jeudi 10 mars 2011
La Rafle
EVIL DEAD TRAP (Shiryo no wana)
L'ARGUMENT: Une jeune journaliste reçoit une cassette qu'elle visionne. Après avoir constaté effrayée qu'il s'agissait d'un snuff movie dans lequel une femme se fait sauvagement torturée et lacérée, elle décide de partir à la recherche de l'endroit où a été tourné le film avec l'aide d'une poignée de collaborateurs.
C'est également lui qui s'attelera à l'achèvement de la trilogie avec "Evil-dead trap 3" en 1993 (sans avoir tourné le second volet). Son dernier film "Hasami otoko" dâte de 2005.
Un groupe de journalistes se réunissent dans un hangar désaffecté pour se convaincre de l'authenticité des lieux et découvrir des indices à cause d'une mystérieuse vidéo cassette qu'ils ont reçu par courrier laissant indiquer qu'il pourrait s'agir d'un véritable snuff-movie !
Narration minimaliste, budget réduit, acteurs cheaps, titre vendeur, décor quasi unique et le miracle survint !
Un peu à la manière d'Evil-Dead justement qui misait tout sur l'efficacité de ses scènes d'horreur endiablées grâce à une mise en scène prodigieusement habile et inventive. Ce que sera Evil dead Trap durant 1H40, sans toutefois tomber dans la surabondance d'effets gores chers à Raimi !
On se croirait dans un Alice au pays des horreurs version toute personnelle car cette histoire de tueur masqué trucidant un à un ces protagonistes joue à fond sur une ambiance onirico macabre avec une imagination de tous les instants dans sa recherche esthétique visuelle foisonnante et son travail consciencieusement établi sur une réalisation étudiée. On y croise de multiples références au cinéma de Cronenberg (le final organique), Argento (certains meurtres giallesques, les éclairages criards), Bava (la pendaison à la manière de la scène introductive de la Baie Sanglante) et Bunuel (un chien andalou) comme cette magnifique séquence d'intro où l'on voit en gros plan un oeil crevé, éclaté par la fine lame d'un couteau, laissant s'échapper une eau translucide veloutée. Une séquence quasi identique réalisée en deux, trois plans insolites exécutés de différente manière en modifiant la coloration des filtres. Extremement impressionnant, d'une beauté lacrymale dans sa poésie morbide inconcevable !
"Evil Dead Trap" peut même se permettre d'être considéré comme le précurseur de "Saw" de James Wan tant il s'ingénie parfois à utiliser quelques scènes de tortures diaboliquement agencées !
La suite sera du même acabit ! les meurtres sont évolutifs, imaginatifs, imprévus et surtout traités de manière inhabituelle ! On ne sait jamais dans quel direction les protagonistes vont et viennent et ce qu'il leur adviendra ! A la manière d'un songe réel, ils semblent attirés, décontenancés, emprisonnés dans un environnement hostile qu'ils ne parviennent pas à définir pour se retrouver indéfiniment dans ce même endroit clos et lugubre !
Les décors industriels de cette usine désaffectée participent pleinement à l'action ! Le réalisateur multiplie les angles de prises de vue irréels, insensés, les cadrages impromptus et des effets de caméra acrobatiques renouvelés.
Certains plans magnifiquement cadrés sont d'une beauté irréellle qui laissent des traces dans l'imaginaire du spectateur comme cette jeune fille réfugiée sur les toits de l'usine à côté d'un filet de fumée polluée en pleine nuit lunaire. Cette image baroque auquel le réalisateur insiste sur la durée de contemplation pourrait évoquer la beauté envoûtante, singulière d'une Nuit du Chasseur de Laughton à titre d'exemple ! L'une des scènes finales architecturale, lumineuse de tonalité or attire aussi notre sens visuel avec cette jeune héroine apeurée disposée au centre de l'espace restreint où l'on peut admirer en toile de fond ce portrait artistique pictural de trois personnages sculptés dans leur nudité !
Malheureusement, aux deux tiers du film, une baisse de régime se fait ressentir. Paradoxalement, l'inventivité de la mise en scène et la richesse des décors baroques s'amenuisent et s'effacent au profit d'une errance partielle. Car les vingts dernières minutes reprennent du poil de la bête dans un foisonnement féérique, horrifico organique à base d'enfantement monstrueux !
On notera aussi l'accoutrement insolite du tueur badigeonné de lambeaux de peinture blanche sur le visage et portant un masque inconvenu. Un tueur méthodique fantasmagorique venu de nulle part qui peut apparaitre à n'importe quel moment de l'action et tuer sa victime de manière étudiée, calculée.
Bercé par une partition musicale mélodieuse et mélancolique se répétant inlassablement, ce qui pourra rappeler aux amateurs les comptines entrainantes des Goblin, "Evil dead Trap" est une perle ovniesque à l'ambiance envoûtante, un cadeau surprise bourré d'idées judicieuses et créatives qui doit tout à sa mise en scène personnelle, la beauté de ces images picturales et la judicieuse exploitation de ces décors de prime abord aigris et dégarnis.
Etonnant, avant gardiste (n'est ce pas Saw !) et étrangement singulier !
Rituals / The Creeper
— le cinéphile du cœur noir
09.03.11
mercredi 9 mars 2011
A Serbian Film / Srpski film
de Srdjan Spasojevic. 2010. Serbie. 1h47. Avec Sergej Trifunovic, Jelena Gavrilovic, Katarina Zutic, Slobodan Bestic.
Interdit en salles en France. Sortie Blu-ray: 2 Février 2012
FILMOGRAPHIE: Srdjan Spasojevic est un réalisateur et scénariste serbe né en 1976 à Belgrade.
2010: A Serbian Film. 2012: The ABC of Death ( "R Is for Removed").
AVERTISSEMENT: Interdit aux - de 18 ans.
*Bruno
Le Baron de Crac (Baron Prazil)

de Karel Zeman. 1961. République Tchèque. 1h23. Avec Milos Kopecký, Rudolf Jelínek, Jana Brejchová, Karel Höger, Nadesda Blazickova, Karel Effa, Josef Hlinomaz.
FILMOGRAPHIE: Karel Zeman est un dessinateur et réaliseur de film d'animation tchèque, né le 3 Octobre 1910 à Ostromer en Autriche-Hongrie et mort le 5 avril 1989 à Gottwaldov (Tchécoslovaquie).
1946: Rêve de Noël (Vánocní sen), 1955: Voyage dans la préhistoire (Cesta do pravěku), 1956/57: L'Invention diabolique (Vynález Zkazy), 1961: Les Aventures du baron de Munchausen (Baron Prásil), 1967: Le Dirigeable volé (Ukradená vzducholod), 1974: Sindbad (Pohádky tisíce a jedné noci).
Mêlant la technique du dessin animé et le jeu d'acteurs réels, Zeman s'inspire de divers auteurs de la littérature classique fantastique. Après avoir vécu diverses aventures sur Terre avec son ami l'astronaute Tonik, le baron de Crac est accueilli sur la Lune par Cyrano de Bergerac et les héros des romans de Jules Verne.
mardi 8 mars 2011
Bim Stars / The Apple
Avant-propos: Menahem Golan est un producteur, réalisateur, scénariste et, occasionnellement, acteur israélien. Il est le cousin de Yoram Globus avec lequel il travaille régulièrement. C'est lui le responsable des sympathiques nanars Enter the Ninja, Delta Force et Over the Top.
Dans une époque futuriste, en 1994 (le film ayant été tourné en 1980), le monde est régi par une société du spectacle extrêmement populaire: le BIM crée par Mr Boogalow. Un couple de jeunes chanteurs, Alphi et Bibi (oui, il fallait oser !) sont sollicités à signer un contrat avec l'entreprise et à travailler pour le compte de ce margoulin. La jeune fille accepte tandis que son ami réticent car pris d'hallucinations hérétiques refuse. C'est le clash entre les deux amoureux ! Alphi claque la porte pendant que Bibi va rapidement accéder à la notoriété !
Bienvenue dans l'antre de BIM STAR ! Un refuge mélomane hors norme de par sa scénographie flashy aux éclairages criards auquel évoluent des motards futuristes, des chanteurs égocentriques ou déjantés, des olibrius ou encore des danseurs à moustache chorégraphiant des tubes rock and disco au rythme de mélodies d'amour scolaires ! Enfin, saupoudrez le tout dans une marmite narrative capillotractée revisitant sans complexe l'histoire d'Adam et Eve si bien qu'il faut le voir pour le croire !). Il s'avère donc évident que "Bim Star" (quel titre impayable !) s'inspire du chef-d'oeuvre de De Palma, Phantom of the paradise, voir aussi de The Rocky Horror Picture Show pour tenter de renouer avec le même de degré de folie formelle / auditive aux styles disparates sauf qu'ici la mixture composée de tubes discos, rock FM et mélodies niaises sombrent dans le kitch d'une ringardise bougrement bonnard ! Certaines paroles mielleuses s'avérant aussi épanouissantes que les tubes sirupeux de Chantal goya ou de Dorothée ! Et pourtant, la magie opère sans modération ! Le spectacle enjoué, énergique, pétulant, visuellement fulgurant ne cessant d'amuser la galerie parmi la bonhomie d'acteurs spontanés criants de sincérité.
Eric Binford
NOTE: En France, le film édité par Hollywood Vidéo comptabilise une durée expurgée d'1h08 alors que la version d'origine est d'1h30. Je vous recommande donc vivement de vous répertorier vers un import us dispo en vostfr (parait aussi qu'il y aurait une version plus longue jamais sortie !).
Dans son ouvrage "Encyclopédie du Cinéma Ringard", François Kahn rapporte l'anecdote suivante :
« Le film a été tourné à Berlin, ce qui explique en partie la lourdeur des chorégraphies et le nombre de figurants moustachus. (...) Les premiers spectateurs de "Bim Stars, the Apple" à Los Angeles s'étaient vus offrir des vinyles de la bande originale. Les ouvreuses durent y renoncer après la première séance : le public se servait des disques comme de frisbees pour viser l'écran. »
La jaquette française proclame très fort que les chansons ont été composées par le pape du funk, Georges Clinton. Attention, il s'agit ici de Georges S. Clinton, homonyme qui entamait là une carrière fructueuse de compositeur de B.O. (Austin Powers entre autres).
08.08.10
Qu'est devenu Christiane F... ?
"MOI CHRISTIANE F... 13 ANS, DROGUEE ET PROSTITUEE" (Nous, les enfants de la gare du Zoo)
Christiane Felscherinow
Une petite enfance violente et tourmentée
Christiane grandit dans une famille où elle ne connaît que manque d'affection et violence, battue régulièrement par son père, devenu alcoolique. Cette situation et le caractère soumis de sa mère marquent la vie quotidienne de la petite fille.
Lorsqu'elle a six ans, toute la famille quitte la campagne de Nützen pour Berlin-Ouest où ils emménagent à Gropiusstadt, un quartier de banlieue au sud de la ville. Ses parents ont pour projet de fonder une agence matrimoniale professionnelle, mais le projet échoue, si bien que la famille doit emménager dans une HLM. C'est dans cet appartement situé au onzième étage d'un immeuble qu'elle est battue par son père pour des motifs parfois aussi futiles que la perte d'une souris apprivoisée ; sa jeune sœur et sa mère sont également battues. Une fois, Christiane a si peur qu'elle tente de sauter par la fenêtre de l'appartement, mais son père l'en empêche in extremis.
La révolte adolescente et l'errance
Comme à cette époque la maltraitance est encore un sujet tabou en Allemagne, l'environnement social, l'école primaire que Christiane fréquente ne prête pas attention au problème. À côté de cette maltraitance, il y a les ennuis financiers dont ses parents n'arrivent pas à venir à bout.
En 1973, ils divorcent et sa mère emménage avec son nouveau compagnon, dans le quartier de Rudow, avec ses deux filles, dont la plus jeune rejoint bientôt son père. Les relations de Christiane avec le nouveau compagnon de sa mère — Klaus, lui aussi buveur — devenant tendues, la jeune fille se révolte. Entraînée par son amie Kessi, adepte de l'école buissonnière, elle se met à fréquenter la « Maison du milieu », un centre pour la jeunesse lié à l'Église protestante, où les jeunes garçons lui font découvrir la drogue. À l'âge de douze ans, elle a déjà expérimenté différents types de drogues, comme le haschich, des cachets de différentes sortes (Valium, Mandrax, éphédrine, captagon) et du LSD. En 1976, elle fait la connaissance de Detlev, jeune héroïnomane de 16 ans qui l'initie à cette nouvelle drogue qu'elle commence par sniffer.
La drogue et la prostitution
À quatorze ans, comme son compagnon Detlev et ses copines Babsi et Stella, après la sortie de l'école, Christiane fait la manche puis se prostitue aux abords de la gare de Berlin Zoologischer Garten pour gagner de quoi payer ses doses d'héroïne. D'abord stimulée par ce produit, elle rapporte de bonnes notes de l'école, mais se met ensuite à se l'injecter, ce qui aggrave sa dépendance. En avril 1976, elle avoue à sa mère sa double vie de droguée et prostituée. Sa mère essaye sans succès de lui faire retrouver une vie saine, faisant appel à des services sociaux et des centres anti-drogue qui ne peuvent pas la prendre en charge parce qu'elle est trop jeune. En mai 1977, sa mère parvient à la faire admettre dans une clinique très chère de la Scientologie, le centre Narconon à Berlin, d'où la jeune fille s'enfuit.
Envoyée chez sa grand-mère à la campagne, loin de toute tentation, Christiane finit par se sevrer une première fois
La reconnaissance publique
En 1978, à l'âge de seize ans, Christiane Felscherinow témoigne devant un tribunal dans une affaire de pédophilie dans laquelle, entre autres, l'accusé payait des prostituées mineures — dont Christiane — avec de l'héroïne. Deux journalistes (Horst Rieck et Kai Hermann) du journal allemand Stern la remarquent. Elle qui a rempli des cahiers entiers de journaux intimes accepte de s'entretenir avec eux pendant deux heures. Au cours de cette conversation, ils parlent essentiellement de drogue. Les deux heures deviennent ensuite deux mois et leurs échanges sont publiés dans le livre Wir Kinder vom Bahnhof Zoo (Nous les enfants de la gare du Zoo), sorti en Allemagne en 1979, après avoir été publié en partie sous forme de reportages dans Stern en 1978. L'ouvrage rencontre un succès considérable en Allemagne (plus de 5 millions d'exemplaires vendus) puis dans le monde.
Il est traduit en français en 1981 sous le titre Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…. Grâce à cette œuvre autobiographique, c'est le quotidien très difficile des jeunes drogués de Berlin, considéré du point de vue d'une toxicomane, qui est porté à la connaissance d'un public étonnamment intéressé par le sujet.
Le livre est adapté à l'écran en 1981, avec Natja Brunckhorst dans le rôle de Christiane et est également un énorme succès. Le film inclut des extraits d'un concert de David Bowie, qui habitait alors Berlin, spécialement mis en scène pour respecter le récit de Christiane selon lequel c'est après un concert de Bowie qu'elle s'est fait faire son premier shoot d'héroïne.
Le livre et le film lui permettent de vivre relativement confortablement — en 2013, elle percevait une rente mensuelle de 2 000 € issue des droits. Après le succès du film, elle tente une carrière dans la musique et le cinéma.
Elle vit d'abord en communauté avec des musiciens, dans un quartier underground de Berlin. Elle tombe amoureuse d'Alexander Hacke, guitariste du groupe Einstürzende Neubauten, qu'elle suit en tournée. Ensemble, ils créent le groupe Sentimentale Jugend (« jeunesse sentimentale ») et se produisent au Festival Genialer Dilletanten.
En 1981 elle joue dans Neonstadt, film sur la vie des étudiants à l'École supérieure de la télévision et du cinéma de Munich, et en 1983 dans Decoder, film qui a comme thème principal la musique et les sons.
Cette même année 1983, à 21 ans, elle recommence à se piquer. Elle est finalement arrêtée et passe dix mois en détention pour possession de drogue. Elle est libérée en 1986. Elle a alors 25 ans et part pour une île en Grèce, où elle vit en couple pendant six ans avec un compagnon grec, Panagiottis, avec qui elle se drogue à nouveau.
En 1996, elle a un fils, Phillip. Après ses années plutôt agitées passées aux États-Unis et en Grèce, Christiane Felscherinow s'installe dans le quartier berlinois de Neukölln, où elle travaille en tant que relieuse.
En 2008, elle perd la garde de son fils à cause de la drogue
Après des années plutôt agitées passées aux États-Unis et en Grèce, Christiane Felscherinow habite maintenant à Berlin-Neukölln où elle travaille dans la reliure. Dans l'interview la plus récente qu'elle a donnée, elle se dirige droit vers la station de métro Kottbusser Tor, un des lieux de rencontre pour drogués parmi les plus mal famés de Berlin : elle a « encore des affaires à régler ».
En 2013, elle publie une deuxième autobiographie, Mein Zweites Leben (Ma deuxième vie) — dont le titre est traduit en français par Moi, Christiane F., la vie malgré tout. —, écrite en trois ans en collaboration avec la journaliste allemande Sonia Vukovic. Cela fait alors 20 ans qu'elle est sous méthadone, comme 75 000 autres toxicomanes allemands, quand elle ne se drogue pas à nouveau. Son hépatite C, maladie fréquemment contractée par les toxicomanes injecteurs, est devenue chronique et elle souffre d'une cirrhose du foie, d'autant que l'alcool s'est ajouté au fil des ans à ses addictions
Natja Brunckhorst, inoubliable interprète de "Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée..."
À 14 ans, elle est remarquée par le réalisateur Uli Edel qui la choisit pour le rôle de Christiane Felscherinow. Le tournage dure d'août à novembre 1980. Son interprétation y fut saluée tant par la critique que par le public.
Le tapage médiatique autour de sa personne, à la suite du grand succès du film, la prend par surprise. Pour échapper à la pression, elle se rend en Angleterre, où elle poursuit ses études jusqu'en 1986. Elle séjourne ensuite à Paris.
En 1987, Natja Brunckhorst retourne en Allemagne, où elle suit des études d'actrice à la Schauspielschule Bochum. Elle en sort diplômée en 1991. Pendant ce temps, elle tourne d'autres films, relativement inconnus (comme Enfants de pierre ou Babylone). Sa carrière s'interrompt vers 1993/94, alors qu'elle se bat contre un cancer, dont elle guérit.
En 1998, elle écrit pour la première fois un scénario, celui de la série télévisée Einsatz Hamburg Süd. Elle poursuit pendant 26 épisodes. En 2000, Natja Brunckhort apparaît aux côtés de Franka Potente et Benno Fürmann dans le film La Princesse et le Guerrier. Depuis 2002, elle est également apparue dans 105 épisodes de la série Dr. Sommerfeld - Neues vom Bülowbogen.
Natja Brunckhorst vit à Munich avec sa fille Emma, née en 1991 d'une relation avec l'acteur Dominic Raacke qui dura de 1988 à 1993.
TRAPPED ASHES
5 personnes amenées en témoignage, enfermées malgré elles dans un studio d'Hollywood par un guide complice vont être livrées à raconter chacune leur tour une histoire horrifique qui leur est réellement arrivée.
Le premier segment réalisé par Ken Russel est peut-être le meilleur du lot, du moins le plus amusant et jouissif.Une jeune comédienne débutante postule pour un second rôle dans une série B de genre. Mais à cause de sa faible poitrine évaluée, elle sera contraint de contacter au plus vite un chirurgien déluré pour lui implanter une nouvelle paire de mamelons qui auront la particularité de dévorer la chair humaine.Cette satire qui égratine au passage les dessous du show-biz est totalement farfelue et débridée. Les effets-gores cartoonesques s'en donnent à coeur joie et le final qui vire à la dérision ne manque pas de causticité.
Le second acte réalisé par Mr chi-chi-chi ah-ah-ah !!!! (plus communément appelé Sean S. Cunningham) surprend agréablement avec cette histoire de malédiction du pendu !Un jeune couple en voyage au Japon va faire l'horrible rencontre impromptue d'un pendu au beau milieu d'un parc familier. Depuis cette macabre découverte, la jeune dame sera en prise avec d'étranges hallucinations érotiques. Bientôt le piège va se refermer contre elle pour l'attirer inexorablement dans les entrailles de l'enfer !Une histoire agréablement contée, intrigante, couillue et dérangeante pour son incroyable scène clef inratable !Une séance hot nécrophile où la séduisante jeune dame va amoureusement chevaucher un mort-vivant putride en déliquescence totalement envoûté dans leur jouissance communiée.A noter également une judicieuse utilisation de jolies séquences d'animation horrifiques pour l'attaque du démon dans la grotte auquel le mari combattra pour soustraire son épouse des racines du mal.
Le troisième, le plus faible à mon goût est réalisé par Monte Hellman.Une histoire d'amour de séduction en forme de trio à base superflue de sorcière peu surprenante et d'hommage à Stanley Kubrick même si l'intrigue soigneusement réalisée se révèle agréable à suivre.Dommage aussi pour le final au parfum gothique à la manière du "Masque du Démon" de Bava où l'effet de surprise tombera malheureusement à plat.
Le quatrième et dernier segment réalisé par John Gaeta nous narre l'histoire d'un vers involontairement ingéré dans l'estomac d'une femme enceinte qui aura la contrainte de le faire cohabiter avec son futur bébé jusqu'à l'accouchement prémédité.Dommage d'avoir bénéficié d'effets-spéciaux digitaux ternes plutôt aseptisés pour définir l'intérieur de l'estomac de la victime mise en cause.Ce sketch doit malgré tout beaucoup à son côté viscéral suggéré et sa chute peu ragoutante qui ne risquera pas de nous mettre en appétit. Sans surprise mais efficace.
Le métrage se clôt à la manière du chef-d'oeuvre de Freddie Francis (Histoires d'outre-tombe). C'est à dire que l'on voit intervenir la suite des évènements de chaque histoire qui nous était contée en nous retranscrivant cette fois-ci le futur néfaste de chaque personnage condamné au bout du chemin à se retrouver en Enfer.Une petite chute amusante nous est donc à nouveau divulguée en dernier recours pour chaque conte clôturé !
Sans jamais céder à l'ennui, "Trapped Ashes" est un sympathique film à sketchs agréable et bien emballé, dôté d'une image soignée et correctement interprété. Son mélange plutôt habile d'érotisme torride intelligement justifié, mis en valeur par la beauté de ses interprètes féminines, et ses scènes gores parfois jouissives achèvent d'emporter notre adhésion malgré l'inégalité de certaines histoires comme il en est souvent classiquement établi. Une petite friandise pas déplaisante donc malgré la renommée talentueuse de nos réalisateurs.Avec en prime les apparitions clins d'oeil de Henry Gibson, notre guide de l'aventure (le nazi des Blues Brothers), Dick Miller et John Saxon dans le rôle principal du 3è segment (le plus faible à mon goût).
10.08.10.
Amerrika
Prix de la critique, Cannes 2009
Le pitch :
Mouna, mère divorcée, décide avec son fils de quitter la Palestine occupée pour tenter l’exil en Amérique, où réside sa sœur depuis plus de quinze ans.
À travers ce départ contraint, la réalisatrice Cherien Dabis esquisse le portrait d’une mère optimiste, courageuse et fougueuse, résolue à fuir un quotidien asphyxié par l’occupation militaire pour offrir à son fils une seconde chance. L’Amérique, souvent fantasmée comme terre d’accueil et de liberté, se révèle pourtant moins hospitalière que prévue. En plein conflit contre l’Irak et obsédée par la figure de Saddam Hussein, la nation s’enferme dans la peur. Les désillusions s’enchaînent, fragilisant peu à peu l’élan de ces deux réfugiés.
Ancienne banquière, Mouna remue ciel et terre pour retrouver un emploi administratif, mais sa ténacité se heurte à une réalité brutale : elle échoue derrière le comptoir d’un fast-food, reléguée à un travail manuel humiliant. Pendant ce temps, son fils Fadi peine à s’intégrer au collège, confronté aux brimades et aux relents racistes de camarades prompts à désigner l’étranger comme cible.
Comment accepter la différence dans un pays entré en guerre, prompt à renverser les statues de dictateurs mais aveugle à ses propres bavures ? Comment pardonner l’erreur humaine quand les victimes civiles - irakiennes ou palestiniennes - sont tues par les médias ? Grâce à la bienveillance d’un professeur d’origine juive et à leur fierté intacte, Mouna et Fadi retrouvent peu à peu un sens à leur exil. Une force intérieure renaît, leur permettant d’affronter une société méfiante, parfois lâche, souvent hostile.
Nisreen Faour incarne Mouna avec une intensité bouleversante. Mère courageuse et combative, mais aussi désemparée, écrasée par la violence sourde d’un pays apeuré, incapable de se penser autrement que dans le rejet. Par sa bonhomie chaleureuse, son humanité débordante et sa fragilité assumée, Faour est admirable : belle de pudeur, de dignité et de vaillance, refusant de se laisser broyer par les préjugés, l’intolérance et l’autoritarisme rampant.
Amerrika est un témoignage racial et social d’une justesse exemplaire, reflet troublant de nos sociétés contemporaines face à la peur de l’étranger. Mais c’est aussi, et surtout, un magnifique portrait de femme humble et profondément humaine. Un film simple, vibrant, salutaire, qui ne s’abandonne jamais à la sensiblerie. Son final, d’une grande sobriété, s’achève sur une image d’espoir : une soirée partagée dans un restaurant palestinien en Amérique, fragile parenthèse de convivialité, de générosité et de bonheur retrouvé.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
THE DAISY CHAIN

de Aisling Walsh.2008. Irlande. 1H27. Avec Samantha Morton, Steven Mackintosh, Mhairi Anderson, David Bradley, Eva Birthistle, Brendan McCormack, Zoe Sheridan, Flora Montgomery, Orlaith Macqueen, Ron Donachie, Valerie O'Connor.
LE MYSTÈRE DES FÉES
Quatrième long métrage d’Aisling Walsh, réalisatrice et scénariste irlandaise née à Dublin en 1958, The Daisy Chain emprunte les chemins d’un drame psychologique teinté de fantastique et de suspense horrifique.
Un jeune couple emménage sur la côte anglaise, dans une région reculée, pour tenter de survivre à la perte brutale de leur enfant de trois ans. Tandis que la femme attend à nouveau un bébé, leur fragile équilibre vacille lors de leur rencontre avec Daisy, une petite fille sauvageonne et solitaire issue d’une famille discrète, elle-même frappée par le deuil après la découverte du corps de leur fils, retrouvé noyé en bord de mer. Une séquence bouleversante, d’une pudeur exemplaire, où l’émotion affleure sans jamais être surlignée.
Aisling Walsh nous raconte alors l’histoire intime d’un couple meurtri, bientôt confronté à un nouveau drame dont Martha sera l’unique témoin. C’est à cet instant qu’elle croise la route des parents endeuillés et de Daisy, leur dernière enfant. Mais la fillette à l’allure étrange, errant sans cesse dans les terrains voisins, se retrouve bientôt orpheline lorsque sa famille périt, brûlée vive dans l’incendie accidentel de leur maison. Seule survivante, Daisy échappe à la mort.
Avec son visage d’ange farouche, à la fois espiègle et hostile, Daisy attire irrésistiblement Tomas et surtout Martha, emportés par la compassion, le manque et l’affection. Pourtant, ceux qui avaient fui pour exorciser leur propre douleur se retrouvent peu à peu confrontés à une succession d’incidents troublants : une assistante sociale meurt dans un accident de voiture, un enfant manque de se noyer à l’école sous le regard de Daisy, tandis qu’un voisin, de plus en plus méfiant, semble terrifié par sa présence jugée maléfique.
Au fil des mois, Martha s’enferme dans un besoin maternel irrépressible, prête à tout pour protéger, aimer et éduquer la jeune fille, au point de vouloir l’inscrire dans une nouvelle école. Mais la population, alarmée par la répétition de ces événements inquiétants, murmure bientôt que Daisy serait une fée échangée…
Avec une trame délicate et profondément sensible, Aisling Walsh aborde un thème rare dans le cinéma fantastique — le monde des fées — en privilégiant l’approche psychologique. Les personnages, brisés et esseulés par leur passé, tentent désespérément de renouer avec le bonheur et d’accueillir une nouvelle vie. Mais l’arrivée de cette enfant perturbée, privée de ses parents, fait basculer le drame humain vers un fantastique de la suggestion, jamais explicite.
Car le mystère Daisy demeure entier.
Est-elle l’incarnation du mal ? Une fée échangée ?
Ou simplement une enfant autiste, mentalement fragile, involontairement perverse ?
Là où le film gagne en crédibilité, c’est dans ce subtil équilibre entre rationalité et superstition sombre, nourrie de résonances celtiques et de croyances macabres, en filigrane d’Halloween. La mise en scène s’appuie également sur une interprétation sobre et naturaliste. Steven Mackintosh et surtout Samantha Morton livrent un portrait poignant de parents déchirés : une mère partagée entre l’amour obsessionnel pour cette enfant adoptive et un mari de plus en plus suspicieux, se retirant peu à peu jusqu’à l’abandon.
Mais la révélation du film reste la jeune Daisy, incarnée avec un naturel troublant par Mhairi Anderson. Sa morphologie étrange, son regard en demi-teinte, à la fois patibulaire et enfantin, la rendent glaciale, dérangeante, presque malsaine, tout en suscitant une compassion ambiguë. Le spectateur oscille sans cesse entre pitié et effroi, incapable de décider s’il doit la craindre ou la plaindre.
Dans de vastes paysages irlandais filmés sous un ciel d’automne blafard, The Daisy Chain s’impose comme une excellente surprise du cinéma fantastique, abordé avec intelligence, au premier degré, sans aucun effet tapageur. Sa conclusion, poignante et profondément dérangeante, laisse un goût amer : les rôles semblent inversés, la vérité logée dans le cœur d’une enfant ayant arraché une naissance à la mort.
Dernière image : un visage d’ange maudit, figé dans un plan fixe.
Un regard rigide, austère.
Le mystère Daisy… ou le mystère d’une fée.
12.08.10
Le Corbeau / The Raven
de Louis friedlander. 1935. U.S.A. 59 minutes. Avec Bela Lugosi, Boris Karloff, Lester Matthews, Irene Ware, Samuel S. Winds, Spencer Charters, Inez Courtney.
Un célèbre médecin renommé, fasciné par l'écrivain Edgar Poe, en particulier ses sombres récits funèbres basés sur les instruments de torture moyenâgeux, décide de se venger après avoir sauver d'une mort certaine la fille d'un juge auquel il est éperdument tombé amoureux.
Nouvelle rencontre au sommet pour deux grands monstres du cinéma d'épouvante de l'âge d'or des années 30, "Le Corbeau" est un superbe poème noir particulièrement sadique au fur et à mesure de l'agencement d'une intrigue épineuse dans l'art suprême d'y torturer avec raffinement l'ingéniosité des instruments mis en valeur. D'une belle densité psychologique pour les profils établis de nos deux protagonistes torturés dans l'âme et le coeur, "le corbeau" suit le diabolique plan d'un médecin illuminé en guise de revanche. Parce qu'il est épris d'affection amoureuse d'une jeune fille qu'il a réussi à délivrer de la mort, Vollin va décider de se venger à cause d'un père soupçonneux qui n'a pas été dûpe d'une potentielle amourette entre notre duo évoqué. Mais cette charmante demoiselle beaucoup plus jeune que Vollin est déjà éprise d'un amour fusionnel envers son fidèle compagnon. Après les sévères avertissements et remontrances du paternel pour cette éventuelle liaison improbable, une dispute éclate entre les deux hommes. Le problème est que ce médecin fantasque, personnage hautain et présomptueux, génie invétéré de sa profession médicale ayant accès au pouvoir du contrôle de la vie est alimenté d'une haine incontrôlée sur l'humanité quand on en vient à lui demander d'oublier la fille qu'il a sauvé. Avec la complicité d'un évadé de prison, il va donc préparer un plan méticuleux consciencieusement établi auprès de ses hôtes, piégés et emprisonnés malgré eux dans sa mystérieuse demeure.
L'évadé en question est un meurtrier dédaigneux de sa vie antérieure que Vollin va volontairement défigurer physiquement de manière hideuse pour mieux le faire chanter et ainsi posséder un "serviteur" à ses côtés pour ses délirantes méthodes vengeresques bien planifiées.
La victime la plus plaignante sera Edmond Batman, le criminel échappé de prison, campé par le grand Boris Karloff. Un personnage rendu moribond dans la douleur morale suintante de ses états d'âme, rongé par le remord, désespéré à changer physiquement de visage.
Etant persuadé qu'avec un nouveau regard limpide et enjoleur, il pourra retrouver le chemin rédempteur d'une voie plus raisonnée dans l'épanouissement de la sagesse.
Mais de meurtrier monstrueux il va peu à peu se dupliquer en monstre humanisé pour au final enfin sauver son âme et celle des victimes mises en cause au moment le plus opportun.
Classieusement interprété par des comédiens au meilleur de leur forme, rehaussé par la géniale présence du prince Lugosi, "Le corbeau" est un superbe conte macabre ingénieusement suggéré à travers un scénario parfaitement huilé et passionnant. Le final bondissant dans ses rebondissement haletants et la stupéfiante découverte de deux pièces mortuaires passées maitres dans l'art de torturer par leur folie démesurée (le pendule et la pièce qui rétrécit les murs) achèvent de rendre un classique du cinéma d'épouvante réalisé de main de maitre sans avoir perdu de sa saveur sadienne.
19.08.10
Deep End
de Jerzy Skolimowski. 1970. Angleterre/Pologne/Allemagne. 1H31. Avec John Moulder Brown, Jane Asher, Karl Michael Vogler, Christopher Sandford, Louise Martini, Erica Beer, Anne Marie Kuster, Dieter Eppler, Diana Dors.
Dates de sortie: 18 Mars 1971 (Danemark), 10 Aout 1971 (Etats-Unis)
FILMOGRAPHIE: Jerzy Skolimowski est un cinéaste polonais né le 5 mai 1938 à Lodz en Pologne.
1961: Boks, documentaire, 1964: Signe particulier: néant, 1965: Walkower, 1966; La Barrière, 1967: le Départ, 1970: Les Aventures du brigadier Gérard, Deep end, 1972: Roi, Dame, Valet, 1978, Le Cri du Sorcier, 1981: Haut les mains, 1982: Travail au noir, 1984: Succès à tout prix, 1986: Le Bateau phare, 1989: les Eaux printanières, 1991: Ferdyduke, 2008: Quatre nuits avec Anna, 2010: Essential Killing.
Par le réalisateur polonais du Cri du sorcier (Grand Prix du Jury à Cannes 1978), Jerzy Skolimowski signait huit ans auparavant ce Deep End, aujourd’hui tombé dans un oubli aussi honteux qu’injuste.
Un ovni sensitif d’une rareté extrême, quasi introuvable, méconnu, dépeignant avec une originalité singulière les affres de l’adolescence à travers un jeune quidam de quinze ans, éperdument amoureux d’une séduisante aguicheuse majeure, égarée, nonchalante, insaisissable.
Si le film fut frappé d’une interdiction aux moins de 18 ans lors de sa sortie, c’est dû à la relation politiquement incorrecte et répréhensible que la censure bien pensante souhaitait bâillonner : l’histoire ciselée d’un amour interdit entre une adulte consentante et un mineur bouleversé.
Synopsis: Mike, garçon timide et gauche, occupe un nouveau poste de manutentionnaire dans des bains publics. Il y rencontre Susan, jeune femme instable qui accumule les conquêtes sans lendemain.
Très vite, il s’attache, se livre, s’enflamme - jusqu’à en tomber follement amoureux.
Difficile de poser un avis clair sitôt la projection terminée tant cette œuvre étonnamment moderne et hors norme ne ressemble à rien de connu. Elle déroute le spectateur sans relâche, bouscule nos habitudes, réinvente le langage cinématographique par une mise en scène ambitieuse, virtuose, affamée d’innovations.
Cette histoire d’amour étrangement pastel avant de s’assombrir brutalement dans son point d’orgue capital se révèle d’une sensibilité fragile, presque documentaire, captée au vif du réel. On pourrait la définir comme un film expérimental : une introspection viscérale des rapports humains, où les protagonistes se débattent tels des êtres fantasques et délurés, irascibles, versatiles, instables, refoulés.
Il n’est pas impossible que le spectateur s’irrite des agissements véhéments et ardents de ces personnages constamment joueurs de mesquinerie, glissant de l’amical au romantique, de l’obsession à la tragédie.
Deep End peint avec une humanité poignante et une absurdité saugrenue les rapports équivoques entre un garçon introverti et irresponsable, et une jeune allumeuse perdue, dévergondée, se réfugiant dans des liaisons insignifiantes comme substitut d’affection depuis la perte ravagée d’une mère disparue.
S’en suit un jeu cruel, un ballet insolent façon fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis, dans des contextes grotesques et démesurés, voués à mieux nous interloquer et révéler l’insolite pouvoir affectif qui régit leurs liens ambigus.
Le couple formé par John Mulder Brown et la ravissante et sensuelle Jane Asher impressionne par sa justesse : une vérité nue, des émotions à fleur de peau, un florilège de sentiments livrés avec une sincérité troublante, exaltés par une réalisation pragmatique entièrement vouée au brutalisme du réel.
NOTE : Prix du Meilleur Second Rôle Féminin (Jane Asher), BAFTA Awards 1972.
— le cinéphile du cœur noir
08.03.11CENTURION
BIO: Il s'agit du 4è long-métrage de Neil Marshall, réalisateur passionné par le cinéma d'horreur dès sa plus tendre enfance qui aura livré en 2005 une surprise de taille que personne n'attendait: offrir l'un des meilleurs survivals brut de décoffrage de ces dix dernières années !
LE SUJET: Anno Domini 117. L'empire romain s'étend de l'Egypte à l'Espagne et jusqu'à la Mer Morte à l'Est. Mais au nord de l'Angleterre, l'armée romaine se heurte à la tribu barbare des Pictes. Marcus Dias, unique survivant romain d'une attaque des Pictes, rejoint la légendaire 9ème légion du Général Titus Virilus pour détruire ses anciens agresseurs. Mais au cours d'une embuscade, le Général est fait prisonnier et Marcus se lance alors dans une lutte acharnée pour délivrer Virilus et sauver son peloton en les menant juqu'aux frontières romaines.
Après le "gloubi-boulga" à la sauce bisseuse qu'était "Domsday", forme d'hommage assumé aux séries Z italiennes des années 80, Neil Marshall se lance dans la voie du film d'action guerrier, épique et rebelle à la manière des grands succès que l'on connait tels que "Gladiator", "Braveheart", "300" et aussi le superbe et un peu trop oublié "Rob Roy".
D'un scénario de série B déjà maintes fois évoqué (la lutte de clans opposés où les gentils et les méchants divergent dans les 2 camps), Neil Marshall en tire un généreux film d'action barbare de cinéma de quartier, à feu et à sang où le fracas des armes et des lames s'entaillent dans les plaies de chair déchiquettée, sectionnée, empalée, tranchée, arrachée par ces lourds glaives de guerriers sans foi ni loi qui ne combattent que pour l'honneur et le devoir de leur patrie.
Durant la plus grosse partie de l'aventure endiablée nous allons suivre le destin d'une poignée de soldats romains, les huit derniers survivants d'un horrible massacre fustigé envers leur troupe tombée inopinément en embuscade par le clan adverse.
Ils vont alors tenter coûte que coûte à rester en vie face à ces ennemis intrépides lancés à leur trousse, totalement déterminés à se battre jusqu'au bout de leur capacité physique pour traquer sans relache leur proie quelqu'en sera le prix accordé.
Leur groupe est régi par une guerrière farouche sans aucun état d'âme qui ne vit que pour anihiler l'armée romaine sans établir aucune concession ou compassion pour l'ennemi pris en chasse !
A cause d'un passé traumatisé vilipendé par l'empire romain qui aura massacré toute sa famille sous ses propres yeux, la femme-loup, "Etais", ne jure que par vengeance à exterminer le moindre souffle romain occulté à l'horizon !
Nos huits soldats sont commandités par Marcus Dias, déjà survivant d'une attaque antérieure des Pictes. Pendant cette longue traque inlassable et impitoyable, ils vont alors tenter de retrouver ensemble leur côte romaine situé au Sud du pays, au prix de maintes efforts et trafalgards à perdre haleine.
Michael Fassbender qui interprète le soldat Marcus Dias avec persuasion en impose en virilité, hargne et courage pour son rôle d'homme combatif. Habité par l'ambition de l'hardiesse et du devoir de mener à bon terme son groupe épuisé, rendu faible par les maintes péripéties contournées, Marcus sera épris malgré tout d'une rare volonté d'affronter finalement l'adversaire.
Olga Kurylenko dans le rôle physique de la femme loup, "Etais", se révèle LA révélation du film dans son personnage de sauvageonne blessée et écorchée vive. Proprement divine, surprenante et charismatique dans son regard de louve avec son accoutrement de guerrière peinturlurée de traces bleux contournant son visage pour ne laisser percevoir aucune émotion rédemptrice face à son ennemi.
La scène du combat avec le général Virilus, dominé par un Dominic West tout en maturité dans ses expressions chevronnées montre bien l'immense douleur morale de cette femme meurtrie dans toute sa haine extériorisée, sa férocité animale et sa hargne de tuer avec une incroyable agileté. Il faut la voir trancher bestialement en quatre coups de glaive une tête littéralement arrachée de son buste ! Sans oublier son puissant cri de haine libérateur qui fait écho dans les plaines voisines.
Les séquences d'action ultra violentes, généreusement saignantes et jouissives qui parsèment la globalité du métrage dépotent un maximum dans leur aspect spectaculaire. Et cela même si la seconde partie survival lâche une baisse rythmique sans conséquence du fait des nombreux évènements que traversent sans relache nos huit héros. Des têtes sauvagement tranchées, éventrations, bras sectionnés, égorgements et membres déchiquetés dans des éclaboussures abondantes de sang giclant sur les murs et le sol souillé pour notre plus grand bonheur de cinéphile addicte à la crudité et au réalisme imposé.
Malgré l'aspect numérique de ce sang digitalisé dénaturant parfois quelque peu l'intensité et le côté viscéral de la brutalité de certaines scènes, "Centurion" offre un pur spectacle viril, un vrai film de guerrier qui suinte la sueur, la pisse, les larmes et le sang.
Dans une photographie désaturée aux teintes chromées, ce "Centurion" qui connait le sens du mot "émotion" est une nouvelle preuve d'amour que porte sur le coeur Neil Marshal en matière de cinéma de genre. Avec une générosité en diable, une soin non dissimulé pour le fait de raconter simplement l'histoire humaine d'une poignée d'hommes au courage exemplaire, prêts à se battre jusqu'à leur dernier souffle pour sortir victorieux, fiers de leur ténacité à enrayer l'ennemi redouté.
Cette aventure intense parfaitement interprétée par des acteurs investis et confirmés, traversée par un sens épique et un souffle guerrier retranscris dans de magnifiques paysages naturels, nous laisse sur un sentiment de bonheur affirmé.
Nous sommes soulagés d'avoir pû assister à un de ces métrages aussi ludiques qu'intelligents dans sa manière de traiter son spectateur à hauteur d'homme: avec respect, humilité et tradition du grand spectacle bien fait.
NOTE: la preuve qu'une saute d'humeur, une fatigue passagère ou un stress pesant peuvent parfois induire en erreur notre point de vue subjectif.
19.08.10

















