vendredi 30 décembre 2016

JUSQU'EN ENFER

                                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine

"Drag Me to Hell" de Sam Raimi. 2009. U.S.A. 1h39. Avec Alison Lohman, Justin Long, Lorna Raver, Dileep Rao, David Paymer, Adriana Barraza.

Sortie salles U.S: 27 Mai 2009. U.S: 29 Mai 2009

FILMOGRAPHIE: Sam Raimi est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste américain, né le 23 Octobre 1959 à Franklin, Etats-Unis. 1981: Evil-Dead. 1985: Mort sur le Grill. 1987: Evil-Dead 2. 1990: Darkman. 1993: Evil-Dead 3. 1995: Mort ou Vif. 1998: Un Plan Simple. 1999: Pour l'amour du jeu. 2000: Intuitions. 2002: Spi-derman. 2004: Spider-man 2. 2007: Spider-man 3. 2009: Jusqu'en Enfer. 2013: Le Monde fantastique d'Oz.


Après avoir changé de registre et rameuté un public plus large avec sa splendide trilogie Spiderman, Sam Raimi renoue à ses premiers amours avec Jusqu'en Enfer. Un divertissement horrifique en forme de clin d'oeil à Evil-Dead si bien que les séquences démoniaques s'enchaînent sans répit sous la maîtrise d'une réalisation chiadée comme seul Raimi a le secret. Après avoir refusé un prêt auprès d'une gitane prochainement expulsée de son foyer, la jeune banquière Christine Brown est sujette à sa terrible vengeance. Persécutée par le démon Lamia, elle tente de se faire épauler auprès d'un médium afin d'endiguer la conjuration. Dès lors, un combat entre elle et les forces du Mal s'engage quand bien même son petit ami tente de la rassurer dans son esprit cartésien. Sous couvert d'une satire mordante sur l'intolérance de la finance et de la compétition, Sam Raimi nous revient en grande pompe dans son art inégalable de façonner la frousse avec une ironie irrésistiblement sardonique.


Fort d'une mise en scène aussi inventive que fringante, Jusqu'en Enfer redouble d'efficacité à enchaîner les séquences d'anthologie (l'incroyable agression dans le parking impose une frénésie visuelle à couper le souffle !) pour ébranler son héroïne prise à parti avec des forces surnaturelles. A travers son épreuve de force physique (ses agressions avec l'entité invisible) et morale (ses hallucinations récurrentes) qu'elle doit encourir pour sa survie, l'intrigue multiplie les situations de stress, d'angoisse et de terreur avec un réalisme ébouriffant (si on épargne l'effet raté d'une séquence gore en CGI). Raimi parvenant une fois de plus à nous embarquer à bord d'une montagne russe avec une vigueur émoulue et l'appui de seconds-rôles finement dessinés. Outre l'impact jouissif des séquences-chocs incessamment surprenantes et inattendues (à l'instar de son épilogue aussi couillu qu'hétérodoxe !), Jusqu'en enfer bénéficie d'un travail sur le son (strident !) pour scander le déchaînement des forces occultes et d'une solide distribution pour rehausser la dramaturgie des évènements. Que ce soit le jeu dépouillé de Dileep Rao en médium à la fois studieux et prévoyant, le charisme iconique de Lorna Raver en gitane fielleuse, la posture rassurante de Justin Long en amant prévenant et surtout le charme chétif d'Alison Lohman en victime parano continuellement malmenée mais en initiation vaillante dans sa délibération de déjouer le démon Lamia et de s'affirmer auprès de son boss afin de récolter un poste supérieur.


Roublard en diable et mené de main de maître, Jusqu'en Enfer constitue une récréation diablement réjouissante dans son lot de séquences chocs effrénées impeccablement charpentées. Car aussi improbable soit son argument démoniaque, la carrure humaine taillée auprès de l'héroïne faillible et la vigueur des évènements cinglants qu'elle encaisse fébrilement nous scotche au siège pour nous convaincre de l'artillerie occulte. 

B-M. 2èx

jeudi 29 décembre 2016

LES RAISINS DE LA COLERE

                                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

"The Grapes of Wrath" de John Ford. 1940. U.S.A. 2h09. Avec Henry Fonda, Jane Darwell, John Carradine, Charley Grapewin, Dorris Bowdon, Russell Simpson, O. Z. Whitehead, John Qualen.

Sortie salles France: 31 Décembre 1947. U.S: 15 Mars 1940

FILMOGRAPHIE SELECTIVEJohn Ford, (John Martin Feeney), est un réalisateur et producteur américain, né le 1er février 1894 à Cape Elizabeth près de Portland (Maine) et mort le 31 août 1973 à Palm Desert (Californie). 1928 : Napoleon's Barber. 1932 : Tête brûlée. 1934 : La Patrouille perdue.
1939 : La Chevauchée fantastique. 1939 : Sur la piste des Mohawks. 1940 : Les Raisins de la colère.
1941 : Qu'elle était verte ma vallée. 1942 : La Bataille de Midway. 1946 : La Poursuite infernale.
1948 : Le Massacre de Fort Apache. 1949 : La Charge héroïque. 1950 : Le Convoi des braves.
1950 : Rio Grande. 1952 : L'Homme tranquille. 1953 : Mogambo. 1955 : Ce n'est qu'un au revoir.
1956 : La Prisonnière du désert. 1960 : Le Sergent noir. 1960 : Alamo, réalisateur de la 2e équipe
1962 : L'Homme qui tua Liberty Valance. 1962 : La Conquête de l'Ouest. 1963 : La Taverne de l'Irlandais. 1964 : Les Cheyennes. 1976 : Chesty: A Tribute to a Legend (documentaire)


Grand Classique des années 40, les Raisins de la Colère valu à l'illustre John Ford un Oscar pour le talent de sa mise en scène quand bien même Jane Darwell remporta celui du Meilleur Second Rôle Féminin pour son profil de matriarche au grand coeur. Photographié dans un splendide noir et blanc au jeu d'ombres et lumière expressionnistes, Les Raisins de la colère relate avec souci documenté l'épreuve de survie d'une famille de métayers ricains chassés de leur terre durant la Grande Dépression. Alors que Tommy vient de sortir de prison après avoir purgé 4 ans pour homicide, il retrouve sa famille dans une situation si précaire qu'ils doivent s'exiler vers la contrée Californienne. Manifeste contre la misère humaine et l'exploitation ouvrière, ce road movie rural imprime dans l'esprit du spectateur un sentiment intolérable d'injustice face au témoignage démuni de la famille Joad. Le film ne cessant d'illustrer avec une grande pudeur leur errance itinérante dans un pays en crise ne laissant nulle répit à ceux qui tenteraient de refonder un semblant de vie décente.


Ce poids de la sinistrose qui irrigue les pores du récit ne cède jamais au racolage ou au misérabilisme grâce au réalisme de sa reconstitution sociale et au charisme buriné d'une distribution poignante. L'immense Peter Fonda menant sa communauté parentale avec un humanisme à la fois pugnace et désespéré depuis qu'il enchaîne les infortunes au mépris d'une police aussi dictatoriale que véreuse. Ce portrait vérité de la crise économique de 29 qui engendra l'explosion du chômage (et la cupidité des institutions bancaires) s'avère proprement surréaliste face au discrédit de toutes ces familles affamées, violées de leur territoire, pour être ensuite parquées dans des taudis insalubres en se soumettant à une hiérarchie inéquitable. Par le biais du personnage de Tommy, John Ford insuffle à son portrait fragile une intensité dramatique en crescendo du fait de son caractère frondeur à s'attirer les ennuis au point d'être contraints d'abdiquer sa famille. Spoil ! Le film oscillant au final l'amertume et l'espoir quant à la destinée esseulée de ce laissé-pour-compte et la routine de sa famille que "Ma" (la matriarche) se résigne à poursuivre vers l'endurance Fin du Spoil.


Drame social d'une dureté âpre dans son réalisme glauque émanant d'un impitoyable pessimisme, Les Raisins de la Colère perce finalement vers l'optimisme lors de sa conclusion en demi-teinte afin de mettre en exergue l'initiation de survie d'une famille en perdition gagnée par le désir de persévérer et de s'affirmer pour la dignité. Un chef-d'oeuvre d'une puissance visuelle et émotionnelle que John Ford nous imprime avec une étonnante discrétion ! 

B-M. 3èx

mercredi 28 décembre 2016

LE REGNE DU FEU

                                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site dpstream.net

"Reign of Fire" de Rob Bowman. 2002. 1h42. Avec Christian Bale, Matthew McConaughey, Izabella Scorupco, Gerard Butler, Scott Moutter, David Kennedy, Alexander Siddig, Ned Dennehy.

Sortie salles France: 21 Août 2002

FILMOGRAPHIE: Rob S. Bowman est un réalisateur et producteur de télévision américain, né le 15 mai 1960 à Wichita Falls, Texas aux États-Unis. 1993: Airborne. 1998: The X-Files, le film. 2002: Le Règne du feu. 2005: Elektra


Sous le moule d'une série B de luxe, Rob Bowman redore le blason du blockbuster grand public avec l'intelligence d'un script redoutablement efficace. Dans un monde post-apo, Quinn Abercromby et sa confrérie de survivants tentent de se prémunir contre l'offensive de dragons dans leur forteresse de pierre. Alors qu'une attaque vient de leur porter préjudice depuis la maraude d'un de leurs acolytes à s'emparer d'une récolte, une escouade d'itinérants en fourgons militaires leur sollicite l'hospitalité sous l'impériosité de Denton Van Zan. D'abord réticent, Quin accepte le compromis quand bien même le baroudeur stoïque se vante d'être un tueur de dragon. S'efforçant consciencieusement de soigner le cadre réaliste d'un univers post-apo inspiré d'une scénographie médiévale, Rob Bowman parvient à crédibiliser sa situation improbable littéralement fantasmatique (certains plans faisant office de fresque picturale). A savoir le cataclysme nucléaire du 21è siècle engendré par l'hostilité d'une invasion de dragons au coeur de la capitale londonienne.


Avec ses FX numériques étourdissants de précision pour le design des dragons, et de fluidité pour leurs envolées épiques, le Règne du Feu fascine sans fards si bien que les séquences spectaculaires s'agencent au cheminement narratif sous le pilier d'une confrontation humaine assez tendue. Christian Bale et Matthew McConaughey (qu'on croirait sorti de Mad-Max 2 !) se disputant sobrement la vedette lors d'un point de vue antinomique. L'un préconisant l'alliance des deux camps afin de mieux détruire les dragons, l'autre privilégiant prévention et vigilance pour éviter la bravoure suicidaire des pertes humaines. Ces rapports de force instaurés durant toute l'aventure parviennent à captiver si bien que ces deux hommes vaillants et communément autoritaires vont prendre conscience de leurs erreurs humaines au fil des stratégies offensives puis finalement se respecter en assumant leur responsabilité. Au-delà de cette étude caractérielle bâtie sur le doute, le tort, le pardon et la fraternité, Le Règne du Feu imprime sur une photo désaturée un furieux spectacle sous l'impulsion vertigineuse de dragons plus vrais que nature (à l'instar de cette incroyable chasse en plein ciel perpétrée avec des hommes volants !). On peut même prétendre qu'il s'agit sans doute des sauriens les plus réalistes que l'on ai vu au cinéma avec l'autre exploit Le Dragon du lac de Feu de Matthew Robbins. Le final explosif et sacrificiel s'avérant d'une fulgurance visuelle aussi fascinante qu'hypnotique, notamment lorsque Bowman s'attarde à zoomer sur le charisme carnassier de l'animal !


B movie post-nuke où la fantasy se jumelle scrupuleusement au profit d'une densité narrative et formelle (décorum moyenâgeux et créatures mythologiques criants d'authenticité !), Le Règne du Feu instaure sans aucune prétention un divertissement retors aussi intelligent que mature dans son refus racoleur. Une excellente surprise au succès inévitablement modeste !

B-M. 3èx

Récompense: Prix des effets visuels au Festival international du film de Catalogne

mardi 27 décembre 2016

LEMORA

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site gremlinshavepictures.blogspot.com

"Lemora: a child's tale of supernatural" de Richard Blackburn. 1973. U.S.A. 1h25. Avec Lesley Gilb, Cheryl Smith, William Whitton, Steve Johnson, Hy Pyke, Maxine Ballantyne, Parker West, Richard Blackburn.

Sortie US: Mai 1975

FILMOGRAPHIE: Richard Blackburn est scénariste, acteur et réalisateur américain
1973: Lemora
1987: Histoires de l'autre monde (série TV - 1 épisode)


En majorité peu connue des cinéphiles hormis sa discrète exploitation Vhs à l'orée des années 80, Lemora est l'unique oeuvre de Richard Blackburn, scénariste entre autre de Eating Raoul. Sombré dans l'oubli et inédit en salles en France, ce conte horrifique nous entraîne par la main dans le psyché tourmenté de la candide Lila. A la manière d'un rêve abscons, le spectateur est emporté, comme notre héroïne, au sein d'un carnaval ubuesque parmi la fréquentation de monstres, sorcière et vampires. A titre anecdotique, le rôle du révérend est incarné par le réalisateur lui même. Dans les années 30, un gangster supprime son épouse et son amant dans leur chambre d'hôtel. Sur la route du retour, l'homme s'égare sur une route sans fin. Lila, sa fille, reçoit une lettre de la part de Lemora lui sollicitant de venir la rejoindre afin de retrouver son père mourant. Elle part à la rencontre de cette étrange inconnue et se retrouve embarquée dans un monde onirico-cauchemardesque. Métaphore sur la crise identitaire d'une adolescente vertueuse depuis son enseignement catholique, Lemora est un conte irrationnel d'un baroque stylisé (photo flamboyante à l'appui). Fascinée et dérangée par l'accueil maternel de Lemora parfois accompagnée d'enfants orphelins, Lila n'aura de cesse de la fréquenter avec une confiance davantage dubitative depuis son attitude obséquieuse, quand bien même, à proximité du bois, des créatures mi-monstres, mi-humaines tentent d'entrer dans le cocon familial pour l'assassiner.


Perturbée par la corruption criminelle de son père et en perte de repères au sein d'un univers nonsensique, Lila s'imagine donc ce refuge insolent peuplé de monstres gouailleurs et de vampires insidieux. Analogie de ses démons internes si bien que durant son errance psychologique elle s'initie à la perversité masculine et féminine dans leur sexualité équivoque. C'est notamment une manière irrationnelle d'extérioriser ses doutes et ses craintes de se confronter à la réalité de la mort (Lemora, contrairement immortelle l'incitant à la vie éternelle) ou celle de devenir futur objet de désir sexuel. Si Lemora constitue une expérience à la fois irrésistiblement envoûtante et charnelle, il le doit à son atmosphère crépusculaire à la lisière du conte de fée (l'arsenal de vampires, hommes-loups, sorcière, ogre des bois, climat nocturne fantasmagorique, échos animaliers dans la nature champêtre) et de l'horreur gothique (les magnifiques chambres domestiques de la bâtisse héritées d'une épouvante archaïque). Qui plus est, sa distribution méconnue au charisme magnétique nous laisse pantois de fascination face à ces visages pénétrants. Troublante Lemora dans un jeu de regard aussi pâle et sévère qu'étrangement placide, Lesley Gilb crève l'écran si bien que nous ne sommes pas prêts d'oublier sa silhouette ténébreuse, nouvelle icone d'une vampirella bourrue. Attachante, chétive, innocente et doucement fascinée par cette théâtralisation morbide, Cheryl Smith parvient à nous immerger dans ses angoisses pubères avec un sobre naturel. 

                                          

Lila et le miroir des ombres
Oeuvre atypique indéchiffrable, récit initiatique et métaphysique, allégorie sur la perte de l'innocence et la dualité du Bien et du Mal, Lemora s'édifie en rêve irrationnel avec une fulgurance visuelle sensorielle. En effet, rarement au cinéma le sentiment d'évasion et d'abandon (à l'instar des sublimes Let's Scare Jessica to death et de Valérie au pays des merveilles) n'aura été aussi prégnant dans l'esprit du spectateur embarqué dans un conte à l'aura macabre perméable. Il en émane une perle rare, une expérience parfois dérangeante et abstraite, un Alice au vitriol étrangement vénéneux par son pouvoir de séduction feutrée. 

27.12.16
08.12.11
B-M


lundi 26 décembre 2016

LES BRONZES FONT DU SKI

                                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Patrice Lecomte. 1979. France. 1h23. Avec Michel Blanc, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier,
Gérard Jugnot, Josiane Balasko, Thierry Lhermitte, Dominique Lavanant, Maurice Chevit, Bruno Moynot.

Sortie salles France: 22 Novembre 1979.

FILMOGRAPHIE: Patrice Leconte est un réalisateur, scénariste et metteur en scène français né le 12 novembre 1947 à Paris. 1971 : Blanche de Walerian Borowczyk (assistant réalisateur). 1976 : Les Vécés étaient fermés de l'intérieur. 1978 : Les Bronzés. 1979 : Les bronzés font du ski. 1981 : Viens chez moi, j'habite chez une copine. 1982 : Ma femme s'appelle reviens. 1983 : Circulez y a rien à voir. 1985 : Les Spécialistes. 1987 : Tandem. 1989 : Monsieur Hire. 1990 : Le Mari de la coiffeuse. 1991 : Contre l'oubli. 1993 : Tango. 1994 : Le Parfum d'Yvonne. 1995 : Lumière et Compagnie. 1996 : Ridicule. 1996 : Les Grands Ducs. 1998 : Une chance sur deux. 1999 : La Fille sur le pont. 2000 : La Veuve de Saint-Pierre. 2001 : Félix et Lola. 2002 : Rue des plaisirs. 2002 : L'Homme du train. 2004 : Confidences trop intimes. 2004 : Dogora : Ouvrons les yeux. 2006 : Les Bronzés 3. 2006 : Mon meilleur ami. 2008 : La Guerre des miss. 2011 : Voir la mer. 2012 : Le Magasin des suicides. 2014 : Une promesse. 2014 : Une heure de tranquillité.


Succès en salles (il comptabilise 1 535 781 entrées), Les Bronzés font du Ski est un fleuron de la comédie populaire au même titre que le génialement barré, le Père-Noël est une ordure. On peut d'ailleurs avouer sans regret qu'il dépasse largement son modèle (beaucoup trop timoré à mon goût) dans la générosité de ses gags d'autant plus inventifs et percutants. Multi rediffusé sur nos chaines hertziennes et câblées, sa mécanique de drôlerie s'avère si bien rodée que l'on peut enchaîner les révisions avec la même appétence. En dépit d'une intrigue futile (nos vacanciers du 1er opus étant délocalisés vers une station de ski du Val d'Isère lors de nouvelles retrouvailles) prétexte à quiproquos, rapports de force conjugaux (Bernard/Nathalie, Jérôme/Gigo) et intimidations machistes (Bernard/Gilbert), Patrice Leconte parvient à enchaîner sans modération les gags sous l'impulsion d'une troupe du Splendid au diapason de leur carrière !


L'extrême bonne humeur des comédiens, leur complicité de camaraderie et la manière naturelle dont ils s'expriment à l'écran (à contre emploi de la diction théâtre de 99% de la comédie française donc !) nous suscitent une fougueuse sympathie dans leur profil volontairement extravagant à provoquer ou railler sans complexe son prochain. D'ailleurs, par leur posture empotée (Jean-Claude Dusse/Michel Blanc en dragueur complexé, Nathalie Morin/Josianne Balasko en skieuse novice), manipulatrice, (Popeye/Thierry Lhermitte en exploiteur sans vergogne car sans domicile fixe) ou contrairement héroïque (Jérôme Tarayre/Christian Clavier en skieur pro faussement émérite) émanent des situations catastrophiques aussi désopilantes que déjantées (Jean-Claude Duss coincé sur son télésiège durant toute une nuit, Bernard urinant dans la serrure de la portière du véhicule du voisin). On peut enfin citer à titre d'anthologies la séquence de la foulure du bras chez Nathalie que Popeye, Gigi et Bernard vont tenter de soulager, des ébats lubriques d'un trio de suédois entendus dans leur refuge, ou encore de l'hospitalité de paysans locaux incitant nos bronzés à la dégustation d'une "foune" puis d'une liqueur d'échalote.


Avec bientôt 40 ans d'âge au compteur, les Bronzés font du Ski peut entrer au panthéon des comédies populaires les plus hilarantes du cinéma français si bien que 90% de ses gags s'avèrent toujours aussi frais, et ce même quand on en connaît la chute ou la teneur de ces réparties ciselées ! A titre subsidiaire, on peut également vanter le refrain décontracté de sa chanson gentiment follingue intervenant à plusieurs bribes du récit ! Bref, un immense éclat de rire !

B-M. 3èx

vendredi 23 décembre 2016

LE FACTEUR

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site vostfr.club

"Il postino" de Michael Radford. 1994. France/Belgique/Italie. 1h48. Avec Philippe Noiret, Massimo Troisi, Renato Scarpa, Linda Moretti, Maria Grazia Cucinotta, Mariano Rigillo, Anna Bonaiuto.

Sortie salles France: 24 Avril 1996

FILMOGRAPHIEMichael Radford est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur anglais né le 24 février 1946 à New Delhi (Inde). 1980 : Van Morrison in Ireland (doc). 1980 : The White Bird Passes (TV). 1983 : Another Time, Another Place. 1984: 1984. 1987 : Sur la route de Nairobi. 1994 : Le Facteur. 1998 : B. Monkey. 2000 : Dancing at the Blue Iguana. 2002 : Ten Minutes Older: The Cello. 2004 : Le Marchand de Venise. 2007 : Le Casse du siècle. 2011 : Michel Petrucciani (doc). 2011 : La Mule. 2014 : Elsa & Fred.


Crève-coeur inconsolable d'une intensité dramatique capiteuse quant à l'issue tragique de son épilogue, Le Facteur est la réunion au sommet de deux acteurs innés: Philippe Noiret et l'immense révélation Massimo Troisi. Dédié à sa mémoire, le film décuple son impact dramatique lorsque l'on sait que ce dernier décéda d'une crise cardiaque seulement 12 heures après la fin du tournage. Au préalable, le projet lui tint tellement à coeur qu'il avait repoussé son opération cardiaque contre l'avis du corps médical. Avec son regard ébène constamment incandescent, ses yeux innocents d'enfant placide, sa démarche discrète et sa timidité irrésistiblement attachante, Massimo Troisi ensorcelle l'écran dans le personnage plus vrai que nature de Mario. Un facteur novice avide de curiosité et d'apprentissage auprès du grand poète chilien, Pablo Neruda. Exilé dans un petit village italien depuis la présidence de González Videla sévèrement opposé aux communistes durant la guerre froide, Pablo va entretenir une incroyable histoire d'amitié avec Mario. Ce dernier inculte étant fasciné par la poésie, il décide de lui enseigner l'apprentissage des vers autour du thème de la métaphore.


Au fil de leurs passionnants entretiens conçus sur l'enseignement des mots, Mario en profite pour avouer à son nouvel ami qu'il est passionnément amoureux de la jeune tenancière Béatrice. Par la magie de la poésie, et avec le soutien de son mentor, Mario tente de la conquérir avec une persévérance tantôt désespérée. Hymne aux poèmes et à la fidélité de l'amour, Le Facteur constitue l'une des plus belles histoires d'amitié du cinéma doublé en annexe d'une magnifique romance. Illuminé par la présence de Massimo Troisi et du monstre sacré Philippe Noiret, ces derniers insufflent à l'écran une complicité chaleureuse dans leur échange passionnel où l'élève s'éveille à la parole du maître. Spoil ! Quand bien même dans les circonstances d'une crise politique, ils seront amenés à se séparer avant d'escompter d'inévitables retrouvailles du point de vue de Mario fin du Spoil. Ce sentiment diligent d'une patience de longue haleine et de dépit sous-jacent, Massimo Troisi le retranscrit à l'écran avec une vérité humaine aussi subtile que bouleversante dans sa ferme persuasion de n'avoir pu été trahi par son acolyte. Si bien que Mario a su évoluer, persévérer, s'affirmer (sa relation avec Béatrice, sa révolte contre un industriel perfide), s'affranchir de l'ignorance grâce à la culture du langage, à la valeur de l'amitié et la fidélité qui en émane par instinct de confiance.


L'amitié est une âme en deux corps. 
A travers une quête identitaire dans la fougue de dépasser ses lacunes intellectuelles et la dignité d'une douloureuse histoire d'amitié où perce le poids du regret, Michael Radford inscrit sur pellicule un chef-d'oeuvre d'émotions à fleur de peau sous l'impulsion élégiaque du thème inoubliable de Luis Bacalov. Un déchirant drame humain sur fond de crise politique (les communistes sont mis sous verrou sous le régime de González Videla) que le talent viscéral des acteurs retransmet avec une pudeur toute fragile.  

B-M. 3èx

Et ce fut à cet âge... Que la poésie vint à ma recherche. J'ignore, j'ignore d'où elle surgit, de l'hiver ou du fleuve. Je ne sais ni comment ni quand. Non, ce n'était pas des voix, ni des mots ni le silence, mais d'une rue elle me héla, des branches de la nuit, soudain parmi les autres, parmi des feux violents ou rentrant seul, j'étais là sans visage et elle me toucha. Pablo Neruda. 


Massimo Troisi (né le 19 février 1953 à San Giorgio a Cremano, dans la province de Naples en Campanie - mort le 4 juin 1994 à Ostie) est un acteur, réalisateur, scénariste et metteur en scène de théâtre italien.

jeudi 22 décembre 2016

LE PERE NOEL EST UNE ORDURE

                                                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jean Marie Poiret. 1982. France. 1h31. Avec Anémone, Thierry Lhermitte, Marie-Anne Chazel,
Gérard Jugnot, Christian Clavier, Josiane Balasko, Bruno Moynot, Jacques François, Martin Lamotte, Michel Blanc, Claire Magnin, Jean-Pierre Clami.

Sortie salles France: 25 Août 1982

FILMOGRAPHIEJean-Marie Poiré est un réalisateur, scénariste et producteur français né le 10 juillet 1945 à Paris. 1967 : Oscar (assistant réalisateur). 1977: Les Petits Câlins. 1979: Retour en force. 1981: Les hommes préfèrent les grosses. 1982: Le père Noël est une ordure. 1983: Papy fait de la résistance. 1986: Twist again à Moscou. 1988: Mes meilleurs copains. 1991 : L'Opération Corned-Beef. 1993: Les Visiteurs. 1995: Les Anges gardiens. 1998: Les Couloirs du temps : Les Visiteurs 2. 2001: Les Visiteurs en Amérique. 2002: Ma femme s'appelle Maurice. 2016: Les Visiteurs: La Révolution.


Vilipendé par la critique de l'époque alors que le public l'accueille plutôt avec fougue (1 582 732 spectateurs), le Père-noël est une ordure est aujourd'hui reconnue comme l'une des comédies cultes les plus réputées du cinéma français. D'après une pièce de théâtre créée et jouée par le Splendid en 1979, Jean Marie Poiret réunit la même troupe afin de transposer à l'écran un vaudeville aussi déjanté que fébrilement psychotique ! Dans un appartement parisien, deux bénévoles introvertis d' S.O.S Detresse Amitié" sont perturbés par l'intrusion d'invités surprises en pleine nuit de Noël. A savoir, un couple de laissés-pour-compte, un travelo solitaire, un voisin bulgare adepte de spécialités culinaires, une voisine coincée dans la cage d'un ascenceur et un harceleur obsédé du téléphone. Spoiler ! Peu à peu, la nuit se transforme en cauchemar lorsque Josette et Felix commettent malencontreusement un meurtre auprès du dépanneur de l'ascenseur. Fin du Spoil.


D'une fantaisie insolente dans son accumulation de quiproquos sévèrement désopilants, le Père-Noël est une ordure est le divertissement populaire irrigué d'outrances. Tant au niveau de la verve des réparties souvent grossières et inventives, de l'extravagance des personnages tous plus fêlés les uns que les autres, que des situations scabreuses (parfois volontairement incohérentes) qu'ils enchaînent incidemment à renfort d'humour noir décomplexé ! Politiquement incorrect et d'un mauvais goût assumé (le film aurait pu s'intituler "Affreux, sales et méchants" !), Jean Marie Poiret se raille de la fête de Noël (les enfants malmenés en préambule par un père-noël véreux), de l'homosexualité, de la solitude, des timides, des dépressifs et de la marginalité avec une ironie vitriolée. Les gags à répétition s'enchaînant sans répit au fil de règlements de compte physiques et verbaux que nos protagonistes gèrent maladroitement par leur absence d'autorité. Les comédiens totalement investis dans leur fonction boute-en-train ou contrairement timorée s'en donnant à coeur joie dans l'excentricité, entre hystérie collective et bravoures cartoonesques (la tentative de secours dans l'ascenseur, la stratégie criminelle de Josette et Felix). Cette ambiance de folie frénétique régie au sein d'un huis-clos de toutes les bévues insuffle une vigueur si jouissive que l'on se surprend de voir débouler si vite le générique de fin !


Une comédie monstre imputrescible à se cramper la mâchoire !
Chef-d'oeuvre de comédie corrosive et décalée au sein du paysage policé du cinéma français, Le Père-Noël est une ordure constitue une perle rare de divertissement débridé sous l'impulsion galvanisante de comédiens en roue libre. Anémone, Lhermitte, Chazel, Jugnot, Clavier, Balasko, Bruno Moynot menant la danse avec une euphorie contagieuse dans leur ressort provocateur. Bref, l'antidépresseur estampillé "label rouge" en ses fêtes de fin d'année ! 

B-M. 3èx

mercredi 21 décembre 2016

DEUX SOEURS. Grand Prix, Grand Prix de la Jeunesse, Gerardmer 2004.

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Hangeul" de Kim Jee-woon. 2003. Corée du Sud. 1h55. Avec Im Su-jeong, Moon Geun-young, Kim Kap-su, Yeom Jeong-a, Lee Seung-bi.

Sortie salles France: 16 Juin 2004. Corée du Sud: 13 Juin 2003

FILMOGRAPHIEKim Jee-woon est un réalisateur, scénariste et directeur de la photographie sud-coréen, né le 6 juillet 1964 à Séoul. 1998: The Quiet Family. 2000: The Foul King. 2003: Deux sœurs. 2005: A Bittersweet Life. 2008 : Le Bon, la Brute et le Cinglé. 2010 : J'ai rencontré le Diable. 2013: Le Dernier Rempart.


Multi récompensé dans divers festivals comme le souligne honorablement son double Grand Prix ovationné à Gérardmer, Deux Soeurs joue dans la cour des grands en prônant un drame psychologique derrière l'alibi d'un Fantastique éthéré. Si cette oeuvre classieuse et épurée s'est quelque peu inspirée de Picnic à Hanging Rock et de Créatures Célestes selon les dires de l'auteur, j'ai personnellement eu en mémoire le chef-d'oeuvre L'Autre de Robert Mulligan dans sa manière d'aborder la schizophrénie du point de vue pubère et le profil intrinsèque imparti à sa victime soumise. De retour dans leur maison de campagne, deux soeurs tentent de cohabiter avec leur belle-mère particulièrement drastique. Faute du comportement lymphatique du paternel, elles tentent communément de se préserver de la dictature de cette dernière alors qu'au même moment un fantôme semble daigner les persécuter.


En abordant les thèmes du deuil et du traumatisme infantile, Kim Jee-woon parvient à renouveler le genre horrifique grâce à l'ossature tentaculaire de sa narration (volontairement) nébuleuse car construite à la manière d'un puzzle. L'une des qualités majeures du film résidant dans l'art de conter son récit avec autant de brio technique (réalisation inventive, soin stylisé des décors domestiques) que de dextérité (révéler les indices au compte-goutte) afin d'élever le genre avec dignité. Constamment ombrageux et intriguant malgré la lenteur du rythme si bien que l'intrigue prend son temps à se mettre en place (ce qui pourrait toutefois rebuter une frange du public), Deux Soeurs maintient constamment l'attention. De par son suspense latent brillamment ciselé autour de personnages suspicieux contrariés par le poids de leur culpabilité et sa dramaturgie en crescendo émanant de leur responsabilité morale. Sur ce dernier point, les comédiens vibrant d'humanité et de conscience instable s'avèrent tous remarquables afin de nous impliquer dans leur désarroi intime où la rédemption semble impossible. Baignant dans un climat feutré au son périodique d'une mélodie classique, cette douloureuse histoire de deuil familial où chacun endosse une part de responsabilité nous ait conté avec une sensibilité capiteuse si bien qu'elle finit par nous bouleverser quant à la résolution de l'énigme non exempte d'interrogations. Tant pour l'éventuelle existence du fantôme revanchard que des sorts éventuels de la belle-mère et des 2 soeurs.


Sous couvert d'une horreur surnaturelle somme toute classique (le film insuffle une angoisse timorée si on épargne un très impressionnant incident domestique !), Kim Jee-woon transfigure le genre pour aborder de manière introspective un cas névralgique de schizophrénie. Par son intensité dramatique en expansion découle une oeuvre fragile magnifiée par le talent des comédiens, son élégie musicale et la manière tarabiscotée de structurer une intrigue tortueuse où continue de planer doute, pessimisme et culpabilité. 

B-M

Récompenses:
Festival international du film de Catalogne 2003 : Prix du meilleur film
Festival Screamfest 2003 : Prix du meilleur film
Festival international du film fantastique de Bruxelles 2004 : Prix de la meilleure actrice (Yeom Jeong-a)
Festival Fantasporto 2004 : Prix du jury, du meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure actrice (Im Su-jeong)
Festival du film fantastique de Gérardmer 2004 : Grand prix et Grand prix de la jeunesse

mardi 20 décembre 2016

DRILLER KILLER. Uncut Version.

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site hollywood70.com

"The Driller Killer" d'Abel Ferrara. 1979. U.S.A. 1h41 (version Uncut inédite en France). Avec Abel Ferrara, Carolyn Marz, Baybi Day, Harry Schultz, Alan Wynroth, Maria Helhoski.

Sortie salles U.S: 15 Juin 1979 (Interdit - de 18 ans). Inédit en salles en France.

FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth. 2014: Pasolini. 2014: Welcome to New-York.


Production fauchée réalisée juste après un premier essai porno (9 Lives of a Wet Pussy), Driller Killer dû une partie de sa petite notoriété auprès de l'Angleterre qui le répertoria dans leur fameuse liste des Video-Naties alors que William Friedkin ne fut pas insensible au talent prometteur de Ferrara (c'est sous ses conseils que la Warner Bros acceptera de produire l'Ange de la Vengeance). Réalisateur mais aussi interprète endossant avec une vérité viscérale un tueur schizo, Abel Ferrara exploite le cinéma d'horreur avec un réalisme social résolument fascinant. Car sous couvert de la banalité quotidienne d'un peintre fauché sombrant peu à peu dans la folie, Driller Killer en profite pour dresser un autre portrait tout aussi crapoteux. Celui d'une cité new-yorkaise engluée dans une marginalité miséreuse dans laquelle le héros ne parvient pas à s'extraire. Ferrara improvisant en prime quelques séquences ultra réalistes de dépravation autour du témoignage de certains figurants sans doute filmés contre leur gré (je pense à la séquence ultra glauque du clochard comateux vomissant à deux reprises son pinard sur le trottoir).


Parmi cette faune constituée de clodos, marginaux, chômeurs mais aussi mélomanes à la p'tite semaine (l'entourage du tueur), Driller Killer porte notamment un témoignage à la culture punk. Mouvement contestataire qui eut son apogée entre 1976 et 1980 si bien que le tournage du film s'étala de Juin 1977 à Mars 1978. Emaillé de séquences de concert improvisées dans des appartements précaires et de situations grotesques de démence soudaine (la scène de la station de métro avec ce quidam déjanté brimant un sexagénaire), Driller Killer désarçonne par son aspect reportage pris sur le vif. Et ce en dépit de l'amateurisme des comédiens et d'une réalisation expérimentale tantôt hésitante, tantôt ambitieuse. C'est justement ce qui fait le charme de cette oeuvre typiquement underground parvenant sans fard ni prétention à nous immerger dans une jungle urbaine en décrépitude, quand bien même Ferrara, acteur en improvisation, en impose dans les expressions dérangées depuis sa fragilité de s'exposer à ses hallucinations morbides.


Dérangeant et malsain par son environnement aussi fétide que suffocant, comme le souligne en prime les moments d'égarement du tueur (le lapin dépecé planqué dans une armoire, charcuté l'instant d'après à coups de poignard !), et gore pour ses exactions à la perceuse (maquillages simplistes pourtant saisissants de réalisme !), Driller Killer ne manque pas de personnalité (frondeuse) pour dépeindre la descente aux enfers d'une urbanisation sinistrosée. A (re)découvrir avec vif intérêt. 

B-M. 2èx

TOP / FLOP 2016 (Films + Séries)

Top 1: Ex-aequo 

 

Top 2: 


Top 3: 


Dans le désordre: 











BONUS: 




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