mercredi 14 juin 2017

TOUT, TOUT DE SUITE

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Richard Berry. 2017. France/Belgique/Luxembourg. 1h54. Avec Richard Berry, Steve Achiepo, Marc Ruchmann, Idit Cebula, Matila Malliarakis, Romane Rauss.

Sortie salles France, Belgique, Luxembourg: 11 Mai 2016

FILMOGRAPHIE: Richard Élie Benguigui1, dit Richard Berry, est un acteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste de cinĂ©ma français, nĂ© le 31 juillet 1950 Ă  Paris. 2000 : L'Art (dĂ©licat) de la sĂ©duction
2003 : Moi CĂ©sar, 10 ans ½, 1m39. 2005 : La BoĂ®te noire. 2010 : L'Immortel. 2015 : Nos femmes. 2016 : Tout, tout de suite.


Retraçant l'interminable sĂ©questration d'Ilan Halimi, un juif humiliĂ© et torturĂ© Ă  mort par Youssouf Fofana et sa bande surnommĂ©s le "Gang des barbares", Tout, tout de suite nous immerge de plein fouet dans une descente aux enfers jusqu'au-boutiste que l'acteur Richard Berry retranscrit avec souci documentĂ©. Ce dernier relatant les faits aussi bien du point de vue de la victime et des tortionnaires que de la police et de la famille s'efforçant mutuellement de retarder la demande de rançon (faute d'une somme astronomique et du refus des forces de l'ordre Ă  cĂ©der au chantage) en alternant en parallèle les interrogatoires de chaque coupable après le drame. VĂ©ritable Ă©lectro-choc Ă©motionnel Ă©ludĂ© de toute complaisance (Berry suggĂ©rant les sĂ©quences de tortures en privilĂ©giant les hurlements de la victime rĂ©duite Ă  l'Ă©tat animal au sein de taudis insalubres), Tout, tout de suite est une Ă©preuve cinĂ©matographique insupportable si bien qu'Ă  mon sens peu de cinĂ©astes dans l'hexagone (Gaspard NoĂ© et Pascal Laugier faisant l'exception) ont su parvenir Ă  distiller un malaise aussi viscĂ©ral sans lâcher prise la gorge du spectateur aussi gĂŞnĂ© que lourdement Ă©prouvĂ© par cette Ă©preuve inhumaine.


Et ce en dépit de quelques seconds-rôles imputés au corps policier dictant leur réplique dans une élocution un peu trop théâtrale il me semble. Pour autant, la manière scrupuleuse dont Berry retranscrit le calvaire de Ilan Halimi tombé dans les mailles du traquenard parmi la complicité d'une vingtaine de banlieusards est rehaussé du jeu naturel de jeunes acteurs inconnus parvenant sans outrance à se fondre dans la peau de marginaux dénués de raisonnement, d'éthique et d'empathie (à l'exception d'un geôlier) quant à la condition recluse de leur victime quotidiennement molestée afin de monnayer ses parents d'un magot. D'une intensité dramatique permanente, tant auprès de la victime affligée de douleur et désespoir durant un laps de temps disproportionné (quasi 1 mois de détention dans des conditions sordides d'hygiène et de malnutrition !) que des parents totalement impuissants face à une situation d'extrême urgence, Tout, tout de suite interpelle et scandalise quant aux postures sournoises d'une racaille adepte de l'argent facile afin de survivre dans leur ghetto.


Cri d'alarme contre une violence urbaine en chute libre oĂą la nationalitĂ© juive en paye ici le lourd tribus, Tout, tout de suite manifeste un bouleversant tĂ©moignage (jusqu'au larmes de dĂ©livrance du fait de la trop forte pression psychologique exercĂ©e par ce chemin de croix !) Ă  sa victime sacrifiĂ©e au nom d'une haine antisĂ©mite. Richard Berry brossant notamment sans concession le portrait pathĂ©tique d'une machine Ă  tuer au pouvoir d'influence dĂ©lĂ©tère si bien que les laissĂ©s pour compte les plus permĂ©ables oseront se compromettre aux stratĂ©gies financières de nombreux rapts (ils n'en n'Ă©taient pas Ă  leur premier coup d'essai). Hypnotique, profondĂ©ment malsain, glaçant et traumatisant par sa cruautĂ© aussi bien morale que physique (pourtant non graphique !), la dĂ©prime est de mise dans ce triste constat sociĂ©tal imputĂ© Ă  une jeunesse impudente Ă  la fois fantasque et capricieuse (notamment ces deux gamines dĂ©cervelĂ©es considĂ©rĂ©es comme des tapins par leur propre leader)
Pour public averti

Bruno Matéï
Remerciement Ă  Christophe Cosyns

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire