
de Aisling Walsh.2008. Irlande. 1H27. Avec Samantha Morton, Steven Mackintosh, Mhairi Anderson, David Bradley, Eva Birthistle, Brendan McCormack, Zoe Sheridan, Flora Montgomery, Orlaith Macqueen, Ron Donachie, Valerie O'Connor.
LE MYSTÈRE DES FÉES
Quatrième long métrage d’Aisling Walsh, réalisatrice et scénariste irlandaise née à Dublin en 1958, The Daisy Chain emprunte les chemins d’un drame psychologique teinté de fantastique et de suspense horrifique.
Un jeune couple emménage sur la côte anglaise, dans une région reculée, pour tenter de survivre à la perte brutale de leur enfant de trois ans. Tandis que la femme attend à nouveau un bébé, leur fragile équilibre vacille lors de leur rencontre avec Daisy, une petite fille sauvageonne et solitaire issue d’une famille discrète, elle-même frappée par le deuil après la découverte du corps de leur fils, retrouvé noyé en bord de mer. Une séquence bouleversante, d’une pudeur exemplaire, où l’émotion affleure sans jamais être surlignée.
Aisling Walsh nous raconte alors l’histoire intime d’un couple meurtri, bientôt confronté à un nouveau drame dont Martha sera l’unique témoin. C’est à cet instant qu’elle croise la route des parents endeuillés et de Daisy, leur dernière enfant. Mais la fillette à l’allure étrange, errant sans cesse dans les terrains voisins, se retrouve bientôt orpheline lorsque sa famille périt, brûlée vive dans l’incendie accidentel de leur maison. Seule survivante, Daisy échappe à la mort.
Avec son visage d’ange farouche, à la fois espiègle et hostile, Daisy attire irrésistiblement Tomas et surtout Martha, emportés par la compassion, le manque et l’affection. Pourtant, ceux qui avaient fui pour exorciser leur propre douleur se retrouvent peu à peu confrontés à une succession d’incidents troublants : une assistante sociale meurt dans un accident de voiture, un enfant manque de se noyer à l’école sous le regard de Daisy, tandis qu’un voisin, de plus en plus méfiant, semble terrifié par sa présence jugée maléfique.
Au fil des mois, Martha s’enferme dans un besoin maternel irrépressible, prête à tout pour protéger, aimer et éduquer la jeune fille, au point de vouloir l’inscrire dans une nouvelle école. Mais la population, alarmée par la répétition de ces événements inquiétants, murmure bientôt que Daisy serait une fée échangée…
Avec une trame délicate et profondément sensible, Aisling Walsh aborde un thème rare dans le cinéma fantastique — le monde des fées — en privilégiant l’approche psychologique. Les personnages, brisés et esseulés par leur passé, tentent désespérément de renouer avec le bonheur et d’accueillir une nouvelle vie. Mais l’arrivée de cette enfant perturbée, privée de ses parents, fait basculer le drame humain vers un fantastique de la suggestion, jamais explicite.
Car le mystère Daisy demeure entier.
Est-elle l’incarnation du mal ? Une fée échangée ?
Ou simplement une enfant autiste, mentalement fragile, involontairement perverse ?
Là où le film gagne en crédibilité, c’est dans ce subtil équilibre entre rationalité et superstition sombre, nourrie de résonances celtiques et de croyances macabres, en filigrane d’Halloween. La mise en scène s’appuie également sur une interprétation sobre et naturaliste. Steven Mackintosh et surtout Samantha Morton livrent un portrait poignant de parents déchirés : une mère partagée entre l’amour obsessionnel pour cette enfant adoptive et un mari de plus en plus suspicieux, se retirant peu à peu jusqu’à l’abandon.
Mais la révélation du film reste la jeune Daisy, incarnée avec un naturel troublant par Mhairi Anderson. Sa morphologie étrange, son regard en demi-teinte, à la fois patibulaire et enfantin, la rendent glaciale, dérangeante, presque malsaine, tout en suscitant une compassion ambiguë. Le spectateur oscille sans cesse entre pitié et effroi, incapable de décider s’il doit la craindre ou la plaindre.
Dans de vastes paysages irlandais filmés sous un ciel d’automne blafard, The Daisy Chain s’impose comme une excellente surprise du cinéma fantastique, abordé avec intelligence, au premier degré, sans aucun effet tapageur. Sa conclusion, poignante et profondément dérangeante, laisse un goût amer : les rôles semblent inversés, la vérité logée dans le cœur d’une enfant ayant arraché une naissance à la mort.
Dernière image : un visage d’ange maudit, figé dans un plan fixe.
Un regard rigide, austère.
Le mystère Daisy… ou le mystère d’une fée.
12.08.10
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