vendredi 29 juin 2012

STAND BY ME

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

de Rob Reiner. 1986. U.S.A. 1h29. Avec Wil Wheaton, River Phoenix, Corey Feldman, Jerry O'Connell, Gary Riley, Kiefer Sutherland, Casey Siemaszko, Bradley Gregg, Jason Olivier, Marshall Bell.

Sortie salles France: 25 Février 1987. U.S: 8 Août 1986

FILMOGRAPHIE: Rob Reiner est un acteur, producteur, scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 6 Mars 1947 dans le Bronx de New-York. 1984: Spinal Tap. 1985: Garçon chic pour nana choc. 1986: Stand By Me. 1987: Princess Bride. 1989: Quand Harry rencontre Sally. 1990: Misery. 1992: Des Hommes d'honneur. 1994: L'IrrĂ©sistible North. 1995: Le PrĂ©sident et Miss Wade. 1996: Les FantĂ´mes du passĂ©. 1999: Une Vie Ă  Deux. 2003: Alex et Emma. 2005: La Rumeur Court. 2007: Sans plus attendre. 2010: Flipped.


RĂ©alisateur Ă©clectique, Rob Reiner s'inspire en 1986 d'une nouvelle de Stephen King (Le Corps parue Ă  travers DiffĂ©rentes Saisons) pour entreprendre avec Stand By Me un hommage Ă©lĂ©giaque Ă  l'enfance dans toute sa candeur et vulnĂ©rabilitĂ©. EtĂ© 1959, Oregon. Une bande de quatre amis insĂ©parables dĂ©cide de partir deux jours en randonnĂ©e forestière pour tenter de retrouver le corps d'un adolescent rĂ©cemment disparu. Cette dĂ©couverte macabre changera Ă  jamais leur destin et leur manière d'apprĂ©hender le monde.


De manière sous-jacente, la mort plane sur les frĂŞles Ă©paules de nos hĂ©ros en culotte courte durant leur cheminement initiatique acheminĂ© vers une trouvaille morbide. Avec simplicitĂ©, humour et beaucoup de tendresse, Rob Reiner apporte un soin humaniste Ă  caractĂ©riser nos quatre adolescents dĂ©bordant de vigueur Ă  travers leur tempĂ©rament dĂ©brouillard, mais aussi de malaise existentiel et de rancoeur, faute d'une dĂ©mission parentale. Tant auprès de Gordie Lachance, rejeton dĂ©nigrĂ© par ses parents depuis la mort accidentelle de son frère aĂ®nĂ©, de Chris Chambers, gamin rĂ©voltĂ© issu d'une famille Ă  la rĂ©putation galvaudĂ©e et malencontreusement accusĂ© de vol auprès d'un particulier perfide, ou encore de Teddy Duchamp, casse-cou irascible et provocateur, violentĂ© par son paternel, ancien vĂ©tĂ©ran du dĂ©barquement de Normandie. Seul, Vern Tessio, gamin bedonnant plutĂ´t maladroit et trouillard semble hĂ©ritĂ© d'une filiation placide. Ainsi, Ă  travers leur escapade bucolique jalonnĂ©e de pĂ©ripĂ©ties impromptues (telle cette dĂ©convenue avec une bande de dĂ©linquants majeurs, ou leur course effrĂ©nĂ©e sur un pont ferroviaire afin d'Ă©viter de plein fouet un train lancĂ© Ă  vive allure !), nous suivons leurs vicissitudes insouciantes, entre blagues de potache, conflits caractĂ©riels et prise de conscience existentielle. Rob Reiner s'attachant surtout Ă  accorder un peu plus d'empathie et d'intĂ©rĂŞt envers les personnages fragilisĂ©s de Gordie et Chris. Les enfants malchanceux les plus discrĂ©ditĂ©s de leurs parents, et donc les mieux aptes Ă  comprendre l'apprentissage de la maturitĂ© de par leur libre arbitre. Par consĂ©quent, durant leur pĂ©riple, notre duo n'aura de cesse de s'Ă©changer des confidences intimistes pour se rĂ©conforter d'une absence affective, cette solitude Ă©crasante mise en cause par la dĂ©sunion de la cellule familiale.


Entre deux crises de fous-rire, prises de becs, peur panique du bruit dans la nuit et discorde avec des rouleurs de mĂ©caniques, nos quatre baroudeurs vont cĂ´toyer pour la première fois le vrai visage informe de la mort. Il en ressortira de cette excursion peu commune une expĂ©rience mystique auprès de la cruautĂ© de l'existence si bien que cette bonhomie de l'enfance s'avère Ă©phĂ©mère pour laisser place Ă  la maturitĂ© de l'expĂ©rience. A travers le monologue nostalgique d'un narrateur aujourd'hui Ă©panoui d'une aubaine conjugale et d'une rĂ©ussite professionnelle, la destinĂ©e de Gordie Lachance en sort grandie et victorieuse. Alors que certains de ces meilleurs camarades n'auront eu cette faveur idĂ©aliste de par leur parcours antinomique. Ainsi, de cette rĂ©miniscence infantile y rĂ©sulte une Ă©motion bouleversĂ©e de ce que les alĂ©as de la vie peuvent rĂ©server Ă  chacun d'entre nous. Que le hasard n'est point une coĂŻncidence et que le destin peut parfois malencontreusement vilipender l'un d'entre nous. Mais que la fraternitĂ© et l'amour restent des valeurs sĂ»res pour pouvoir profiter du temps prĂ©sent, surtout lors d'une Ă©poque charnière de l'insouciance oĂą les prises de risques peuvent nous ĂŞtre inconsidĂ©rĂ©es.


Au coeur de l'amitié
Poésie lyrique à l'épanouissement de la jeunesse, hymne à l'amitié dans toute sa candeur, Stand by me est une déclaration d'amour à la magie de l'enfance mais aussi une prévoyance à l'ascension de la puberté. L'incroyable bonhomie naturelle de nos quatre adolescents et sa tendresse émanant de chaque tempérament nous menant finalement vers une élégie déchirante. Rob Reiner nous transcendant avec lyrisme une réminiscence infantile alliée au mérite de l'amitié et à cette fuite irrémédiable du temps présent.

A River Phoenix et Pascal, mon frère de coeur...
29.06.12. 4èx
Bruno Matéï

jeudi 28 juin 2012

VIERGES POUR LE BOURREAU (Il boia scarlatto)



                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fastmovieblog.blogpost.com


de Massimo Pupillo. 1965. Italie/U.S.A. 1h23. Avec Mickey Hargitay, Walter Brandi, Moa Tahi, Alfredo Rizzo, Rita Klein, Femi Benussi, Luisa Baratto, Gino Turini, Ralph Zucker, Barbara Nelli, Albert Gordon.

FILMOGRAPHIE: Massimo Pupillo est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 7 Janvier 1929 à San Severo.
1961: Teddy, l'orsacchiotto vagabondo (doc). 1965: 5 Tombes pour un médium (le cimetière des morts-vivants). 1965: Vierges pour le bourreau. 1965: La Vendetta di Lady Morgan. 1968: Django le taciturne. 1970: Giovane Italia, Giovane Europa - Marternick (télé-film). 1970: L'Amore, questo Sconosciuto. 1980: Sajana, l'audace impresa


Un bourreau azimuté reprend du service pour embrigader une équipe de comédiens dans son château et leur perpétrer d'horribles tortures inquisitrices.


TournĂ© la mĂŞme annĂ©e que le charmant classique Cimetière des Morts-vivants (avec Barbara Steele !), Vierges pour le Bourreau est une peloche du samedi soir aussi ludique qu'hilarante dans son dĂ©lire festif dĂ©crĂ©tĂ© par un bourreau Ă©carlate en survĂŞtement rouge ! Le scĂ©nario tirĂ© par les cheveux est dĂ©jĂ  un mets de choix dans son inspiration hĂ©ritĂ©e du Masque du DĂ©mon ou plutĂ´t des fameux pulps pour adultes imprimĂ©s sur papier dĂ©crĂ©pi par souci d'Ă©conomie. D'ailleurs, les amateurs penseront sans doute au cĂ©lèbre roman photo, Satanik, publiĂ© la mĂŞme annĂ©e au pays transalpin, qui narrait les mĂ©faits d'un mystĂ©rieux criminel vĂŞtu d'une combinaison de squelette, torturant sans modĂ©ration de charmantes donzelles dĂ©vĂŞtues. Après son prĂ©lude influencĂ© par le chef-d'oeuvre de Bava auquel un bourreau dĂ©lĂ©tère condamnĂ© Ă  mort promet de revenir se venger quelques siècles plus tard, un photographe et sa troupe de comĂ©diens investissent un château rĂ©putĂ© abandonnĂ© afin de rĂ©aliser une sĂ©ance photos pour la publication d'un roman d'horreur. Mais la demeure est nĂ©anmoins dĂ©jĂ  rĂ©sidĂ©e par un Ă©trange propriĂ©taire renfrognĂ©, Ă©paulĂ© de ces géôliers tout aussi acariâtres. Il reconnait in extremis parmi les invitĂ©s une de ces anciennes idylles ! Dès lors, le majordome prĂ©alablement rĂ©ticent Ă  accueillir ses nouveaux hĂ´tes se rĂ©tracte pour finalement accorder sa grâce. Bien entendu, c'est dans ce manoir mĂŞme que notre bourreau sanguinaire fut jadis condamnĂ© au supplice de la Vierge de Nuremberg, et des morts mystĂ©rieuses ne vont pas tarder Ă  se manifester ! Notre fantomas en pijama rouge semble donc revenir de l'au-dela pour accomplir ses nouvelles exactions Ă  l'aide d'instruments de torture moyenâgeux !
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Hormis une première partie frivole et aseptisĂ©e, la suite est heureusement rattrapĂ©e par un dĂ©lire excentrique digne d'un carnaval dĂ©lurĂ© ! Le bourreau masquĂ© façon "Zorro" (qui n'est autre que le propriĂ©taire du château, sĂ©vèrement fĂŞlĂ© de la casquette !) accomplit ses tortures avec une hargne insolente et une fougue inĂ©branlable ! Certaines de ces Ă©preuves mises en scène avec une diabolique inventivitĂ© sont si incongrues qu'elles n'ont rien Ă  envier aux agissements du Dr Phibes ou Jigsaw, illustres tortionnaires concurrentiels des dĂ©cennies Ă  venir. A ce titre, la sĂ©quence oĂą l'une de nos protagonistes est emprisonnĂ©e par des cordelettes constituant une gigantesque toile d'araignĂ©e est un moment jouissif dĂ©licieusement extravagant. Surtout sachant que si l'une des cordes contractĂ©es venait Ă  rompre, une flèche s'Ă©lancerait violemment en direction de la victime pour venir la transpercer ! A partir du moment oĂą le bourreau sanguinaire dĂ©voile son vĂ©ritable visage et dĂ©cide d'entamer sans vergogne ses crimes sadiques, le film prend une tournure pittoresque irrĂ©sistible. D'autant plus que notre antagoniste dĂ©ficient s'en donne Ă  coeur joie Ă  exprimer avec fiertĂ© son exaltation pour accomplir ses odieux supplices. Les potiches dĂ©vĂŞtues et embrigadĂ©es crient leur agonie, les hommes pugnaces tentent tant bien que mal de se dĂ©mĂŞler de leur filet et le bourreau extraverti jubile Ă  outrance devant tant de fertile festivitĂ© !


Hormis un début paresseux sans éclat, Vierges pour le Bourreau se révèle à mi-parcours un savoureux nanar où les péripéties s'enchaînent sans répit avec le dynamisme d'une mise en scène assidue. Les combats de catch et les mises à morts pernicieuses sont illustrés avec ferveur dans des décors gothiques aux teintes colorées ! En prime, la cocasserie des dialogues exprimés par des trognes de seconde zone, son scénario farfelu et son ambiance rétro ne pourront que réjouir l'amateur puriste de bisserie saugrenue !

Dédicace à Artus Films
28.06.12. 2èx
Bruno Matéï

                                    

mercredi 27 juin 2012

Rusty James / Rumble Fish

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.pinterest.com

de Francis Ford Coppola. 1983. U.S.A. 1h34. Avec Matt Dillon, Mickey Rourke, Diane Lane, Dennis Hopper, Diana Scarwid, Vincent Spano, Nicolas Cage, Chris Penn, Laurence Fishburne, William Smith.

Sortie salles France: 15 Février 1984. U.S: 21 Octobre 1983

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Francis Ford Coppola est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 7 Avril 1939. 1963: Dementia 13. 1966: Big Boy. 1968: La VallĂ©e du Bonheur. 1969: Les Gens de la pluie. 1972: Le Parrain. 1974: Conversation Secrète. Le parrain 2. 1979: Apocalypse Now. 1982: Coup de coeur. 1983: Outsiders. Rusty James. 1984: Cotton Club. 1986: Peggy Sue s'est mariĂ©e. 1987: Jardins de Pierre. 1988: Tucker. 1989: New-York Stories. 1990: Le Parrain 3. 1992: Dracula. 1996: Jack. 1997: l'IdĂ©aliste. 2007: l'Homme sans âge. 2009: Tetro. 2011: Twixt.

 
Entrepris la mĂŞme annĂ©e que Outsiders et, une fois encore, adaptĂ© d’un roman de Susan Eloise Hinton, Francis Ford Coppola se montre plus ambitieux avec Rusty James. VĂ©ritable expĂ©rience cinĂ©gĂ©nique, imprimĂ©e de la personnalitĂ© baroque du cinĂ©aste. Fable sur la lassitude, la fuite du temps et l’aliĂ©nation existentielle, cette errance fantasmatique de deux frères entravĂ©s envoĂ»te les sens par une mise en scène expĂ©rimentale Ă  l’esthĂ©tique expressionniste. Ă€ travers ce tableau dĂ©risoire d’une jeunesse dĂ©sĹ“uvrĂ©e, laminĂ©e par l’ennui, le chĂ´mage et la dĂ©mission parentale, Rusty James rĂŞve de devenir le leader des gangs de rue, Ă  l’image de son frère aĂ®nĂ© Motorcycle, lĂ©gende urbaine dĂ©chue. Vaillant et pugnace, Rusty James ne possède pourtant ni l’adresse ni l’intelligence instinctive de son aĂ®nĂ© pour s’imposer comme chef de bande. Ses infidĂ©litĂ©s, l’absence d’un père alcoolique et la disparition inexpliquĂ©e de sa mère l’amènent Ă  se focaliser sur la rĂ©putation mythifiĂ©e de son frère, dans l’espoir d’y trouver un sens Ă  sa terne existence. Mais le hic demeure : l’ancienne icĂ´ne des bandes s’est rĂ©tractĂ©e, refusant de renouer avec une vie marginale jalonnĂ©e de rixes hĂ©roĂŻques. Penseur mutique, prisonnier de songes autonomes, Motorcycle n’aspire plus qu’Ă  errer dans la petite contrĂ©e d’Oklahoma, murmurant Ă  l’oreille de Rusty que les combats de rue ne mènent qu’Ă  une impasse.

                                        

Avec sa bande-son aussi idoine que dĂ©calĂ©e, ses bruitages industriels lancinants et sa photographie monocorde d’une splendeur hypnotique, Coppola façonne une Fureur de vivre muĂ©e en Ă©lĂ©gie existentielle. La distribution s’avère tout aussi inspirĂ©e : Matt Dillon, habitĂ© d’une fougue brute, fait face Ă  son frère taciturne incarnĂ© par un Mickey Rourke fantomatique, entourĂ©s d’une galerie de seconds rĂ´les marquants - Dennis Hopper en paternel alcoolique dĂ©chu, Chris Penn et Nicolas Cage en rebelles vaniteux, ou encore la suave Diane Lane en dulcinĂ©e trahie. Rusty James demeure ainsi une Ĺ“uvre atypique, oĂą l’atmosphère irrĂ©elle insuffle un sentiment d’Ă©chappĂ©e Ă  travers le profil galvaudĂ© de deux frères esseulĂ©s, privĂ©s de leur propre identitĂ©. Ce besoin de fuite en avant vers l’immensitĂ© d’un ocĂ©an azur, cette soif de libertĂ© latente exprimĂ©e par un Motorcycle mĂ©ditatif, compose un poème dĂ©senchantĂ© sur la fuite - furtive - du temps et l’Ă©chec personnel. Une temporalitĂ© rĂ©cursive rappelant que le passage Ă  l’âge adulte ne devient franchissable qu’au prix d’une vocation nouvelle, plus sociable, plus rĂ©signĂ©e.
 
 
Chef-d’Ĺ“uvre contemplatif, plus substantiel, abstrait et art et essai que son cadet Outsiders, sur lequel le temps semble n’avoir aucune prise, Rusty James demeure un moment de cinĂ©ma prĂ©cieux. Un partage d’Ă©motions troubles entre deux frères, portĂ© par un humanisme Ă  la fois torturĂ© et romanesque. Sublime, et d’une sidĂ©rante modernitĂ© dans son Ă©crin rĂ©tro, le film rend un hommage vibrant aux rĂ©cits de bandes des annĂ©es 50.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

La chronique d'Outsiders: http://brunomatei.blogspot.fr/2011/11/outsiders-outsiders.html

26.10.22. 4èx. Vost
27.06.12.

                                     

mardi 26 juin 2012

THE CROSSING GUARD

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com   

de Sean Penn. 1995. U.S.A. 1h51. Avec Jack Nicholson, David Morse, Anjelica Huston, Robin Wright, Piper Laurie, Richard Bradford, Priscilla Barnes, David Baerwald, Robbie Robertson, John Savage.

Sortie salles France: 15 Novembre 1995. U.S: 16 Novembre 1995

FILMOGRAPHIE: Sean Penn est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, producteur amĂ©ricain, nĂ© le 17 AoĂ»t Ă  1960 Ă  Santa Monica, en Californie. 1991: The Indian Runner. 1995: The Crossing Guard. 2001: The Pledge. 2007: Into The Wild. Prochainement: The Comedian


Un père de famille décide de se faire justice lui même après avoir appris la libération du chauffard, responsable de la mort accidentelle de sa fillette de 7 ans.


Après son premier coup de maître, Indian Runner, qui illustrait la quête existentielle d'un belligérant du Vietnam de retour dans son pays, Sean Penn revient quatre ans plus tard pour nous évoquer avec The Crossing Guard le deuil insurmontable d'un père de famille rongé par la haine et la vengeance.
Avec en tête d'affiche le monstre sacré Jack Nicholson, épaulé du non moins brillant David Morse, mais aussi de seconds rôles féminins peu communs (Angelica Huston et Robin Wright, divines de candeur fluette !), ce drame psychologique s'exacerbe un peu plus au fil d'un cheminement tortueux et indécis. En réalisateur empli d'humanisme, Sean Penn transforme une simple histoire de vengeance en poème opaque auquel les thèmes de la culpabilité, la rancoeur, le pardon et la vengeance sont transcendés par une mise en scène auteurisante réfutant les traditionnelles conventions. Ce face à face poignant entre un père de famille désabusé et un ancien chauffard ivre, responsable de la mort accidentelle de sa petite fille, se déroule de façon inopinée pour mettre en valeur leurs états-d'âme galvaudée. Sa densité narrative est de mettre en exergue le profil torturé de ces deux hommes psychologiquement anéantis par le deuil d'une innocence infantile. Le défunt paternel, habité par la rancune et la haine, se morfond lamentablement dans l'alcool et accumule les conquêtes d'un soir dans un night club de streap-tease avant de daigner commettre l'irréparable ! Alors que le coupable, dégagé de l'équité d'avoir purgé une peine de cinq ans de réclusion, prolonge sa condamnation dans les tourments de la culpabilité et du remord.


Avec l'entremise d'épisodes souvent impondérables, parfois teintées d'ironisme (la cliente hautaine de la bijouterie, la 1ère altercation entre les deux hommes dans la caravane) ou de plages de poésie prude (l'intrusion de Freddy dans la chambre de la fillette asiatique et l'épilogue crépusculaire confiné à un recueillement funéraire !), The Crossing Guard surprend par son iconoclasme et son empathie dépouillée. Comment surmonter son deuil d'avoir perdu sa chair de sang vertueuse et comment trouver la quiétude après sa soudaine disparition inéquitable ? Ce sentiment d'injustice et ce désir de justice expéditive est décuplé par un père de famille chétif, incapable de pouvoir réfréner ses pulsions malsaines liées au trépas punitif.
Si le coupable tente d'entamer de façon aléatoire une liaison amoureuse avec une jeune femme inapte à supporter son poids de culpabilité, sa peur et ses doutes de devoir trépasser sous les balles d'un justicier opiniâtre le contraint malgré tout à se défendre en désespoir de cause.
Sean Penn démontre ici que la victime et le coupable sont étroitement liés dans leurs névroses intrinsèques où culpabilité pour l'un et rancoeur pour l'autre vont les contraindre à s'affronter dans une démarche suicidaire afin de mettre un terme à leur affliction commune.


Emprunt de lyrisme et dĂ©bordant d'humanisme rĂ©dempteur, The Crossing Guard interpelle dans son discours pacificateur imparti au pardon, Ă  contrario de la rancoeur vindicative. Ce drame intense et bouleversant doit Ă©galement son impact Ă©motionnel grâce Ă  l'interprĂ©tation d'illustres comĂ©diens (l'immense Nicholson dĂ©ambule Ă  la manière d'un fantĂ´me discrĂ©ditĂ©), sa structure narrative anticonformiste, sa mise en scène gracile et enfin son tube nonchalant, I miss you, interprĂ©tĂ© par la voix singulière de Bruce Springsteen.

26.06.12. 2èx
Bruno Matéï

lundi 25 juin 2012

Le Monstre est vivant. Prix Spécial du Jury à Avoriaz 1975

                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinechange.com

"It's Alive" de Larry Cohen. 1974. U.S.A. 1h31. Avec John P. Ryan, Sharon Farrell, James Dixon, William Wellman Jr, Shamus Locke, Andrew Duggan, Guy Stockwell, Daniel Holzman, Michael Ansara, Robert Emhardt.

Récompense: Prix Spécial du Jury à Avoriaz, 1975

FILMOGRAPHIE: Larry Cohen est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 15 Juillet 1941. Il est le crĂ©ateur de la cĂ©lèbre sĂ©rie TV, Les Envahisseurs. 1972: Bone, 1973: Black Caesar, Hell Up in Harlem, 1974: Le Monstre est vivant, 1976: Meurtres sous contrĂ´le, 1979: Les Monstres sont toujours vivants, 1982: Epouvante sur New-York, 1985: The Stuff, 1987: La Vengeance des Monstres, Les Enfants de Salem, 1990: l'Ambulance. - Comme Producteur: Maniac Cop 1/2/3. - Comme ScĂ©nariste: Cellular, Phone Game, 3 Ă©pisodes de Columbo.

Un puissant plaidoyer pour l'amour parental.
Le pitch : une femme accouche d’un bĂ©bĂ© monstrueux dans un hĂ´pital. LibĂ©rĂ© dans la nature et confinĂ© dans les Ă©gouts, le bambin perpĂ©tue une vague de crimes. La police locale entame une traque impitoyable, tandis que les parents tentent de dĂ©chiffrer leur Ă©ventuelle responsabilitĂ©.

Gros succès international malgrĂ© son Ă©chec Ă  sa première sortie U.S. (il ne rencontrera la notoriĂ©tĂ© qu’après une ressortie trois ans et demi plus tard), Le Monstre est vivant doit beaucoup de son impact Ă©motionnel au thème dĂ©licat de l’enfance galvaudĂ©e. Car Ă  partir d’une idĂ©e incongrue, Ă  la limite du grotesque — un bĂ©bĂ© monstre commet une sĂ©rie de meurtres dans une paisible bourgade, qui l’eĂ»t cru ? — Larry Cohen extrait un film d’horreur intelligent, dont la force tient Ă  son traitement social, Ă©vitant toute surenchère. LĂ  oĂą d’autres cinĂ©astes, plus cupides ou moins scrupuleux, auraient sombrĂ© dans le grand-guignol racoleur (il suffit de jeter un Ĺ“il, mĂŞme furtif, Ă  l’horripilant remake DTV de Josef Rusnak…), Cohen s’applique au contraire Ă  prendre son sujet Ă  bras-le-corps.


Il en rĂ©sulte un drame humain Ă  la fois poignant — le cruel Ă©pilogue, d’une acuitĂ© dramatique rare, provoque une empathie insoupçonnĂ©e envers le nourrisson terrorisĂ© —, rigoureux et profondĂ©ment inquiĂ©tant. La culpabilitĂ© des parents dĂ©semparĂ©s, les exactions du bĂ©bĂ©, tout concourt Ă  renforcer l’opacitĂ© d’une ambiance feutrĂ©e. Le prologue anthologique — un accouchement virant Ă  l’horreur pure — en est une parfaite illustration : un mĂ©decin ensanglantĂ© trĂ©buche hors de la salle d’opĂ©ration. Il n’en faut pas plus Ă  Cohen pour vĂ©hiculer un climat anxiogène abrupt. Le père, alertĂ© par cette apparition grotesque, se prĂ©cipite vers la salle et dĂ©couvre avec effroi l’horrible carnage. Tous les membres du personnel ont Ă©tĂ© sauvagement mutilĂ©s par le nourrisson difforme et carnassier — seule la mère, en Ă©tat de marasme, a Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©e. ÉchappĂ© de l’hĂ´pital, l’enfant sème la terreur et semble vouloir retrouver son cocon parental.
 

Avec une sobriĂ©tĂ© admirable, et en Ă©vitant autant que possible de dĂ©voiler l’apparence du monstre par des plans laconiques, Le Monstre est vivant se transforme en traque implacable orchestrĂ©e par les forces de l’ordre. Mais pendant que la police s’acharne, les parents, dĂ©sĹ“uvrĂ©s, se consument dans une culpabilitĂ© rongeante. Larry Cohen, avec beaucoup d’humanisme, explore leurs Ă©tats d’âme, broyĂ©s par la honte, la stupeur, l’incomprĂ©hension. Leur dĂ©tresse rĂ©sonne comme un cri d’impuissance dans une sociĂ©tĂ© drastique, amorale — oĂą les mĂ©dias, en quĂŞte de sensationnalisme, s’acoquinent Ă  une police expĂ©ditive, incapable de traiter avec nuance le cas d’un monstre infantile privĂ© de lien familial.

Le droit Ă  la diffĂ©rence est ici mis Ă  mal pour mieux dĂ©noncer l’idĂ©ologie brutale d’un appareil policier souhaitant Ă©touffer un fait divers dĂ©rangeant. L’intrigue, fragile, baigne dans une atmosphère ombrageuse qui vire Ă  l’Ă©difice dramatique quand le père — bouleversĂ© par une compassion dĂ©chirante — choisit de ne pas tourner le dos Ă  son rejeton. Quelle puissance d’expression dans le jeu de John P. Ryan, qui magnĂ©tise l’Ă©cran tout au long du rĂ©cit ! Le père observe le dĂ©sarroi de l’enfant, tremblant de peur, et tente de le rassurer, en ultime recours. Pour expliquer la pathologie de cette victime estropiĂ©e, Cohen semble pointer du doigt la dĂ©rive inquiĂ©tante de certains produits pharmaceutiques — notamment la pilule contraceptive, consommĂ©e par la mère huit mois avant l’accouchement. (De lĂ  Ă  insinuer que Cohen serait contre l’avortement…). 


"Monstre est l’enfant, monstre est le monde".
MĂ©taphore sur l’innocence pervertie, Le Monstre est vivant est une Ĺ“uvre culte, sacrĂ©ment couillue, d’avoir su aborder avec tant d’intelligence un thème aussi improbable. Grâce au brio d’un cinĂ©aste capable de sublimer les scĂ©narios les plus absurdes, le film Ă©chappe Ă  la routine zĂ©difiante pour devenir un drame puissant, dĂ©rangeant, presque inavouable. Cultivant un rythme volontairement languissant mais captivant, cette Ĺ“uvre forte et bouleversante nous confronte aux choix moraux d’une famille dĂ©munie, coincĂ©e entre l’acceptation et la dĂ©mission face au destin de son enfant. Le tout, sous le prisme du droit Ă  la diffĂ©rence et des zones d’ombre de l’avortement, avec en toile de fond la menace insidieuse des mĂ©dicaments en vente libre.

* Bruno
Dédicace à Isabelle Rocton
18.09.20. 5èx
25.06.12.

vendredi 22 juin 2012

Duel. Grand Prix, Avoriaz 1973

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ivid.it

de Steven Spielberg. 1971. U.S.A. 1h29. Avec Dennis Weaver, Jacqueline Scott, Eddie Firestone, Lou Frizzell, Gene Dynarski, Lucille Benson, Tim Herbert, Charles Seel, Shirley O'Hara, Alexander Lockwood.

Sortie salles France: 21 Mars 1973. U.S: 13 Novembre 1971

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la LĂ©gion d'honneur est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste, producteur exĂ©cutif, producteur dĂ©lĂ©guĂ© et crĂ©ateur amĂ©ricain, nĂ© le 18 dĂ©cembre 1946 Ă  Cincinnati (Ohio, États-Unis). 1971: Duel , 1972: La Chose (tĂ©lĂ©-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è Ă©pisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, ArrĂŞte-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal. 2011 : Cheval de guerre. 2012 : Lincoln. 2015 : Le Pont des Espions. 2016 : Le Bon Gros GĂ©ant. 2017 : Pentagon Papers. 2018 : Ready Player One. 2021 : West Side Story. 2022 : The Fabelmans. 


A l'origine, Duel est un tĂ©lĂ©-film rĂ©alisĂ© par un jeune novice inconnu, Steven Spielberg, d'après une nouvelle de Richard Matheson. Fort de son succès d'audience Ă  la tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine, le rĂ©alisateur dĂ©cide de rallonger son film de 16 minutes pour pouvoir le diffuser en salles. Le public et la critique sont conquis ! Ce film Ă  petit budget tournĂ© en 12 jours remporte un succès d'estime Ă  travers le monde et se voit mĂŞme gratifiĂ© 2 ans après sa sortie du prestigieux Grand Prix du Festival d'Avoriaz. Ainsi donc, avec un pitch d'une dĂ©sarmante simplicitĂ© (une course effrĂ©nĂ©e entre deux vĂ©hicules routiers Ă  travers les routes de Californie jusqu'Ă  ce que l'un d'entre eux en perde le contrĂ´le), le dĂ©butant Steven Spielberg concrĂ©tise un modèle de mise en scène et d'efficacitĂ© poussĂ©e Ă  son paroxysme. Toute l'habiletĂ© de cette situation saugrenue digne d'un Ă©pisode de la 4è dimension Ă©tant impartie Ă  la dimension psychologique de son personnage principal, un employĂ© de commerce en crise conjugale. Durant son pĂ©riple bucolique Ă  travers les routes clairsemĂ©es de la Californie, David Mann (campĂ© par un Dennis Weaver hantĂ©  d'apprĂ©hension paranoĂŻde !) va se retrouver confrontĂ© Ă  une terrible Ă©preuve de survie dans sa banalitĂ© quotidienne. Sous un soleil Ă©crasant, un mystĂ©rieux routier dont on ne verra jamais le visage dĂ©cide de poursuivre inlassablement cet automobiliste alors que son unique vocation semble ĂŞtre un duel machiste jusqu'Ă  ce que mort s'ensuive.


Mené de main de maître par un Steven Spielberg déjà surdoué pour élaborer des séquences virtuoses de courses-poursuites d'une rare intensité (on peut même clairement songer à Mad-Max), Duel est un suspense délétère d'autant plus interlope que nous ne connaîtrons jamais l'identité du routier erratique. Une manière sournoise pour le réalisateur d'alimenter le mystère et ainsi exacerber une situation de crise anxiogène auprès de la victime dépourvue d'assistance. Avec son poids-lourd à combustible rubigineux, véritable monstre d'acier au faciès rugissant, ce conducteur n'aura de cesse de harceler cet employé de commerce déjà contrarié par un conflit familial. Père de famille pudique et inhibé, David devra user de bravoure et vaillance pour se dépêtrer d'un duel infernal entrepris avec cet antagoniste toujours plus intraitable. Et pour accentuer la dimension humaine de la victime réprimandée, Spielberg établit notamment une introspection sur ses pensées intimes gagnées par la paranoïa. De façon intermittente, un monologue nous rappellera que notre automobiliste désorienté est intrinsèquement épris d'une terreur incontrôlée de par l'influence du psychopathe indéfectible. Emaillé de péripéties impromptues parfois spectaculaires et terriblement intenses (l'hallucinante offensive du poids-lourd chez la propriétaire de reptiles ou l'altercation devant la voie ferrée), Duel nous transcende la plus aberrante course-poursuite automobile jamais conçue au cinéma !


A la limite du fantastique irrationnel, Duel est un chef-d'oeuvre immuable d'une puissance narrative et émotionnelle atypique ! Jouant autant avec les nerfs du spectateur qu'avec la victime prise à partie, Steven Spielberg aménage avec des moyens minimalistes un sommet de suspense Hitchcockien d'une efficacité extravagante. Mis en scène avec une précision chirurgicale, ce premier coup de maître d'un authentique magicien du 7 art symbolise notamment non sans originalité une allégorie sur la montée d'une violence routière aliénante plus que jamais actuelle.

*Bruno
22.06.12. 
06.09.24. 5èx. Vostfr

Récompenses: Grand Prix à Avoriaz, 1973
Emmy Awards du Meilleur Montage sonore en 1972

jeudi 21 juin 2012

C'Etait Demain / Time after Time. Grand Prix, Antenne d'Or: Avoriaz 1980

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site every70smovie.blogspot.com

de Nicholas Meyer. 1979. U.S.A. 1h52. Avec Malcolm Mc Dowell, David Warner, Mary Steenburgen, Charles Cioffi, Kent Williams, Andonia Katsaros, Patti d'Arbanville, James Garrett, Leo Lewis.

Sortie salles France: 23 Janvier 1980. U.S: 31 Août 1979

FILMOGRAPHIE: Nicholas Meyer est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur et producteur amĂ©ricain, nĂ©  le 24 DĂ©cembre 1945 Ă  New-York. 1979: C'Ă©tait demain. 1982: Star Trek 2. 1983: Le Jour d'Après. 1985: Volunteers. 1988: Les Imposteurs. 1991: Company Business. Star Trek 6. 1999: Vendetta


Londres, 1893. Le célèbre écrivain HG Wells vient de mettre au point une machine à voyager dans le temps. Mais le tueur Jack l'Eventreur réussit à dérober son invention pour se projeter dans un futur beaucoup plus familier pour ses exactions meurtrières. HG Wells décide de le rejoindre afin de tenter de l'appréhender.


CouronnĂ© du Grand Prix et de l'Antenne d'Or Ă  Avoriaz, C'Ă©tait Demain doit sa renommĂ©e grâce Ă  un scĂ©nario particulièrement ciselĂ©, des personnages finement dessinĂ©s et très attachants (euphĂ©misme) et un concept dĂ©lirant absolument stimulant. Imaginez H.G Wells, illustre romancier de science-fiction, expliquant Ă  ces amis qu'il est le concepteur d'une machine Ă  explorer le temps. Or, parmi l'assemblĂ©e, John Stevenson, alias Jack l'Ă©ventreur, fait parti des invitĂ©s et dĂ©cide de dĂ©rober l'engin rĂ©volutionnaire pour fuir la police de Scotland Yard. Et HG Wells de s'empresser de le rejoindre dans le monde moderne du vingtième siècle Ă  San Francisco ! Commence alors le dĂ©but d'une palpitante chasse Ă  l'homme me direz vous ! Oui et non, car de prime abord le rĂ©alisateur Nicholas Meyer souhaite privilĂ©gier la dimension psychologique de ces protagonistes rĂ©fugiĂ©s dans notre monde contemporain avili par la banalitĂ© d'une violence criminelle. Notamment d'y mettre en exergue le comportement matĂ©rialiste de l'espèce humaine tributaire des nouvelles technologies du monde moderne. Alors que Jack l'Eventreur s'Ă©panouit pleinement Ă  perpĂ©trer ses crimes dans cette nouvelle Ă©poque dissolue, H.G Wells Ă©tablit la rencontre d'une ravissante banquière pour amorcer de manière improvisĂ©e une relation romantique. Si le rĂ©alisateur s'attarde avant tout Ă  nous dĂ©crire cette romance vertueuse entre les deux amants, c'est aussi pour nous familiariser Ă  leurs rapports communs et confectionner ainsi un suspense grandissant quant Ă  la sauvegarde de la dulcinĂ©e de Wells, prochaine cible de l'Ă©ventreur.


Avec sobriĂ©tĂ© et refus de surenchère, C'Ă©tait Demain cultive son intĂ©rĂŞt auprès d'une structure narrative charpentĂ©e mais aussi et surtout auprès de la spontanĂ©itĂ© fougueuse des personnages en proie Ă  la passion des sentiments. En romancier avisĂ© revenu de l'Ă©poque victorienne, Malcolm McDowell livre une gĂ©niale interprĂ©tation Ă  la fois timorĂ©e, hĂ©roĂŻque (en herbe) et fructueuse avec amusante pudeur. Sa posture de dĂ©tective circonspect affublĂ© d'un look rĂ©tro façon Sherlock Holmes, son intĂ©gritĂ© et sa passion amoureuse de s'Ă©prendre d'une femme avenante imposant un profil docile pour contraster avec la folie ambiante d'un nouveau siècle rĂ©gi par l'incivisme, la haine et la violence. SecondĂ© par l'ultra charmante Mary Steenburgen, l'actrice endosse une romantique anachronique Ă©perdument vouĂ©e Ă  rencontrer le prince charmant. Sa prĂ©sence ultra suave, sa voix naturellement lascive (surtout en VO, un pur rĂ©gal de sĂ©duction !), sa douceur de miel et son caractère altruiste insufflant un irrĂ©sistible pouvoir de sĂ©duction dont H.G Wells et le spectateur sont naturellement contraints d'y cĂ©der. Enfin, Jack l'Ă©ventreur est incarnĂ© par le gĂ©nialement patibulaire David Warner, absolument magnĂ©tique Ă  travers son flegme odieusement dĂ©lĂ©tère. Son hypocrisie arrogante et sa dĂ©raison meurtrière caractĂ©risant avec rigueur un tueur impassible, presque mutique lors de ses exactions crapuleuses.


MenĂ© de main de maĂ®tre par un rĂ©alisateur inspirĂ© (notamment auprès de sa rĂ©alisation carrĂ©e) et pourvu d'une grande intelligence dans sa structure narrative dĂ©coulant d'une allĂ©gorie sur l'infection du Mal par le venin d'une violence en roue libre, C'Ă©tait Demain n'a rien perdu de son attrait extrĂŞmement communicatif. La densitĂ© de son suspense progressif, son humour subtilement cocasse et surtout la dimension prude accordĂ©e Ă  la tendre romance confinant au chef-d'oeuvre d'une science-fiction moderne de par l'alchimie de ses genres disparates (comĂ©die, horreur, thriller, science-fiction, romance) impeccablement rodĂ©s. 

*Bruno
21.06.12. 
29.05.24. 5èx

RĂ©compenses: Grand Prix et Antenne d'Or Ă  Avoriaz, 1980.

mercredi 20 juin 2012

Creepshow

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site webringjustice.wordpress.com

de Georges A. Romero. 1982. U.S.A. 1h59. Avec Hal Holbrook, Adrienne Barbeau, Fritz Weaver, Leslie Nielsen, Carrie Nye, E.G. Marshall, Viveca Lindfors, Ed Harris, Ted Danson, Stephen King, Warner Shook.

Sortie salles France: 22 Juin 1983. U.S: 12 Novembre 1982
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FILMOGRAPHIEGeorges Andrew Romero est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur, auteur amĂ©ricain, nĂ© le 4 FĂ©vrier 1940 Ă  New-York. 1968: La Nuit des Morts-vivants. 1971: There's Always Vanilla. 1972: Season of the Witch. 1973: The Crazies. 1977: Martin. 1978: Zombie. 1981: Knightriders. 1982: Creepshow. 1985: Le Jour des Morts-vivants. 1988: Incidents de parcours. 1990: Deux Yeux MalĂ©fiques. 1992: La Part des TĂ©nèbres. 2000: Bruiser. 2005: Land of the Dead. 2008: Diary of the Dead. 2009: Survival of the Dead. 2011: Deep Red.

George Romero Ă  la rĂ©alisation, Stephen King au scĂ©nario et Tom Savini aux effets spĂ©ciaux ! Trois lĂ©gendes de l’horreur rĂ©unies pour rendre hommage Ă  leur madeleine de papier : les EC Comics. Ces fameuses bandes dessinĂ©es pour adultes, garnies d’ironie macabre, surgissent dans les annĂ©es 50 avec leur cortège de monstres, morts-vivants, insectes mutants, cannibales, plantes carnivores, vampires assoiffĂ©s... Chaque numĂ©ro regroupait quatre histoires - autant de cauchemars illustrĂ©s Ă  la morale cruelle.

Le prologue, acerbe, pose le ton : une dispute familiale, un gamin rĂ©primandĂ© par son père pour avoir osĂ© lire une BD d’Ă©pouvante. SĂ©quence iconique, oĂą bien des ados ont dĂ» se reconnaĂ®tre (moi compris !). Mais Romero, lui, vengera ce petit lecteur, en rĂ©servant au père un Ă©pilogue dĂ©licieusement caustique.


Un vieillard revient d’entre les morts pour rĂ©clamer son gâteau d’anniversaire. Un fermier simplet se transforme en plante après avoir touchĂ© une mĂ©tĂ©orite. Un mari trompĂ©, fĂ©ru de vidĂ©o, filme l’agonie de sa femme et de son amant. Une caisse verrouillĂ©e de 1834 renferme un monstre affamĂ© de chair. Et un PDG arrogant voit son bureau envahi par des cafards dĂ©chaĂ®nĂ©s…

Sorti en 1982, Creepshow rencontre un joli succès mondial. Il faut remonter Ă  1972 pour retrouver pareille rĂ©ussite, avec le gĂ©nial Histoires d’outre-tombe de Freddie Francis. En conjuguant horreur grand-guignolesque et humour noir dĂ©complexĂ©, nos trois maĂ®tres de l’Ă©pouvante orchestrent un hommage vibrant aux rĂ©cits horrifiques des fifties, autrefois dessinĂ©s par des artistes fulgurants.

                                     

La galerie de personnages - mesquins, sournois, délétères - devient un atout jubilatoire dans leurs exactions meurtrières, perpétrées sans vergogne. Et dans ce registre de cruauté ludique, Hal Holbrook et Adrienne Barbeau forment un duo masochiste de premier choix dans le sketch le plus notoire : La Caisse !

Les maquillages et effets artisanaux signĂ©s Tom Savini, les scĂ©narios machiavĂ©liques, grotesques, parfois potaches, inspirĂ©s de Stephen King, nous emportent dans une sarabande cartoonesque diablement rĂ©jouissante. La mise en scène rigoureuse de Romero, les teintes saturĂ©es de rouge flashy, les cadrages obliques ou stylisĂ©s, tout renoue avec l’esprit des EC Comics - comme dĂ©rivĂ© d’un anime fiĂ©vreux.


Parfois un tantinet inĂ©gal — les deux premiers sketchs, prĂ©visibles, restent pourtant attachants et pittoresques — Creepshow transcende ensuite son potentiel pulp avec trois rĂ©cits plus fĂ©roces, plus acides. Son alliage d’humour sardonique et d’horreur festive, sa mĂ©lodie rĂ©tro au clavier, ses trognes patibulaires, ses monstres charismatiques et sa perversitĂ© tranchante le hissent au rang de chef-d’Ĺ“uvre.
Encore aujourd’hui, il reste inĂ©galĂ©. Il continue de fasciner les amateurs de farce macabre, Ă©rigĂ©e sur le principe du grand-guignol omnibus.


* Bruno
20.06.12. 5èx

 

mardi 19 juin 2012

LOS ANGELES 2013

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Sortie salles France: 13 Novembre 1996. U.S: 9 Août 1996

de John Carpenter. 1996. U.S.A. 1h41. Avec Kurt Russel, A.J Langer, Steve Buscemi, Georges Corraface, Stacy Keach, Michelle Forbes, Pam Grier, Jeff Imada, Cliff Robertson, Valeria Golino, Peter Fonda.

FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur, compositeur et producteur de film amĂ©ricain nĂ© le 16 janvier 1948 Ă  Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des tĂ©nèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnĂ©s 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires. 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward
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Le pitch: Snake Plissken est une nouvelle fois contraint de servir son pays dans une citĂ© anarchique de Los-Angeles afin de retrouver une mallette ayant pour objet d'enrayer la planète.  
Nouvel Ă©chec commercial et critique pour Big John, Los Angeles 2013 est la suite (remake ?) tant fantasmĂ©e par les millions de fans du notoire New-York 1997Bande dessinĂ©e Ă©chevelĂ©e par son action Ă©pique, ces personnages hauts en couleur et ces dĂ©cors dĂ©charnĂ©s mis en exergue sous un climat crĂ©pusculaire, notre anti-hĂ©ros renoue aujourd'hui avec une mission suicide toujours aussi palpitante. Ces nouvelles vicissitudes remplies de dĂ©rision s'avĂ©rant un plaisir de cinĂ©ma comme on en voit trop peu dans le domaine du divertissement adulte. Et mĂŞme si les FX de synthèse grossiers et dĂ©suets font preuve d'une maladresse Ă©vidente (faute d'une sociĂ©tĂ© en dĂ©bâcle lors de la post-production), l'univers polychrome dĂ©peint par Carpenter s'y prĂŞte plutĂ´t bien pour grossir l'ambiance dĂ©lurĂ©e d'une citĂ© effrontĂ©e.
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Le pitch reprend à peu près la même ossature narrative que son prédécesseur, sans doute afin de mieux souligner l'itinéraire routinier d'un baroudeur fatigué de servir un état despotique régi par un président fasciste. On sent que cette fois-ci, John Carpenter a souhaité privilégier l'action homérique très influencée par l'univers de la BD et du cartoon Bis plutôt que de mettre en valeur une atmosphère opaque en décrépitude. Pour autant, son climat nocturne reste toujours bel et bien présent mais l'angoisse ombrageuse ressentie durant le premier volet est éludée au profit d'un univers bariolé et d'un humour railleur. Et à ce niveau, Carpenter s'en donne à coeur joie pour brimer Snake Plissken assujetti à prendre les risques les plus saugrenus. Car ici notre borgne frondeur risque sa vie après avoir été séquestré par un chirurgien vitriolé adepte de la greffe esthétique, joué une partie de basket-ball pour relayer le jeu de cirque romain, pratiqué le surf (avec l'aide du vétéran soixante-huitard Peter Fonda !) pour rattraper un bad guy arrogant, circulé en moto pour courser ses rivaux lors d'une chevauchée futuriste, ou encore s'envolé en delta plane (sous l'influence de la reine noire Pam Grier !) afin de dérober une mallette et sauver sa peau.
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Avec l'appui de comparses tous plus sournois et mesquins les uns des autres (Steve Buscemi, génial d'hypocrisie en guide badin ou encore la fille anarchiste du président en potiche versatile), la mission périlleuse de Snake constitue une déroute pour la sauvegarde d'une Amérique libre. Que ce soit sur l'île de Los Angeles, lieu de déportation des marginaux tributaires d'un leader extrémiste ou dans l'autre camp régi par un président mandaté à vie, l'émancipation n'a plus aucun mérite si bien que la violence, l'intolérance et la criminalité se sont emparées de nos mentalités. La corruption s'est donc infiltrée à travers nos doctrines et le monde court davantage à sa perte par l'entremise de Snake Plissken ! Car aujourd'hui, notre cow-boy revanchard, plus que jamais désillusionné d'être le bouc émissaire d'un état prédestiné à la prohibition, décide d'éteindre la lumière afin d'annihiler l'humanité toute entière ! No futur !


Plus les choses changent et plus elles restent les mĂŞmes
Pamphlet contre nos sociĂ©tĂ©s totalitaires, Los Angeles 2013 est un pied de nez aux stratĂ©gies politiques vĂ©reuses dĂ©nuĂ©es de toute morale. Jouissif, dĂ©lirant et inventif en diable de par ses pĂ©ripĂ©ties fertiles, et baignant dans un univers d'apocalypse aussi crĂ©pusculaire que bigarrĂ©e, les nouvelles mĂ©saventures de Snake constitue un (gĂ©nĂ©reux) divertissement dĂ©complexĂ© oĂą le cynisme social finit par cultiver le chaos. L'audace ironique de son cĂ©lèbre Ă©pilogue dĂ©voilant notamment derrière son message nihiliste l'amertume d'un cinĂ©aste au bord du gouffre car dĂ©sabusĂ© de sa propre condition existentielle. A rĂ©habiliter d'urgence !

19.06.12. 3èx
Bruno Matéï


lundi 18 juin 2012

Obsession

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviescreenshots.blogspot.com

de Brian De Palma. 1976. U.S.A. 1h38. Avec Cliff Robertson, Geneviève Bujold, John Lithgow, Sylvia Kuumba Williams, Wanda Blackman, J. Patrick McNamara, Stanley J. Reyes, Nick Kreiger.

Sortie salles en France: 18 Janvier 1977. U.S: 1er AoĂ»t 1976

FILMOGRAPHIEBrian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinĂ©aste amĂ©ricain d'origine italienne, nĂ© le 11 septembre 1940 Ă  Newark, New-Jersey, Etats-Unis. 1968: Murder Ă  la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le BĂ»cher des vanitĂ©s. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted.


Hommage Ă  Sueurs Froides d'Alfred Hitchcock, Obsession est une errance romantique avec la mort. A travers l'argument d'un banal kidnapping ayant mal tournĂ©, Brian De Palma nous transcende une incroyable machination doublĂ© de romance particulièrement Ă©lĂ©giaque. Le pitchaprès la disparition de sa femme et de sa fille, rongĂ© par le remord et la culpabilitĂ© de n'avoir pu les sauver lors d'un kidnapping, un riche  entrepreneur sĂ©journe 16 ans en Italie pour se remĂ©morer leur première rencontre Ă©dĂ©nique. C'est dans la bâtisse d'une Ă©glise qu'il fait connaissance de Sandra Portinari, le parfait sosie de son ancienne dĂ©funte ! ObsĂ©dĂ© par la trouble beautĂ© de la jeune femme, Michael Courtland la courtise et rĂ©ussit par l'inviter Ă  dĂ©jeuner. Au fil de leurs rendez-vous, une liaison amoureuse se lie entre eux. Mais Sandra semble elle aussi peu Ă  peu Ă©prise de fascination pour la disparition d'Elizabeth Courtland. Thriller vertigineux si fragile de par son ambiance romantique ensorcelante et sa montĂ©e en puissance du suspense au fil d'un cheminement davantage ombrageux, Obsession insuffle une irrĂ©sistible ambiance Ă©sotĂ©rique. Poème mĂ©lancolique sur l'amour galvaudĂ© et la perte de l'ĂŞtre aimĂ©, cette oeuvre infiniment prude nous dĂ©peint de prime abord l'impossible deuil d'un veuf taciturne incapable de se pardonner un choix tranchĂ© au point d'enchaĂ®ner comme consĂ©quence la mort soudaine de sa famille.


Quant Ă  la seconde partie, beaucoup plus inquiĂ©tante et fĂ©brile auprès des tourments amoureux des amants, elle nous transfigure un implacable suspense Hitchcockien dont l'issue culmine vers une bouleversante alliance rĂ©demptrice. ScandĂ© de la puissante mĂ©lodie orchestrale de Bernard Herrman, aussi suave que suspicieuse,  Obsession nous entraĂ®ne dans la contrĂ©e touristique de Florence en compagnie de deux amants avides de retrouver un amour Ă©perdu. Mis en scène de manière Ă©purĂ©e et baignant dans un lyrisme diaphane parmi ses couleurs sĂ©pia voluptueuses, le suspense audacieux savamment instillĂ© est en outre habitĂ© par l'interprĂ©tation des amants d'infortune. Dans celui du promoteur cossu, Cliff Robertson livre une interprĂ©tation poignante de par sa prĂ©sence placide, taiseuse, rĂ©servĂ©e, timorĂ©e, d'autant plus noyĂ© de chagrin et de culpabilitĂ© d'avoir Ă´tĂ© la vie de son Ă©pouse. Dans un double rĂ´le Ă©quivoque, Geneviève Bujold transmet avec clĂ©mence et charme docile le personnage en demi-teinte d'une femme tourmentĂ©e d'un passĂ© traumatique. Enfin, l'excellent John Lithgow se joue un malin plaisir Ă  se fondre dans le corps d'un homme d'affaire perfide uniquement appâtĂ© par le gain. Sa gouaille orgueilleuse et ses ambitions cupides Ă©manant d'un opportunisme couard Ă  daigner dĂ©prĂ©cier sa victime. En somme le parfait salopard. 


Liens d'amour et de mort 
D'un romantisme lyrique absolu Ă  travers une mĂ©lancolie pudibonde, Obsession se dĂ©cline en voyage envoĂ»tant oĂą les songes du passĂ© remontent Ă  la surface afin de divulguer un secret Ă©hontĂ©. Car Ă  travers l'improbable destinĂ©e de cet amant assujetti Ă  sa passion amoureuse, Brian De Palma nous façonne finalement un magnifique profil d'amour paternel après nous avoir cruellement piĂ©gĂ© au sein d'une conspiration sournoise. IlluminĂ© de la chorale entĂŞtante de Bernard Herrmann et transi d'Ă©moi passionnel auprès du couple Robertson / Bujold, l'obscure obsession confine Ă  la mĂ©lopĂ©e Ă©perdue. Un chef-d'oeuvre de hantise mortifère imprĂ©gnĂ©e de romantisme obsĂ©dant. Et puis quelle mise en scène circonspecte ! 

Bruno
13.01.23. 5èx
19.06.12.