mercredi 20 mai 2026

La Rivière de Mark Rydell. 1984. U.S.A. 2h04.

                         (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"Au rayon des Oubliés..."
 
Hier soir, une nouveauté pour moi puisque, pour la première fois, j’ai pu découvrir grâce à l'influence d'un ami cinéphile, le film plutôt rare et oublié La Rivière. Et quelle injustice une fois encore !
Réalisé en 1984 par Mark Rydell avec Mel Gibson et Sissy Spacek, ce drame intimiste, à la fois écolo et sociétal, suit la survie d’un couple de métayers indépendants plongé dans une catastrophe aussi bien naturelle qu’économique après l’inondation d’une rivière à proximité de leur ferme. Afin de subvenir aux besoins de sa famille, le fermier Tom, interprété par le tout jeune Mel Gibson, accepte alors un travail d’ouvrier dans une usine, substituant ainsi la place d’un autre également en instance de survie.
Le tableau miséreux est implacable à travers ces chômeurs affamés prêts à en découdre auprès d'une injustice aussi intolérante qu'intolérable. 
 
 
Baigné d’une ambiance rurale immersive, La Rivière donne constamment l’impression du vécu dans sa forme cinématographique. Le récit comme la mise en scène de Mark Rydell transpirent une authenticité rugueuse, presque documentaire, où chaque champ, chaque outil artisanal, chaque tranche de boue semble s'extraire de l'écran. La nature omniprésente y devient alors un personnage à part entière, à la fois nourricière et destructrice. On peut d’ailleurs y voir une certaine filiation avec le cinéma de Terrence Malick, tant certaines images oscillent entre naturalisme brut et onirisme contemplatif - parfois même stylisé. La photo, splendide, magnifie cette terre vivante avec une beauté parfois presque irréelle, notamment pour rendre compte de l’humanisme de personnages résignés à lutter sans jamais abandonner, malgré une précarité qui les assomme peu à peu.
 

Cette lutte prend également une dimension sociale considérable lorsqu’un entrepreneur (endossé par de manière impassible par l'excellent Scott Glenn) tente de racheter leurs terres par ambition cupide, faisant de la misère paysanne son terrain de spéculation. Mais si La Rivière demeure aussi familier, poignant, attachant et profondément humain, c’est avant tout grâce à la complémentarité de ses interprètes. Mel Gibson et Sissy Spacek incarnent un couple uni au bord de l’effondrement avec une sobriété remarquable. Leur relation parfois conflictuelle et équivoque (les rapports entre Mae et son ex amant, Joe) irradie d’un humanisme fragile, désespéré parfois, mais toujours résilient et combatif. Ils offrent au film une chaleur émotionnelle pure, portée par ce désir viscéral de préserver leur foyer, leur dignité et leurs enfants.
  
 
Il faut également souligner la beauté du score composé par John Williams, dont la musique, parfois même primesautière, enveloppe les images d’une sensibilité pudique et lumineuse. Car malgré la gravité de son sujet, La Rivière ne sombre jamais dans une sinistrose complaisante. Au contraire, Mark Rydell privilégie constamment l’espoir, la tendresse et l’amour familial comme outils de lutte contre la déchéance sociale et économique. Les valeurs familiales y occupent une place fondamentale, comme une manière de mieux survivre au chaos, à la pauvreté et à l’effacement d'un monde rural déjà anachronique.
 
 
"Toujours debout."
Intimement dédié à la psychologie tourmentée de ses prolos résilients, La Rivière est un superbe drame social et écolo, d’une beauté incandescente et tant immersive, qui parvient à donner chair aussi bien à ses personnages qu’à cette nature environnante, les réunissant dans une même harmonie capiteuse et douloureuse.
 
— Celui du cœur noir des images 🖤

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