vendredi 27 juillet 2012

THE DARK KNIGHT RISES


de Christopher Nolan. 2012. U.S.A./Angleterre. 2h45. Avec Christian Bale, Liam Neeson, Joseph Gordon-Levitt, Anne Hattaway, Gary Oldman, Morgan Freeman, Marion Cotillard, Michael Caine, Juno Temple.

Sortie salles France: 25 Juillet 2012. U.S: 20 Juillet 2012

FILMOGRAPHIE: Christopher Nolan est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 30 Juillet 1970 à Londres en Angleterre.
1998: Following. 2000: Memento. 2002: Insomnia. 2005: Batman Begins. 2006: Le Prestige. 2008: The Dark Knight. 2010: Inception. 2012: The Dark Knight Rises.


Huit ans après les tragiques Ă©vènements qui vont valu la dĂ©faite du Joker, d'Harvey dent et de Batman, Bruce Wayne reste reclus dans sa demeure, Ă©pargnĂ© de la foule et des mĂ©dias. Mais une cambrioleuse circonspecte et un terroriste du nom de Bane vont contraindre le justicier masquĂ© Ă  renflouer sa panoplie pour combattre le crime et l'injustice.


Suite et fin de la trilogie du Chevalier noir entamĂ© en 2005, The Dark Knight Rises conclu de manière toujours aussi ambitieuse la destinĂ©e du hĂ©ros nĂ©vrotique issu des planches de Comic books. Cette fois, Christopher Nolan aborde le thème du terrorisme de grande ampleur dans un Ă©tat en crise oĂą les nantis vĂ©reux ont davantage le monopole de la mĂ©galomanie. Tristement actuel donc pour mettre en exergue l'impuissance des pauvres, des exclus et des marginaux, subordonnĂ©s au cĂ´tĂ© obscur du terroriste Bane, dĂ©libĂ©rĂ© Ă  faire exploser un engin nuclĂ©aire en plein centre urbain. Sombre et fascinant dans la densitĂ© d'un scĂ©nario catastrophiste aux enjeux dĂ©mesurĂ©s, le troisième chapitre de Batman est une quĂŞte initiatique sur le sens de la bravoure et du sacrifice en transcendant ses peurs par la rage de vaincre. L'impact du film est indubitablement imparti Ă  ces protagonistes meurtris, que ce soit Bruce Wayne rĂ©duit Ă  l'Ă©tat d'esclave dans la cavitĂ© d'une prison sĂ©culaire; mais obnubilĂ© Ă  remonter Ă  la surface pour combattre un nouvel antagoniste redoutable. Bane, dangereux terroriste au passĂ© trouble et galvaudĂ© est uniquement vouĂ© Ă  annihiler la terre entière par dĂ©pit revanchard. Entre nos deux rivaux pugnaces, Selina Kayle, cleptomane de renom s'accapare des fortunes de riches industriels pour tenir lieu de sa rancoeur inhĂ©rente. Il y a aussi John Blake, un policier orphelin particulièrement empathique pour daigner convaincre Batman de rempiler la panoplie afin que l'injustice soit Ă  nouveau combattue pour redresser une citĂ© en chute libre. Spoiler ! Pour clore ses profils torturĂ©s mais tĂ©mĂ©raires et afin de ne pas spoĂŻler, j'occulterai le nom d'un personnage clef plutĂ´t discret (voir, faussement effacĂ© !) auquel son point d'orgue rĂ©vĂ©lateur lèvera le voile sur sa vĂ©ritable identitĂ© dans un coup de théâtre percutant ! Fin du Spoiler


RĂ©alisĂ© de main de maĂ®tre avec une virtuositĂ© Ă  couper le souffle pour exacerber un suspense oppressant, The Darl Knight Rises n'oublie pas pour autant de nous façonner dans sa dernière heure  un immense spectacle au souffle Ă©pique disproportionnĂ©. Les sĂ©quences d'actions, de poursuites en vĂ©hicules ou de guĂ©rilla urbaine impressionnent par leur acuitĂ© spectaculaire d'une dĂ©bandade civile livrĂ©e Ă  l'anarchie. Alors que sa dramaturgie Ă©motive empreinte de lyrisme parachève une course Ă©reintante contre la mort que Batman et ses comparses vont devoir endurer pour contrecarrer un psychopathe contestataire.
Et afin de symboliser une nouvelle icĂ´ne du mal, Tom Hardy se rĂ©vèle parfaitement appropriĂ© dans sa nouvelle stature corpulente (15 kilos d'embonpoint entrepris rien que pour sa prestance corporelle !) afin de crĂ©dibiliser un terroriste au visage martelĂ© d'un masque d'acier. Son timbre de voix Ă©levĂ© et profond exprime d'une manière théâtrale ses ambitions nihilistes Ă  un peuple assujetti sans faire preuve d'une once d'indulgence. Son passĂ© trouble et torturĂ© est d'autant plus partial que sa vengeance planifiĂ©e l'a dĂ©finitivement assouvie aux racines du mal. Dans celui du chevalier noir, Christian Bale endosse une ultime fois un hĂ©ros malmenĂ© après avoir retrousser sa panoplie, cette fois-ci exilĂ© au fond d'un gouffre carcĂ©ral. Mais sa vaillance pugnace de rĂ©frĂ©ner ses peurs par la rage de vaincre l'illĂ©galitĂ© nous confine vers l'endurance d'une confrontation physique afin de corriger le mĂ©crĂ©ant Bane !


RĂ©flexion sur la dĂ©faillance d'une politique affabulatrice, tutrice de la crise Ă©conomique, introspection du dĂ©passement de soi et du sens du sacrifice, The Dark Knight Rises achève de manière olympienne une trilogie fondĂ©e sur la notion d'hĂ©roĂŻsme et la responsabilitĂ© de l'engagement. Ses protagonistes meurtris opposĂ©s Ă  leur raison et aux sentiments nous bouleversent finalement dans leur propre affliction galvaudĂ©e par la colère ou la haine punitive. La partition musicale puissamment orchestrĂ©e par Hans Zimmer scande le rythme d'une Ă©popĂ©e homĂ©rique Ă  l'intensitĂ© dramatique en apothĂ©ose. Cet embrasement d'apocalypse Ă©lève pourtant le mythe du hĂ©ros "sans pouvoir" Ă  sa valeur humaine par le sens de l'offrande. LĂ  oĂą les surhommes ou demi-dieu se lèguent Ă  la mort, Ă  l'exception des lĂ©gendes vouĂ©es Ă  perdurer pour ne jamais s'Ă©teindre... 

La critique de mon ami Gilles Rollandhttp://www.onrembobine.fr/critiques/critique-the-dark-knight-rises
01.08.12
Bruno Matéï

jeudi 26 juillet 2012

House. Prix de la Critique Avoriaz. Grand Prix au Rex, 1986.

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Steve Miner. 1986. U.S.A. 1h32. Avec William Katt, George Wendt, Richard Moll, Kay Lenz, Mary Stavin, Michael Ensign, Erik Silver, Mark Silver, Susan French, Alan Autry, Steven Williams.

Sortie salles France: 4 Juin 1986. U.S: 28 Février 1986

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un réalisateur américain, né le 18 Juin 1951 à Westport, dans le Connecticut. 1981: Le Tueur de Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce Héros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (télé-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (télé-film). 2006: Scarlett (télé-film). 2007: Day of the Dead.


RĂ©compensĂ© Ă  Avoriaz et au Rex après avoir remportĂ© un joli succès en salles, House surfe sur le dĂ©moniaque Evil-dead depuis une nouvelle tendance d'horreur cartoonesque. Conçu Ă  l'instar d'un train fantĂ´me Ă©maillĂ© de chausse-trappe et revirements dĂ©lirants, cette sĂ©rie B typiquement ludique s'approprie du thème de la demeure hantĂ©e en transcendant ses conventions auprès d'une dĂ©rision sarcastique assez finaude.  Après la disparition inexpliquĂ©e de son fils Jimmy qui aboutira au divorce de sa femme, et après la mort de sa tante, le cĂ©lèbre Ă©crivain Roger Cobb s'installe dans la demeure de la dĂ©funte pour Ă©crire son dernier roman. Mais des phĂ©nomènes surnaturelles vont se manifester prouvant notamment que son fils est bel et bien toujours vivant, retenu prisonnier dans une dimension inconnue. Loufoque et dĂ©bridĂ© avec une gĂ©nĂ©rositĂ© permanente, House constitue le divertissement idĂ©al du samedi soir bâti sur un scĂ©nario inventif allĂ©guant un dĂ©ploiement de monstres ricaneurs en tous genres. Avec comme point de dĂ©part l'argument horrifique d'une demeure hantĂ©e occultant une disparition inexpliquĂ©e, Steve Miner dynamite les traditionnels clichĂ©s lors d'une succession de gags euphorisants.


La caractĂ©risation des personnages excentriques Ă©tant exploitĂ©e Ă  bon escient auprès de leur complicitĂ© amicale sournoise. Ainsi, notre vĂ©nĂ©rable romancier se retrouve Ă©piĂ© par un voisin de palier investigateur et pleutre, quand bien mĂŞme une bimbo dĂ©sinvolte usera un peu plus tard de son charme pour lui soumettre la garde de son rejeton. Les vicissitudes improvisĂ©es qui en Ă©manent, telle l'investigation des flics dans la maison de Roger, la visite surprise de son ex Ă©pouse ou encore la main baladeuse agrippĂ©e au dos du bambin, sont habilement acheminĂ©es avec une efficacitĂ© roublarde. La comĂ©die horrifique aurait Ă©galement pu se prĂ©nommer Monster in the Closet tant la maison recèle de pièces secrètes et sombres placards investis par des hordes d'esprits farceurs ! L'esprit cartoonesque ambiant (d'autant plus que la maison gothique ressemble en quelque sorte Ă  un jouet grandeur nature), la fantaisie naĂŻve que nos protagonistes nous expriment en toute spontanĂ©itĂ© rendent l'aventure diablement rĂ©jouissante par son esprit dĂ©jantĂ©. EpaulĂ© d'effets spĂ©ciaux artisanaux, tant pour la confection singulière des monstres en latex que de l'environnement surnaturel d'une maison au seuil d'une 4è dimension (le saut dans le vide prĂ©cipitĂ© par Roger de sa salle de bain abouti au repère hostile d'une jungle vietnamienne !), House dĂ©payse, dĂ©tonne et surprend avec une inventivitĂ© dĂ©complexĂ©e.


Bougrement sympathique, atmosphĂ©rique et donc dĂ©paysant, House festoie autour d'une horreur cartoonesque, de par son script dingo et ces comĂ©diens avenants Ă  la bonne humeur expansive. Quant Ă  la contribution musicale de l'Ă©minent Harry Manfredini, il y transfigure une cadence entĂŞtante afin de renforcer l'intensitĂ© toujours plus barrĂ©e d'un train fantĂ´me envahit d'itinĂ©rants rĂ©calcitrants.

*Bruno Matéï
26.07.12. 
31.05.22. 6èx

Récompenses: Prix de la Critique à Avoriaz, 1986
Grand Prix au Rex de Paris, 1986

mardi 24 juillet 2012

CARNAGE (Prime Cut)


Photo empruntée sur Google, appartenant au site esbilla.wordpress.com

de Michael Ritchie. 1972. U.S.A. 1h27. Avec Lee Marvin, Gene Hackman, Angel Tompkins, Gregory Walcott, Sissy Spacek, Janit Baldwin, William Morey, Clint Ellison, Howard Platt, Les Lannom, Eddie Egan.

Sortie salles U.S: 28 Juin 1972

FILMOGRAPHIE: Michael Ritchie est un réalisateur américain, né le 28 Novembre 1938 à Waukesha, dans le Wisconsin, décédé le 16 Avril 2001 à New-York.
1967: La Course à la Vérité (télé-film). 1969: La Descente Infernale. 1972: Carnage. 1972: Votez Mc Kay. 1975: Smile. 1976: La Chouette Equipe. 1977: Les Faux Durs. 1979: An Almost Perfect Affair. 1980: l'île Sanglante. 1980: Divine Madness ! 1981: Student Bodies. 1983: The Survivors. 1985: Fletch aux Trousses. 1986: Femme de Choc. 1986: Golden Child. 1988: Parle à mon psy, ma tête est malade. 1989: Autant en emporte Fletch. 1989: La Nuit du Défi. 1993: Complot meurtrier contre une pom-pom girl (télé-film). 1994: Les Robberson enquêtent. 1994: La Révélation. 1997: Comfort Texas (télé-film). 1997: La Guerre des Fées. 2000: The Fantasticks.


Réalisé par un cinéaste éclectique aimable faiseur de séries B, Michael Ritchie élabore en 1971 un de ces premiers métrages et sans doute le plus maîtrisé dans le genre policier, ici violent et parfois tendu. Il est dommageable que cette série B remarquablement troussée et dominée par l'illustre prestance de deux monstres sacrés du cinéma (Lee Marvin et Gene Hackman) soit sombrée malencontreusement dans l'oubli.

Un tueur de la mafia et ses coĂ©quipiers vont tenter de rĂ©cupĂ©rer l'argent fraudĂ© d'un trafiquant de drogue et de prostitution, planquĂ© derrière l'entreprise d'un abattoir bauvin du Kansas. Mary Ann doit en effet Ă  son supĂ©rieur de Chicago plus de 500 000 dollars. Les deux hommes vont se provoquer sans intimidation et se confronter Ă  une guerre de clans en pleine campagne rurale. 


A partir d'une trame linéaire éludée de surprises, Michael Ritchie exploite au possible le cadre bucolique de champs de cultivation auquel deux clans mafieux vont devoir s'y planquer pour récupérer un butin d'un demi million de dollars. Avec l'efficience d'une narration lestement structurée dans une mise en scène solide et la présence fébrile de deux mafieux obtus, Carnage est un excellent polar jalonné d'action cinglante et de plages intimistes sur la considération féministe. En effet, Devlin, tueur au grand coeur alarmé par la condition sordide infligée aux jeunes prostituées de Mary Ann, va prendre sous son aile l'une d'entre elles (Sissy Spacek à son tout jeune
âge de beauté candide !) en guise d'acompte. Une façon insolente d'inciter ce dernier à livrer l'argent pour leur prochaine transaction établie au sein d'une foire commerciale bondée de riverains. A ce titre, l'aspect glauque et réaliste d'une séquence clef interpelle les esprits quand une poignée d'esclaves sexuelles sont retrouvées droguées, allongées sur des stands de paille afin d'exposer leur corps dénudé devant une foule de pervers nantis. Bien évidemment, leur rencontre escomptée va aboutir à un sanglant règlement de compte au cours duquel les hommes de main de Mary Ann ne vont pas hésiter à sortir les fusils pour exécuter Devlin et ses complices.


Michael Ritchie exploite habilement son environnement champêtre de champs de mais et de tournesols que nos protagonistes vont devoir traverser pour contrecarrer l'antagoniste. Ces scènes de courses poursuites haletantes et fertiles sont parfaitement coordonnées dans une mise en scène rigoureuse comme cette traque à bout de souffle envisagée à Devlin et sa compagne, tentant désespérément d'échapper aux entrailles d'une moissonneuse batteuse !
Sans instant de répit, et entre deux séquences intimes d'idylle (notamment les retrouvailles de Devlin avec son ancienne maîtresse, se révélant en l'occurrence l'épouse hautaine de Mary Ann !), Carnage est rehaussé par la présence majeure de deux leaders à forte tête, respectivement incarnés par nos briscards Lee Marvin et Gene Hackman. Leur affrontement pugnace émaillé de dérision caustique dans leur verve insolente donne lieu à des séquences percutantes de gunfight, notamment avec l'impact explosif déployé par les fusils à pompe de leurs adjoints !


D'une grande efficacité dans sa narration linéaire et captivant par ses enjeux encourus, Carnage est un petit classique du polar rugueux des années 70. Le cadre insolite de son ambiance rurale et l'humour parfois décalé résultant de certaines situations extravagantes renforcent son aspect anticonformiste d'une oeuvre militante pour la cause animale. Car ici l'homme dépravé et anthropophage s'en distingue par la monstruosité cupide de sa propre mégalomanie.

24.07.12
Bruno Matéï



vendredi 20 juillet 2012

THE DARK KNIGHT (Batman, The Dark Knight)

                                       
Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.com

de Christopher Nolan. 2008. U.S.A. 2h32. Avec Christian Bale, Michael Caine, Heath Lodger, Aaron Eckhart, Maggie Gyllenhaal, Gary Oldman, Morgan Freeman, Eric Roberts, Cillian Murphy, Anthony Michael Hall.

Sortie salles France: 13 Août 2008. U.S: 13 Juillet 2008

Récompenses: Oscar 2008 du Meilleur Second Rôle Masculin pour Heath Lodger
Oscar du Meilleur Montage Sonore.

FILMOGRAPHIE: Christopher Nolan est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 30 Juillet 1970 à Londres en Angleterre.
1998: Following. 2000: Memento. 2002: Insomnia. 2005: Batman Begins. 2006: Le Prestige. 2008: The Dark Knight. 2010: Inception. 2012: The Dark Knight Rises.


Batman doit combattre un nouvel ennemi délibéré à procréer le Mal sur Gotham City et ainsi mieux asservir le monde. Sévèrement malmené par une population qui ne croit plus en ses capacités bienfaitrices, le chevalier noir va devoir user de bravoure et vaillance pour se mesurer au joker mais aussi se confronter à un ancien procureur rendu fou de vengeance, Double-face !


Succès invétéré auprès de la critique et du public lors de sa sortie, The Dark Knight est une oeuvre nihiliste et désenchantée sur la notion éperdue de héros. Puisqu'ici Batman, plus que jamais dubitatif sur ses fonctions rédemptrices de justicier redresseur de tort est sévèrement compromis par un sociopathe mégalo, mais aussi sa propre démographie humaine réfractaire à son inefficacité altruiste. Une population précaire en quête d'idéologie car incessamment destinée à refondre un nouvel espoir pour leur postérité après la déroute de Batman. Premier film de super-héros pour adulte d'une richesse thématique abstraite dans les introspections torturées de nos protagonistes confrontés à l'anarchie chaotique du Joker, The Dark Knight est un cauchemar urbain asservi par la folie ambiante. Le maître de cérémonie est ici représenté par un clown sournois au visage ricaneur badigeonné de cirage. Sa quête inhérente n'est que provoquer le désordre et la destruction pour pervertir un monde sur le déclin. De manière sardonique, le Joker va imposer à ses rivaux nombre de dilemmes inéquitables sur le sort réservé aux victimes molestées et par la même occasion influencer les gardiens de l'ordre à reconsidérer leur conviction sur la moralité de l'existence. Pour exacerber la débâcle, un ancien procureur rendu fou de haine après le sacrifice toléré à sa défunte se reconverti du côté obscur pour libérer sa vengeance sur les responsables de cet acte malencontreux. Autour de ce trio maudit, un lieutenant de police va lui aussi tenter d'apporter son soutien dans sa ville sinistrée et épauler Batman dans ces épreuves de force consécutives pour contrecarrer ses psychotiques farceurs.


Dans une mise en scène virtuose dĂ©ployant avec fluiditĂ© des sĂ©quences d'action homĂ©rique ultra spectaculaires, Christopher Nolan dĂ©die nĂ©anmoins son oeuvre funèbre Ă  la densitĂ© tourmentĂ©e de ces personnages Ă©garĂ©s dans le sens de l'Ă©quitĂ©. C'est notamment cette ambiance de dĂ©liquescence humaine oĂą la population affolĂ©e ne sait plus Ă  qui se vouer pour Ă©radiquer la pègre criminelle que The Dark Knight prend des allures d'opĂ©ra dramatique. Au milieu de ce chaos, trois justiciers vont devoir se mesurer et s'entredĂ©chirer pour retrouver un regain d'intĂ©rĂŞt Ă  leur notion de survie. 
Si cette traque implacable se rĂ©vèle si intense, contrariante dans sa dĂ©chĂ©ance humaine en roue libre et Ă©prouvante dans les enjeux dramatiques impartis, elle le doit notamment Ă  la dimension psychotique du regrettĂ© Heath Lodger. En bouffon excentrique odieusement pervers dans ses exactions inlassables, l'acteur endosse son personnage avec une foi autoritaire intarissable ! Le joker dĂ©lurĂ© crève littĂ©ralement l'Ă©cran et impose sa prestance avec un charisme machiavĂ©lique, sachant que sa destinĂ©e est vouĂ©e Ă  une certaine victoire tendancieuse ! De son cĂ´tĂ© obscur d'un psychĂ© nĂ©vrosĂ©, Christian Bale, dans la peau du chevalier noir, n'aura jamais Ă©tĂ© aussi malmenĂ© et dĂ©prĂ©ciĂ© par son ennemi jurĂ©, alors qu'une population Ă©goĂŻste et intransigeante dĂ©cide de lui tourner le dos pour ses inadvertances humaines. Un homme meurtri et repliĂ©, douteux de ces compĂ©tences hĂ©roĂŻques quand un rival futĂ© finit par accĂ©der Ă  la consĂ©cration. Au final, Batman s'occulte dans l'anonymat afin de laisser croire Ă  la dĂ©mographie de Gotham City que l'espoir continue de perdurer, tant qu'un hĂ©ros tapi dans l'ombre puisse Ă  nouveau croire en sa commoditĂ©. 


D'une densitĂ© humaine dĂ©sespĂ©rĂ©e et d'une dimension Ă©pique Ă©tourdissante, The Dark Knight explore des thĂ©matiques passionnantes et profondes sur la notion d'hĂ©roĂŻsme, l'Ă©quitĂ© et la vengeance, la perte d'identitĂ© et notre ambiguĂŻtĂ© existentielle exposĂ©e au Bien et au Mal. Baignant dans une ambiance crĂ©pusculaire et dĂ©ployant des effets pyrotechniques en alliance avec son cheminement narratif, ce chef-d'oeuvre obscur est en outre sublimĂ© par la prestance nocive d'un gĂ©nie du dilemme immoral, un Joker blafard ! Son pouvoir hypnotique de fascination prĂ©domine et Ă©branle le spectateur embarquĂ© dans une odyssĂ©e Ă  bout de souffle, et de lui laisser en mĂ©moire le film de super-hĂ©ros le plus adulte et opaque jamais rĂ©alisĂ© !

20.07.12. 2èx
Bruno Matéï

Apport technique du blu-ray: 10/10


mercredi 18 juillet 2012

BARTON FINK. Palme d'Or Ă  Cannes, 1991

 

de Joel et Ethan Cohen. 1991. U.S.A. 1h57. Avec John Turturro, John Goodman, Judy Davis, Michael Lerner, John Mahoney, Tony Shalhoub, Jon Polito, Steve Buscemi, David Warrilow, Richard Portnow.

Sortie salles France: 25 Septembre 1991. U.S: 21 Août 1991

Récompenses: Palme d'Or, Prix de la Mise en scène, Prix d'Interprétation Masculine à Cannes, 1991.

FILMOGRAPHIE: Joel (né le 29 Novembre 1954) et Ethan Cohen (né le 21 Septembre 1957) sont des réalisateurs, scénaristes, producteurs et monteurs américains.
1984: Sang pour Sang. 1987: Arizona Junior. 1990: Miller's Crossing. 1991: Barton Fink. 1994: Le Grand Saut. 1996: Fargo. 1998: The Big Lebowski. 2000: O'Brother. 2001: The Barber. 2003: Intolérable Cruauté. 2004: Ladykillers. 2006: Paris, je t'aime. 2007: No Country for old Men. 2007: Chacun son cinéma (sketch: world cinema). 2008: Burnt After Reading. 2009: A serious man. 2010: True Grit. Prochainement: Inside Llewyn Davis.


Etrange, insolite, baroque, dérangeant mais aussi loufoque et décalé ! la Palme d'Or de Cannes 1991 est une oeuvre hybride inclassable noyée dans une ambiance anxiogène, où chaque personnage interlope endosse un rôle cynique pour mieux écorner la posture pernicieuse de l'industrie d'Hollywood.

Un auteur de théâtre en ascension se retrouve plongé dans l'univers d'Hollywood après qu'un producteur nanti lui ait proposé de collaborer au scénario d'un film de catcheur. Blotti dans un hôtel à la chaleur étouffante, Barton se lie d'amitié avec un étrange voisin particulièrement bruyant. Déconnecté de sa propre réalité en chute libre et perdant peu à peu ses repères, le scénariste se retrouve incapable de rédiger la moindre ligne. Jusqu'à ce qu'un contexte meurtrier le ramène à l'inspiration !


Un scénario substantiel qui bouscule les conventions du genre pour mieux ébranler son spectateur, entraîné ici dans un cauchemar kafkaïen ! Tel est la marque de fabrique des frères Cohen ! Permettre à l'outil cinématographique de se renouveler dans un fond novateur où l'argument narratif et les protagonistes sont compromis à nous surprendre au sein de leur sombre entreprise.
Avec ironie caustique, les rĂ©alisateurs nous concoctent une descente aux enfers au cours duquel un auteur timorĂ© est contraint d'Ă©crire un scĂ©nario de sĂ©rie B. Peu inspirĂ© par ce nouveau projet Ă  valeur mercantile, Barton sombre peu Ă  peu dans une paranoĂŻa diffuse au fil de ses rencontres impromptues avec des personnages autoritaires. Que ce soit l'arrivĂ©e soudaine de son voisin de palier bedonnant et dĂ©sinvolte (dont l'identitĂ© rĂ©elle va lui permettre de renouer avec la crĂ©ation), son producteur vĂ©reux et sournois, deux flics mesquins et orgueilleux ou encore un illustre cinĂ©aste alcoolo et violent. Avec la scĂ©nographie baroque d'un hĂ´tel inoccupĂ© oĂą la tapisserie murale suinte l'humiditĂ© au contact d'une chaleur feutrĂ©e et avec l'amertume d'un Ă©crivain humaniste dĂ©vouĂ© corps et âme pour sa passion de l'Ă©criture, le film nous entraĂ®ne dans un dĂ©dale psychotique. De façon sous-jacente, les frères Cohen nous Ă©labore une douloureuse farce corrosive sur l'univers du cinĂ©ma d'exploitation en caricaturant une galerie de protagonistes cyniques et condescendants. A travers l'esprit nĂ©vrosĂ© de Barton, davantage assujetti Ă  un environnement qu'il ne tolère pas, sa fragilitĂ© neurotique va davantage le confronter Ă  un climat oppressant oĂą ses pires dĂ©mons vont se matĂ©rialiser sous l'apparence d'un tueur en sĂ©rie sorti tout droit de l'enfer ! Cette ambivalence d'un scĂ©nario dĂ©sordonnĂ© mais clairement planifiĂ© nous piège adroitement dans une chimère dĂ©partagĂ©e entre illusion et rĂ©alitĂ©. En perte de nos repères, les rĂ©alisateurs bousculent nos habitudes de spectateur Ă©panoui et nous confrontent Ă  une forme de thriller sarcastique particulièrement insolent.


En jouant sur la peur de l'échec mais aussi le dépassement de soi par l'accumulation de vicissitudes sordides, Barton Fink dérange, déroute, inquiète et implique le rire nerveux. Son aura insolite découlant d'une allégorie sur le libéralisme et la dimension chétive impartie à son héros malmené en quête d'idéologie humaine lui octroient des allures de conte désabusé sur l'aspiration créative.

18.07.12
Bruno Matéï

mardi 17 juillet 2012

Let's scare Jessica to Death / The Secret Beneath The Lake

                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fuckyeahmovieposters.tumblr.com

de John D. Hancock. 1971. U.S.A. 1h29. Avec Zohra Lampert, Barton Heyman, Kevin O'Connor, Gretchen Corbett, Alan Manson, Mariclare Costello.

Sortie salles U.S.A: 7 Août 1971

FILMOGRAPHIE: John D. Hancock est un réalisateur, scénariste et producteur américain , né le 12 Février 1939 au Kansas City, Missouri. 1970: Sticky My Fingers... Fleet my feet. 1971: Let's Scare Jessica to Death. 1973: Le Dernier Match. 1976: Baby Blue Marine. 1979: California Dreaming. 1987: Weeds. 1988: Steal the Sky (télé-film). 2000: A Piece of Eden. 2001: Mayhem.

 
Sorti en VHS outre-Atlantique Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 80 mais honteusement inĂ©dit chez nous, Let's Scare Jessica to Death demeure un ovni maudit, minĂ© par sa faible rĂ©putation : celle d’une expĂ©rience aliĂ©nante, dĂ©pourvue d’effets de manche. Car, Ă  l’instar du tout aussi Ă©trange Carnival of Souls, cette Ĺ“uvre unique, bien ancrĂ©e dans l’authenticitĂ© du cinĂ©ma des seventies, nous est façonnĂ©e par un auteur novateur — spĂ©cialiste entre autres de tĂ©lĂ©films et sĂ©ries TV — littĂ©ralement inspirĂ© par son parti-pris alchimique. Il s’agit donc d’une Ĺ“uvre funeste, Ă  la fois expĂ©rimentale, dĂ©pressive et sensorielle, portĂ©e par une bande sonore assidue et la prestance diaphane de l’Ă©tonnante Zohra Lampert (La Fièvre dans le sang, Alphabet City, L’Exorciste 2...).
 
Le pitch : après six mois d’internement psychiatrique, Jessica s’installe dans une bourgade bucolique du Connecticut, accompagnĂ©e de son mari et d’un ami. Dans leur nouvelle demeure, ils tombent sur une jeune femme Ă©nigmatique : Emilie. Ensemble, ils visitent le village voisin, oĂą les habitants leur rapportent une lĂ©gende : celle du fantĂ´me d’une dame blanche, noyĂ©e dans le lac avant ses noces. BientĂ´t, Jessica, errant près des eaux, se sent de nouveau contrariĂ©e par des phĂ©nomènes inexpliquĂ©s, tandis que des voix lancinantes envahissent sa psychĂ© tourmentĂ©e.


Climat intimiste sous le soleil Ă©trange d’une contrĂ©e champĂŞtre, Let's Scare Jessica to Death se vit comme une expĂ©dition latente dans l’esprit d’une femme aussi dĂ©munie que dĂ©sorientĂ©e face Ă  sa fragilitĂ© nĂ©vrosĂ©e. Avec une pudeur sensible et une angoisse de plus en plus ombrageuse, John D. Hancock y dessine le portrait scrupuleux de Jessica, cherchant Ă  retrouver un semblant d’Ă©quilibre auprès de son compagnon tout en se fascinant pour les sculptures de pierres tombales. Mais harcelĂ©e par une prĂ©sence peut-ĂŞtre diabolique, assaillie de chuchotements insistants, elle replonge dans un vortex d’angoisses dĂ©pressives. Et tandis que son Ă©tat moral tangue vers une bipolaritĂ© diffuse, le rĂ©cit bascule dans un cauchemar Ă©veillĂ©, oĂą l’on ignore si ses tourments proviennent des agissements d’un spectre railleur ou des rĂ©surgences destructrices de sa dĂ©mence — nourrie de doute, d’incertitude, de peur, et de la crainte lancinante de perdre son amant au profit d’une marginale Ă©nigmatique.


D’apparence placide et docile, mais intĂ©rieurement broyĂ©e par des visions et des voix Ă©thĂ©rĂ©es, Jessica s’abĂ®me dans une terreur sournoise. Paysans balafrĂ©s, inconnue aguicheuse, noyĂ©e vengeresse : autant de figures troublantes qui l’assaillent de plus en plus intensĂ©ment. Grâce Ă  l’utilisation magistrale de dĂ©cors naturels Ă©trangement envoĂ»tants (euphĂ©misme !) et une ambiance anxiogène tapie sous la surface, amplifiĂ©e par une bande-son ciselĂ©e — bruits d’insectes, souffles du vent, cris d’animaux —, Let's Scare Jessica to Death nous immerge dans un cauchemar indicible d’une cruautĂ© sourde. Si ce film indĂ©pendant se rĂ©vèle aussi sensoriel qu’hermĂ©tique, il le doit en grande partie Ă  la prĂ©sence Ă©quivoque de Zohra Lampert, transie d’Ă©moi, vibrant d’une sensibilitĂ© contenue. Actrice mĂ©connue, elle insuffle Ă  Jessica une force d’expression tĂ©nue, bouleversante. Son visage hagard s’illumine ou s’affole au grĂ© de visions morbides, comme traversĂ© de pulsions contraires. Soutenu par une partition funèbre, parfois mĂ©lancolique au clavecin, le pĂ©riple disloquĂ© de Jessica nous happe, nous engage Ă©motionnellement dans ses hantises — jusqu’Ă  soupçonner une assaillante vampirique au rĂ´le bicĂ©phale.
 
Cette ambiguïté insoluble, cette étrangeté permanente, provoque en nous une empathie inexorable pour sa précarité mentale en perdition.
 

Hantise ablutophobe
Quintessence du fantastique Ă©thĂ©rĂ©, Let's Scare Jessica to Death mĂ©rite sa place parmi les plus grandes rĂ©ussites du genre "intimiste". Avec son final dĂ©lĂ©tère en apothĂ©ose — comptez trente minutes de cauchemar cĂ©rĂ©bral —, le spectateur Ă©merge difficilement de l’introspection d’une victime dĂ©pressive, broyĂ©e par le fardeau nĂ©buleux d’une injustice intangible. Cette empathie naĂ®t aussi de l’aura sensitive du climat feutrĂ©, de cette lenteur fascinante qui sublime l’errance existentielle de Jessica, enfermĂ©e dans un spleen d’un silence accablant.

Chef-d’Ĺ“uvre, incontestablement. Une des Ĺ“uvres atmosphĂ©riques les plus ensorcelantes du fantastique. Si bien que Jessica reste ancrĂ©e en nous. Ă€ jamais.

*Bruno
17.11.24. Vostfr
08.01.20. 
17.02.12. 512 v

lundi 16 juillet 2012

48 HEURES (48 Hours). Grand Prix au Festival du film policier de Cognac, 1983.


                                                                            (Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site johnplissken.com)


de Walter Hill. 1982. U.S.A. 1h36. Avec Nick Nolte, Eddie Murphy, Annette O'Toole, Frank McRae, James Remar, David Patrick Kelly, Sonny Landham, Brion James, Kerry Sherman, Jonathan Banks.

Sortie salles France: 27 Avril 1983. U.S: 8 Décembre 1982

Récompense: Grand Prix au Festival du film policier de Cognac, en 1983

FILMOGRAPHIE (source Wikipedia): Walter Hill est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 10 janvier 1942 à Long Beach, en Californie (États-Unis).
1975 : Le Bagarreur (Hard Times),1978 : Driver, 1979 : Les Guerriers de la nuit, 1980 : Le Gang des frères James,1981 : Sans retour, 1982 : 48 heures, 1984 : Les Rues de feu,1985 : Comment claquer un million de dollars par jour,1986 : Crossroads, 1987 : Extrême préjudice, 1988 : Double Détente, 1989 : Les Contes de la crypte (1 épisode),1989 : Johnny belle gueule, 1990 : 48 heures de plus,1992 : Les Pilleurs, 1993 : Geronimo,1995 : Wild Bill, 1996 : Dernier Recours,1997 : Perversions of science (série TV),2000 : Supernova, 2002 : Un seul deviendra invincible, 2002 : The Prophecy, 2004 : Deadwood (série TV).


Gros succès Ă  sa sortie et rĂ©vĂ©lation du nĂ©ophyte Eddie Murphy pour son premier rĂ´le Ă  l'Ă©cran, 48 heures est devenu au fil du temps une rĂ©fĂ©rence du Buddy Movie, genre prisĂ© au dĂ©but des annĂ©es 80. Sous la houlette d'un maĂ®tre du cinĂ©ma musclĂ© et avec la complĂ©mentaritĂ© de deux comĂ©diens loquaces, ce film policier moderne constitue un jubilatoire concentrĂ© d'action et de comĂ©die par son rythme sans faille. Pour retrouver un dangereux criminel et son complice, l'inspecteur Jack Gates nĂ©gocie une transaction avec Reggie Hammond, un taulard afro condamnĂ© Ă  une peine de 3 ans mais prochainement libĂ©rable. Durant 48 heures de libertĂ© surveillĂ©e, Reggie va devoir collaborer avec son alliĂ© pour remonter la piste de ces anciens associĂ©s mais aussi mettre la main sur un butin de 500 000 dollars.


Sous le pilier d'une intrigue habilement troussĂ©e gĂ©nĂ©rant une action Ă©chevelĂ©e et parmi la posture volcanique de deux partenaires forts en gueule, 48 Heures est un modèle de divertissement grand public. Sans cĂ©der Ă  la facilitĂ© d'une action redondante, Walter Hill mise surtout sur l'abattage de ces deux protagonistes dans leur personnalitĂ© caractĂ©rielle. Au fil de leurs vicissitudes semĂ©es d'embĂ»ches et de dĂ©convenues, le flic et le voleur en perpĂ©tuel conflit moral font finalement parvenir Ă  s'apprivoiser, s'accepter et se tolĂ©rer afin de dĂ©busquer des tueurs sans vergogne lâchĂ©s dans les citĂ©s nocturnes de New-York. A deux doigts d'apprĂ©hender Ă  plusieurs reprises ces criminels, ils n'auront de cesse de manquer leur cible en jouant de malchance ! Un alibi de manière Ă  attiser l'expectative pour la prochaine rixe haletante avivĂ©e d'une violence incisive. Parmi la drĂ´lerie de leur complicitĂ© braillarde, Walter Hill retarde l'altercation pronostiquĂ©e pour laisser libre court Ă  leurs discordes et  provocations fantaisistes (leur rixe improvisĂ©e en pleine rue avant qu'une patrouille de police ne les sĂ©parent, l'interrogatoire improvisĂ© par Reggie Ă  la clientèle d'un bar de country ou encore sa requĂŞte lubrique invoquĂ©e Ă  certaines femmes pour satisfaire sa libido). En flic renfrognĂ© Ă  l'impressionnante carrure, Nick Nolte impose une autoritĂ© inflexible avant d'accĂ©der Ă  la loyautĂ© d'accorder du crĂ©dit Ă  son coĂ©quipier marginal. SecondĂ© par ce taulard aussi loquace que finaud, Eddie Murphy se dĂ©lecte spontanĂ©ment Ă  gouailler son partenaire ainsi que les malfrats avec une verve hilarante.


Au rythme de l'inoubliable thème de James Horner, 48 heures divertit en diable grâce Ă  notre irrĂ©sistible tandem de durs Ă  cuire Ă  l'ironie percutante et au professionnalisme de son auteur transfigurant une action dĂ©capante. En conjuguant avec extravagance l'action et l'humour, 48 Heures peut aisĂ©ment se qualifier comme modèle du Buddy Movie

16.07.12. 4èx
Bruno Matéï

                                          

jeudi 12 juillet 2012

CROIX DE FER (Cross of Iron)


de Sam Peckinpah. 1977. Angleterre/Allemagne de l'Ouest. 2h13. Avec James Coburn, Maximilian Schell, James Mason, David Warner, Klaus Lowitsch, Vadim Glowna, Roger Fritz, Dieter Schidor, Burkhard Driest, Fred Stillkrauth.

Sortie salles France: 18 Janvier 1978. U.S: 11 Mai 1977

FILMOGRAPHIE: Sam Peckinpah est un scénariste et réalisateur américain, né le 21 Février 1925, décédé le 28 Décembre 1984.
1961: New Mexico, 1962: Coups de feu dans la Sierra. 1965: Major Dundee. 1969: La Horde Sauvage. 1970: Un Nommé Cable Hogue. 1971: Les Chiens de Paille. 1972: Junior Bonner. Guet Apens. 1973: Pat Garrett et Billy le Kid. 1974: Apportez moi la tête d'Alfredo Garcia. 1975: Tueur d'Elite. 1977: Croix de Fer. 1978: Le Convoi. 1983: Osterman Week-end.


Ne vous réjouissez pas de sa défaite, vous les hommes. Car même si le monde s'est levé pour arrêter l'ordure, la traînée qui l'a mis au monde est à nouveau en rut. Bertolt Brecht

D’après le livre de Willi Heinrich, La Peau des Hommes, Sam Peckinpah retrace avec Croix de Fer l’affrontement entre un capitaine prussien avide de reconnaissance, prĂŞt Ă  tout pour dĂ©crocher une croix de fer destinĂ©e Ă  flatter son ego, et le caporal Steiner, baroudeur inflexible et loyal, piĂ©gĂ© par l’ambition dĂ©lirante de son rival. Film de guerre explosif, d’une violence sèche et parfois d’une cruautĂ© vĂ©nale, Croix de Fer dĂ©nonce une fois encore l’absurditĂ© d’un conflit belliqueux Ă  bout de souffle, exposĂ© dans toute sa laideur et son inanitĂ©.

Alors que l’armĂ©e allemande bat en retraite sur le front russe en 1943, Steiner et sa troupe poursuivent un combat dĂ©jĂ  perdu, contraints de survivre entre les lignes ennemies, contournant pièges et subterfuges dans une lente dĂ©liquescence morale. Fort de moyens techniques considĂ©rables — dont la prĂ©sence rarissime d’authentiques chars soviĂ©tiques T-34 — et d’une distribution prestigieuse (James Coburn, James Mason, David Warner, Maximilian Schell), Peckinpah impose ses ralentis emblĂ©matiques : les Ă©claboussures de sang jaillissent des chairs meurtries, non pour glorifier la bataille, mais pour dĂ©noncer la barbarie humaine d’une guerre mondiale dictĂ©e par un leader fasciste. Si ces soldats affrontent l’ennemi avec une bravoure indĂ©niable, l’acharnement et l’Ă©puisement les consument au point de voir leur Ă©thique progressivement avilie par la sauvagerie qu’ils subissent et reproduisent.

Avec un rĂ©alisme cinglant, le cinĂ©aste jalonne son rĂ©cit de sĂ©quences chocs, d’autant plus Ă©prouvantes qu’elles s’avèrent foncièrement inĂ©quitables. Le sort tragique rĂ©servĂ© au jeune garçon russe, d’abord Ă©pargnĂ© par les hommes de Steiner avant d’ĂŞtre sacrifiĂ© sur l’autel de l’orgueil mĂ©galomane d’un capitaine sans vergogne, en est l’un des exemples les plus glaçants. Mais la sĂ©quence la plus pĂ©nible et la plus pertinente demeure celle des femmes de l’ArmĂ©e rouge rĂ©fugiĂ©es dans une cabane : face au chaos et Ă  la confusion, certaines sont livrĂ©es Ă  la pulsion de soldats prĂŞts Ă  violer, avant que ces femmes ne choisissent la rĂ©bellion suicidaire pour Ă©chapper Ă  la soumission sexuelle. Peckinpah y stigmatise frontalement l’ignominie d’une guerre vidĂ©e de toute Ă©quitĂ©.

Parfois, pour mieux souligner l’absurditĂ© des conflits, le cinĂ©aste recourt Ă  une ironie caustique, comme dans cet Ă©pilogue acerbe oĂą Steiner, par dĂ©pit et dĂ©sir de vengeance, dĂ©serte pour rejoindre le capitaine Stransky et l’abattre. Plus tĂ´t, une autre sĂ©quence tout aussi Ă©loquente tourne en dĂ©rision la folie militaire : soignĂ© dans un hĂ´pital de guerre, Steiner oscille entre rĂŞve et rĂ©alitĂ© avant de se rĂ©volter violemment contre ses supĂ©rieurs venus jauger les corps mutilĂ©s afin de dĂ©terminer lesquels peuvent encore ĂŞtre renvoyĂ©s au front, faute d’effectifs.


PortĂ© par une distribution d’exception, James Coburn incarne avec une rigueur implacable ce combattant pugnace, lucide et dĂ©sabusĂ©, contraint de survivre au sein d’une guĂ©rilla dissolue et anarchique. Il impose une virilitĂ© sèche, teintĂ©e d’un cynisme mordant pour railler ses supĂ©rieurs, mais aussi un humanisme fĂ©brile lorsqu’il tente de protĂ©ger sa brigade condamnĂ©e. Face Ă  lui, Maximilian Schell se rĂ©vèle proprement dĂ©testable dans le rĂ´le du capitaine sans vergogne, perfide et obsĂ©dĂ© par l’idĂ©e de s’approprier une croix de fer comme trophĂ©e d’un Ă©go malade.

Violent, cruel, parfois mĂŞme malsain, Croix de Fer s’impose comme un grand film personnel sur la dĂ©route d’une guerre mondiale vidĂ©e de tout hĂ©roĂŻsme. HabitĂ© par une ambiance profondĂ©ment dĂ©senchantĂ©e, renforcĂ©e par la densitĂ© dĂ©shumanisĂ©e de protagonistes dĂ©chus, Sam Peckinpah livre une Ĺ“uvre ambitieuse, abrupte et spectaculaire. Un rĂ©quisitoire fĂ©roce contre les institutions militaires, oĂą la mĂ©lancolie s’exacerbe encore Ă  la vue d’authentiques images d’archives nausĂ©euses dĂ©filant au gĂ©nĂ©rique de fin. Une manière brutale et lucide de rappeler l’ignominie contagieuse d’une guerre rĂ©gie par l’aspiration barbare, tandis qu’un rire intempestif se mĂŞle Ă  une frĂ©nĂ©sie incontrĂ´lĂ©e.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
12.07.12. 2èx

mardi 10 juillet 2012

Schizophrenia /Angst / Fear


de Gérald Kargl. 1983. Autriche. 1h27. Avec Erwin Leder, Silvia Rabenreither, Edith Rosset, Rudolf Götz

Interdit en salles en France. 

FILMOGRAPHIE: Gérald Kargl est un réalisateur autrichien né en 1953 à Villach, Austria.
1980: Sceny narciarskie z Franzem Klammerem (documentaire)
1983: Angst

                                              D'après l'histoire vraie du tueur Werner Kniesek
         

CensurĂ© un peu partout Ă  travers le monde dès sa sortie en 1983, Schizophrenia est une expĂ©rience extrĂŞme d'autant plus inĂ©dite que son origine autrichienne renforce un cachet d'authenticitĂ© peu commun. Avec la voix perpĂ©tuelle d'un monologue narrĂ© par l'interprète principal, ce portrait glaçant d'un serial-killer notoire de l'Allemagne des annĂ©es 80 y transcende son introspection mentale avec un rĂ©alisme diaphane. Accordant un soin esthĂ©tique formel Ă  sa photographie clinique et Ă  son ambiance blafarde au bord du marasme, l'unique film de GĂ©rald Kargl est notamment un modèle de virtuositĂ© technique. Plans larges ou aĂ©riens contournĂ©s Ă  la louma, camĂ©ra subjective pour mieux mettre en exergue l'aspect dĂ©sincarnĂ© du tueur en sĂ©rie, le rĂ©alisateur sait utiliser sa camĂ©ra avec une dextĂ©ritĂ© aussi inventive que gĂ©omĂ©trique.


FilmĂ© en temps rĂ©el et exploitant Ă  merveille son dĂ©dale pavillonnaire, nous suivons les exactions meurtrières d'un dĂ©tenu relaxĂ©, dĂ©jĂ  prĂŞt Ă  perpĂ©trer de nouvelles exactions. Après avoir tentĂ© d'Ă©trangler une chauffeuse de taxi, celui-ci apeurĂ© s'enfuit Ă  travers bois pour trouver refuge dans une vaste demeure bourgeoise. Observant qu'il n'y a personne dans la maison, il dĂ©cide d'y pĂ©nĂ©trer par effraction en brisant la vite d'une fenĂŞtre. En comptant sur l'arrivĂ©e de ses propriĂ©taires avec une impatience fĂ©brile, une voix-off hypnotisante (Ă  voir en VF pour une fois car plus immersive !) nous narre de façon rĂ©cursive ses pensĂ©es intimes les plus licencieuses mais Ă©galement son passĂ© de maltraitance infantile. Une sexagĂ©naire, son fils impotent et sa fille seront les nouvelles proies de ses crimes sordides dĂ©nuĂ©s de mobile. Tuer quelqu'un est très dur, très douloureux et très... très long ! Cette cĂ©lèbre citation du maĂ®tre du suspense convient Ă  cette descente aux enfers inflexible auquel notre tueur souhaite faire souffrir ses victimes de façon indolente et avec une vĂ©hĂ©mence incontrĂ´lĂ©e ! Ce parti-pris (sur le vif) de filmer en temps rĂ©el, cette verdeur imputĂ©e aux meurtres cinglants (dont une mise Ă  mort ultra sanglante !) et l'interprĂ©tation innĂ©e de notre tueur autrichien rendent Schizophrenia terriblement glauque et incommodant. En prime, le caractère inexpressif et apathique des personnages secondaires va amĂ©nager son aura d'Ă©trangetĂ©.


En terme de serial-killer dĂ©ficient, Erwin Leder incarne son personnage avec une vĂ©ritĂ© si prĂ©gnante qu'il n'a pas Ă  rougir de la comparaison avec Joe Spinell ou encore Michael Rooker. La pâleur de son faciès famĂ©lique et l'apprĂ©hension de son regard fuyant laissent en mĂ©moire une prestance fĂ©brile tributaire de son esprit dĂ©sĂ©quilibrĂ©. Son seul objectif est d'aborder sans raison n'importe quel quidam signalĂ© au coin d'une rue et de l'assassiner avec un sadisme mâtinĂ© de maladresse. Sa peur panique et son excitation irraisonnĂ©e pour la tentative d'homicide exacerbent la personnalitĂ© meurtrie d'un adulescent prĂ©alablement molestĂ© par une filiation masochiste.


Malsain et hautement dĂ©rangeant par son aspect introspectif expĂ©rimental, Schizophrenia est une expĂ©rience extrĂŞme oĂą la folie et le meurtre sont Ă©laborĂ©s avec frĂ©nĂ©sie chez un criminel dĂ©saxĂ©. EsthĂ©tiquement travaillĂ© et ambitieux de par sa mise en scène personnelle, cette oeuvre scabreuse honteusement occultĂ©e et bannie depuis des dĂ©cennies constitue un sommet de subversion oĂą l'immersion clinique s'avère terriblement dĂ©stabilisante. Pour parachever, il faut aussi avouer que l'impact envoĂ»tant du score de Klaus Schulze doit autant Ă  son climat contrariant.
 
P.S: A PrivilĂ©gier la VF, comme le souligne Gaspar NoĂ© dans les Bonus du Blu-ray. 

*Bruno
25.07.22. 5èx
10.07.12. 

mercredi 4 juillet 2012

Le Vieux Fusil. César du Meilleur film 1976.

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site muriel.lucot.free.fr

de Robert Enrico. 1975. France. 1h43. Avec Philippe Noiret, Romy Schneider, Jean Bouise, Joachim Hansen, Robert Hoffmann, Karl Michael Vogler, Caroline Bonhomme, Catherine Delaporte, Madeleine Ozeray.

Sortie salles France: 22 Août 1975. U.S: 29 Juin 1976

FILMOGRAPHIE: Robert Enrico est un réalisateur et scénariste français, né le 13 Avril 1931 à Liévin (Pas-de-Calais), décédé le 23 Février 2001 à Paris. 1962: Au coeur de la vie. 1962: La Belle Vie. 1964: Contre point. 1965: Les Grandes Gueules. 1967: Les Aventuriers. 1967: Tante Zita. 1968: Ho ! 1971: Boulevard du Rhum. 1971: Un peu, beaucoup, passionnément. 1972: Les Caïds. 1974: Le Secret. 1975: Le Vieux Fusil. 1976: Un neveu silencieux. 1977: Coup de foudre. 1979: L'Empreinte des Géants. 1983: Au nom de tous les Miens. 1985: Zone Rouge. 1987: De Guerre Lasse. 1989: La Révolution Française (1ère partie: les années lumières). 1991: Vent d'Est. 1999: Fait d'Hiver.

 
"Quand l'amour s'éteint dans la guerre".
PanthĂ©on du cinĂ©ma français, cĂ©lĂ©brĂ© par des millions de spectateurs avec une Ă©motion inconsolable, Le Vieux Fusil est un moment de cinĂ©ma d’une telle acuitĂ© qu’on peine Ă  s’en remettre sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique tombĂ©. En s’inspirant du massacre d’Oradour-sur-Glane perpĂ©trĂ© par les nazis en 1944, Robert Enrico livre, sans anesthĂ©sie, un drame Ă©prouvant, haletant, inflexible. Insoutenable. Celui d’un mĂ©decin provincial anĂ©anti par l’extermination de sa famille.

Synopsis: Alors qu’il mène une vie paisible avec sa femme Clara et leur fille Florence, Julien Dandieu dĂ©cide de les mettre Ă  l’abri d’une milice française arrogante en les envoyant au château familial, retirĂ© près d’un village champĂŞtre. RestĂ© Ă  l’hĂ´pital pour soigner ses malades, il finit par les rejoindre, inquiet. Mais sur place, l’horreur : les villageois ont Ă©tĂ© massacrĂ©s, rassemblĂ©s dans l’Ă©glise et abattus sans pitiĂ©. Dans son château, Julien dĂ©couvre le corps calcinĂ© de sa femme, et celui, ensanglantĂ©, de sa fille. RavagĂ© par le chagrin, consumĂ© par la haine, il engage une vengeance expĂ©ditive. Un Ă  un, il traque les nazis encore prĂ©sents sur les lieux du drame.

EntrecoupĂ© de flashbacks oĂą Julien se remĂ©more les instants d’un bonheur rĂ©volu, Le Vieux Fusil alterne la tendresse des souvenirs angĂ©liques et l’apprĂ©hension d’une traque implacable. Dans un huis clos minĂ©ral, confinĂ© dans les souterrains du château, Enrico orchestre la mĂ©tamorphose d’un homme pacifique en bourreau mu par le deuil. La perte brutale, inassimilable, l’horreur d’un viol collectif et d’une immolation crapuleuse font Ă©clater sa moralitĂ©. Ces rĂ©miniscences Ă©lĂ©giaques deviennent alors les contrepoints d’un effondrement. Aux souvenirs lumineux succède une rancune glaciale, irrespirable. Julien tue. Sans pitiĂ©. Sans dĂ©tour. Et chaque balle tirĂ©e est un cri rentrĂ©, une larme qui ne coule pas.

Ces Ă©motions antinomiques — l’amour, la haine, le passĂ©, le sang — s’enchevĂŞtrent avec une intensitĂ© bouleversante. Et si cette Ĺ“uvre Ă  vif nous Ă©treint si fort, c’est aussi par la complicitĂ© vibrante de ses interprètes.


Dans le rĂ´le du mĂ©decin submergĂ© par la haine, Philippe Noiret (CĂ©sar du meilleur acteur) incarne l’Ă©vidence du mutisme et de la douleur contenue. Son regard perdu, son corps affaissĂ©, traduisent l’implosion d’un homme englouti par la folie. Quant Ă  Romy Schneider, elle illumine l’Ă©cran d’un regard pĂ©tri de fraĂ®cheur, de bontĂ©. Elle incarne la joie, la tendresse, le dĂ©sir silencieux. On en tombe amoureux, comme Julien, happĂ© par sa beautĂ© sans emphase. C’est cette lumière, justement, qui rend sa perte si insupportable. Sa mort, puis celle de sa fille, rĂ©veillent en nous une rĂ©pulsion viscĂ©rale. Tout cela sonne vrai. Trop vrai.

"Ă€ l’ombre des anges brĂ»lĂ©s".
PortĂ© par les interprĂ©tations bouleversantes de Noiret et Schneider, sublimĂ© par la partition mĂ©lancolique de François de Roubaix, Le Vieux Fusil est un chef-d’Ĺ“uvre d’Ă©motions hybrides. Une Ĺ“uvre de contraste : la pudeur romantique d’un amour perdu, la violence primitive d’un justicier consumĂ©. Certaines scènes sont Ă  vif, presque insoutenables (la sĂ©quence du lance-flammes, l’acharnement), mais jamais gratuites. Car Enrico, Ă  travers une mise en scène gĂ©omĂ©trique, fait de l’espace un personnage, un piège, un sanctuaire brisĂ©.

Il reste, de ce film, une fragilité déchirante, une douleur ciselée dans le marbre. Une quiétude fracassée qui nous poursuit longtemps. Ad vitam aeternam.

Romy, je t'aime.

*Bruno
04.07.12. 4èx

Récompenses: César du Meilleur Film, du Meilleur Acteur (Philippe Noiret) et Meilleure Musique (François de Roubaix) en 1976.
César des césars en 1985.

 

mardi 3 juillet 2012

Fire in the Sky

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site roswell1947.forumgratuit.org

de Robert Lieberman. 1993. U.S.A. 1h49. Avec D.B. Sweeney, Robert Patrick, Craig Sheffer, Peter Berg, Henry Thomas, Bradley Gregg, Noble Willingham, Kathleen Wilhoite, James Garner, Georgia Emelin.

Sortie salles U.S: 12 Mars 1993

FILMOGRAPHIE: Robert Lieberman est un réalisateur, scénariste et producteur américain.
1978: A Home run for love (télé-film). 1978: Gaucho (télé-film). 1980: Fighting Back (télé-film). 1982: Will: the autobiography of G. Gordon Liddy (télé-film). 1983: Table for Five. 1987: Nos Meilleures années. 1991: To Save a Child. 1991: Le plus beau cadeau de Noël. 1992: Fire in the Sky. 1996: Les Petits Champions 3. 1996: Le Titanic (télé-film). 1999: NetForce (télé-film). 2002: Red Skies. 2002: Second String (télé-film). 2004: Earthsea (télé-film). 2009: The Tortured. 2010: The Stranger.

 
"Fire in the Sky : l’ombre d’un enlèvement".
RĂ©alisateur prolifique de tĂ©lĂ©films et sĂ©ries TV, Robert Lieberman signe en 1993 son Ĺ“uvre la plus connue, Fire in the Sky. InspirĂ©e d’un fait divers (potentiel) sur un enlèvement extra-terrestre, cette sĂ©rie B fut hĂ©las inĂ©dite dans nos salles hexagonales, directement exploitĂ©e en VHS puis en galette numĂ©rique. Dommage, au regard de la qualitĂ© de ce suspense captivant, convaincant dans sa tentative de nous faire croire Ă  ce rapt incongru au premier degrĂ©.
 
Le pitch : le 5 novembre 1975, six bĂ»cherons assistent, terrifiĂ©s, Ă  un phĂ©nomène irrationnel venu du ciel. L’un d’eux, Ă©bloui par la lumière aveuglante de l’engin spatial, est soudain foudroyĂ© par une force surnaturelle. Ses camarades fuient Ă  bord de leur fourgonnette, jusqu’Ă  ce que le chauffeur, au dernier moment, fasse demi-tour. Seul sur les lieux, Mike Rogers dĂ©couvre l’absence inexplicable de son ami Travis. En ville, les cinq survivants doivent justifier devant police et population la disparition mystĂ©rieuse, bientĂ´t suspectĂ©s de meurtre.

 
PortĂ© par des visages familiers (Robert Patrick, Henry Thomas, Peter Berg) et une mise en scène qui s’attarde sur les tourments psychologiques, Fire in the Sky dresse avant tout le portrait d’hommes de foi injustement montrĂ©s du doigt par des citadins et des autoritĂ©s incrĂ©dules. Lieberman illustre avec soin le caractère sournois d’une communautĂ© qui n’hĂ©site pas Ă  fustiger et remettre en cause le rĂ©cit capillotractĂ© de ces prolĂ©taires gĂŞnants. Cette impuissance Ă  prouver leur innocence, cette pugnacitĂ© obstinĂ©e (magnifiquement incarnĂ©e par Robert Patrick) Ă  crier leur vĂ©ritĂ© aux autoritĂ©s, suscite une empathie viscĂ©rale chez le spectateur, d’autant que le prologue nous assure que leur mĂ©saventure n’est pas une affabulation. Leur humanitĂ© se dĂ©voile aussi dans la panique de leur fuite dĂ©sespĂ©rĂ©e Ă  travers la forĂŞt, après avoir abandonnĂ© leur camarade peut-ĂŞtre encore en vie.


Mais après l’Ă©preuve ambiguĂ« du dĂ©tecteur de mensonge, un rebondissement inattendu lève enfin le voile sur leur version des faits. LĂ  encore, le rĂ©alisateur insiste sur la dimension psychologique de la victime traquĂ©e par les mĂ©dias sensationnalistes, un chef de police paranoĂŻaque et des badauds indĂ©licats. L’interprĂ©tation de D.B. Sweeney, chĂ©tif et amnĂ©sique, anciennement malmenĂ© par ces E.T belliqueux, suscite une compassion douloureuse, exacerbĂ©e par son Ă©tat dĂ©faillant. Jusqu’Ă  la scène anthologique, oĂą la terreur claustro-viscĂ©rale explose dans un rĂ©alisme horrifiant : une sĂ©quence cauchemardesque, un choc traumatique face aux sĂ©vices chirurgicaux infligĂ©s Ă  cette victime martyrisĂ©e, littĂ©ralement rĂ©vulsĂ©e, terrifiĂ©e, le souffle coupĂ©.

 
Intelligemment traitĂ© dans la dimension humaine de personnages dĂ©chirĂ©s par une Ă©nigme irrationnelle, soutenu par un casting sobre entre Ă©moi, mutisme et interrogation, Fire in the Sky est une honorable sĂ©rie B, soignĂ©e et captivante par son suspense latent. Enfin, c’est surtout dans son dernier acte, vĂ©ritable moment d’effroi gravĂ© d’une pierre blanche, qu’il nous rĂ©conforte sur la valeur d’une fidĂ©litĂ© amicale.

*Bruno
18.04.25. 4è
03.07.12.