lundi 4 août 2014

LOCKE

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site drafthouse.com

de Steven Knight. 2014. U.S.A/Angleterre. 1h25. Avec Tom Hardy.

Récompense: Meilleur Scénario au British Independent Film Awards, 2013

Sortie salles France: 23 Juillet 2014. U.S: 25 Avril 2014. Angleterre: 18 Avril 2014

FILMOGRAPHIE: Steven Knight est un scénariste et réalisateur anglais né en 1959 à Marlborough.
1995-1997: The Detectives (5 épisodes). 2013: Crazy Joe. 2014: Locke.


Incarné par un seul acteur confiné dans le décor d'une voiture, Locke nous relate l'itinéraire routier d'un chef de chantier délibéré à dénigrer sa profession pour le compte d'une collègue sur le point d'accoucher. Epoux et père de deux enfants, Ivan mène une vie familiale des plus épanouie s'il ne leur avait pas caché sa liaison d'adultère fautée avec elle. Durant son trajet vers l'hôpital, il va tenter de résolver ses problèmes professionnels pour la construction d'un building, soutenir sa compagne sur le point d'accoucher de son enfant et s'efforcer de convaincre sa femme de lui pardonner cette infidélité.


Si Mario Bava avait dĂ©jĂ  exploitĂ© la situation dans Chiens EnragĂ©s, Steven Knight adopte ici le concept de manière plus audacieuse, sa camĂ©ra ne quittant jamais de vue notre unique protagoniste parquĂ© Ă  l'intĂ©rieur d'une voiture jusqu'au point de destination. Suivant son trajet nocturne de manière inlassable sur le bitume des autoroutes, nous nous immergeons dans l'introspection tourmentĂ©e d'Ivan Locke harcelĂ© de coups de tĂ©lĂ©phone afin de prĂŞter main forte Ă  quelques ouvriers et sa collègue enceinte. C'est autour de ces conflits qu'il s'efforce d'avouer Ă  sa femme son adultère et la naissance d'un bambin tout en essayant de la convaincre que cette relation Ă©tait sans fondement. A travers les caractĂ©ristiques de cet entrepreneur digne de confiance et de père aimant (suffit d'entendre la fougue de ses enfants lorsqu'ils s'empressent de lui dĂ©voiler le rĂ©sultat d'un match de foot !), le rĂ©alisateur nous brosse la responsabilitĂ© d'un homme intègre, loyal et plein de reconnaissance mais compromis Ă  une faiblesse humaine Ă  un moment alĂ©atoire de sa vie. Celle d'avoir cĂ©dĂ© Ă  la tentation avec une collègue en dĂ©tresse sans jamais avoir pu rĂ©ellement comprendre les tenants et aboutissants d'un comportement aussi contradictoire. Au fil des appels tĂ©lĂ©phoniques reçus, nous allons Ă©galement entendre ses monologues intimes nous dĂ©voilant sa haine envers un père inexistant et donc comprendre Ă  quel point sa dĂ©cision de privilĂ©gier l'assistance paternelle Ă©tait primordiale pour honorer l'avènement d'un enfant. Celui d'assumer la responsabilitĂ©, ĂŞtre inĂ©vitablement prĂ©sent dès le premier jour de sa naissance et le prĂ©server de l'amour qu'il lui portera plus tard !


A travers le profil de cet homme rempli d'humilitĂ© mais desservi par l'erreur et hantĂ© par le regret, Locke dĂ©voile la fragilitĂ© de la nature humaine capable de trahison mais pourtant rĂ©signĂ© Ă  regagner la confiance de l'autre si le pardon Ă©tait tolĂ©rĂ©. Tout en pudeur, ce road movie contemplatif nous immerge dans sa solitude et son courage (le jeu flegmatique de Tom Hardy y doit beaucoup !) avec une Ă©motion parfois poignante, Ă  l'instar d'un Ă©pilogue bouleversant uniquement bâti sur l'acuitĂ© de suggestion. En terme de production indĂ©pendante, un road-movie touchant, efficace et plein de sincĂ©ritĂ© malgrĂ© son concept casse-gueule de huis-clos Ă©triquĂ© risquant de perdre certains spectateurs en route. 

Bruno Matéï


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