mardi 8 mars 2011

Amerrika

                             (Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

de Cherien Dabis. 2009. U.S.A. 1h32. Avec Nisreen Faour, Melkar Muallem, Hiam Abbass, Alia Shawkat, Jenna Kawar, Selena Haddad, Yussuf Abu-Warda, Joseph Ziegler, Andrew Sannie, Daniel Boiteau...

Prix de la critique, Cannes 2009
                    
Le pitch :
Mouna, mère divorcée, décide avec son fils de quitter la Palestine occupée pour tenter l’exil en Amérique, où réside sa sœur depuis plus de quinze ans.

À travers ce départ contraint, la réalisatrice Cherien Dabis esquisse le portrait d’une mère optimiste, courageuse et fougueuse, résolue à fuir un quotidien asphyxié par l’occupation militaire pour offrir à son fils une seconde chance. L’Amérique, souvent fantasmée comme terre d’accueil et de liberté, se révèle pourtant moins hospitalière que prévue. En plein conflit contre l’Irak et obsédée par la figure de Saddam Hussein, la nation s’enferme dans la peur. Les désillusions s’enchaînent, fragilisant peu à peu l’élan de ces deux réfugiés.

Ancienne banquière, Mouna remue ciel et terre pour retrouver un emploi administratif, mais sa ténacité se heurte à une réalité brutale : elle échoue derrière le comptoir d’un fast-food, reléguée à un travail manuel humiliant. Pendant ce temps, son fils Fadi peine à s’intégrer au collège, confronté aux brimades et aux relents racistes de camarades prompts à désigner l’étranger comme cible.
 
Cherien Dabis choisit de capter les instants ordinaires, presque anodins, du quotidien de cette petite famille immigrée. Elle nous y immerge avec douceur, pour mieux révéler la difficulté d’insertion dans une Amérique devenue paranoïaque et hostile après les attentats du 11 septembre 2001. La cohabitation chez la sœur de Mouna s’avère tout aussi tendue : conflits conjugaux latents, belle-sœur autoritaire, père inquiet face aux bulletins d’information saturés de violence, adolescente rebelle fumant du shit comme un acte banal de liberté. Fadi s’en imprègne, glisse à son tour vers les codes adolescents américains - drogue, langage cru, vêtements provocateurs - dans un besoin viscéral d’affirmation identitaire.
 
 
Sans jamais verser dans le pathos, le film restitue le malaise profond de cette famille palestinienne tentant simplement d’exister, d’être reconnue comme ordinaire, digne d’amabilité, de respect et de tolérance.

Comment accepter la différence dans un pays entré en guerre, prompt à renverser les statues de dictateurs mais aveugle à ses propres bavures ? Comment pardonner l’erreur humaine quand les victimes civiles - irakiennes ou palestiniennes - sont tues par les médias ? Grâce à la bienveillance d’un professeur d’origine juive et à leur fierté intacte, Mouna et Fadi retrouvent peu à peu un sens à leur exil. Une force intérieure renaît, leur permettant d’affronter une société méfiante, parfois lâche, souvent hostile.

Nisreen Faour incarne Mouna avec une intensité bouleversante. Mère courageuse et combative, mais aussi désemparée, écrasée par la violence sourde d’un pays apeuré, incapable de se penser autrement que dans le rejet. Par sa bonhomie chaleureuse, son humanité débordante et sa fragilité assumée, Faour est admirable : belle de pudeur, de dignité et de vaillance, refusant de se laisser broyer par les préjugés, l’intolérance et l’autoritarisme rampant.

Amerrika est un témoignage racial et social d’une justesse exemplaire, reflet troublant de nos sociétés contemporaines face à la peur de l’étranger. Mais c’est aussi, et surtout, un magnifique portrait de femme humble et profondément humaine. Un film simple, vibrant, salutaire, qui ne s’abandonne jamais à la sensiblerie. Son final, d’une grande sobriété, s’achève sur une image d’espoir : une soirée partagée dans un restaurant palestinien en Amérique, fragile parenthèse de convivialité, de générosité et de bonheur retrouvé.

le cinéphile du cœur noir 🖤

11.08.10.

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