La Légende du Loup-Garou. 1975: The Ghoul. 1985: Le Docteur et les Assassins. 1987: Dark Tower.


    Produit par la célèbre firme Amicus, Freddie Francis s'était déjà attelé en 1965 au film à sketchs avec le sympathique Train des Epouvantes. Sept ans plus tard, il rempile avec Histoires d'outre-tombe, nouvelle anthologie d'épouvante inspirée des fameux EC Comics (bande dessinée horrifique pour adultes fondée aux usa en 1945). Par ailleurs, elle préfigure la fameuse série TV initiée en 1989 sous le titre homonyme des Contes de la crypte. Composé de 5 segments inégaux mais soigneusement élaborés sur un rythme soutenu, Histoire d'outre-tombe suscite la sympathie auprès du spectateur, pour peu qu'il soit nostalgique d'une époque révolue où les films à sketchs étaient à leur ascension (le Caveau de la terreur, Asylum, le Jardin des supplices, la Maison qui tue, puis un peu plus tard le Club des monstres). 


    Le premier sketch empreinte la voie du slasher et préfigure par la même occasion avec 12 ans d'écart les exactions du père noel tueur découvert dans le controversé Silent Night, deadly nightJoan Collins y incarnant avec cynisme le rôle d'une épouse meurtrière quand cette dernière décide de supprimer son mari la veille de Noël. Seulement, à l'extérieur de sa demeure, un tueur fou en liberté se prépare à l'importuner ! Ce huis-clos efficacement mené et pourvu d'une angoisse sous jacente bénéficie d'un humour macabre assez loufoque pour se railler de cette épouse incriminée. Le second sketch, peut-être le plus faible du lot, n'apporte pas vraiment de surprise dans son cheminement narratif voué cette fois-ci à l'adultère auquel un mari et sa maîtresse décident de plier bagage vers une contrée lointaine. Malencontreusement, un accident de la route va sévèrement compromettre leur tentative d'escapade. Défiguré et méconnaissable, le mari infidèle décide de retourner auprès de son domicile conjugal après un temps d'absence prolongé. Le troisième segment illustre le calvaire d'un vieillard reclus dans sa maisonnette parmi la fidélité de ses chiens. Altruiste envers les enfants du voisinage, ce veuf inconsolable se retrouve subitement harcelé par son voisin nanti, délibéré à le faire chasser de sa demeure. Peter Cushing s'insinue avec vibrante émotion dans la peau d'un vieillard candide empli d'affection pour les enfants de son quartier ainsi que sa défunte épouse (il communique avec celle-ci par l'entremise du spiritisme). Le soin alloué à la réalisation et l'empathie éprouvé pour ce sexagénaire nous implique sans peine dans son désespoir voué à une cruelle destinée. Mais la saveur macabre du twist final dédié au sacre de la Saint-Valentin nous réconforte pour le châtiment invoqué à son oppresseur ! Le 4è récit s'articule autour d'une statuette ondine auquel un couple avide de richesse décide d'invoquer un voeu qui en amènera deux suivants vers une horrible issue irréversible. Malgré sa courte durée, cet épisode efficace méchamment ironique culmine magistralement sa conclusion vers un terrifiant dénouement sans appel ! (imaginez une seconde votre enveloppe corporelle et votre âme cérébrale souffrir indéfiniment jusqu'à l'éternité !). Pour l'anecdote personnelle, ce sketch m'avait particulièrement traumatisé à l'époque de mon adolescence et continue toujours de me hanter de manière obsédante !


    Enfin, le dernier chapitre, d'une durée excessive de 30 minutes, clôt magistralement cette anthologie de contes sardoniques avec le sombre récit d'une histoire de vengeance localisée en interne d'un hospice pour aveugles. Dominé par la prestance renfrognée de Patrick MacGee en leader des aveugles et de Nigel Patrick en directeur castrateur, ce segment intitulé "Blind Alleys" se révèle un sommet de perversité et de sadisme acéré. Une confrérie d'aveugles va être contrainte d'accomplir une vengeance méthodique auprès de leur directeur opiniâtre afin de le châtier de la mort innocente d'un des leurs. Ce sketch particulièrement raffiné dans l'art d'étudier une vengeance impitoyable s'avère le plus stimulant et capte autant notre attention dans la dimension clairvoyante de ces protagonistes atteints de cécité. 


    Si Histoire d'outre-tombe accuse aujourd'hui un certain poids des années, les puristes nostalgiques trouveront encore matière à éprouver du plaisir (masochiste) face à cette anthologie de l'épouvante ancrée dans une facture vintage ! Enfin, son dernier segment, merveille de sadisme incongrue préfigurant les exactions de Phibes ou Jigsaw, vaut à lui seul sa réputation de classique !

    21.05.13. 4èx
    Bruno Matéï


    vendredi 17 mai 2013

    LA POUPEE DE LA TERREUR (Trilogy of Terror)

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site ddl.ph

    de Dan Curtis. 1975. U.S.A. 1h10. Avec Karen Black, Robert Burton, John Karlen, George Gaynes. 

    FILMOGRAPHIE: Dan Curtis est un producteur, scénariste et réalisateur américain, né le 12 Août 1927 à Bridgeport, Connecticut (Etats-Unis), décédé le 27 mars 2006 à Brentwood (Californie).
    1966: Dark Shadows (série TV). 1970: La Fiancée du Vampire. 1971: Night of dark shadows. 1973: Dracula. 1973: The Night Strangler (télé-film). 1975: La Poupée de la Terreur. 1976: Trauma. 1977: Dead of Night. 1977: La Malédiction de la veuve noire (télé-film). 1992: Intruders (télé-film). 1996: La Poupée de la terreur 2 (télé-film).


    A l'origine conçu pour être le pilote d'une série TV n'ayant jamais vu le jour, la Poupée de la Terreur est un télé-film à sketchs rendu populaire grâce à son troisième segment scénarisé par le célèbre écrivain Richard Matheson. D'ailleurs, le film reçut un tel impact auprès des spectateurs lors de sa diffusion US qu'une suite fut entreprise 20 ans plus tard. C'est au mésestimé cinéaste Dan Curtis que l'on doit cette trilogie de la terreur réalisée en 1975, alors qu'un an plus tard la pièce maîtresse de sa carrière envahissait les écrans américains ! Joyau d'effroi à l'angoisse tangible, Trauma n'eut même pas droit aux honneurs d'une sortie internationale dans notre pays hexagonal ! Le point commun entre ces deux oeuvres est imparti à la présence ombrageuse de Karen Black, dirigée en l'occurrence dans un quadruple rôle ! 


    Le premier sketch intitulé "Julie" nous illustre le chantage d'un étudiant pervers pour sa prof de littérature. Si l'histoire agréable à suivre s'avère la plus faible, faute d'un script peu cohérent et d'une chute finale peu surprenante, le jeu d'interprétation et l'efficacité de la réalisation nous permettent de suivre sans ennui cette idylle perfide ancrée dans la soumission et la misogynie. Le second sketch, "Millicent et Thérèse", relève un peu le niveau dans l'entreprise de son suspense ascendant, sa narration psychologique un peu plus dense et le jeu bicéphale de Karen Black. Persuadée que sa soeur thérèse est devenue une femme diabolique et meurtrière, Millicent décide en désespoir de cause d'invoquer l'aide de son docteur. Dans un double rôle, la comédienne réussit parfaitement à rendre convaincant les états d'âme contradictoires de ces deux soeurs à la rancune tenace. Si le twist est facilement prévisible, sa terrifiante révélation ne manque pas d'interpeller le spectateur et de provoquer un futile malaise. Pour parachever, le dernier sketch, "Amelia", est le segment perturbateur auquel une génération de téléspectateurs ainsi qu'une légion de cinéphiles lui vouent un véritable culte ! Après avoir acheté un fétiche africain pour son concubin, Amelia va vivre une véritable nuit d'horreur. Sous l'apparence sinistre de cette poupée de bois se cache un véritable démon délibéré à assassiner sa propriétaire ! Sur le thème des poupées maléfiques, "Amelia" fait sans aucun doute parti des oeuvres les plus incisives et frénétiques qui soit (Chucky n'a qu'a bien s'tenir !). D'une efficacité fertile en rebondissements, Dan Curtis enchaîne les altercations à un rythme effréné dans sa réalisation véloce. Mais surtout, par un habile montage géométrique et une multitude de plans concis, il crédibilise les méfaits meurtriers de cette poupée famélique par ses élans erratiques et furibonds ! Intense, haletant et terriblement sauvage, "Amelia" provoque un impact émotionnel aussi jouissif que terrifiant, notamment au niveau du look patibulaire de ce fétiche africain accoutré de dents acérées ! Jusqu'à la risée de sa chute sardonique !


    Si les deux premiers sketchs ont de quoi laisser dubitatif le spectateur exigeant, on ne peut passer outre le savoir-faire de Dan Curtis dans son art de conter une histoire et le jeu insidieux de l'étonnante Karen Black incarnant un quadruple rôle. Mais c'est avec l'impact cinglant de son troisième segment que La Poupée de la Terreur détonne et provoque une véritable stupeur dans son délirant survival en isolement !

    17.05.13
    Bruno Matéï


      jeudi 16 mai 2013

      LA NUIT DES MALEFICES (Satan's Skin / Blood on Satan's Claw)

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site culturopoing.com

      de Piers Haggard. 1971. Angleterre. 1h32. Avec Linda Hayden, Michele Dotrice, Patrick Wymark, Barry Andrews, Wendy Patbury, Anthony Ainley, Charlotte Mitchell.

      Sortie salles France: 19 Juillet 1972

      FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Piers Haggard est un réalisateur anglais, né le 18 Mars 1939 à Londres.
      1970: La Nuit des maléfices, 1979: The Quatermass conclusion, 1980: Le Complot diabolique du Dr. Fu Manchu, 1981: Venin, 1994: La Brèche, 2006: Les pêcheurs de coquillage Saison 1.


      Quel bien étrange film que cette Nuit des Maléfices mise en scène par un réalisateur éclectique ayant à son actif une pléthore de longs-métrages, télé-films et diverses séries TV. Si on lui doit en 1981 le sympathique Venin et la 4è aventure de Quatermass réalisée deux ans au préalable, Piers Haggard ne possède guère de réussites probantes au fil de sa carrière. A l'exception de cette modeste production horrifique réalisée avec un souci d'esthétisme poético-funeste. Si le rythme de sa première demi-heure aurait gagné à être un peu plus vigoureux, la suite des évènements se révèle beaucoup mieux charpentée pour illustrer avec force et détails nombre d'incidents inquiétants fondés sur l'emprise de la sorcellerie et le culte satanique.

      Dans un petit village anglais du 18è siècle, d'étranges évènements viennent ébranler la tranquillité des villageois. Alors qu'un paysan vient de découvrir dans son champ une tête d'apparence humaine, certains citadins sont épris d'hallucinations collectives. Une main griffue semble daigner intenter à leur vie sous l'allégeance d'un démon. En prime, au sein de la forêt, une jeune fille perfide pratique d'étranges rites afin d'inciter la population à invoquer Satan en personne. 


      Ce qui frappe d'emblée quand on découvre La Nuit des Maléfices, c'est la beauté formelle impartie à  ces décors bucoliques au sein de sa nature forestière. La gestion du cadre permet en outre de styliser certaines images oniriques d'une étonnante beauté végétale. Cette scénographie foisonnante, le soin alloué au moindres détails dégagent un charme vénéneux étrangement poétique. En prime, le jeu adroit de chaque comédien et la manière inédite à laquelle ils se voient confrontés au Mal renforcent le caractère crédible de cette évocation maléfique. Si les violents incidents qui jalonnent le récit s'avèrent récursifs jusqu'au présage d'un fameux cérémonial, Piers Haggard réussit à insuffler une vraie efficacité dans sa conduite narrative. Par l'entremise d'un stigmate corporel horriblement velu, les villageois sont peu à peu atteints d'une emprise démoniaque incontrôlée. A l'instar d'une épidémie, la plupart d'entre eux éprouvent un irrésistible besoin de provoquer le mal et pratiquer le sacrifice sous l'allégeance d'une sorcière lascive. Le climat d'étrangeté prégnant qui émane du récit et l'horreur de certaines séquences (en se resituant dans le contexte de l'époque !) réussissent à provoquer un malaise sous-jacent, à l'instar du viol communautaire et du sacrifice pratiqués sur une jeune vierge démunie ! Si la plupart des protagonistes se retrouvent tributaires de  l'influence du Mal, le réalisateur leur invoque dans son dernier acte une traditionnelle "chasse aux sorcières" qu'un juge inquisiteur va prendre soin de perpétrer parmi des bénévoles afin d'éradiquer de leur région la présence de Satan.


      Sur les thèmes de l'emprise maléfique, l'influence superstitieuse et la traditionnelle chasse aux sorcières qui s'ensuit, Piers Haggard réalise avec La Nuit des Maléfices une étonnante série B irrationnelle. Un film d'épouvante séculaire particulièrement soigné dans son esthétisme naturaliste et l'aura inquiétante qui en découle, enfin exhumé de l'oubli par les distributeurs d'ARTUS FILMS !

      Dédicace à ARTUS FILMS
      16.05.13
      Bruno Matéï

      mercredi 15 mai 2013

      MISS BALA


                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site downloadfilmkv.blogspot.com

      de Gerardo Naranjo. 2011. Mexique/U.S.A. 1h53. Avec Stéphanie Sigman, Noe Hernandez, Miguel Couturier, Jose Yenque, Irene Azuela, Gabriel Heads, James Russo.

      Sortie salles France: 13 Mai 2011. Mexique: 9 Septembre 2011

      FILMOGRAPHIE: Nicolas Lopez est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur mexicain.
      2004: Malachance. 2006: Drama/mex. 2008: Voy a explotar. 2010: Revolucion. 2011: Miss Bala


      Film coup de poing d'une intensité dramatique éprouvante, Miss Alba relate avec un réalisme rugueux le destin de Laura Guerrero, une jeune mexicaine postulant pour un concours de beauté afin de subvenir à sa famille. Après avoir été témoin de meurtres et de la disparition de son amie, elle est engagée par une organisation criminelle, l'Etoile, pour être impliquée contre son gré dans des missions périlleuses. Incapable d'avoir un quelconque soutien du côté de la police, elle se retrouve embarquée au sein d'une guérilla criminelle auquel l'Etoile envisage d'intenter un attentat contre le général Salomón Duarte.


      A la manière d'un reportage pris sur le vif à la maîtrise technique stupéfiante, Gerardo Naranjo nous établit le constat implacable d'un état mexicain englué dans la corruption et la violence. Celui d'une criminalité omniprésente (la guerre de la drogue a fait plus de 36 000 morts entre 2006 et 2011) auquel le trafic de drogue génère plus de 25 milliards de dollars par an. Qui plus est, la ville au cours duquel se situe l'action était préalablement considérée comme la plus violente du monde entre 1992 et 2001 (elle passera ensuite à la seconde position à partir de 2008). A travers le sombre destin d'une jeune otage mexicaine contrainte de travailler pour un cartel mafieux, le réalisateur nous fait pénétrer à l'intérieur de cette milice avec l'efficacité d'un souci de vérité à couper le souffle ! Parmi la présence de l'héroïne, nous sommes véritablement plongés dans un univers chaotique de précarité, contraints de suivre quotidiennement les exactions meurtrières de l'Etoile. Alors qu'au creux des cités urbaines, et en dépit de la présence sournoise de la police, un sentiment d'insécurité permanent s'y est instauré.
      Avec une belle densité psychologique, Gerardo Naranjo nous dépeint notamment un magnifique portrait de femme déchue au courage singulier ! Epiée, fustigée, abusée, violée par son leader et incessamment expédiée de force vers des missions belliqueuses pour le bénéfice de la drogue, Laura Guerrero doit en alternance concourir au concours de Miss Alba financée par sa propre organisation. Incarné par la beauté méditerranéenne Stéphanie Sigman (dont il s'agit ici de son 2è rôle pour un long-métrage !), l'actrice révèle une grâce fiévreuse dans son humanité déchue, sa bravoure insensée pour la survie et son désespoir forcené de ne pouvoir s'extraire de sa haute hiérarchie. Cette jeune actrice habitée par la candeur illumine l'écran de sa présence longiligne avec une pudeur émotionnelle particulièrement poignante pour sa retenue introvertie.


      Jalonné de séquences d'action cinglantes étourdissantes de frénésie dans sa mise en scène virtuose et pourvu d'une ambiance ténébreuse (renforcée par la monochromie d'une photo sépia), Miss Bala fait également la part belle au suspense sous-jacent afin de connaître l'issue fataliste de cette femme objet. Un film choc hypnotique qui dénonce avec une vigueur implacable toute forme de corruption implantée par les puissants cartels de la drogue, tout en pointant du doigt la misogynie d'une société machiste. Louablement, cette violence radicale qui prédomine l'intrigue se refuse à toute esbroufe complaisante afin de mieux coller à la réalité sordide du sujet. 

      Dédicace à Karine Philippi
      15.05.13.
      Bruno Matéï




      mardi 14 mai 2013

      PYROMANIAC (Don't go in the house)

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site zonebis.com

      de Joseph Ellison. 1979. U.S.A. 1h23. Avec Dan Grimaldi, Robert Osth, Ruth Dardick, Charles Bonet, Bill Ricci, Dennis Hunt.

      Sortie salles U.S: 28 Mars 1980

      FILMOGRAPHIE: Joseph Ellison est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né en 1948 à Manhattan.
      1979: Pyromaniac
      1986: Joey


      Auteur de deux uniques longs-métrages, Joseph Ellison aura marqué une génération de vidéophiles avec son premier essai directement sorti en VHS dans l'hexagone. Modeste série B centrée sur l'introspection déficiente d'un schizophrène, Pyromaniac véhicule une fascination morbide dans le portrait asséné à ce dangereux pyromane et insuffle sans réserve une ambiance putride émanant de son pavillon parental.
      Ouvrier dans un atelier de soudure, Donald Kohler sombre dans la folie à la suite d'un grave incident survenu sur l'un de ses collègues de travail. Par inadvertance, ce dernier s'est retrouvé prisonnier des flammes par la faute d'un combustible explosif. Choqué et fasciné par cet évènement accidentel, Donald part rejoindre son foyer mais découvre avec horreur le décès fortuit de sa mère, morte de cause naturelle. Enfin libre de la tyrannie qu'exerçait cette mégère castratrice depuis son enfance, il décide d'investir les ruelles malfamées de son quartier pour partir à la rencontre de femmes esseulées. 


      Ce qui interpelle immédiatement le spectateur à la vision de Pyromaniac, c'est la verdeur employée, la manière radicale et réaliste auquel le metteur en scène s'est attelé afin de crédibiliser les exactions meurtrières d'un pyromane refoulé. Pour preuve, son homicide intenté à la première victime démunie (elle se retrouve embrigadée, dénudée et enchaînée en interne d'une pièce blindée) s'avère d'une cruauté assez rigoureuse, renforcée par des effets spéciaux plutôt acerbes (on a réellement l'impression que la victime moribonde est littéralement entrain de se consumer sous l'embrasement des flammes !). A la manière d'un documentaire, Joseph Ellison s'emploie avec efficacité à nous faire partager l'intimité morbide de ce dangereux schizophrène toujours plus contrarié par ces visions d'hallucinations et ses délires de persécution. L'atmosphère putride qui émane de sa résidence familiale s'empare des sens du spectateur avec une intensité prégnante. Car cette demeure archaïque enduite de poussières exalte un parfum de renfermé particulièrement olfactif, que ce soit à l'étage de la chambre où résidait sa mégère, ou dans la pièce du salon, là ou des cadavres putréfiés ont été disposés sur chaque fauteuil. La hantise d'une voix-off délétère que le tueur perçoit dans son psyché torturé va venir également renforcer le malaise que l'on éprouve durant son cheminement meurtrier, notamment son impuissance à pouvoir refréner ses pulsions psychotiques. En prime, les sévices corporels infligés durant son enfance, que l'on découvre via l'entremise de divers flash-back, et l'assistance qu'il décide d'invoquer auprès du prêtre paroissial nous suscitent d'autant plus une certaine empathie ! On pense alors au célèbre Maniac de Lustig, (sorti à peine quelques mois plus tard dans les salles obscures !) pour le portrait imparti à cette victime de maltraitance infantile, pour le réalisme poisseux intenté à son climat feutré et la manière documentée dont le réalisateur fait preuve pour provoquer le malaise. Notamment ce final tragique étrangement similaire au destin de Frank Zitto puisque le pyromane, lui aussi épris de délire hallucinatoire, va se retrouver harcelé par la résurrection de cadavres revanchards (là encore, les maquillages impressionnants se révèlent saisissants de réalisme putrescent !).


      Tour à tout poisseux, malsain et étouffant, Pyromaniac transcende la claustration auquel le spectateur s'immerge inexorablement dans les méandres d'un esprit schizophrène. L'interprétation habitée de Dan Grimaldi décuple admirablement ce malaise tangible que l'on ressent pour sa stature de pyromane purificateur. En l'occurrence, cette perle de série B underground n'a rien perdu de son aura de souffre et de son efficacité narrative pourtant éludée de surprise. Glaçant !

      Dédicace à Céline Lavidalie Trinci
      14.05.13. 4èx
      Bruno Matéï