lundi 13 janvier 2014

LA BATAILLE DE LA PLANETE DES SINGES (Battle for the Planet of the Apes)

                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Jack Lee Thompson. 1973. U.S.A. 1h30. Avec Roddy McDowall, Claude Akins, Natalie Trundy, Severn Darden, Lew Ayres, John Huston, Paul Williams, Austin Stoker.

Sortie salles France: 2 Août 1973. U.S: 15 Juin 1973

FILMOGRAPHIE: Jack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un réalisateur, scénariste et producteur britannique né le 1er août 1914 à Bristol (Royaume-Uni), décédé le 30 août 2002 à Sooke (Canada).
Avec 47 longs-mĂ©trages, le cinĂ©aste a abordĂ© tous les genres avec plus ou moins de bonheur dont certains font office de chef-d'oeuvre. On peut citer Ă  titre d'exemples Les Canons de Navarone, Les Nerfs Ă  vif, la ConquĂŞte de la planète des singes, la Bataille de la Planète des singes, le Bison Blanc, l'Empire du Grec, Monsieur St-Yves, Passeur d'hommes et Happy Birthday (son unique incursion dans le slasher). Enfin, il est notamment responsable de la saga des justiciers avec l'aimable complicitĂ© de son acteur fĂ©tiche Charles Bronson (Le Justicier de Minuit, l'Enfer de la Violence, la Loi de Murphy, le Justicier braque les dealers, le Messager de la mort et Kinjite, sujets tabous).


"Au commencement, Dieu créa la bête et l'homme pour que tous deux vivent en amis et se partagent un monde en paix. Mais, avec le temps, l'homme trahit la confiance de Dieu. Bravant la volonté divine, il livra des guerres sanglantes non seulement contre sa propre espèce, mais aussi contre les singes, qu'il réduisit en esclavage. Jusqu'au jour où ces derniers furent doués du langage !"

Dernier chapitre d'une saga inégale mais oh combien fascinante, la Bataille de la planète des singes s'achève de manière anecdotique pour illustrer le dernier conflit guerrier qui opposa civils et primates. Au sein de sa communauté, César tente d'établir un havre de paix parmi une poignée de survivants humains et en dépit de l'opposition drastique du gorille Aldo. Quand bien même une milice de mutants rescapés de l'holocauste nucléaire décide de leur déclarer la guerre.


Efficacement mené, la Bataille de la Planète des singes joue essentiellement la carte du divertissement modeste à travers son alliage d'affrontements guerriers et de rivalités humaines où la violence des armes riposte à la réflexion pacifiste. Jack Lee Thompson comptant sur l'hostilité de deux antagonistes forts en gueule pour accroître l'intérêt d'une intrigue dont on connaît déjà l'issue depuis le 1er volet. C'est donc avec l'entremise opiniâtre de Aldo le gorille et du gouverneur Kolp qu'il compte insuffler une certaine densité aux enjeux belliqueux. En dépit d'un manque évident d'ambition dans son caractère épique, le film attise la sympathie grâce en partie au caractère attachant des personnages, à la spéculation invoquée à la guerre (comment des conflits de divergence fondés sur la méfiance et la peur de l'autre peuvent céder à la rébellion et employer les armes !) et à une scénographie post-apo assez bien retranscrite malgré le peu de moyens alloués.
Mais c'est principalement du point de vue autoritaire de César (toujours aussi remarquablement campé par Rody Mc Dowall) que la bataille si escomptée réussit à éveiller l'intérêt, notamment lorsqu'il finit par céder à ses pulsions de rancune pour châtier le responsable du meurtre de son fils. Par son acte réactionnaire, on peut y évoquer une réflexion sur la vengeance (un meurtre doit-il être vengé par un autre meurtre ?), quand bien même le portrait imparti à Aldo laisse en exergue une méditation sur l'intolérance par son idéologie totalitaire.


Si la Bataille de la planète des singes s'avère l'un des plus faibles opus, il n'en demeure pas moins agrĂ©ablement troussĂ© dans sa rĂ©alisation compĂ©tente et suffisamment efficace pour ne jamais ennuyer. En prime, le caractère spectaculaire des affrontements guerriers (notamment la stratĂ©gie ironique employĂ©e par CĂ©sar pour emporter la mise !) nous divertit avec la traditionnelle complicitĂ© du simien, miroir de notre espèce humaine ! Puisque dans leur orgueil et leur ignorance, ils sont condamnĂ©s Ă  rĂ©itĂ©rer nos mĂŞmes erreurs jusqu'Ă  Ă©radication de la Terre !  

Les autres opus de la saga: 
http://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/la-planete-des-singes-planet-of-apes.html
http://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/le-secret-de-la-planete-des-singes.html
http://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/les-evades-de-la-planete-des-singes.html
http://brunomatei.blogspot.fr/2014/01/la-conquete-de-la-planete-des-singes.html

13.01.14. 3èx
Bruno Matéï 

vendredi 10 janvier 2014

LE HOBBIT: LA DESOLATION DE SMAUG (The Hobbit: The Desolation of Smaug)

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de Peter Jackson. 2013. Nouvelle Zélande/U.S.A. 2h41. Avec Martin Freeman, Ian McKellen, Richard Armitage, Ken Stott, Graham McTavish, Aidan Turner, Dean O'Gorman, James Nesbitt, William Kircher, Stephen Hunter, John Callen, Peter Hambleton, Mark Hadlow, Jed Brophy, Adam Brown, Orlando Bloom, Evangeline Lilly.

Sortie salles France: 11 Décembre 2013. U.S: 13 Décembre 2013. Nouvelle Zélande: 12 Décembre 2013

FILMOGRAPHIE: Sir Peter Robert Jackson est un réalisateur, producteur et scénarise néo-zélandais, né le 31 Octobre 1961 à Pukerua Bay, North Island (Nouvelle-Zélande).
1987: Bad Taste. 1989: Les Feebles. 1992: Braindead. 1994: Créatures Célestes. 1995: Forgotten Silver. 1996: Fantômes contre fantômes. 2001: Le Seigneur des Anneaux. 2002: Les Deux Tours. 2003: Le Retour du Roi. 2005: King-Kong. 2009: Lovely Bones. 2012: Le Hobbit: un voyage inattendu. 2013: Le Hobbit: la Désolation de Smaug. 2014: Le Hobbit: Histoire d'un aller et retour.


Après une première friandise faisant office de rĂ©crĂ©ation infantile, La DĂ©solation de Smaug joue la carte de la sobriĂ©tĂ© avec une narration beaucoup moins Ă©chevelĂ©e et des personnages au caractère plus affirmĂ©, voir aussi Ă©quivoques. Je pense Ă  la relation ambiguĂ« qu'entretient Thoron avec Bilbon, quand bien mĂŞme ce dernier semble Ă©pris du pouvoir de l'anneau et de l'arkenston (une pierre prĂ©cieuse planquĂ©e sous le trĂ©sor de Smaug). L'enjeu majeur s'avère Ă©galement beaucoup plus drastique pour accĂ©der au fameux sommet d'Erebor parmi l'hostilitĂ© du dragon. Thorin, Bilbo et leurs comparses vont tenter de parvenir Ă  la montagne solitaire pour rĂ©cupĂ©rer leur trĂ©sor et le partager avec la population de Lacville. Mais l'inĂ©vitable monstre ailĂ©, Smaug, veille sur son trĂ´ne ! Avant cela, nos hĂ©ros vont devoir se confronter Ă  l'hostilitĂ© des elfes depuis leur intrusion dans la forĂŞt noire. NĂ©anmoins, ils vont devoir communĂ©ment s'allier afin de combattre l'armĂ©e des orques commandĂ©e par Azog. Pendant ce temps, Gandalf se prĂ©pare Ă  sillonner le repère du nĂ©cromancier.


Ce bref rĂ©sumĂ© Ă©maillĂ© d'ellipses reprĂ©sente la topographie que Peter Jackson s'est entachĂ© Ă  respecter. Exit le cĂ´tĂ© ultra jouissif des morceaux de bravoure invoquĂ©s dans le premier volet ainsi que l'esprit infantile qui planait durant toute la croisade des nains, La DĂ©solation de Smaug s'avĂ©rant ici beaucoup plus posĂ©, car beaucoup moins fertile en rebondissements trĂ©pidants. Le rĂ©alisateur privilĂ©gie donc la dimension noble ou cupide de ces personnages avec un sens psychologique plus mature. Une large place est notamment accordĂ©e Ă  leurs relations conflictuelles, Ă  l'instar des rapports houleux entrepris entre les elfes et les nains, mais aussi ceux des villageois de Lacville, plutĂ´t mĂ©fiants envers l'intrusion de l'Ă©tranger depuis leur dĂ©route avec Smaug. Il fait notamment intervenir de nouveaux protagonistes comme l'elfe Tauriel, Ă©prise de romance avec Legolia et Tauris, ou encore Bard, un batelier avenant venu aider la troupe des nains. InĂ©vitablement, ce second volet ne manque pas de coordonner quelques sĂ©quences de bravoures vertigineuses (l'attaque des arachnides dans la forĂŞt et la poursuite en tonneau sur la rivière s'avèrent Ă©tourdissants de fluiditĂ© technique dans le sens vĂ©loce des affrontements) avant l'ampleur de son final homĂ©rique culminant dans les sombres galeries du dragon (l'immensitĂ© de la scĂ©nographie laisse pantois et les attaques du monstre redoublent de mesquinerie !). Avec un sens du spectacle lyrique dĂ©ployant un environnement crĂ©dible au sein d'une nature fantasmagorique, Peter Jackson recrĂ©e un univers d'hĂ©roic fantasy sans jamais calquer sur ses antĂ©cĂ©dents modèles. Ce qui prouve une fois de plus sa capacitĂ© Ă  transcender un esthĂ©tisme formel dans la variĂ©tĂ© des dĂ©cors insolites (le village de Lacville situĂ© sur l'eau, le repère tentaculaire du dragon, le palais des elfes et enfin les sombres ruines du nĂ©cromancier). Enfin, avec l'iconographie du fameux dragon de feu, le cinĂ©aste iconise un monstre ailĂ© terriblement impressionnant dans son charisme Ă©caillĂ©, d'autant plus pourvu d'un langage guttural pour intimider ses adversaires. 


Moins gĂ©nĂ©reux en terme d'action mais beaucoup plus substantiel dans l'Ă©tude caractĂ©rielle, La DĂ©solation de Smaug renoue une fois encore avec le spectacle Ă©pique en accordant plus d'importance Ă  la prĂ©sentation des personnages et leur parcours personnel. On sera par contre terriblement frustrĂ© du dĂ©nouement inachevĂ©, puisque contraint d'attendre le 3è volet pour escompter une confrontation belliqueuse des plus tragiques. En cinĂ©aste avisĂ©, toujours aussi dĂ©libĂ©rĂ© Ă  transfigurer l'archĂ©type de l'Heroic-fantasy, Peter Jackson ne perd rien de son Ă©loquence pour imposer sa nouvelle trilogie. Une saga plus modeste car moins guerrière et intense, mais toute aussi captivante dans ses enjeux Ă©tablis, ses personnages mythologiques et son sens du merveilleux.  

Le Hobbit: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/12/photo-empruntee-sur-google-appartenant.html
Bruno Matéï


jeudi 9 janvier 2014

Cannibal Man / La semana del asesino

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site mondoexploito.com

de Eloy De La Iglesia. 1972. Espagne. 1h47. Avec Vicente Parra, Emma Cohen, Eusebio Ponsela, Charly Bravo, Fernando Sanchez Polack, Goyo Lebrero.

Sortie salle Espagne: 22 Avril 1974

FILMOGRAPHIE: Eloy Germán de la Iglesia (Zarautz, Guipuscoa, 1er janvier 1944 - 23 mars 2006) est un rĂ©alisateur espagnol. 1966: Fantasia... 3. 1969: Algo amargo en la boca. 1970: Cuadrilatero. 1971: El techo de cristal. 1972: Cannibal Man. 1973: Nadie oyo gritar. 1973: Una gota de sangre para morir amando. 1975: Juego de amor prohibido. 1976: La otra alcoba. 1977: Los placeres ocultos. 1977: La Criatura. 1979: El diputado. 1979: El sacerdote. 1980: Miedo a salir de noche. 1981: La mujer del ministro. 1981: Navajeros. 1982: Colegas. 1983: El Pico. 1984: El Pico 2. 1985: Otra vuelta de tuerca. 1985: La Estanquera de Vallecas. 1987: La Estanquera de Vallecas. 2001: Caligula. 2003: l'Amant bulgare.


Oeuvre majeure au sein de la filmographie de Eloy De La Iglesia et pour le rĂ©pertoire du cinĂ©ma d'horreur ibĂ©rique, Cannibal Man (titre stupide car infondĂ©) retrace la dĂ©rive meurtrière d'un assassin après avoir portĂ© assistance Ă  l'agression de sa fiancĂ©e. RepliĂ© sur lui mĂŞme et plongĂ© dans le remord, il n'ose avouer son crime accidentel Ă  la police, faute de prĂ©jugĂ©s sur sa condition sociale. 
Bien avant Maniac, Henry ou l'Ă©tonnant Pyromaniac de Joseph Ellison, un rĂ©alisateur s'intĂ©ressa Ă  traiter d'un cas de serial-killer dans sa plus stricte intimitĂ© d'une claustration poisseuse. La scĂ©nographie confinĂ©e autour d'un bidonville distillant un climat dĂ©pressif tangible se rĂ©percutant sur la dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale de notre individu. Dans sa condition de prolĂ©taire, notre tueur est en l'occurrence un ouvrier besogneux exerçant son activitĂ© au sein d'un abattoir.


Déjà épris de névroses pathologiques bien avant ses meurtres (son malaise viscéral face à des photos de charme), il semble déjà souffrir d'un refoulement identitaire (une potentielle attirance homosexuelle ?). Sa rancoeur d'avoir accompli un meurtre et son incapacité à accepter la réalité de son acte vont le plonger dans une contrainte ingérable et le pousser à répercuter la violence en éliminant tous les témoins gênants. Ainsi, 1h47 durant, le réalisateur nous projette dans sa quotidienneté avec souci de réalisme sordide (les meurtres graphiques sont parfois impressionnants quand bien même l'atmosphère irrespirable dégage une odeur de rance émanant des cadavres de la chambre) épaulé d'une dimension psychologique scrupuleuse (son sens de la vie n'accorde plus aucun bénéfice). A travers ses diverses relations familières (la soeur de son frangin) ou amicales (la tenancière, la passante et le voisin homosexuel), le réalisateur dresse également l'état des lieux d'une population repliée sur elle même car livrée à l'abandon, l'ennui et la solitude. De par leur situation précaire où l'insalubrité urbaine et le chômage sont indissociables de leur environnement, nos protagonistes sont confinés dans le désarroi affectif, le refoulement sexuel, voir notamment la dépression. Et si la rédemption du tueur verra finalement le jour, c'est grâce à la compassion d'un individu à tendance suicidaire où la peur de mourir n'aura plus lieu d'être.


DĂ©rangeant et malsain, dĂ©senchantĂ© et dĂ©pressif, Cannibal Man est d'autant plus dĂ©stabilisant qu'il est accentuĂ© d'une mise en scène expĂ©rimentale usant de mĂ©taphores et d'un contrepoint musical tantĂ´t dissonant, tantĂ´t mĂ©lancolique. Si la pauvretĂ© des dialogues et le jeu perfectible des comĂ©diens peuvent au dĂ©part porter un prĂ©judice, il finit par renforcer une ambiance interlope des plus troublantes. Enfin, on peut louer l'interprĂ©tation de Vicente Parra en tueur dĂ©primĂ©, qui, en dĂ©pit de son visage inexpressif, sait tout de mĂŞme retransmettre dĂ©sarroi et affliction dans son inextricable solitude. Sur fond de quĂŞte identitaire, Le Semaine d'un Assassin est un psycho-killer crĂ©pusculaire Ă  la fois trouble et fort oĂą le sentiment de dĂ©sespoir Ă©mane de son cadre sociĂ©tal, entre misère, exclusion, chĂ´mage, homophobie. 

*Bruno
07.04.25. 3èx.
09.01.14.

mercredi 8 janvier 2014

CAPITAINE PHILLIPS (Captain Philips)

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de Paul Greengrass. 2013. U.S.A. 2h14. Avec Tom Hanks, Michael Chernus, Yul Vazquez, Barkhad Abdi, Catherine Keener, Max Martini.

Sortie salles France: 20 Novembre 2013. U.S: 11 Octobre 2013

RĂ©compenses: American Film Institute Awards 2013: Top 10 des meilleurs films de l'annĂ©e
Indiana Film Journalists Association Awards 2013: meilleur acteur dans un second rĂ´le pour Barkhad Abdi.
Sans Diego Criticsz Society Awards 2013: meilleur montage
Festival international du film de Palm Springs 2014; Chairman's Award pour Tom Hanks

FILMOGRAPHIE: Paul Greengrass est un journaliste, réalisateur, scénariste et producteur britannique, né le 13 Août 1955 à Cheam (Royaume-Uni).
1998: Envole moi. 2002: Bloody Sunday. 2004: La Mort dans la peau. 2006: United 93. 2007: La Vengeance dans la peau. 2009: Green Zone. 2013: Capitaine Phillips.


Dans la lignĂ©e de l'Ă©prouvant A Hijacking (http://brunomatei.blogspot.fr/2013/10/a-hijacking-kapringen.html), Capitaine Phillips relate l'histoire vraie d'une prise d'otage peu commune, dans le sens oĂą l'unitĂ© de lieu est en partie confinĂ©e au sein d'une embarcation restreinte. Après avoir Ă©pargnĂ© les otages du porte-conteneur MV Maersk Alabama, des pirates somaliens dĂ©cident d'embarquer sur un bateau de survie avec, parmi eux, le commandant Phillips. Exigeant une demande de rançon plus Ă©levĂ©e afin de transiger sa libĂ©ration, les kidnappeurs vont devoir s'entretenir avec une Ă©quipe spĂ©cialisĂ©e de nĂ©gociateurs. Une traque maritime de longue haleine va dĂ©buter en pleine mer !


En cinéaste virtuose, Paul Greengrass nous avait déjà prouvé qu'il était capable de mettre en image l'évènement du fait divers en nous plongeant dans le feu de l'action avec une vérité documentée (Bloody Sunday, United 93). Si Capitaine Phillips n'atteint pas la force et l'intensité dramatique de ces films précités, il n'en demeure pas moins remarquablement captivant dans sa conduite narrative évoquant un beau témoignage de survie en la présence du capitaine Phillips. Incarné par l'illustre Tom Hanks, l'acteur sait retransmettre désarroi et inquiétude face à sa condition de martyr, jusqu'à l'issue bouleversante lui permettant de délivrer une performance d'une grande intensité émotionnelle.
Avec la volontĂ© de bâtir avant tout un suspense haletant, Paul Greengrass Ă©labore une prise d'otage assez singulière pour le lieu allouĂ© et l'unique tĂ©moin retenu en otage. Avec l'aide d'un montage Ă©tourdissant de prĂ©cision et de vigueur, il nous entraĂ®ne dans un cauchemar maritime Ă  la tension toujours plus exponentielle. En se focalisant sur la relation houleuse des pirates malhabiles avec un otage prĂ©voyant, le rĂ©alisateur entretient l'effet de stress par une Ă©tude caractĂ©rielle fondĂ©e sur la paranoĂŻa. En parallèle, nous suivons les stratĂ©gies mĂ©ticuleuses d'une Ă©quipe de nĂ©gociateurs scrutant attentivement les faits et gestes des malfaiteurs Ă  l'aide d'appareils sophistiquĂ©s de surveillance. Spoiler !!! Par ces actes de bravoure aussi risquĂ©s que prĂ©alablement Ă©tudiĂ©s, le rĂ©alisateur leur rend notamment hommage d'avoir su Ă©viter un lourd prĂ©judice  ! Fin du spoiler


Panique en haute mer
En privilégiant le suspense et la tension, Capitaine Phillips impressionne, voir détonne dans sa progression dramatique à rude épreuve où les conflits humains sont sévèrement compromis par l'anxiété et la panique de l'échec. Rehaussé du jeu poignant de Tom Hanks, ce fait divers improbable puise notamment son impact dans son réalisme et la bravoure accordée aux Navy seals !

08.01.14.
Bruno Matéï

    mardi 7 janvier 2014

    LA CONQUETE DE LA PLANETE DES SINGES (Conquest of the Planet of the Apes). Version non censurée !

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

    Version Longue non censurée. de Jacques Lee Thompson. 1972. U.S.A. 1h28. Avec Roddy McDowall, Don Murray, Ricardo Montalban, Natalie Trundy, Hari Rhodes, Severn Darden, Lou Wagner.

    Sortie salles U.S: 30 Juin 1972

    FILMOGRAPHIE: Jack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un réalisateur, scénariste et producteur britannique né le 1er août 1914 à Bristol (Royaume-Uni), décédé le 30 août 2002 à Sooke (Canada).
    Avec 47 longs-mĂ©trages, le cinĂ©aste a abordĂ© tous les genres avec plus ou moins de bonheur dont certains font office de chef-d'oeuvre. On peut citer Ă  titre d'exemples Les Canons de Navarone, Les Nerfs Ă  vif, la ConquĂŞte de la planète des singes, la Bataille de la Planète des singes, le Bison Blanc, l'Empire du Grec, Monsieur St-Yves, Passeur d'hommes et Happy Birthday (son unique incursion dans le slasher). Enfin, il est notamment responsable de la saga des justiciers avec l'aimable complicitĂ© de son acteur fĂ©tiche Charles Bronson (Le Justicier de Minuit, l'Enfer de la Violence, la Loi de Murphy, le Justicier braque les dealers, le Messager de la mort et Kinjite, sujets tabous).


    4è volet de la célèbre saga, la Conquête de la planète des singes est considéré à juste titre comme l'épisode le plus convaincant depuis celui de Schaffner. Réquisitoire contre l'esclavagisme et l'exploitation des ouvriers, pamphlet contre le totalitarisme et la haine raciale, ce quatrième opus dirigé par Jack Lee thompson s'avère puissamment évocateur dans sa dénonciation d'une politique despotique (les uniformes des policiers font d'ailleurs évoquer la triste période de l'occupation nazie). Violemment percutant, le film dépeint avec le fracas des armes la sédition des singes organisé par césar (fils de Cornelius et Zira). Alors que ce dernier était recueilli par un directeur de cirque depuis 20 ans, il découvre aujourd'hui l'asservissement de ces semblables sous la houlette d'un gouverneur fasciste. Après la mort de son père adoptif, il décide donc de se venger en organisant une rébellion de grande échelle.


    Cette situation de crise amplement mise en scène est d'autant plus crédible que l'impact saisissant des séquences d'insurrection réserve parfois un réalisme cru pour notre châtiment réservé. Mais auparavant, Jack Lee Thompson aura pris soin de peaufiner sa reconstitution futuriste d'un état totalitaire où les hommes auront remplacé nos traditionnels animaux domestiques pour se laisser entretenir par les simiens. Alternative oh combien profitable pour l'exploitation de l'esclavage !
    Notre soif de mégalomanie et notre désir de soumission infligé aux primates sont savamment illustrés à travers des séquences de dressage où tortures et humiliations sont monnaie courante. Par sa violence âpre, certaines séquences s'avèrent d'ailleurs pénibles à regarder tant elles nous remémorent les expérimentations de la vivisection pratiquées sur nos animaux de laboratoire. Fatalement vouée à perdre la guerre et provoquer l'apocalypse nucléaire, la race humaine est néanmoins sévèrement réprimandée de son intolérance et de sa lâcheté par la révolte de César ! Les séquences d'émeutes s'avèrent parfois assez brutales pour rappeler chez les deux camps adverses l'instinct primitif et destructeur enfouis dans l'inconscience (celle de la descendance du singe s'excusera le gouverneur !). A l'atmosphère sombre distillant une tension latente, La Conquête de la planète des singes joue la carte du nihilisme avec une véracité aussi impressionnante que terrifiante dans ces images d'anarchie à l'idéologie réactionnaire. Une mise en garde afin de mettre en exergue l'emprise délétère du pouvoir où la liberté ne peut se gagner qu'à travers l'emploi des armes d'une révolution sanglante (il n'y a pas de fumée sans feu prononcera César !).


    Ă‚pre, violent et très spectaculaire dans sa dernière partie, la ConquĂŞte de la Planète des Singes passionne autant que son prĂ©curseur dans ses thĂ©matiques politiques et vĂ©hicule un tel climat d'inquiĂ©tude que l'on redoute qu'un tel Ă©lan de sĂ©dition puisse un jour nous ĂŞtre fatal ! Sous l'allĂ©geance perspicace de CĂ©sar, on peut louer l'impressionnante performance simiesque de Roddy Mc Dowall littĂ©ralement habitĂ© par une rancoeur contestataire mais finalement discrĂ©ditĂ© par sa haine punitive ! Un Ă©pisode redoutablement incisif dans son caractère frondeur et d'une noirceur telle qu'elle nous laisse un goĂ»t d'amertume dans la bouche ! (du moins dans sa version non censurĂ©e beaucoup plus radicale !)

    La critique des autres opus de la saga: 
    http://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/la-planete-des-singes-planet-of-apes.html
    http://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/le-secret-de-la-planete-des-singes.html
    http://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/les-evades-de-la-planete-des-singes.html
    http://brunomatei.blogspot.fr/2014/01/la-bataille-de-la-planete-des-singes.html

    07.01.14. 3èx
    Bruno Matéï


    lundi 6 janvier 2014

    DU SANG ET DES LARMES (Lone survivor)

                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

    de Peter Berg. 2013. U.S.A. 2h01. Avec Mark Wahlberg, Taylor Kitsch, Ben Foster, Emile Hirsch, Eric Bana, ALexander Ludwig.

    RĂ©compense: Las Vegas Film Critics Society Awards 2013: meilleur film d'action
    Sortie salles France: 1er Janvier 2014. U.S: 10 Janvier 2014

    FILMOGRAPHIE: Peter Berg est un réalisateur, acteur, producteur, scénariste et compositeur américain, né le 11 Mars 1962 à New-York.
    1998: Very Bad Things. 2003: Bienvenue dans la jungle. 2004: Friday night lights. 2007: Le Royaume. 2008: Hancock. 2012: Battleship. 2013: Du sang et des larmes.


    Du Sang et des Larmes relate la déroute de quatre soldats américains durant l'opération Red Wings en Afghanistan en 2005. Alors qu'ils étaient chargés de supprimer un chef Taliban, ces Navy Seals vont se retrouver piégés en interne des montagnes après avoir épargné la vie à trois villageois.
    C'est donc la reconstitution d'un fait divers implacable que nous relate Peter Berg avec l'intensité furieuse des combats et l'humanité déchue de ces protagonistes. L'insurmontable descente aux enfers d'une poignée d'américains malmenés par un guet-apens, car toujours plus contraints de battre en retraite et baisser la garde afin d'éviter les balles. En plein coeur de la nature hostile des hautes montagnes, nous sommes plongés tête baissée dans une guérilla sanglante auquel une armée de talibans ont décidé de ne leur laisser aucune faveur.


    FilmĂ© Ă  la manière d'un documentaire, Du sang et des Larmes saisit le spectateur Ă  la gorge par son caractère jusqu'au boutiste du sentiment d'impuissance et d'une action belliqueuse incessamment inĂ©quitable. Car cette fuite dĂ©sespĂ©rĂ©e est une Ă©preuve de force toujours plus dĂ©loyale que nos quatre baroudeurs vont tenter de dĂ©jouer avec l'infime espoir de survie. A bout de souffle, car Ă©puisĂ©s et sĂ©vèrement amochĂ©s par leurs blessures corporelles, ils vont devoir compter sur leur indĂ©pendance et leur instinct de courage afin de s'extraire du bourbier. Le fait de tĂ©moigner du courage dĂ©sespĂ©rĂ© de ces hĂ©ros en porte Ă  faux nous confine dans un pur cauchemar d'autant plus rĂ©el que l'alibi du fait divers nous Ă©tait prĂ©alablement Ă©noncĂ©. Avec l'efficacitĂ© effrĂ©nĂ©e des offensives, pas le temps de reprendre son souffle tant l'action ininterrompue redouble de dangers, subterfuges et twist inespĂ©rĂ© ! (SPOILER ! humble tĂ©moignage Ă  la solidaritĂ© afghane dans le dernier acte FIN DU SPOILER). Grâce Ă  la virtuositĂ© de sa mise en scène et l'extrĂŞme lisibilitĂ© de l'action, le film transcende le mode du survival oĂą l'ultra violence aride n'a pas besoin d'ĂŞtre ostentatoire pour impressionner le spectateur. A contrario, elle fait mal car observer l'agonie d'une victime (le rĂ©al insistant sur le tempo d'une lente respiration !) reste une Ă©preuve qui confine Ă  la gĂŞne. Grâce Ă  la vĂ©racitĂ© des Ă©vènements dĂ©crits et la densitĂ© fragile des interprètes, l'intensitĂ© dramatique qui en dĂ©coule n'en est alors que plus ardue.


    Brutal, sans concession et menĂ© Ă  un train d'enfer, Du sang et des Larmes est un spectacle furieusement Ă©pique aussi haletant qu'Ă©prouvant. Avec un Ă©vident talent de virtuositĂ© technique, Peter Berg ne cherche jamais l'esbroufe gratuite pour rendre un vibrant hommage Ă  ces hĂ©ros oubliĂ©s (Ă  l'instar de son Ă©pilogue poignant oĂą les images d'archive tireront des larmes aux plus sensibles !). Enfin, on peut mĂ©riter la prestation solide des comĂ©diens (Mark Walhberg en tĂŞte), rendus ici presque mĂ©connaissables dans leur posture de martyr, car dĂ©figurĂ©s et Ă©corchĂ©s par les nombreux impacts de projectiles. 

    06.01.14.
    Bruno Matéï


    samedi 4 janvier 2014

    RUSH

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thereza-thereza.fr

    de Ron Howard. 2013. U.S.A./Angleterre/Allemagne. 2h02. Avec Chris Hemsworth, Daniel BrĂĽhl, Olivia Wilde, Alexandra Maria Lara, Pierfrancesco Favino.

    Sortie salles France: 25 Septembre 2013. U.S: 20 Septembre 2013

    FILMOGRAPHIE: Ron Howard est un réalisateur et acteur américain, né le 1er Mars 1954 à Duncan, Oklahoma.
    1977: Lâchez les bolides. 1982: Les Croque-morts en folie. 1984: Splash. 1985: Cocoon. 1985: Gung Ho. 1988: Willow. 1989: Portrait craché d'une famille modèle. 1990: Backdraft. 1992: Horizons Lointains. 1994: Le Journal. 1995: Apollo 13. 1996: La Rançon. 1999: En direct sur Ed TV. 2000: Le Grinch. 2001: Un Homme d'Exception. 2003: Les Disparus. 2005: De l'ombre à la lumière. 2006: Da Vinci Code. 2008: Frost/Nixon. 2009: Anges et Démons. 2011: Le Dilemme. 2013: Rush. 2014: Heart of the Sea.


    EquipĂ©e effrĂ©nĂ©e de deux vainqueurs des circuits F1, Rush retrace l'autobiographie du britannique James Hunt se disputant la vedette du championnat du monde avec l'autrichien Niki Lauda. C'est donc une confrontation au sommet que nous Ă©voque le prolifique Ron Howard avec un sens vertigineux du lyrisme et de l'Ă©pique. Film d'action Ă©maillĂ© d'impressionnants morceaux de bravoure, bien que rarement spectaculaires (on est ici Ă  contre emploi des poursuites pĂ©taradantes de Fast and Furious !), Rush joue la flamboyance pour sublimer avant tout la rivalitĂ© opiniâtre de deux briscards avides de gagne et de cĂ©lĂ©britĂ©. LĂ  oĂą le film s'avère puissamment captivant mais aussi bouleversant, c'est dans l'Ă©tude de caractère allouĂ©e aux deux adversaires que Ron Howard brosse avec dignitĂ© humaine. Deux pilotes totalement contradictoires dans leur Ă©thique existentielle mais communĂ©ment sollicitĂ©s Ă  accĂ©der au trĂ´ne. Une course poursuite rĂ©cursive d'une rudesse si impitoyable que dans le pire des contextes, l'accident mortel risque Ă  tous moments de les dĂ©partager !


    Si Niki Lauda est un coureur renfrognĂ© plutĂ´t antipathique aux yeux du public, parce que solitaire et menant une existence docile, James Hunt est un bellâtre coureur de jupon particulièrement adulĂ©. Un casse-cou suicidaire dans son arrogance du dĂ©fi, quand bien mĂŞme après la victoire, il se pavane dans les excès de drogues et d'alcool. L'un mène donc la prudence noble afin de rester studieux dans la persĂ©vĂ©rance et sauvegarder sa vie, l'autre mène une vie dissolue conçue sur les loisirs et le profit de l'instant prĂ©sent. Cette ambivalence impartie Ă  ces deux brillants pilotes renforce admirablement le caractère passionnant de leur rivalitĂ© et converge vers une rĂ©flexion sur la cĂ©lĂ©britĂ© et le dĂ©passement de soi. Avec une ambition circonspecte et beaucoup d'humilitĂ©, Ron Howard rend Ă©galement hommage Ă  une discipline de sport extrĂŞmement risquĂ©e (le prologue rappellera d'ailleurs que sur 25 participants coucourant au championnat de F1, deux d'entre eux mourront accidentellement !) et met en exergue l'esprit de compĂ©tition, la rage de vaincre de deux hommes littĂ©ralement obsĂ©dĂ©s par leur discipline, jusqu'Ă  en occulter l'amour (en pleine prospĂ©ritĂ©, Niki Lauda rĂ©visera son jugement sur le crĂ©dit du bonheur et l'idylle conjugale).


    Superbement incarnĂ© par deux acteurs attachants dans leur charisme antinomique et leur loyautĂ©, et pourvu d'un rĂ©alisme parfois rigoureux (les blessures corporelles infligĂ©es Ă  l'un d'entre eux durant la convalescence hospitalière s'avère presque insoutenable !), Rush invoque le respect pour cette profession sportive oĂą les enjeux de rĂ©ussite et de cĂ©lĂ©britĂ© s'avèrent impitoyablement risquĂ©s. Avec une juste luciditĂ©, Ron Howard met Ă©galement en lumière les rapports masochistes qu'entretenaient ces deux rivaux, communĂ©ment Ă©pris de rĂ©elle considĂ©ration pour leur esprit de stoĂŻcitĂ©. Quand bien mĂŞme l'un d'eux se brĂ»lera les ailes d'avoir exploitĂ© si maladroitement son statut de notoriĂ©tĂ© !

    04.01.14
    Bruno Matéï


    vendredi 3 janvier 2014

    LE MONDE DE CHARLIE (The Perks of Being a Wallflower)

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

    de Stephen Chobsky. 2012. U.S.A. 1h42. Avec Logan Lerman, Emma Watson, Ezra Miller, Nina Dobrev, Mae Whitman, Kate Walsh.

    Sortie salles France: 2 Janvier 2013. U.S: 21 Septembre 2012

    FILMOGRAPHIE: Stephen Chobsky est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et Ă©crivain amĂ©ricain, nĂ© le 25 Janvier 1970 Ă  Pittsburgh, Etats-Unis. 1995! The four corners of nowhere. 2012: Le Monde de Charlie 

    "Certains disent que ces choses là n'arrivent pas. Et certains oublient ce que c'est d'avoir 16 ans une fois qu'ils en ont 17. Ces moments deviendront des histoires, nos photos deviendront de vieux souvenirs, et on finira tous par devenir parents. Mais pour l'instant, ces moments ne sont pas des histoires. Ils sont bien réels. Je suis ici. Je la regarde. Et elle est sublime. Je le sens. Cet instant où on sait qu'on n'est pas un raté. Où on est vivant. Où on regarde les immeubles illuminés et tout ce qui nous émerveille. Où on écoute cette chanson pendant cette virée avec les gens qu'on aime le plus au monde. Et à cet instant, je peux dire qu'on est immortels."

    Couvert de rĂ©compenses outre-atlantique, Le Monde de Charlie semble bien parti pour devenir le symbole de toute une gĂ©nĂ©ration, le "Breakfast Club" des annĂ©es 2000, le phĂ©nomène culte d'une nouvelle Fureur de Vivre ! Quitte Ă  passer pour un illuminĂ© dithyrambique. Hymne Ă  l'adolescence, Ă  la vie et Ă  l'amitiĂ©, quĂŞte initiatique, Ă©popĂ©e nostalgique que cette pĂ©riode pubère de l'Ă©moi amoureux, Le Monde de Charlie dĂ©peint avec une luciditĂ© prĂ©cieuse le malaise adolescent du point de vue de la fraternitĂ©. Si le film s'avère si puissamment Ă©vocateur et vertigineux, il tire parti de la pudeur humaniste de ces protagonistes magnifiquement incarnĂ©s par des comĂ©diens Ă  la vitalitĂ© innocente !  Le pitchCharlie est un jeune adolescent introverti essayant timidement de s'insĂ©rer au sein de son nouveau lycĂ©e. Un jour, il fait la rencontre de Sam et Patrick qui l'accueillent sans prĂ©jugĂ©s. Grâce Ă  leur cohĂ©sion, il vont entamer une amitiĂ© qui changera Ă  jamais leur destin.  



    Avec sa mise en scène inventive, en symĂ©trie avec le thème traitĂ©, scandĂ©e d'une partition rock rĂ©tro (Bowie iconise le trio juvĂ©nile au rythme du tube Heroes !), Stephen Chobsky rĂ©invente le teen movie avec une dignitĂ© inusitĂ©. Cantique Ă  l'immortalitĂ© du temps prĂ©sent, Le Monde de Charlie demeure une dĂ©claration d'amour Ă  la renaissance Ă  travers la fragilitĂ© adolescente. Une jeunesse en plein doute existentiel, parfois en danger de perdition mais capable de transcender ses craintes par le bĂ©nĂ©fice de la confiance et de l'esprit de camaraderie. Ainsi, Ă  travers le portrait d'un adolescent traumatisĂ© par le deuil de sa tante, Stephen Chobsky nous fait pĂ©nĂ©trer dans son univers avec une humilitĂ© bouleversante. En Ă©vitant l'apitoiement et la niaiserie sentimentale, il nous brosse le tĂ©moignage dĂ©licat d'un adolescent nĂ©vrosĂ©, tributaire d'un secret indĂ©cent mais prĂ©muni par l'espoir amoureux et le sens de l'amitiĂ©. Son trouble Ă©motionnel hantĂ© des visions maternelles d'une tante confidente planera durant son cheminement moral pour se confondre maladroitement auprès de ses sentiments amoureux. Spoil !  Si durant tout le rĂ©cit, le rĂ©alisateur nous laisse croire que Charlie est douloureusement accablĂ© par l'absence d'un amour maternel, l'Ă©pilogue remettra en question un trauma beaucoup plus incongru qu'il n'y paraissait ! Fin du Spoil. Enfin, les clichĂ©s traditionnellement invoquĂ©s aux hobbys adolescents (sexe, drogue, alcool and rock'n roll !) sont ici rĂ©exploitĂ©s parmi la dextĂ©ritĂ© d'une mise en scène laconique privilĂ©giant l'ellipse, la poĂ©sie, la suggestion afin de contredire la redite ou la vulgaritĂ©.


    Avec sa dimension humaine prude dĂ©diĂ©e Ă  la fragilitĂ© adolescente, Le Monde de Charlie s'Ă©rige en poème universel sur la confiance et l'acceptation de soi en prime d'un rĂ©cit initiatique sur l'apprentissage amoureux lorsque l'on hĂ©site Ă  invoquer sa flamme Ă  celle que l'on chĂ©ri secrètement. Oser affronter ses affres, braver les dĂ©fis et vivre l'instant prĂ©sent pour la libertĂ© de l'Ă©panouissement ! C'est ce que nous inculque Charlie Ă  travers son destin adolescent, partagĂ© entre le poids du traumatisme, sa rĂ©demption amoureuse et sa fraternitĂ© amicale. Pour parachever, j'insiste Ă  proclamer mon "coup de coeur" subjectif car j'en invoque ici le chef-d'oeuvre, puisque probablement l'une des plus belles oeuvres que j'ai pu dĂ©couvrir sur l'Ă©moi adolescent. Qui plus est, Stephen Chobsky se permet notamment de valoriser une pure histoire d'amour sous l'impulsion magnĂ©tique de ses amants pudiques. Par consĂ©quent, rarement un teen movie n'aura alors aussi mieux retranscrit les sentiments de la vulnĂ©rabilitĂ© humaine avec une acuitĂ© spĂ©cialement tĂ©nue !

    * Bruno
    03/01/14

    Récompenses: National Board of Review Awards 2012: Meilleure distribution
    Indiana Film Journalists Association Awards 2012: Meilleur Scénario
    Utah Film Critics Association Awards 2012: Meilleur Scénario
    Boston Society of Film Critics Awards 2012: Meilleur Acteur de second rĂ´le, Ezra Miller
    People's Choice Awards 2013: Meilleur Film dramatique. Meilleure Actrice pour Emma Watson.
    Independent Spirit Awards 2013: Meilleur premier film
    Chlotrudis Awards 2013: Meilleur Film, Meilleur acteur de second rôle pour Ezra Miller, Meilleur Scénario.
    Teen Choice Awards: Meilleur Acteur pour Logan Lerman

    jeudi 2 janvier 2014

    ALL IS LOST. Prix du Jury, Deauville, 2013

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

    de J. C. Sandor. 2013. U.S.A. 1h45. Avec Robert Redford

    Récompense: Prix du Jury à Deauville, 2013
    New York Film Critics Circle Awards 2013: Meilleur ActeurRobert Redford

    Sortie salles U.S: 18 Octobre 2013

    FILMOGRAPHIE: Jeffrey C. (J.C.) Chandor est un scénariste et réalisateur américain.
    2011: Margin Call. 2013: All is Lost



    Expérience humaine à bout de souffle, All is Lost joue la carte de l'aventure maritime parmi la présence d'un solitaire oublié de tous. Egaré au milieu de l'immensité de l'océan, ce navigateur est aujourd'hui contraint de se débarrasser de son voilier accidenté pour s'exiler sur un petit radeau pneumatique. Durant des journées interminables d'isolement et de désespoir, il va devoir se protéger contre les violentes intempéries afin d'y survivre et se raccrocher à l'espoir. Alors que la plupart de ses vivres ont été égarés dans l'eau et que les dernières conserves ont été consommées, il décide en dernier ressort de tenter la pêche au poisson. A l'instar de l'eau salée qu'il va essayer de filtrer à l'aide d'un système dérisoire. Gagné par la solitude, la fatigue et la colère, il finit par entrevoir vers l'horizon un cargo de marchandise.


    Avec beaucoup de pudeur dans sa mise en scène naturaliste et le jeu dĂ©pouillĂ© de Robert Redford, J. C. Sandor livre une leçon de survie, un tĂ©moignage de dignitĂ© envers l'espoir, alors que toutes les manoeuvres prĂ©alablement entamĂ©es par le sujet laissaient craindre le trĂ©pas. All is Lost s'achemine alors vers le poème spirituel pour tous les dĂ©faitistes ayant perdu la foi en la vie. A travers la survie endurante de ce navigateur, sĂ©vèrement mis Ă  mal par le dĂ©chaĂ®nement de la mer et un concours de circonstances malchanceuses, All is Lost se porte en tĂ©moignage afin de dĂ©montrer que la dĂ©sillusion et le sacrifice peuvent parfois vous amener Ă  reconsidĂ©rer votre Ă©thique. Dans un rĂ´le difficile, car mutique et livrĂ© Ă  son unique prĂ©sence, Robert Redford joue sur l'expression du visage burinĂ©, le regard croulĂ© rattrapĂ© par l'Ă©puisement, bien que sa posture stoĂŻque aura accompli nombre de bravoures.


    The Impossible
    Quasiment dĂ©nuĂ© de dialogues et uniquement interprĂ©tĂ© par un seul personnage, All is Lost s'avère inĂ©vitablement immersif pour suivre l'Ă©quipĂ©e insensĂ©e d'un navigateur en dĂ©clin. EmaillĂ© de sĂ©quences impressionnantes dans son rĂ©alisme acĂ©rĂ©, le film ne joue jamais la carte de l'esbroufe pour mieux se concentrer sur l'introspection anxiogène d'un otage livrĂ© Ă  son dĂ©soeuvrement.
    Une oeuvre prude et intimiste, anxiogène et monotone, Ă  l'instar de sa discrète partition monocorde, mais vouĂ©e Ă  ranimer la flamme du souhait. 

    02.01.14
    Bruno Matéï


    mercredi 1 janvier 2014

    You're Next. Prix du Jury à Gérardmer, 2013

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site metalhammer.co.uk

    de Adam Wingard. 2011. U.S.A. 1h36. Avec Sharni Vinson, Aj Bowen, Amy Seimetz, Barbara Crampton, Wendy Glenn.

    Sortie salles France: 4 Septembre 2013. U.S: 23 Août 2013

    FILMOGRAPHIE: Adam Wingard est un réalisateur, directeur de la photographie, monteur et scénariste, né le 3 Décembre 1980 à Oak Ridge dans le Tennessee. 2007: Pop Skull. 2010: A Horrible way to die. 2011: Autoerotic. 2011: You're Next. 2011: What fun we were having. 2012: V/H/S (sketch "tape 56"). 2012: The ABCs of Death (sktech "Q is for Quack"). 2013: V/H/S/2 (sketch "Phase I Clinical Trials).


    Le Pitch: Une famille de bourges se rĂ©unit le temps d'un repas de soirĂ©e quand bien mĂŞme un groupe d'individus masquĂ©s dĂ©cide de les piĂ©ger Ă  l'intĂ©rieur de leur maison. Le jeu de massacre peut commencer ! 

    AurĂ©olĂ© de plusieurs rĂ©compenses dans les festivals, You're Next eut sans doute conquis prioritairement le jeune public cible issu de la gĂ©nĂ©ration Scream. Home Invasion nerveusement emballĂ© dans son lot de rebondissements et pĂ©ripĂ©ties sanglantes (le rĂ©al ne lĂ©sine pas sur la violence hardcore pour nous divertir auprès de son aspect spectaculaire), You're Next puise son efficacitĂ© sur l'aspect dĂ©bridĂ© d'une situation de siège du point de vue de l'hĂ©roĂŻsme d'une survivante dur Ă  cuire. Or, en pendant fĂ©minin de Ash ou de Ripley, Erin ne manque ni de vĂ©locitĂ©, ni de tempĂ©rament, ni de personnalitĂ© propre pour se dĂ©fendre contre ses oppresseurs avec un acharnement physique qui fait plaisir Ă  voir. Qui plus est, nul besoin ici d'attendre patiemment l'ultime quart-d'heure (remember Vendredi 13 !) pour observer son courage Ă  provoquer ses adversaires sans effets de manche ni fard auprès de sa posture naturelle. 


    D'après ce scĂ©nario Ă©culĂ©, le rĂ©alisateur en tire avec beaucoup d'efficacitĂ© et de savoir-faire technique une farce caustique sur la cupiditĂ© d'une cellule familiale. Avec son montage nerveux et un sens effrĂ©nĂ© de l'action homĂ©rique, il mise beaucoup sur le dĂ©chaĂ®nement de violence dĂ©ployĂ©e par nos agresseurs et certaines victimes affublĂ©s de masques grotesques et divers ustensiles d'armes blanches (arbalètes, hache, couteau, machette). Un parti-pris gentiment dĂ©bridĂ© afin de surprendre le spectateur et d'accentuer leur degrĂ© de dangerositĂ© et de brutalitĂ© auprès de leur apparence sans visage. Ainsi, dans un bordel chaotique parfaitement gĂ©rĂ© d'une rĂ©alisation circonspecte exploitant lestement les pièces de la demeure, les victimes dĂ©munies, car piĂ©gĂ©es en vase clos, hurlent et courent tous azimuts afin d'Ă©viter les flèches projetĂ©es de l'extĂ©rieur des fenĂŞtres ! De cette confrontation dantesque entre victimes et agresseurs, il y Ă©mane un dĂ©lire hardcore aussi ludique que passionnant, quand bien mĂŞme l'une des survivantes est une ancienne adepte du survivalisme qu'elle nous dĂ©voile au fil d'une rĂ©plique. Qui plus est, l'intrigue ne manque pas de certaines astuces pour remotiver l'action afin de reconsidĂ©rer ce dont nous Ă©tions tĂ©moins au prĂ©alable. Car si de prime abord, le danger provenait de l'extĂ©rieur, il est notamment gĂ©rĂ© Ă  l'intĂ©rieur mĂŞme du huis-clos ! A dose d'ultra violence dĂ©complexĂ© et un esprit cartoonesque toutefois contredit d'un rĂ©alisme naturaliste, You're Next joue la carte du divertissement Ă©chevelĂ© avec autant d'intelligence retorse que d'inspiration quant Ă  la gestion de sa tension permanente jusqu'au final paroxystique. 


    Excellente sĂ©rie B nantie de nombreuses sĂ©quences chocs percutantes sous l'impulsion d'une guerrière intrĂ©pide franchement convaincante dans l'art du subterfuge meurtrier sobrement exercĂ©, You're Next dĂ©tourne habilement les conventions du genre en ne cessant de surprendre jusqu'Ă  l'ultime image sarcastique. Quant Ă  l'anecdote nostalgique, on se dĂ©lecte de voir apparaĂ®tre l'illustre Barbara Crampton, inoubliable "scream sexy" des classiques RĂ©-animator et From Beyond.

    *Bruno
    01.01.13.
    26.08.24. Vostfr


    Récompenses: Prix du Jury Syfy au Festival de Gérardmer, 2013
    Prix TSR du public au festival de Neuchâtel, 2013
    Festival international du film de Toronto 2011: People's Choice Award ("Midnight Madness").
    Austin Fantastic Fest 2011: Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleure Actrice (Sharni Vinson), Meilleur Scénariste, Prix du Public.


    mardi 31 décembre 2013

    LES BRASIERS DE LA COLERE (Out of the Furnace)

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lyricis.fr

    de Scott Cooper. 2013. U.S.A/Angleterre. 1h56. Avec Christian Bale, Casey Affleck, Willem Dafoe, Woody Harrelson, Forest Whitaker, Zoë Saldana, Sam Shepard, Boyd Holbrook.

    Sortie salles France: 15 Janvier 2014. U.S: 6 Décembre 2013

    FILMOGRAPHIE: Scott Cooper est un réalisateur, scénariste et acteur américain, né en 1970 à Abingdon, Virginia, U.S.A.
    2009: Crazy Heart. 2013: Les Brasiers de la colère



    Soit comme un loup blessé qui se tait pour mourir. Et qui mord le couteau, de sa gueule qui saigne.

    Quatre ans après la ballade mĂ©lancolique de Crazy Heart, Scott Cooper revient nous confirmer son talent de metteur en scène avec Les Brasiers de la Colère. Avec ses tĂŞtes d'affiche aux gueules burinĂ©es, ce drame fiĂ©vreux emporte tout sur son passage dans sa plongĂ©e immersive de l'âme humaine, vers un voyage au bout de l'enfer. Car c'est bien l'ombre du chef-d'oeuvre de Michael Cimino qui plane sur le rĂ©cit pour mettre en relief la situation indĂ©cise de prolĂ©taires impliquĂ©s dans un concours de circonstances malchanceuses. On retrouve ici le mĂŞme dĂ©cor industriel auquel des ouvriers y exercent leur fonction, la partie de chasse improvisĂ©e chez un braconnier subitement rattrapĂ© par sa pitiĂ© pour l'animal, et enfin le comportement suicidaire d'un vĂ©tĂ©ran traumatisĂ© par la guerre. Ce personnage magnifiquement incarnĂ© par Casey Affleck va d'ailleurs devenir le pivot dramatique, l'Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur d'une vendetta implacable. Avec une dimension humaine scrupuleuse, Scott Cooper s'intĂ©resse Ă  dĂ©peindre les Ă©tats d'âme de braves frangins issus de l'AmĂ©rique profonde. L'aĂ®nĂ©, Russell, est un ouvrier courageux toujours plus contrariĂ© par l'Ă©tat de santĂ© d'un père moribond, quand bien mĂŞme la dĂ©chĂ©ance morale de son cadet va l'amener Ă  reconsidĂ©rer son jugement. Ancien vĂ©tĂ©ran martyrisĂ© par la guerre d'Irak, Rodney est incapable de se rĂ©insĂ©rer dans la sociĂ©tĂ© afin d'exercer, Ă  l'instar de son frangin, un travail d'employĂ© dans la mĂ©tallurgie. Pour canaliser sa colère et se faire un peu d'argent, il frĂ©quente les combats de rue clandestins sous l'entremise de John Petty. Alors que Russel se retrouve Ă  sĂ©journer en prison pour la responsabilitĂ© d'un accident mortel, Rodney s'empresse de rencontrer des adversaires autrement plus pugnaces afin de rembourser ses dettes et tourner la page.


    VoilĂ  en gros ce que nous rapporte le postulat auquel la thĂ©matique de la vengeance va distiller son poison durant le cheminement psychologique d'un personnage. Car Les Brasiers de la Colère raconte avec simplicitĂ© la dĂ©chĂ©ance vindicative d'un homme inconsolable, partagĂ© entre sa sa colère de l'injustice et sa volontĂ© de rĂ©parer ses erreurs. Avec intensitĂ©, Scott Cooper brosse le portrait d'un ouvrier digne mais contraint d'assumer moralement sa responsabilitĂ© d'un accident meurtrier. Son soutien auprès d'un paternel gravement malade, sa douloureuse rupture sentimentale et le comportement erratique d'un frère traumatisĂ© par les horreurs de la guerre vont aussi l'amener Ă  reconsidĂ©rer sa vie et celle de l'Ă©quitĂ©. Après sa tragĂ©die du deuil familial, va t'il persĂ©vĂ©rer dans ses pulsions de haine pour pourchasser un animal sans vergogne (Woody Harrelson, habitĂ© par la mort !), ou Ă  contrario, y renoncer avec le bĂ©nĂ©fice de la prudence ? Si dans la première partie, on devine rapidement la tragĂ©die qui se dessine, la suite des Ă©vènements reste logiquement prĂ©visible (car irrĂ©versible !) dans sa tournure poisseuse afin de mettre en exergue la dĂ©rive psychologique d'un homme assailli par ses dĂ©mons (Christian Bale, transi de tourments dans son questionnement !). Qui plus est, l'incroyable densitĂ© des seconds rĂ´les mis en cause, le soin circonspect imparti Ă  la mise en scène et le rĂ©alisme brutal qui en dĂ©coule nous conditionnent en Ă©tat d'hypnose, jusqu'au point d'orgue rĂ©dempteur ou dĂ©faitiste.


    La bĂŞte tue de sang froid
    Avec extrĂŞme sobriĂ©tĂ©, Scott Cooper vise juste et simplement pour redorer les lettres de noblesse du cinĂ©ma. Celui d'un film d'acteurs au diapason oĂą la fĂŞlure des personnages insuffle une incroyable vĂ©ritĂ© (in)humaine et oĂą l'intensitĂ© dramatique converge Ă  l'introspection d'un justicier en perdition. Bouleversant avec ce qu'il faut de juste retenue afin d'Ă©viter l'apitoiement sentimental, Les Brasiers de la Colère renoue magistralement avec l'Ă©popĂ©e du western sauvage et dĂ©senchantĂ©. 

    31.12.13
    Bruno Matéï