Photo empruntée sur Google, appartenant au site papyblues.com/
de Terence Fisher. 1958. Angleterre. 1h22. Avec Peter Cushing, Christopher Lee, Michael Gough, Melissa Stribling, Carol Marsh, Olga Dickie, John Van Eyssen, Valérie Gaunt, Janina Faye, Barbara Archer.
Sortie Salles France: 4 Février 1959. U.S: 8 Mai 1958
FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un réalisateur britannique né le 23 février 1904 à Londres (Maida Vale), et décédé le 18 juin 1980 dans la même ville. 1957 : Frankenstein s'est échappé, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La Malédiction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les Maîtresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le Fantôme de l'Opéra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'Île de la terreur, 1966 : Dracula, prince des ténèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein créa la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.
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Un an après l’immense succès de Frankenstein s’est Ă©chappĂ©, Terence Fisher renoue avec la mĂŞme Ă©quipe technique (directeur photo, dĂ©coriste, scĂ©nariste, compositeur) et enrĂ´le les deux vĂ©tĂ©rans de l’Ă©pouvante, Cushing et Lee, pour rĂ©actualiser sa version de Dracula, librement inspirĂ©e du roman de Bram Stoker. Ă€ l’arrivĂ©e, ce titre emblĂ©matique de la Hammer, concrĂ©tisĂ© en 1958, demeure LE chef-d’Ĺ“uvre absolu du mythe vampirique — maintes fois copiĂ©, jamais Ă©galĂ© !
Le pitch : Jonathan Harker se rend au château du comte Dracula sous couverture de bibliothĂ©caire. RĂ©solu Ă l’Ă©liminer, il attend la tombĂ©e du jour pour le sacrifier dans son cercueil. Mais une jeune femme vampire, asservie par le comte, l’attaque et le mord. Le docteur Van Helsing part alors Ă sa recherche, craignant que son acolyte ne soit tombĂ© Ă son tour sous l’emprise du prince des tĂ©nèbres.
Le Cauchemar de Dracula ! Titre culte qu’une gĂ©nĂ©ration de fantasticophiles dĂ©couvrit, un mardi soir de 1985, dans La Dernière SĂ©ance d’Eddy Mitchell — il Ă©tait 23h ! Que reste-t-il aujourd’hui de ce souvenir mythique, gravĂ© dans le cĹ“ur des passionnĂ©s, oĂą Van Helsing tentait encore de sauver le monde en traquant inlassablement le comte des Carpates ? Si les diamants sont Ă©ternels, le chef-d’Ĺ“uvre de Fisher brille lui aussi d’un Ă©clat immuable, portĂ© par une mise en scène d’une rigueur gĂ©omĂ©trique, d’une puretĂ© saisissante.
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BeautĂ© gothique des dĂ©cors architecturaux, environnement champĂŞtre d’un onirisme tranquille, teinte sĂ©pia d’une photographie picturale, narration structurĂ©e avec un sens aigu du vraisemblable. Mais surtout: un affrontement lĂ©gendaire entre deux gentlemans de l’horreur — Peter Cushing / Christopher Lee. En revoyant l’Ĺ“uvre, encore et encore, on mesure Ă quel point la fascination que suscitent ses images flamboyantes tient de la sidĂ©ration pure.
Ă€ travers une atmosphère gothique d’un Ă©rotisme brĂ»lant, les femmes soumises deviennent l’objet du dĂ©sir d’un prince des tĂ©nèbres en quĂŞte de revanche. Ici, Ă l’inverse du roman de Stoker ou des adaptations futures, Dracula n’est jamais Ă©pris — il violente, il contamine, il souille. Sa morsure est un acte de domination charnelle, sa mĂ©galomanie : propager le Mal. Deux sĂ©quences magistrales montrent des femmes, alanguies dans leur lit de soie, gagnĂ©es par un vertige sexuel irrĂ©sistible, prĂŞtes Ă accueillir leur bourreau. Cet Ă©rotisme rampant est exacerbĂ© par leur posture : craintive ou extatique, elles redoutent, autant qu’elles dĂ©sirent, l’irruption orgueilleuse du prince. Ce trouble de rĂ©pulsion/attraction, cette impuissance face Ă un dĂ©sir inextinguible, nous fascine — car il touche Ă l’obscène, Ă l’interdit, Ă l’Ă©ternel.

Mis en scène avec une virtuositĂ© fulgurante, alliance de gothisme funèbre et de sensualitĂ© torride, Le Cauchemar de Dracula illustre la vision d’un crĂ©ateur convaincu du pouvoir Ă©rotique de son mythe. Tandis que deux gentlemans, au charisme souverain, impriment leur duel dantesque dans la rĂ©tine du spectateur.

Mais au-delĂ de cette sensualitĂ© exaltĂ©e, le rĂ©cit suit aussi la quĂŞte salvatrice de Van Helsing, Ă©paulĂ© par Arthur Holmwood, frère de la première victime, dans une traque semĂ©e d’embĂ»ches. Une maĂ®tresse vampirisĂ©e rĂ´de la nuit, cherchant Ă attirer la petite Tania dans un sous-bois brumeux. Dracula, bien dĂ©cidĂ© Ă contaminer la compagne d’Arthur, multiplie les subterfuges pour Ă©liminer ses adversaires. Ce pouvoir d’envoĂ»tement inaltĂ©rĂ©, Le Cauchemar de Dracula le doit aussi Ă l’Ă©lĂ©gance virile de ses deux protagonistes.
Dans le rĂ´le du vampire, Christopher Lee livre une performance insidieuse, en aristocrate glacĂ© au regard noyĂ© de perversitĂ©, son corps hiĂ©ratique drapĂ© d’une cape immense. Face Ă lui, Peter Cushing incarne un Van Helsing loyal et pugnace, imposant par sa prestance et sa ferveur hĂ©roĂŻque Ă vouloir anĂ©antir un damnĂ©.
Mis en scène avec une virtuositĂ© fulgurante, alliance de gothisme funèbre et de sensualitĂ© torride, Le Cauchemar de Dracula illustre la vision d’un crĂ©ateur convaincu du pouvoir Ă©rotique de son mythe. Tandis que deux gentlemans, au charisme souverain, impriment leur duel dantesque dans la rĂ©tine du spectateur.
Quoi de plus belle dĂ©claration d’amour au mythe de Dracula que cette version luminescente, vouĂ©e Ă nous hypnotiser ad vitam aeternam ?
*Bruno
La critique de Dracula, Prince des Ténèbres: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/dracula-prince-des-tenebres-dracula.html
Dédicace à Eugène Rocton
24.05.12. 5èx



The Horror of Dracula s'offre comme le premier film d'horreur gothique (et baroque)** de la Guerre Froide (après une bonne dizaine d'annĂ©es de trouille nuclĂ©aro-envahissante, nourrie aux profanateurs de sĂ©pultures, aux damnĂ©s blondinets, aux mutations gĂ©nĂ©tiques et, pour faire court, aux zitis de toutes sortes) et, fidèle et frivole avec l'orthodoxie du mythe, le lustre d'un Ă©rotisme Ă©vident tout en en gommant le manichĂ©isme que le passĂ© avait, Ă tort, retenu du texte de Stoker: difficile de soutenir aveuglĂ©ment le « justicier » tristement intègre que s'avère ĂŞtre Van Helsing autant qu'il est dĂ©licat d'encourager trop bruyamment les frasques du Comte gominĂ©... l'ambiguĂŻtĂ© règne et les sens sont troublĂ©s au plus haut point: victimes craignant autant que s'offrant (morsures en alcĂ´ves) et confusion gĂ©nĂ©rale entre le bien (austère) et le mal (sexy) !
RépondreSupprimerOutre ce fond, inédit et rigoureusement excitant, la forme, so Hammer !, y est exposée on ne peut mieux, faisant tinter le La cristallin et putréfié à la fois d'un parfait diapason: foisonnants décors (velours rouge, boiseries encaustiquées), chaleur des lumières indoor (candélabres généreux),... une ligne artistique hautement identifiable du studio que reprendra scrupuleusement Polanski dans son Bal des Vampires (même si c'est plutôt, a priori, des Maîtresses de Dracula (Fisher, 60) et du Baiser du Vampire (Sharp, 63) que le réalisateur poignardé par la Suisse traîtresse semble s'être inspiré).
Pépite mordorée (dont la BO ne traverse hélas pas très bien le temps, elle: ses hautbois d'angoisse flirtent avec le cartoon scoobydesque), à l'influence durable (y compris sur la carrière de ses acteurs, vite enfermés dans ses charismatiques mais étroits emplois) et à l'autorité indiscutable chez nombre de cinéphiles de genre, The Horror of Dracula demeure un égal enchantement à chaque visionnage.