mardi 26 août 2014

Simetierre / Pet Sematary. Prix du Public, Avoriaz 1990.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site team-hush.org

de Mary Lambert. 1989. U.S.A. 1h43. Avec Dale Midkiff, Denise Crosby, Fred Gwynne, Miko Hughes, Brad Greenquist, Blaze Berdahl.

Sortie salles France: 17 Janvier 1990. U.S: 21 Avril 1989

FILMOGRAPHIE: Mary Lambert est une réalisatrice américaine, née le 13 Octobre 1951 à Helena, Arkansas (Etats-Unis). 1977: Rapid Eye Movements. 1987: Siesta. 1989: Bobby Brown his Prerogative (dtv). 1989: Simetierre. 1991: Grand Isle. 1992: Simetiere 2. 1994: Dragstrip Girl (télé-film). 1996: Le Visage du Mal (télé-film). 1997: Le Prix du Désir (télé-film). 1999: Clubland. 2000: In Between. 2000: Cercle Fermé. 2001: Strange Frequency (télé-film). 2001: Les Sorcières de Halloween 2 (télé-film). 2005: Urban Legend 3: Bloody Mary. 2008: The Attic. 2011: Mega Python vs. Gatoroid.

Poème mortifère sur l’injustice et la peur de mourir, Simetierre aborde l’horreur avec une rare intelligence, en scrutant la lente descente aux enfers d’une famille incapable d’accepter l’idĂ©e du trĂ©pas. AdaptĂ© d’un cĂ©lèbre roman de Stephen King, le film tire parti d’un postulat audacieux pour renouveler le mythe du zombie et nourrir une rĂ©flexion sur la souffrance - physique autant que morale.

Louis Creed, sa femme Rachel et leurs deux enfants emmĂ©nagent dans une maison bucolique, bordĂ©e par une route meurtrière, traversĂ©e sans relâche par des camions lancĂ©s Ă  toute allure. Accueilli chaleureusement par leur voisin, celui-ci propose un jour Ă  Louis de visiter un mystĂ©rieux cimetière pour animaux. Mais, Ă  quelques mètres de lĂ , un autre territoire sacrĂ© - d’origine indienne - possède un pouvoir interdit : ressusciter les morts.

Il faudra la mort accidentelle du chat familial pour que Louis, aveuglĂ© par le chagrin, ose braver les lois naturelles… et tenter l’expĂ©rience de la rĂ©surrection. Simetierre baigne alors dans un climat funèbre, glacial, lancinant. Il aborde la mort sans inhibition, comme une malĂ©diction cruelle qui s’abattra, inĂ©luctable, sur les Creed. ConfrontĂ©s Ă  une sĂ©rie de deuils, les membres de la famille rĂ©vèlent leur nature : Ă©goĂŻstes, effrayĂ©s, capricieux — incapables de supporter le poids de leur propre douleur.

Ellie, leur fille, est la première Ă  ployer sous l’angoisse. Possessive, elle dĂ©veloppe une obsession morbide pour son chat, terrifiĂ©e Ă  l’idĂ©e qu’on le lui arrache. Louis, Ă©minent mĂ©decin, est dĂ©jĂ  fragilisĂ© par la mort rĂ©cente d’un patient - revenu d’entre les morts sous forme spectrale pour l’avertir de ne pas franchir les limites du cimetière indien. Quant Ă  Rachel, elle reste hantĂ©e par un Ă©pisode traumatique de son enfance : la lente agonie de sa sĹ“ur Zelda, atteinte d’une maladie dĂ©gĂ©nĂ©rative. RongĂ©e par la culpabilitĂ©, elle avait fini par souhaiter sa mort pour mettre un terme Ă  l’horreur.

Ă€ travers ce postulat fantastique - fascinant car il questionne la vie au-delĂ  de la mort - Simetierre confronte une famille brisĂ©e Ă  l’ultime tentation : celle de nier la fin, de violer l’ordre des choses, de pactiser avec l’indicible.

 
Vivre pour mourir
Regorgeant de sĂ©quences d’une intensitĂ© Ă©motionnelle saisissante (la dĂ©chĂ©ance corporelle de Zelda, la tragĂ©die de Gage et ses funĂ©railles houleuses, sa vengeance implacable), Simetierre transpose le drame psychologique dans une horreur viscĂ©rale, jamais racoleuse. Il y Ă©mane une descente aux enfers implacable, nourrie d’une cruautĂ© nĂ©cessaire et d’une ironie macabre : celle de la mort d’un enfant, devenu Ă  son tour bourreau, incarnation troublante du deuil impossible.

La mort, omniprĂ©sente, n’est ici qu’un rappel : spirituel, fatal, libĂ©rateur. Une catharsis… ou une malĂ©diction. Pour abrĂ©ger la souffrance. Pour plonger plus profond.

— Bruno
4eX

Récompense: Prix du Public au Festival d'Avoriaz, 1990


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