jeudi 29 juin 2017

OKJA

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de  Bong Joon-ho. 2017. CorĂ©e du Sud/U.S.A. 2h01. Avec Ahn Seo-hyeon, Tilda Swinton, Paul Dano, Jake Gyllenhaal, Byeon Hee-bong, Steven Yeun, Lily Collins

DiffusĂ© sur Netflix en CorĂ©e du Sud, États-Unis et France : 28 juin 2017 

FILMOGRAPHIE: Bong Joon-ho est un réalisateur et scénariste sud-coréen, né le 14 septembre 1969 à Séoul. 2000 : Barking Dog. 2003 : Memories of Murder. 2006 : The Host. 2009 : Mother. 2013 : Snowpiercer, le Transperceneige. 2017 : Okja.


Bouleversant témoignage contre l'exploitation et la barbarie animale sans misérabilisme et encore moins de complaisance (en dépit de certaines séquences difficiles, notamment son éprouvante dernière partie qui arrachera des larmes aux plus sensibles !), Okja a de quoi remuer les consciences auprès des carnivores, complices malgré eux d'une inépuisable souffrance animale instaurée au sein d'abattoirs insalubres souillés par les larmes et le sang des victimes innocentes qui ne demandaient qu'à vivre dans la quiétude. Poème familial pétri de tendresse et d'humanité lorsqu'une jeune coréenne s'éprend d'amour auprès de son animal de compagnie, en l'occurrence un cochon génétiquement modifié, Okja nous relate un périple haletant pour la survie lorsque ce dernier embrigadé de force chez une multinationale est prochainement contraint de finir dans les assiettes du consommateur dupé par une propagande fallacieuse.


Car dĂ©nonçant la cupiditĂ© et la corruption des lobbys et de l'agroalimentaire impliquĂ©s dans la pratique des OGM, Bong Joon-ho traduit son histoire avec pudeur (notamment sa première partie affichant avec poĂ©sie un panorama naturel idyllique) et pincĂ©e d'humour (l'incroyable course-poursuite perpĂ©trĂ©e Ă  travers ces centres commerciaux puis culminant sur l'autoroute !). Car dosant habilement, et avec brio technique bluffant de rĂ©alisme (notamment le design dĂ©taillĂ©e de la crĂ©ature plus vraie que nature !) action inventive inscrite dans la fantaisie (les bravoures Ă©tant transfigurĂ©es avec l'hallucinante fluiditĂ© d'une camĂ©ra formaliste !) puis enchaĂ®nant doucement avec le drame et l'horreur, le rĂ©alisateur tĂ©lescope les genres parmi l'efficacitĂ© d'un cheminement narratif Ă  l'issue indĂ©cise. Certes un chouilla prĂ©visible avouons-le mais pour autant truffĂ© d'inventions (visuelles) et d'adrĂ©naline lorsque des militants de la cause animale s'efforcent de prĂŞter main forte Ă  notre hĂ©roĂŻne exploitĂ©e Ă  des fins mercantiles face Ă  une population ricaine lobotomisĂ©e par la pub. D'une riche intensitĂ© quant Ă  sa douloureuse progression dramatique et le jeu profondĂ©ment humble des protagonistes en quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de bravoures, Okja dĂ©ploie une palette d'Ă©motions lyriques derrière son manifeste pour le droit de vie animale lorsque ceux-ci sont envoyĂ©s dans des camps d'extermination après y avoir Ă©tĂ© maltraitĂ©s en labo expĂ©rimental.


Un cri d'alarme contre la corruption agroalimentaire et la barbarie des abattoirs
Evitant manichĂ©isme et pathos grâce Ă  sa modestie d'illustrer sans fioriture ni effet de manche (en dehors des discours volontairement empathiques de la multinationale mĂ©galo) sa fragile histoire d'amour entre une fillette et un cochon, Okja laisse surtout en mĂ©moire l'effroyable constat d'un intolĂ©rable gĂ©nocide animalier afin d'Ă©veiller notre part de responsabilitĂ© hantĂ©e par le remord. Au rythme d'une partition aussi discrète que gracile y Ă©mane un conte dĂ©senchantĂ© aussi bien dur que dĂ©rangeant mais profondĂ©ment tendre et humaniste dans son message (dĂ©sespĂ©rĂ©) de tolĂ©rance envers la candeur animale.   

Bruno Dussart.

Ci-joint la critique de Gilles Rolland : http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-okja/

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