samedi 14 février 2026

Halloween Kills de David Gordon Green. 2021. U.S.A. 1h49.

                           (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Imdb, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Mea culpa.

"Chronique d’une dĂ©faite collective."

Ă€ la rĂ©vision, et Ă  ma grande surprise, Halloween Kills m'est apparu comme un formidable psycho-killer, plus profond qu’il n’y paraĂ®t.
Si l’on se fie aux critiques - plus sĂ©vères que pour le 1er opus - on pourrait croire Ă  une suite ratĂ©e. Je pense au contraire qu’il s’agit d’un film incompris.

Car cette séquelle est plus nihiliste, plus désenchantée, plus désespérée, plus psychologique que le premier opus.
 

Ici, la peur ne se vit plus en huis clos. Elle contamine à l'extérieur. Elle gangrène. Elle hystérise.

Les citadins d’Haddonfield se vautrent dans l’autojustice, dans la facilitĂ©, dans la bĂŞtise tragique de la vindicte populaire, au point de provoquer la mort d’un innocent. Certes, ils ne le tuent pas de leurs mains, mais ils le condamnent par leur folie collective. Le film pose alors une vĂ©ritable rĂ©flexion frontale sur l’autojustice, thème tristement contemporain : lorsque les institutions vacillent, la foule livrĂ©e Ă  elle mĂŞme devient monstre.

Et David Gordon Green insiste.
La police est impuissante.
La population est livrée à elle-même.
 

Le prologue situé en 1978 le rappelle avec intelligence (en prime
d'un incroyable effet numĂ©rique quand Ă  l'apparition surprise d'un personnage clef !): la faille morale Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ . L’ordre n’a jamais Ă©tĂ© solide. Il Ă©tait fissurĂ© dès l’origine.

Mais Halloween Kills ne se contente pas d’un discours social plus qu'actuel. Il emprunte le chemin d’une brutalitĂ© gore assumĂ©e, d’une action nerveuse, presque martiale, au dĂ©triment d’une terreur plus atmosphĂ©rique. Le suspense se rarĂ©fie. La violence, elle, explose. C’est un choix. Radical.

Mais le film parle surtout d’icĂ´ne.
 

Michael Myers n’est plus seulement un tueur. Il devient une figure. Une abstraction. Le mal Ă  l’Ă©tat pur. Un mal indestructible.

Plus il est attaqué, plus il semble se renforcer.
Plus la communautĂ© tente de l’Ă©craser, plus elle rĂ©vèle sa propre impuissance.

Et c’est lĂ  que le film devient fort, trouble et fascinant.

On ressent un marasme communautaire, un effondrement moral. Haddonfield semble condamnée à subir. Le final, absolument sans espoir, scelle cette idée : tout le monde perd. Sauf le Mal.
 

Le montage plus dynamique, plus sec, donne au film une Ă©nergie parfois presque guerrière. On est dans un survival urbain, tendu, Ă©trange, personnel. Green ose s’Ă©carter des conventions tout en semant Ă  nouveau des clins d’Ĺ“il habiles Ă  la mythologie de la saga. Il respecte l’hĂ©ritage tout en le poussant vers quelque chose de plus sombre et de plus autonome.

Ce qui rend Halloween Kills si captivant, c’est ce sentiment d’impuissance absolue face Ă  une figure devenue intouchable. Michael Myers est plus destructeur que jamais, plus robuste, mais surtout plus symbolique que jamais.

Ce n’est plus seulement un psycho-killer.
C’est une dĂ©claration de guerre funeste perdue d’avance.
 

En mettant de cĂ´tĂ© les attentes de l'horreur standard, on dĂ©couvre donc un film trouble, inquiĂ©tant, profondĂ©ment noir. Un rĂ©cit douloureux qui ose refuser la catharsis. Un film qui affirme que le mal ne meurt pas - il prospère dans la peur qu’il engendre.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment cette radicalitĂ© qui fait sa puissance.

Au final, je me rends compte aujourd’hui que David Gordon Green a accompli, avec cette trilogie contemporaine, une Ĺ“uvre aussi passionnante qu’ambitieuse, profondĂ©ment marquĂ©e par le traumatisme et la persistance du mal.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

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