jeudi 21 juin 2018

SWEET COUNTRY. Prix du Jury, Mostra de Venise.

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Warwick Thornton. 2017. Australie. 1h53. Avec Sam Neill, Ewen Leslie, Bryan Brown, Thomas M. Wright.

Sortie salles Australie: 25 Janvier 2018. U.S: 6 Avril 2018. France: Uniquement diffusé sur Netflix à partir du 15 Juin 2018.

FILMOGRAPHIE: Warwick Thornton est un réalisateur, scénariste et directeur de la photographie australien né le 23 juillet 1970 à Alice Springs.1996 : From Sand to Celluloid: Payback. 2002 : Mimi. 2005 : Green Bush. 2007 : Nana (TV). 2009 : Samson and Delilah. 2010 : Art+Soul (série télévisée). 2011 : Stranded. 2013 : The Turning (segment Big World). 2013 : The Darkside. 2014 : Words with Gods. 2017 : Sweet Country.


Puissant rĂ©quisitoire contre la vilenie du racisme Ă  travers l'outback australien de 1929, Sweet Country s'inspire d'un tragique fait divers lorsqu'un aborigène tua un fermier blanc en guise de lĂ©gitime dĂ©fense. Spoil ! TraquĂ© en plein dĂ©sert durant un pĂ©riple de longue haleine avant de se livrer Ă  la justice depuis la grossesse de sa femme, Philomac finira sur le banc des accusĂ©s lors d'un tribunal de fortune afin de juger de son sort promu Ă  la pendaison. Fin du Spoil. Contemplatif et limite sensoriel dans sa manière onirique de filmer une nature placide auquel y survit une tribu primitive plutĂ´t farouche Ă  l'Ă©tranger (tant auprès de son propre peuple urbanisĂ© que de l'homme blanc impĂ©rieux), Sweet Country s'Ă©pargne de partition musicale afin de mieux nous immerger au sein d'un western monocorde dont le rythme assez langoureux pourrait toutefois rebuter certains d'entre nous (principalement lors de la traque sauvage Ă  la limite de l'expĂ©rimental dont la nature Ă©clectique s'octroie un rĂ´le majeur). Le rĂ©alisateur prenant son temps Ă  structurer son intrigue autour de la  familiaritĂ© des protagonistes en constante discorde.


Pour autant, grâce Ă  la personnalitĂ© de sa mise en scène (mĂŞme si les nombreux flashbacks et surtout flashforwards s'avèrent plutĂ´t dispensables, notamment afin de prĂ©server 2/3 effets de surprise), de la sobriĂ©tĂ© des acteurs notoires (Sam Neil en chrĂ©tien sollicitant, Bryan Brown en sergent atrabilaire) ou des aborigènes amateurs absolument crĂ©dibles dans leur jeu posĂ©ment sentencieux, et surtout Ă  l'intensitĂ© de son rĂ©cit vitupĂ©rant le racisme le plus couard (j'Ă©voque surtout la dichotomie du dĂ©nouement !), Sweet Country provoque une Ă©motion "rĂ©servĂ©e" poignante Ă  travers le portrait Ă©hontĂ© d'une Australie profonde Ă  la fois conservatrice, rĂ©actionnaire et xĂ©nophobe. Warwick Thornton observant la fracture entre deux cultures Ă©trangères en voie de modernisme et de rĂ©bellion sans discours moralisateur (le film est d'ailleurs plutĂ´t laconique) ni fioriture. Si bien que sa dernière partie s'attardant sur les postures taiseuses des accusĂ©s victimes de leur condition soumise nous provoque un dĂ©sarroi scrupuleux quant Ă  leur prĂ©caritĂ© Ă  oser s'exprimer pour se dĂ©fendre face Ă  l'autoritĂ© d'un juge inopinĂ©ment clĂ©ment.


Violent et poignant sous une forme autonome de western contemplatif Ă  la lisière de l'insolite, Sweet Country dĂ©nonce avec force la haine et l'obscurantisme parmi l'autoritĂ© de son auteur rĂ©fractaire aux conventions si bien que son fait-divers inĂ©quitable nous reste en travers de la gorge pour son vibrant hommage en faveur du peuple aborigène victime de l'esclavage et de leur ignorance Ă  l'aube d'une sociĂ©tĂ© en mutation (si je me rĂ©fère surtout au symbolisme de l'Ă©quitĂ© juridictionnelle). 

* Bruno

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