Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com
de Peter Carter. 1977. U.S.A/Canada. 1h39. Avec Hal Holbrook, Lawrence Dane, Robin Gammell, Ken James, Gary Reineke, Murray Westgate, Jack Creley, Michael Zenon.
Sortie salles France: 14 Avril 1982. Canada: 21 Juillet 1977FILMOGRAPHIE: Peter Carter est un réalisateur et producteur britannique né le 8 Décembre 1933 en Angleterre, décédé le 3 juin 1982 à Los Anglees. 1972: The Rowdyman. 1977: Rituals. 1978: High Ballin. 1980: Klondike Fever. 1982: Highpoint.
Ils étaient cinq… pour le bout du monde. Le destin vengeur les avait réunis.
Rituals est un survival à mi-chemin entre le notoire Délivrance, sorti cinq ans plus tôt, et le désormais classique Survivance de Jeff Lieberman, daté de 1981 ou encore Sans Retour de Walter Hill. Totalement sombré dans l’oubli, disparu des étagères poussiéreuses de nos vieux rayons VHS, ce film oppressant à l’atmosphère moite et poisseuse s’avère pourtant aussi ensorcelant que subtil, exploitant avec dignité un genre trop souvent tributaire d’un gore outrancier.
Le pitch : cinq amis d’enfance s’exilent six jours en forêt pour profiter d’une partie de chasse. Mais rapidement, d’étranges événements viennent troubler l’ambiance estivale.
Dès son préambule, difficile de ne pas penser au chef-d’œuvre de John Boorman, tant Rituals en épouse les contours : un groupe d’hommes arpentant une nature sauvage, bientôt confronté à une menace invisible. Porté par une distribution solide de seconds couteaux bien connus des amateurs (Hal Holbrook / Creepshow, Lawrence Dane / Scanners, Happy Birthday to Me), Rituals puise sa force dans une progression dramatique rigoureuse et une ambiance anxiogène savamment maîtrisée.
Par touches successives, les protagonistes subissent des incidents volontairement orchestrés : le vol des bottes dès la première nuit, une ruche jetée au sol libérant un essaim d’abeilles, des pièges à ours dissimulés dans la rivière… Une série d’épreuves aussi imprévues que cruelles, qui désoriente nos baroudeurs et les pousse à bout. À ce titre, saluons l’utilisation remarquable des décors décharnés, arides, opaques ou vertigineux, qui transcendent l’espace sylvestre en une nature baroque, sensorielle et hostile. Un silence pesant plane sur ces végétations démesurées, tandis que nos héros s’y enfoncent sous un soleil écrasant. Peu à peu, Rituals gagne en tension, en intensité, sans jamais céder à l’esbroufe ni aux débordements gore - si ce n’est quelques plans crapoteux du plus bel effet (la main arrachée par une décharge de chevrotine, la tête encastrée sur un piquet).
Le réalisateur manie la suggestion avec intelligence : la menace, toujours perçue à distance, souvent filmée en caméra subjective, reste invisible, feutrée jusqu’aux dernières minutes, renforçant la sensation de descente aux enfers. Peter Carter enrichit aussi le récit d’une densité psychologique : ses personnages sont éprouvés, tourmentés, désespérés, épuisés, marqués par des fautes anciennes.
Dans le rôle du médecin pusillanime, Lawrence Dane livre une interprétation fébrile, toute en sobriété, malgré quelques emportements face à son rival. Face à lui, Hal Holbrook incarne un baroudeur stoïque, empreint de dignité mais non dénué d’ambiguïté, notamment lorsqu’il décide peu à peu d’abandonner un partenaire grièvement blessé. Ce conflit d’autorité, nourri par leur houleuse relation, amplifie la dimension tragique - voire franchement pathétique - de ce périple cauchemardesque, culminant dans un final d’une âpreté brutale.
"Rituals, le chaînon manquant du survival".
Malgré sa réputation de rareté injustement reléguée à l’oubli, Rituals s’impose comme un remarquable archétype du survival. Certes, il ne rivalise pas tout à fait avec son modèle inégalé Délivrance. Mais sa distribution non manichéenne, son regard amer sur la nature humaine, la beauté inquiétante de ses décors naturels désaturés et cette atmosphère malsaine, diffuse, qui ronge en silence, rendent ce cauchemar fiévreux étonnamment plausible, envoûtant et insidieux. Rituals mérite donc largement d’être redécouvert, pour ce qu’il est vraiment. Un cri étouffé dans la forêt en forme d'écho évanescent. Une trace de sang séchée sur l’écorce, qui laisse des traces bien après la générique sans pouvoir y sortir indemne (superbe plan final dignement mutique que l'on pourrait assimiler à Hitcher de Robert Harmon).
— le cinéphile du cœur noir
— le cinéphile du cœur noir
28.11.25. 3èx. Vostf
17.08.21.
09.03.11
09.03.11




Je le regarde aussi prochainement, je suis débordé, la caverne déborde :-)
RépondreSupprimerOn ne sait plus ou donner de la tête !
RépondreSupprimerRituals est une excellente surprise !