lundi 13 octobre 2014

Torso / I Corpi presentano tracce di violenza carnale

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site silverferox.blogspot.com

de Sergio Martino. 1973. Italie. 1h33. Avec Suzy Kendall, Tina Aumont, Luc Merenda, John Richardson, Roberto Bisacco, Ernesto Colli, Angela Covello, Carla Brait.

Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983:2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


Synopsis :
À Pérouse, des étudiantes sont retrouvées étranglées à l’aide du foulard rouge d’un mystérieux assassin. Daniela, accompagnée de trois amies, décide de se retirer dans une villa isolée, à l’écart du tumulte. Mais le tueur rôde… et se rapproche inexorablement.

En pleine effervescence giallesque, Sergio Martino reprend du service en 1973 avec Torso, un thriller plus âpre, plus violent, et indéniablement plus érotique que ses prédécesseurs, même si son attrait sanglant se manifeste surtout dans les conséquences des crimes. Les corps féminins, dénudés et vulnérables, deviennent ici le théâtre d’une brutalité sèche : molestation, strangulation, démembrement… Le tout orchestré par un tueur masqué, spectre ludique et macabre jouant à cache-cache avec ses proies.

Précurseur évident du psycho-killer, Torso annonce avec une lucidité troublante le renouveau du thriller horrifique à venir, dont Halloween et Vendredi 13 deviendront les figures emblématiques. Apparitions fantomatiques, identité dissimulée, et surtout ce basculement vers un huis clos oppressant où la dernière survivante tente de déjouer la mécanique meurtrière : tout est déjà là, en germe.


Si la première partie reste relativement classique (enchaînement de meurtres, jeu de suspicion, étreintes polissonnes teintées de saphisme et d’échangisme), Martino démontre un savoir-faire indéniable pour maintenir l’attention à travers cette émancipation sexuelle en vogue. Sa mise en scène, élégante et maîtrisée - notamment lors de la séquence en forêt brumeuse - s’appuie sur un sens aigu du cadre et une photographie aux éclairages soignés, où l’esthétisme prime autant que la tension.

Mais c’est dans sa seconde moitié que le film révèle toute sa puissance. Le récit se resserre, se fige presque, pour basculer dans un huis clos suffocant où une survivante se retrouve prisonnière dans une villa devenue piège. Là, Torso déploie toute son intelligence et son suspense : plutôt que de sombrer dans une surenchère gratuite, Martino privilégie le hors-champ, notamment lors du massacre des jeunes femmes. Il déplace ainsi l’horreur vers le regard - celui du spectateur, mais aussi celui de l’héroïne, contrainte d’observer, impuissante, les agissements du tueur.

Avec ses démembrements à la scie et ses fulgurances gores, le film flirte avec les limites du genre sans jamais céder au racolage. Cette seconde partie, tendue à l’extrême, évoque d’ailleurs par anticipation Bloody Bird dans son rapport de force entre proie et prédateur, mais aussi dans son goût pour un espace clos stylisé, presque baroque, où chaque objet - jusqu’à une simple clé - devient enjeu vital.

Si la révélation finale n’atteint pas des sommets de sidération, elle demeure suffisamment crédible pour ancrer la folie meurtrière dans une réminiscence traumatique, conférant au tueur une dimension  pathétique.


Avec sa réalisation inventive, exploitant chaque recoin d’une villa transformée en labyrinthe mortifère, et sa volonté manifeste de dépasser les codes du giallo traditionnel, Torso s’impose comme une œuvre charnière. Un film moderne, étonnamment en avance sur son temps, qui joue habilement avec la complicité voyeuriste du spectateur.

Ajoutez à cela le superbe score des Fratelli De Angelis, et le contraste saisissant d’une campagne italienne idyllique souillée par la barbarie, et vous obtenez un giallo affûté, digne des plus émérites.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

Remerciement à Christophe Cosyns et Ecstasy of Films.
3èx.Vostfr

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