jeudi 16 mai 2024

Adagio

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Stefano Sollima. 2023. Italie. 2h07. Avec Pierfrancesco Favino, Adriano Giannini, Gianmarco Franchini, Toni Servillo, Valerio Mastandrea, Francesco Di Leva.

Sortie salles: 14 Décembre 2023

FILMOGRAPHIEStefano Sollima, nĂ© le 4 mai 1966 Ă  Rome, est un cinĂ©aste et rĂ©alisateur italien. 2012 : A.C.A.B.: All Cops Are Bastards. 2015 : Suburra. 2018 : Sicario : La Guerre des cartels (Sicario: Day of the Soldado). 2021 : Sans aucun remords (Without Remorse). 2023 : Adagio. 

MaĂ®tre du polar italien contemporain, Stefano Sollima ne dĂ©roge pas Ă  la règle d'y transfigurer un nouveau morceau de cinĂ©ma Ă  la fois substantiel et formel (quasiment chaque plan est soigneusement stylisĂ©) comme on n'a plus coutume d'en voir de nos jours. L'histoire "contemplative" d'un jeune orphelin adoptĂ© par un père incapable de le choyer et qui, au fil d'un acte rĂ©prĂ©hensible est contraint de nĂ©gocier une mission de filature avec la police au sein d'une boite de nuit. Or, se ravisant au moment d'y dĂ©couvrir une camĂ©ra planquĂ© au mur, Manuel demande l'aide de son père depuis qu'une police vĂ©reuse est Ă  sa recherche pour l'occire. Splendide polar noir d'une dimension psychologique rigoureuse au fil d'un vĂ©nĂ©neux rĂ©cit impeccablement structurĂ©, qui plus est prenant son temps pour y planter son univers mortifère (avec en filigrane un brasier mĂ©taphorique) et ses protagonistes auquel nous nous familiarisons auprès de leurs fĂŞlures morales que Sollima dĂ©livre lestement au compte goutte, Adagio est une virĂ©e nocturne Ă  la dramaturgie sobrement mise en place. 

RenforcĂ© de la prĂ©sence infaillible d'authentiques gueules d'acteurs (ici sclĂ©rosĂ©s) accompagnĂ© d'un jeune paumĂ© Ă©carquillĂ© traquĂ© tous azimuts, Adagio n'a aucune peine pour nous immerger dans leurs conflits parentaux (avec une habile inversion des rĂ´les anti-manichĂ©ens) Ă  travers les thĂ©matiques de la culpabilitĂ©, de la trahison, de la corruption puis enfin de la rĂ©demption de dernier ressort. Les personnages pourchassĂ©s demeurant aussi bien fascinants qu'empathiques lorsque deux pères s'efforcent in extremis de se remettre en cause pour tenter de rĂ©parer leur dĂ©route d'un passĂ© dĂ©loyal. Ainsi, vouant un amour immodĂ©rĂ© pour sa mise en scène scrupuleuse et pour ses comĂ©diens habitĂ©s par l'amertume et la hantise de la faucheuse, Stefano Sollima transcende son rĂ©cit nĂ©crosĂ© avec une rigueur Ă©motionnelle intelligemment dĂ©pouillĂ©e. TruffĂ© de dĂ©tails techniques et narratifs inventifs, baroques, alambiquĂ©s afin de nous maintenir captivĂ© tout le long de ce chemin de croix fataliste, Adagio se dĂ©cline sans prĂ©tention en moment de cinĂ©ma crĂ©pusculaire auprès de son intimitĂ© psychologique latente toute Ă  la fois mĂ©lancolique, meurtrie, dĂ©soeuvrĂ©e, sentencieuse au sein d'une capitale acrimonieuse. 

*Bruno

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