mercredi 2 mars 2016

LA TRAQUE

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lci.tf1.fr

de Serge Leroy. 1975. France. 1h35. Avec Mimsy Farmer, Jean-Pierre Marielle, Jean-Luc Bideau,
Michael Lonsdale, Michel Constantin, Philippe Léotard, Paul Crauchet, Michel Robin.

Sortie salles Allemagne: 7 Novembre 1975

FILMOGRAPHIE: Serge Leroy est un réalisateur français, né le 14 Mai 1937 à Paris, décédé le 27 Mai 1993.
1973: Le Mataf. 1975: La Traque. 1977: Les Passagers. 1978: Attention, les enfants regardent. 1981: Pause-cafĂ©. 1982: LĂ©gitime Violence. 1983: L'Indic. 1985: Double Face (tĂ©lĂ©film). 1985: Le Quatrième Pouvoir. 1988: Contrainte par corps. 1989: Pause-cafĂ©, pause tendresse. 1989: Une saison de feuilles (tĂ©lĂ©-film). 1991: Les Cahiers Bleus (tĂ©lĂ©-film). 1992: Maigret chez les Flamands (tĂ©lĂ©-film). 1992: Maigret et le corps sans tĂŞte (tĂ©lĂ©-film). 1993: Taxi de Nui. 


Survival brut de dĂ©coffrage pour un genre peu prisĂ© dans le paysage du cinĂ©ma français, la Traque porte la signature du franc-tireur Serge Leroy. Un cinĂ©aste audacieux ayant surtout oeuvrĂ© dans les annĂ©es 70 et 80, comme le souligne l'excellent Attention les Enfants regardent (farce caustique sur l'influence que peut exercer la violence tĂ©lĂ©visuelle chez nos tĂŞtes blondes). Peu diffusĂ© Ă  la TV et inĂ©dit en Dvd dans l'hexagone, La Traque constitue un modèle de mise en scène plus de 40 ans après sa sortie confidentielle. Dans le sens oĂą la rĂ©alisation consciencieuse privilĂ©gie l'aspect inhabituellement documentĂ© d'un thriller âpre profondĂ©ment malsain oĂą la dynamique de groupe s'accorde une complicitĂ© commune d'une rare vilenie. La violence des actes Ă©manant autant d'une brutalitĂ© physique (le viol, les blessures corporelles Ă  l'arme Ă  feu) que d'une psychologie perfide (les bourreaux multipliant points de vue et comportements contradictoires avant une connivence dĂ©loyale). A travers le pĂ©riple cauchemardesque d'une jeune anglaise pourchassĂ©e par des chasseurs en pleine forĂŞt après avoir Ă©tĂ© violĂ©e, Serge Leroy cultive un rĂ©alisme poisseux afin de dĂ©ranger le spectateur tĂ©moin malgrĂ© lui d'une battue d'un nouveau genre, la chasse au gibier humain. 


Dans la lignĂ©e du Comte Zaroff pour sa rĂ©flexion sur la bassesse et l'instinct pervers du chasseur avide de pourchasser sa proie (humaine) jusqu'Ă  ce que mort s'ensuive, la Traque dresse le portrait pathĂ©tique d'une communautĂ© de bourgeois machistes compromis par leur confort, leurs pulsions lubriques et punitives ainsi que leur lâchetĂ©. Bien que le film affiche une distribution de premier choix (on y croise Jean-Pierre Marielle, Jean-Luc Bideau, Michael Lonsdale, Michel Constantin, Philippe LĂ©otard, Paul Crauchet et Michel Robin), on en arrive Ă  oublier ses tĂŞtes familières tant chacun des comĂ©diens exprime un naturel sobre dans leur fonction couarde, pleutre, mesquine et sournoise. Quant Ă  la jeune actrice amĂ©ricaine Mimsy Farmer, cette dernière insuffle une acuitĂ© fragile dans sa carrure filiforme de proie incessamment molestĂ©e par des justiciers sans vergogne. Spoil ! Ces derniers s'efforçant de la traquer sans relâche pour lui autoriser une transaction depuis sa complicitĂ© de s'ĂŞtre vengĂ©e auprès d'un des tortionnaires. HabitĂ©s prochainement par une justice expĂ©ditive, leurs comportements impulsifs finissent Ă  leur tour par les inciter Ă  la vendetta Fin du spoil. Par son regard tendre et candide habitĂ© par le dĂ©sespoir et l'angoisse de trĂ©passer, Mimsy Farmer provoque un malaise toujours plus tangible face Ă  sa condition torturĂ©e. Ce qui nous converge vers une glaçante conclusion d'une violence psychologique difficilement soutenable ! 


Apre, tendu, malsain, dĂ©rangeant, poisseux, dĂ©sespĂ©rĂ©, La Traque est l'une des rares incursions françaises Ă  s'ĂŞtre essayĂ© au survival rural avec brio et rĂ©alisme sans fard. Car plus de 40 ans après sa sortie, cette descente en enfer champĂŞtre continue d'exercer un pouvoir vĂ©nĂ©neux dans sa dĂ©chĂ©ance immorale. Tant par la situation insurgĂ©e de la victime violĂ©e que de la peinture sordide allouĂ©e Ă  une bourgeoisie invulnĂ©rable (Ă  l'instar de leur culpabilitĂ© victorieuse). 

La chronique d'Attention, les Enfants regardent: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/09/attention-les-enfants-regardent.html

2 commentaires:

  1. Parfait, merci de cette critique très juste comme d'habitude , et éspérons une sortie HDTV au minimu un jour ou l'autre.

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  2. Merci Ă  toi Lirandel, bien le bonjour depuis le temps ! ^^

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