mardi 25 septembre 2012

Le Ciel peut attendre (Heaven Can Wait). Golden Globe du Meilleur Film, 1978.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hollywood70.com

de Warren Beatty. 1978. U.S.A. 1h41. Avec Warren Beatty, James Mason, Julie Christie, Jack Warden, Charles Grodin, Dyan Cannon, Buck Henry, Vincent Gardenia, Joseph Maher, Hamilton Camp.

Sortie salles France: 13 Décembre 1978. U.S.A: 28 Juin 1978

FILMOGRAPHIE: Warren Beatty (Henry Warren Beatty) est un acteur, scĂ©nariste, producteur et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 30 Mars 1937 Ă  Richmond, Virginie. 1978: Le Ciel peut attendre. 1981: Reds. 1990: Dick Tracy. 1998: Bullworth. 


Remake du DĂ©funt RĂ©calcitrant rĂ©alisĂ© en 1941 et adaptĂ© d'une pièce de Harry Segall, le Ciel peut attendre est la première rĂ©alisation de l'acteur bellâtre Warren Beatty. Une comĂ©die surprenante de par son ton sarcastique et l'aisance Ă  laquelle l'acteur/rĂ©alisateur s'y emploie pour nous esbaudir Ă  l'aide d'un pitch dĂ©sopilant. Ainsi, en dĂ©pit d'un montage un peu dĂ©sordonnĂ©, l'histoire ludique du Ciel peut attendre traite de la vie après la mort lorsque Joe Pendleton, joueur de football amĂ©ricain, est contraint de rejoindre par erreur le paradis Ă  la suite d'un accident de circulation. Avec l'approbation d'un guide spirituel, Joe peut rester sur terre quelques temps pour prendre l'apparence d'un milliardaire fraĂ®chement dĂ©cĂ©dĂ© mais pas encore dĂ©couvert, Mr Farnsworth. IncompĂ©tent dans la nouvelle peau d'un nanti pour diriger ses finances, Joe/Mr Farnsworth commence Ă  troubler son entourage auprès de son comportement erratique. Mais sa passion immodĂ©rĂ©e pour le football et l'arrivĂ©e de la charmante Betty Logan vont notamment chambouler les anciennes habitudes du milliardaire. Ce canevas particulièrement cocasse est un prĂ©texte Ă  dĂ©ployer une multitude de quiproquos et situations improbables souvent irrĂ©sistibles. En guise d'exemple farfelu, Mme Farnsworth, Ă©pouse orgueilleuse et infidèle, entreprend depuis longtemps une liaison avec Tony Abbott. Ensemble, ils complotent une sĂ©rie de tentatives de meurtres maquillĂ©s en accident pour se dĂ©barrasser du mari gĂŞnant. Mais par malchance, leurs exactions meurtrières se soldent lamentablement par une dĂ©route !


Alors que Mme farsworth est au bord de la crise de nerf, son amant essaie de relativiser la dĂ©faite pour pouvoir Ă©laborer une prochaine manigance. Autre exemple Ă©chevelĂ©, Joe Pendleton (Mr Farnsworth donc !) dirige en l'occurrence sa hiĂ©rarchie d'une manière si puĂ©rile et antinomique que son discours est Ă©noncĂ© Ă  l'instar d'une vĂ©ritable partie de football face Ă  son assemblĂ©e dĂ©contenancĂ©e ! MĂŞme topo pour les majordomes de sa nouvelle demeure familiale, Ă©coutant par le trou de la serrure les bavardages rĂ©currents de Joe adressĂ©s Ă  une personne invisible (le guide spirituel est uniquement perceptible aux yeux du rĂ©incarnĂ© !). Ces situations rocambolesques donnent souvent lieux Ă  des fou-rires incontrĂ´lĂ©s, d'autant plus que la complicitĂ© fringante des comĂ©diens s'en donnent Ă  coeur joie ! Tant auprès de Dyan Cannon absolument irrĂ©sistible dans la peau d'une Ă©pouse irascible que de l'impayable Charles Grodin en amant flegme aussi sournois dans ses dĂ©marches machiavĂ©liques. En prime d'autres seconds rĂ´les aussi attractifs et attachants, Warren Beatty dĂ©tonne Ă  endosser le rĂ´le dĂ©sinhibĂ© d'un dĂ©funt rĂ©calcitrant dont la verve et l'abattage font toujours illusion. Enfin, la charmante Julie Christie s'alloue d'un rĂ´le romantique pour s'acheminer vers l'idylle après avoir dĂ©couvert le nouveau visage du milliardaire subitement altruiste ! Pour ce faire, l'Ă©pilogue attendrissant ne manque pas de poĂ©sie en nous affectant sans mièvrerie pour ces nouvelles retrouvailles escomptĂ©es.


Hormis sa facture obsolète et sa mise en scène parfois elliptique, le Ciel peut attendre demeure une vraie comĂ©die dĂ©bridĂ©e plutĂ´t espiègle si bien que la plupart des gags restent en l'occurrence bougrement hilarants. Sa ferveur dĂ©capante Ă©manant des comĂ©diens dĂ©complexĂ©s renforçant la fantaisie expansive de cette comĂ©die fantastique occasionnant notamment un regard fructueux sur le thème de la rĂ©incarnation, une rĂ©flexion existentielle sur notre identitĂ© (intimement liĂ©e Ă  notre enveloppe corporelle) et notre instinct Ă  sillonner la voie du bien ou du mal.  

RĂ©compenses: Golden Globe du Meilleur Film, 1978
Oscar de la Meilleure Direction Artistique, 1978
Saturn Award du Meilleur Film Fantastique, 1979

Remerciement Ă  l'Univers Fantastique de la Science-Fiction
25.09.12
Bruno Matéï


lundi 24 septembre 2012

Le Cimetière des Morts-Vivants (5 tombe per un medium)

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Horreur.net

de Massimo Pupillo. 1965. 1h26. Italie. Avec Walter Brandi, Mirella Maravidi, Barbara Steele, Alfredo Rizzo, Riccardo Garrone, Luciano Pigozzi, Tilde Till, Ennio Balbo, Steve Robinson, René Wolf.

FILMOGRAPHIEMassimo Pupillo est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur italien, nĂ© le 7 Janvier 1929 Ă  San Severo. 1961: Teddy, l'orsacchiotto vagabondo (doc). 1965: 5 Tombes pour un mĂ©dium (le cimetière des morts-vivants). 1965: Vierges pour le bourreau. 1965: La Vendetta di Lady Morgan. 1968: Django le taciturne. 1970: Giovane Italia, Giovane Europa - Marternick (tĂ©lĂ©-film). 1970: L'Amore, questo Sconosciuto. 1980: Sajana, l'audace impresa


1965 est l'année où Massimo Pupillo a enchaîné successivement Vierges pour le Bourreau et l'oeuvre vintage qui nous intéresse aujourd'hui, le Cimetière des Morts-vivants. Relativement peu connu du public et occulté depuis pas mal de décennies, cette série B transalpine fleure bon le gothisme vétuste de par son décor de château hanté et son atmosphère mystérieuse entretenue en mode lattente. Ainsi, parmi son esthétisme du noir et blanc prononcé et l'icone magnétique Barbara Steele, le Cimetière des morts-vivants ressemble à s'y méprendre à un vieil ouvrage que l'on aime feuilleter auprès d'un récit interlope. Le pitchAprès avoir reçu une lettre de Jeronimus Hauff, Albert Kovac, adjoint d'un notaire, se rend dans son château pour une affaire de succession. Sur place, il rencontre la fille et la femme de ce riche propriétaire adepte d'expériences occultes. Or, Jeronimus Hauff est décédé de manière accidentelle il y a un an déjà ! L'atmosphère particulièrement tendue dans la demeure inquiète Albert Kovac, notamment lorsqu'il apprend que le lieu familial fut autrefois un lazaret afin d'accueillir les lépreux lors de la peste de 1400.


Mystère diffus et suspense sous-jacent demeurent les ingrĂ©dients majeurs de cette modeste production afin de mettre en valeur une horreur sobre (renforcĂ©e par sa photo monochrome). Et ce en dĂ©pit du point d'orgue haletant illustrant de manière explicite les Ă©tats pestifĂ©rĂ©s des victimes de la peste (focale variable sur les plaies vitriolĂ©es !) par l'entremise de maquillages futiles mais crĂ©dibles. Par consĂ©quent, cette intrigue criminelle conjuguĂ©e efficacement au fantastique occulte s'avère suffisamment adroite et structurĂ©e pour laisser planer doute et manigances auprès des principaux tĂ©moins. De par le caractère sournois des protagonistes suspicieux, la quĂŞte de vĂ©ritĂ© d'Albert Kovac se dĂ©cline en une Ă©nigme dĂ©lĂ©tère Ă©maillĂ©e de morts terrifiantes et d'indices intrigants (l'eau s'atrophiant sans raison !), et ce sous l'emprise diabolique d'esprits frappeurs ! A titre d'originalitĂ© bienvenue, un Ă©lĂ©ment naturel purificateur y jouera un rĂ´le primordial afin de contrecarrer les forces du mal ! Parmi la prĂ©sence mystique de l'obscur Jeronimo, certains spectateurs pourront peut-ĂŞtre Ă©tablir la comparaison avec le personnage de Robert Miles (Patrick MaGee) vu dans le sympathique Chat Noir de Lucio Fulci pour ses pratiques occultes perpĂ©trĂ©es dans un cimetière diaphane. On peut aussi Ă©voquer le personnage de Ashley (Bruce Campbell) rendu cĂ©lèbre dans Evil-Dead lorsque Albert dĂ©couvre les travaux Ă©sotĂ©riques de Jeronimo par le truchement d'un phonographe. On retrouve d'ailleurs un peu ce mĂŞme sentiment d'insĂ©curitĂ© et d'atmosphère macabre savamment distillĂ©e au sein d'un manoir oĂą certaines armoires regorgent de cranes humains ainsi qu'une rangĂ©e de mains sectionnĂ©es. 


De par sa rĂ©alisation soignĂ©e, ses acteurs convaincants et un scĂ©nario plutĂ´t captivant, le Cimetière des Morts-vivants demeure une bonne surprise suffisamment efficace pour entretenir l'attention d'un suspense lattent. Son atmosphère palpable, la prĂ©sence secondaire de la scream queen Barbara Steele ainsi que sa comptine mĂ©lancolique (innocemment fredonnĂ©e) renforçant l'aspect fascinant de son gothisme Ă©purĂ©. Pour info subsidiaire, on prĂ©fĂ©rera son titre initial, 5 tombes pour un mĂ©dium, beaucoup plus pertinent que son homologue lucratif adoubĂ© chez nous. 

Un grand merci Ă  Artus Films ^^
*Bruno
24.09.12



vendredi 21 septembre 2012

TYRANNOSAUR. Prix Spécial du Jury, Sundance 2011

Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Paddy Considine. 2011. Angleterre. 1h32. Avec Peter Mullan, Olivia Colman, Eddie Marsan, Paul Popplewell, Ned Dennehy, Samuel Bottomley, Sally Carman.

Sortie salles France: 25 Avril 2012

Récompenses: Dinard 2011: Grand Prix du Jury, Meilleur Scénario
BIFA 2011: Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleure Actrice
Sundance 2011: Prix Spécial du Jury, Meilleur Réalisateur, Meilleur Acteur, Meilleure Actrice

FILMOGRAPHIE: Paddy Considine est un acteur et réalisateur anglais né le 5 Septembre 1974.
2011: Tyrannosaur


Pour une première rĂ©alisation, le britannique Paddy Considine s'emploie au drame social pour nous relater la chronique aigrie d'un quinquagĂ©naire irascible issue d'une banlieue dĂ©favorisĂ©e. Après la mort de sa femme diabĂ©tique, Joseph noie sa solitude dans l'alcool et les rixes de voisinage. Mais un jour, alors qu'il se balade dans une rue commerciale, il fait la rencontre d'une vendeuse de vĂŞtement, Hannah. Catholique pratiquante vouĂ©e Ă  l'espoir et l'amour de Dieu, cette Ă©pouse molestĂ©e est tributaire d'un mari tyrannique et pervers. Ensemble, ils vont apprendre Ă  se connaitre, s'apprivoiser, s'entraider malgrĂ© la duretĂ© d'une existence intransigeante. Climat blafard d'une banlieue dĂ©favorisĂ©e livrĂ©e au chĂ´mage, l'alcoolisme et la violence, alors que les voisins lambdas tentent d'imposer leur loi, Tyrannosaur  illustre de manière abrupte le portrait d'un couple en perdition. Sans pathos et avec un rĂ©alisme sordide parfois difficile, c'est de prime abord la trajectoire esseulĂ©e d'un quidam Ă  bout de souffle qui nous ait contĂ©, un individu rongĂ© par la haine de l'injustice dans son environnement dĂ©favorisĂ©. Tandis qu'au fil d'une rencontre entretenue avec une femme battue, Joseph va peu Ă  peu renouer avec un regain d'humanitĂ© dans son cheminement hasardeux Ă©maillĂ© d'incidents compromettants.


A travers cette romance ardue auquel nos protagonistes sont constamment brimĂ©s par un climat insĂ©curitaire et oĂą les provocations ne cessent de les Ă©branler, Paddy Considine distille nĂ©anmoins l'espoir, le dĂ©vouement, le dĂ©sir, l'attachement que chaque individu recèle au plus profond de son âme. Quelque soit notre condition d'ĂŞtre dĂ©chu ou sur le fil du rasoir, une parcelle d'optimisme, un regain d'empathie envers une personne intègre, cette envie soudaine de s'affirmer et d'avancer vers une horizon incandescente peuvent expier tous les pĂŞchers du monde. Avec intensitĂ© austère, le rĂ©alisateur exprime donc le combat perpĂ©tuel qu'un quidam dĂ©boussolĂ© puisse rencontrer Ă  un moment fatal de son existence. C'est Ă  dire daigner s'accepter et tenter contre vents et marĂ©e de se dĂ©pĂŞtrer de l'infortune par ce besoin Ă©prouvĂ© de tendresse. Le visage burinĂ© et d'une animositĂ© innĂ©e, Peter Mullan impressionne de sa prĂ©sence robuste, de son regard en demi-teinte Ă  deux doigts de commettre un drame irrĂ©parable. A la manière d'un tyrannosaure (alors que le terme est ironiquement impartie Ă  sa dĂ©funte !), ce laissĂ©-pour-compte chargĂ© de haine alterne poussĂ©s de violence incontrĂ´lĂ©e et remise en question existentielle pour son affliction inconsidĂ©rĂ© aux yeux de la sociĂ©tĂ©. En femme humiliĂ©e pourvue d'une indulgence dĂ©sespĂ©rĂ©e, Olivia Colman magnĂ©tise chaque sĂ©quence de sa prĂ©sence candide et se rĂ©vèle bouleversante de fragilitĂ© pour tenter d'apprivoiser mais aussi accepter un erratique au bord du gouffre.


D'une violence parfois difficile mais jamais ostentatoire, Tyrannosaur est une oeuvre puissante, un drame social Ă©prouvant car inscrit dans le dĂ©sarroi pour ausculter le portrait Ă  fleur de peau de deux Ă©corchĂ©s vifs. Deux quidams Ă  deux doigts de faire naufrage dans leur monde intolĂ©rant mais finalement gagnĂ©s par la rage de survivre par leur malheur imposĂ©. Et pour authentifier cette romance Ă©pineuse, Peter Mullan et Olivia Colman (LA rĂ©vĂ©lation !) livrent communĂ©ment une interprĂ©tation d'une rare verdeur Ă©motionnelle ! Sans toutefois nĂ©gliger la prĂ©sence cinglante de seconds rĂ´les criant de vĂ©ritĂ© par leur trogne fracassĂ©e.

21.09.12
BM

jeudi 20 septembre 2012

POSSEDEE (THE POSSESSION)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site sadgeezer.com

de Ole Bornedal. U.S.A/Canada. 1h32. Avec Jeffrey Dean Morgan, Kyra Sedgwick, Natasha Calis, Grant Show, Madison Davenport, Rob LaBelle, Jay Brazeau, Quinn Lord, John Cassini.

Sortie salles France: 26 décembre 2012. U.S: 31 Août 2012

FILMOGRAPHIE: Ole Bornedal est un réalisateur danois né le 26 Mai 1959.
1994: Le Veilleur de Nuit. 1997: Le Veilleur de Nuit. 2003: Dina. 2007: The Substitute. 2010: Just another love story. 2012: Possédée.


Y'a t-il un exorciste chez Rabbi Jacob ? (ou comment préfigurer au plus vite son Flop 1, 2012 !)

Clyde et Stephanie Brenek ne voient pas de raison de s’inquiĂ©ter lorsque leur fille cadette Em devient Ă©trangement obsĂ©dĂ©e par un petit coffre en bois achetĂ© lors d’un vide grenier. Mais rapidement, son comportement devient de plus en plus agressif et le couple suspecte la prĂ©sence d’une force malveillante autour d’eux. Ils dĂ©couvrent alors que la boĂ®te fut créée afin de contenir un Dibbuk, un esprit qui habite et dĂ©vore finalement son hĂ´te humain.

Une énième déclinaison de l'Exorciste pour une prod de luxe estampillée Raimi. Les clichés se ramassent à la pelle, les situations prévisibles sont tellement redondantes qu'elles provoquent inévitablement un ennui dépressif et l'ambiance horrifique tente d'intensifier l'intrigue par un score élégiaque
tout en sobriété. Le réal s'évertue comme il peut à privilégier la dimension humaine des parents divorcés de la petite Emi, en vain. Et cela en dépit de la bonne volonté des comédiens pour sauver les meubles. En prime, à titre d'originalité, introduire une légende juive par l'entremise d'une boite de pandore pour relancer la franchise sataniste sombre ici dans le ridicule. Un ou deux effets chocs sont peut-être à épargner de ce naufrage mercantile, parodie involontaire et véritable insulte au cinéma d'horreur transgressif. Mieux vaut se replonger pour la 10è fois dans les climats funestes ou malsains de l'Antéchrist d'Alberto De Martino ou encore du méconnu et mélancolique Emilie, l'enfant des Ténèbres de Massimo dallamano.

20.09.12
Bruno Matéï

http://brunomatei.blogspot.fr/2011/03/lantechrist-antichrist.html

http://brunomatei.blogspot.fr/2011/05/emilie-lenfant-des-tenebres-il.html


mercredi 19 septembre 2012

La Chair et le Sang (Flesh and Blood)

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com 

de Paul Verhoeven. 1985. U.S.A/ Espagne/Hollande. 2h06. Avec Rutger Hauer, Jennifer Jason Leigh, Jack Thompson, Brion James, Ronald Lacey, Simon Andreu, Jake Wood, Bruno Kirby, Tom Burlinson.

Sortie salles France: 2 Octobre 1985. U.S: 30 Août 1985

FILMOGRAPHIE: Paul Verhoeven est un réalisateur néerlandais, né le 18 Juillet 1938 à Amsterdam. 1971: Business is business. 1973: Turkish Delices. 1975: Keetje Tippel. 1977: Le Choix du Destin. 1980: Spetters. 1983: Le Quatrième Homme. 1985: La Chair et le Sang. 1987: Robocop. 1990: Total Recall. 1992: Basic Instinct. 1995: Showgirls. 1997: Starship Troopers. 2000: l'Homme sans Ombre. 2006: Black Book.


Première production hollywoodienne pour Paul verhoeven, en affiliation avec l'Espagne et son pays natal, La chair et le Sang se solde d'un Ă©chec public dès sa sortie en 1985. Pour Ă©lucider cette dĂ©faite, son concentrĂ© de violence tranchante et de verdeur Ă©rotique eurent sans doute gĂŞnĂ© un public trop frileux habituĂ© Ă  l'Ă©dulcoration de rĂ©cits moyenâgeux en bonne et due forme. EpaulĂ© de son acteur fĂ©tiche Rutger Hauer et recrutant la jeune comĂ©dienne Jennifer Jason Leigh pour son premier grand rĂ´le Ă  l'Ă©cran, cette Ă©popĂ©e mĂ©diĂ©vale transpire la chair (la peste) et le sang comme aucune autre production n'eut osĂ© la retranscrire. Ainsi, Ă  travers l'idylle amoureuse d'un mercenaire immoral et d'une jeune femme manipulatrice, Paul Verhoeven nous confronte Ă  une lutte de classes au coeur de l'Europe du 16è siècle si bien que Steven, jeune seigneur pugnace tentera de rĂ©cupĂ©rer sa belle, prisonnière du clan rival des frondeurs incultes. TransposĂ© Ă  l'Ă©poque du moyen-âge Ă  l'orĂ©e de la renaissance, La Chair et le Sang nous confronte Ă  partager l'intimitĂ© de cette troupe de voleurs mesquins rĂ©fugiĂ©s au sein d'un château après l'avoir assailli. Au prĂ©alable, ces derniers furent trahis par leur propre seigneur durant une rude bataille. Mais une embuscade savamment planifiĂ©e par ces activistes leur auront permis de rĂ©cupĂ©rer l'argent dĂ©robĂ©. C'est par cette occasion fructueuse que le leader Martin s'entreprend d'enlever la princesse Agnes pour la violer parmi le tĂ©moignage de ses comparses. Mais la jeune vierge finaude et sĂ©ductrice parvient in extremis Ă  charmer son tortionnaire au point de le rendre Ă©perdument amoureux. 


Par consĂ©quent, cette romance vĂ©nĂ©neuse traversĂ©e de batailles homĂ©riques conjugue de façon frĂ©nĂ©tique Ă©rotisme sordide (le viol d'Agnes distille un climat pervers particulièrement voyeuriste) et charnel (sa coucherie nocturne avec Martin lors d'un bain vaporeux Ă©clairĂ© de candĂ©labres). L'ambition provocatrice de Verhoeven insufflant parfois mĂŞme une poĂ©sie morbide singulière lorsque Agnes et Steven, rĂ©unis au coeur d'une prairie, roucoulent en dessous de deux pendus putrĂ©fiĂ©s ! Superbement photographiĂ© dans des dĂ©cors naturels tantĂ´t crĂ©pusculaires et magnifiĂ© par la vigueur d'une mise en scène virtuose, la Chair et le Sang est une perpĂ©tuelle bravade Ă  transgresser la vĂ©ritĂ© historique d'une Ă©poque mĂ©diĂ©vale dĂ©nuĂ©e de moralitĂ©. Son pouvoir de fascination prĂ©gnant Ă©manant principalement de la caractĂ©risation de ces protagonistes subversifs, tour Ă  tour dĂ©lĂ©tères, sournois, Ă©quivoques, qui plus est, gagnĂ©s par la peur expansive de la peste bubonique. Pour ce faire, la dernière partie illustrant la panique des mercenaires empoisonnĂ©s par l'eau provoque malaise, ad nauseum chez le spectateur. De par son rĂ©alisme malsain, le rĂ©alisateur distille une ambiance de claustration, nous enivre les sens face Ă  l'odeur putrescente de quartiers de viandes avariĂ©s, vulgairement dĂ©coupĂ©s sur un chien mort car envoyĂ©s par l'antagoniste sur la tĂŞte des occupants ! Le fanatisme religieux et son emprise sur les utopistes est Ă©galement traitĂ© Ă  travers le personnage du cardinal guidant ses amis vers un destin (ironiquement) moribond (la propagation de la peste). Et ce par le truchement spirituel de sa statue St-Martin. Ainsi, Ă  travers le destin misĂ©rable de cette poignĂ©e de brigands sans vergogne, la Chair et le Sang dĂ©crit avec force et souci d'authenticitĂ© l'instinct de survie chez l'ĂŞtre humain vouĂ© Ă  corrompre, trahir et assassiner au prix de la libertĂ©, l'amour ou la cupiditĂ©. Mais l'ascension de la renaissance, l'Ă©volution de l'obscurantisme et les nouvelles techniques de la mĂ©decine laissent nĂ©anmoins augurer un regain d'humanitĂ©, un cheminement progressif Ă  travers l'inconscience de ses preux antagonistes. 


SublimĂ© de la prĂ©sence diaphane de Rutger Hauer et de la dĂ©licieuse Jennifer Jason Leigh (plus Ă©quivoque, lascive et impudente que jamais !), La Chair et le Sang constitue LE chef-d'oeuvre mĂ©diĂ©val de premier choix en dĂ©rogeant la norme traditionnelle du divertissement imberbe. En rĂ©sulte une oeuvre provocatrice Ă  l'odeur de souffre parfois nausĂ©euse (la religieuse mortellement blessĂ©e au crane par l'entaille d'une Ă©pĂ©e, l'accouchement du bĂ©bĂ© mort-nĂ©, la fillette moribonde atteinte de la peste) mais pourvu d'une ambition intègre Ă  reconstituer une Ă©popĂ©e flamboyante, aussi bien foisonnante que dĂ©bauchĂ©e. 

19.09.12. 4
Bruno Matéï

 

Apport technique du blu-ray: 9/10



mardi 18 septembre 2012

THE MAGDALENE SISTERS. Lion d'Or Venise 2002.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site shop.silverdisc.com 

de Peter Mullan. 2002. Angleterre. 2h00. Avec Anne-Marie Duff, Nora-Jane Noone, Geraldine McEwan, Dorothy Duffy, Frances Healy, Eithne McGuiness, Mary Murray, Chris Simpson, Britta Smith, Eileen Walsh, Sean Mc Donagh, Phyllis MacMahon, Julie Austin.

Sortie salles France: 5 Février 2003. U.S: 1er Août 2003

FILMOGRAPHIE: Peter Mullan est un rĂ©alisateur, acteur et scĂ©nariste britannique, nĂ© le 2 novembre 1959 Ă  Peterhead, en Ecosse. 1997: Orphans. 2002: The Magdalene Sisters. 2010: Neds


On estime à 30 000 le nombre de femmes ayant été détenues dans les asiles Magdalene en Irlande. La dernière laverie a fermé en 1996.

Lion d'Or Ă  Venise, The Magdalene sisters est un choc cinĂ©matographique d'un rĂ©alisme et d'une acuitĂ© Ă©motionnelle si cuisante qu'il confine au traumatisme ! TirĂ© de faits rĂ©els survenus dans un des Couvents de la Madeleine en 1964, cette descente aux enfers est un terrifiant rĂ©quisitoire contre l'intolĂ©rance, l'intĂ©grisme et toute forme d'asservissement sous une hiĂ©rarchie christianiste. 
La film suit le parcours de trois jeunes femmes, Margaret, Bernadet et Rose, expĂ©diĂ©es par leurs parents dans un couvent pour avoir commis de potentiels pĂ©chers. Les raisons invoquĂ©es ? AccablĂ©s par la honte, les parents de Margaret dĂ©cident de se sĂ©parer d'elle après avoir appris qu'elle eut Ă©tĂ© sexuellement abusĂ©e par son propre cousin durant une fĂŞte familiale. Pensionnaire dans un orphelinat mais de plus en plus sujette aux remarques lubriques des garçons, Bernadet est Ă©galement envoyĂ©e chez les soeurs Madeleine. Enfin, Rose rejoint le sĂ©minaire après avoir Ă©tĂ© sĂ©parĂ©e de son bĂ©bĂ©, faute d'avoir eu une naissance avant le mariage. Contre leur grĂ©, toutes trois vont se retrouver subordonnĂ©es Ă  l'enseignement tyrannique de soeur Bridget ainsi qu'aux quotidiennes humiliations, soumissions et tortures perpĂ©trĂ©es par l'allĂ©geance des autres religieuses. 


Dans une photo naturaliste épousant un contraste entre la campagne irlandaise et la pâleur du monastère, Peter Mullan nous convie à la claustration d'un foyer catholique régit par une autorité inhumaine. Sans aucune complaisance et avec un souci glaçant d'authenticité, The Magdalene Sisters retrace le calvaire de trois jeunes filles dépréciées par leur propre famille puritaine pour se retrouver embrigadées au sein d'un sinistre pensionnat. Sanctionnées pour des fautes dérisoires, voires illusoires, elles vont devoir se plier aux exigences disciplinaires de nonnes impassibles. Tâches de labeur, prières spirituelles et interdiction de bavardage sont les règles quotidiennes afin de respecter l'ordre de la vie communautaire mais aussi apprendre à expier leurs pêchers et ainsi leur apporter la divinité de la sagesse. Si l'une d'entre elles s'oppose à la hiérarchie militaire des soeurs Madeleine, celle-ci sera sévèrement châtiée par la flagellation du fouet !


A travers son climat lourd et oppressant auscultant de prime abord la caractĂ©risation distincte de quatre internes, The Magdalene Sisters transcende la dimension humaine de ces jeunes femmes livrĂ©es Ă  la malnutrition, aux humiliations, aux brimades et aux châtiments, alors que l'une d'elles envisagera en dĂ©sespoir de cause le suicide salvateur. L'autre issue de pouvoir s'extraire d'une dictature aussi barbare est d'y prendre la fuite pour s'Ă©chapper vers une contrĂ©e Ă©loignĂ©e de toute autoritĂ© religieuse ! Autant dire qu'il vaut mieux avoir les nerfs solides, un flegme et une patience exemplaires pour rĂ©ussir Ă  survivre au coeur de ce lieu maudit Ă©rigĂ© sous une bannière rigoriste. SĂ©journer ne serait ce que 24 heures dans cet asile licencieux (certains prĂŞtres ont mĂŞme pratiquĂ© l'abus sexuel sur une interne lambda !), ce que des milliers de jeunes filles ont endurĂ© durant des dĂ©cennies, nous dĂ©montre Ă  quel point il fallait user de rĂ©silience stoĂŻque afin de ne pas se laisser gagner par la folie. Foyer sectaire corrompu par une communautĂ© de religieuses conservatrices, The Magadalene Sisters nous remet donc en question sur les valeurs morales du culte catholique ainsi que son endoctrinement auprès d'une dĂ©mographie puritaine, voire machiste dans l'Irlande des annĂ©es 60. Le film met Ă©galement en lumière le rĂ´le prĂ©caire de la femme anglaise au sein du foyer conjugal, car tributaire d'un Ă©poux Ă©gocentrique en proie Ă  la violence et la tyrannie contre l'Ă©mancipation de sa fille. Cette doctrine disciplinaire pour le bien-fondĂ© de la biensĂ©ance annihilera le destin de milliers de femmes emprisonnĂ©es contre leur grĂ© dans un cloĂ®tre Ă©hontĂ©. 


Les martyrs du couvent
DominĂ© par la distribution bouleversante d'un quatuor fĂ©minin transi de fragilitĂ© nĂ©vralgique, The Magdalene Sister constitue une Ă©preuve de survie, une descente aux enfers contre la dĂ©liquescence morale d'une autoritĂ© messianique. Un pamphlet sans concession du fondamentalisme livrĂ© Ă  la dĂ©cadence de son autoritĂ© puritaine. Son mea-culpa n'ayant jamais Ă©tĂ© obtenu et les victimes jamais dĂ©dommagĂ©es, on est en droit de se demander ou se trouve la moralitĂ© d'un tel calvaire assignĂ© contre des victimes ingĂ©nues, livrĂ©es Ă  une solitude aliĂ©nante. En rĂ©sulte un chef-d'oeuvre glaçant de rĂ©alisme et de terreur diffuse quand bien mĂŞme son Ă©pilogue dĂ©chirant nous tolère des larmes de dĂ©livrance !

A Crispina/Harriet...
18.09.12
Bruno Matéï

Récompense: Lion d'Or à Venise, 2002



LA POLEMIQUE: Info Wikipedia:
Lorsque le film a Ă©tĂ© rĂ©compensĂ© du Lion d'Or Ă  Venise, le quotidien pontifical Osservatore Romano s’est Ă©levĂ© contre ce qu’il a vu comme un brĂ»lot anticlĂ©rical Ă  la vision manichĂ©enne. Pourtant, Peter Mullan avait dĂ©clarĂ© que le film « n'Ă©tait pas dirigĂ© contre l’Ă©glise ».
Le film a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© avec l’aide et l’attention d’une ancienne pensionnaire du couvent, ainsi que d’une religieuse qui a encadrĂ© l’un de ces Ă©tablissements. Elles avaient pour fonction de veiller Ă  l’authenticitĂ© du film.
Quant à l'Église, elle n'a formulé à ce jour aucune excuse ni proposé aucun dédommagement à ces femmes, qui, des années durant, ont travaillé pour son compte. Par ailleurs, ce sont bien les témoignages des victimes qui ont été la principale source d'information du réalisateur. Mais la polémique soulevée par le Vatican, et qui eut un certain écho en Italie, a conduit un certain nombre de témoins à commencer à parler en Irlande, venant contredire les dénégations du clergé.

Plus d'info: http://fr.wikipedia.org/wiki/Couvents_de_la_Madeleine


vendredi 14 septembre 2012

THE WICKER MAN. Director's Cut (1h39). Licorne d'Or au Festival du Rex Ă  Paris

Photo empruntée sur Google, appartenant au site gillusreviews.blogspot.com

de Robin Hardy. 1973. Angleterre. 1h39. Avec Edward Woodward, Christopher Lee, Diane Cilento, Britt Ekland, Ingrid Pitt, Lindsay Kemp, Russell Waters, Aubrey Morris, Irene Sunters, Walter Carr.

Sortie salles France: 10 janvier 2007 en Dvd. U.S: Juin 1975. Royaume Uni: Décembre 1973

Récompenses: Licorne d'Or au Festival du rex à Paris
Prix de l'académie de science-fiction, fantasy et horreur aux Etats-Unis
Prix Saturn 1979 du meilleur film d'horreur

FILMOGRAPHIE: Robin Hardy est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur anglais né en 1939 à Londres (Royaume-Uni).
1973: The Wicker Man
1986: Angoisse Ă  Dublin (The Fantasist)
1989: E Street (série TV)
2010: The Wicker Tree


Licorne d'Or au Festival du Rex Ă  Paris, The Wicker Man est devenu au fil du temps un authentique film culte dont la rĂ©putation n'a jamais cessĂ© de grandir Ă  tel point qu'un remake aseptisĂ© vit le jour quelques dĂ©cennies plus tard. VĂ©ritable chef-d'oeuvre atypique traitant avec Ă©thique des thèmes religieux du christianisme et du polythĂ©isme, le premier film de Robin Hardy est une descente aux enfers autour d'un Eden rural. En effet, sur l'Ă®le Ă©cossaise de Summerisle, les habitants vouent un culte Ă  leur doctrine paganisme. En cas de mauvaise rĂ©colte de fruits, ils sont parfois contraints d'offrir en sacrifice un ĂŞtre humain au dieu du soleil afin que la prochaine saison soit plus florissante. Après avoir reçu une lettre lui indiquant qu'une petite fille aurait disparu sur l'archipel, l'inspecteur Neil Howie dĂ©cide d'embarquer en avion pour rejoindre les habitants de Summerisle. Sur place, il dĂ©couvre l'Ă©trange rite de villageois dĂ©vergondĂ©s s'adonnant Ă  une philosophie Ă©rigĂ©e sur la divinitĂ© de plusieurs dieux.


Film fantastique Ă  l'imagerie fantasmagorique expansive, traversĂ© de romances musicales chantonnĂ©s par certains habitants, Wicker Man est un fascinant voyage mĂ©taphysique en interne d'une nature Ă©panouissante. A travers l'investigation drastique d'un flic conservateur en quĂŞte d'une disparition infantile, le film nous enseigne une vĂ©ritable leçon de tolĂ©rance (l'Ă©ducation parentale en est un modèle d'enseignement !) et de respect d'autrui par l'entremise de paĂŻens adorateurs d'une Ă©cologie divine. Si leur foi rattachĂ©e Ă  plusieurs dieux et leur cĂ©lĂ©bration sont vouĂ©es Ă  endosser des dĂ©guisements d'animaux pour glorifier l'univers terrestre, c'est un vĂ©ritable hymne Ă  la nature et Ă  l'harmonie de la vie que Robin Hardy nous vĂ©hicule avec poĂ©sie fastueuse ! Un florilège d'images graciles, Ă©rotiques et charnelles nous sont illustrĂ©es parmi la voluptĂ© de danseuses nues pratiquant des rituels autour d'un feu. Ce spectacle extatique est familièrement conçu pour honorer et remercier la biologie des ĂŞtres vivants (humains, animaux, insectes) Ă©troitement liĂ©s Ă  la flore vĂ©gĂ©tale (comme les arbres plantĂ©s sur les tombes symbolisant une nouvelle naissance pour les dĂ©funts). Les pratiques spirituelles invoquĂ©es dans le film sont une coutume afin de sublimer la chimère de la rĂ©alitĂ© et sa magie qui en Ă©mane, extĂ©riorisĂ©e par une croyance spĂ©culative. RĂ©flexion sur la foi et le besoin inhĂ©rent de se raccrocher Ă  une religion pour se prouver l'intĂ©rĂŞt existentiel, le film oppose les thèmes de la rĂ©incarnation (pour le polythĂ©isme) et la rĂ©surrection (pour le catholicisme) afin de nous interroger sur la destinĂ©e de l'ĂŞtre humain. Si son point d'orgue, douloureux par la cruautĂ© des faits tolĂ©rĂ©s, peut dĂ©router et dĂ©ranger le spectateur impliquĂ© dans un terrifiant subterfuge de grande ampleur, il pose Ă  rĂ©flĂ©chir sur les dangers des croyances et des pratiques culturelles. Notamment l'emprise qu'elles peuvent gĂ©nĂ©rer chez les adorateurs quand ils sont vouĂ©es Ă  l'allĂ©geance d'un culte divin. 


Fascinant voyage hypnotique dans une contrée reculée d'une île écossaise, The Wicker Man est une expédition introspective afin de questionner notre rapport existentiel à une idéologie religieuse. Réquisitoire contre l'intolérance et le droit à la différence par l'entremise d'une culture célébrant la vie, l'amour et la mort, ce bad trip réversible est une envoûtante expérience mystique avec nos peurs les plus indécises, sans oublier de dénoncer les dérives sectaires sous couvert de dénouement horrifique.

Dédicace à Jean Pierre Dionnet et Selena de Sade
14.09.12. 2èx
Bruno Matéï

                                     

mardi 11 septembre 2012

BULLHEAD (Rundskop)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site movies.tvguide.com

de Michael R. Roskam. 2011. Belgique. 2h08. Avec Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval, Jeanne Dandoy, Barbara Sarafian, Tibo Vandenborre, Frank Lammers, Sam Louwyck, Robin Valvekens, Baudoin Wolwertz.

Sortie salles France: 22 Février 2012. Belgique: 2 Février 2011

Récompenses: Prix du Meilleur premier film à FanTasia, 2011
Prix du Jury et du Public au Festival du film policier de Beaune, 2011
Propeler Motovuna au Festival du film de Motovun, 2011
Meilleur Film aux Prix du film Flamand, 2011
Prix André-Cavens de l'Union de la critique de cinéma (UCC), 2011
Magritte du cinéma du meilleur scénario et du meilleur film flamand en co-production, 2011

FILMOGRAPHIE: Michael R. Roskam (de son vrai nom MichaĂ«l Reynders) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste belge, nĂ© en 1972 Ă  Saint Trond. 
2011: Bullhead


LardĂ© de rĂ©compenses dans son pays d'origine, Bullhead fait presque figure d'oeuvre inclassable dans sa structure narrative affiliĂ© au polar et au drame social, son ambiance cafardeuse, son humour parfois cocasse (les rĂ©parties verbales des 2 garagistes fort en gueule) et sa dimension humaine sur le dĂ©clin. Pour une première rĂ©alisation, Michael R. Roskam frappe fort et nous envoie un uppercut en pleine face dans son acuitĂ© Ă©motionnelle Ă  fleur de peau toujours plus abrupte ! HabitĂ© par l'interprĂ©tation transie de Matthias Schoenaerts, toute l'intrigue admirablement Ă©crite repose sur ses robustes Ă©paules et nous entraĂ®ne dans l'introspection mentale d'un homme profondĂ©ment frustrĂ© car molestĂ© par un trauma infantile.


A Limbourg, Jackie, fils de fermier corrompu, complote depuis toujours un trafic d'hormones auprès de la mafia pour sa viande bovine. Mais le meurtre inopiné d'un flic va contraindre la police à surveiller ses activités ainsi que celles de ses complices dont un ami d'enfance, Diederick. Compromis à un lourd secret lié à leur adolescence, les deux acolytes vont renouer avec le poids de cette réminiscence .


Avec la photo aigre d'un climat blafard, Bullhead empreinte la voie du polar moite pour dĂ©crire avec densitĂ© le drame humain d'une homme introverti car esseulĂ© depuis le drame de son enfance. Parfois Ă©pris d'une violence incontrĂ´lĂ©e par la prise addictive de ces stĂ©roĂŻdes mais aussi victimisĂ© par son refoulement sexuel, Jacky est enfoui dans un mutisme nihiliste. Avec l'arrivĂ©e d'un ami qu'il n'avait pas revu depuis longtemps et d'une police en filature, son passĂ© va refaire surface et lui remĂ©morer une grave agression aux sĂ©quelles irrĂ©versibles. Dès lors, au grĂ© de flash-back habilement insĂ©rĂ©s dans le cheminement hasardeux, une descente aux enfers latente nous ait confrontĂ© Ă  travers le profil d'un homme livrĂ© Ă  lui mĂŞme car trop longtemps abdiquĂ© par son entourage et sa famille. 
Il faut louer la dextĂ©ritĂ© limpide que Michael R. Roskam a su retranscrire Ă  narrer un script en chute libre oĂą les principaux protagonistes recèlent une dimension humaine chargĂ©e de remord ou de dĂ©pit. Avec la maĂ®trise inspirĂ©e d'une mise en scène autonome et une efficience haletante, Bullhead nous isole dans les vestiges d'un homme littĂ©ralement Ă©crasĂ© par la tare de la frustration et la morositĂ© de son environnement animalier. Dans ce rĂ´le torturĂ©, Matthias Schoenaerts fait preuve d'un charisme animal impressionnant dans sa carrure robuste et ces furieux accès de violence extĂ©riorisĂ©s par une conscience martyrisĂ©e. Mais c'est aussi et surtout sa dimension humaine discrĂ©ditĂ©e, sa dĂ©sillusion de ne pouvoir concrĂ©tiser une vie de postĂ©ritĂ© qui interpelle le spectateur avec une empathie sensitive toujours plus inconfortable. ATTENTION SPOILER !!! D'ailleurs, le point d'orgue redoutĂ©, d'une intensitĂ© dramatique quasi insoutenable dans sa romance dĂ©chue nous arrache les larmes de l'amertume et nous Ă©branle viscĂ©ralement jusqu'au marasme, faute d'un nihilisme dĂ©sespĂ©rĂ©. FIN DU SPOILER


Comme un chien enragé
Fascinant par son rĂ©alisme âpre, ombrageux pour son cheminement indĂ©cis, voir parfois mĂŞme dĂ©routant dans ses sautes d'humour intermittentes, cet ovni venu de Wallonne implique le spectateur d'une façon si intime qu'il dĂ©sĂ©quilibre la maĂ®trise de nos sentiments. Sous couvert de polar austère, Bullhead est surtout une chronique dĂ©shumanisĂ©e d'un paysan meurtri, envoĂ»tĂ© par l'interprĂ©tation magistrale de Matthias Schoenaerts . La dĂ©liquescence mentale d'un malfaiteur Ă©perdument amoureux mais incapable de pouvoir transcender son handicap. Le rapport d'un viol irrĂ©parable en dĂ©pit d'un mutisme rural, l'impuissance inĂ©vitable d'un taureau au coeur flagellĂ©. DĂ©chirant jusqu'au malaise surmenĂ©. 

DĂ©dicace Ă  Daniel Aprin et Christophe Cosyns
11.09.12
Bruno Matéï



jeudi 6 septembre 2012

RUNNING MAN (The Running Man)


de Paul Michael Glaser. 1987. U.S.A. 1h40. Avec Arnold Schwarzenegger, Maria Conchita Alonso, Yaphet Kotto, Jim Brown, Jesse Ventura, Erland van Lidth, Marvin J. McIntyre, Gus Rethwisch.

Sortie salles France: 16 Mars 1988. U.S: 13 Novembre 1987

FILMOGRAPHIE: Paul Michael Glaser est un acteur et réalisateur américain, né le 25 Mars 1943 à Cambridge, Massachusetts.
1986: Le Mal par le Mal. 1987: Running Man. 1992: Le Feu sur la Glace. 1994: The air up there
1998: Kazaam


D'après un roman de Stephen King mais dĂ©jĂ  adaptĂ© par l'Ă©crivain Robert Sheckley en 1958, Running Man est le remake dĂ©bridĂ© de l'excellent brĂ»lot le Prix du Danger d'Yves Boisset. Conçu sous le moule du film d'action et d'anticipation, avec, en tĂŞte d'affiche, l'une de ses plus grandes stars des annĂ©es 80 (Arnorld Schwarzenneger), cette sĂ©rie B rĂ©jouissante joue Ă  fond la carte du divertissement dans un esprit dĂ©complexĂ© de bande dessinĂ©e. Le look excentrique des antagonistes pourchassant sans rĂ©pit Ben Richard et ses acolytes, accoutrĂ©s eux aussi de combinaisons futuristes en pijama criard, ainsi que le design high-tech d'une Ă©mission de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© Ă©clairĂ©e par des nĂ©ons flashys, mettent bien en Ă©vidence l'aspect dĂ©risoire d'un jeu tĂ©lĂ©visĂ© tributaire d'un voyeurisme vĂ©nal. 2019. Dans une sociĂ©tĂ© despotiste, un programme TV diffusĂ© 24 heures sur 24 retransmet la course contre la mort d'ex taulards pourchassĂ©s par une horde de guerriers sanguinaires. Ben Richards, ancien flic injustement condamnĂ© pour une sĂ©rie de crimes qu'il n'a pas commis est recrutĂ© dans l'Ă©mission "Running Man" avec l'aide de deux anciens camarades de prison. Au sein d'un itinĂ©raire semĂ© d'embĂ»ches, les trois fugitifs vont tenter par tous les moyens de sortir vivants de ce traquenard auquel des millions de spectateurs sont rivĂ©s devant leur poste pour ovationner le spectacle barbare.


Bien entendu, son pitch prĂ©figurant l'ascension de notre tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© est ici un prĂ©texte pour proposer un film d'action particulièrement bien troussĂ© et Ă  la mĂ©canique d'efficacitĂ© indĂ©niable. Toutefois, son ton sarcastique met en Ă©vidence la dĂ©rision d'un show tv inspirĂ© des jeux de cirque de la Rome antique, alors que tous les citoyens lobotomisĂ©s par une propagande fasciste sont devenus de parfaits abrutis. Hormis son cĂ´tĂ© ludique diablement jouissif, menĂ© Ă  un rythme alerte, une certaine rĂ©flexion sur les dĂ©rives du sensationnalisme et le contrĂ´le des masses populaires est nĂ©anmoins mise en exergue. Au sous-texte social, Paul Michael Glaser dĂ©nonce donc les exactions d'une tĂ©lĂ© spectacle avide de voyeurisme et la prohibition d'une sociĂ©tĂ© dictatoriale endoctrinant son peuple par le pouvoir des mĂ©dias. Avec ses trĂ©pidantes sĂ©quences de courses-poursuites, sa panoplie de personnages grotesques, le charme latino de Maria Conchita Alonso et le cabotinage viril de Schwarzenegger (cigare au bec façon Commando !), Running Man s'avère un gros dĂ©fouloir assumĂ© ne se prenant jamais au sĂ©rieux. Mais la palme de l'hilaritĂ© en revient Ă  la verve de ces dialogues et l'accoutrement de ces nouveaux guerriers aux pseudos saugrenus, endossĂ©s de dĂ©guisements futuristes comparables Ă  des sapins de noĂ«l ! Que ce soit Buzzsaw, le vicking Ă  la tronçonneuse, Subzero, le sumo adepte du hockey sur glace, Dynamo, le rondouillard garni d'ampoules Ă©lectriques ou encore Fireball, le black power pourvu d'un lance-flamme !


Efficace, ironique et dĂ©sinhibĂ© dans sa violence cartoonesque, Running Man est en l'occurrence un sympathique divertissement d'action. Aujourd'hui, son cĂ´tĂ© rĂ©tro est d'autant plus contrastĂ© qu'il Ă©voque de manière mĂ©taphorique l'aspect grand-guignolesque de nos Ă©missions de tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©. En prime, la qualitĂ© de ses effets-spĂ©ciaux (l'accès des joueurs par l'entrĂ©e vertigineuse du tunnel) est encore Ă©tonnamment concluante. 

22.12.25. 4K VOST
06.09.12. 3èx
Bruno Matéï



Apport technique du Blu-ray: 7/10

mercredi 5 septembre 2012

Blanche Neige et le Chasseur / Snow White and the Huntsman

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hnmovies.com

de Rupert Sanders. 2012. U.S.A. 2h07. Avec Kristen Stewart, Chris Hemsworth, Charlize Theron, Ian McShane, Sam Clafin, Nick Frost, Eddie Izzard, Bob Hoskins, Toby Jones, Eddie Marsan, Stephen Graham.

Sortie salles France: 13 Juin 2012. U.S: 01 Juin 2012


FILMOGRAPHIE: Rupert Sanders est un réalisateur anglais, né le 15 Janvier 1971 à Westminster.

2010: The Low Dweller. 2012: Blanche Neige et le Chasseur


Synopsis: Afin de prĂ©server son Ă©ternelle jeunesse, la reine malĂ©fique Ravenna est contrainte de retrouver la princesse Blanche Neige, Ă  peine Ă©chappĂ©e du cachot de son château, pour lui arracher son coeur. RĂ©fugiĂ©e dans la forĂŞt des tĂ©nèbres, Blanche croise sur sa route un valeureux chasseur puis septs nains dĂ©brouillards. Sur cette route semĂ©e d'embĂ»ches, ils vont faire face Ă  des rencontres hostiles ou pacifistes avec certaines crĂ©atures singulières. Mais leur alliance va converger Ă  l'offensive d'Ă©piques affrontements afin de dĂ©jouer l'armĂ©e hostile et annihiler la Reine. 

Le cĂ©lèbre conte de Grimm revu et corrigĂ© par un rĂ©alisateur nĂ©ophyte, avec en tĂŞte d'affiche, la midinette de la saga docile Twilight, j'ai nommĂ© Kristen Stewart ! C'est dire si ce blockbuster visant un public familial avait de quoi laisser dubitatif l'amateur d'aventures romanesques et d'hĂ©roic fantasy. Or, Ă  la vue de sa bande annonce privilĂ©giant la scĂ©nographie d'un environnement naturel formel, quelques batailles homĂ©riques et la qualitĂ© inventive d'effets spĂ©ciaux prodigieux, on pouvait prĂ©sager un bon spectacle ludique potentiellement attractif. A l'arrivĂ©e, cette rĂ©actualisation tĂ©nĂ©breuse de Blanche Neige et les 7 nains rĂ©ussit haut la main Ă  enchanter son public de 10 Ă  77 ans. D'un esthĂ©tisme raffinĂ© dans ses dĂ©cors naturels dantesques, et transcendĂ© d'une photo flamboyante, le cĂ©lèbre conte des Frères Grimm se pare en l'occurrence d'un Ă©clat nouveau pour cette relecture beaucoup plus sombre, voir mĂŞme parfois horrifique si on le compare au chef-d'oeuvre de Walt Disney


Tout en respectant le matĂ©riau d'origine, Rupert Sanders prend soin de nous immerger dans un univers onirique oĂą le merveilleux et l'effroi se tĂ©lescopent pour mettre en lumière la lutte sempiternelle du Bien contre le Mal. Féérie, fantasy, aventures, action, fantastique sont les ingrĂ©dients habilement dosĂ©s de ce conte notoire destinĂ© Ă  Ă©merveiller sans outrance ni fioriture. Si l'amateur est facilement impliquĂ© et conquis, c'est grâce Ă  la densitĂ© des personnages vaillants et l'intĂ©gritĂ© d'un metteur en scène renouant avec les Ă©motions d'antan. Car en Ă©ludant la trilogie du Seigneur des Anneaux et quelques autres charmantes fantaisies du type Narnia, il faut remonter aux annĂ©es 80 pour retrouver ce sentiment noble  d'Ă©merveillement avec des oeuvres picturales comme Legend, Labyrinth, Dark Crystal, l'Histoire sans Fin, Ladyhawke, voir peut-ĂŞtre aussi Ă  moindre mesure, Willow.

Autant confirmer qu'un vĂ©ritable souffle romanesque, Ă©pique, poĂ©tique plane sur sur les Ă©paules de nos hĂ©ros engagĂ©s dans une flamboyante odyssĂ©e Ă©maillĂ©e de bravoures et d'imprĂ©vus. Et pour crĂ©dibiliser au possible cette aventure fantasmagorique, chaque comĂ©dien charismatique rĂ©ussit Ă  donner chair Ă  leur personnage hĂ©roĂŻque ou mĂ©prisable. 
Avec originalité pour confectionner des effets spéciaux en CGI bluffant de réalisme, certaines séquences se révèlent magnifiques ou impressionnantes dans leur aptitude à créer la demi-teinte d'un univers hybride. Que ce soit le refuge obscur de la forêt des ténèbres, le raffinement édénique du sanctuaire, le combat saisissant avec un troll géant ou les métamorphoses maléfiques de la reine ainsi que son miroir déformant.


Dans le rĂ´le dĂ©lĂ©tère de la Reine noire, Charlize Theron livre une fois encore une performance innĂ©e dans sa facultĂ© Ă  exprimer les tourments obsessionnels d'une femme hantĂ©e par sa beautĂ© physique. Mais aussi la dĂ©chĂ©ance galvaudĂ©e d'une fille prĂ©alablement soutirĂ©e Ă  sa mère pour ĂŞtre plus tard envahie d'une rancoeur vindicative vouĂ©e au mal absolu ! 
Kristen Stewart avait dĂ©jĂ  prouvĂ© qu'elle pouvait ĂŞtre une comĂ©dienne persuasive dans Welcome to the Riley ou Speak. En l'occurrence, sans transcender ses rĂ´les les plus saillants, elle incarne avec fragilitĂ© la beautĂ© suave d'une Blanche Neige attendrissante, Ă©galement pourvue d'une bravoure preuse Ă  daigner mettre un terme aux agissements de sa rivale vĂ©nale. 
Enfin, Sam Clafin et surtout Chris Hemsworth (en chasseur viril) incarnent avec sobriĂ©tĂ© les profils de guerriers dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  protĂ©ger leur princesse contre les forces du Mal.


Formellement splendide, d'une fĂ©erie teintĂ©e d'horreur lors de ses Ă©lans poĂ©tiques singuliers, et agrĂ©mentĂ© de batailles homĂ©riques, Blanche Neige et le Chasseur Ă©lude la mièvrerie redoutĂ©e dans le moule aseptisĂ© du produit familial. Avec une certaine audace, il se rĂ©approprie mĂŞme des rĂ´les majeurs impartis aux stĂ©rĂ©otypes en leur privilĂ©giant une personnalitĂ© plus nĂ©vrosĂ© ou farouche. Ce qui permet aussi de prĂ©coniser la dimension humaine et les enjeux dramatiques impartis Ă  chaque personnage prĂ©occupĂ©. Alors que l'Ă©pilogue teintĂ© d'ironie sous-jacente se prend main plaisir Ă  contourner le traditionnel happy-end idyllique imposĂ© dans le conte de Grimm.
Un excellent spectacle donc haut en couleurs, rĂ©alisĂ© avec modestie et dominĂ© par la prĂ©sence ensorcelante de Charlize Theron. Et rares sont les films oĂą l'on se surprend Ă  Ă©prouver un soupçon d'empathie (la larme Ă  l'oeil) envers le coeur ruinĂ© d'une mĂ©crĂ©ante. 

*Bruno
05.09.12

lundi 3 septembre 2012

THE REVENANT


Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviescreenplay.info 
de D. Kerry Prior. 2009. U.S.A. 1h53. Avec David Anders, Chris Wilde, Annie Abbott, Senyo Amoaku, , Anne Arles, Jeff Rector, Amy Correa, Louise Griffiths, , Cathy Shim.

Sorte salles U.S: 26 Septembre 2009

FILMOGRAPHIE: D. Kerry Prior est un réalisateur, scénariste et producteur américain
1996: Roadkill
2009: The Revenant


InĂ©dit en salles dans l'hexagone (comme le fut antĂ©cĂ©demment sa première rĂ©alisation, Roadkill), The Revenant est une comĂ©die horrifique Ă  l'aura quelque peu insolite dans son cheminement narratif alĂ©atoire et son final Ă  tiroirs. InterprĂ©tĂ© par un tandem attachant (David Anders/Chris Wilde), le pitch impromptu suit les vicissitudes de ces deux amis de longues dates, Joey et Bart, contraints de sombrer dans la justice meurtrière depuis que l'un d'eux est devenu un mort-vivant. Le film suit donc leurs errances nocturnes Ă  travers la ville new-yorkaise pour la quĂŞte de sang frais afin de prĂ©server la nouvelle existence dĂ©gĂ©nĂ©rative de Bart. Avec un certain code de conduite morale, ils dĂ©cident de s'en prendre uniquement Ă  la vie marginale de criminels, braqueurs, trafiquants de drogues et autres flics ripoux pour rassasier l'appĂ©tit vampirique de notre revenant. Si le film rĂ©ussit Ă  gagner rapidement la sympathie du spectateur, c'est grâce Ă  la complicitĂ© amicale de nos deux lurons embarquĂ©s dans des situations aussi rĂ©alistes que farfelues et un concours de circonstances assez inopinĂ©es. En effet, on ne sait jamais oĂą le scĂ©nario souhaite nous mener pour trouver une issue favorable aux exactions de nos hĂ©ros et la rĂ©alisation distille parfois une certaine ambiance  hermĂ©tique pour les Ă©tats d'âme contrariĂ©s de Bart.


C'est la vraisemblance du caractère saugrenu de la damnation impartie Ă  Bart qui permet au spectateur de s'y impliquer naturellement, le rĂ©alisateur dosant habilement l'austĂ©ritĂ© de sa dimension psychologique et la cocasserie qui Ă©mane de l'attitude dĂ©concertĂ©e des protagonistes. Par son cĂ´tĂ© dĂ©complexĂ© et dĂ©lirant, on peut aussi penser Ă  la bonhomie pittoresque de certaines sĂ©ries B des annĂ©es 80 rĂ©alisĂ©es sans prĂ©tention comme le sympathique Flic ou Zombie. EmaillĂ© de dialogues ciselĂ©s, d'action sanglante, de gags dĂ©bridĂ©s (l'utilisation inĂ©dite du gode Ă©lectrique) et de rupture de ton dans sa dernière partie lĂ©gèrement dĂ©routante, The Revenant inspire une affection et emporte notre adhĂ©sion pour un alliage de comĂ©die horrifique agrĂ©ablement troussĂ©e. Il en rĂ©sulte une sĂ©rie B avenante non exempte de petites maladresses (l'attitude subitement hostile de certaines protagonistes est trop vite expĂ©diĂ©e) mais pourvue d'une personnalitĂ© Ă  livrer un divertissement finalement inaccoutumĂ©.


Un inédit décalé à découvrir qui aurait mérité à être reconnu malgré son succès dans divers festivals.

03.09.12
Bruno Matéï


jeudi 30 août 2012

AVENGERS (The Avengers)

Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site gameforceone.be 

de Joss Whedon. 2012. U.S.A. 2h23. Avec Robert Downey Jr, Samuel L. Jackson, Chris Hemsworth, Chris Evans, Jeremy Renner, Mark Ruffalo, Scarlett Johansson, Tom Hiddleston, Cobie Smulders.

Sortie salles France: 25 Avril 2012. U.S: 4 Mai 2012

FILMOGRAPHIE: Joss Whedon est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 23 Juin 1964 à New-York.
2005: Serenity
2012: Avengers
2012: Much Ado About Nothing


TOUT CA POUR CA ???


Lorsque la sĂ©curitĂ© et l'Ă©quilibre de la planète sont menacĂ©s par un ennemi d'un genre nouveau, Nick Fury, le directeur du SHIELD, l'agence internationale du maintien de la paix, rĂ©unit une Ă©quipe pour empĂŞcher le monde de basculer dans le chaos. Partout sur Terre, le recrutement des nouveaux hĂ©ros dont le monde a besoin commence…