de Jerzy Skolimowski. 1970. Angleterre/Pologne/Allemagne. 1H31. Avec John Moulder Brown, Jane Asher, Karl Michael Vogler, Christopher Sandford, Louise Martini, Erica Beer, Anne Marie Kuster, Dieter Eppler, Diana Dors.
Dates de sortie: 18 Mars 1971 (Danemark), 10 Aout 1971 (Etats-Unis)
FILMOGRAPHIE: Jerzy Skolimowski est un cinéaste polonais né le 5 mai 1938 à Lodz en Pologne.
1961: Boks, documentaire, 1964: Signe particulier: néant, 1965: Walkower, 1966; La Barrière, 1967: le Départ, 1970: Les Aventures du brigadier Gérard, Deep end, 1972: Roi, Dame, Valet, 1978, Le Cri du Sorcier, 1981: Haut les mains, 1982: Travail au noir, 1984: Succès à tout prix, 1986: Le Bateau phare, 1989: les Eaux printanières, 1991: Ferdyduke, 2008: Quatre nuits avec Anna, 2010: Essential Killing.
Par le rĂ©alisateur polonais du Cri du sorcier (Grand Prix du Jury Ă Cannes 1978), Jerzy Skolimowski signait huit ans auparavant ce Deep End, aujourd’hui tombĂ© dans un oubli aussi honteux qu’injuste.
Un ovni sensitif d’une raretĂ© extrĂŞme, quasi introuvable, mĂ©connu, dĂ©peignant avec une originalitĂ© singulière les affres de l’adolescence Ă travers un jeune quidam de quinze ans, Ă©perdument amoureux d’une sĂ©duisante aguicheuse majeure, Ă©garĂ©e, nonchalante, insaisissable.
Si le film fut frappĂ© d’une interdiction aux moins de 18 ans lors de sa sortie, c’est dĂ» Ă la relation politiquement incorrecte et rĂ©prĂ©hensible que la censure bien pensante souhaitait bâillonner : l’histoire ciselĂ©e d’un amour interdit entre une adulte consentante et un mineur bouleversĂ©.
Synopsis: Mike, garçon timide et gauche, occupe un nouveau poste de manutentionnaire dans des bains publics. Il y rencontre Susan, jeune femme instable qui accumule les conquêtes sans lendemain.
Très vite, il s’attache, se livre, s’enflamme - jusqu’Ă en tomber follement amoureux.
Difficile de poser un avis clair sitĂ´t la projection terminĂ©e tant cette Ĺ“uvre Ă©tonnamment moderne et hors norme ne ressemble Ă rien de connu. Elle dĂ©route le spectateur sans relâche, bouscule nos habitudes, rĂ©invente le langage cinĂ©matographique par une mise en scène ambitieuse, virtuose, affamĂ©e d’innovations.
Cette histoire d’amour Ă©trangement pastel avant de s’assombrir brutalement dans son point d’orgue capital se rĂ©vèle d’une sensibilitĂ© fragile, presque documentaire, captĂ©e au vif du rĂ©el. On pourrait la dĂ©finir comme un film expĂ©rimental : une introspection viscĂ©rale des rapports humains, oĂą les protagonistes se dĂ©battent tels des ĂŞtres fantasques et dĂ©lurĂ©s, irascibles, versatiles, instables, refoulĂ©s.
Il n’est pas impossible que le spectateur s’irrite des agissements vĂ©hĂ©ments et ardents de ces personnages constamment joueurs de mesquinerie, glissant de l’amical au romantique, de l’obsession Ă la tragĂ©die.
Deep End peint avec une humanitĂ© poignante et une absurditĂ© saugrenue les rapports Ă©quivoques entre un garçon introverti et irresponsable, et une jeune allumeuse perdue, dĂ©vergondĂ©e, se rĂ©fugiant dans des liaisons insignifiantes comme substitut d’affection depuis la perte ravagĂ©e d’une mère disparue.
S’en suit un jeu cruel, un ballet insolent façon fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis, dans des contextes grotesques et dĂ©mesurĂ©s, vouĂ©s Ă mieux nous interloquer et rĂ©vĂ©ler l’insolite pouvoir affectif qui rĂ©git leurs liens ambigus.
Le couple formé par John Mulder Brown et la ravissante et sensuelle Jane Asher impressionne par sa justesse : une vérité nue, des émotions à fleur de peau, un florilège de sentiments livrés avec une sincérité troublante, exaltés par une réalisation pragmatique entièrement vouée au brutalisme du réel.
NOTE : Prix du Meilleur Second Rôle Féminin (Jane Asher), BAFTA Awards 1972.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
08.03.11
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