vendredi 29 juin 2018

L'INVASION DES PIRANHAS

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site ecranlarge.com

"Killer Fish" de Antonio Margheriti. 1979. Italie/Angleterre/Brésil/U.S.A. 1h41. Avec Lee Majors, Karen Black, Margaux Hemingway, Marisa Berenson, James Franciscus, Franck Pesce.

Sortie salles France: 23 Mai 1984. U.S: 7 Décembre 1979

FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi. 1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.


Surfant sur les récents succès des Dents de la mer et de Piranhas, le vétéran Antonio Margheriti nous offre sa version low-cost du "poisson tueur" avec l'Invasion des Piranhas sorti chez nous 5 ans après son exploitation US. Une co-production éclectique partagée entre l'Italie, l'Angleterre, le Brésil et les Etats-Unis autour de têtes d'affiche bien connues des amateurs de Bis (Lee Majors, Karen Black, Margaux Hemingway, Marisa Berenson, James Franciscus sont à la fête dans des rôles à la fois perfides et involontairement empotés). Mention spéciale à ce dernier savoureusement cabotin en leader cupide à la fois couard et égotiste. A partir d'un pitch sommaire (une bande de maraudeurs se disputent une poignée de diamants après un hold-up réussi, quand bien même l'un d'eux (James Franciscus himself !) aura décidé de les planquer au fond d'un lac infesté de Piranhas afin d'y piéger les traîtres),  Antonio Margheriti nous propose une ludique aventure horrifique au sein du cadre tropical du Brésil. Ce dernier exploitant sa végétation idyllique à travers une série de cartes postales solaires que nos vacanciers caricaturent entre batifolages arrosés et séances photos sexy.


Si la première partie sensiblement policière (ça démarre d'ailleurs en fanfare avec des explosions terroristes tous azimuts dans des lieux industriels et pétroliers !) et pittoresque (notamment à travers l'intervention extravagante d'un photographe pataud inévitablement tête à claque !) ne présage rien de croustillant quant à la voracité des piranhas fonçant sur leurs victimes cupides (notamment lorsque la 1ère agression pâtie d'un montage elliptique résolument maladroit), le second acte s'avère plus attractif si bien qu'à la suite d'une tornade, notre groupe indocile devra s'efforcer de regagner la rive depuis l'accrochage de leur bateau. Dans la mesure où chacun d'eux usent de stratagèmes héroïques pour s'extirper d'une mort certaine (parmi l'aide de 2 secouristes ballots), l'aventure linéaire adopte une tournure autrement cauchemardesque et un chouilla intense lorsque Marghereti multiplie les offensives sanglantes à l'aide d'un montage plus percutant et avisé qu'au préalable. Pour autant, si l'Invasion des Piranhas s'avère aussi plaisant à travers son contexte de survival maritime, aussi timorées soient ses scènes gores et limités ses décors, il le doit notamment aux situations parfois grotesques que nos touristes infréquentables (pour ne pas dire victimes idiotes) engendrent maladroitement avec un sérieux inébranlable. Notamment cette ridicule tentative d'évasion sur un bateau pneumatique que 2/3 piranhas se délecteront évidemment à percer de leurs dents acérées. Ajouter aussi quelques incohérences ici et là (Kate séjournant brièvement dans un asile pour tenter de récupérer le magot !), une chanson estivale ringarde (pour un peu on se croirait même dans Les Bronzés), des dialogues impayables comme de coutume chez le nanar transalpin et vous obtenez un divertissement festif d'une charmante dérision que les inconditionnels auraient tort de se priver.

* Bruno
3èx

jeudi 28 juin 2018

IN DARKNESS

                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb

de Anthony Byrne. 2018. U.S.A. 1h41. Avec Natalie Dormer, Emily Ratajkowski, Ed Skrein, Joely Richardson, Neil Maskell, James Cosmo, Jan Bijvoet.

Diffusé sur Netflix le 22 Juin 2018. Sortie salles U.S: 25 Mai 2018

FILMOGRAPHIE: Anthony Byrne est un réalisateur né le 9 Septembre 1975 à Dublin, Ireland. 2018: In Darkness. 2007: How About You... 2005: Short Order.


Synopsis: Depuis le suicide suspicieux de sa voisine, une jeune aveugle est persécutée par un mystérieux tueur d'après la disparition d'une clef USB. 

Un bon thriller politique efficacement troussé et correctement interprété avec son lot de péripéties, rebondissements et révélations disséminées au compte-goutte pour maintenir l'intérêt jusqu'au règlement de compte final. De par le stylisme de sa sublime photo cadrée en format scope, on appréciera à travers cet esthétisme léché la surprenante agression urbaine entièrement filmée du point de vue d'ombres chinoises. Bonnard donc, carré et jamais disgracieux.

Clin d'oeil à Frédéric Serbource, Ruufeet Nelly et Gérald Giacomini ^^

* Bruno

mercredi 27 juin 2018

JUSQU'A LA GARDE. Lion d'Argent de la meilleure mise en scène, Mostra de Venise, 2017.

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Custody" de Xavier Legrand. 2017. France. 1h33. Avec Léa Drucker, Denis Ménochet, Thomas Gioria, Mathilde Auneveux, Mathieu Saïkaly.

Sortie salles France: 7 Février 2018

FILMOGRAPHIEXavier Legrand est un acteur, scénariste et réalisateur français.
2017: Jusqu'à la garde.


Film choc s'il en est, de par son climat tendu en crescendo et l'ultra vérisme de sa mise en scène documentée, Jusqu'à la garde laisse en état second sitôt le générique écoulé, alors que rien ne présageait la descente aux enfers morale qui va suivre si je me fie aux 20 premières minutes inévitablement prévisibles (les palabres juridiques entre parents et avocats au sein du bureau de la juge). Prenant pour thème le divorce autour de l'épineux problème de la garde d'enfants que se dispute le couple par avocat interposé, Xavier Legrand, cinéaste en herbe hyper doué, détourne intelligemment les clichés du genre grâce à la maîtrise de sa réalisation autonome auscultant les états d'âmes et désagréments des personnages avec une puissance émotionnelle toujours plus grave et éprouvante. Et se sans céder aux grosses ficelles de la complaisance, du pathos ou du racolage s'il eut été réalisé par un cinéaste opportuniste cédant au schéma narratif tracé d'avance. Xavier Legrand radiographiant plusieurs fragments de la banalité quotidienne avec un souci de vérité à la fois trouble et viscéral, notamment faute de l'ambiguïté des parents de prime abord taiseux et réservés.


Tant et si bien que nous nous immergeons à corps perdu dans la psyché tourmentée du trio conjugal à travers le témoignage impuissant de l'ado ballotté par ses parents pour une question de pouvoir et d'équité. D'ailleurs, à travers le point d'orgue extrêmement tendu et résolument terrifiant, la charge émotionnelle vécue au préalable par le spectateur atteint donc son apogée lors de ce revirement impitoyable si bien que nos nerfs mis à rude épreuve lâcheront la pression passé l'épilogue mutique. Et si le récit psychologiquement sinueux, car davantage instable, grave et ombrageux s'avère aussi expressif, il le doit autant au jeu névralgique du triangle maudit que forment Léa Drucker, Denis Ménochet ainsi que le jeune Thomas Gioria constamment poignant lors de ses expressions anxiogènes où s'y profile la terreur morale (faute de persécution, d'intimidation et de chantage). Et donc sous couvert de violence conjugale dressant peu à peu le portrait pathétique d'un personnage possessif, erratique, orgueilleux et égoïste, incapable de se soumettre à la défaite sentimentale, Xavier Legrand empreinte en filigrane la trajectoire du thriller domestique avec une puissance dramatique résolument traumatisante. Si bien que le spectateur aussi démuni et apeuré que ses protagonistes observe le drame qui se dessine avec une appréhension quasi insoutenable.


Fait divers à fleur de peau.
Drame conjugal où s'y profile un suspense sournois aussi effilé qu'une lame de rasoir, Jusqu'à la garde traite sans fard des conséquences dramatiques des enfants pris en otage par la fracture du divorce avec un souci de vérité humaine aussi bien ardu que bouleversant. Tant auprès des victimes harcelées, comprimées par l'angoisse et la dépression, que du côté de l'oppresseur punitif incapable de canaliser son irascibilité après avoir failli à son rôle d'époux responsable. Une leçon de mise en scène. 

* Bruno

Box-Office France: 373 768 entrées

Récompenses:
Mostra de Venise 2017 : Lion d'argent de la meilleure mise en scène
Mostra de Venise 2017 : Lion du futur, prix "Luigi de Laurentiis" du meilleur premier film7
Festival International du Film de San Sebastiàn 2017 : Prix du Public du Meilleur Film Européen8
Festival International du Film de Saint-Jean-De-Luz 2017 : Prix du Jury
Festival International du Film de Macao (en) 2017 : Prix du Meilleur Réalisateur9
Festival Premiers Plans d'Angers 2018 : Prix du Public

mardi 26 juin 2018

LE VIEIL HOMME ET L'ENFANT. Ours d'argent à Berlin, 1967.

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Claude Berri. 1966. France. 1h30. Avec Michel Simon, Luce Fabiole, Alain Cohen, Charles Denner, Zorica Lozic,  Jacqueline Rouillard, Denise Péron, Paul Préboist.

Sortie salles France: 11 Mars 1967

FILMOGRAPHIE: Claude Langmann, dit Claude Berri, est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur français, né le 1er juillet 1934, décédé le 12 janvier 2009. 1964: Les Baisers (segment « Baiser de 16 ans »). La Chance et l'amour (segment « La Chance du guerrier »). 1966: Le Vieil homme et l'enfant. 1968 Mazel Tov ou le Mariage. 1969: Le Pistonné . 1970: Le Cinéma de papa. 1972: Sex-shop. 1975: Le Mâle du siècle. 1976: La Première fois. 1977: Un moment d'égarement. 1980: Je vous aime. 1981: Le Maître d'école. 1983: Tchao Pantin. 1986: Jean de Florette. Manon des sources. 1990: Uranus. 1993: Germinal. 1996: Lucie Aubrac. 1999: La débandade. 2001: Une femme de ménage.
2004: L'Un reste, l'autre part. 2006: Ensemble, c'est tout. 2009: Trésor.


Gros succès à sa sortie (2 728 049 entrées), Le Vieil Homme et l'Enfant dépeint la vibrante amitié entre un enfant et un couple de grands-parents que ceux-ci endossent derrière une famille d'accueil vers la fin de la seconde guerre. Comédie dramatique d'une tendresse immodérée pour la période insouciante de l'enfance que Claude Berri retransmet avec un troublant vérisme (notamment auprès du jeu spontané d'un casting aux p'tits oignons jusqu'aux moindres petits rôles - les cabots Paul Préboist / Roger Carel en tête ! -); Le Vieil homme et l'Enfant fait office de documentaire élégiaque en dépit de la gravité de son sujet abordant en sous texte le racisme et le fascisme nazi. Le grand-père un peu bourru détestant les francs-maçons, les bolcheviques et surtout les juifs avec une foi péremptoire. Et donc à travers son initiation amicale avec l'enfant (contraint de lui masquer sa véritable identité) et la prémices du déclin de l'occupation allemande; pépé s'humanisera peu à peu en extériorisant le petit garçon qui sommeillait en lui. Ainsi, la séquence auquel il batifole à courser le gamin à travers les pièces de la maison est tout à fait révélatrice en dépit de ses railleries stupides causées sur la communauté juive.


Ce qui nous vaut une succession quasi ininterrompue de scènes attendrissantes, espiègles, comiques (Claude persuadé que pépé est soudainement juif !), douces amères que le duo cultive avec une fraîcheur galvanisante. Outre la présence râblée du monstre sacré Michel Simon en papi bicéphale, le jeune Alain Cohen lui dispute la vedette avec des yeux d'innocence parfois poignants eu égard de sa fragilité, de son instinct de curiosité, de son éveil aux sentiments (sa vibration amoureuse auprès d'une écolière) et de son désir d'apprivoiser le microcosme rural auquel il évolue. Si bien que le grand-père prévenant, féru d'amour pour sa région provinciale, sa terre et ses proches le lui retransmet avec une poignante simplicité. A l'instar de sa relation indéfectible avec son fidèle chien jouasse (il lui offre à manger à la cuillère dans une assiette et le fait dormir au bout de son lit !) ou encore de son végétarisme intransigeant auprès d'une épouse cuisinant régulièrement le lapin à la moutarde. Hymne à la nature et à la simplicité des sentiments à travers une complicité chaleureuse, le Vieil homme et l'Enfant nous remémore notre propre enfance avec une vérité humaine inévitablement bouleversante. Le spectateur se remémorant ses propres souvenirs de vacances scolaires lorsqu'il séjournait chez ses grands-parents pétris de sollicitude filiale. Et ce tout en y dénonçant l'antisémitisme (à travers le bagout disgracieux du grand père conservateur) au sein d'une page sombre de notre histoire d'un réalisme documenté (notamment à travers de graves répliques, telles la condition humiliante des femmes tondues, que Michel Simon exprime avec aigreur sentencieuse).


Un tendre recueil de nos souvenirs d'enfance.
Magnifique récit d'amitié à travers l'altérité générationnelle, leçon d'amour et de tendresse vis à vis d'une enfance candide (et dieu sait si au départ Claude cumule les 400 coups chez le foyer parental !), Le Vieil homme et l'Enfant ravive nos propres souvenirs infantiles avec une puissance formelle sensorielle (noir et blanc contrasté à l'appui). Tout en y soulignant en background (et de manière également tacite) la rédemption de la tolérance lorsqu'un antisémite parvient discrètement à se remettre en question grâce à l'interrogation inoffensive du confident. Un moment de cinéma inévitablement inoubliable. 

* Bruno

lundi 25 juin 2018

MONSIEUR JOE. Oscar des meilleurs effets visuels pour Willis O'Brien, 1949.

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Mighty Joe Young" de Ernest B. Schoedsack. 1949. 1h34. Avec Terry Moore, Ben Johnson, Robert Armstrong, Mr. Joseph Young, Frank McHugh, Douglas Fowley.

Sortie salles France: 13 Janvier 1950. U.S: 27 Juillet 1949

FILMOGRAPHIE: Ernest Beaumont Schoedsack est un réalisateur, directeur de photo, producteur, monteur, acteur et scénariste américain, né le 8 Juin 1893 à Council Bluffs (Iowa), décédé le 23 Décembre 1979 dans le Comté de Los Angeles. 1925: Grass: a nation's battle for life.1927: Chang. 1929: Les 4 plumes blanches. 1931: Rango. 1932: Les Chasses du comte Zaroff. 1933: King Kong. 1933: The Monkey's Paw. 1933: Blind Adventure. 1933: Le Fils de Kong. 1934: Long Lost Father. 1935: Les Derniers jours de Pompéï. 1937: Trouble in Morocco. 1937: Outlaws of the Orient. 1940: Dr Cyclop. 1949: Monsieur Joe. 1952: The is Cinerama.


Si on peut déplorer quelques petites incohérences ou invraisemblances pour autant pardonnables (la naïveté à laquelle l'héroïne se laisse trop rapidement convaincre d'exercer pour Hollywood en compagnie de Joe, le trio aviné face à la geôle de Joe pour le brimer sans y être interpellé, la personnalité versatile car inopinément magnanime du directeur de show lorsque Joe est condamné à mort par la police), Monsieur Joe est un sympathique spectacle surfant sur le modèle de King-kong avec un esprit beaucoup plus familial. Eu égard de l'attitude aussi bien irascible qu'amiteuse de Joe en badin ou héro de fortune (ses exploits pour sauver quelques vies humaines des flammes de l'orphelinat) et de sa conclusion rassérénée faisant office d'aimable clin d'oeil auprès du public infantile. Et donc en dépit d'un schéma narratif tout à fait prévisible (car pillé à son homologue King-kong), Monsieur Joe parvient à distraire grâce à sa légèreté de ton, aux incroyables FX conçus par Willis O'Brien et Ray Harryhausen (notamment lorsque Joe est filmé en compagnie de personnages réels dans un unique plan) et à son action homérique efficacement impressionnante (principalement l'insurrection dans la salle de spectacle).

* Bruno
2èx

vendredi 22 juin 2018

LA QUEUE DU SCORPION

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

"La coda dello scorpione" de Sergio Martino. 1971. Italie/Espagne. 1h31. Avec George Hilton, Anita Strindberg, Alberto de Mendoza, Ida Galli, Janine Reynaud, Luigi Pistilli, Tom Felleghy.

Sortie salles France: 4 Octobre 1973. Italie: 16 Août 1971

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaine. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. l'Alliance Invisible. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983: 2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


Influencé par la célèbre trilogie animalière d'Argento, Sergio Martino réalise en 1971 La Queue du Scorpion avec un savoir-faire particulièrement efficace de par son intrigue sinueuse irrésistiblement machiavélique. A la suite de la mort de son époux lors d'un mystérieux crash d'avion, Lisa hérite de la somme d'1 million de dollars. Au moment de s'exiler à Tokyo en compagnie d'un de ses amants, cette dernière est persécutée par un mystérieux tueur. Voilà brièvement condensé le pitch afin d'occulter tout indice d'une intrigue viciée mettant en valeur une poignée de personnages à la fois effrontés, sans vergogne et volages puisque avides d'empocher le magot avant qu'un de leur concurrent ne les devancent. Dès le 1er acte savamment inquiétant et couillu, Sergio Martino nous ébranle sans crier gare avec un homicide d'une sauvagerie acérée clignant de l'oeil à Hitchcock  (Spoil puisque nous venions de nous familiariser avec l'héroïne depuis 25 minutes ! fin du Spoil). Le tueur n'accordant aucune pitié à sa victime si bien que nous craignons ensuite ses futures exactions avec une appréhension métronomique.


C'est dire si le cinéaste maîtrise cette faculté de distiller un suspense oppressant à chacune des ses sombres apparitions, notamment parmi le détail fétichiste de ses gants noirs comme de coutume dans la tradition giallesque. Qui plus est, à travers un défilé d'actrices sublimes sévèrement mises à mal par l'assassin (on y croise les yeux bleux d'Ida Galli, de Janine Reynaud et surtout d'Anita Strindberg absolument électrisante en reporter sexy !), Martino filme leur fragilité démunie avec un érotisme soft. Tant auprès de quelques ébats amoureux que des étreintes criminelles qu'elles se partagent violemment avec le tueur rivalisant de cruauté pour parfaire ses sévices. Sur ce point, on est également frappé par la verdeur des meurtres superbement filmés avec stylisme tranché initialement imposé par Argento, notamment grâce au dynamisme du montage épaulé d'agressifs gros plans. Quand bien même le score entêtant de Bruno Nicolai enrobe l'intrigue afin d'exacerber le mystère diffus autour des va-et-vient de personnages interlopes présumés coupables. Martino parvenant aisément à captiver et nous interroger sur les éventuelles complicités cupides avec comme indice subsidiaire la broche d'une queue de scorpion. Ce dernier entretenant le suspense de la véritable identité du meurtrier jusqu'au dernier quart-d'heure volontairement tacite (avec l'accord amiable du cinéaste) se déroulant dans un décor maritime idyllique. Et de nous offrir en guise de point d'orgue rebondissements, poursuites et angoisse éprouvante quant au sort précaire de l'ultime victime complètement isolée de soutien externe.


Passionnant, sexy et raffiné autour d'une solide intrigue ramifiée, la Queue du Scorpion redouble d'efficacité à communier suspense et horreur même s'il doit tout au maestro fondateur Dario Argento. Un des fleurons du genre irrésistiblement grisant et jubilatoire si bien qu'aujourd'hui encore on reste happé par sa troublante modernité. 

* Bruno
3èx

jeudi 21 juin 2018

SWEET COUNTRY. Prix du Jury, Mostra de Venise.

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Warwick Thornton. 2017. Australie. 1h53. Avec Sam Neill, Ewen Leslie, Bryan Brown, Thomas M. Wright.

Sortie salles Australie: 25 Janvier 2018. U.S: 6 Avril 2018. France: Uniquement diffusé sur Netflix à partir du 15 Juin 2018.

FILMOGRAPHIE: Warwick Thornton est un réalisateur, scénariste et directeur de la photographie australien né le 23 juillet 1970 à Alice Springs.1996 : From Sand to Celluloid: Payback. 2002 : Mimi. 2005 : Green Bush. 2007 : Nana (TV). 2009 : Samson and Delilah. 2010 : Art+Soul (série télévisée). 2011 : Stranded. 2013 : The Turning (segment Big World). 2013 : The Darkside. 2014 : Words with Gods. 2017 : Sweet Country.


Puissant réquisitoire contre la vilenie du racisme à travers l'outback australien de 1929, Sweet Country s'inspire d'un tragique fait divers lorsqu'un aborigène tua un fermier blanc en guise de légitime défense. Spoil ! Traqué en plein désert durant un périple de longue haleine avant de se livrer à la justice depuis la grossesse de sa femme, Philomac finira sur le banc des accusés lors d'un tribunal de fortune afin de juger de son sort promu à la pendaison. Fin du Spoil. Contemplatif et limite sensoriel dans sa manière onirique de filmer une nature placide auquel y survit une tribu primitive plutôt farouche à l'étranger (tant auprès de son propre peuple urbanisé que de l'homme blanc impérieux), Sweet Country s'épargne de partition musicale afin de mieux nous immerger au sein d'un western monocorde dont le rythme assez langoureux pourrait toutefois rebuter certains d'entre nous (principalement lors de la traque sauvage à la limite de l'expérimental dont la nature éclectique s'octroie un rôle majeur). Le réalisateur prenant son temps à structurer son intrigue autour de la  familiarité des protagonistes en constante discorde.


Pour autant, grâce à la personnalité de sa mise en scène (même si les nombreux flashbacks et surtout flashforwards s'avèrent plutôt dispensables, notamment afin de préserver 2/3 effets de surprise), de la sobriété des acteurs notoires (Sam Neil en chrétien sollicitant, Bryan Brown en sergent atrabilaire) ou des aborigènes amateurs absolument crédibles dans leur jeu posément sentencieux, et surtout à l'intensité de son récit vitupérant le racisme le plus couard (j'évoque surtout la dichotomie du dénouement !), Sweet Country provoque une émotion "réservée" poignante à travers le portrait éhonté d'une Australie profonde à la fois conservatrice, réactionnaire et xénophobe. Warwick Thornton observant la fracture entre deux cultures étrangères en voie de modernisme et de rébellion sans discours moralisateur (le film est d'ailleurs plutôt laconique) ni fioriture. Si bien que sa dernière partie s'attardant sur les postures taiseuses des accusés victimes de leur condition soumise nous provoque un désarroi scrupuleux quant à leur précarité à oser s'exprimer pour se défendre face à l'autorité d'un juge inopinément clément.


Violent et poignant sous une forme autonome de western contemplatif à la lisière de l'insolite, Sweet Country dénonce avec force la haine et l'obscurantisme parmi l'autorité de son auteur réfractaire aux conventions si bien que son fait-divers inéquitable nous reste en travers de la gorge pour son vibrant hommage en faveur du peuple aborigène victime de l'esclavage et de leur ignorance à l'aube d'une société en mutation (si je me réfère surtout au symbolisme de l'équité juridictionnelle). 

* Bruno

mercredi 20 juin 2018

DADDY'S DEADLY DARLING / THE 13 PIGS. Director's Cut.

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site 3.bp.blogspot.com

"Pigs", "Horror Farm", "The 13th Pig", "Daddy's Girl", "The Strange Exorcism of Lynn Hart", "The Strange Love Exorcist and Roadside Torture Chamber", "Les Monstres Sanglants" de Marc Lawrence. 1972. U.S.A. 1h20. Avec Marc Lawrence, Toni Lawrence, Marc Laurent, Jesse Vint, Paul Hickey, Katharine Ross.

Sortie salles U.S: 25 May 1973 

FILMOGRAPHIE: Marc Lawrence est un réalisateur américain né le 17 Février 1910, décédé le 27 Novembre 2005 (95 ans). 1973: Daddy's Deadly Darling. 1965: Tendre garce.


Rareté horrifique bien ancrée dans son époque des Seventies, de par son climat malsain perméable, sa photo granuleuse, sa bande-son bigarrée (couinements stridents de porcs, mélopée décalée, country music) et ses meurtres brutaux préfigurant 2 ans au préalable la scénographie crapoteuse de Massacre à la Tronçonneuse, Daddy's Deadly Darling n'eut même pas le privilège d'être exploité en salle sur notre territoire. Quand bien même lors de sa location Vhs, il fut vulgairement tronqué et remanié sans l'accord de son auteur. Et si cette production Grindhouse  distribuée par la firme Troma s'avère relativement mineure, Marc Lawrence, réalisateur et acteur principal, parvient à faire naître une ambiance d'inquiétude assez fascinante sous un soleil californien n'ayant point à rougir du Texas nécrosé de Hopper. D'une grande simplicité, le pitch tourne autour de l'amitié entre un fermier régisseur de bar et une jeune itinérante, infirmière au passé étrangement trouble si je me fie à ses appels téléphoniques auprès d'un paternel mutique. Ainsi, ces deux personnages introvertis s'avèrent des serial-killers si bien que durant leur aimable accointances ils vont devoir s'épauler afin de planquer les meurtres que cette dernière perpétue, faute d'un traumatisme incestueux. Nanti d'un rythme assez laborieux, notamment auprès de sa première demi-heure peu motivante, Daddy's Deadly Darling insuffle pour autant un sentiment d'insécurité palpable, notamment à travers ses cadrages obliques et ses gros plans agressifs conçus pour renchérir le malaise.


Et donc, grâce à cette ambiance horrifique résolument fétide et rehaussée d'un réalisme documenté, cette série B maintient l'intérêt sous l'impulsion de la troublante Toni Lawrence (la propre fille du réalisateur), assez convaincante en meurtrière taiseuse gentiment délicate. D'ailleurs, lorsqu'elle accourt à travers champs bucoliques telle une aliénée pour fuir des couinements animaliers, on songe inconsciemment à Marilyn Burns lorsque celle-ci se faisait courser (de nuit et de jour) par Leatherface. Il est donc fort possible que Tobe Hooper se soit inspiré de cette production underground pour parfaire ses cauchemars rubigineux qu'uniformisent Massacre à la Tronçonneuse / Le Crocodile de la mort. Tant et si bien qu'à l'instar du vétéran Judd et de son fameux alligator grugeant les touristes imprudents, le fermier nourrit en l'occurrence ses cochons avec de la viande humaine pour se débarrasser des corps. Et d'y ajouter en guise de détail insolite une connotation fantastique (une espèce de légende égyptienne) lorsque le shérif local (pas très finaud pour démêler le vrai du faux lorsqu'il interroge à moult reprises deux voisines décaties !) et quelques citadins réacs se persuadent qu'un cadavre humain digéré par des porcs pourrait ensuite revenir d'entre les morts sous l'apparence d'un cochon ! Un programme délirant donc prêtant autant à sourire qu'à s'inquiéter d'une trouvaille aussi cintrée !


Curiosité fauchée quasi introuvable en version Uncut (il faut - pour l'instant - se reporter auprès du site L'Univers Étrange et Merveilleux du Fantastique et de la Science-Fiction afin de découvrir son Director's Cut !), Daddy's Deadly Darling tire attrait de son intérêt grâce à son ambiance putride préfigurant les grands classiques poisseux précités. Rien que pour son climat cauchemardesque aussi novateur que couillu (notamment à travers un songe maladif que la meurtrière endure dans sa psyché torturée ou lorsque le fermier grimé en polichinelle intimide ses voisines), Daddy's Deadly Darling mérite l'attention des fans de péloche déviante. 

* Bruno

mardi 19 juin 2018

LA CH'TITE FAMILLE

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Danny Boune. 2018. France. 1h47. Avec Dany Boon, Valérie Bonneton, Line Renaud, Laurence Arné, Guy Lecluyse, Pierre Richard, François Berléand.

Sortie salles France: 28 Février 2018

FILMOGRAPHIE: Danny Boon (Daniel Hamidou) est un humoriste, acteur et réalisateur français, né le 26 Juin 1966 à Armentières (Nord). 2006: La Maison du Bonheur. 2008: Bienvenue chez les Ch'tis. 2011: Rien à Déclarer. 2014: Supercondriaque. 2017 : Raid dingue. 2018 : La Ch'tite famille


10 ans après le succès historique de Bienvenue chez les ch'tis, Danny Boon, acteur et réalisateur, se réapproprie intelligemment du dialecte patois si bien que ceux qui comme moi redoutaient un épigone aussi gratuit que mercantile seront surpris de découvrir une comédie autrement inspirée dans son alliage de drôlerie, romance et tendresse mené à corps perdu. Et ce même si lors de certaines réparties et gestuelles irrésistibles, Danny Boon continue de surfer sur l'hilarité des calembours. Une recette gagnante largement inspirée des divertissements populaires des années 60 à 80 que De Funès, Bourvil, Fernandel, Pierre Richard (voir même les Charlots à degré moindre) immortalisèrent de leur empreinte indéfectible. Ainsi, et afin de lui rendre hommage, Danny Boon recrute en l'occurrence  Pierre Richard très à l'aise dans un rôle outrancier de patriarche bourru mais pour autant malencontreusement desservi par une poignée de gags franchement lourdingues il faut avouer. D'autre part, les 15/20 premières minutes de l'intrigue ne présagent pas vraiment une comédie endiablée à travers ses gags triviaux aux ressorts connus. Puis peu à peu, à partir du moment où la ch'tite famille s'incruste dans le pavillon high-tech de leur progéniture, l'histoire se met en place à partir d'un fâcheux incident perpétré par un chauffard (familier). Se moquant sans vulgarité de la mode et de la haute-bourgeoisie à travers un couple altier de designers que Danny Boon et la sémillante Laurence Arné parodient avec une spontanéité fringante, La Ch'tite Famille tire-parti de son efficacité grâce à l'incroyable fougue des comédiens militants pour les valeurs familiales et la fidélité de l'amour de par la simplicité de leurs sentiments humains.


Si bien que redoutant sa famille du Nord qu'il a lâchement abandonné à l'âge de 25 ans, Valentin (Danny Boon) tente malgré tout de se montrer sous son jour le plus hospitalier lors de retrouvailles aléatoires. Seulement, après s'être fait culbuter par une voiture, celui-ci plonge dans un coma suite à un traumatisme crânien. Passés quelques jours d'hospitalisation, il se réveille subitement frappé d'amnésie et retrouve le langage du patois bien d'chez lui. Dès lors, il se prétend dans la peau d'un ado traumatisé par un accident de mobylette. Et donc à travers cette intrigue inversant subitement les rôles du duo autrefois pédant, Danny Boon et Laurence Arné laissent libre court à la désinhibition lorsque ces derniers jubilent à l'idée d'endosser des designers contrairement affables, modestes et expansifs auprès de leur entourage condescendant. Ce pied de nez contre la déshumanisation de la cupidité est notamment une manière ostensible pour Danny de prouver à son public qu'il est resté un homme humble et modeste passé le raz-de-marée populaire de Bienvenue chez les ch'tis. Au-delà de ce duo extrêmement attachant et si crédible à l'écran (si bien qu'on les croirait franchement mariés à la ville !), La Ch'tite Famille resplendit de chaleur humaine sous l'impulsion de seconds-rôles aussi avenants et extravertis dans leur capacité d'insuffler à l'écran une émotion somme toute fragile (notamment la prestance éloquente de Line Renaud en maman susceptible débordante d'amour et de tendresse pour ses chérubins).


Comédie populaire menée sans temps morts par une troupe de comédiens en roue libre, eux mêmes épaulés d'un pitch efficace discréditant le lucre et le standing, La Ch'tite Famille rend nouvellement hommage aux gens de ch'Nord avec une tendresse beaucoup plus explicite qu'au préalable si bien que Danny Boon et ses acolytes pétris de générosité et simplicité nous offrent leur coeur avec une intégrité irréfragable (à l'instar du vibrant clin d'oeil offert à Johnny en guise d'adieu !). Et pour parachever, je tiens personnellement à déclarer ma flamme à l'incroyable Laurence Arné, actrice radieuse d'un panache naturel hors-pair à travers son jeu bicéphale. 

* Bruno

Box Office France: 5 502 509 entrées

La chronique de Bienvenue chez les ch'tis: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/03/bienvenue-chez-les-chtis.html

lundi 18 juin 2018

KING-KONG REVIENT

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb

A*P*E de Paul Leder. 1976. U.S.A. Corée du Sud. 1h27. Avec Bob Arrants, Joanna Kerns, Alex Nicol, Nak-hun Lee.

Sortie salles France: 15 Février 1978. U.S: Octobre 1976

FILMOGRAPHIEPaul Leder est un réalisateur, scénariste, acteur, producteur, monteur américain, né le 25 mars 1926, décédé le 9 avril 1996 d'un cancer, à Los Angeles en Californie. 1970 : Marigold Man. 1974 : I Dismember Mama. 1976 : King Kong revient (Ape). 1976 : My Friends Need Killing. 1977 : Red Light in the White House. 1978 : The Chinese Caper. 1978 : Paranoid (Sketches of a Strangler). 1983 : I'm Going to Be Famous. 1983 : Vultures. 1986 : The Education of Allison Tate. 1987 : The Eleventh Commandment. 1990 : Exiled in America. 1990 : Murder by Numbers. 1991 : Frame Up. 1991 : Goin' to Chicago. 1991 : Twenty Dollar Star. 1993 : The Baby Doll Murders. 1994 : Molly et Gina. 1994 : Killing Obsession. 1995 : The Killers Within. 1995 : The Wacky Adventures of Dr. Boris and Nurse Shirley. 1996 : Frame-Up II: The Cover-Up.


"Plus le singe monte haut, plus il montre son cul"
Sorti 2 mois avant l'événementiel King-Kong de Guillermin afin de profiter du filon en vogue, King-Kong revient est une aberration filmique d'une nullité difficilement égalable eu égard de son scénar éculé, de sa réalisation "je-m'en-foutiste royal !", de sa distribution inexpressive déversant des répliques tantôt risibles, tantôt impayables, de son montage à la fois bordélique et chaotique, d'une partition musicale bien mal gérée (parfois même en décalage avec l'action dépeinte) et d'effets-spéciaux grotesques (tant auprès des maquettes en carton pâte que du grand singe incarné par un acteur ayant bien du mal à se fondre dans le corps du primate à travers sa gestuelle outrée). Plus proche donc du navet narcotique que du nanar festif, King-Kong revient bénéficie tout de même de quelques séquences un brin amusantes (à défaut d'être involontairement hilarantes) lors des déambulations furibondes du gorille au sein d'une ville réduite à feu et à sang (du moins c'est ce que tente de nous faire croire le réalisateur de par son maigre budget et du peu de figurants déployés). Quant aux fameux combats contre un squale et un serpent tant vantés sur l'affiche, les fans seront consternés par la mollesse de la timide action (filmée comme de coutume avec les pieds) si bien que le réalisateur employa un vrai requin mort (et donc statique face aux agressions) et un serpent de taille filiforme puisque comparable à une couleuvre (ah ah la grosse blague opportuniste des producteurs !). Ainsi, conscient de s'être fourvoyé dans une nullité purement mercantile, King-Kong en personne se permettra d'ailleurs en guise de geste railleur de nous adresser un doigt d'honneur face caméra à mi-parcours du récit. Et nous de lui balancer des cacahuètes via notre lucarne TV après tant d'âneries tolérées sans remord !

* Bruno

samedi 16 juin 2018

HEREDITE

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Ari Aster. 2018. U.S.A. 2h06. Avec Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Milly Shapiro, Ann Dowd.

Sortie salles France: 13 Juin 2018. U.S: 8 Juin 2018.

FILMOGRAPHIEAri Aster est un réalisateur, acteur et scénariste américain. Hérédité est sa première réalisation.


Précédé d'une réputation élogieuse (notamment auprès du festival de Sundance) et d'un trailer aussi bien percutant que bougrement efficace (dans son habile manière de ne rien dévoiler quant aux tenants et aboutissants de l'intrigue), Hérédité renouvelle brillamment peur et malaise sur grand écran alors qu'il s'agit du premier essai de Ari Aster derrière la caméra. Abordant le genre au 1er degré  avec un souci de persuasion infaillible dans l'enchaînement des situations surnaturelles hyper maîtrisées (exit le grand-guignol de comptoir !) et d'une intensité parfois rigoureuse (pour ne pas dire insupportable), Hérédité retrace avec souci d'humanisme "précaire" le parcours de résilience d'une famille dysfonctionnelle en proie à des évènements irrationnels passé le deuil inéquitable de deux de leurs défunts. Prenant son temps à planter son intrigue et à dépeindre ses personnages psychologiquement ébranlés par la perte d'êtres chers, Hérédité est entièrement voué à leur caractérisation fébrile que Tony Colette monopolise avec un désarroi maternel parfois bouleversant. Celle-ci se livrant corps et âme face caméra à travers une palette d'émotions névralgiques que le spectateur endure à l'instar de coups de poignard émotionnels. L'intrigue parcimonieuse dans son refus de dévoiler tout indice étant établi de son point de vue paranoïaque eu égard des témoignages de son époux et de son fils davantage perplexes, suspicieux face à sa posture versatile.


Sur ce point, la première partie riche en intensité dramatique et donc rigoureusement éthérée dans son refus de l'esbroufe se surpasse, notamment afin de défricher une atmosphère à la fois fétide, mortifère, malsaine sous l'impulsion d'un score dissonant (prioritairement un simple bourdonnement permanent) n'ayant rien à envier au climat oppressant de Shining de Kubrick avec qui il entretient quelques points communs (notamment dans la manière d'ausculter les regards hagards des protagonistes les plus vulnérables et dans sa façon de distiller l'interrogation auprès de personnages équivoques). Véritable coup de maître de la part d'Ari Aster (nouveau talent surdoué à surveiller, pour ne pas dire maître à venir de la trempe d'un Carpenter ou d'un Polanski - on songe d'ailleurs à Rosemary's Bay pour le portrait binaire de l'héroïne évoluant autour d'un thème occulte -), ce dernier maîtrise l'outil horrifique grâce en priorité à l'étude avisée de ses personnages confrontés à une énigme nonsensique si bien que le spectateur aussi désorienté, affaibli et accablé qu'eux observe leurs fragilité névrosée avec une empathie mêlée de désagrément. Notamment lorsque le fils de la mère, l'élément le plus fragile car rongé de culpabilité, s'enfonce dans un mutisme dépressif avant de se laisser chavirer vers la terreur de l'inconnu face à une hostilité d'autant plus fourbe. Ari Aster exploitant intelligemment les codes du genre avec comme ressort la ferme conviction des comédiens compromis par leur foi cartésienne et/ou spirituelle. Quant à sa seconde partie drastique, car plus intense, éprouvante et radicale, elle cède à des séquences de pure terreur (les 2 hantises de spiritisme diffusant une tension de malaise à couper au rasoir, l'agression durant le cours lycéen alternant authentique frayeur et malaise viscéral, morceau d'anthologie traumatique inégalé !) sous le pivot d'une descente aux enfers où les coups les plus couards seront tolérés. Et le spectateur de sortir abattu de la projo (du moins c'était personnellement mon cas) avec une amertume aussi blême qu'anxiogène (pour ne pas dire dépressive chez les plus sensibles).


Apocalypse Now.
Malsain et méphitique de par la vigueur de son climat inquiétant ne lâchant pas d'une semelle les états d'âme véreux des protagonistes, et la montée graduelle d'une violence horrifique semée de visions hyper dérangeantes (alors que le gore s'y fait si discret !), Hérédité réinterprète l'horreur la plus vicelarde derrière un drame psychologique d'une rare acuité dramatique. La réussite probante de ce premier métrage émanant avant tout de sa vibrante réflexion sur l'acceptation du deuil inéquitable avant de bifurquer vers une directive contrairement démoniale. Maîtrisant sur le bout des ongles (fourchus) sa bande-son magnétique, sa mise en scène au cordeau et sa direction d'acteurs hors-pair (notamment auprès de l'étrangement patibulaire Milly Shapiro dans un second-rôle concis mais pour autant proéminent), Ari Aster accomplit le prodige de susciter la frousse et la commotion (à l'instar de la Malédiction ou plutôt de l'Exorciste dans l'art et la manière de nous transmettre un malaise trop tangible) à travers le thème sempiternel du Mal le plus accompli. Une référence donc en bonne et due forme d'une épouvante séculaire (dans son sens le plus éminent et mature) que les ados acnéens fans d'Annabelle auront sans doute peine à acclimater.   

* Bruno

La chronique de Gilles Rolland : http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-heredite/

Florian Veysselier:
Film d'horreur dont tout le monde parle, Hérédité pourrait bien être le renouveau de l'horreur. Premier film pour Ari Aster, phénomène à Sundance, se targuant d'une belle réputation, Hérédité vaut-il le coup? Oui! Il s'agit d'un vrai film d'ambiance qui met terriblement mal à l'aise, et cela dès le début, naviguant perpétuellement entre réalité complexe et cauchemar éthéré, afin de glisser une histoire bourrée de symboliques et de métaphores. C'est glauque au possible et cela est en partie dû au travail incroyable de la mise en scène, très lente, très contemplative, avec de lents mouvements, empruntant aussi bien à James Wan qu'à John Carpenter. Rien n'est laissé au hasard dans ce rêve éveillé, que ce soit l'image, le son, les symboles ou encore la prestation incroyable de Toni Collette. On pourra petu-être même y retrouver quelques références à Lovecraft, à Dante ou encore à Barker. Par contre, le film est très difficile d'accès, car il est très lent, très long et il peut laisser pas mal de monde sur le carreau. Mais bon Dieu que ça fait du bien de voir un film au cinéma qui a autant de parti pris et de couilles, dans tous les domaines.
5,5/6

Jean-marc Micciche:
Après l'énorme bonne surprise de sans bruit, voilà venir Hérédité et de tenir la dragée haute des œuvres qui viennent de nulle part et qui à la sortie de la projection donne le sentiment d'avoir assisté à une étrange expérience. Assurément, le film va divisé tant son partis pris se positionne aux antipodes du cinéma fantastique et à l'instar de The Witch et de Mother, il y a de grande chance pour que le film fasse son effet. Le plus curieux, c'est de constater à quel point le film est très éloigné de sa bande annonce ou alors de sa taglines 'un choc comme l'exorciste'. Pourtant, si je devais chercher une influence souterraine au film, c'est plus rosemary's baby en fait, tant le film noie franchement le poisson durant la première heure du film au point où on s'interroge sur la nature du film. Incroyable tension porté par une réal incroyablement immersive et des visions chocs qui se succèdent comme une inexorable descente aux enfers. Bourrés d'embardés étranges et poétiques, bourrés d'images inconfortables, le film explose dans ses dernières minutes dans toute son implacable horreur. La terre est en danger et un nouveau roi va régner !

Frederic Serbource:
J'ai surkiffé, je suis au bord du 5/5. Alors bien sûr, c'est l'antithèse des Annabelle ou autres Blumhouseries de seconde zone, c'est une proposition d'épouvante adulte et sujette à réflexion, les ados et le grand public vont détester. La mise en scène est juste virtuose, c'est beau, vraiment ! Quand tu crois que Toni Colette vient de livrer la performance de sa vie pendant une scène, il y en a une autre qui vient te prouver qu'elle en gardait sous la pédale. Et, niveau imagerie de l'épouvante, ça a réussi à me faire flipper, bordel (le nombre de fois ou j'ai fait "Whoo put*** !!" tout seul dans la salle -oui, j'avais la salle pour moi ^^ ).
Juste un petit bémol sur les ultimes secondes qui réexpliquent le pourquoi du comment, sûrement par peur de laisser une partie du public sur le carreau.
Sinon un sans-faute !
4,5/5

Ruffeet Nelly:
Je sors de la projection de 'Hérédité" et c'est prodigieux ! Ari Aster est un réalisateur à suivre qui a tout compris aux codes traditionnels du film d'épouvante. Il les réinvente dans ce film en nous emportant dans un drame familial putride et mortifère dont on ne sort pas indemne ! Mention spéciale à Tony Colette qui est incroyable en mère troublée par le deuil de sa mère puis de sa fille alors que dans la deuxième partie du film, on bascule dans tout autre chose. Elle est littéralement 'habitée" par le rôle et signe une très grande performance ! Les topos du film d'horreur sont là (bruits inquiétants, objets qui bougent, séances de spiritisme, personnages doubles etc) mais ils ont été digérés par le travail minutieux du réalisateur. La mise en scène de la première partie du film est très travaillée, le rythme est assez lent dans la première moitié afin de bien établir les caractères de chaque membre de la famille. La petite fille semble tout droit sortie de Freaks de par son allure et son regard qui semble en permanence habité par une autre dimension (d'ailleurs elle ne dort pas dans son lit). La deuxième partie, plus rythmée, enchaîne les retournements de situation et on ne cesse de se poser des questions sur la voisine, le pourquoi du comment du carnet de la petite fille, des hallucinations du fils, hallucinations très prenantes ! On se demande d'où vient cette répétition du scénario d'étranglement ( avec la fille puis le fils), les raisons de l'ensorcellement de la mère lors de la séance de spiritisme etc Questions la plupart du temps sans réponse jusqu'au feu d'artifice final, abrupt, qui nous laisse sur le cul ! c'est à la fois mon bémol et ce qui fait aussi que la fin est réussie: le mutisme final nous laisse dans un état très particulier de mal-être qui aurait peut-être pu être encore + développé. La photographie est sublimement neutre et sombre à la fois, la mise en scène est irréprochable en alternant les scènes avec chacun des membres de la famille jusqu'à petit à petit se resserrer et atteindre l'origine de ces dysfonctionnements familiaux ! Digne de "La malédiction" ou de "Rosemary's baby, ce film restera dans les annales ! <3 p="">

vendredi 15 juin 2018

TIMERIDER

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

"Timerider: The Adventure of Lyle Swann" de William Dear. 1982. U.S.A. 1h36. Avec Fred Ward, Belinda Bauer, Peter Coyote, Richard Masur, Tracey Walter.

Sortie salle France: 28 Mars 1984. U.S: 11 Décembre 1982

FILMOGRAPHIE: William Dear est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur canadien né le 30 novembre 1943 à Toronto (Canada).1975 : Nymph. 1976 : Northville Cemetery Massacre. 1981 : Elephant Parts (vidéo). 1981 : An Evening with Sir William Martin (vidéo). 1982 : Timerider. 1983 : Nick Danger in The Case of the Missing Yolk (vidéo). 1984 : Garry Shandling: Alone in Vegas (TV). 1985 : Doctor Duck's Super Secret All-Purpose Sauce. 1985 : Histoires fantastiques (série télévisée, épisode Papa, momie). 1987 : Bigfoot et les Henderson. 1991 : Espion junior. 1993 : Journey to the Center of the Earth (TV). 1994 : Une équipe aux anges. 1997 : Beautés sauvages. 1999 : La Ferme aux ballons (TV). 2000 : Le Père Noël a disparu (TV). 2005 : School of Life (TV). 2006: Evil Twins. 2008: The Perfect Game. 2013: Angel et moi.


Sélectionné à Avoriaz 2 ans après sa sortie, Timerider aurait bien mérité un Prix du Public tant cette série B rondement menée fleure bon le divertissement de samedi soir de par son charme sémillant ! Et si son intrigue linéaire (un champion de moto-cross se retrouve incidemment projeté en 1877 dans un village mexicain où se disputeront 2 bandes rivales) laisser craindre une série Z de pacotille, William Dear s'extirpe honorablement du ridicule et de la trivialité avec un savoir-faire constamment convaincant. Tant auprès des gunfights et poursuites en règle plutôt lisibles et bien gérées d'un montage dynamique, de l'exploitation des panoramas naturels pleins d'oxygène que d'une direction d'acteur où ces derniers sont à la fête dans la peau de cow-boys hébétés à témoigner de l'intrusion d'un motard issu du futur. Parmi cet élément perturbateur, Fred Ward, l'interprète de l'inoubliable  Rémo, sans arme et dangereux, se prête sobrement au jeu du héros venu de nulle part avec une bonhomie bonnard dans sa défroque rutilante (il est affublé d'une combinaison rouge afin de contraster avec l'environnement westernien), quand bien même sa ravissante partenaire Belinda Bauer lui partage une tendre romance tout en jouant la rebelle vaillante à s'opposer aux maraudeurs en quête de la machine sur 2 roues.


Ce qui nous vaut à travers leurs combines offensives des séquences parfois hilarantes lorsque deux hors-la-loi vont tenter de conduire l'engin avec une maladresse impayable. Bourré d'aimables seconds-rôles si familiers de la série B, Timerider est en prime rehaussé du charisme séducteur de Peter Coyote en bandit borderline si obsédé à dérober coûte que coûte la machine du futur. L'acteur se prêtant au jeu de la caricature indocile avec une dérision souvent irrésistible à courser sans relâche le motard avide de retrouver son bercail. Et si les séquences d'action ont tendance à se répéter au sein d'un schéma sans surprises (attaques, contre-attaques et vice versa), William Dear parvient miraculeusement à relancer l'action parmi le dépaysement des décors où se confondent futur et passé d'un contexte temporel (l'homme moderne des années 80 transplanté dans le cadre du western afin de côtoyer des cow-boys anachroniques !), et parmi la complicité fringante des acteurs jouant au jeu du gendarme et du voleur avec autant d'humour que de panache héroïque.


Le Chevalier des temps perdus. 
Pépite de série B bourrée de charme et de sympathie (à l'instar de son score pop-électro irriguant toute l'intrigue), Timerider transpire la modeste sincérité à immerger le spectateur dans une action délirante (pour ne pas dire improbable) si bien que western et anticipation se chevauchent avec une homogénéité inopinément crédible. A revoir avec émotion ! 

* Bruno 
3èx

jeudi 14 juin 2018

LE MASQUE DE FU-MANCHU

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

"The Face of Fu Manchu" de Don Sharp. 1965. Angleterre/Allemagne. 1h32. Avec Christopher Lee, Nigel Green, Joachim Fuchsberger, Karin Dor, James Robertson Justice, Howard Marion-Crawford, Tsai Chin.

Sortie salles France: 2 Février 1966. U.S: 24 Octobre 1965

FILMOGRAPHIE: Don Sharp est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur britannique, d'origine australienne, né le 19 avril 1921 à Hobart (Australie), décédé le 14 décembre 2011.
1955 : The Stolen Airliner. 1958 : The Adventures of Hal 5. 1958 : The Golden Disc. 1959 : The Professionals. 1960 : Linda. 1962 : Two Guys Abroad. 1963 : It's All Happening. 1963 : Le Baiser du vampire. 1964 : Les Pirates du diable. 1964 : Witchcraft. 1965 : La Malédiction de la mouche. 1965 : Le Masque de Fu-Manchu. 1966 : Raspoutine, le moine fou. 1966 : Opération Marrakech. 1966 : Les Treize Fiancées de Fu Manchu. 1967 : Le Grand Départ vers la Lune. 1968 : The Violent Enemy. 1969 : Taste of Excitement. 1971 : Psychomania. 1973 : Le Manoir des fantasmes. 1974 : Callan. 1975 : Hennessy. 1978 : Les 39 Marches. 1979 : Le Secret de la banquise. 1980 : Guardian of the Abyss. 1985 : What Waits Below.


Premier opus d'une série de 5 films d'après un roman de Sax Rohmer, le Masque de Fu-Manchu fleure bon l'aventure exotique mâtinée d'horreur sous l'autorité de l'habile artisan Don Sharp (le Baiser du Vampire, Raspoutine, le Manoir des Fantasmes). Servi par une solide distribution que Christopher Lee monopolise avec un machiavélisme presque aussi probant que l'illustre Dr Phibes  (réalisé 6 ans plus tard !), Le Masque de Fu-Manchi tire parti de son charme (rétro) grâce à l'attrait palpitant de son intrigue fertile en actions, poursuites et péripéties rocambolesques. Et ce à travers la topographie éclectique d'une Angleterre rurale et du Tibet soigneusement photographiés d'après une nuance sépia. Parmi l'endurance d'un jeu de cache-cache de longue haleine entre méchants et gentils doublée d'une course contre la montre pour retrouver un professeur et sa fille puis préserver la vie de 10 000 habitants, l'inspecteur Smith (Nigel Greenet prêtant ses traits de fin limier avec un charisme si familier que l'on pourrait le confondre avec Peter Cushing !) et ses comparses traquent sans relâche un baron du crime (accompagné de sa fille sadique !) adepte de l'hypnose, du camouflage et du subterfuge pour parfaire son dessein criminel.


Car planqué sous les tunnels de la ville, Fu-Manchu est sur le point de régenter le monde grâce à l'élaboration d'un gaz mortel entrepris avec un otage scientifique et d'une graine de pavot qui pourrait lui apporter la vie éternelle. Bougrement inspiré à mettre en image son aventure singulière tantôt pimentée d'humour noir dans ses gadgets délétères et rebondissements cruels, le Masque de Fu-manchu fait preuve d'une efficacité endiablée à cumuler les affrontements physiques (notamment auprès des sbires chinois de Fu-Manchu davantage nombreux pour protéger leur maître) et poursuites en pagaille au fil d'un cheminement aventureux dépaysant. Don Sharp soignant également le cadre inquiétant de certains décors caverneux (la nécropole gothique, le repère technologique de Fu-Manchu et tous les sous-terrains qu'il arpente pour déjouer la police) avec un savoir-faire formel (aussi limité soit son budget). D'ailleurs, sur ce point artisanal, Le Masque de Fu-Manchu tire avantage de son côté bricolé avec un sens infaillible du travail soigné assorti d'une grande générosité par son rythme en roue libre. Et Christopher Lee d'y parfaire son jeu d'exubérance dans sa carrure hiératique de docteur mégalo se brocardant du corps policier avec une modestie pernicieuse.


A travers les composants hybrides de l'aventure, de l'horreur et de l'action décomplexées, Le Masque de Fu-Manchu y extrait une saveur de perle culte à trôner à proximité de l'Abominable Dr Phibes, de Fantomas ou encore de Théâtre de sang

* Bruno
3èx

mercredi 13 juin 2018

COLD HELL

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Die Hölle" de Stefan Ruzowitzky. 2017. Allemagne/Autriche. 1h32. Avec Violetta Schurawlow, Tobias Moretti, Robert Palfrader, Sammy Sheik, Friedrich von Thun, Murathan Muslu.

Sortie salles France, Festival de Beaune: 1er Avril 2017. Allemagne/Autriche: 19 Janvier 2017

FILMOGRAPHIEStefan Ruzowitzky est un réalisateur et scénariste de cinéma autrichien. Il est né le 25 décembre 1961 à Vienne. 1996 : Tempo. 1998 : Les Héritiers. 2000 : Anatomie. 2001 : Les Hommes de Sa Majesté. 2003 : Anatomie 2. 2007 : Les Faussaires. 2009 : Lili la petite sorcière, le dragon et le livre magique. 2012 : Cold Blood. 2017 : Cold Hell.


Production binaire entre l'Allemagne et l'Autriche supervisée par l'auteur des efficaces Anatomie 1 et 2Cold Hell est un sympathique psycho-killer en dépit de son climat versatile ne sachant pas trop sur quel pied danser (polar, action, horreur, suspense, romance se chevauchent de façon sporadique). En prime, et de manière inopinée, les combats à mains nues (l'héroïne étant adepte de la boxe thaï) désamorcent le réalisme des confrontations dans leur chorégraphie dégingandée.
Les points les plus positifs: l'exploitation d'une métropole urbaine tentaculaire saturée de teintes flashy, une action parfois épique (la poursuite en voiture, l'affrontement dans le métro) et la force de tranquille de Violetta Schurawlow en justicière impassible s'acharnant avec plus moins de crédit à inverser les rôles afin de venir à bout d'un serial-killer rigoriste.

* Bruno

RécompensePrix du Jury au Festival International du Film Policier de Beaune; 2017

mardi 12 juin 2018

LES DIABLESSES

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site arcadesdirect.fr

"La morte negli occhi del gatto" de Antonio Margheriti. 1973. Allemagne/France/Italie. 1h35. Avec
Jane Birkin, Hiram Keller, Françoise Christophe, Venantino Venantini, Serge Gainsbourg, Anton Diffring, Doris Kunstmann.

Sortie salles France: 23 Janvier 1974. Italie: 12 Avril 1973

FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi. 1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.


Exhumé de l'oubli grâce à l'éditeur Cine2genre, Les Diablesses (titre français mercantile habilement fallacieux !) est un formidable suspense gothico-giallesque que notre illustre Antonio Margheriti imprime sur pellicule avec souci formel vertigineux. Et si l'intrigue simpliste n'est que prétexte à une série de crimes sanglants comme de coutume chez le genre codifié, sa scénographie gothique inopinément envoûtante maintient l'intérêt jusqu'à la révélation finale assez surprenante (même si on peut déceler l'identité du coupable à mi parcours du métrage et que son mobile s'avère plutôt conventionnel). Qui plus est, Margheriti, jamais avare d'originalité baroque, se permet d'inclure à travers sa scénographie inquiétante 2 personnages animaliers (un chat, un gorille) afin de surfer sur une ambiance surnaturelle effleurant à deux reprises le thème du vampirisme. Impeccablement campé par une poignée de seconds-couteaux transalpins bien connus des amateurs (notamment auprès du regard azur de la sublime et troublante Doris Kunstmann), Les Diablesses bénéficie en outre de la beauté anglaise de Jane Birkin assez convaincante en jeune convive timorée, témoin malgré elle d'évènements particulièrement macabres.


Tant et si bien que durant son séjour dans le château de sa génitrice, Corringa s'égare fragilement dans les corridors, chambres à coucher et passage souterrain avec une appréhension escarpée eu égard d'une vague de meurtres sanglants qu'un mystérieux tueur ne cesse de provoquer. Et ce, au moment de se rapprocher (sentimentalement parlant) auprès de James, cousin arrogant victime d'un passé aussi nébuleux que torturée. En dépit de la présence subsidiaire de Serge Gainsbourg peu à l'aise en inspecteur à la fois apathique et peu finaud (bien que les spectateurs français s'amuseront de son cabotinage un brin extravagant, notamment auprès de sa démarche altière), la galerie de personnages interlopes évoluant autour de Jane Birkin parvient à distiller un charme vénéneux au gré de rapports familiaux dysfonctionnels. Margheriti nous interrogeant en permanence, et avec efficacité, sur leurs rôles équivoques, comme les confirment aussi à degré moindre le couple de domestiques et l'homme d'église. Et d'amorcer durant sa seconde partie un rythme beaucoup plus alerte et oppressant au fil de péripéties brutales où le sentiment d'insécurité gagnera du galon.


La Résidence.
Baignant dans un climat nocturne d'onirisme gothique n'ayant rien à envier au travaux de Mario Bava ou de Roger Corman, Les Diablesses resplendit d'autant mieux à travers sa photo sépia si bien que le spectateur magnétisé par son élégance funèbre se laisse facilement embobiner par son cheminement giallesque sous le pilier d'attachants seconds-rôles se prêtant au jeu de la duperie avec assez de persuasion. A redécouvrir avec vif intérêt même si la forme tant artisanale phagocyte le fond plaisamment convenu.

* Bruno
2èx