mercredi 31 août 2016

LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site traileraddict.com

"The Day the Earth Stood Still" de Robert Wise. 1951. U.S.A. 1h32. Avec Michael Rennie, Patricia Neal, Hugh Marlowe, Sam Jaffe, Billy Gray, Frances Bavier.

Sortie salles France: 18 Septembre 1952. U.S: 28 Septembre 1951

FILMOGRAPHIE: Robert Wise est un réalisateur, scénariste, producteur, monteur né le 10 Septembre 1914, décédé le 14 Septembre 2005 à Winchester (Indiana).
1944: La Malédiction des Hommes Chats, 1945: Le Récupérateur de cadavres, 1948: Ciel Rouge. Né pour Tuer. 1949: Nous avons gagné ce soir. 1952: La Ville Captive. 1952: Le Jour où la terre s'arrêta. 1954: Les Rats du Désert. 1957: Marqué par la Haine. 1958: l'Odyssée du sous-marin Nerka. 1962: West Side Story. 1964: La Maison du Diable. 1966: La Mélodie du Bonheur. 1967: La Canonnière du Yang-Tsé. 1972: Le Mystère Andromède. 1975: L'Odyssée du Hindenburg. 1977: Audrey Rose. 1980: Star Trek. 1989: Les Toits. 2000: Une Tempête en été (télé-film)


Grand classique des années 50, le Jour où la terre s'arrêta aborde la science-fiction intimiste pour mettre en garde notre rapport belliqueux avec l'arme nucléaire. Robert Wise imaginant sans esbroufe l'arrivée sur terre d'un extra-terrestre messianique et d'un robot indestructible afin de nous avertir des dangers de nos nouvelles technologies (fusée, bombe atomique) pouvant nuire aux autres planètes. Ces E.T coexistant dans leur galaxie en harmonie pacifiste grâce à une société épargnée de police (substituée par des robots !), d'armes et de guerre. Métaphore sur le péril atomique et le racisme sous l'apparence hostile d'un étranger d'origine inconnue, La Jour où la terre s'arrêta repose sur une mise en scène et une distribution solides pour crédibiliser son contexte alarmiste. Et ce, en dépit de la tenue vestimentaire ringarde des extra-terrestres prêtant aujourd'hui à sourire mais toutefois emprunte de poésie ! Sous l'autorité de son inquiétant regard placide, Michael Rennie soutient le film de sa stature longiligne en porte-parole délibéré à rassembler nos dirigeants afin de leur émettre un ultimatum pour le sort de la Terre. Mais l'homme instinctivement méfiant, parano, farouche et orgueilleux endosse la défensive afin de se prémunir du danger dont il ignore les tenants et aboutissants ! Wise caricaturant nos comportements pleutres et outranciers par le biais du corps militaire et policier ainsi que la meute des journalistes et badauds en mal de sensations. Pendant ce temps, notre extra-terrestre surpris de notre comportement sournois trouve refuge chez une veuve et son fils afin de se prémunir d'un éventuel lynchage et avant d'entrer en contact avec un éminent scientifique.


Réquisitoire contre l'instinct destructeur de l'homme et les dangers de nos technologies avancées, le Jour où la Terre s'arrêta distille un climat trouble d'inquiétude et de suspense sous-jacent pour mettre en garde le destin de notre planète qu'un messie extra-terrestre tente péniblement de sauvegarder. Un film fort et intelligent d'une surprenante audace dans son refus du spectaculaire et dans son interrogation finale dénuée de réponse. C'est dire si Wise doute du bon sens de l'homme ! 

E-B

mardi 30 août 2016

BLOOD FATHER

                                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Jean-François Richet. 2016. U.S.A. 1h28. Avec Mel Gibson, Erin Moriarty, William H. Macy
Diego Luna, Elisabeth Röhm, Thomas Mann, Dale Dickey.

Sortie salles France: 31 Août 2016. U.S: 26 Août 2016

FILMOGRAPHIE: Jean-François Richet, né le 2 juillet 1966 à Paris, est un réalisateur, producteur, scénariste, dialoguiste et monteur français. 1995: État des lieux. 1997: Ma 6-T va crack-er. 2001: De l'amour. 2005: Assaut sur le central 13. 2008: L'Instinct de mort. 2008: L'Ennemi public n° 1
2015: Un moment d'égarement. 2016: Blood Father. 2017: Twice.


Vendu comme le grand retour de Mel Gibson dixit "Premiere" du haut de l'affiche hexagonale, ou lorsque la montagne accouche d'une souris répondit l'écho ! Série B d'action moulée à l'ancienne si j'ose dire, Blood Father constitue un très mauvais divertissement bourrin. Faute à une intrigue aseptique dénuée de toute vigueur dramatique (Spoil ! à l'instar de son épilogue tragique dont on éprouve aucune compassion ! fin du Spoil), à des antagonistes primaires sans charisme animal et surtout au portrait apathique imparti au père et à sa fille buissonnière. Pourchassée par des tueurs du Cartel depuis qu'elle eut incidemment assassinée leur leader (son petit ami !), Lydia, 17 ans, décide de renouer contact avec son père pour lui invoquer de l'aide. Persécutés et menacés, ils n'ont comme seul recourt de s'échapper du cocon domestique pour sillonner les contrées mexicaines entre deux escales dans des chambres d'hôtels. Mais les tueurs sans pitié restent à l'affût de leurs moindres déplacements. 


D'une platitude exaspérante dans son cheminement narratif poussif et d'un rythme langoureux même si quelques affrontements sanglants avivent timidement notre attention (notamment cet incroyable clash automobile auquel un poids lourds viendra percuter de plein fouet un motard !), Blood Father fait pâle figure pour renouer avec les plaisirs coupables des actionner 80. Le plaisir de retrouver le monstre sacré Mel Gibson dans un genre qui le rendit célèbre s'estompe donc rapidement si bien que l'acteur peine à insuffler une quelconque émotion dans sa fonction paternelle en rédemption. Même si sa carrure héroïque titille notre nostalgie et que la virilité de son charisme buriné impressionne encore du haut de ses 60 ans, l'acteur semble peu à l'aise pour s'iconiser en redresseur de tort par le biais de répliques approximatives. Entouré de la présence juvénile de Erin Moriarty en ado instable et décérébrée, cette dernière ne parvient jamais à densifier une fragilité humaniste dans sa personnalité lambda si bien que son amitié évoquée avec son paternel n'apporte aucune empathie à leur réconciliation.


Peu inspiré et d'une étonnante maladresse dans le fond et la forme (même si sa photo ocre esthétise parfois une nature crépusculaire), Jean François Richet vient de commettre avec Blood Father le plus mauvais film de sa carrière entraînant notamment dans sa chute l'acteur emblématique des années 80 même si Mel Gibson tente de sauver les meubles avec un minimum de dignité.  

E-B

Le p'tit mot de Jean-Marc Micciche:
Séance découverte avec le film attendue Blood Father, du frenchie Richet. Au delà du plaisir de retrouver Mel Gibson et de la bonne facture de l'ensemble, j'avoue avoir été déçus par cette série B un peu molle et bavarde...je trouve qu'avec ce type de sujet, deux perso que tout le monde veut gicler, j'ai malheureusement vue trop de bon films dans les années 70 et 80 pour mouiller mon slip. on attendait un film haletant, bourré de temps fort et bourré d'adrénaline, et au final tout ça tire en longueur.

lundi 29 août 2016

CONJURING 2: LE CAS ENFIELD

                                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"The Conjuring 2" de James Wan. 2016. U.S.A. 2h14. Avec Patrick Wilson, Vera Farmiga, Sterling Jerins, Frances O'Connor, Madison Wolfe, Lauren Esposito, Patrick McAuley.

Sortie salles France: 29 Juin 2016. U.S: 10 Juin 2016.

FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, réalisateur et scénariste australien né le 27 Février 1977 à Kuching (Malaisie), avant de déménager à Perth (Australie).
2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2. 2016: The Conjuring 2.


Après le succès international de The Conjuring, James Wan rempile trois ans plus tard pour nous offrir une suite à la mesure de son talent. S'inspirant du cas Enfield auquel une famille anglaise fut persécutée par le fantôme d'un vieillard au milieu des années 70, Conjuring 2 préserve la même recette que son prédécesseur (jump-scare, suspense oppressant, rebondissements, effets-chocs en roue libre) avec une efficacité probablement plus convaincante ! De par la structure de son récit un peu plus subtil et substantiel que son modèle si bien que les situations homériques qui émaillent l'intrigue permettent de se renouveler sans lassitude. James Wan s'appuyant sur l'épreuve professionnelle des Warren à daigner une ultime fois (faute d'instance de retraite) superviser un nouveau cas de demeure hantée ! Dans leur jeu de questionnement spirituel à démêler le vrai du faux émane également une quête identitaire à savoir qui se planque derrière l'esprit démoniaque. Là encore, James Wan parvient à nous surprendre dans un habile jeu de simulacre que constituent la fille aînée, Janet Hodgson (en proie à toutes les suspicions de l'entourage professionnel !) et le fantôme sclérosé !


Hormis ces situations de déjà vu recyclées autour des thèmes de la demeure hantée et de la possession démoniaque, James Wan continue donc d'imprimer un indéniable savoir-faire technique, tant par sa mise en scène incisive que de la rigueur du montage et du cadrage. Et afin de rendre plausible cette nouvelle histoire de fantôme fertile en agressions surnaturelles, le cinéaste compte également sur sa solide direction d'acteurs, particulièrement les seconds-rôles infantiles d'une étonnante sobriété dans leur fonction molestée ! (mention spéciale à la néophyte Madison Wolfe). Quant au duo conjugal formé par Patrick Wilson et Vera Farmiga, ces derniers continuent d'afficher le même aplomb dans leur posture notoire de chasseurs de poltergeists avec une cohésion conjugale assez poignante (notamment leur valeur du mariage invoqué auprès de la jeune Janet). Ed Warren étant cette fois-ci sévèrement mis à mal pour sa destinée depuis que son épouse fut préalablement témoin d'une sombre prémonition. Outre l'angoisse savamment entretenue autour de situations mutiques redoutant un terrible danger, l'utilisation du hors-champ sonore est savamment exploité afin de nous faire bondir de notre siège au moment le plus fortuit !


Angoissant, parfois terrifiant (les apparitions de "l'homme tordu" !) et captivant grâce à la structure d'un récit plus étoffé que son modèle et grâce au savoir-faire factuel de son auteur, Conjuring 2 renchérit le "ouh fait moi peur" avec une efficacité optimale si bien qu'il aurait tendance à surpasser la première affaire des Warren ! Ajoutez à cela une splendide photographie contrastant à merveille avec sa scénographie nocturne ainsi qu'une bande-son percutante (entre deux hommages nostalgiques aux Beatles et à Elvis !) et vous obtenez un tour de montagne russe où l'émotion forte laisse finalement transparaître une éloge à l'union conjugale. 

La Chronique de The Conjuringhttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/08/the-conjuring.html

E-B

Le p'tit mot de Jean Marc Micciche:
Cycle 'foutre la trouille 1' avec The conjuring 2. On le sait, s'il y a bien un genre où James Wan est vraiment à l'aise c'est avec le fantastique traditionnel, du curieux Dead silence, en passant par l'inégale mais passionnante saga des Insidious, sans oublier le premier The conjuring n'a cessé de retrouver la substantielle moelle de de la peur au cinéma...tous les vieux trucs du cinéma old school mais aussi de vraie tentatives de renouvellement des thèmes tout comme le travail sur le son et le cadre. La grande question que l'on pouvait se poser c'était de quel manière l'expérience du blockbuster Fast and furious 7 allait d'une certaine manière influencé le cinéma d'épouvante. Et force et de reconnaître que James Wan tente une greffe aussi étonnante qu'originale, tenter de faire un film d'action horrifique. La terminologie peut sembler poussive mais force et de reconnaître que Wan sur de ses moyens propose une mise en scène dynamique que seul Raimi (Evil Dead 1 et 2, Jusqu'en en enfer) ou Jackson (Fantômes contre fantômes) avaient réussi. En utilisant les thèmes les plus usités du cinéma d'épouvante, Wan parvient à créer grâce à une mise en scène et un découpage étonnant à créer d'authentiques moments de terreur primitives. Fondu et raccord étonnant, mouvement amples, direction artistiques tout dévoyés à une creer une ambiance de danger et de chaos palpable, James Wan éléve le cinéma de terreur et sa saga The Conjuring à un niveau étonnant. D'autant plus étonnant que sa sortie n'a pas fait dans le vague alors que le challenge a de grande chance de marquer durablement les esprits. Que dire d'autres ? le prologue sur Amytiville et sur Amythiville 2 est déjà en soi un moment de terreur unique, les cinéphiles apprécieront sans aucun doute la subtile citation à Audrey Rose de Robert Wise. Que le film est puritain ? mais étant donné l'angle narratif, on s'en fout un peu. Que le film a beau jouait la carte de l'épouvante, le film n'oublie jamais ses acteurs et que le film reste aussi un beau film d'amour sur un couple....

Le point de vue de Seb Lake:
Trois ans d'attente pour enfin voir la suite du meilleur film d'horreur de ces vingt dernières années,ce Conjuring 2 est construit de la même manière que son prédécesseur, petit prologue d'une de leur affaire (en l'occurrence ici celle d'Amityville),présentation de la famille concernée par leur future enquête puis les événements paranormaux qui s'en suivent,les deux films sont très proches dans leur concept à faire monter la tension en crescendo et une fois de plus James Wan réussi son pari,le film est mené de main de maître, ce qui est encore plus fort de la part du jeune cinéaste c'est que tous les clichés des films de maison hantée sont présents (porte qui claque,jouet démoniaque, jumpscare, possession, voix suspectes etc etc) malgré ça le film est étrangement innovant et se suit avec un grand plaisir. Venons en au bémol du film et il est de taille, ce qui faisait le charme et l'angoisse omniprésente du premier Conjuring c'était la peur ,la vraie peur viscérale, autant vous le dire tout de suite je n'ai pas fait un seul sursaut et à aucun moment j'ai senti la trouille m'envahir,c'est ma seule déception mais qui au final lui fait baisser sa note. En conclusion Conjuring 2 est un bon film d'horreur mais qui n'égale pas le premier opus. 4/6

vendredi 26 août 2016

LE SYNDROME DE STENDHAL

                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site supermarcey.com 

"La Sindrome di Stendhal" de Dario Argento. 1996. Italie. 1h58. Avec Asia Argento, Thomas Kretschmann, Marco Leonardi, Luigi Diberti, Paolo Bonacelli, Julien Lambroschini, John Quentin.

Sortie salles Italie: 26 Janvier 1996. Sortie DTV France: 13 Décembre 1999

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie). 1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975, Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


Film à part dans la carrière de Dario Argento si bien qu'il aborde le drame sous la forme d'un psycho-killer, le Syndrome de Stendhal risque fort de déconcerter une partie du public peu friand des oeuvres auteurisantes parfois expérimentales. Anna, jeune policière, souffre du Syndrome de Stendhal après avoir été subjuguée par la beauté d'un tableau. Enquêtant sur une série de viols et d'homicides particulièrement sanglants, elle finit par rencontrer le tueur après avoir été séquestrée et violée par ce dernier. Traumatisée par son agression, elle consulte un psychiatre afin de réprimer ses angoisses et par la même occasion tenter de guérir sa pathologie psychosomatique. Mais le tueur aux aguets n'en n'a pas finit avec elle. 


Nanti d'un rythme languissant risquant de perdre en route une partie du public, Le Syndrome de Stendhal repose pourtant sur un climat d'angoisse trouble et d'inquiétude sous-jacente au sein d'un jeu du chat et de la souris. De telle manière que si les sautes de rythme s'y font parfois ressentir, le spectateur se laisse malgré tout emporter par cette introspection schizophrène avec une attention irrépressible. Illuminé par la présence vénéneuse d'Asia Argento, l'actrice porte le film sur ses épaules dans sa fonction policière d'ange déchue afin de pallier le jeu timoré de seconds-rôles parfois paradoxaux (incohérence comportementale des amants d'Anna à titre d'exemples). Pourtant, cette direction d'acteurs qu'Argento manipule maladroitement (à l'instar de son homologue Fulci) renforce le climat feutré où séduction/répulsion, doute et appréhension ne cessent de se contredire. Abordant les thèmes du trauma, de l'obsession et du dédoublement de personnalité dans une démarche baroque, Dario Argento dynamise les codes du thriller avec une autonomie plus singulière qu'au préalable (si on écarte l'audacieux et mésestimé Trauma). Si bien que la mise en scène inspirée doit beaucoup de son magnétisme au gré d'une intrigue cérébrale privilégiant les névroses sexuelles d'une héroïne en perdition morale. Empruntant quelques petites influences à Psychose d'Hitchcock et au cinéma de De Palma (notamment Pulsions), les rapports intimes et obsessionnels qu'entretiennent victime et tueur (notamment leur fascination pour l'art) suscitent une ambiance érotico-morbide assez dérangeante (notamment parmi des excès de violence incisive !) et avant de mettre en exergue un cas pathologique en étroit rapport avec son vertige des sens.


Si on est loin des franches réussites du maestro ayant inondé nos écrans durant les années 70 et 80, Le Syndrome de Stendhal ne laisse jamais indifférent si bien qu'il nous laisse au final quelques séquelles psychologiques sachant qu'après la projo on se surprend de rester hanté par cette étreinte avec le Mal. Argento l'illustrant cruement au travers d'une hantise spectrale, d'une contagion morale, d'un cancer incurable que le thème lancinant de Morricone diabolise avec fragilité. 
A (re)découvrir !

E-B. 2èx 

jeudi 25 août 2016

S.O.S FANTOMES 2

                                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site ecranlarge.com 

"Ghosbusters 2" d'Ivan Reitman. 1989. U.S.A. 1h48. Avec Bill Murray, Dan Aykroyd, Harold Ramis, Sigourney Weaver, Rick Moranis, Ernie Hudson, Harris Yulin.

Sortie salles France: 15 Décembre 1989. U.S: 16 Juin 1989

FILMOGRAPHIE: Ivan Reitman est un réalisateur canadien, né le 27 Octobre 1946 à Komarno en Tchécoslovaquie.
1971: Foxy Lady. 1973: Cannibal Girls. 1979: Arrête de ramer, t'es sur le sable. 1981: Les Bleus. 1984: SOS Fantômes. 1986: L'Affaire Chelsea Deardon. 1988: Jumeaux. 1989: SOS Fantômes 2. 1990: Un Flic à la Maternelle. 1993: Président d'un Jour. 1994: Junior. 1997: La fête des pères. 1998: 6 Jours, 7 nuits. 2001: Evolution. 2005: Ma Super ex. 2011: Sex Friends.


Chronique express (si bien qu'il s'agit d'une aigre déception).

Boudé par la critique de l'époque, une vaine déclinaison littéralement soporifique, faute d'un script épigone tournant à vide, de gags aussi poussifs que lourdingues et d'une implication timorée d'acteurs à bout de souffle (d'ailleurs notre quatuor s'était refusé de rempiler pour une suite avant de se raviser, financièrement parlant).

Bref, une suite indigente d'une vacuité artistique.

La Chronique d' S.O.S. Fantômes: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/sos-fantomes-ghostbusters.html

E-B

mercredi 24 août 2016

DAGON

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site dvdpascher.net 

de Stuart Gordon. 2001. Espagne. 1h35. Avec Ezra Godden, Raquel Meroño, Francisco Rabal, Macarena Gómez, Brendan Price.

Sortie salles Espagne: 31 octobre 2001. Sortie video France: 17 Juin 2003 

FILMOGRAPHIE: Stuart Gordon est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 11 Août 1947 à Chicago (Illinois).
1979: Bleacher Bums (télé-film). 1985: Ré-Animator. 1986: Aux portes de l'au-delà. 1987: Dolls. 1988: Kid Safe (télé-film). 1990: Le Puits et le Pendule. 1990: La Fille des Ténèbres. 1990: Robojox. 1993: Fortress. 1995: Castle Freak. 1996: Space Truckers. 1998: The Wonderful ice cream suit. 2001: Dagon. 2003: King of the Ants. 2005: Edmond. 2005: Masters of Horror (le cauchemar de la sorcière - Le Chat Noir). 2007: Stuck. 2008: Fear Itself.


Inédit en salles et directement passé par la case DTV chez nous, Dagon est une série B horrifique sortant des sentiers battus avec l'appui d'une nouvelle de H.P. Lovecraft, "Le Cauchemar d'Innsmouth". Révélé par Ré-animator, From Beyond et Dolls, Stuart Gordon renoue avec l'inspiration si bien que Dagon constitue une perle (atypique) d'atmosphère macabre au sein d'un univers côtier redoutablement pernicieux. Deux couples s'égarent en mer au moment d'une fortuite tempête. Alors que l'une des femmes est grièvement blessée, le jeune couple s'empresse de rejoindre la rive pour alerter la populace du hameau. Sur place, après s'être séparés et avoir vainement tenté un quelconque soutien, Paul finit par aborder quelques étranges citadins à la démarche dégingandée et à la voix râpeuse.


A partir d'un pitch délicieusement intrigant par son climat de mystère palpable et le charisme cynique de villageois encapuchonnés, Stuart Gordon confectionne un suspense oppressant par le principe du survival que notre couple va encourir sans relâche. En décuplant les tentatives d'évasion du héros piégé en interne d'un village spectral et ses rencontres impromptues avec des antagonistes fétides, Gordon relance l'enjeu de survie avec notamment comme alibi la quête désespérée d'une retrouvaille (celle de l'épouse disparue !). L'action ne cessant de rebondir grâce à la diversité de décors glauques et perméables que le héros arpente à perdre haleine sous une intempérie diluvienne. Au fil de son cheminement cauchemardesque où l'on ne cessera d'intenter à sa vie, d'autres surprises l'attendent violemment au tournant quand bien même sa nouvelle rencontre avec l'électrisante Uxía Cambarro (Macarena Gómez aussi fringante que terrifiante dans l'acuité de son regard reptilien !) pourrait changer son destin ! Outre sa densité narrative émaillé de rebondissements et révélations traumatiques (notamment ce final explosif à twists réfutant le traditionnel happy-end), Dagon nous converge lentement vers une abysse aquatique à la beauté sépulcrale ! En dépit de quelques plans CGI complètement foirés (pour ne pas dire dégueulasses !), les autres trucages artisanaux qui empiètent le récit s'avèrent beaucoup plus persuasifs par leur réalisme viscéral lors des moments les plus draconiens ! A l'instar du réalisme poisseux des sévices gores infligées sur des victimes démunies (le dépeçage en plan serré d'un visage humain !).


Série B formellement soignée (si on élude quelques insalubrités en CGI) et redoutablement ensorcelante sous le ressort d'une atmosphère humide, Dagon transcende un univers malsain pour démystifier le sectarisme d'une confrérie adepte d'une divinité amphibienne ! Captivant et terrifiant (les résidents provoquent une réelle appréhension sans gestuelle outrancière !), Stuart Gordon peaufine le cadre de son archipel avec la densité d'un scénario baroque. Une authentique perle du genre au parfum de souffre aussi moite que vertigineux. 

B-M. 3èx

mardi 23 août 2016

CARNIVAL OF SOULS

                                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com 

de Herk Harvey. 1962. U.S.A. 1h24. Avec Candace Hilligoss, Frances Feist, Sidney Berger, Art Ellison, Stan Levitt, Tom McGinnis.

Sortie salles France: 26 Septembre 1962

FILMOGRAPHIEHerk Harvey est un réalisateur américain né le 3 juin 1924 et décédé le 3 avril 1996. 1962: Carnival of Souls.


Une expérience hallucinée avec le mysticisme !
Véritable film culte au sens étymologique du terme alors qu'il fut un bide en salles, Carnival of Souls gagna sa réputation notoire parmi des fans toujours plus nombreux au fil des décennies. Réalisé avec des moyens précaires sur une durée de trois semaines de tournage, Carnival of Souls constitue une expérience visuelle vénéneuse alors qu'il s'agit de l'unique réalisation de Herk Harvey. A la suite d'un accident de voiture, une jeune femme s'égare dans un dédale urbain peuplé d'étranges quidams. Alors qu'elle vient de trouver un emploi d'organiste dans une église, les phénomènes inexpliqués se multiplient sans qu'elle puisse acquérir une quelconque logique à sa condition esseulée. 


A partir de ce pitch minimaliste, le réalisateur en extirpe un cauchemar éveillé du point de vue de l'héroïne, quand bien même le spectateur aussi désorienté se laisse border par la main par ce maelstrom d'images anxiogènes sorties de son esprit torturé. Par son climat fantasmagorique en roue libre et la posture nonsensique des personnages secondaires, Carnival of Souls laisse libre court à une fantaisie surréaliste dénuée de cohérence. A raison lorsque l'on connait finalement la résolution de l'énigme mainte fois reprise depuis chez d'autres réalisateurs en herbe (Night M. Shyamalan en tête). En faisant référence au cinéma muet, Herk Harvey parvient à susciter l'angoisse et parfois même l'effroi lors des multiples apparitions de spectres (grimés de fond de teint blanc !) que l'héroïne redoute dans sa paranoïa en chute libre. Baignant dans une fascinante atmosphère d'onirisme macabre (notamment ce fameux bal des âmes) que sa photo monochrome exacerbe avec stylisme, Carnival of Souls nous plonge dans une dérive schizo sous l'impulsion de situations affolantes. Le jeu assez amateur des comédiens néophytes et la présence attachante de Candace Hilligoss amorçant un habile contrepoint pour renchérir notre perte des repères. Notamment ce travail retors sur sa bande-son musicale entièrement conçue à l'orgue et de ces bruitages parfois mutiques que l'héroïne ET le spectateur s'interpellent communément !


La vie n'est qu'un long rêve dont la mort nous réveille. 
Bad trip sensitif d'une puissance formelle aussi diaphane que fulgurante, Carnival of Souls est à prescrire à tous les amoureux d'ambiance éthérée sachant que l'onirisme macabre et le baroque se télescopent avec une fluide alchimie ! Source d'inspirations pour des générations de cinéastes (Lynch, Romero et Shyamalan en tête !), cet ovni singulier laisse des traces dans l'encéphale si bien qu'il tend aussi à souligner une réflexion existentielle sur notre perception (chimérique) de la réalité et sur l'éventuelle foi en l'"au-delà" ! (on peut même y déceler une certaine influence chez l'Aldila de Fulci lors d'une itinérance routière !). 

B-M. 3èx

lundi 22 août 2016

GREYSTOKE, LA LEGENDE DE TARZAN

                                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com 

"Greystoke: The Legend of Tarzan, Lord of the Apes" de Hugh Hudson. 1984. Angleterre. 2h15. Avec Christophe Lambert, Ralph Richardson, Ian Holm, James Fox, Andie MacDowell, Cheryl Campbell, Ian Charleson, Nigel Davenport.

Sortie salles France: 3 Octobre 1984. U.S: 30 Mars 1984

FILMOGRAPHIEHugh Hudson est un réalisateur britannique né le 25 août 1936 à Londres.
1981 : Les Chariots de feu. 1984 : Greystoke, la légende de Tarzan. 1985 : Révolution. 1989 : Le Carrefour des Innocents. 1995 : Lumière et Compagnie (Doc). 1999 : My Life So Far. 2000 : Je rêvais de l'Afrique. 2016: Altamira.


Hymne à la vie, à la faune et à la flore dans son cadre le plus humble et authentique, Greystoke, la Légende de Tarzan transcende toutes les versions portées à l'écran d'après le célèbre roman d'Edgar Rice Burroughs. A contre-emploi d'une lignée de divertissements de séries B immortalisées par l'acteur Johnny Weissmuler, Greystoke imprime avec sa mise en scène classieuse une aventure flamboyante sous l'impulsion d'un souffle romanesque tantôt bouleversant. Si la première partie épique condense en 50 minutes la jeunesse primitive de notre héros éduqué par les singes en forêt africaine, le second acte plus grave bifurque vers le drame existentiel lorsque John Clayton est accueilli dans la riche propriété de son grand-père aristocrate.


Outre sa petite romance partagée avec Miss Jane Porter et sa grande amitié nouée avec Philippe D'Arnot, John s'efforce de trouver un centre d'intérêt à sa nouvelle condition humaine depuis le comportement matérialiste de l'homme esclave de son confort. Réflexion sur notre cupidité humaine à cultiver le profit sous toutes ses coutures et en exploitant les plus faibles, Greystoke se porte également garant de la cause animale lorsque la haute bourgeoisie se soumet d'empailler des animaux pour les exhiber fièrement dans leurs musées d'histoire. Irrespectueux et meurtrier envers l'animal, l'homme moderne se dévoile sous les yeux de Greystoke comme un charlatan mégalo dénué de sens moral. Au-delà des comédiens notoires issus de l'ancienne (Ralph Richardson; Ian Holm) et la nouvelle génération (la sémillante Andie MacDowell du haut de ses 26 ans !), Christophe Lambert constitue LA révélation du film tant celui-ci parvient à donner chair à l'homme-singe avec une vérité humaine aussi vibrante que bouleversante. Tant pour son talent du mimétisme primal que de son expressivité mélancolique à travers la chaleur de son regard candide.


Avec ses décors grandioses de forestation sauvage et l'architecture baroque d'un royaume monarque; Greystoke établit un saisissant contraste entre l'ancienne et notre nouvelle civilisation. A travers le témoignage candide d'un homme singe pétri de valeurs et déférence pour sa famille (celle des primates), Greystoke tend à faire écho à la citation de Ghandi ("on reconnait la grandeur d'une nation à la manière dont elle traite les animaux") pour fustiger la cruauté de l'homme moderne envers son descendant. Une oeuvre magnifique émaillée d'intenses fragments dramatiques sous l'impulsion lyrique du thème classique de John Scott et du jeu viscéral de Christophe Lambert.  

B-M. 3èx

vendredi 19 août 2016

LA MOUCHE NOIRE

                                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site alamy.com

"The Fly" de Kurt Neumann. 1958. U.S.A. 1h35. Avec Vincent Price, David Hedison, Patricia Owens, Herbert Marshall, Charles Herbert, Kathleen Freeman.

Sortie salles: 29 Août 1958

FILMOGRAPHIE: Kurt Neumann est un réalisateur, producteur et scénariste américain d'origine allemande, né le 5 Avril 1908 à Nuremberg, décédé le 21 Août 1958. 1932: Mon copain le roi. 1935: Solitude. 1937: Espionage. 1939: Island of lost men. 1945: Tarzan et les amazones. 1946 : Tarzan et la Femme léopard. 1947: Tarzan et la Chasseresse. 1950 : Le Kid du Texas. 1950 : Vingt-quatre heures chez les Martiens. 1952: Le Fils d'Ali Baba. 1956: L'Attaque du Fort Douglas. 1958: La Mouche Noire. 1958 : Machete. 1959 : Watusi. 1959 : Counterplot.


Bien avant le chef-d'oeuvre bouleversant de Cronenberg, Kurt Neumann s'était approprié en 1958 de la nouvelle de George Langelaan pour transposer à l'écran les expériences amorales d'un scientifique convaincu de pouvoir sauver le monde de la famine et de la pollution grâce à un désintégrateur ! Ou plus communément appelé de nos jours "téléportation" dans le but de substituer nos traditionnels moyens de locomotion. Après avoir tenté l'expérience sur un chat (désintégré dans l'espace !) et un cochon d'Inde, il décide de servir de cobaye afin de parfaire son ambition et la promulguer au monde. Seulement, au moment d'entrer dans la machine, une mouche s'y est incidemment invitée ! La suite, vous la connaissez, du moins pour ceux ayant déjà découvert la version (organique) de Cronenberg. Ce pitch aussi improbable que débridé, Kurt Neumann nous le conte avec souci informatif par l'entremise d'un long flash-back.


L'épouse du savant ayant été contrainte de le sacrifier selon sa dernière volonté, elle finit par se confesser à la police afin de leur expliquer les conséquences tragiques de l'invention. De par la spontanéité des comédiens aussi rigoureux dans leur émoi et désarroi et sa structure narrative militant la suggestion en retardant au possible l'effet de surprise d'une vision d'effroi, La Mouche Noire nous plonge dans une intrigue ombrageuse où le suspense maintient l'attention. Le savant ayant durant la quasi totalité du métrage un drap noir sur la tête afin de préserver à son épouse son horrible métamorphose, nous nous amusons de notre curiosité voyeuriste sous le joug de l'expectative. Bien que les effets-cheaps feront aujourd'hui sourire le public, la posture aussi convaincante qu'attachante de chacun des interprètes parviennent à les transcender si bien que nous croyons à l'infortune de ce scientifique davantage gagné par la déroute alors que son épouse bouleversée tente vainement de le rassurer. Outre l'aspect captivant de sa narration convergeant à une issue dramatique, on se surprend également de la tournure délirante d'une "chasse à mouche blanche" que nos héros effectuent à perdre haleine dans la maison et le jardin (lors de la transmission de matière, la tête humaine du savant fut transplantée sur l'insecte aujourd'hui en liberté !).


Intriguant, délirant et cauchemardesque (à l'instar de son point d'orgue anthologique d'une cruauté viscérale encore perturbante !), La Mouche Noire continue de perdurer son petit pouvoir de fascination sous l'impulsion de comédiens loquaces (notamment Vincent Price dans un second rôle avenant !) et d'une efficacité narrative signalant en sous texte les dérives technologiques. A redécouvrir avec un oeil aussi distrait que diligent !

B-M. 3èx

jeudi 18 août 2016

POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS

                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site actionmovie.kronosline.com 

"Per un pugno di dollari" de Sergio Leone. 1964. Italie. 1h36. Avec Clint Eastwood, Gian Maria Volontè, Sieghardt Rupp, Wolfgang Lukschy, Marianne Koch, José Calvo, Joseph Egger, Antonio Prieto.

Sortie salles France: 16 Mars 1966. Italie: 12 Septembre 1964.

FILMOGRAPHIE: Sergio Leone est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 3 Janvier 1929 à Rome, décédé le 30 Avril 1989.
1959: Les Derniers Jours de Pompéi, 1960: Sodome et Gomorrhe, 1961: Le Colosse de Rhodes, 1964: Pour une poignée de Dollars, 1965: Et pour quelques Dollars de plus, 1966: Le Bon, la Brute et le Truand, 1968: Il Etait une fois dans l'Ouest, 1971: Il était une fois la Révolution, 1973: Mon Nom est Personne (co-réalisé avec Tonino Valerii), 1975: Un Génie, deux Associés, une Cloche (co-réalisé avec Damiano Damiani), 1984: Il Etait une fois en Amérique, 1989: Les 900 jours de Leningrad (inachevé).


Succès international célébrant l'avènement du Western Spaghetti,  Pour une poignée de dollars fut sifflé par les critiques françaises de l'époque lui reprochant sans doute sa violence et son sadisme au sein d'un climat poisseux de dégénérescence immorale. A l'instar du massacre lâchement perpétré par Ramon et ses sbires contre les Baxter ou lors de leur passage à tabac infligé sur l'homme sans nom. S'inspirant d'un classique d'Akira Kurosawa, Yojimbo, Pour une poignée de dollars dépeint avec stylisme singulier (entendez par là, pour le genre !) la confrontation ardue entre deux clans de contrebandiers quand bien même un étranger américain viendra s'immiscer entre eux pour y semer la zizanie et réparer justice auprès de la population et du gouvernement.


Dans un rôle taillé sur mesure, Clint Eastwood crève l'écran dans sa carrure placide de redresseur de tort inscrit dans la loyauté et la bravoure. Nanti d'un charisme viril à travers l'intensité d'un regard reptilien, il magnétise ses rivaux lors de duels déjà emphatiques (zooms sur les regards en sueur, plans larges et iconiques de tronches insalubres aux yeux perçants) que Sergio Leone peaufinera avec d'autres westerns plus emblématiques (Et pour quelques dollars de plus, Il était une fois la Révolution, Le Bon, la Brute et le Truand et surtout le légendaire et inoxydable Il Etait une fois dans l'Ouest). Dosant efficacement humour noir, drame et action sous l'impulsion de subterfuges qu'exécute en catimini l'Etranger, Pour une poignée de dollars enchaîne les attaques et contre-attaques entre clans avant que ces derniers ne cernent la cause de leur discorde. Fort d'une violence réaliste inhabituelle pour le genre, et outre sa galerie de trognes burinées que les seconds-rôles se partagent de façon viciée, la présence cynique de Gian Maria Volontè renforce à merveille le climat putassier du cadre asséché de l'action ! Littéralement habité par sa prestance impudente, l'acteur se prête au jeu du leader sans vergogne avec une expressivité sadique. Outre le soin imparti à la structure narrative et à l'esthétisme vétuste du climat de désolation (photo sépia à l'appui), Sergio Leone convoque également le maestrio Ennio Morricone pour parfaire l'émotion des enjeux humains. Ce dernier composant avec une ambition sans retenue diverses mélodies par l'entremise d'un lyrisme tantôt solennel, tantôt enjoué.


Bien que Pour une poignée de dollars s'avère le western spaghetti le moins réussi de sa filmographie, Sergio Leone est tout de même parvenu avec ce premier essai à créer et imposer son style si bien que les duels archétypaux qui empiètent parfois l'intrigue font déjà preuve d'une vibrante intensité émotionnelle ! Un classique du genre avant-gardiste dont les effluves du temps ne semblent avoir aucune emprise.  

B-M

mercredi 17 août 2016

IN THE DEEP

                                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Johannes Roberts. 2016. U.S.A. 1h29. Avec Matthew Modine, Mandy Moore, Claire Holt, Santiago Segura, Yani Gellman, Chris J. Johnson, Axel Mansilla.

Inédit en salles en France. Sortie Dtv U.S: 6 Août 2016.

FILMOGRAPHIE: Johanne Roberts est un réalisateur, producteur, scénariste américain, né le 24 Mai 1976 à Cambridge. 2016: In the Deep. 2016 The Door. 2012 Storage 24. 2011 Roadkill (TV Movie). 2010: F.  2005 Forest of the Damned. 2004 Darkhunters. 2004: Hellbreeder. 2002/II Alice. 2001: Sanitarium (Video).


Uniquement disponible en Dtv aux States, In the Deep emprunte la démarche modeste d'une série B pour exploiter à nouveau la peur du requin. En villégiature au Mexique, deux soeurs décident de partir en croisière avec des inconnus rencontrés la veille d'une soirée festive. Pour contempler d'un peu plus près les requins, ces derniers les sollicitent à descendre au fond de l'océan à l'aide d'une cage d'observation. Mais un incident technique contraint les plongeuses à y rester embrigadées en attendant les secours. Alors que les requins sont à l'affût, leur masque de plongée commence à manquer d'oxygène. Sous le principe du survival tendu et oppressant, Johanne roberts surprend habilement dans sa capacité à décupler les situations de danger sans faire preuve d'esbroufe. Si les dix premières minutes présagent le pire dans ses clichés éculés (le dépit amoureux que l'une des héroïnes éprouve, la fiesta arrosée qui s'ensuit pour opérer le deuil), la suite embraye rapidement vers des enjeux de survie à couper le souffle (au sens littéral du terme !).


Fort d'une idée aussi ingénieuse que singulière (embrigader deux plongeuses dans une cage d'acier à plus de 50 mètres de profondeur alors que des requins accourent !), le réalisateur s'avère redoutablement inspiré pour faire monter la pression anxiogène d'une menace binaire (celle des requins et de l'oxygène en instance de ravitaillement). Qui plus est, l'utilisation d'authentiques requins à l'écran nous immerge dans l'action avec un réalisme cauchemardesque ! Nos deux héroïnes démunies s'efforçant de se triturer les méninges afin de solutionner leur espoir d'évasion tout en redoublant de vigilance pour l'hostilité des squales. Véritable descente aux enfers marins, In the Deep dépayse en diable afin d'extérioriser une angoisse viscérale permanente lorsque nos survivantes s'efforcent de s'épauler et de relever les défis avec une stoïcité teintée de désespoir. Spoiler ! Ces dernières s'évertuant à moult reprises à s'extirper de leur geôle pour ratisser quelques mètres de hauteur afin de communiquer aux matelots leur pourcentage (déclinant) d'oxygène ! Fin du Spoiler. En maintenant une perpétuelle pression durant leur épreuve de force (notamment ce risque d'azote contracté dans le sang causant ainsi des hallucinations), Johanne Roberts pousse le vice jusqu'au bout pour culminer vers un final couillu aussi palpitant qu'escarpé (au risque de déconcerter une partie du public).


Filmant l'immensité de l'océan comme un enfer aquatique privé de tous repères, In the Deep immerge de plein fouet le spectateur dans une épreuve de survie aussi haletante que suffocante. Exploitant intelligemment son concept original d'embrigadement restreint à l'intérieur même d'un grand bleu sans échappatoire, Johanne Roberts recourt à un réalisme acerbe pour osciller angoisse et terreur sous l'impulsion solidaire d'héroïnes en perdition (sobre talent des comédiennes fondé sur une expression viscérale ). Une excellente petite surprise donc que les amateurs de requins-tueurs auraient tort de zapper !

B-M

mardi 16 août 2016

JACK L'EVENTREUR

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site alchetron.com

"Jack the Ripper" de Robert S. Baker et Monty Berman. 1959. Angleterre. 1h24. Avec Lee Patterson, Eddie Byrne, Betty McDowall, Ewen Solon, John Le Mesurier, Garard Green.

Sortie salles France: 10 Août 1960

FILMOGRAPHIE:  Robert S. Baker est un producteur, réalisateur et directeur photo britannique né le 17 octobre 1916 et mort le 30 septembre 2009.
1949 : Melody Club co-réalisé avec Monty Berman. 1950 : Blackout. 1952 : 13 East Street. 1953 : The Steel Key. 1956 : L'ennemi invisible. 1959 : Jack l'Éventeur co-réalisé avec Monty Berman. 1960 : The Siege of Sidney Street co-réalisé avec Monty Berman. 1961 : Les Chevaliers du démon co-réalisé avec Monty Berman. 1961 : Le Secret de Monte Cristo co-réalisé avec Monty Berman.
Monty Berman est un producteur, réalisateur et directeur photo britannique né le 26 mars 1905 et mort le 14 juin 2006. 1959 : Jack l'Éventeur coréalisé avec Robert S. Baker. 1961 : Les Chevaliers du démon (The Hellfire Club) coréalisé avec Robert S. Baker. 1961: Le Secret de Monte Cristo.


Alors qu'ils venaient de produire la même année le chef-d'oeuvre de John Gilling, l'Impasse aux Violences, Robert S. Baker et Monty Berman repassent derrière la caméra pour mettre en scène les exactions d'un des plus illustres serial-killers de l'histoire criminelle, Jack l'Eventreur ! Filmé dans un noir et blanc sépulcrale, cette réactualisation surprend de prime abord par sa violence réaliste (son prélude aussi angoissant que percutant !) même si le contre-champ est de rigueur. De par les expressions de terreur que les victimes laissent en exergue sur leur visage et la manière âpre, cinglante, impassible dont le tueur fait preuve pour les trucider ! En se replaçant dans le contexte de l'époque, on se surprend encore aujourd'hui de l'aspect cru des mises à mort quand bien même les auteurs parviennent à écarter le racolage parmi l'effet de suggestion ! Le stylisme imparti aux cadrages obliques lorsque le tueur passe à l'action insufflant en outre une étonnante modernité à la réalisation.  On se surprend aussi du brio d'une direction d'acteurs très expressifs dans leur posture autoritaire (le personnel policier, le gérant de l'hôpital, le directeur du cabaret) ou lubrique (les prostituées ainsi qu'une novice fragile aussi influençable que vulnérable).



Jack l'Eventreur, tueur misogyne adepte du scalpel s'en prend donc aux prostituées du quartier populaire de Whitechapel en cette époque victorienne. Mais juste avant de perpétrer son rituel morbide, une question est proférée à chacune des victimes ! Etes-vous Mary Clarke ? Répondant par la négation, elles finissent étranglées, égorgées ou éventrées dans les rues les plus malfamées du quartier. Alors que la populace sombre rapidement dans une paranoïa collective depuis l'incompétence de la police, l'inspecteur O'Neill tente d'élucider l'affaire avec l'appui de sa compagne Anne Ford. A partir d'une trame convenue, le duo Baker/Berman parvient à renouveler l'intérêt des exactions de Jack l'Eventreur grâce à l'audace de sa résolution criminelle (que seul le spectateur connaîtra !) et à l'identité de l'assassin divulguée en toute dernière partie. Outre son effet de surprise imparti aux tenants et aboutissants de ce dernier, Jack l'Eventreur fascine irrémédiablement grâce à la maîtrise d'une réalisation s'efforçant de rendre le plus réaliste possible une situation de crise rendue ingérable parmi les mentalités archaïques. A l'instar de la posture irascible d'un magistrat trop imbu de sa personne pour se juger de son incompétence ou celle décervelée des habitants de Whitechapel proclamant la loi du talion de la manière la plus expéditive. Ce climat de paranoïa populaire, cette décadence humaine (la clientèle dépravée du cabaret) et cette appréhension permanente du danger sont rehaussés d'une atmosphère diaphane d'un Whitechapel enveloppé de brouillard.


Affichant modernité technique, audace conceptuelle et efficacité narrative afin de dépoussiérer les exactions sordides du tueur sous le ressort d'un réalisme étonnamment malsain (en tenant compte également du contexte de l'époque), Jack l'Eventreur fascine par son climat vénéneusement pervers ! Un authentique classique d'une horreur rétro délicieusement sulfureuse alors que le hors-champ est toujours de mise ! 

B-M. 4èx

lundi 15 août 2016

THE WAVE

                                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com 

"Bølgen" de Roar Uthaug. 2015. 1h44. Norvège. Avec Kristoffer Joner, Thomas Bo Larsen, Fridtjov Såheim, Ane Dahl Torp, Jonas Hoff Oftebro, Edith Haagenrud-Sande, Arthur Berning

Sortie salles France: 27 Juillet 2016. Norvège: 28 Août 2015.

FILMOGRAPHIERoar Uthaug est un réalisateur, scénariste et producteur norvégien, né le 25 août 1973 à Lørenskog dans le comté d'Akershus. 2006: Cold Prey. 2008: Cold Prey 2. 2009: Le Secret de la montagne bleue. 2012: Dagmar : L'Âme des vikings. 2012: The Wave. 2018: Tomb Raider.


S'étant fait connaître auprès du public français grâce à de sympathiques séries B plutôt bien torchées (Cold Prey 1 et 2, Dagmar), le réalisateur norvégien Roar Uthaug semble s'essayer à tous les genres si on en juge son dernier-né, The Wave. Surfant sur le genre catastrophe sans faire preuve d'esbroufe et encore moins de surenchère, Roar Uthaug exploite la menace d'un Tsunami en plein coeur d'une vallée norvégienne. Après l'éboulement d'une montagne dans un lac, un père de famille tente désespérément de retrouver les siens au milieu des décombres. Situés à l'autre bout du hameau, sa femme et son fils sont parvenus à s'isoler avec un survivant dans le sous-sol d'un hôtel en dépit de la montée des eaux. Un pitch simpliste, éculé, sans surprise que le cinéaste exploite néanmoins avec une évidente efficacité. De par les situations de survie que nos protagonistes sont contraints de surpasser en se disputant leurs sentiments de vaillance et de désespoir, et les tentatives de sauvetage de dernier ressort.


Focalisant l'essentiel de l'intrigue sur la cohésion familiale du géologue Kristian Eikjord, Roar Uthaug parvient à nous attacher à leur caractérisation démunie sous l'impulsion de comédiens modestement expansifs. Sa facture série B de souche norvégienne ajoutant au charme de l'entreprise si bien que les interprètes s'avèrent inconnus du public français. Suspense, tension, asphyxie (la claustration en apnée de la mère et du fils) se chevauchent donc avec assez de succès pour nous impliquer émotionnellement à la précarité des protagonistes en porte-à-faux. Quand à la séquence catastrophe aussi escomptée que redoutée, le cinéaste mise sur la qualité d'effets spéciaux numériques et l'habileté du découpage pour provoquer l'effroi, notamment en insistant sur l'affolement d'une foule de masse après leur départ furtif en véhicule ! Sous le pilier de quelques séquences spectaculaires très convaincantes, The Wave s'inscrit donc dans une logique de réalisme plutôt que d'exploiter tous azimuts des séquences racoleuses aussi vaines que gratuites (remembre 2012 !). Au-delà de la fulgurance graphique impactée par le Tsunami, Roar Uthaux met également en lumière (crépusculaire) des images de cauchemars sitôt la résultante du chaos ! A l'instar des déambulations nocturnes de notre héros serpentant les chemins de traverse au sein de carcasses de voitures et de cadavres.


Sans aucune prétention puisque refusant de céder à la facilité d'une action redondante, Roar Uthaux respecte le cahier des charges du genre en n'oubliant jamais de faire vivre ses personnages d'un humanisme fébrile. Un sympathique divertissement un peu plus convaincant que les produits standards du Blockbuster ricain.    

B-M

Récompenses: Kosmorama, Festival du film international de Trondheim 2016 :
Meilleur montage pour Christian Siebenherz
Meilleure production pour Martin Sundland et Are Heidenstrom
Meilleur acteur dans un second rôle pour Kristoffer Joner

vendredi 12 août 2016

LA LOUVE SANGUINAIRE (la louve se déchaîne)

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

"La Lupa Mannara" de  Rino Di Silvestro. 1976. Italie. 1h36. Avec Annick Borel, Frederick Stafford, Howard Ross, Tino Carraro, Andrea Scotti, Elio Zamuto, Dagmar Lassander, Ollie Reynolds, Karen Carter.

Sortie salles France: 1982. Italie: 18 Mars 1976

FILMOGRAPHIE: Rino Di Silvestro (1932-2009) est un réalisateur, scénariste et acteur italien. 1985: Les nuits chaudes de Cléopâtre. 1984 À seize ans dans l'enfer d'Amsterdam. 1980 Bello di mamma. 1979 Baby Love. 1976 Les déportées de la section spéciale SS. 1976 La louve sanguinaire. 1974 Prostituzione. 1973 La vie sexuelle dans une prison de femmes.


Plus connu auprès des fantasticophiles lors de son exploitation en Vhs sous la bannière de Super Video Production, la Louve Sanguinaire fait office d'ovni dans son alliage d'horreur gothique, d'érotisme racoleur et de Rape and Revenge. Typiquement transalpin dans l'illustration des meurtres graphiques, La Louve Sanguinaire baigne dans une ambiance macabre aussi trouble que malsaine, et ce, en dépit d'un scénario itératif plutôt prévisible. Hantée par des cauchemars nocturnes horrifiants, Daniella s'imagine lycanthrope les soirs de pleine lune à moins qu'elle soit la véritable réincarnation d'une ancêtre sacrifiée sur le bûcher il y a de cela 200 ans. Depuis l'arrivée de sa soeur et de son nouvel amant au domicile paternel, Daniella épie jalousement leurs ébats sexuels nocturnes. Souffrant de sexophobie depuis son agression brutale à l'âge de 15 ans, elle finit par se laisser influencer par des pulsions meurtrières incontrôlées. 


Empruntant la thématique du loup-garou chez un sujet féminin (un parti-pris identitaire rarement abordé dans le genre), la Louve Sanguinaire s'imprègne d'un climat onirico-macabre singulier si bien que le réalisateur issu de l'écurie Bis accumule sans relâche des séquences d'érotisme polisson et de gore outrancier (zoom grossier à l'appui façon Fulci !). L'ambiance d'étrangeté qui en émane (à l'instar du climat blafard et feutré régi en interne de l'hôpital parmi le témoignage d'une patiente nympho), sa partition musicale envoûtée et surtout le jeu outré de l'actrice Annick Borel, gesticulant et vociférant des insanités telle une possédée, instaurent une aura quasi ineffable au fil d'une narration fustigeant la gente masculine. Les mâles étant réduits à des phallocrates férus de luxure lorsque Daniella les séduit dans son plus simple appareil. Physiquement molestée après s'être laissée aguichée, celle-ci finit par s'adonner à une riposte primitive depuis la hantise de son agression infantile et de ses visions de sorcière lycanthrope. Seul, un cascadeur philanthrope lui invoquera amour et déférence lors d'une dernière partie encore plus baroque et déroutante qu'au préalable. Car empruntant la démarche du Rape and Revenge au sein du cadre fictif d'un décor de cinéma (un village western), La louve Sanguinaire renchérit dans la violence crue (la séquence scabreuse du viol et le meurtre qui s'ensuit) après nous avoir dupé avec la passion des sentiments et avant de nous dérouter lors d'un épilogue aussi banal qu'insolite.


Série B d'exploitation surlignant sans modération la dérive schizophrène d'une féministe sexuellement refoulée, La Louve Sanguinaire cultive un jeu de provocations putassières comme seuls les italiens ont le secret. A mi-chemin entre l'érotisme et l'épouvante ostentatoires, cette curiosité émaillée de détails saugrenus est à prescrire aux inconditionnels si bien que son ambiance baroque parvient souvent à nous ensorceler sous l'impulsion névralgique de l'inquiétante Annick Borel !

B-M. 3èx