jeudi 7 mars 2013

Aguirre, la Colère de Dieu / Aguirre, der Zorn Gottes


                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site dvdclassik.com

de Werner Herzog. 1972. Allemagne. 1h33. Avec Klaus Kinski, Helena Rojo, Del Negro, Ruy Guerra, Peter Berling, Cecilia Rivera.

Sortie salles France: 26 Février 1975 (Cannes: 16 Mai 1973). Allemagne: 29 Décembre. 1972. U.S: 3 Avril 1977

FILMOGRAPHIE: Werner Herzog (Werner Stipetic) est un rĂ©alisateur, acteur et metteur en scène allemand, nĂ© le 5 Septembre 1942 Ă  Munich (Allemagne).
1968: Signes de vie. 1970: Les Nains aussi ont commencé petits. 1972: Aguirre, la colère de Dieu. 1974: l'Enigme de Kaspar Hauser. 1976: Coeur de verre. 1977: La Ballade de Bruno. 1979: Nosferatu, fantôme de la nuit. 1979: Woyzeck. 1982: Fitzcarraldo. 1984: Le pays où rêvent les fourmis vertes. 1987: Cobra Verde. 1991: Cerro Torre, le cri de la roche. 1992: Leçons de ténèbres. 2001: Invincible. 2005: The Wild Blue Yonder. 2006: Rescue Dawn. 2009: Bad Lieutenant: escale à la Nouvelle-Orléans. 2009: Dans l'oeil d'un tueur.

 
"Le Roi des Singes et des Brumes".
Film phare dans la carrière de Werner Herzog, Aguirre est une expĂ©rience sensorielle peu commune dans le paysage cinĂ©matographique. FilmĂ©e dans les dĂ©cors naturels du PĂ©rou, cette odyssĂ©e humaine menĂ©e par un mĂ©galomane totalitaire devient une aventure Ă©pique de la dĂ©mesure, un voyage naturaliste hors du temps, une expĂ©rience de cinĂ©ma inusitĂ©e. Le hĂ©ros principal, conquistador espagnol gonflĂ© d’orgueil, entraĂ®ne ses hommes au cĹ“ur d’une jungle hostile, remontant un fleuve en radeau Ă  la recherche d’un Eldorado irrĂ©el.

CaptĂ© Ă  la manière d’un documentaire contemplatif scrutant faune et flore sous l’ère du XVIe siècle, Herzog nous fait partager l’introspection d’un dictateur convaincu que son destin relève d’une ambition divine. Sa mise en scène expĂ©rimentale Ă©pouse l’hyperrĂ©alisme de l’improvisation : cadrages fixes sur les visages impassibles, camĂ©ra Ă  l’Ă©paule pour Ă©pier les murmures conspirateurs. On devine les risques encourus par l’Ă©quipe technique, les figurants, les comĂ©diens - convoyĂ©s de chevaux et de mammifères (hĂ©las parfois maltraitĂ©s), progressant Ă  travers des sentiers impraticables, avalĂ©s par une vĂ©gĂ©tation fĂ©roce. Le tournage fut indubitablement houleux - comme en tĂ©moignent la sĂ©quence du radeau pris dans les rapides, ou l’inoubliable prologue aĂ©rien oĂą les conquistadors dĂ©valent Ă  pied une montagne escarpĂ©e noyĂ©e de brume -, sans oublier les conflits lĂ©gendaires opposant Herzog Ă  son comparse furibard, Klaus Kinski.


HabitĂ© par son rĂ´le nĂ©vrosĂ©, ce dernier incarne Aguirre avec une foi maladive : posture de roi orgueilleux, regard hallucinĂ©, colère irascible. Sa prĂ©sence quasi surnaturelle renforce le caractère baroque, insolite, de cette expĂ©dition suicidaire hantĂ©e par sa propre dĂ©mence. L’ennemi, invisible, tapi dans l’ombre vĂ©gĂ©tale, frappe sans prĂ©venir, prĂ©cipitant les colons vers une mort sourde. Le final mystique illustre Ă  merveille l’arrogance d’un homme devenu roi de rien, perdu sur un radeau infestĂ© de singes capucins, poursuivant sa dĂ©rive vers une citĂ© d’or chimĂ©rique, sans jamais concevoir que la mort l’attend.

 
"La Jungle aux Yeux HallucinĂ©s". 
IlluminĂ© par la musique envoĂ»tante de Popol Vuh et l’interprĂ©tation possĂ©dĂ©e de Kinski, Aguirre est un morceau de cinĂ©ma hypnotique, d’une puissance formelle et Ă©motive rare. Une expĂ©rience sensitive inoubliable, qui transcende la folie intrinsèque de l’homme assoiffĂ© de pouvoir et de gloire. Aguirre, avatar de la dictature fasciste, erre ainsi Ă  jamais, seul roi de sa propre perdition.

20.11.25. 4èx. Vost 

07.03.13.


    

mercredi 6 mars 2013

Le Convoi / Convoy

  
                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmscoremonthly.com

de Sam Peckinpah. 1978. U.S.A/Angleterre. 1h47. Avec Kris Kristofferson, Ali MacGraw, Burt Young, Ernest Borgnine, Seymour Cassel, Franklyn Ajaye.

Sortie salles France: 16 Août 1978. U.S: 28 Juin 1978

FILMOGRAPHIE: Sam Peckinpah est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 21 FĂ©vrier 1925, dĂ©cĂ©dĂ© le 28 DĂ©cembre 1984. 1961: New Mexico, 1962: Coups de feu dans la Sierra. 1965: Major Dundee. 1969: La Horde Sauvage. 1970: Un NommĂ© Cable Hogue. 1971: Les Chiens de Paille. 1972: Junior Bonner. Guet Apens. 1973: Pat Garrett et Billy le Kid. 1974: Apportez moi la tĂŞte d'Alfredo Garcia. 1975: Tueur d'Elite. 1977: Croix de Fer. 1978: Le Convoi. 1983: Osterman Week-end.


Avant-dernier film de Peckinpah, Le Convoi est un western moderne conçu pour divertir tout en distillant un sous-texte social contestataire. Le cinĂ©aste s’intĂ©resse ici Ă  la condition des prolĂ©taires, tributaires d’une politique insidieuse : un gouverneur opportuniste exploite la renommĂ©e d’un routier pour capter la sympathie ouvrière et engranger des voix. Longtemps sous-estimĂ© pour son ton dĂ©calĂ© et cartoonesque, le film a dĂ©routĂ© la critique qui s’attendait Ă  une « horde sauvage » contemporaine. Pourtant, il s’impose comme un road movie homĂ©rique, d’une jubilation insolente, oĂą les flics sont raillĂ©s sans rĂ©pit, toujours Ă  bout de souffle dans leur dĂ©sir d’oppression. D'ailleurs on peut rappeler qu'en matière de potentiel ludique, le public, lui, fut conquis puisqu'il s'agit du plus grand succès commercial de son auteur. 


Entre bastons de saloon, cascades effrĂ©nĂ©es et poursuites intrĂ©pides, Le Convoi ressuscite des figures familières du cinĂ©ma de genre : le baroudeur Kris Kristofferson, les vĂ©tĂ©rans Ernest Borgnine et Burt Young, sans oublier le charme lascif d’Ally McGraw, radieuse dans sa trentaine assumĂ©e. Le rĂ©cit, qui dĂ©marre sur une simple infraction pour excès de vitesse, dĂ©gĂ©nère en cavale : Duck, routier frondeur, fuit vers le Nouveau-Mexique, rejoint en chemin par une horde de camionneurs solidaires. Tandis que son prestige grandit et rallie la population, un flic rancunier dĂ©chaĂ®ne toutes les forces de police, et un politicard vĂ©reux tente de rĂ©cupĂ©rer cette rĂ©volte pour sa propre gloire.

Certes, le scĂ©nario bancal, souvent improbable, se rĂ©sume Ă  une longue traque automobile entre un cow-boy marginal et un shĂ©rif imbu de pouvoir. Mais la grande efficacitĂ© du spectacle, la maĂ®trise de sa rĂ©alisation, la bonhomie attachante des personnages et l’humour dĂ©bridĂ© qui en jaillit confèrent au film une Ă©nergie extrĂŞmement communicative.


Pamphlet contre l’autoritĂ© dĂ©voyĂ©e au cĹ“ur d’une AmĂ©rique raciste, Le Convoi rend hommage aux routiers exploitĂ©s par un gouvernement mĂ©galo oĂą seul le pouvoir compte. On pouvait Ă©videmment espĂ©rer plus de densitĂ© de Peckinpah, mais le film, un brin mĂ©lancolique dans sa seconde partie dĂ©sabusĂ©e, demeure un sacrĂ© moment de dĂ©tente exaltĂ©, nourri d’ironie, d'amertume et d’action : un western d’asphalte oĂą les camions grondent comme des chevaux d’acier, guidĂ©s par des trognes tĂ©mĂ©raires et fraternelles. ShĂ©rif, fais-moi peur n’est pas loin, et je ne m'en plaindrai jamais.

P.S: sacré revirement de ton dans sa version originale STF.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

14.09.25. 5èx. 4K VOST
06.03.13.


mardi 5 mars 2013

Carrie au bal du diable. Grand Prix Avoriaz, 1977.


de Brian De Palma. 1976. U.S.A. 1h38. Avec Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, Nancy Allen, John Travolta, William Katt, Betty Buckley.

Sortie salles France: 22 Avril 1977. U.S: 3 Novembre 1976

FILMOGRAPHIE: Brian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinĂ©aste amĂ©ricain d'origine italienne, nĂ© le 11 septembre 1940 Ă  Newark, New-Jersey, Etats-Unis. 1968: Murder Ă  la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le BĂ»cher des vanitĂ©s. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted.

 
Sous l’emprise d’une foi fanatique et la cruautĂ© d’une jeunesse en meute, l’Ă©veil d’une adolescente devient martyre. Brian De Palma transcende l’horreur en tragĂ©die lyrique, livrant avec Carrie un cri de douleur aussi bouleversant que terrifiant — oĂą l’effroi naĂ®t du rejet, et la colère du cĹ“ur brisĂ©.

AurĂ©olĂ© du Grand Prix Ă  Avoriaz un an après sa sortie triomphante (33 millions de dollars de recettes pour un budget de 1 800 000 !), Carrie demeure sans nul doute l’une des plus puissantes adaptations de Stephen King. Un chef-d’Ĺ“uvre du fantastique moderne, d’une rare Ă©motivitĂ© pour un genre traditionnellement vouĂ© Ă  terrifier. LittĂ©ralement envoĂ»tĂ© par la prestance iconique de Sissy Spacek, incarnant une souffre-douleur timorĂ©e, Carrie s’affirme avant tout comme un drame psychologique transplantĂ© dans les arcanes d’une Ă©pouvante satanique, orchestrĂ©e par une mĂ©gère fondamentaliste.

Ă€ travers la tragĂ©die de cette lycĂ©enne introvertie, soudainement confrontĂ©e Ă  sa pubertĂ© et raillĂ©e par ses camarades, Brian De Palma sonde les abĂ®mes du fanatisme religieux sous l’emprise d’une mère castratrice. Avec une acuitĂ© psychologique bouleversante, il Ă©rige une intrigue baroque, fondĂ©e sur la tĂ©lĂ©kinĂ©sie, que Carrie devra dompter pour exorciser sa colère et accomplir une vengeance dĂ©moniale. Alternant le romantisme fragile de sa relation avec son cavalier et le puritanisme dĂ©ment d’un enseignement maternel dĂ©voyĂ©, De Palma tisse une tension sourde, tiraillĂ©e entre compassion fĂ©brile et angoisse rampante.

Toute cette charge de sentiments contrariĂ©s — compromis entre l’amour pathologique d’une catholique fanatique et la rĂ©volte silencieuse d’une enfant martyrisĂ©e — converge vers un suspense hitchcockien au sein du bal de fin d’annĂ©e… avant l’Ă©ruption sanglante de l’enfer.

Si ce drame horrifique conserve intact son pouvoir d’Ă©motion et de fascination, il le doit en grande partie Ă  l’interprĂ©tation sensorielle de la rĂ©vĂ©lation Sissy Spacek. D’une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau, elle incarne avec une grâce funèbre l’effroi d’une adolescente craintive, sans cesse piĂ©tinĂ©e par les autres. Ă€ l’image de cette danse imposĂ©e par son cavalier, moment d’Ă©treinte vertigineuse — magnifiĂ© par un travelling circulaire — oĂą elle semble enfin s’Ă©panouir dans une gratitude mĂ©ritĂ©e. Mais lorsqu’un acte de moquerie prĂ©mĂ©ditĂ© vient profaner ce fragile apaisement, la stupeur de Carrie, "reine ensanglantĂ©e", fait basculer la terreur dans le surnaturel. En face, Piper Laurie incarne Ă  la perfection la mĂ©gère dĂ©vote, psalmodiant mĂ©caniquement ses versets sacrĂ©s avec une ferveur aussi morbide que glaçante.


Un film d’horreur qui fait pleurer, une fois n’est pas coutume.
SublimĂ© par le score envoĂ»tant de Pino Donaggio et la prĂ©sence gracile, quasi spectrale, de Sissy Spacek, Carrie s’impose comme la quintessence du fantastique contemporain : fusion bouleversante d’Ă©motion meurtrie et d’horreur incandescente, sous le voile d’un fanatisme religieux. MĂ©taphore de la pubertĂ© foudroyĂ©e, tableau cruel de l’adolescence suppliciĂ©e, cette tragĂ©die funèbre s’Ă©lève grâce Ă  une mise en scène virtuose, d’une prĂ©cision hitchcockienne. L’anthologique "bal maudit", en particulier, convoque toute la science du suspense de De Palma, exacerbĂ©e par la technique binaire du split screen.

* Bruno
05.03.13. 5èx

Récompense: Grand Prix à Avoriaz et Mention Spéciale pour Sissy Spacek en 1977




samedi 2 mars 2013

JUST LIKE A WOMAN


de Rachid Bouchareb. 2012. France / Angleterre. 1h46. Avec Sienna Miller, Golshifteh Farahani, Bahar Soomekh, Tim Guinee, Roschdy Zem, Chafia Boudraa.

Récompense: Prix d'interprétation Féminine pour Sienna Miller et Golshifteh Farahani au Festival de la Fiction TV de La Rochelle.

Diffusé le 14 Décembre 2012 sur Arte

FILMOGRAPHIE: Rachid Bouchared est un réalisateur et producteur franco-algérien, né le 1er Septembre 1953 à Paris.
Longs métrages / 1985: Bâton Rouge. 1991: Cheb. 1994: Poussières de vie. 2001: Little Senegal. 2006: Indigènes. 2009: London River. 2010: Hors la loi
Télé-films / 1992: Des Années déchirées. 1997: l'Honneur de ma famille. 2012: Just like a woman.


Deux amies dĂ©sespĂ©rĂ©es, l'une amĂ©ricaine, l'autre arabe, dĂ©cident de quitter leur foyer conjugal pour partir Ă  l'aventure, vers les contrĂ©es isolĂ©es des Etats-Unis proches de la frontière indienne. Durant leur itinĂ©raire semĂ© de rencontres impromptues, elle vont devoir faire face Ă  l'intolĂ©rance et au racisme d'une AmĂ©rique puritaine, rĂ©fractaire Ă  la religion musulmane. SoudĂ©es aux valeurs de l'amitiĂ© et de la solidaritĂ©, elles dĂ©cident de rester ensemble pour tenter leur chance vers d'autres horizons. 


Un road movie naturaliste transcendé par le talent de deux actrices touchées par la grâce (Sienna Miller et Golshifteh Farahani). De jeunes épouses désemparées au bord du marasme, débordantes de fragilité humaine mais aussi de persévérance dans leur envie de vaincre. La filiation avec Thelma et Louise est évidente (elles sillonnent les routes des Etats-Unis parce que l'une est accusée de meurtre alors que l'autre est trahie par son mari infidèle) mais le réalisateur ne le plagie à aucun moment tant le parcours des héroïnes diffère dans leur requête professionnelle. Illustrant l'amertume de ses aventurières remplies d'humilité, couramment jugées et incriminées par des quidams machistes ou xénophobes, Rachid Bouchareb délivre un superbe portrait de femmes stimulées par la danse orientale. Mais derrière cette fuite en avant, il dresse également un tableau peu reluisant d'une Amérique indépendante engluée dans l'orgueil et l'égoïsme sous le témoignage pacifiste des amérindiens. Les blancs préférant juger l'apparence des étrangers que d'accepter la tolérance pour leur différence culturelle.


Un drame social profondĂ©ment humain et dĂ©senchantĂ© mais aussi une aventure pleine d'espoir pour la postĂ©ritĂ© de ces femmes soumises, tributaires de mentalitĂ©s rĂ©actionnaires au sein d'un monde en crise identitaire. 
Préparez vos mouchoirs pour l'épilogue bouleversant, sa conclusion éludant habilement le défaitisme dans la bravoure d'oser défier ces propres responsabilités.

Bruno Matéï
02.03.13





vendredi 1 mars 2013

L'HOMME DE L'ATLANTIDE : L'ARRIVEE (The Man From Atlantis)

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site space1970.blogspot.com

Télé-film "pilote" de Lee H. Katzin. 1977. U.S.A. 1h32. Avec Patrick Duffy, Belinda Montgomery,Victor Buono, Alan Fudge, Jean Marie Hon, J. Victor Lopez, Robert Lussier, Dick Anthony Williams.

Diffusion d'origine: 4 Mars 1977 - 6 Juin 1978. 1ère diffusion en France: 29 Janvier 1979

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lee H. Katzin est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 12 Avril 1935 Ă  DĂ©troit, Michigan (Etats-Unis), dĂ©cĂ©dĂ© le 30 Octobre 2002 Ă  Beverly Hills (Californie).
1959: Bonanza (sĂ©rie). 1965: Le Proscrit (sĂ©rie). 1965: Les Mystères de l'Ouest (sĂ©rie). 1966: Brigade Criminelle (sĂ©rie). 1968: OpĂ©ration vol (sĂ©rie). 1969: Qu'est-il arrivĂ© Ă  tante Alice. 1970: Along came a spider (tĂ©lĂ©-film). 1971: Le Mans. 1973: Police Story (sĂ©rie). 1974: Chasse Tragique (tĂ©lĂ©-film). 1976: Alien Attack (tĂ©lĂ©-film). 1976: The Quest (tĂ©lĂ©-film). 1977: L'Homme de l'Atlantide (tĂ©lĂ©-film / SĂ©rie TV). 1977: Chips (sĂ©rie). 1982: Chicago Story (sĂ©rie). 1984: Deux Flics Ă  Miami (sais 1. Epis 4 et 7). 1985: MacGyver (sĂ©rie. Sais 1, Epis 3/4/5). 1987: Les 12 Salopards, mission suicide (tĂ©lĂ©-film). 1992: Raven (sĂ©rie). 1992: Le Rebelle (sĂ©rie).  1999! Restraining Order.


Série culte pour toute une génération de spectateurs alors qu'elle fut boudé outre-atlantique, L'Homme de l'Atlantide bénéficia d'une seule saison de 13 épisodes précédée de 4 télé-films.
Mélange de science-fiction et de fantastique militant pour l'écologie, ce feuilleton créé par Herbert F. Solow doit sa réussite à un argument plutôt original, la découverte du dernier homme de l'atlantide !
Des experts en ocĂ©anographie dĂ©couvrent sur une plage un homme agonisant qu'ils rĂ©ussissent Ă  sauver d'une mort certaine. Après l'avoir Ă©tudiĂ©, il s'agirait d'un humanoĂŻde aquatique pourvu de mains palmĂ©s et de yeux fluorescents afin de vivre sous l'eau. Le gouvernement dĂ©cide de l'exploiter pour une mission de sauvetage. C'est Ă  dire retrouver un appareil de plongĂ©e et ses deux occupants ayant disparu du fond de l'ocĂ©an.  


Pour ce premier télé-film, l'Homme de l'Atlantide attise sans peine la sympathie et la curiosité dans sa sobre habileté à nous convaincre que le dernier survivant d'une île mythologique a réussi à survivre depuis des millénaires. Ce qui frappe d'emblée quand on revoit ce pilote (diffusé pour la 1ère fois dans le cadre de la célèbre émission "l'avenir du futur !), c'est l'intégrité à laquelle le réalisateur s'emploie pour nous concocter une intrigue d'espionnage et de science-fiction fertile en suspense et péripéties. En prime, le soin octroyé aux effets spéciaux simplistes (les fameux doigts palmés, la couleur de ses yeux, sa rapidité à nager sous l'eau) s'avèrent crédibles et aussi efficaces que sa structure narrative.
PortĂ© Ă  bout de bras par l'interprĂ©tation de Patrick Duffy pour le rĂ´le titre, l'acteur insuffle aisĂ©ment une prĂ©sence mutique aussi Ă©trange que rĂ©ellement attachante. Sa capacitĂ© Ă  pouvoir respirer dans l'eau, sa manière de nager comparable Ă  celle du dauphin, son acuitĂ© visuelle Ă  pouvoir pĂ©nĂ©trer l'obscuritĂ©, ainsi que sa force agile nous fascinent de ces exploits surnaturels. A contrario, s'il s'expose plus de 12 heures hors de l'eau, des signes de dĂ©tĂ©rioration apparaissent comme la coloration bleue de l'Ă©piderme. Pire encore, s'il reste entre 12 et 20 heures Ă©loignĂ© de tout environnement aquatique, il souffrira de craquèlement de la peau, d'insuffisance pulmonaire et enfin d'arrĂŞt cardiaque l'entraĂ®nant vers l'inĂ©luctable ! Tous ces dĂ©tails richement documentĂ©s par nos scientifiques renforcent donc le  caractère crĂ©dible du personnage, peu Ă  peu Ă©pris d'altruisme pour les ĂŞtres humains. En fin de mission, le rĂ©alisateur aborde d'ailleurs une rĂ©flexion sur la mĂ©moire, notre rapport Ă©motif aux rĂ©miniscences et Ă  l'amitiĂ©. Mark Harris souffrant d'une lĂ©gère amnĂ©sie va rĂ©ussir Ă  Ă©prouver de l'empathie puis davantage s'humaniser en se remĂ©morant ces souvenirs les plus intenses par le biais d'une femme attristĂ©e de son dĂ©part.  
Dans le rĂ´le du mĂ©decin pacifiste Ă©prise de sentiments pour Mark, le charme docile de Belinda Montgomery ajoute un cachet romanesque Ă  l'aventure mĂŞme si l'actrice cède parfois Ă  un sentimentalisme un peu trop appuyĂ© dans un final nĂ©anmoins Ă©mouvant. Enfin, qui pourrait oublier la mĂ©morable apparition de Victor Buono dans celui du savant Schubert. En hĂ©ritier du capitaine Nemo, l'acteur bedonnant campe avec ironie sardonique un utopiste mĂ©galo planquĂ© Ă  l'intĂ©rieur d'un sous-marin pour s'entreprendre d'annihiler la terre. Avec esprit d'arrogance, le comĂ©dien Ă©prouve un malin plaisir Ă  s'exclamer de manière mesquine dans une posture totalitaire.


Renouer aujourd'hui avec les aventures de l'Homme de l'atlantide, ne serait-ce que pour distinguer l'implication sincère de ce tĂ©lĂ©-film pilote, prouve Ă  quel point certaines sĂ©ries des seventies possĂ©daient cette alchimie Ă  nous faire rĂŞver en toute modestie. L'efficacitĂ© de son intrigue habilement troussĂ©e, la caractĂ©risation attachante des personnages et surtout la prĂ©sence magnĂ©tique de Patrick Duffy dĂ©gagent un charme vintage aussi naĂŻf que mĂ©lancolique. A l'Ă©coute de son paisible score musical concoctĂ© par Fred Karlin.

01.03.13
Bruno Matéï


jeudi 28 février 2013

MEURTRES SOUS CONTROLE (God Told Me To). Prix Spécial du Jury à Avoriaz, 1977

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site torrentbutler.eu

de Larry Cohen. 1976. U.S.A. 1h30. Avec Tony Lo Bianco, Deborah Raffin, Sandy Dennis, Sylvia Sidney, Sam Levene, Robert Drivas, Mike Kellin, Richard Lynch.

Sortie salles France: 11 Juillet 1979. U.S: Novembre 1976

Distinction: Prix Spécial du Jury à Avoriaz en 1977

FILMOGRAPHIE: Larry Cohen est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 15 Juillet 1941. Il est le crĂ©ateur de la cĂ©lèbre sĂ©rie TV, Les Envahisseurs.
1972: Bone, 1973: Black Caesar, Hell Up in Harlem, 1974: Le Monstre est vivant, 1976: Meurtres sous contrĂ´le, 1979: Les Monstres sont toujours vivants, 1982: Epouvante sur New-York, 1985: The Stuff, 1987: La Vengeance des Monstres, Les Enfants de Salem, 1990: l'Ambulance.
- Comme Producteur: Maniac Cop 1/2/3.
- Comme ScĂ©nariste: Cellular, Phone Game, 3 Ă©pisodes de Columbo.


Deux ans après son cultissime Le monstre est Vivant, Larry Cohen continue d'Ă©branler le public avec beaucoup plus d'impertinence et de provocation dans Meurtres sous contrĂ´le, couronnĂ© lui aussi du Prix SpĂ©cial du Jury Ă  Avoriaz. Partant d'un pitch scabreux ciblant les doctrines religieuses, cette sĂ©rie B filmĂ©e Ă  la manière d'un reportage puise sa force dans l'originalitĂ© d'un scĂ©nario d'une audace inouĂŻe ! En pleine agglomĂ©ration new-yorkaise, une multitude d'assassinats gratuits sont commis sur des piĂ©tons par des tireurs isolĂ©s ! Ces tueurs dĂ©terminĂ©s ont tous comme point commun d'avoir perpĂ©trĂ© leurs actes sous l'allĂ©geance d'une divinitĂ©. Puisqu'au moment de leur interpellation, chacun s'est contentĂ© de dĂ©clarer: Dieu me l'a ordonnĂ© ! EnquĂŞtant sur cette vague de crimes incontrĂ´lĂ©s, le lieutenant Peter J. Nicholas part Ă  la dĂ©couverte d'une horrible rĂ©vĂ©lation !


Film choc Ă  l'atmosphère glauque et dĂ©rangeante, Meurtres sous contrĂ´le et le genre d'ovni hybride habitĂ© par une entitĂ© malfaisante. Pour renforcer son climat de malaise anxiogène, la mise en scène très rĂ©aliste exploite judicieusement ses dĂ©cors urbains pour nous plonger dans les bas fonds new-yorkais peuplĂ© de marginaux et d'individus nĂ©vrosĂ©s ! D'ailleurs, les premiers massacres imposĂ©s par les tueurs fous frappent le spectateur, Ă©pris de stupeur par son rĂ©alisme cinglant pris sur le vif ! Culpabilisant mĂ©thodiquement la responsabilitĂ© de ces meurtres Ă  Dieu, un sentiment d'inquiĂ©tude commence Ă  s'insinuer lentement dans notre esprit au fil de l'investigation policière du lieutenant pratiquant. Sa dĂ©termination Ă  daigner dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ© sur une potentielle conjuration Ă©vangĂ©lique va notamment lui permettre de renouer avec son Ă©trange passĂ©. Une quĂŞte identitaire en somme auquel son enquĂŞte va peu Ă  peu remettre en doute sa foi suprĂŞme pour l'existence de Dieu. En rĂ©alisateur frondeur, Larry Cohen remet donc en cause les croyances religieuses et aborde une rĂ©flexion mĂ©taphysique sur l'origine de l'existence, le fanatisme ainsi que l'idĂ©ologie du bien et du mal. JalonnĂ© de revirements effrayants et de visions oniriques infernales, Meurtres sous contrĂ´le illustre de manière âpre la descente aux enfers d'un homme discrĂ©ditĂ© de sa vĂ©ritable identitĂ©, car soudainement confrontĂ© Ă  une destinĂ©e athĂ©e.


Habité par la prestance transie d'émoi du méconnu Tony Lo Bianco, Meurtres sous contrôle est un bad trip agnostique auquel le spectateur semble, comme son protagoniste, le cobaye d'une révélation mystique régie par le mal. Dérangeant, malsain et véritablement troublant, ce film culte n'a rien perdu de sa puissance évocatrice, d'autant plus que son thème religieux se révèle plus que d'actualité dans ces moments de discorde obscurantiste.

28.02.13. 3èx
Bruno Matéï


mercredi 27 février 2013

PEUR SUR LA VILLE

                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site archives.hauts-de-seine.net

d'Henri Verneuil. 1974. France/Italie. 2h04. Avec Jean Paul Belmondo, Charles Denner, Adalberto Maria Merli, Jean Martin, Lea Massari, Rosy Varte, Catherine Morin, Jean-François Balmer, Roland Dubillard.

Sortie salles France: 9 Avril 1975

FILMOGRAPHIE: Henry Verneuil (de son vrai nom Achod Malakian) est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste  français d'origine armĂ©nienne, nĂ© le 15 Octobre 1920 Ă  Rodosto, dĂ©cĂ©dĂ© le 11 Janvier 2002 Ă  Bagnolet.
1951: La Table aux crevés. 1952: Le Fruit Défendu. 1952: Brelan d'As. 1953: Le Boulanger de Valorgue. 1953: Carnaval. 1953: l'Ennemi public numéro 1. 1954: Le Mouton a 5 pattes. 1955: Les Amants du Tage. 1955: Des Gens sans importance. 1956: Paris, palace Hôtel. 1957: Une Manche et la belle. 1958: Maxime. 1959: Le Grand Chef. 1959: La Vache et le Prisonnier. 1960: l'Affaire d'une Nuit. 1961: Le Président. 1961: Les Lions sont lâchés. 1962: Un Singe en Hiver. 1963: Mélodie en sous-sol. 1963: 100 000 Dollars au Soleil. 1964: Week-end à Zuydcoote. 1966: La 25è Heure. 1967: La Bataille de San Sebastian. 1969: Le Clan des Siciliens. 1971: Le Casse. 1972: Le Serpent. 1975: Peur sur la ville. 1976: Le Corps de mon ennemi. 1979: I comme Icare. 1982: Mille Milliards de Dollars. 1984: Les Morfalous. 1991: Mayrig. 1992: 588, rue du Paradis.


Gros succès populaire de l'Ă©poque, (près de 4 millions d'entrĂ©es dans l'hexagone !), Peur sur la Ville est un thriller vertigineux sublimĂ© par la prĂ©sence de notre Bebel national. L'acteur pugnace multipliant des risques inconsidĂ©rĂ©s pour l'entreprise de ces cascades non doublĂ©es. OpposĂ© Ă  la prĂ©sence charismatique de l'acteur interlope Adalberto Maria Merli en maniaque borgne, leur confrontation s'avère une incessante course poursuite Ă  travers l'urbanisation de la banlieue parisienne. Produit entre la France et l'Italie, on sent l'inspiration giallesque de son intrigue criminelle illustrant les exactions d'un tueur gantĂ© sexuellement refoulĂ©, et donc dĂ©libĂ©rĂ© Ă  supprimer les femmes Ă©mancipĂ©es. Sous couvert de sa pathologie misogyne, Henry Verneuil en profite pour dresser un regard social sur la libertĂ© sexuelle de l'Ă©poque lorsque les films pornographiques en ascension envahissaient certaines salles de cinĂ©ma.


Pour corser l'investigation policière menĂ©e par le commissaire Letellier et Ă©paulĂ© de son bras droit Moissac (Charles Denner, parfait de sobriĂ©tĂ© en inspecteur flegme), une autre traque leur ait notamment imposĂ©e afin d'alpaguer un dangereux braqueur en fuite. A ce titre, l'interminable poursuite Ă©chevelĂ©e amorcĂ©e par nos flicards Ă  travers les ruelles parisiennes bondĂ©es d'automobilistes et de piĂ©tons demeure un modèle d'efficacitĂ© ! Car tentant d'interpeller successivement deux individus en fuite au mĂŞme instant, l'action redouble d'intensitĂ© pour compromettre Ă  nos hĂ©ros deux itinĂ©raires contradictoires. Un dilemme inespĂ©rĂ© jusqu'au moment oĂą Letellier, Ă©pris de vengeance, dĂ©cide de se rĂ©tracter pour finalement interpeller le braqueur criminel ! En casse-cou stoĂŻque, Jean Paul Belmondo s'Ă©lance Ă©galement sur les toitures des immeubles, accourt Ă  travers les galeries marchandes et bondit sur les rames de mĂ©tro avec une persuasion suicidaire ! PassĂ© ce florilège de sĂ©quences vertigineuses rĂ©alisĂ©es avec souci de rĂ©alisme et extrĂŞme rigueur, Henry Verneuil continue de susciter une angoisse sous-jacente sous le mode opĂ©ratoire du suspense progressif afin de parfaire les inĂ©vitables provocations dĂ©lĂ©tères d'un tueur plutĂ´t finaud.


RythmĂ© du score haletant d'Ennio Morricone et dĂ©ployant avec une rare efficacitĂ© nombre de pĂ©ripĂ©ties cinglantes lors d'une mise en scène avisĂ©e, Peur sur la Ville constitue un classique du thriller et du polar. Un concentrĂ© d'action, de suspense et d'angoisse rĂ©futant l'esbroufe gratuite et redoublant d'intensitĂ© de par son rĂ©alisme inflexible. Enfin, Henri Verneuil n'oublie pas pour autant d'ajouter une certaine dĂ©rision chez la verve du duo formĂ© par Bebel et Denner auquel les dialogues ciselĂ©s de Francis Veber font mouche. 

27.02.13. 3èx
Bruno Matéï


mardi 26 février 2013

Rue Barbare

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site board.bloodsuckerz.net

de Gilles BĂ©hat. 1984. France. 1h47. Avec Bernard Giraudeau, Christine Boisson, Bernard-Pierre Donnadieu, Michel Auclair, Jean Pierre Kalfon, Corinne Dacla, Nathalie Courval, Jean Pierre Sentier,  Jean Claude Dreyfus, Jean-Claude Dreyfus, Jean-Claude Van Damme (figurant, scène d'arrivĂ©e dans la police).

Sortie salles France: 4 Janvier 1984

FILMOGRAPHIE:  Gilles BĂ©hat (Gilles Marc BĂ©at) est un rĂ©alisateur et acteur français, nĂ© le 3 Septembre 1949 Ă  Lille (Nord). 1978: Haro. 1981: Putain d'histoire d'amour. 1984: Rue Barbare. 1985: Urgence. 1986: Charlie Dingo. 1986: Les Longs Manteaux. 1988: Le Manteau de Saint-Martin. 1990: Dancing Machine. 1994: Le Cavalier des nuages. 1997: Un Enfant au soleil. 2000: Une Mère en colère. 2009: Diamant 13.

Gros succès surprise Ă  sa sortie (2 050 496 spectateurs), Rue Barbare fit l’effet d’une bombe et provoqua mĂŞme un tollĂ© chez les critiques bien-pensantes, n’y voyant qu’un pseudo film d’action se complaisant dans une violence putassière. AdaptĂ© d’un roman de David Goodis, Gilles BĂ©hat ne cache pas son inspiration de La Lune dans le caniveau de Beineix pour transcender le climat insolite d’une banlieue crĂ©pusculaire, frĂ©quentĂ©e par des voyous sans vergogne.

Ce qui frappe d’emblĂ©e, lorsqu’on revoit aujourd’hui Rue Barbare, c’est l’onirisme stylisĂ© qui se dĂ©gage d’un quartier glauque, livrĂ© Ă  la dĂ©bauche et Ă  la dĂ©linquance criminelle, dans un isolement existentiel poisseux. Une vĂ©ritable faune de rockers dĂ©lurĂ©s occupe les sous-sols des immeubles et scrute les ruelles borgnes pour agresser, violer, assassiner les plus dĂ©munis, sous l’allĂ©geance du leader Matt. Au cĹ“ur de cette jungle urbaine en dĂ©litement, un ancien voyou reconverti porte secours Ă  une jeune Asiatique molestĂ©e. Un geste qui va sĂ©vèrement contrarier son ex-ami Matt, bien dĂ©cidĂ© Ă  kidnapper la gamine.

La tonalitĂ© insolente des dialogues triviaux, le comportement erratique des marginaux et l’atmosphère fantasmatique qui imprègne le rĂ©cit surprennent par un ton rĂ©solument dĂ©calĂ©, franchement atypique dans le paysage français. Grâce au naturel dĂ©complexĂ© d’interprètes communĂ©ment flamboyants, Rue Barbare attise un pouvoir de fascination hallucinĂ© et une empathie troublante pour l’errance dĂ©senchantĂ©e d’un ancien rebelle, pris entre rĂ©demption et vengeance. Un homme solitaire cohabitant avec sa famille et son Ă©pouse dans un appartement sordide, mais peu Ă  peu Ă©pris d’affection pour une ancienne idylle corrompue.

Pour incarner ce rĂ´le Ă  la fois contenu et rageur, Bernard Giraudeau parvient admirablement Ă  briser son image de bellâtre, insufflant une densitĂ© virile mĂŞlĂ©e de dĂ©sespoir, tiraillĂ© entre l’honneur Ă  prĂ©server et la tendresse qu’il s’autorise Ă  accorder Ă  ses deux maĂ®tresses. En compagne esseulĂ©e, assujettie Ă  l’autoritĂ© de Matt, Christine Boisson livre un superbe portrait de femme versatile au caractère trempĂ©, irradiant une sensualitĂ© torride Ă  travers sa silhouette longiligne. En mafieux rongĂ© par une haine orgueilleuse, costume blanc bientĂ´t teintĂ© de sang, l’imposant Jean-Pierre Donnadieu magnĂ©tise l’Ă©cran de façon insidieuse, imposant son autoritĂ© dĂ©loyale Ă  des sbires dĂ©sĹ“uvrĂ©s. Les seconds rĂ´les, tous marquĂ©s par des gueules burinĂ©es et Ă©clatĂ©es, renforcent encore cette galerie extravagante de dĂ©linquants sans vergogne.

Pour parachever le spectacle de cette rivalitĂ© anthologique, impossible de taire l’ultime mano Ă  mano entre les deux antagonistes, qui fit couler tant d’encre Ă  l’Ă©poque. Un affrontement d’une sauvagerie inouĂŻe, Ă  mains nues, coups de chaĂ®ne, barre de fer et poing amĂ©ricain. Point d’orgue chorĂ©graphique d’une violence barbare, crue et sanguinolente, encore aujourd’hui. Visages tumĂ©fiĂ©s, transpirant de sang, de sueur et surtout d’Ă©puisement.

PortĂ© par la musique envoĂ»tante de Bernard Lavilliers, Rue Barbare s’impose comme une chronique de violence Ă  mains nues. Une expĂ©rience de cinĂ©ma Ă  la fois pulsatile et sensorielle, illustrant de manière underground l’insĂ©curitĂ© gangrenant les quartiers dĂ©favorisĂ©s, lĂ  oĂą toute prĂ©sence policière demeure illusoire. Son onirisme très urbain et son ambiance insolite prĂ©servent une Ĺ“uvre Ă©trange, charnelle et ensorcelante, profondĂ©ment ancrĂ©e dans les annĂ©es 80, dont le look rĂ©tro distille un charme singulier. L’un des grands films français de cette dĂ©cennie, Ă  la marginalitĂ© de ton inĂ©galĂ©e, dans un genre - le film de gang - que le cinĂ©ma hexagonal n’a que trop rarement osĂ© affronter frontalement.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

A Pascal...
18.12.25. 26.02.13


vendredi 22 février 2013

Dadgmar: L'âme des Vikings / Flukt / Escape

                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alapoursuitedu7emeart.over-blog.net

de Roar Uthaug. 2012. Norvège. 1h18. Avec Isabel Christine Andreasen, Ingrid Bolso Berdal, Milla Olin, Hallvard Holmen, Kristian Espedal.

FILMOGRAPHIE: Roar Uthaug est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur norvĂ©gien, nĂ© le 25 AoĂ»t 1973 Ă  Lorenskog dans le comtĂ© d'Akershus en Norvège. 1994: En aften i det gronne. 1996: DX13036. 1998: A fistful of kebab. 2002: Regjeringen Martin. 2006: Cold Prey. 2009: Le secret de la Montagne Bleue. 2012: Flukt.


Uniquement connu dans l'hexagone pour son dyptique Cold Prey, excellents slashers norvĂ©giens Ă  l'ambiance rĂ©frigĂ©rante, Roar Uthaug s'essaye au genre mĂ©diĂ©val avec Flukt (en français: l'Ă©chappĂ©e). Film d'aventures Ă©pique sublimĂ© par la splendeur de ces dĂ©cors naturels dans une photo immaculĂ©e, le rĂ©alisateur emprunte Ă  nouveau le schĂ©ma du survival pour retracer la traque impitoyable d'une orpheline poursuivie par une leader pugnace et ses sbires barbares.
Le pitch: Après avoir massacré sous ses yeux sa famille qui tentait de fuir la peste noire, la guerrière Dagmar prend en otage son unique survivante, Signe, jeune fille de 19 ans. Avec l'aide du rejeton de la mégère, Signe réussit à se défaire de son cordage pour prendre communément la fuite à travers bois. Le début d'une traque sans relâche commence afin de retrouver en vie la petite Frigg et sacrifier la fugitive.


Ainsi, Ă  travers un script entièrement consacrĂ© Ă  la quĂŞte vengeresse, Roar Uthaug entreprend un film d'aventures haletant dont l'intensitĂ© Ă©motionnelle s'avère l'une de ses qualitĂ©s prĂ©gnantes. Car si l'histoire se rĂ©vèle assez simpliste, la densitĂ© psychologique des personnages motivĂ©s par la haine et la rancune y apporte une dimension humaine ambivalente. VĂ©ritable rĂ©flexion sur la vengeance, Flukt demeure ainsi une odyssĂ©e homĂ©rique oĂą les bons et les mĂ©chants ne font plus qu'un Ă  travers leur psychisme tourmentĂ©. Et si de prime abord, la prĂ©datrice nous apparaĂ®t comme une guerrière barbare Ă©ludĂ©e de vergogne, son passĂ© torturĂ© nous permettra de mieux comprendre ses tenants et aboutissants actuels. Du point de vue de la jeune victime incessamment poursuivie, Signe empruntera le mĂŞme cheminement vindicatif tout en prĂ©servant toutefois une humilitĂ© de par son humanisme dĂ©chu. Or, cette confrontation intense inscrite dans la tragĂ©die convergera vers une traque palpitante jalonnĂ©e de sauvages altercations entre rivaux, mais aussi de moments intimistes pleins de pudeur. C'est dans cette relation amicale et maternelle entretenue avec Signe et Frigg que le rĂ©alisateur instaure une inĂ©vitable empathie pour ces filles dĂ©munies. Et donc, avec une Ă©motion candide, les thèmes des valeurs familiales, de la solidaritĂ©, de la confiance et du respect d'autrui nous sont abordĂ©s du point de vue de l'innocence bafouĂ©e.


D'un réalisme âpre et d'une sauvagerie épique, Flukt est surtout une aventure humaine inscrite dans la dignité féminine pour le refus de subvenir à une barbarie régressive. L'intensité émotionnelle des personnages incessamment confrontés à la notion de bien et de mal parachevant un survival initiatique compromis à la fraternité et à la quête familiale.

*Bruno
22.02.13

jeudi 21 février 2013

La Nuit des vers géants (Squirm)


"Squirm" de Jeff Lieberman. 1976. U.S.A. 1h33. Avec Don Scardino, Patricia Pearcy, R.A. Dow, Jean Sullivan, Peter MacLean, Fran Higgins.

FILMOGRAPHIE: Jeff Lieberman est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© en 1947 Ă  Brooklyn, New-York. 1972: The Ringer (court-mĂ©trage). 1976: Le Rayon Bleu. 1976: La Nuit des Vers gĂ©ants. 1980: Doctor Franken (tĂ©lĂ©-film). 1981: Survivance. 1988: Meurtres en VHS. 1994: But... Seriously (tĂ©lĂ©-film). 1995: Sonny Liston: The Mysterious life and death of a champion (tĂ©lĂ©-film). 2004: Au service de Satan.


PlutĂ´t discret et peu lucratif, Jeff Lieberman aura tout de mĂŞme marquĂ© une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes avec trois sĂ©ries B mineures mais plutĂ´t originales, attachantes, captivantes, immersives, dĂ©paysantes. Et si Survivance reste Ă  ce jour son film le plus convaincant (en prioritĂ© au niveau de son ambiance anxiogène littĂ©ralement magnĂ©tique), notre petit maĂ®tre du fantastique eut entrepris en 1976 (la mĂŞme annĂ©e que l'Ă©tonnant le Rayon Bleu), une production fauchĂ©e au concept dĂ©lirant. Imaginez un peu une invasion de vers gluants (le titre français est tout Ă  fait trompeur pour laisser sous entendre qu'ils sont atteints d'une taille irrĂ©elle !) après qu'un orage eut entraĂ®nĂ© une panne d'Ă©lectricitĂ© dans une bourgade champĂŞtre. Plusieurs pylĂ´nes ayant Ă©tĂ© saccagĂ©s par la violence de la tempĂŞte, certains câbles s'y sont dĂ©tachĂ©s pour extraire des dĂ©charges Ă©lectriques sur le sol terreux. Dès lors, les vers sont atteints de folie meurtrière ! Mais bien avant cette inĂ©vitable invasion, un jeune couple sera tĂ©moin d'Ă©tranges Ă©vènements en lien direct avec les vers ! Avec un pitch aussi improbable que saugrenu, la Nuit des vers gĂ©ants joue la carte de la pantalonnade grand guignolesque avec une conviction pittoresque (et c'est d'ailleurs parfois mĂŞme dĂ©libĂ©rĂ© !). La psychologie sommaire des comĂ©diens dĂ©versant des tirades incohĂ©rentes laisse souvent place Ă  un humour involontaire particulièrement attrayant. Tels ses multiples entretiens que nos deux hĂ©ros sont contraints d'Ă©tablir avec le shĂ©rif du coin pour tenter de le convaincre que les morts inexpliquĂ©s sont bien la cause d'une attaque de lombrics ! 


Un clichĂ© Ă©culĂ© qui fonctionne encore au second degrĂ© grâce au surjeu des acteurs franchement (et Ă©tonnamment) attachants. Il y a aussi l'apparition grotesque d'un troisième personnage, un paysan dĂ©ficient empli de jalousie maladive pour la compagne du hĂ©ros. Un Ă©lĂ©ment perturbateur finalement vĂ©reux occasionnant des conflits puĂ©rils impartis au triangle amoureux. Entre une conquĂŞte amoureuse et la dĂ©couverte macabre de cadavres dĂ©charnĂ©s, il faut avouer qu'il ne s'y passe pas grand chose, nos trois tĂ©moins dĂ©ambulant dans une campagne hostile durant une journĂ©e solaire. Pour autant, on ne s'ennuie jamais grâce Ă  la bonhomie de ces protagonistes se prĂŞtant au jeu du dĂ©lire outrĂ© avec une conviction avenante lors de leur investigation fantaisiste bâti sur l'amateurisme. Il faudra ainsi attendre la nuit pour que l'attaque escomptĂ©e ait enfin lieu (les vers ne supportant pas la lumière du jour !) lors d'un final de 30 minutes aussi jouissif que très impressionnant ! Mais bien avant ces bravoures anthologiques rĂ©solument visqueuses, quelques estocades horrifiantes retiennent l'attention comme cette sĂ©quence explicite illustrant en mode focale des vers s'infiltrant sous la peau du visage de l'arriĂ©rĂ© du village ! Un effet viscĂ©ral très efficace auquel les maquillages supervisĂ©s par Rick Backer s'avèrent particulièrement spectaculaires de par son rĂ©alisme Ă©pidermique. Et pour renforcer le caractère crĂ©dible de cette rĂ©pugnante invasion, le rĂ©alisateur n'hĂ©sitera pas Ă  utiliser de vĂ©ritables invertĂ©brĂ©s dĂ©ployĂ©s en masse afin d'y provoquer une stupeur viscĂ©rale chez le spectateur. Ainsi, et j'insiste Ă  nouveau, l'ultime demi-heure Ă©chevelĂ©e illustrant des milliers de lombrics s'infiltrant dans les parois des maisons et du bar du coin demeure infiniment fascinante Ă  travers ses visions cauchemardesques vues nulle part ailleurs ! Effet rĂ©pugnant garanti ! 


Les vers étaient gluants cette nuit-là !
Maladroit, naĂŻf et sciemment simpliste Ă  travers son parti-pris de B movie du samedi soir, mais irrĂ©sistiblement attachant et bougrement bonnard pour les cintrĂ©s de nanar dĂ©bridĂ©, La nuit des vers gĂ©ants constitue une perle du genre auquel certaines sĂ©quences couillues ne manquent pas d'y provoquer une vĂ©ritable rĂ©vulsion viscĂ©rale ! Très fun, voir jouissif donc si bien qu'Ă  la revoyure la Nuit des vers gĂ©ants s'avère encore plus charmeur qu'Ă  l'Ă©poque de sa location VHS. Qu'on s'le dise ! 

*Bruno
18/06/21
21.02.13. 4èx

                                          

mercredi 20 février 2013

BAD TASTE

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site myscreens.fr

de Peter Jackson. 1987. Nouvelle Zélande. 1h31. Avec Peter Jackson, Terry Potter, Pete O'Herne, Craig Smith, Mike Minett, Doug Wren.

Sortie salles France: 24 Août 1988. Nouvelle-Zélande: Décembre 1987

Récompense: Prix du Public Fantafestiva, 1989
Prix Spécial Gore au festival du film fantastique de Paris, 1989

FILMOGRAPHIE: Sir Peter Robert Jackson est un réalisateur, producteur et scénarise néo-zélandais, né le 31 Octobre 1961 à Pukerua Bay, North Island (Nouvelle-Zélande).
1987: Bad Taste. 1989: Les Feebles. 1992: Braindead. 1994: Créatures Célestes. 1995: Forgotten Silver. 1996: Fantômes contre fantômes. 2001: Le Seigneur des Anneaux. 2002: Les Deux Tours. 2003: Le Retour du Roi. 2005: King-Kong. 2009: Lovely Bones. 2012: Le Hobbit: un voyage inattendu. 2013: Le Hobbit: la Désolation de Smaug. 2014: Le Hobbit: Histoire d'un aller et retour.


Dans un petit hameau, une invasion extra-terrestre décime toute la population. Une équipe de mercenaires est déployée sur les lieux pour éradiquer ces envahisseurs d'un nouveau genre !
TournĂ© durant 4 ans avec l'aide de fidèles acolytes pour la modique somme de 11 000 dollars, le premier film du nĂ©o-zĂ©landais oscarisĂ© est un hommage parodique au cinĂ©ma gore et Ă  la science-fiction archaĂŻque. Avec un maximum d'efficacitĂ©, notre jeune dĂ©butant Peter Jackson rĂ©ussit Ă  crĂ©er un univers singulier dans un florilège d'action incessante et de gore outrancier. Eludant miraculeusement la redondance, la mise en scène agressive, filmĂ©e camĂ©ra Ă  l'Ă©paule et exploitant le zoom rĂ©cursif, se rĂ©vèle particulièrement inventive quand il s'agit de confronter nos hĂ©ros Ă  moult rixes contre des humanoĂŻdes apathiques. L'action dĂ©bridĂ©e se renouvelant au coeur d'une scĂ©nographie Ă©clectique (une falaise, un jardin, une maison familiale, une route nationale, une forĂŞt) que nos hĂ©ros arpentent Ă  l'instar d'une logistique militaire. Des mercenaires pugnaces donc dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  canarder de façon enjouĂ©e les zombies androĂŻdes Ă  l'aide de leurs mitraillettes et d'un lance-roquette !


Le lieu peu commun d'un village montagnard de la Nouvelle-Zélande participe notamment au caractère dépaysant de cette drôle d'invasion extra-terrestre confinée au sein d'une demeure familiale. Proche de l'esprit cartoonesque (préfigurant déjà les excès comiques de Brain Dead) et baignant dans un mauvais goût assumé (le festin organisé autour d'une bouillie verdâtre !), Peter Jackson rivalise d'idées grotesques pour nous amuser avec sa sarabande d'E.T cannibales adeptes de chair fraîche ! Avec de faibles moyens, il réussit adroitement à bricoler des effets gores vomitifs aussi spectaculaires qu'incongrus (Dekner se ceinturant le haut de la tête pour éviter que sa cervelle dégouline, le mouton explosé à coup de lance-roquette ou encore les multiples assauts sanguinaires perpétrés à la tronçonneuse !). Par ailleurs, la maquette élaborée pour simuler l'envol spatial de la maison se révèle bluffante de réalisme ! On peut également saluer l'originalité impartie à la confection des E.T quand ceux-ci décident de révéler leur véritable apparence lors d'un point d'orgue à nouveau belliqueux. Avec l'aide de masques en latex flexibles, leur physionomie monstrueuse provoque un effet de surprise inopiné et détonnant ! Enfin, les acteurs amateurs dénués de charisme renforcent le côté réaliste et décalé de l'entreprise et nous communiquent une spontanéité désinhibée.


Drôlement gore, insolite, décomplexé et mené à un rythme effréné, le premier métrage Z de Peter Jackson est un nanar atypique, véritable ovni culte dédié au gore vomitif sous le moule d'une anticipation académique. Débordant de trouvailles visuelles et d'insolence putassière, il n'a rien perdu de sa vigueur et de sa fantaisie déjantée !

20.02.13. 3èx
Bruno matéï



mardi 19 février 2013

Popeye

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site royalbooks.com

de Robert Altman. 1980. U.S.A. 1h36. Avec Robin Williams, Shelley Duvall, Paul L. Smith, Paul Dooley, Ray Walston, Wesley Ivan Hurt.

Sortie salles U.S: 12 Décembre 1980

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Robert Altman est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 20 Février 1925 à Kansas City dans le Missouri, décédé le 20 Novembre 2006 à Los Angeles. 1970: Mash. 1970: Brewster McCloud. 1971: John McCabe. 1972: Images. 1973: Le Privé. 1975: Nashville. 1976: Buffalo Bill et les Indiens. 1977: Trois Femmes. 1978: Un Mariage. 1979: Quintet. 1980: Popeye. 1982: Health. 1982: Reviens Jimmy Dean, reviens. 1987: Beyond Therapy. 1990: Vincent et Théo. 1992: The Player. 1993: Short Cuts. 1994: Prêt à porter. 1999: Cookie's Fortune. 2000: Dr T et les Femmes. 2001: Gosford Park. 2003: Company. 2006: The Last Show.


VĂ©ritable ovni dans la carrière du vĂ©nĂ©rable Robert Altman, Popeye est la transposition cinĂ©matographique du cĂ©lèbre personnage de bande dessinĂ©e créé par Elzie Crisler Segar en 1929. Succès public rentable mais contestĂ© par une majoritĂ© de la critique de l'Ă©poque, cette comĂ©die lunaire totalement dĂ©calĂ©e fait aujourd'hui office de curiositĂ© couillue pour son alliage d'insolence et d'extravagance en roue libre. Or, desservi d'un scĂ©nario aseptisĂ© mais rattrapĂ© par un humour dĂ©bridĂ© particulièrement effrĂ©nĂ©, le film de Robert Altman divisera sans doute encore une partie du public, irritĂ© ou autrement amusĂ© des pitreries infantiles de Popeye et de ses acolytes. 

Le pitch: Le marin solitaire Popeye dĂ©barque dans une petite ville cĂ´tière et fait la connaissance d'Olive, une femme Ă©prise d'affection pour la terreur du quartier: Brutus. Leur relation de prime abord amicale attise la colère et la jalousie de ce dernier. Au fil de leur relation, les deux tourtereaux dĂ©couvrent un bĂ©bĂ© abandonnĂ©, planquĂ© dans un panier d'osier. DouĂ© de prescience, le bambin est rapidement enlevĂ© par un transfuge de Brutus qui voit lĂ  l'opportunitĂ© de dĂ©busquer un fabuleux trĂ©sor cachĂ© sous l'ocĂ©an. 


Comédie pittoresque à l'esprit cartoonesque euphorisant, Popeye doit son attrait sympathique grâce en priorité à l'excentricité de ses personnages tous plus saugrenus les uns que les autres. La reconstitution très soignée allouée au village folklorique, les numéros musicaux chantonnés avec allégresse et les séquences de baston improvisées autour d'un ring ou dans une taverne assurant un spectacle festif souvent entraînant. Agrémenté d'une jolie photo sépia, le film séduit d'autant plus par son esthétisme rétro si bien qu'il parvient majoritairement à contenter le public au gré d'un rythme fertile en gags burlesques, calembours et bagarres homériques. Ainsi, on a souvent l'impression d'assister à un dessin animé live résolument désinhibé à travers son insatiable sens de dérision. Et pour renforcer ce sentiment déjanté, la verve impayable (et sciemment inaudible) de l'acteur Robin Williams ainsi que le charme filiforme de Shelley Duvall parviennent à donner chair à des personnages gaffeurs tout droits sortis de la fameuse bande dessinée. Enfin, dans le rôle de Brutus, l'impressionnant Paul L. Smith (Midnight Express, Mort sur le Grill, Sonny Boy) cabotine de manière furibonde afin d'y parfaire un antagoniste mastard particulièrement sarcastique.


Irritant pour les uns à travers son esprit décalé trop foutraque et par sa minceur narrative, enthousiasmant pour les autres de par son ton irrésistiblement folingue ainsi que la caricature cartoonesque impartie aux protagonistes déjantés, Popeye demeure un ovni atypique dans l'univers cinématographique des adaptations BD. Une oeuvre maudite mal aimée, aujourd'hui complètement sombrée dans l'oubli, faute de sa liberté de ton aussi déroutante qu'inusitée et de sa réputation injustement galvaudée. A réhabiliter d'urgence donc, au risque de persévérer d'y déplaire une partie du public réfractaire aux projets aussi personnels que burnés.

*Bruno
19.02.13. 3èx

lundi 18 février 2013

WAXWORK

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fr.film-cine.com

de Anthony Hickox. 1988. U.S.A. 1h31. Avec Zach Galligan, Jennifer Bassey, Joe Baker, Deborah Foreman, Michelle Johnson, David Warner, Eric Brown.

Sortie salles U.S: 17 Juin 1988

FILMOGRAPHIE: Anthony Hickox est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né en 1964 à Londres.
1988: Waxwork. 1992: Waxwork 2. 1992: Hellraiser 3. 1993: Warlock: the Armageddon. 1993: Full Eclipse. 1995: Payback. 1996: Piège Intime. 1997: Prince Vaillant. 2000: Contamination. 2002: Témoin sous protection. 2005: Piège en eaux profondes. 2009: Knife Edge.


Un groupe d'adolescents est invitĂ© pour une soirĂ©e privĂ©e dans un Ă©trange musĂ©e de cire consacrĂ© aux mythes horrifiques. Ils ignorent que derrière chacune des expositions est un portail vers un monde parallèle oĂą rĂ´de les crĂ©atures du mal.

Sympathique production des années 80, Waxwork avait su séduire son public grâce à l'originalité de son intrigue agréablement troussée, son patchwork de monstres légendaires issus de la Universal et ses effets gores généreusement explicites.
Malheureusement, il faut bien se rendre à l'évidence qu'en l'occurrence cette série B mineure a sévèrement pris la poussière pour faire figure de relique. La faute en incombe à un humour lourdingue véhiculé par des protagonistes crétins (pour ne pas dire insupportables !) et des situations souvent ridicules desservies par une mise en scène bricolée au budget trop restreint. On effet, on sent irrémédiablement le côté fauché au niveau de la reconstitution "carton-pâte" des époques éclectiques engendrées par les univers parallèles. Si certaines scènes restent gentiment attractives (son point d'orgue bordélique libérant une foule de créatures de l'enfer !) et que les effets sanglants s'avèrent jouissifs, Waxwork suscite une inévitable frustration pour tous ceux qui ont eu l'aubaine de le découvrir à la fin des années 80.
En guise de maigre consolation, reste quand même le plaisir de retrouver les aimables vétérans David Warner et Patrick McGee dans des compositions clins-d'oeil.

18.02.13.
Bruno Matéï