vendredi 31 octobre 2014

HALLOWEEN 2 (Halloween II : The Nightmare Isn't Over)

                                            
                                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site nymoviereviews.com

de Rick Rosenthal. 1981. U.S.A. 1h32. Avec Jamie Lee Curtis, Donald Pleasence, Charles Cyphers, Jeffrey Kramer, Lance Guest, Pamela Susan Shoop, Hunter von Leer, Dick Warlock, Leo Rossi, Gloria Gifford...

Sortie salles France: 16 juin 1982.  U.S: 30 octobre 1981

FILMOGRAPHIE: Rick Rosenthal est un réalisateur américain né le 15 juin 1949 à New York.
1981 : Halloween 2 ,1983 : Bad boys ,1984 : American Dreamer,1987 : Russkies ,1987 : Distant Thunder ,1994 : Les Oiseaux 2, 2002 : Halloween résurrection (Halloween 8) ,
Séries T.V: 2002 : Buffy contre les vampires (épisodes À la dérive et la Prédiction), 2003 à 2008 : Smallville (7 épisodes).


Trois ans après la sortie du succès surprise de John Carpenter, un jeune cinéaste inconnu, Rick Rosenthal, est enrôlé pour s'atteler à une suite co-scénarisée et produite par son initiateur. D'ailleurs, une rumeur persistante ramène que Carpenter aurait remonté le film durant la post-production puis réalisé certaines séquences supplémentaires afin de modifier le rythme du film jugé un peu lent à son goût ! En raison de l'énorme succès du 1er volet, Halloween 2 dispose d'un budget plus conséquent de 2 500 000 dollars et accédera également à une certaine notoriété publique. Après les terribles évènements qui ont failli coûter la vie à la baby sitter Laurie Strode, Michael Myers reste toujours déterminé à vouloir l'assassiner. Confinée à l'intérieur d'un hôpital pour sa convalescence, la jeune patiente va de nouveau redoubler d'effort afin de déjouer ces agissements meurtriers. En reprenant le final équivoque du premier Halloween suggérant la disparition de Michael Myers, Halloween 2 focalise l'essentiel de son action durant la même nuit du 31 Octobre 1978 au sein d'un hôpital de l'Illinois, là où Laurie Strode est soignée pour ses blessures. Après que notre tueur eut commis un nouveau meurtre dans la région, il décide de se rendre à l'hôpital afin de la retrouver tout en assassinant tous ceux qui frayeront son chemin. Quand au Dr Loomis, dubitatif d'avoir accidentellement tué un jeune homme masqué semblable à Myers, il essaie vainement de retrouver ses traces à l'aide d'un agent fédéral et d'une infirmière.

                     
Passé une première demi-heure inquiétante dans les déambulations nocturnes de Michael établies en vue subjective, l'intrigue prends le pas sur l'effet latent du suspense autour d'un environnement hospitalier. Une clinique paradoxalement démissionnée d'une partie de son personnel et de ses patients en convalescence. Cette situation inédite, voir franchement improbable, permet tout de même au réalisateur de distiller un climat d'étrangeté assez captivant quand bien même la présence sous-jacente du tueur mutique renforce son caractère irréel. Sur le même canevas qu'un Vendredi 13, le schéma narratif se contente ensuite d'aligner bêtement une suite de meurtres parfois efficaces et émaillés de jump scares tout en insistant sur l'ambiance d'insécurité. Dans ces conventions, il y a tout de même une séquence saisissante à relever lorsque Michael tapi dans l'ombre d'une chambre et planqué derrière le dos d'une infirmière va nous révéler inopinément son visage spectral ! La plupart des séquences angoissantes ou celles palpitantes qui interviennent dans la seconde partie sont notamment rehaussées du score métronomique de John Carpenter, exprimant une fois encore une belle cadence dans la vigueur des poursuites et altercations. Pour parachever et surenchérir dans l'intensité du rythme, le dernier acte se concentre sur une traque échevelée entreprise entre Laurie et Michael Myers dans les couloirs de l'hôpital. On peut aussi louer la manière efficace dont Rick Rosenthal exploite les recoins et souterrains du huis-clos médical alors que certains survivants tentent maladroitement de s'y échapper (Laurie compris !). Quand au Dr Loomis, toujours aussi anachronique, c'est à la toute fin du métrage qu'il tente de faire preuve d'héroïsme lors d'une confrontation explosive avec le Boogeyman ! En dépit de l'intrigue linéaire dénuée de surprises, un évènement majeur nous révèle quand même la filiation unissant Laurie Strode avec le tueur. Endossant la baby-sitter au regard tantôt contrarié, tantôt apeuré, on retrouve avec plaisir la Scream Queen Jamie Lee Curtis à nouveau inlassablement traquée par son oppresseur. A bout de souffle car en état lymphatique du fait de son traitement médicamenteux, elle doit redoubler d'effort pour arpenter les couloirs afin de déjouer les agissements irraisonnés du tueur. En docteur vindicatif obsédé à l'idée d'appréhender son patient demeuré, le vétéran Donald Pleasance insuffle comportement obtus et excès de zèle dans sa difficile traque policière.


Horror Hospital
En dépit de ces facilités et d'une intrigue routinière, Halloween 2 sait alterner suspense lattent et action haletante autour de la confrontation attendue entre Laurie Strode et Michael Myers. Il en émane une série B éminemment sympathique, de par l'autorité des comédiens charismatiques, du charme stylisé de son ambiance horrifico-surnaturelle et de l'impact spectaculaire des meurtres et poursuites en vase-clos. Son réalisateur reprendra d'ailleurs le flambeau lors d'un 8è volet de sinistre mémoire avec son concept risible d'émission de télé-réalité tournant au fiasco.

Bruno Matéï
08.01.11.  5.
31.10.14.

NOTE (wikipedia): Le film devait être tourné en relief à la demande des scénaristes et producteurs, mais à cause du coût élevé de la 3D et que la plupart des évènements du film se déroulent de nuit, la proposition fut tombée à l'eau ! Une version alternative de Halloween 2, connue sous le nom de Rick Rosenthal Version, a été diffusée à la télévision au début des années 1980. La plupart des images violentes et gores et plusieurs scènes supplémentaires ont été ajoutées. Cette autre version est parfois visible sur la chaîne American Movie Classics. À l'origine, cette version du réalisateur déplut à John Carpenter qui en fît un nouveau montage. Une édition spéciale DVD regroupant les deux versions est sortie en 2001

jeudi 30 octobre 2014

HALLOWEEN 2. Director's Cut.

                                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site nitehawkcinema.com

de Rob Zolmbie. 2009. U.S.A. 1h59 (Director's Cut). Avec Scout Taylor-Compton, Malcolm McDowell, Tyler Mane, Brad Dourif, Danielle Harris, Sheri Moon Zombie, Brea Grant.

Sortie en Dvd et Blu-ray le 31 Mars 2010. Sortie salles U.S: 28 Août 2009

FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et réalisateur américain, né le 12 Janvier 1965 à Haverhill, dans le Massachusetts.
2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem.


Suite du remake entamé 3 ans au préalable, Halloween 2 joue la carte de l'anticonformisme par le biais d'un Rob Zombie délibéré à démystifier l'icone fantomatique de Michael Myers. Echec public et critique outre-atlantique qui valut à la France de le bannir des écrans pour le sortir directement en Dvd et Blu-ray, ce second opus a de quoi déconcerter les puristes de la franchise tant le réalisateur s'épanche à réinventer le slasher avec audace et brutalité inédite pour le genre. Deux ans après les tragiques évènements du précédent épisode, Laurie Strode essaie de se reconstruire de son traumatisme avec l'aide d'une thérapeute. De son côté, le Dr Loomis s'est reconverti en écrivain afin de promouvoir le récit de sa traque sur Michael Myers. Alors que les festivités d'Halloween approchent, le tueur masqué revient faire surface à Haddonfield afin de régler ses comptes auprès de sa soeur logée sous l'enseigne du shérif Brackett. 


D'une violence hardcore particulièrement acérée, Halloween 2 est loin de renouer avec la suggestion entreprise chez Carpenter dans le premier volet, l'intrigue laissant libre court à une succession de meurtres d'une sauvagerie inouïe ! Baignant dans un climat onirico-macabre (la fête d'Halloween organisée autour d'un concert rock auquel le public s'est affublé de masques issus des monstres de la Universal, les apparitions spectrales de Deborah vêtue de blanc et accompagné du petit Michael, les rêves de Laurie hérités de l'univers macabre de Tim Burton !), Halloween 2 succède au réalisme cru pour mettre en exergue les agissements meurtriers de Michael Myers ! Incarnation du Mal absolu, il fait aujourd'hui son retour sous la sinistre apparence d'un clodo barbu, tantôt dévoilé à visage découvert, tantôt camouflé d'un masque morcelé. Déambulant dans la campagne nocturne afin de regagner la contrée d'Haddonfield, il laisse derrière lui nombre de victimes parfois massacrées à mains nues ! Si l'intrigue n'a rien de transcendant dans la requête familiale de Michael Myers, la mise en scène studieuse de Zombie réussit à renouveler l'intérêt par le comportement hostile du tueur à la cruauté éprouvante. Outre l'efficacité redoutable des mises à mort cinglantes et de la tension exercée sur sa diabolique présence, Rob Zombie brosse également le portrait d'une Laurie Stode quasi méconnaissable dans sa fonction de marginale dépressive hantée par les mêmes visions surnaturelles que son frère. Profondément perturbée et sujettes à des névroses psychotiques, son rôle fragile nous insuffle l'empathie dans sa tentative désespérée de se débarrasser de ses démons et de l'acharnement de son frère. Quand à l'illustre Dr Loomis, il est ici recyclé en écrivain cupide afin d'accéder à la notoriété et avant de se racheter une conduite dans un dernier acte révélateur. C'est du moins ce que nous révèle le Director's cut puisque tous ces personnages iconiques font office de détournement au profit d'une idée astucieuse qui va permettre de lever le voile Spoiler ! sur la nouvelle personnalité de Laurie Strode/Angel Myers (l'objet de sa filiation maudite et les raisons impliquant ses visions spirituelles !) et de conclure la saga parmi la cohérence de son état mental. Fin du spoiler


Angoissant et terrifiant par son climat d'insécurité et la stature bestiale du tueur, éprouvant et cruel dans ses éclairs de brutalité (le massacre dans la demeure de Brackett nous laisse les mains moites dans son intensité aride !), Halloween 2 ose la gageure de détourner le mythe avec la personnalité d'un auteur transfigurant un univers onirico-macabre et réaliste. Il en émane une oeuvre formelle impeccablement maîtrisée, à l'instar de son montage vigoureux et du jeu spontané des comédiens particulièrement impliqués dans leur fonction de survie (sans compter les apparitions clins d'oeil de Margot Kidder et de la jeune Danielle Harris déjà entrevue dans Halloween 4 et 5). 

La critique d'Halloween, 2007: http://brunomatei.blogspot.fr/…/halloween-de-rob-zombie.html
Bruno Matéï
2èx

mercredi 29 octobre 2014

FRANKENSTEIN

                                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site luxedb.com

de James Whale. 1931. U.S.A. 1h11. Avec Boris Karloff, Colin Clive, Mae Clarke, John Boles, Edward Van Sloan, Dwight Frye.

Sortie salles France: 17 Mars 1932. U.S: 21 Novembre 1931

FILMOGRAPHIE: James Whale est un réalisateur américain, né le 22 Juillet 1889 à Dudley en Angleterre, décédé le 29 Mai 1957 à Hollywood, Los Angeles.
1930 : La Fin du voyage (Journey's End). 1930 : Les Anges de l'enfer. 1931 : Waterloo Bridge.
1931 : Frankenstein. 1932 : Impatient Maiden. 1932 : Une soirée étrange (The Old Dark House)
1933 : The Kiss Before the Mirror. 1933 : The Invisible Man. 1933 : By Candlelight. 1934 : One More River. 1935 : La Fiancée de Frankenstein (Bride of Frankenstein). 1935 : Remember Last Night. 1936 : Show Boat. 1937 : The Road Back. 1937 : Le Grand Garrick (The Great Garrick)
1938 : Port of Seven Seas. 1938 : Sinners in Paradise. 1938 : Wives Under Suspicion. 1939 : L'Homme au masque de fer (The Man in the Iron Mask). 1940 : L'Enfer vert (Green Hell). 1941 : They Dare Not Love. 1942 : Personnel Placement in the Army. 1950 : Hello Out There.


"On dit souvent que la Fiancée de Frankenstein est un meilleur film, mais il y a quelque chose de pur par rapport à l'original. C'est comme explorer un territoire où l'homme n'est jamais allé. L'austérité de la mise en scène et l'absence de musique en font une expérience très onirique. Bien sûr, l'artificialité du film est très prononcée, avec ces studios visibles et une direction artistique évidente, mais je vois une pureté romantique dans son approche de l'horreur. Et bien sûr, la performance de Karloff est phénoménale. Je pense qu'il s'agit de la meilleure version de Frankenstein, même s'il en existe des plus opulentes et des plus complexes. C'est amusant, pendant longtemps, La Fiancée de Frankenstein a été mon épisode favori. Les goûts évoluent, et j'ai fini par embrasser la simplicité de l'original." Joe Dante.

Film mythique s'il en est, inaugurant l'âge d'or de la Universal et tous ces monstres qui prendront le relais, Frankenstein reste le chef-d'oeuvre incontournable du genre sachant qu'aucun cinéaste ni comédien notoire n'ont réussi à le surpasser 80 ans après sa sortie ! Exception faite peut-être avec la série Penny Dreadful transcendant avec souci de réalisme l'intense dramaturgie de la créature réduite au désarroi de la solitude ! Outre l'idée singulière empruntée au roman de Mary Shelley, c'est à dire créer un être vivant à partir de morceaux de corps humains récupérés sur les cadavres de sépulture, Frankenstein puise sa force d'évocation dans l'interprétation de Boris Karloff épaulée des maquillages de Jack Pierce. Pourvu d'une taille imposante, d'une démarche hésitante, d'un front carré et d'un regard abattu, l'acteur se fond dans la carrure du monstre avec une intensité troublante par ses expressions de terreur ou de compassion.


Sur ce dernier point, personne ne peut oublier la séquence intime qui voit le monstre batifoler avec une fillette avant qu'un drame inéluctable ne vienne ternir leur relation amicale. Spoiler ! Persuadé qu'elle puisse flotter à la manière des nénuphars de l'étang, il s'empressera de la jeter dans l'eau sans connaître les conséquences tragiques d'un acte aussi inconscient. Fin du Spoiler. La force dramatique du récit émane justement de sa caractérisation en quête identitaire et de paternité car ne sachant différencier le Bien du Mal depuis sa brutale résurrection. Qui plus est, avec le cerveau d'un ancien criminel, la créature extériorise des pulsions de haine face à l'autorité de l'homme incapable de comprendre son désarroi dans sa position martyrisée ! A travers sa condition d'estropié par la mégalomanie du savant (Colin Clive semble littéralement habité par la folie dans son regard monolithique !), James Whale aborde le sens de la responsabilité parentale et celui de l'éducation lorsque l'innocence se retrouve destituée de soutien et de personnalité. Spoiler ! Pourchassé par les villageois comme un vulgaire criminel depuis la découverte macabre de la fillette, il s'enfuit désespérément dans la forêt, tel un enfant apeuré par la folie vindicative, avant de trouver refuge dans un moulin rapidement incendié. Fin du Spoiler.


Oeuvre charnière pour le genre horrifique, Frankenstein puise sa densité dans l'originalité d'un pitch mettant en exergue la dimension humaine d'une créature livrée à l'intolérance et l'instinct violent de l'homme. Baignant dans un noir et blanc aux éclairages crépusculaires et entièrement dénué de musique, la forme adopte une ambiance baroque que la prestance exceptionnelle de Karloff va renforcer avec symbolisme. 

Bruno Matéï
3èx

mardi 28 octobre 2014

CABAL. Director's Cut. (Nightbreed). Prix Spécial du Jury, Avoriaz 91.

                                                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site geekchunks.com

de Clive Barker. 1990. Angleterre. 2h01 (Director's Cut). Avec Craig Sheffer, Anne Bobby, David Cronenberg, Hugh Quarshie, Charles Haid, Doug Bradley, Oliver Parker, Hugh Ross, Catherine Chevalier.

FILMOGRAPHIE: Clive Barker (né le 5octobre 1952, est un romancier britannique, peintre et cinéaste (réalisateur, scénariste et producteur).
1973: Salome. 1978: The Forbidden. 1987: Hellraiser. 1990: Cabal. 1995: Maître des Illusions (le)

Récompenses:
. Silver Scream Award au Festival du film fantastique d'Amsterdam 1990.
. Prix spécial du jury au Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1991.


Trois ans après la révélation Hellraiser, Clive Barker transpose à nouveau l'un de ses romans pour transcender la monstrueuse parade d'un bestiaire flamboyant. Echec public et commercial lors de sa sortie, d'autant plus discrédité d'une version tronquée de plus de 20 minutes par les producteurs, Cabal renait aujourd'hui de ses cendres dans une version Director's cut beaucoup plus épique et cohérente. De par l'action encourue lors de son ultime point d'orgue, par le traitement réservé au tueur en série et le cheminement divin de son héros partagé entre l'amour d'une compagne et le devoir de préserver un peuple opprimé. Sur ce dernier point, la caractérisation humaine du couple s'avère d'ailleurs plus romanesque dans leurs sentiments contradictoires à prévaloir l'union conjugale. Perturbé par de récurrents cauchemars auquel il se transpose dans la cité de Midian, refuge de monstres de tous horizons, Boon consulte le psychiatre Decker afin de comprendre les aboutissants de son obsession. Alors qu'un serial-killer sème la mort au sein de la ville, ce jeune patient est rapidement accusé d'en être le coupable, faute du stratagème perfide de son médecin. Abattu par la police lors d'une confrontation musclée, il finit par rejoindre les habitants de la cité de Midian dans sa condition de martyr ! 


Véritable déclaration d'amour aux Monstres où le droit à la différence s'avère le pivot de l'intrigue, Cabal allie conte mythologique et horreur sanglante sous couvert d'action homérique. C'est tout du moins ce qu'impose sa dernière partie beaucoup échevelée dans ce Director's Cut faisant honneur au lyrisme, quand bien même la visite de Lori dans les catacombes s'avère plus imposante afin de mieux contempler la cohabitation du bestiaire humain. Esthétiquement fulgurant et pourvu de remarquables maquillages afin de parfaire la physionomie des monstres hybrides, Cabal envoûte dans l'authenticité de son univers séculaire exploitant avec originalité mythes et légendes dans un contexte moderne. Quand bien même l'icône du fameux serial-killer renoue avec le slasher dans son accoutrement masqué et la vague de meurtres qu'il commet sans vergogne. Outre son instinct sadique à commettre les exactions sur d'innocentes victimes, il s'avère ici contrarié par l'existence des Freaks confinés dans les sous-sols de Midian. Alors que Lori tente de retrouver les traces de son compagnon, Decker va tenter par orgueil démesuré de tout mettre en oeuvre afin d'éradiquer les monstres parmi le soutien de la police. Avec dérision, Clive Barker ironise dans la caricature allouée au tueur, sachant que derrière le masque se planque un éminent psychiatre atteint de maladie mentale ! (Cronenberg s'auto-parodiant avec cynisme non simulé !). Quand aux forces de l'ordre, elles sont ici réduites à la brutalité et l'intolérance de leurs actes totalitaires, quand bien même un prêtre incrédule préfère se rapprocher auprès de la foi éternelle du Cabal. Sous un déluge de feu et d'action, les rapports antinomiques du Bien (les monstres) et du Mal (les humains) vont amener à se confronter afin d'emporter la mainmise ! 


Freakshow
Oeuvre infortunée depuis sa sortie, et ce malgré son Prix Spécial du Jury décerné à AvoriazCabal brille aujourd'hui de 1000 feux dans sa version finale beaucoup plus cohérente et fastueuse. Illustrant avec ambition un univers mythologique où le morbide côtoie la féerie sous alibi du divertissement, Clive Barker réussit à transposer son roman avec souffle épique et dimension humaine des rebuts d'une société animale.  

Bruno Matéï
28.10.14. 4èx
18.07.11. 

vendredi 24 octobre 2014

L'IMPASSE AUX VIOLENCES (The Flesh and the Fiends)

                                                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site tvclassik.com

de John Gilling. 1959. Angleterre. 1h37. Avec Peter Cushing, June Laverick, Donald Pleasance, George Rose, Renee Houston, Dermot Walsh, Billie Whitelaw.

Sortie salles Angleterre: 2 Février 1960

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: John Gilling est un réalisateur et scénariste anglais, né le 29 Mai 2012 à Londres, décédé le 22 Novembre 1984 à Madrid (Espagne).
1957: Pilotes de haut-vol. 1958: Signes particuliers: néant. 1959: L'Impasse aux Violences. 1961: Les Pirates de la Nuit. 1962: L'Attaque de San Cristobal. 1966: L'Invasion des Morts-Vivants. 1966: La Femme Reptile. 1967: Dans les Griffes de la Momie. 1975: La Cruz del diablo.


"Ceci est l'histoire d'hommes et d'âmes damnés. C'est une histoire de vice et de meurtre. Nous n'avons pas d'excuses à faire aux morts. Tout est vrai." 

Seconde adaptation de l'histoire vraie des tueurs en série Burke et Hare ayant sévi dans l'Angleterre du 19è siècle, l'Impasse aux violences retrace leurs exactions criminelles pour le compte d'un éminent médecin, le Dr Knox. Afin de progresser dans sa recherche médicale, ce dernier se motivait à disséquer des cadavres que les lurons exhumèrent des cimetières pour une poignée de guinées. Seulement, plus le corps était fraîchement décédé, plus la récompense augmentait. Les deux malfrats décidèrent donc de passer au meurtre afin de combler les attentes du docteur. Cette histoire sordide soigneusement documentée, John Gilling nous la dépeint avec souci de réalisme et d'intensité dramatique afin de souligner le caractère pathétique d'une telle convoitise. De par la moralité corrompue d'un médecin trop orgueilleux pour se rendre à l'évidence de la gravité des méfaits exercés pour le progrès médical, et par le portrait crapuleux imparti à deux criminels englués dans leur médiocrité.


A ce titre, les interprétations de June Laverick et Donald Pleasance nous ébranlent dans leur cynisme à se fondre dans la peau de tortionnaires cupides vautrés dans le sadisme et la perversité. A travers leur dérive putassière déambulant dans les pubs bondés de poivrots et de prostituées, le réalisateur met en évidence la misère sociale qui affluait dans le Edimburg du 19è siècle. Outre l'aspect choquant des meurtres froidement exécutés, l'intrigue suscite d'autant plus la compassion pour les victimes lâchement exécutées qu'elle s'attarde notamment sur l'impossible histoire d'amour allouée entre un apprenti médecin et une jeune prostituée. Une autre manière de nous rappeler le constat de la déchéance humaine issue du désespoir et de la pauvreté, le fossé séparant la classe bourgeoise et celle des prolétaires dans leur mode de vie contradictoire. Autour de ces amants en crise identitaire et des prochains crimes à venir, le Dr Knox perpétue ses travaux malgré le chantage de certains chirurgiens délibérés à le poursuivre en justice pour ces méthodes marginales, et malgré l'affluence de cadavres qu'on lui ramène dans des conditions fructueuses. Par le biais du cheminement crapuleux de ces tueurs en série à la montée en puissance dramatique, John Gilling en profite pour brosser l'introspection morale d'un médecin obsédé par son métier mais perdant peu à peu pied avec l'éthique de ces aspirations personnelles. Jusqu'au jour une fillette va lui ouvrir les yeux pour le rappeler à la raison de l'humanité, du respect d'autrui et de la tolérance. Conspué par la population d'avoir été acquitté (là aussi le système judiciaire est à deux vitesses !), nous retrouvons un homme gagné par la dignité d'avoir enfin pris conscience de ses erreurs professionnelles et de sa culpabilité. Dans ce rôle poignant, Peter Cushing livre un de ses rôles les plus intenses pour endosser l'éminent médecin partagé entre devoir professionnel et éveil de conscience pour la valeur de l'âme et le respect des défunts.


D'une puissance émotionnelle aussi rigoureuse que poignante, à l'instar de sa violence parfois insupportable (interdit au - de 18 ans à l'époque !), L'Impasse aux Violence privilégie le drame humain sous couvert d'une horreur crapuleuse. Mis en scène avec brio et rehaussé de dialogues ciselés, cet authentique chef-d'oeuvre doit autant à la gravité de son histoire véridique qu'aux interprétations hors-pairs de June Laverick, Donald Pleasance et Peter Cushing. 

Bruno Matéï
3èx
24/10/14
09/04/02

jeudi 23 octobre 2014

LA MAISON AUX FENETRES QUI RIENT (La Casa dalle finestre che ridono).

                                                                         Photo scannée appartenant à Bruno Matéï

de Pupi Avati. 1976. Italie. 1h50. Avec Lino Capolicchio, Francesca Marciano, Gianni Cavina, Giulio Pizzirani, Bob Tonelli, Vanna Busoni.

Sortie salles Italie: 16 Août 1976

Récompense: Prix de la Critique au Festival du film fantastique de Paris, 1977.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Pupi Avati est un réalisateur italien, né le 3 Novembre 1938 à Bologne. 1970: Thomas e gli indemoniati. 1970: Balsamus, l'homme de Satan. 1975: La mazurka del barone, della santa e del fico fiorone. 1976: La Cage aux minets. 1976: La Maison aux Fenêtres qui rient. 1977: Tutti defunti... tranne i morti. 1983: Zeder. 1984: Une saison italienne. 1991: Bix. 1992: Fratelli e sorelle. 1993: Magnificat. 1994: L'amico d'infanzia. 1994: Dichiarazioni d'amore. 1996: L'arcano incantatore. 1996: Festival. 1997: Le Témoin du marié. 1999: La via degli angeli. 2001: I cavalieri che fecero l'impresa. 2003: Un coeur ailleurs. 2004: La rivincita di Natale. 2005: Ma quando arrivano le ragazze ? 2005: La Seconda notte di nozze. 2007: La cena per farlu conoscere. 2007: Il Nascondiglio. 2008: Il papa di Giovanna. 2009: Gli amici del bar Margherita. 2010: Il figlio più piccolo. 2010: Una sconfinata giovinezza. 2011: Le Grand coeur des femmes.


"Les couleurs, mes couleurs, elles coulent de mes veines. Elles sont si douces mes couleurs... aussi douces que l'automne, aussi chaudes que le sang. Elles sont lisses comme la pureté. Elles s'introduisent dans le corps des gens. Elles se propagent comme une infection. Mes couleurs..."

Prix de la critique au Festival du film Fantastique de Paris, La Maison aux Fenêtres qui rient n'a pas volé sa réputation de classique horrifique du cinéma transalpin tant Pupi Avati s'est avisé à nous composer un scénario tordu des plus machiavéliques. Si la plupart des spécialistes emploie le terme Giallo afin de le qualifier, j'opterais personnellement pour le thriller Hitchcockien mâtiné d'une aura de souffre davantage malsaine dans l'amoralité du peintre entièrement voué à l'art de l'agonie. Un artiste, Stefano, est convié à rénover une fresque dans l'église d'un petit village où la plupart des citadins semble occulter un lourd secret. 20 ans au préalable, un peintre avait concocté ce dessin représentant le martyr de San Sébastien. Mystérieusement disparu avec ses deux soeurs, il laisse derrière lui cette oeuvre morbide en déliquescence. Logé dans une étrange maison auquel une vieille dame est alitée, Stefano va être le témoin d'évènements étranges et meurtriers. 


Baignant dans une atmosphère d'inquiétude latente, Pupi Avati privilégie ici le suspense en ascension parmi l'investigation de notre héros confronté à une série d'épisodes nébuleux. Qui plus est, avec la participation de témoins aussi sournois qu'équivoques, Stefano est contraint de ne compter que sur lui afin de résoudre ces disparitions inexpliquées (celle du peintre, des soeurs et de certains de ces amis) et surtout tenter de découvrir quel secret pourrait dévoiler la fresque. En empruntant les codes de la demeure hantée (cadavres inhumés sous terre, maison poussiéreuse tapis dans la pénombre, porte grinçante, volets qui claquent) et ceux du thriller (présence invisible épiant le héros, meurtres en série, témoins suspicieux, disparition de preuves), le cinéaste brouille les pistes pour mieux nous perdre dans le dédale d'une intrigue aussi sarcastique que macabre. Emaillé d'indices au compte-goutte et de trouvailles originales (la maison aux "fenêtres qui rient" et son fameux point d'orgue cumulant les twists cinglants), le film prend son temps de distiller une atmosphère anxiogène au fil du cheminement de note héros. Un artiste indécis sévèrement malmené par son entourage où le satanisme semble asservir toute la région, mais trouvant néanmoins soutien avec la romance d'une jeune enseignante. Pourvu d'une photographie soignée oscillant les clair-obscurs d'un environnement nocturne et le cadre solaire d'une campagne abritant des foyers archaïques, Pupi Avati prend également soin de peaufiner une ambiance tantôt attrayante tantôt ombrageuse (voire même parfois onirique dans ces éclairages verts ou azur). Si les dialogues pâtissent d'une certaine maladresse et que certains seconds-rôles ont tendance à surjouer, la force de l'intrigue s'avère si bien ciselée pour distiller poussées d'angoisse et d'effroi qu'on passe outre son manque de crédibilité.  


Atmosphérique par son ambiance typiquement latine et brillamment charpenté dans l'investigation de notre héros opposé à une révélation traumatique, La Maison aux Fenêtres qui rient confronte thriller et épouvante à l'aide d'un onirisme morbide singulier (les couleurs de l'art se mêlant à l'odeur de la mort !). A l'instar de son inoubliable générique introductif en mode sépia illustrant un martyr à l'agonie lardé de coups de couteaux ! Filmé au ralenti afin de schématiser la souffrance de l'homme nu ligoté en hauteur, ce prologue perturbant fait finalement écho au châtiment sardonique de sa conclusion !

Bruno Matéï
3èx

mercredi 22 octobre 2014

KALIFORNIA

                                                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Dominic Sena. 1993. U.S.A. 1h58. Avec Brad Pitt, Juliette Lewis, David Duchovny, Michelle Forbes, Sierra Pecheur, John Dullaghan, John Zarchen, David Rose.

Récompenses: Prix FIPRESCI et meilleure contribution artistique au Festival des films du monde de Montréal, 1993.
Meilleur Scénario au Festival international du film de Thessalonique, 1993

Sortie salles France: 8 Septembre 1993. U.S: 3 Septembre 1993

FILMOGRAPHIE: Dominic Sena est un réalisateur américain, né le 26 Avril 1949 à Niles, Ohio.
1993: Kalifornia. 2000: 60 Secondes Chrono. 2001: Opération Espadon. 2009 : Whiteout. 2011 : Le Dernier des Templiers.


Lors de sa sortie, Kalifornia avait surtout marqué les esprits grâce à la métamorphose de Brad Pitt cassant son image de bellâtre dans la peau d'un serial killer. A la revoyure d'aujourd'hui, je dois avouer que j'ai été déçu par sa prestance cabotine même s'il ne laisse pas indifférent lors de son comportement insidieux, principalement dans la première partie où il essaie de canaliser ses pulsions perverses et meurtrières. C'est plutôt du côté de Juliette Lewis qu'il faut chercher un jeu plus convaincant tant la comédienne réussit avec assez de justesse et de naturel à endosser la posture d'une potiche écervelée sous influence d'un amant violent. Quand à David Duchovny, il semble beaucoup trop apathique dans son investigation criminelle à scruter les anciens lieux d'illustres serial killers et à sombrer dans la déchéance morale d'un manipulateur. Secondé par la ténébreuse Michelle Forbes, l'actrice lui partage la vedette avec un peu plus de conviction dans celle de sa compagne suspectant le comportement désinvolte du jeune couple qu'ils ont dû recruter en guise de covoiturage.


L'intrigue suit donc l'itinéraire routier de ce couple d'étudiants préparant une thèse sur les serial killers, et qui vont durant leur trajet s'accompagner de deux vagabonds, Early et Adèle, afin de pallier les finances d'essence. Seulement, le compagnon de cette dernière s'avère un authentique tueur en série ! Passé le caractère invraisemblable du pitch (il y avait 1 chance sur 1000 pour que Bryan s'accompagne d'un psychopathe impénitent durant son voyage !), la première partie réussit modestement à entretenir l'intérêt dans la relation amicale que vont entamer les deux couples. A l'aide d'un climat inquiétant assez étouffant, Dominic Sena parvenant à susciter un suspense sous-jacent lorsque le duo d'étudiants commence à suspecter les états d'âme d'Early et Adèle. Qui plus est, avec le premier meurtre crapuleux invoqué sous notre témoignage, on comprends bien que nous avons affaire à un redoutable psychopathe particulièrement erratique. Face à cette séquence ultra violente, il faut louer le caractère cru de son réalisme lorsque ce dernier s'acharne à poignarder à moult reprises un inconnu dans les toilettes d'un self afin de lui dérober son argent. Là où le bas blesse, c'est lorsque le réalisateur essaie de nous convaincre que Brian va peu à peu se laisser influencer par la marginalité d'Early. Soit en tentant de se rebeller contre l'agression d'un client éméché, soit en essayant une arme à feu sur les vitres d'un bâtiment abandonné, ou soit en essayant de tuer de sang froid un agent de police contre sa propre survie ! Ce manque de dimension psychologique, cet examen de conscience imparti à Brian s'avère également aseptisé du jeu mollasson de David Duchovny peu à l'aise dans son rôle d'investigateur en perdition. Et la seconde partie d'enterrer le métrage dans les sentiers balisés de la convention lorsque Early décide de prendre en otage Brian et Carry tout en semant la terreur sur les routes reculées de Californie ! Enfin, sa réflexion sur la violence qu'extériorise les serial killers résume brièvement que nous sommes tous capables de commettre le pire mais que le remord et la culpabilité nous séparent de l'immoralité des tueurs en série.


Mis en scène avec retenue et accordant trop peu de réalisme à un sujet aussi morbide (si on épargne l'éprouvant homicide perpétré dans les toilettes), Kalifornia accuse le poids des années quand bien même l'interprétation des comédiens discrédite leur étude caractérielle (si on élude l'empathie provoquée par l'étonnante Juliette Lewis et l'angoisse parfois ressentie par l'inquiétant Brad Pitt).

Bruno Matéï
3èx

mardi 21 octobre 2014

KISSED. Meilleur Film, Meilleure Actrice, Meilleur Réalisateur, Malaga 98.

                                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site rogerebert.com

de Lynne Stopkewich. 1996. Canada. 1h18. Avec Molly Parker, Peter Outerbridge, Jay Brazeau, James Timmons, Jessie Winter Mudie, Annabel Kershaw.

Sortie salles France: 15 Avril 1998. Canada: 7 Septembre 1996

Récompenses: Meilleur long-métrage au Festival de Toronto, 1996
Meilleur nouveau réalisateur de l'Ouest canadien pour Lynne Stopkewich.
Prix Génie: Meilleure Actrice pour Molly Parker
Meilleure Actrice pour Molly Maker, Meilleur Réalisateur pour Lynne Stopkewich, Meilleur Film au Festival de Malaga, 1998.

FILMOGRAPHIELynne Stopkewich est une réalisatrice, scénariste et productrice canadienne, née en 1964 à Montréal (Quebec).
1996: Kissed. 2000: Suspicious River. 2004: The Life (télé-film).


Auteur de deux uniques longs-métrages, de quelques séries TV et d'un télé-film, Lynne Stopkewich est une réalisatrice aussi discrète que méconnue du grand public. Sorti dans l'indifférence générale, son premier film, Kissed, s'est pourtant vu attribué de quelques récompenses au sein de son pays d'origine, quand bien même une poignée de cinéphiles aguerris le désignèrent comme un film culte ! Production indépendante particulièrement audacieuse dans son anticonformisme d'aborder un sujet aussi sulfureux, Kissed traite de la nécrophilie avec une sensibilité prude quasi sensorielle ! A 100 lieux des débordements trash du scandaleux Nekromantik, le film épouse donc la carte de la subtilité pour mettre en exergue l'obsession grandissante d'une nécrophile éprise d'amour avec l'au-delà. Depuis son enfance, Sandra voue une véritable fascination pour les cadavres d'animaux fraîchement décédés. A l'aube de sa maturité, elle décide de se faire embaucher auprès d'un funérarium afin d'apprendre le rituel de l'embaumement. Toujours plus attirée par la sensualité de la mort, elle passe à l'acte sexuel sur un cadavre masculin. Un jour, elle fait la connaissance de Matt, un étudiant en médecine intrigué par sa beauté et son expérience professionnelle. Vierge avec un être vivant, elle se laisse céder à l'idylle pour tenter avec lui un premier coït. Alors que Matt en tombe littéralement amoureux, Sandra s'en détache, faute de son penchant nécrophile pour la chair morte.



Si à la vue du synopsis, on pouvait craindre la redite ou la complaisance avec un sujet aussi socialement inacceptable, Lynne Stopkewich s'en sort avec les honneurs afin de transcender un poème sur la sensualité de la mort et de l'au-delà spirituel ! Pourvu d'une atmosphère aussi trouble que charnelle, le film réussit miraculeusement à nous fasciner par la beauté de ses images oniriques et par la posture de son héroïne, jeune enseignante discrète et timorée, tributaire de son amour pour les cadavres. Littéralement transie d'érotisme lorsqu'elle se met à violer un cadavre, Sandra plonge dans une extase si intense qu'elle réussit à percevoir la lumière de l'âme du défunt au-delà de leurs souvenirs intimes. Avec la présence blême de l'étrange Molly Parker, l'actrice réussit à insuffler une incroyable acuité humaine lors de son trouble mental où la perversité n'a pas lieu d'être ! Car dans son désir d'enlacer la mort avec curiosité émotionnelle, Sandra éprouve une affection si pure et viscérale qu'on lui pardonne vite sa déviance morbide. Là où le film devient toujours plus envoûtant et captivant, c'est également dans la romance impossible entamée entre Sandra et Matt, ce dernier étant littéralement asservi par ses sentiments amoureux. Hormis un cheminement narratif prévisible, l'évolution ambiguë de leur rapport atteint son apogée Spoiler !!! lorsque Matt décide de se suicider afin de gagner l'amour de Sandra ! Fin du Spoiler.


Danse avec la Mort
D'une beauté sensuelle aussi diaphane qu'ensorcelante, Kissed est un poème lyrique sur la plénitude de la mort du point de vue amoureux. L'état de sérénité suprême lorsqu'une nécrophile a puisé les derniers fluides vitaux de son cadavre pour vivre également une expérience avec l'au-delà ! Intimiste, beau et fragile, le film réussit l'exploit de nous séduire en dépit de sa déviance scabreuse et nous transporte dans un voyage érotique incandescent ! A découvrir d'urgence car il s'agit à mon sens du plus beau film jamais traité sur la nécrophilie ! 

Bruno Matéï
2èx

lundi 20 octobre 2014

HOUSE OF 1000 CORPSES (la maison des 1000 morts)

                                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Rob Zombie. 2003. U.S.A. 1h29. Avec Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon, Karen Black, Chris Hardwick, Erin Daniels.

Récompense: Prix des Meilleurs Effets-Spéciaux, Fantasporto 2004

    Sorties en France en Dvd le 12 Juillet 2006. U.S: 11 Avril 2003

    FILMOGRAPHIE: Rob Zombie est un chanteur, musicien et réalisateur américain, né le 12 Janvier 1965 à Haverhill, dans le Massachusetts.
    2003: House of 1000 Corpses. 2005: The Devil's Rejects. 2007: Werewolf Women of the S.S. (trailer). 2007: Halloween. 2009: Halloween 2. 2012: The Lords of Salem.


    Premier coup de génie du chanteur Rob Zombie derrière la caméra, House of 1000 Corpses se veut un hommage semi-parodique aux oeuvres horrifiques des années 70, particulièrement à l'illustre Massacre à la Tronçonneuse dont il reprend ici la caricature d'une famille dysfonctionnelle éprise de folie meurtrière et de cannibalisme. A travers son intrigue sommaire 1000 fois traitées (après s'être égarés dans une boutique des horreurs, deux jeunes couples se retrouvent piégés dans la demeure d'une famille de psychopathes le soir d'Halloween), Rob Zombie prend donc parti de rendre "hommage" au genre avec beaucoup de dérision afin d'en justifier les conventions. 


    En sale gosse assumé d'autant plus indépendant, il privilégie surtout l'icone d'antagonistes extravagants évoluant dans un environnement aussi fantasque que morbide. Chaque personnage ayant une attitude bien définie dans leur show improvisé alors que d'autres impressionnent par leur attrait physique plutôt inquiétant (Spaulding et ses airs sournois d'aimable clown, Tiny Firefly, le valet de grande taille à la posture dégingandée, ou le leader Otis Driftwood, maître de cérémonie du satanisme et des messes noires). Quand à la compagne du cinéaste, Sheri Moon se taille la dégaine d'une effrontée aguicheuse avec une sensualité perverse ! Redoublant de sadisme, de cruauté et de gouaillerie envers nos otages, leur unique morale n'est donc que glorification au Mal symbolisée ici par la cérémonie du Dr Satan. Conçu comme un véritable train fantôme, House of 1000 Corpses s'édifie en carnaval horrifique parmi leurs exactions crapuleuses et parmi une scénographie funèbre chargée de couleurs flamboyantes. Que ce soit dans leur demeure familiale régie en véritable musée des horreurs, dans le refuge d'un cimetière aux teintes crépusculaires ou dans les recoins d'un souterrain ornée d'ossements humains et de créatures malfaisantes. Jamais avare d'idées délirantes, Rob Zombie exploite également ces situations éculées avec un ton sardonique chargé de références (les victimes déguisées en peluche de lapin, le braquage de l'épicerie façon "Tarantino", la séquence du dîner auquel les hôtes doivent s'affubler d'un masque grotesque pour aborder le dessert, ou celle de l'échappée vers le portail que des épouvantails vont contrecarrer au dernier moment  !). 


    La Petite Boutique des Horreurs
    Bête et méchant, fantaisiste et cruel, malsain et sanguinolent, House of 1000 corpses se porte en étendard parodique de l'horreur craspec parmi les références des Seventies. Totalement décomplexé dans sa liberté de ton vulgaire et grossier, cette immense farce macabre s'édifie en pochette surprise, sorte de Creepshow cartoonesque où Tex Avery aurait investi la peau d'un serial-killer ! Jouissif en diable, surprenant et débordant d'enthousiasme dans les péripéties morbides, House of 1000 Corpses est également une déclaration d'amour au genre horrifique le plus affranchi (ici, seuls les méchants occupent la première place et sortent vainqueurs de leurs exploits meurtriers !). Un petit chef-d'oeuvre d'humour noir rehaussé d'une BO d'enfer ! 

    Bruno Matéï
    2èx


    vendredi 17 octobre 2014

    JEUX INTERDITS. Oscar du Meilleur Film Etranger, 1952.

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site fr.film-cine.com

    de René Clément. 1952. 1h26. France. Avec Georges Poujouly, Brigitte Fossey, Lucien Hubert, Laurence Badie, Amédée, Suzanne Courtal, Jacques Marin.

    Sortie salles France: 9 Mai 1952

    Récompenses: Oscar du Meilleur Film Etranger, 1952
    Lion d'or à la Mostra de Venise, 1952
    BAFTA du meilleur film, 1954
    Grand Prix Indépendant Festival de Cannes, 1952
    Prix Femina, 1952
    Meilleur Film français et étranger Critique Américaine, 1952
    Prix de la Critique Japonaise Tokyo, 1953
    Meilleur Film mondial Critique Anglaise Londres, 1953

    FILMOGRAPHIE: René Clément est un réalisateur et co-scénariste français, né le 18 Mars 1913 à Bordeaux, décédé le 17 Mars 1996 à Monaco.
    1946: La Bataille du rail. 1946: Le Père Tranquille. 1947: Les Maudits. 1949: Au-delà des Grilles. 1950: Le Château de verre. 1952: Jeux Interdits. 1954: Monsieur Ripois. 1956: Gervaise. 1958: Barrage contre le Pacifique. 1960: Quelle joie de vivre. 1960: Plein Soleil. 1963: Le Jour et l'Heure. 1964: Les Félins. 1966: Paris brûle-t-il ? 1969: Le Passager de la Pluie. 1971: La Maison sous les Arbres. 1972: La Course du Lièvre à travers les Champs. 1975: La Baby-Sitter.


    « Pour avoir su élever à une singulière pureté lyrique et une exceptionnelle force d’expression, l’innocence de l’enfance au-dessus de la tragédie et de la désolation de la guerre ». 

    Immense succès lors de sa sortie en France (4,9 millions de spectateurs !) et auréolé d'une pluie de récompenses à travers le monde, Jeux Interdits est reconnu comme l'un des chefs-d'oeuvre de notre patrimoine au même titre que la mélodie guitarisée de Narciso yepes. Témoignage douloureux sur l'horreur de la seconde guerre du point de vue de l'enfance, Jeux Interdits est un moment d'émotion aussi poétique que cruel. Par les moments de tendresse impartis à deux enfants réfugiés dans leur intimité et par la situation précaire de l'un d'eux prochainement livré à l'adoption de l'orphelinat. 
    Après la mort brutale de ses parents et de son chien lors d'un bombardement, Paulette réussit à trouver refuge auprès de Michel, fils cadet de la famille Dollé. Ces paysans acariâtres en perpétuel conflit avec les voisins Gouard décident de la recueillir quelques temps avant d'avertir la gendarmerie. Alors que l'un des fils Dollé succombe à ses blessures d'un grave incident, le couple d'enfants décide de se construire un cimetière afin d'oublier la guerre et dédramatiser leur deuil commun


    Hommage aux orphelins infantiles de la guerre et illustration scrupuleuse de la vie paysanne à l'aube des années 40, Jeux Interdits nous fait partager une tranche de vie inoubliable avec la complicité de Michel et Paulette. Deux jeunes enfants épris de compassion dans leur confiance et leur douleur commune au moment même où un jeu morbide va les rappeler à la raison de leur triste sort. La grande réussite émotionnelle du film émane de cet attachement qu'on leur accorde dans leur solidarité comme celle de la famille Dollé, victime elle aussi d'un deuil improvisé, malgré leur inflexibilité à refuser d'adopter la petite étrangère. Emaillé de cocasseries dans les chamailleries de jalousie exercées entre deux familles minées par la pauvreté, Jeux Interdits succède régulièrement à l'émotion prude lorsqu'une fillette est confrontée au désarroi de la solitude et à l'injustice de la mort. A ce titre, le prologue meurtrier au cours duquel elle assiste impuissante à la mort de ses parents s'avère d'une intensité psychologique éprouvante. Quand bien même les séquences suivantes nous terrassent d'émotion dans son désespoir de se raccrocher au cadavre de son petit chien pour tenir lieu de son immense solitude ! Trouvant réconfort auprès de l'espiègle Michel, Pauline se laisse ensuite embarquer dans un jeu morbide d'inhumations d'animaux et d'ornements de crucifix afin d'apaiser leur commun chagrin. Incarné par des comédiens plus vrais que nature dans leur charisme rural jusqu'aux seconds rôles pleins de spontanéïté (je pense en priorité à la pétillante Violette Monnier dans le rôle de la fille cadette des Dollé ou encore à Jacques Marrin dans celui du fils aîné mourrant), Jeux Interdit puise son intensité émotionnelle dans la fragilité humaine de la lumineuse Brigitte Fossey. Du haut de ses 5 ans, la comédienne insufflant expression d'innocence, émoi amoureux et stupeur anxiogène dans sa condition d'orpheline contrainte de côtoyer une famille paysanne draconienne mais trouvant réconfort auprès de l'amour de Michel. Secondé par Georges Poujouly, l'acteur infantile exprime la débrouillardise du garçon désinvolte à daigner voler les crucifix pour l'entreprise de son cimetière, tout en suscitant bouffées de tendresse et de générosité dans la protection de sa nouvelle amie. A eux deux, ils forment un duo souvent bouleversant par leur condition d'enfants subitement opposés à la mort jusqu'à nous tirer les larmes de l'injustice lors d'une conclusion aussi précipitamment brutale que cruelle. 


    Moment de cinéma rare et précieux dans le témoignage douloureux imparti à la barbarie de la guerre où les enfants en sont les premières victimes, Jeux Interdits alterne plages de tendresse, d'humour et de cruauté avec une intensité psychologique si subtile que l'émotion nous traverse de plein fouet sans avertir ! Inoubliable et inaltérable, à l'instar d'une Brigitte Fossey touchée par la grâce de son innocence.

    Bruno Matéï
    2èx
     
    Une analyse plus fouillée par Gilles Vannier: http://tortillafilms.tortillapolis.org/jeux-interdits.html
     

    jeudi 16 octobre 2014

    NOS FUNERAILLES (The Funeral)

                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    d'Abel Ferrara. 1996. U.S.A. 1h39. Avec Christopher Walken, Chris Penn, Annabella Sciorra, Isabella Rossellini, Vincent Gallo, Benicio Del Toro, Gretchen Mol, Victor Argo.

    Sortie salles France: 27 Novembre 1996. U.S: 1er Novembre 1996

    Récompenses: Meilleur Second Rôle pour Chris Penn au Festival de Venise
    Prix de l'organisation catholique internationale pour le cinéma.

    FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
    1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth. 2014: Welcome to New-York. 2014: Pasolini.


    Drame criminel d'une noirceur absolue, Nos Funérailles renoue avec le sacre de la mafia sous un aspect totalement nihiliste, Ferrara auscultant la déroute d'une famille de gangsters des années 30 après la mort d'un des leurs. Alors que la famille Tempio pleure les funérailles du jeune Johnny, ses frères se promettent de retrouver le coupable afin de le venger. Entrecoupés de flash-back, Abel Ferrara nous remémore principalement le compromis du clan Tempio avec un gangster renommé malgré le désistement de Johnny. Quand bien même après sa mort, ses frères Chez et Ray vont nous dévoiler leur état d'âme partagé entre haine de rancoeur et désespoir d'une impossible rédemption. 


    D'une puissance psychologique éprouvante et d'une intensité dramatique aussi rigoureuse, Nos Funérailles s'édifie en cérémonial mortuaire lorsqu'une famille de mafieux se rendent à l'évidence de leur échec moral. Tyrannisés entre leur foi catholique où Dieu plane au dessus de leurs épaules et leurs exactions criminelles qu'ils perpétuent de sang froid, Chez et Ray s'embourbent dans le désarroi de la colère et le doute de leurs actes après le fardeau inconsolable d'un deuil familial. Tributaires de leur condition véreuse car habités depuis toujours par leurs pulsions d'orgueil, d'égoïsme, de haine et de meurtre, la vengeance et la folie seront les derniers catalyseurs de leur sombre déchéance. A travers le déshonneur de cette famille italienne contaminée par le poison du Mal, Abel Ferrara signe un requiem de la damnation lorsque l'engrenage de la violence dissout une famille catholique. Outre la virtuosité d'une mise en scène scrupuleuse reconstituant avec réalisme l'époque des années 30, l'intensité d'un score strident et le soin imparti à la photo ténébreuse tirant sur les teintes mauves et noires, Nos Funérailles est sublimé par la présence d'une poignée de comédiens à la mine désenchantée. Leur charisme viril et animal rappelant à l'occasion les gueules iconiques de gangsters issus du cinéma d'avant-guerre. Mais la palme de la révélation en revient indubitablement au regretté Chris Penn endossant ici le rôle de sa vie dans celui d'un époux violent, aussi torturé dans sa perversité désaxée et son incontrôlable colère qu'hanté de remords d'avoir sombré si bas dans l'avilissement. 


    Affliction de la contrition. 
    Chef-d'oeuvre de noirceur baignant dans un désespoir insoluble, Nos Funérailles transcende la dernière dérive meurtrière d'une famille de truands accablés par le deuil familial et incapables d'en tirer une leçon dans leur condition d'affranchis déchus. Epouvantablement nihiliste car sans aucune échappatoire, Ferrara nous plonge dans leur décadence avec une intensité psychologique affligeante. 

    A Chris Penn...
    Bruno Matéï
    3èx

    mercredi 15 octobre 2014

    E.T (E.T. The Extra-Terrestrial)

                                                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Steven Spielberg. 1982. U.S.A. 1h55. Avec Pat Welsh, Dee Wallace Stone, Henry Thomas, Peter Coyote, Robert MacNaughton, Drew Barrymore.

    Sortie salles France: 26 Mai 1982 (Cannes). 1er Décembre 1982 (sortie nationale). U.S: 11 Juin 1982

    FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).
    1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre.


    "Je refuse de dire: parmi tous mes films, c'est celui-là que je préfère. Cela revient à dire que, parmi tous mes enfants, j'ai un préféré. La Liste de Schindler est le film qui compte le plus pour moi, mais E.T. est mon film le plus personnel. Dire qu'un film s'adresse à l'enfant qui est en nous est devenu un cliché. Pourtant, je pense qu'E.T. s'adresse à ce que nous sommes, à ce que nous avons été, et à ce que nous voudrions redevenir". Steven Spielberg.

    Succès planétaire multi récompensé aux Etats-Unis, E.T est l'incarnation parfaite du divertissement féerique touché par la grâce. A travers la profonde histoire d'amitié d'un enfant et d'un extra-terrestre, Steven Spielberg a accompli un chef-d'oeuvre d'émotion, de fantaisie et de simplicité. Un conte merveilleux sur le droit à la différence, un message de tolérance pour la paix universelle, un message d'espoir pour l'existence extra-terrestre et une diatribe contre la vivisection animale (voire le châtiment des grenouilles pratiqué durant le cours scolaire qu'Elliot finira par libérer de leur condition d'expérimentation). L'art de narrer une histoire accessible à tous afin de nous replonger dans l'émerveillement de notre enfance, un alibi pour nous rappeler à quel point cette période virginale relevait de la magie existentielle !


    Indéniablement naïf chez l'attendrissement de nos héros en culotte courte épris d'affection pour un E.T en perdition, Spielberg transcende leur comportement et leur réaction face à l'inconnu avec une sensibilité prude. A l'instar de l'attitude toute aussi innocente de l'extra-terrestre féru d'affection pour leur bonhomie et de curiosité pour leur innocence immature. C'est grâce à cet accueil chaleureux qu'E.T va donc pouvoir se réfugier au sein de leur cocon familial et grâce à leur soutien qu'il tentera d'entrer en contact avec ses proches afin de rentrer chez lui. Outre l'intense amitié émise entre lui et le jeune Eliott débordant de compassion et de confiance, l'aventure haletante est également à l'appel lorsque les enfants vont user de stratagèmes afin de déjouer les ambitions orgueilleuses des scientifiques et de l'armée. A travers leur attitude mégalo pour la recherche et l'observation d'une vie extra-terrestre, E.T met en exergue le caractère menaçant du monde des adultes résignés instinctivement à tout contrôler, et leur manque de considération face à la sagesse de l'enfant. Car ici ces derniers sont bels et bien les héros du film afin de nous rappeler l'importance de leur morale inscrite dans les notions de tolérance, de respect d'autrui et d'assistance à personne en danger. 


    Sommet d'émotion dans les rapports amiteux échangés entre un garçonnet et un extra-terrestre, E.T transcende sa simplicité narrative avec une grâce enchanteresse et avec l'intimité d'un cinéaste à l'âme d'enfant marqué par le divorce de ses parents et de sa solitude prépubère. Outre la puissance lyrique des moments les plus émotifs que le score de John Williams harmonise, les effets spéciaux de Carlo Rambaldi ont surtout entrepris la prouesse de rendre expressive une créature animatronique à la fragilité humaine bouleversante. Une présence inoubliable pour un chef-d'oeuvre d'émotions candides. 

    Bruno Matéï
    4èx