de Georges Miller et George Ogilvie. 1985. Australie/U.S.A. 1h47. Avec Mel Gibson, Tina Turner, Bruce Spence, Adam Cockburn, Frank Thring, Angelo Rossitto, Paul Larsson.
Avant-propos (du 24/05/23) : En espĂ©rant que, depuis la regrettable disparition de Tina Turner, ce magnifique opus humaniste soit enfin reconsidĂ©rĂ© Ă sa juste valeur — avec une touche aujourd’hui autrement Ă©lĂ©giaque.
Quatre ans après le phĂ©nomène planĂ©taire Mad Max 2, George Miller rempile pour un troisième opus influencĂ© par la notion humaniste de son hĂ©ros dĂ©chu. Alors que des millions de fans espĂ©raient un avatar aussi homĂ©rique que son modèle barbare, la dĂ©ception fut rude pour une majoritĂ© d’aficionados. Or, avec luciditĂ© — et le refus de remaker l’Ă©lite d’un western post-apo truffĂ© de cascades Ă©bouriffantes — Miller prend le risque de dĂ©concerter son public avec ce troisième volet, autrement docile, assagi et optimiste que ses aĂ®nĂ©s. En jouant la carte du lyrisme et du dĂ©paysement, Mad Max 3 nous dĂ©voile cette fois un guerrier de la route apaisĂ©, idĂ©alisĂ© par la candeur d’une escouade de sauvageons en quĂŞte d’apprentissage.
Pitch : Dans la citĂ© de Trocpolis, oĂą son vĂ©hicule vient d’ĂŞtre dĂ©robĂ©, Max est contraint de combattre vaillamment un adversaire colossal pour rĂ©cupĂ©rer son bien et prendre le contrĂ´le du monde souterrain. Épargnant in extremis son rival, il est condamnĂ© par leur leader au Goulag, vaste dĂ©sert aride dĂ©nuĂ© de toute prĂ©sence humaine. Ou presque. Car une tribu d’enfants pacifistes, gouvernĂ©e par la matriarche Savanah, va lui porter secours, persuadĂ©e que cet inconnu est le messie d’une ancienne prophĂ©tie : le Capitaine Walker. Une opportunitĂ© inespĂ©rĂ©e leur permettant d’envisager la rĂ©paration de leur Boeing accidentĂ© et l’espoir d’amorcer un pĂ©riple vers la contrĂ©e inexplorĂ©e d’une terre promise.
Ĺ’uvre maudite (euphĂ©misme), tant elle fut dĂ©prĂ©ciĂ©e et conspuĂ©e par des puristes littĂ©ralement intransigeants, Mad Max 3 s’offre pourtant la subtilitĂ© de ne pas bĂŞtement reproduire l’anthologie des cascades homĂ©riques sublimĂ©e dans les opus prĂ©cĂ©dents. InfluencĂ© ici par le pĂ©plum (toute la première partie, trĂ©pidante, confinĂ©e autour du DĂ´me) et par le lyrisme exaltant de Lawrence d’Arabie (la traversĂ©e du dĂ©sert de Max et sa confrĂ©rie), George Miller ne manque pas d’ambition pour nous transposer une flamboyante aventure humaine.
Un spectacle chargĂ© de souffle romanesque, portĂ© par un onirisme limpide et une quĂŞte initiatique de l’apprentissage. Sous l’Ă©gide d’une tribu d’enfants utopistes, Max rĂ©apprend Ă vivre, Ă renouer avec la cohĂ©sion fraternelle, en tentant d’exaucer une prophĂ©tie fantaisiste. Croire au rĂŞve, croire en son destin : « Croyez en vos rĂŞves et ils se rĂ©aliseront peut-ĂŞtre. Croyez en vous, et ils se rĂ©aliseront sĂ»rement », disait Martin Luther King. VoilĂ , Ă mon sens, le message d’espoir qu’on peut dĂ©celer dans cette solidaritĂ© entre Max et sa troupe de bambins innocents, unis dans leur volontĂ© de renouer avec civilisation et savoir.
Fort de ses dĂ©cors Ă©clectiques — aussi insolites (la citĂ© de Trocpolis) qu’idylliques (l’oasis des enfants perdus) — Mad Max 3 renouvelle une fois encore sa scĂ©nographie post-apo, avec une ampleur singulière. Soin esthĂ©tique d’une photo ocre pour transcender l’urbanisation primitive en mutation, puretĂ© opaline d’un dĂ©sert clairsemĂ© : George Miller nous fait partager, avec exaltation, un conte post-apo chargĂ© d’optimisme, cristallisant l’horizon d’un avenir meilleur. Sans renier pour autant les fans d’action vrombissante, il renouvelle sa virtuositĂ© technique et son imagination fertile — dans une première partie spectaculaire (toute l’action intense centrĂ©e Ă l’intĂ©rieur du DĂ´me, dont la conception s’avère d’un rĂ©alisme scrupuleux), et un point d’orgue frĂ©nĂ©tique qui renoue clairement avec l’esprit guerrier de Mad Max 2. Ă€ ce titre, la dernière course-poursuite, menĂ©e entre bolides erratiques et locomotive archaĂŻque, culmine en une Ă©chappĂ©e aĂ©rienne Ă nous clouer au fauteuil.
ScandĂ© de l’inoubliable tube We Don’t Need Another Hero, ce troisième opus s’Ă©rige en magnifique odyssĂ©e humaine, dans la quĂŞte initiatique d’une terre nouvelle et la prĂ©sence d’un hĂ©ros quasi mystique. Un spectacle Ă©pique, d’une beautĂ© immaculĂ©e, qu’il serait temps de rĂ©habiliter — d’autant qu’il ne cherche jamais Ă se prendre au sĂ©rieux (l’humour malicieux Ă©tant omniprĂ©sent), tout en prĂ©servant, avec une grande sensibilitĂ©, une ambiance de quiĂ©tude, portĂ©e par une gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e en voie de renaissance.
La critique de Mad-Max 2: http://brunomatei.blogspot.fr/…/mad-max-2-mad-max-2-road-wa…
Dédicace à Jean-Marc Micciche















































