lundi 7 mai 2012

Les Crimes de Snowtown (Snowtown). Prix du Jury au festival d'Adélaïde.

                                                      
                          (Crédit photo : image trouvée via cinemovies.fr, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

de Justin Kurzel. 2011. Australie. 2H00. Avec Daniel Henshall, Lucas Pittaway, Craig Coyne, Richard Green, Louise Harris, Anthony Groves, Brendan Rock, Frank Cwiertniak, Bob Adriaens, Bryan Sellars.

Sortie salles France: 28 Décembre 2011. Australie: 19 Mai 2011

FILMOGRAPHIE: Justin Kurzel est un réalisateur et scénariste australien.
2005: Blue Tongue (court). 2011: Les Crimes de Snowtown. .

D’après un fait divers notoire survenu entre 1992 et 1999, Justin Kurzel nous retrace avec Les Crimes de Snowtown la dérive meurtrière d’un serial-killer, John Bunting.

Dans le nord d’Adélaïde, Jamie et ses frères vivent de manière précaire avec leur mère divorcée. Molestés par un voisin, ils se réfugient dans le mutisme, incapables d’affronter l’humiliation. Puis débarque John Bunting, homme à l’apparence affable et accueillante, épris de leur mère. Jamie y voit le père idéal qu’il n’a jamais connu.

À travers l’ambiance blafarde d’une contrée isolée, le film nous plonge dans le triste quotidien d’une famille laminée par le chômage et la fréquentation d’une populace marginale. Le désespoir toujours plus abrupt d’un adolescent sexuellement abusé met en exergue sa déchéance morale, sous la fausse indulgence d’un adulte. Hyperréalisme proche du documentaire et photographie terne plongent ces protagonistes incultes dans l’acrimonie de leur commune insalubre. Cette tragédie sordide, côtoyant le marasme, révèle la dégénérescence mentale d’un jeune garçon timoré : un souffre-douleur fragile, livré à la paternité d’un sociopathe adepte de tortures barbares.

De manière jusqu’au-boutiste, le film suit son implication dans le meurtre, sous la volonté d’un justicier expéditif, déversant sa haine sur handicapés, drogués et homosexuels. Sa vocation : nettoyer l’agglomération des quidams pervertis par la pédophilie, l’alcool ou la drogue.

Par sa condition sociale infortunée et l’absence de repères moraux et affectifs - hormis la bonhomie aigrie d’une mère taciturne - Jamie va peu à peu se laisser happer par la folie meurtrière d’un exterminateur et de ses complices décérébrés. Au départ réfractaire à être témoin malgré lui d’actes de torture et de meurtres, l’adolescent finit par accepter cet endoctrinement, mettant fin aux douleurs d’un supplicié moribond — séquence viscérale insoutenable.

Parmi le brio des comédiens amateurs, Daniel Henshall et Lucas Pittaway sont époustouflants, incarnant une déshumanisation déchue dans leur complicité antinomique. Le film nous éprouve jusqu’à l’asphyxie, par son atmosphère irrespirable de misère humaine laissée pour compte. Ce sentiment d’abandon, d’injustice et de désœuvrement conduit certains individus au meurtre crapuleux, régi par une idéologie fasciste. La lourdeur du score d’Emilio Kauderer, rythmé de pulsations angoissantes, accentue l’intensité monolithique de cette besogne mortuaire.

Toute société a les crimes qu’elle mérite.
D’un naturalisme rugueux, viscéralement cafardeux et noyé d’amertume par l’abdication d’une misère sociale livrée à elle-même, Les Crimes de Snowtown est un drame sordide dont il est difficile de s’extraire. L’histoire vraie et poisseuse d’un serial-killer utilisant une doctrine vindicative pour avilir l’innocence d’un rejeton désorienté. La verdeur putassière et l’impact émotionnel du désœuvrement immoral de nos protagonistes nous plongent dans l’obscurité sitôt le générique bouclé. Un choc thermique, dont la maîtrise acérée de la mise en scène laisse pantois.

— le cinéphile du cœur noir 🖤

La Sentence de la juridiction
Le 20 Mai 1999, la police découvre des cadavres dans des barils, dans une banque désaffectée à Snowtown. Deux autres corps sont retrouvés enterrés dans un jardin.
Le 21 Mai 1999, plusieurs personnes sont arrêtées. Robert Wagner plaide coupable de trois meurtres. Il est reconnu coupable de dix. Mark Haydon est coupable d'avoir été complice de sept meurtres.
Le pire tueur en série d'Australie, John Bunting, coupable de onze meurtres et condamné à perpétuité. Le 6 Septembre 2001, Elisabeth Harvey meurt d'un cancer. Elle n'a jamais été condamnée pour sa participation au meurtre de Ray Davies. Jamies Vlassakis plaide coupable de quatre meurtres. Il est condamné à vie, dont 26 ans incompressibles. Ayant témoigné contre ses co-accusés, il purge sa peine sous un faux nom dans un lieu secret. En 2025, les autorités décideront s'il doit être relâché ou non. Il aura 45 ans.

Un grand merci à Cinemovies.fr
07.05.12
Bruno Matéï

Récompenses: Prix du Jury au festival du film d'Adélaïde
Prix FIPRESCI au Festival de Cannes 2011 pour Justin Kurzel

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