jeudi 13 septembre 2018

BODY DOUBLE

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Brian De Palma. 1984. U.S.A. 1h54. Avec Craig Wasson, Melanie Griffith, Gregg Henry, Deborah Shelton, Guy Boyd, Dennis Franz.

Sortie salles France: 20 Février 1985. U.S: 26 Octobre 1984

FILMOGRAPHIE: Brian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis. 1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion.


Le pitch: Après avoir surpris sa compagne avec un amant, Jake Scully, acteur au rabais pour des sĂ©ries Z horrifiques, se lie d'amitiĂ© avec le comĂ©dien de théâtre Sam. Celui-ci lui propose de l'hĂ©berger quelques jours dans la vaste demeure (une chemosphère) d'un de ses amis partis en villĂ©giature. En prime, avec l'aide d'une longue vue, il l'incite Ă  observer sa voisine d'en face pratiquant chaque soir un striptease. Or, un beau soir, Jake est tĂ©moin du meurtre de celle-ci par un mystĂ©rieux indien. 
Hommage aussi bien effrontĂ© que couillu Ă  Vertigo et Ă  FenĂŞtre sur Cour, Body Double fut un Ă©chec public et critique lors de sa sortie; faute d'une intrigue truffĂ©e de dĂ©rision et de vulgaritĂ© au sein du milieu underground de la pornographie. Et donc, probablement qu'Ă  l'Ă©poque les journalistes et le public n'ont pas perçu le cĂ´tĂ© dĂ©calĂ©, limite parodique des situations outrancières (la sĂ©quence du meurtre Ă  la perceuse avec le cordon Ă©lectrique trop court pour atteindre la victime, le clip Relax filmĂ© dans les coulisses du X auprès d'une figuration SM, l'Ă©pilogue risible avec ce vampire punk massant langoureusement sa victime sous la douche), et ce par le truchement d'un hommage vitriolĂ© Ă  Hitchcock. Depuis largement réévaluĂ© au point de l'estampiller comme l'un de ses ultimes chefs-d'oeuvre, Body Double demeure un modèle de suspense et d'Ă©criture Ă  travers une enquĂŞte jubilatoire bâtie sur les tabous du voyeurisme et de la pornographie ainsi que du faux semblant et du dĂ©sir sexuel. Sur ce dernier point, rien que la longue sĂ©quence de filature entre Jack et sa voisine au sein des galeries marchandes est un morceau d'anthologie Ă  enseigner dans les Ă©coles (Ă  l'instar de celle de la galerie des beaux-arts transfigurĂ©e dans Pulsions).


De Palma illustrant consciencieusement une filature inlassable, non seulement autour des va et vient de la voisine mais Ă©galement autour des agissements patibulaires de l'indien que Jack tente malgrĂ© tout de suivre Ă  la trace avec une interrogation davantage dĂ©rangĂ©e. GĂ©nialement incarnĂ© par Craig Wasson en acteur de sĂ©rie Z Ă  la fois empotĂ©, naĂŻf et terriblement complexĂ© auprès de sa claustrophobie l'empĂŞchant d'exercer son mĂ©tier, Body Double redouble d'intensitĂ© et de suspense Ă©moulu parmi son tĂ©moignage obsessionnel Ă  Ă©pier dans un dĂ©sir pervers et amoureux sa voisine en rut. Et ce avant son incursion dĂ©calĂ©e dans le milieu du X afin d'approcher une Ă©ventuelle complice de meurtre ! SublimĂ© par le score hyper sensuel de Pino Donnagio, De Palma Ă©moustille nos sens Ă  travers ses chorĂ©graphies hyper sensuelles de striptease torride filmĂ©e avec une Ă©lĂ©gance teintĂ©e de vulgaritĂ©. Comme de coutume Ă©paulĂ© d'une intrigue irrĂ©sistiblement machiavĂ©lique fondĂ©e sur le simulacre et la mise en abyme, Body Double est un plaisir infini de cinĂ©ma ludique. Tant auprès de la forme esthĂ©tisante et stylisĂ©e que du fond Ă  travers l'initiation d'un acteur timorĂ© en voie d'affirmation et de surpassement de soi. Enfin, Ă  travers une direction d'acteurs hors-pair, on peut notamment saluer le jeu si avenant (au 1er abord) de Gregg Henry Spoil en conspirateur meurtrier fin du Spoil ainsi que la prĂ©sence très sexy de Melanie Griffith en actrice X Ă  la fois paumĂ©e et fragile dans sa naĂŻvetĂ© de s'ĂŞtre laissĂ©e corrompre par la finance du X.


Modèle de mise en scène formant une sorte de pied de nez au cinĂ©ma d'Hitchcock dans sa modernitĂ© explicite et sa dĂ©rision semi-parodique, Body Double joue la carte de la sensualitĂ© et de la pornographie auprès d'une intrigue machiavĂ©lique ne manquant pas de tendresse pour dĂ©peindre en sous-texte la condition souvent prĂ©caire des acteurs de seconde zone (Jake et Holly sont comme deux enfants Ă©garĂ©s dans un monde d'artifices qui ne leur ressemble pas). Jubilatoire et audacieux dans l'intensitĂ© de son Ă©rotisme sensoriel Ă  travers un vertige amoureux aussi bien cruel que salvateur. 

Bruno
5èx

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