"Hangeul" de Kim Jee-woon. 2003. Corée du Sud. 1h55. Avec Im Su-jeong, Moon Geun-young, Kim Kap-su, Yeom Jeong-a, Lee Seung-bi.
Sortie salles France: 16 Juin 2004. Corée du Sud: 13 Juin 2003
FILMOGRAPHIE: Kim Jee-woon est un réalisateur, scénariste et directeur de la photographie sud-coréen, né le 6 juillet 1964 à Séoul. 1998: The Quiet Family. 2000: The Foul King. 2003: Deux sœurs. 2005: A Bittersweet Life. 2008 : Le Bon, la Brute et le Cinglé. 2010 : J'ai rencontré le Diable. 2013: Le Dernier Rempart.
Multi-récompensé en festivals - jusqu’à un double Grand Prix ovationné à Gérardmer - Deux Sœurs joue d’emblée dans la cour des grands en greffant un drame psychologique à un fantastique éthéré. Si Kim Jee-woon revendique l’influence de Picnic at Hanging Rock ou de Créatures célestes, c’est pourtant vers L’Autre de Robert Mulligan que mon esprit est revenu : même approche de la schizophrénie pubère, même goût du simulacre poussé jusqu’à la fracture.
Synopsis : de retour dans leur maison de campagne, deux sœurs tentent de cohabiter avec une belle-mère castratrice. Face à la passivité lymphatique du père, elles s’unissent pour résister à sa dictature, tandis qu’un fantôme semble peu à peu les persécuter.
En abordant le deuil et le traumatisme infantile, Kim Jee-woon renouvelle le genre horrifique grâce à une narration volontairement nébuleuse, bâtie comme un puzzle tentaculaire à reconstituer. L’une des grandes forces du film réside dans cet art du récit où le brio technique - mise en scène inventive, décors domestiques stylisés, couleurs saturées - s’allie à une rare dextérité narrative, distillant les indices au compte-goutte pour élever le genre avec élégance. Ombrageux, intrigant, parfois d’une lenteur assumée, Deux Sœurs prend son temps, mais capte durablement l’attention par son étrangeté diffuse et notre perplexité fascinée. Le suspense latent, ciselé autour de personnages rongés par la culpabilité, se double d’une dramaturgie en crescendo nourrie par leur responsabilité morale. Les comédiens, vibrants d’humanité et de conscience instable, impressionnent par leur sobriété, nous entraînant dans un désarroi intime où la rédemption semble hors de portée. Baignée d’un climat feutré, scandée par une mélodie classique lancinante, cette tragédie familiale - où chacun porte sa part de faute - est contée avec une sensibilité capiteuse, jusqu’à une résolution troublante, jamais totalement close. Un parti pris assumé, tant sur l’éventuelle existence du fantôme revanchard que sur les sorts - réels ou mentaux - frappant la belle-mère et les deux sœurs.
Sous couvert d’une horreur surnaturelle somme toute classique et souvent suggérée - hormis un incident domestique saisissant et quelques éclairs de violence âpre - Kim Jee-woon transfigure le genre pour explorer, de manière introspective, la schizophrénie juvénile. De cette intensité dramatique savamment diluée naît une œuvre fragile et bouleversante, magnifiée par ses interprètes, son élégie musicale et une structure narrative aussi réfléchie que tortueuse, où persistent le doute, le pessimisme et la culpabilité. Un second visionnage est même vivement recommandé, tant la compréhension des tenants et aboutissants de cette tragédie familiale en révèle une profondeur humaine autrement dévastatrice.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
11.02.26. 3èx
Récompenses:
Festival international du film de Catalogne 2003 : Prix du meilleur film
Festival Screamfest 2003 : Prix du meilleur film
Festival international du film fantastique de Bruxelles 2004 : Prix de la meilleure actrice (Yeom Jeong-a)
Festival Fantasporto 2004 : Prix du jury, du meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure actrice (Im Su-jeong)
Festival du film fantastique de Gérardmer 2004 : Grand prix et Grand prix de la jeunesse




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