mardi 23 août 2016

Carnival of Souls

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site imdb.com

de Herk Harvey. 1962. U.S.A. 1h24. Avec Candace Hilligoss, Frances Feist, Sidney Berger, Art Ellison, Stan Levitt, Tom McGinnis.

Sortie salles France: 26 Septembre 1962

FILMOGRAPHIE: Herk Harvey est un réalisateur américain né le 3 juin 1924 et décédé le 3 avril 1996. 1962: Carnival of Souls.

Carnival of Souls — Un cauchemar éveillé entre onirisme macabre et vertige existentiel 🖤

Film culte au sens où il a fini par susciter un véritable engouement auprès des cinéphiles, alors qu'il fut un échec commercial à sa sortie, Carnival of Souls a progressivement acquis sa réputation au fil des décennies. Réalisé avec des moyens dérisoires et tourné en trois semaines seulement, ce film constitue une expérience visuelle spectrale, d'autant plus singulière qu'il s'agit de l'unique long-métrage de fiction de Herk Harvey.

Le pitch : À la suite d'un accident de voiture, une jeune femme s'égare dans un dédale urbain peuplé d'étranges quidams. Alors qu'elle vient de trouver un emploi d'organiste dans une église, les phénomènes inexpliqués se multiplient, sans qu'elle puisse donner le moindre sens à sa condition esseulée.


À partir de ce pitch minimaliste, le réalisateur fait émerger un cauchemar éveillé vécu du point de vue de l'héroïne. Le spectateur, tout aussi désorienté, se laisse entraîner à sa suite dans ce dédale d'images anxiogènes, comme autant de visions échappées d'un esprit torturé. Avec son climat fantasmagorique en roue libre et le comportement parfois nonsensique de ses personnages secondaires, Carnival of Souls laisse libre cours à une fantaisie surréaliste qui semble s'échapper de la pellicule. Une démarche pleinement assumée au regard de la résolution de l'énigme, dont le principe sera repris, des décennies plus tard, par d'autres cinéastes, Night M. Shyamalan en tête.
 
En puisant notamment dans l'esthétique du cinéma muet, Herk Harvey parvient à susciter l'angoisse, voire l'effroi, lors des multiples apparitions de spectres au visage blafard, que l'héroïne redoute au fil de sa paranoïa grandissante. Baignant dans une fascinante atmosphère d'onirisme macabre - notamment lors de ce fameux bal des âmes resté dans toutes les mémoires -, que sa photographie monochrome exacerbe avec un stylisme saisissant, Carnival of Souls nous plonge dans une dérive mentale où les situations, aussi placides qu'affolantes, contribuent à brouiller nos repères.

Le jeu parfois amateur de certains comédiens néophytes et la présence particulièrement attachante de Candace Hilligoss forment un contraste habile, renforçant notre désorientation au cÅ“ur de ce climat baroque surgi de nulle part. Sans oublier le travail scrupuleux sur la bande-son musicale, entièrement conçue autour de l'orgue (quelle magnifique ambiance sépulcrale !), ni ces bruitages parfois réduits au silence, dont l'héroïne comme le spectateur semblent partager les manifestations fantomatiques.


La vie n'est qu'un long rêve dont la mort nous réveille.

Bad trip sensitif d'une puissance formelle aussi diaphane que fulgurante, Carnival of Souls est à prescrire à tous les amoureux d'ambiances éthérées, où l'onirisme macabre et le baroque se télescopent avec une alchimie désarmante. Vivier d'inspiration pour plusieurs générations de cinéastes, de Lynch à Romero en passant par Shyamalan déjà cité, cet ovni singulier laisse des traces dans l'encéphale. Il nous hante notamment par sa réflexion existentielle sur le simulacre de la réalité et sur l'éventualité d'une foi en      l'"au-delà" ! On peut même déceler un écho de son itinérance routière dans le poème putride L'Aldilà de Lucio Fulci.

— Celui du cÅ“ur noir des images 🖤

14.10.26. 4èx

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