jeudi 25 mai 2017

WILLARD

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant tvclassik.com

de Glen Morgan. 2001. U.S.A. 1h40. Avec Crispin Glover, Laura Harring, Jackie Burroughs, R. Lee Ermey, William S. Taylor, Kim McKamy.

Sortie salles France: 17 Septembre 2003. U.S: 15 Mars 2003

FILMOGRAPHIE: Glen Morgan est un scénariste, producteur et réalisateur américain né à Syracuse (New York) en 1962. 2003 : Willard. 2006 : Black Christmas. 2016 : X-Files (saison 10 épisode 4).


Remake d'une sympathique mais obsolète sĂ©rie B rĂ©alisĂ©e en 1971 par Daniel Mann, Willard demeure une fructueuse dĂ©clinaison sous la houlette de Glen Morgan. Si bien que ce dernier parfaitement inspirĂ© par le roman de Stephane Gilbert (Ratman's Notebooks) transcende de loin son modèle grâce Ă  la maĂ®trise de sa rĂ©alisation aussi bien inventive que stylisĂ©e (photo sĂ©pia Ă  l'appui afin renforcer la scĂ©nographie gothique de la demeure vĂ©tuste), Ă  l'efficacitĂ© des sĂ©quences-chocs d'une intensitĂ© dramatique (Ă  l'instar de cette sĂ©quence anthologique d'une cruautĂ© mĂ©lancolique quant au guet-apens meurtrier improvisĂ© auprès d'un chat dĂ©sorientĂ© !) et au jeu hallucinĂ© de Crispin Glover en employĂ© nĂ©vrosĂ© d'une haine refoulĂ©e. Les petits yeux Ă©raillĂ©s dans son costard de croque-mort, ce dernier insuffle une prĂ©sence iconique dans sa posture sĂ©pulcrale oĂą se contredisent les sentiments d'impuissance, de dĂ©sarroi et de rĂ©bellion en ascension. En patron vĂ©reux dĂ©nuĂ© d'une once de charitĂ©, R. Lee Ermey lui partage la vedette avec l'aplomb qu'on lui connait dans une exĂ©crable posture d'orgueil mĂ©prisant.


En dĂ©pit de la sympathique assistance de Laura Harring en secrĂ©taire prĂ©venante, je prĂ©fère vanter la silhouette aussi bien longiligne que nĂ©crosĂ©e de Jackie Burroughs (inoubliable mĂ©gère dans Simetière !) endossant la maman possessive de Willard avec un charisme famĂ©lique proprement terrifiant. Outre l'attrait ludique d'un schĂ©ma narratif semblable Ă  son modèle (Ă  peu de choses près), Willard s'avère autrement plus convaincant lorsque le rĂ©alisateur s'efforce sans peine Ă  nous faire croire au domptage amical de l'anti-hĂ©ros avec sa meute de rats. DĂ©cuplĂ©s en masse, ces derniers s'avĂ©rant franchement impressionnants lorsqu'ils accourent dans une hiĂ©rarchie militaire pour dĂ©chiqueter portes, fenĂŞtres et pneus de voiture avant de passer Ă  l'acte criminel sous l'allĂ©geance de leur mentor. Autour de la relation amiteuse entamĂ©e entre Willard et son chouchou, Socrate, le redoutable Ben tente de lui voler sa place avec une jalousie pernicieuse. Glen Morgan recourant notamment Ă  des sĂ©quences haletantes beaucoup plus spectaculaires et horrifiques que son modèle (ce qui lui manquait cruellement !), et ce sans cĂ©der Ă  une quelconque gratuitĂ©. Les sĂ©quences horrifiques s'enchaĂ®nant au rythme de la progression criminelle de Willard et avant que les rats ne lui tiennent tĂŞte sous l'impĂ©riositĂ© de Ben.


Sardonique et cruel (son Ă©pilogue rĂ©fĂ©rentiel Ă  Psycho, les châtiments invoquĂ©s au chat, Ă  Socrate et Ă  l'entrepreneur !) et surtout plus crĂ©dible, horrifique et intense que son modèle, Willard constitue l'idĂ©al prototype du remake salutaire. 

Eric Binford
3èx
                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site todoelterrordelmundo.blogspot.com

de Daniel Mann. 1971. U.S.A. 1H35. Avec Bruce Davison, Elsa Lanchester, Ernest Borgnine, Sondra Locke, Michael Dante

Date de sortie : 18 juin 1971

FILMOGRAPHIEDaniel Mann est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 8 aoĂ»t 1912 Ă  Brooklyn, New York (États-Unis) et dĂ©cĂ©dĂ© le 21 novembre 1991 Ă  Los Angeles des suites d'une insuffisance cardiaque. 1952 : Reviens petite Sheba , 1954 : About Mrs. Leslie, 1955 : La Rose tatouĂ©e, 1955 : Une femme en enfer, 1956 : La Petite maison de thĂ©, 1958 : Vague de chaleur, 1959 : The Last Angry Man, 1960 : The Mountain Road, 1960 : La VĂ©nus au vison, 1961 : Le troisième homme Ă©tait une femme, 1962 : Five Finger Exercise, 1962 : L'Inconnu du gang des jeux, 1963 : Who's Been Sleeping in My Bed?, 1966 : Our Man Flint, 1966 : Judith, 1968 : For Love of Ivy, 1969 : A Dream of Kings, 1971 : Willard, 1972 : La Poursuite sauvage, 1973 : Interval, 1973 : Maurie, 1974 : Lost in the Stars, 1975 : Le Voyage de la peur, 1978 : Matilda


A l'origine du projet, il y a un roman, Ratman's Notebooks de Stephen Gilbert, paru en 1968 aux Etats Unis. Trois ans plus tard, le rĂ©alisateur Daniel Mann le transpose Ă  l'Ă©cran en prenant pour vedette le dĂ©butant Bruce Davison (une sobre prestation perfectible mais nĂ©anmoins convaincante !) ainsi que d'Ă©minents seconds-rĂ´les parmi lesquels Elsa Lanchester (La FiancĂ©e de Frankenstein), Sondra Locke et Ernest Borgnine. A sa sortie en salles, le film rĂ©colte un joli succès si bien qu'une suite beaucoup moins sombre (car plus familiale) intitulĂ©e Ben sera rapidement mise en chantier sous la houlette du cinĂ©aste Phil KarlsonTimorĂ© et introverti, Willard est un jeune employĂ© d'une entreprise ayant des rapports houleux avec son patron tyrannique. Après le travail, il s'isole en compagnie de sa mère alitĂ©e dans leur grande bâtisse gothique quand bien mĂŞme quelques acolytes de celle-ci viennent parfois leur rendre visite. Un jour, Willard se distrait de l'intrusion d'un rongeur dans son jardin. Le dĂ©but d'une Ă©trange et tragique histoire d'amitiĂ© va se nouer entre eux. Pour ceux ayant vĂ©cu leur adolescence Ă  l'Ă©poque charnière des annĂ©es 80 n'ont jamais pu oublier sa première diffusion TV du lundi soir dans le cadre de l'Ă©mission l'Avenir du futur. Alors que le lendemain, durant la cour de rĂ©crĂ©, on s'empressait de relater avec fascination passionnelle le fameux film d'Ă©pouvante diffusĂ© Ă  une heure de grande Ă©coute !


46 ans plus tard, que reste-t'il de ce petit classique des annĂ©es 70 après qu'un excellent remake fut mis en chantier en 2003 par Glenn Morgan ? On ne peut pas dire que la rĂ©alisation acadĂ©mique et le montage elliptique soient au beau fixe, et ce mĂŞme si un charme dĂ©suet s'y fait ressentir Ă  travers cette attachante histoire d'amitiĂ© entre un homme et deux rats que Daniel Mann nous content avec une sensible attention. En prime, sa partition musicale archaĂŻque, en quasi dĂ©calage avec l'Ă©poque dans lequel il fut conçu prĂŞterait mĂŞme Ă  confusion si bien qu'on croirait que le film pourrait dater des annĂ©es 50 ! Outre ses couacs et son aspect vĂ©tuste Ă©manant d'une rĂ©alisation beaucoup trop canonique, Willard parvient encore Ă  nous sĂ©duire et nous toucher grâce Ă  son rĂ©cit Ă  la fois dĂ©bridĂ© et dramatique Ă©voquant les rapports troubles entre Willard et son escorte de rats. Quand bien mĂŞme Daniel Mann fustige au passage l'exploitation ouvrière auprès de la dictature d'un patron vĂ©nal (formidable Ernest Borgnine dans ses outrances gouailleuses !), ce dernier Ă©tant prioritairement responsable de la dĂ©liquescence morale de son employĂ© prochainement vouĂ© Ă  une rancoeur vindicative. Willard s'impose alors en conte horrifique Ă  travers ce portrait fragile d'un cĂ©libataire endurci constamment raillĂ© et discrĂ©ditĂ© par son entourage amical (si on excepte sa vaine liaison avec une secrĂ©taire), professionnel, voir mĂŞme familial (sa mère possessive le considère comme un ratĂ© en dehors de son bon caractère), si bien que sa nouvelle relation entamĂ©e avec les rats va enfin lui permettre de se forger une autoritĂ© et s'affirmer auprès des autres lors d'un règlement de compte meurtrier. Un acte de rancoeur finalement aussi couard qu'ingrat, tant auprès de la victime assassinĂ©e que des rongeurs exploitĂ©s Ă  des fins criminelles puis finalement sacrifiĂ©s au profit de la nouvelle indĂ©pendance de leur mentor.


La nuit du Rat
En dĂ©pit de ces scories susmentionnĂ©s, Willard reste un divertissement aussi bien attachant que bonnard dans son lot de sĂ©quences intimistes et incidents progressivement horrifiques, certes dĂ©suets, mais nĂ©anmoins crĂ©dibles quant aux rapports de domination/soumission (et vice versa) imputĂ©s entre Willard et Ben. RĂ©flexion sur leurs rapports de force oĂą possessivitĂ©, jalousie et dĂ©sir de surpasser son alliĂ© empruntent le cheminement de la sĂ©dition, Willard ne manque pas de provoquer l'empathie Ă  travers le portrait sensible d'un marginal livrĂ© au dĂ©sespoir de la solitude.   

Note: Il s'agit d'un des premiers rĂ´les de Bruce Davison au cinĂ©ma. Dans le remake, il incarne le père de Willard.

Eric Binford16.05.17
27.01.11. 92

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