(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
"Quand George Roy Hill transforme une farce sportive en formidable chronique sociale."
Révision hier soir de La Castagne, réalisé en 1977 par George Roy Hill. Un film que j'avais découvert ado sur Canal+ un Mercredi soir, et qui m'avait alors profondément marqué par son côté jubilatoire et totalement assumé dans sa manière décalée de traiter le hockey sur glace, avec en tête d'affiche le monstre sacré Paul Newman (tout juste âgé de 52 ans) et une galerie de seconds rôles aussi décomplexés qu'attachants.
À la revoyure, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une œuvre bien plus profonde, intelligente, authentique et réaliste que dans mes souvenirs. Derrière ses bagarres homériques et son humour cocasse, La Castagne raconte avant tout les derniers soubresauts d'une petite ville américaine frappée de plein fouet par le déclin économique. L'équipe de hockey locale devient alors le dernier espoir d'une population qui refuse de s'effacer. Reggie Dunlop, entraîneur-joueur proche de la retraite mais qui refuse de raccrocher, va comprendre alors que le public se passionne désormais davantage pour les affrontements que pour le sport lui-même, et n'hésitera pas à exploiter cette fascination pour tenter de sauver son équipe.
Révision hier soir de La Castagne, réalisé en 1977 par George Roy Hill. Un film que j'avais découvert ado sur Canal+ un Mercredi soir, et qui m'avait alors profondément marqué par son côté jubilatoire et totalement assumé dans sa manière décalée de traiter le hockey sur glace, avec en tête d'affiche le monstre sacré Paul Newman (tout juste âgé de 52 ans) et une galerie de seconds rôles aussi décomplexés qu'attachants.
À la revoyure, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une œuvre bien plus profonde, intelligente, authentique et réaliste que dans mes souvenirs. Derrière ses bagarres homériques et son humour cocasse, La Castagne raconte avant tout les derniers soubresauts d'une petite ville américaine frappée de plein fouet par le déclin économique. L'équipe de hockey locale devient alors le dernier espoir d'une population qui refuse de s'effacer. Reggie Dunlop, entraîneur-joueur proche de la retraite mais qui refuse de raccrocher, va comprendre alors que le public se passionne désormais davantage pour les affrontements que pour le sport lui-même, et n'hésitera pas à exploiter cette fascination pour tenter de sauver son équipe.
Ce qui m'a également frappé, c'est le temps que George Roy Hill accorde à planter son univers industriel et à faire vivre ses personnages pour mieux nous attacher à eux au fil de leurs conquêtes personnelles. Aujourd'hui, rares sont les films qui prennent autant le temps de respirer. Ici, chaque protagoniste existe pleinement, avec ses qualités, ses failles, ses espoirs et ses blessures, sans fard. Cette patience narrative confère au film une profondeur psychologique et une émotion d'autant plus touchantes qui fait toute sa grandeur.
Et puis il y a cette atmosphère si particulière, symptomatique des années 70. À travers le regard que porte George Roy Hill sur ses personnages, j'ai eu le sentiment de replonger dans une époque qui m'a paru plus simple, plus chaleureuse, plus civilisé, plus sensible car profondément humaine. Malgré la crise sociale qui pèse sur la ville, les relations entre les personnages semblent plus sincères, plus spontanées, plus innocentes. Sans idéaliser les années 70 (et Dieu sait si je sacralise cette décennie cinématographique), cette sensation de bien être m'a profondément touché et m'a rappelé combien notre époque actuelle me paraît souvent plus brutale, liberticide et individualiste.
Or, l'une des grandes qualités du film réside également dans son réalisme. Aussi extravagantes que puissent paraître certaines scènes, plusieurs d'entre elles s'inspirent de faits authentiques. Ainsi, cette séquence où un spectateur lance une clé au visage d'un joueur avant que la situation ne dégénère dans les tribunes est directement inspirée d'un véritable incident survenu lors d'un match au Canada, comme l'explique la journaliste sportive Sophie Serdini dans un passionnant entretien proposé parmi les suppléments du Blu-ray Elephant Films que j'ai pu voir après la projo. Une preuve supplémentaire que la réalité dépassait parfois la fiction. C'est d'ailleurs précisément lors des années 70 - selon les dires de Sophie - au Canada que le Hockey sur glace put s'implanter et accéder à une immense popularité (c'est même devenu une religion chez eux) en faisant preuve d'un culte de la violence commun de la part du public et des joueurs lors des matchs de compétition.
Et donc, sous ses allures de comédie populaire, La Castagne en souligne une réflexion étonnamment lucide sur la fascination qu'exerce la violence dans le sport, à l'instar du chef-d'oeuvre dans toutes les mémoires: Rollerball. Plus les affrontements deviennent spectaculaires et ingérables, plus le public en liesse en redemande. George Roy Hill observe cette dérive de masse avec beaucoup d'humour, sans jamais perdre de vue l'humanité de ses personnages unis par l'esprit de camaraderie et l'amour de leurs compagnes.
Le réalisateur n'oublie donc pas les relations sentimentales qui unissent ou déchirent ses protagonistes. Les déboires amoureux de Reggie, comme ceux d'un des joueurs, sont traités sans émotions programmées. Car jamais le film ne sombre dans le mélodrame ou la facilité des bons sentiments. Pourquoi ? Parce que son émotion demeure pudique, sincère et noble. Mais surtout, on sent que George Roy Hill éprouve de la tendresse pour cette galerie de personnages cabossés, solidaires et profondément attachants.
Considéré par beaucoup comme le plus grand film consacré au hockey sur glace, La Castagne n'a assurément pas usurpé sa réputation. Avec ses 841 770 entrées en France, il demeure effectivement l'une des plus grandes réussites du cinéma sportif.
Près de cinquante ans après sa sortie, cette géniale comédie bonnard n'a rien perdu de sa fougue expansive, de son intelligence ni de sa générosité. Derrière ses bagarres mémorables en mode "Laurel et Hardy" et son humour pittoresque, George Roy Hill signe une chronique sociale d'une réelle finesse et une réflexion toujours actuelle sur le spectacle de la violence qu'on a coutume de s'extasier. Immense film au demeurant, alors qu'au descriptif du Blu-ray édité par Elephant on parle plutôt de "chef-d'oeuvre" du film de Hockey. Rien que ça.
P.S: parait que la version québécoise est à mourir de rire.
— Celui du cœur noir des images 🖤






Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire