vendredi 9 mars 2018

MR73

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinema.jeuxactu.com

de Olivier Marchal. 2008. France. 2h05. Avec Daniel Auteuil, Olivia Bonamy, Catherine Marchal, Francis Renaud, Gérald Laroche, Guy Lecluyse, Philippe Nahon, Clément Michu, Moussa Maaskri.

Sortie salles France: 12 Mars 2008 (Int - 12 ans).

FILMOGRAPHIE: Olivier Marchal est un acteur et réalisateur français, né le 14 novembre 1958 à Talence. 2002 : Gangsters. 2004 : 36 quai des Orfèvres. 2008 : MR 73. 2011 : Les Lyonnais. 2017 : Carbone.


                                           "Dieu est un fils de pute et un jour je le tuerai."

Quatre ans après la rĂ©vĂ©lation 36 Quai des Orfèvres, Olivier Marchal met les bouchĂ©es doubles avec le tĂ©tanisant et bouleversant MR73. Un uppercut Ă©motionnel implacable sous le schĂ©ma d'une trajectoire mortuaire en roue libre. Chemin de croix vertigineux d'un flic avinĂ© condamnĂ© Ă  l'infortune puis Ă  la damnation, MR73 laisse en Ă©tat de collapse sitĂ´t le rideau (de larmes) tombĂ©. D'une noirceur et cruautĂ© inouĂŻes, Olivier Marchal accomplit avec ce polar aussi bien poisseux que sinistrosĂ© la pièce maĂ®tresse de sa florissante carrière, Ă  l'instar de ses aĂ®nĂ©s les plus notables (Corneau, Chabrol, Tavernier et consorts). De par la densitĂ© de son scĂ©nario binaire impeccablement charpentĂ© (course contre la montre Ă  dĂ©jouer 2 serial-killers en mĂŞme temps de nous livrer une Ă©tude de caractères dĂ©sabusĂ©s), de l'attention de sa mise en scène posĂ©e et d'un jeu d'acteurs putassiers (Philippe Nahon, proprement terrifiant de cynisme en monstre irrĂ©cupĂ©rable !) ou virils que Daniel Auteuil domine avec une vĂ©ritĂ© viscĂ©rale mise Ă  nu face Ă©cran.


StriĂ© par la tristesse du deuil et l'Ă©puisement de l'existence, enlaidi, vieilli et lambinĂ© par l'alcool, Auteuil balade sa dĂ©gaine tel un fantĂ´me errant lors d'une quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de rĂ©demption et d'exutoire au sein d'un monde anxiogène gangrenĂ© par l'injustice, la corruption (ici policière) et le Mal Ă  visage humain. D'une intensitĂ© dramatique suffocante au travers de visions morbides (la rĂ©sultante des crimes les plus sordides nous rappelle Seven ou Le Silence des Agneaux), de pĂ©ripĂ©ties et règlements de compte abrupts, MR73 provoque un dĂ©sarroi moral difficilement gĂ©rable face Ă  l'introspection d'un homme accablĂ© par le deuil et seul contre tous Ă  tenter de dĂ©voiler la merde auprès de sa hiĂ©rarchie. Sous couvert du poids inextinguible de la culpabilitĂ©, du remord et de l'amertume que notre anti-hĂ©ros traverse sans illusion, Marchal en profite pour nous envoyer en pleine face son cri d'indignation face Ă  une sociĂ©tĂ© laxiste oĂą les plus nantis parviennent toujours Ă  taire leurs agissements les plus prĂ©judiciables. Notamment faute d'un instinct pervers indĂ©crottable chez les sujets les plus dĂ©rangĂ©s. Abordant enfin le thème de la vengeance en dernière ligne droite, MR73 fait ensuite appel au suicide le plus immoral par le truchement d'un ange exterminateur fourbu par le prĂ©judice et la partialitĂ©.


Le "Martyrs" du polar français. 
TragĂ©die sĂ©pulcrale d'une noirceur et d'un pessimisme constants de par son regard plein d'acrimonie sur une sociĂ©tĂ© aussi fourbe que nĂ©crosĂ©e, MR73 triture nos Ă©motions avec une acuitĂ© dramatique cafardeuse. HantĂ© par la prĂ©sence tricĂ©phale d'Auteuil en coupable / victime / bourreau, ce polar viciĂ© habitĂ© par sa dĂ©chĂ©ance morale est notamment l'occasion pour Marchal de nous livrer une bouleversante oraison auprès des martyrs innocents, puis de nous achever avec la genèse d'un nourrisson clamant sa souffrance dès 1er souffle. Du grand cinĂ©ma Ă  la fois dur et crĂ©pusculaire, sensible et Ă©lĂ©giaque, aussi nihiliste soit son propos rageur (pas de rĂ©demption possible pour les monstres et les vindicateurs), Ă  ne pas mettre pour autant entre toutes les mains. 

Dédicace à Mathias Chaput

* Bruno

La chronique de Mathias Chaput:
Il est des Ĺ“uvres qui rĂ©concilient avec le cinĂ©ma…
« MR 73 » fait partie de ces rares films français qui vous assène un coup de poing en plein visage, un uppercut en plein cĹ“ur, Olivier Marchal a rĂ©ussi Ă  nous projeter dans un univers foisonnant et crĂ©pusculaire oĂą gravitent des personnages dĂ©sespĂ©rĂ©s et habitĂ©s par le malheur, mais il transgresse ces situations et ces sentiments par une intrigue policière tout Ă  fait pĂ©nĂ©trante et d’une noirceur totale…
Marchal flirte avec les cimes du polar de haut niveau et atteint la perfection dans de nombreuses sĂ©quences dont la plus marquante, la finale, il Ă©clabousse les normes, s’approprie son style de façon abrupte par des symbolisations, des mĂ©taphores uniques qui vont extrĂŞmement loin dans l’hyper sensibilitĂ© (la religion est Ă©claboussĂ©e par le sang, la mort passe par la vie, par la naissance… on suppose mĂŞme une rĂ©incarnation, c’est dire si le transfert et le parallèle sont osĂ©s !)…
Au niveau de la direction d’acteurs, Daniel Auteuil prouve une nouvelle fois son authenticitĂ©, Philippe Nahon fait encore plus peur que dans « Seul contre tous » et Olivia Bonamy est cinglante de fragilitĂ©, enveloppant  un rĂ´le frĂŞle et vulnĂ©rable, elle donne la vie comme pour se sauver elle-mĂŞme…
Les contrastes avec les polars traditionnels sont saisissants, que ce soit la pluie, la nuit, l’atmosphère qui règne dans « MR 73 » tout se dĂ©marque de ce que l’on avait pu voir auparavant, Olivier Marchal s’imprègne d’une histoire assez basique pour la renouveler et la transcender Ă  sa façon, de la lumière aux tĂ©nèbres, il n’y a qu’un pas…
Froid, glaçant mĂŞme, « MR 73 » est un polar qui ne ressemble Ă  aucun autre, il pulvĂ©rise les codes et amène le spectateur sur une rĂ©flexion sur la justice et la vie de ces policiers, loin des clichĂ©s que l’on a pu voir et entendre, il donne une dimension mystique Ă  cette profession et le rĂ©alisme totalement assumĂ© par Marchal ne peut qu’appuyer et entĂ©riner son propos…
Très dur, « MR 73 » fait sortir de l’ombre les pires affres que peuvent vivre des humains et dĂ©passent ces derniers par un espoir, un faible espoir d’arriver Ă  la plĂ©nitude et au repos de l’âme…
Fantastiquement mis en scène, « MR 73 » est une Ĺ“uvre qui laisse des sĂ©quelles et qui grave instantanĂ©ment l’histoire du cinĂ©ma français au sommet…

Note : 10/10

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