mercredi 24 septembre 2014

Le Fantôme de l'Opéra / The Phantom of the Opera

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site www31horrorscom.blogspot.com

de Terence Fisher. 1962. Angleterre. 1h24. Avec Herbert Lom, Heather Sears, Edward de Souza, Michael Gough, Thorley Walters, Ian Wilson.

Sortie salles France: 23 Février 1963. U.S: 15 Août 1962. Angleterre: 25 Juin 1962

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Terence Fisher est un rĂ©alisateur britannique nĂ© le 23 fĂ©vrier 1904 Ă  Londres (Maida Vale), et dĂ©cĂ©dĂ© le 18 juin 1980 dans la mĂŞme ville. 1957 : Frankenstein s'est Ă©chappĂ©, 1958 : Le Cauchemar de Dracula , 1958 : La Revanche de Frankenstein , 1959 : Le Chien des Baskerville , 1959 : L'Homme qui trompait la mort , 1959 : La MalĂ©diction des pharaons, 1960 : Le Serment de Robin des Bois , 1960 : Les Étrangleurs de Bombay, 1960 : Les MaĂ®tresses de Dracula, 1960 : Les Deux Visages de Docteur Jekyll , 1961 : La Nuit du loup-garou, 1962 : Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra , 1962 : Sherlock Holmes et le collier de la mort, 1963 : The Horror of It All, 1964 : La Gorgone , 1965 : The Earth Dies Screaming, 1966 : L'ĂŽle de la terreur , 1966 : Dracula, prince des tĂ©nèbres , 1967 : La Nuit de la grande chaleur , 1967 : Frankenstein crĂ©a la femme, 1968 : Les Vierges de Satan, 1969: Le Retour de Frankenstein, 1974 : Frankenstein et le monstre de l'enfer.


"A l'instar de la personnalité torturée du fantôme, une oeuvre personnelle à la fois maudite et mal aimée, à réhabiliter."
Echec commercial lors de sa sortie, le FantĂ´me de l'opĂ©ra dĂ©routa sans doute le spectateur pour son climat austère particulièrement dĂ©routant il faut avouer. En prime, Terence Fisher adapte le roman de Gaston Leroux de manière personnelle si bien que la romance impartie entre le fantĂ´me et la cantatrice est ici occultĂ©e au profit d'une vengeance latente. Ce parti-pris anticonformiste frustra sans doute une majoritĂ© du public qui s'attendait Ă  une reprĂ©sentation fidèle du bouquin. Or, sous la houlette d'un maĂ®tre du Fantastique, le FantĂ´me de l'OpĂ©ra s'avère toutefois une grande tragĂ©die sur la passion artistique, en l'occurrence celle de l'opĂ©ra et de sa composition musicale que le professeur Petrie eut studieusement Ă©crit 10 ans durant. Car incitĂ© Ă  vendre sa crĂ©ation auprès d'un directeur d'opĂ©ra mĂ©galo, il se fera usurper son travail d'une frauduleuse signature. Fou de colère, Petrie s'empresse alors de brĂ»ler les publications de son texte dans l'atelier d'imprimerie mais se brĂ»le gravement le visage avec de l'acide nitrique. Par chance, il rĂ©ussit Ă  plonger dans un fleuve pour y rejoindre les Ă©gouts avec l'aide d'un vagabond. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  accomplir sa vengeance auprès du directeur mais aussi Ă  parfaire son numĂ©ro d'opĂ©ra, il hante les loges administratives afin d'y sĂ©lectionner sa cantatrice ayant l'opportunitĂ© de chantonner son texte. 


Ainsi, sous couvert de climat fantastique oĂą plane l'ombre d'un fantĂ´me au coeur d'un amphithéâtre, Terence Fisher suggère d'abord sa prĂ©sence par des chuchotements qu'il souffle derrière les loges des cantatrices. Une manière anxiogène d'imposer son autoritĂ© uniquement motivĂ©e par le choix d'une artiste mais aussi par le besoin de vengeance et de reconnaissance. L'incarnation fantaisiste du fantĂ´me n'est donc ici qu'une allĂ©gorie car elle se rapproche explicitement du monstre difforme dont le visage est ici protĂ©gĂ© d'un masque. Par ailleurs, la densitĂ© du rĂ©cit Ă©mane de son esprit torturĂ© en mal de notoriĂ©tĂ©, ses ambitions artistiques n'ayant jamais pu ĂŞtre reconnues auprès du public. Ce sentiment d'impuissance et d'injustice atteindra son apogĂ©e lorsque Fisher nous relate par le biais du flash-back la transaction artistique de Petrie avec Ambrose et les consĂ©quences dĂ©sastreuses qui s'ensuivront passĂ©e la trahison. Au niveau des rapports intimes du fantĂ´me et de la cantatrice confinĂ©s dans le sous-sol des Ă©gouts, on est Ă©galement surpris de sa cruautĂ© autoritaire puisque n'hĂ©sitant pas Ă  gifler sa muse Ă  plusieurs reprises afin de la forcer Ă  peaufiner sa voix. Or, avec l'indulgence de cette dernière et celui du producteur d'opĂ©ra ayant finalement dĂ©couvert sa planque, le fantĂ´me rĂ©ussira Ă  exaucer son rĂŞve pour dĂ©couvrir en tant que "spectateur" sa reprĂ©sentation lyrique d'une pièce de Jeanne d'Arc ! Une mise en abĂ®me, un final emphatique enfin Ă©motif, tant par l'intensitĂ© du numĂ©ro musical chantonnĂ© par la cantatrice que par le tĂ©moignage poignant du fantĂ´me, garant privilège de son ultime chef-d'oeuvre, quand bien mĂŞme son sacrifice fera Ă©cho d'une rĂ©demption.


DĂ©routant par son climat sĂ©vère et son rythme langoureux mais transcendĂ© par la force du rĂ©cit et la conviction des comĂ©diens (Michael Gough excelle dans son personnage dĂ©testable de Lord Ă©gotiste, Herbert Lom exprime une Ă©motion subtile sous son masque plâtreux et la jeune Heather Sears Ă©tonne dans sa discrĂ©tion naturelle !), Le FantĂ´me de l'OpĂ©ra s'avère peut-ĂŞtre la plus baroque des transpositions pour mettre en appui l'amour de l'art plutĂ´t que la romance des coeurs. En rĂ©sulte une production Hammer inhabituelle sollicitant une certaine exigence de la part du public de par son aspect hĂ©tĂ©rodoxe, son refus de facilitĂ©, de fioriture, d'intensitĂ© romantique. D'oĂą ce manque d'Ă©motions et d'une certaine vigueur le long du rĂ©cit, et c'est un brin dommage car le chef-d'oeuvre fut Ă  deux doigts de se concrĂ©tiser.  

*Bruno
19.02.25. 4èx. Vost
13.10.23. 

mardi 23 septembre 2014

Retour vers le Futur 3 / Back to the Future Part III

                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site craftbeertasters.wordpress.com

de Robert Zemeckis. 1990. U.S.A. 1h58. Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Mary Steenburgen, Thomas F. Wilson, Lea Thompson, James Tolkan, Elisabeth Shue.

Sortie salles France: 18 Juillet 1990. U.S: 25 Mai 1990

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 14 Mai 1951 Ă  Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le PĂ´le Express. 2007: La LĂ©gende de Beowulf. 2009: Le DrĂ´le de NoĂ«l de Mr Scrooge. 2013: Flight.


RĂ©alisĂ© dans la foulĂ©e du prĂ©cĂ©dent volet, Retour vers le Futur 3 renoue Ă©tonnamment avec les grands espaces de l'ouest amĂ©ricain lorsque Marty et Doc se retrouvent cette fois-ci projetĂ©s Ă  l'Ă©poque du XIXè siècle. Mais souvenez vous un peu ! Après que la foudre frappa la voiture Ă  explorer le temps, Doc s'Ă©tait retrouvĂ© propulsĂ© en 1885. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  le ramener en 1985, Marty, toujours coincĂ© en 1955, proposait au double de Doc d'emprunter sa voiture pour retourner dans le passĂ© afin de rĂ©cupĂ©rer son ami. Mais avant d'engager son nouveau pĂ©riple et pour corser l'affaire, une pierre tombale indiquait que Doc sera assassinĂ© par le bandit "Molosse" Tannen (un ancĂŞtre de Biff Tannen) avant le 27 Octobre 1885. Ainsi, afin d'accĂ©der au futur de 1985 et d'empĂŞcher l'assassinat, une nouvelle course contre la montre est empruntĂ©e par nos acolytes, quand bien mĂŞme une fuite de carburant de leur vĂ©hicule va les contraindre d'Ă©laborer une stratĂ©gie de recours avec l'intervention d'une locomotive Ă  vapeur ! Dernier volet d'une trilogie au succès tant mĂ©ritĂ©, Retour vers le Futur 3 ne change pas la recette infaillible humour/action dans cette nouvelle aventure bondissante aussi homĂ©rique que pittoresque. BourrĂ© de clins d'oeil et d'hommages appuyĂ©s aux classiques du genre, le dĂ©paysement est rendu encore plus extravagant auprès du genre du Western semi-parodique. 


Un concept toutefois allouĂ© Ă  l'acteur Michael J. Fox lorsque le cinĂ©aste lui suggĂ©ra dans quelle Ă©poque il aimerait situer l'action afin d'y clĂ´turer son dernier chapitre ! Toujours aussi tĂ©mĂ©raires et pleins d'enthousiasme, nos deux hĂ©ros vont une nouvelle fois redoubler de bravoure et d'inventivitĂ© pour s'extraire de leur Ă©poque Ă  l'aide d'une locomotive customisĂ©e tout en dĂ©jouant le dĂ©fi de leur ennemi intarissable, Biff Tannen ! Enfin plutĂ´t un ancĂŞtre tout aussi couard, irascible et teigneux puisque dĂ©libĂ©rĂ© Ă  provoquer en duel le jeune McFly. La encore, l'acteur Thomas F. Wilson crève l'Ă©cran dans son rĂ´le sardonique de gangster inculte habitĂ© par l'orgueil d'une soif de vaincre. SurnommĂ© en l'occurrence Clint Eastwood, (nom empruntĂ© Ă  son hĂ©ros prĂ©fĂ©rĂ© de westerns), Michael J. Fox jubile Ă  l'idĂ©e de se fondre dans la peau d'un petit cow-boy toujours aussi finaud pour battre la lâchetĂ© de "Molosse". Quand au Doc, il est cette fois-ci frappĂ© par Cupidon depuis sa romance abordĂ©e avec la belle Clara, institutrice Ă©trangère qu'il sauva d'un accident mortel de chariot bâchĂ©. Et pour parachever de manière aussi effrĂ©nĂ©e que pĂ©rilleuse, Robert Zemeckis clĂ´t l'aventure avec une Ă©chappĂ©e en voiture propulsĂ©e par une locomotive que nos hĂ©ros achemineront Ă  destination d'un pont pour traverser le temps ! Une scène d'anthologie remarquablement virtuose dans sa gĂ©omĂ©trie du montage cumulant incidents alĂ©atoires lorsque nos hĂ©ros tentent pĂ©niblement d'embarquer dans leur vĂ©hicule lancĂ© Ă  plus de 80 miles !


DrĂ´le, spectaculaire et attendrissant, Retour vers le Futur 3 ne déçoit pas mĂŞme si le concept spatio-temporel semble avoir utilisĂ© toutes ses ressources. MenĂ© sans rĂ©pit avec l'aimable spontanĂ©itĂ© de comĂ©diens intarissables et rythmĂ© du score formidablement Ă©pique d'Alan Silvestri, la trilogie s'achève avec le pincement au coeur de quitter nos hĂ©ros iconiques de notre adolescence. Une offrande miraculeuse que le maĂ®tre du divertissement, Robert Zemeckis, aura immortalisĂ© de son empreinte alchimique ! 

Bruno Matéï
3èx

La critique de Retour vers le Futur: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/retour-vers-le-futur-back-to-futur.html
La critique de Retour vers le Futur 2: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/retour-vers-le-futur-2-back-to-

lundi 22 septembre 2014

LES POINGS CONTRE LES MURS (Starred Up). Prix du Jury, Prix d'Interprétation (Jack O'Connell) au Festival des Arcs, 2013.

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bandeannonce.le-bouzin.com

de David McKenzzie. Angleterre. 2013. 1h45. Avec Rupert Friend, Jack O'Connell, Ben Mendelsohn, Sam Spruell.

Sortie salles France: 4 Juin 2014. Angleterre: 21 Mars 2014

Récompenses: Prix du Jury, Prix d'Interprétation Masculine pour Jack O'Connell au Festival de cinéma européen des Arcs, 2013.
Meilleur Acteur de second-rĂ´le pour Ben Mendelsohn au British Independent Film Award, 2013.
Meilleur Acteur pour Jack O'Connell au Festival du film de Dublin, 2014.

FILMOGRAPHIE: David McKenzzie est un réalisateur anglais, né le 10 Mai 1966 à Corbridge.
2002: The Last Great Wilderness. 2003: Young Adam. 2005: Asylum. 2008: My name is Hallam. 2009: Toy Boy. 2010: Perfect Sense. 2011: Rock'n'Love. 2014: Les Poings contre les murs.


Drame carcĂ©ral d'un rĂ©alisme saisissant dans son univers de claustration dĂ©peint, Les Poings contre les murs relate la difficile insertion d'un mineur au sein d'une prison pour adultes, au moment mĂŞme oĂą il retrouve son père après de longues annĂ©es, patriarche aujourd'hui renommĂ© auprès d'une organisation mafieuse ! Film choc d'une intensitĂ© nĂ©vralgique dans le parcours du hĂ©ros confrontĂ© Ă  ses pulsions de haine mais secondĂ© par l'humanisme d'un thĂ©rapeute, les Poings contre les murs se rĂ©approprie du film de prison avec l'efficacitĂ© d'un script intelligent. Son intĂ©rĂŞt rĂ©sidant Ă©galement dans les relations de discorde qu'Eric entretient avec son paternel, Neville.


Car pour tenir lieu de leur fierté et aussi pour réfuter la responsabilité de leur échec commun, ils n'auront de cesse de se provoquer et se rejeter la faute avec machisme obstiné. Durant leur cheminement indécis où les épreuves de force ne cessent de les interposer, le cinéaste extériorise également les sentiments de compassion et de tendresse lorsque père et fils sont contraints de s'entraider pour éviter un sort tragique. Frénétique dans les violentes altercations qu'Eric doit déjouer et endurer avec ses rivaux, et pondéré dans les séances de thérapie qu'il tente d'apprivoiser, le film ne cesse de télescoper fureur et accalmie autour de ce personnage en apprentissage. Par l'entremise d'un enseignant lui inculquant le self-control dans cet univers malsain où la violence ne cesse de les opposer à leur instinct primitif. Au centre de ces conflits hargneux, le réalisateur en profite pour dénoncer la corruption carcérale du point de vue de ceux qui la dirige lorsque matons et directeur se compromettent au crime organisé avec certains détenus afin de maquiller un suicide ! Si Les Poings contre les murs véhicule une intense émotion auprès des personnages d'Eric et de Neville, il le doit beaucoup à la décence des interprètes. Littéralement habité par la rage de vaincre, Jack O'Connell trouve le ton juste et la carrure à adopter pour endosser le rôle d'un adolescent stoïque, un écorché vif suicidaire mais peu à peu engagé dans la prudence. Pourvu d'un visage buriné par son passé criminel, Ben Mendelsohn caractérise le paternel en échec parental toujours plus hanté par sa défaite et ses remords avant la rédemption du baroud-d'honneur !


"L'enfer véritable, c'est de cesser d'aimer. Cet état d'enfermement et de solitude correspond à une aliénation profonde de l'identité humaine. L'existence entière devient une prison qui empêche toute relation vraie avec les êtres les plus proches."
Ultra violent dans les corps-à-corps impitoyables et habité par la frénésie d'un délinquant juvénile en initiation, Les Poings contre les Murs dénonce intelligemment la corruption carcérale, la haine que peut extérioriser l'enfermement et la difficile réinsertion qui s'ensuit auprès des détenus livrés à eux-mêmes. A travers le pénible parcours d'Eric et Neville, c'est également une affaire familiale qui nous est contée avec tendresse et dignité humaine. En saluant l'habileté de sa mise en scène autonome et les compositions viscérales de deux pointures viriles: Jack O'Connell et Ben Mendelsohn

Bruno Matéï

vendredi 19 septembre 2014

Mais... Qu'avez-vous fait Ă  Solange ? / Cosa avete fatto a Solange ?

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Massimo Dallamano. 1972. Italie. 1h46 (version intĂ©grale). Avec Fabio Testi, Cristina Galbo, Karin Baal, Joachim Fuchsberger, GĂĽnther Stoll, Claudia Butenuth, Camille Keaton. 

Sortie salles France: 1er Mars 1973 (Int - 18 ans). Italie: 23 Mars 1972.

FILMOGRAPHIE: Massimo Dallamano est un réalisateur et directeur de la photo Italien, ex-assistant de Sergio Leone, né le 17 avril 1917, mort le 4 novembre 1976 des suites d'un accident de voiture.
1969: La Vénus en Fourrure, 1972: Mais qu'avez-vous fait à Solange ? 1973: Piège pour un tueur, 1974, Innocence et désir, La Lame Infernale, 1975: Emilie, l'enfant des Ténèbres, 1976: Section de choc


Avertissement ! Il est préférable de lire cette chronique après avoir vu le film, son thème central étant un indice capital pour la révélation de l'intrigue !

Pour son second long-mĂ©trage, Massimo Dallamano frappe un grand coup dans le paysage du Giallo avec l'un de ses titres les plus emblĂ©matiques: Mais... qu'avez-vous fait Ă  Solange ? RĂ©alisĂ© Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 70, le film ose aborder le tabou de l'avortement sous couvert d'un thriller aussi vĂ©nĂ©neux que pervers. Le pitch annonce dĂ©jĂ  la couleur d'une infidĂ©litĂ© transgressive lorsqu'un professeur renommĂ©, Enrico Rosseni (Fabio Testi, tout en Ă©lĂ©gance virile !), entame depuis quelques temps une liaison  extraconjugale avec l'une des Ă©lèves mineures de son Ă©cole catholique. Par un idyllique dimanche après-midi, alors que le couple roucoule dans la campagne, sa compagne est tĂ©moin d'un meurtre crapuleux. Celui d'une Ă©tudiante assassinĂ©e d'un coup de couteau dans le vagin. Quelques jours plus tard, par l'entremise de ses cauchemars, elle rĂ©ussit Ă  distinguer l'apparence peu commune du tueur dans une soutane de curĂ©. Alors qu'un autre crime vient d'ĂŞtre perpĂ©trĂ©, Enrico dĂ©cide de mener seul son enquĂŞte. Mais les accusations se portent rapidement contre lui depuis qu'il a Ă©garĂ© un stylo sur les lieux du premier homicide. Thriller sĂ©minal comme seuls les italiens ont le secret, Mais qu'avez-vous fait Ă  Solange ? joue la carte du suspense et du mystère avec une efficacitĂ© implacable !


De par sa construction affĂ»tĂ©e alternant meurtres sordides (dont une impressionnante noyade dans une baignoire filmĂ©e en camĂ©ra subjective) et Ă©rotisme naturaliste (une assemblĂ©e de filles dĂ©voilent leur nuditĂ© sous la douche de l'Ă©cole quand bien mĂŞme un voyeur est entrain de les zyeuter !) avec une efficacitĂ© mĂ©tronome. Outre l'aspect captivant d'une enquĂŞte minutieusement menĂ©e par notre hĂ©ros, l'intĂ©rĂŞt Ă©mane Ă©galement du titre du film en question et de la prĂ©sence Ă©ventuelle de Solange si elle Ă©tait en vie ? Ainsi, en brassant les thèmes du voyeurisme, du viol, de la frustration et de la perversitĂ©, Massimo Dallamano traite de l'Ă©mancipation sexuelle du point de vue de jeunes Ă©tudiantes au sein d'un institut catholique, alors qu'un enseignant infidèle se permet de courtiser avec l'une d'elles. Faute d'une doctrine puritaine inscrite dans l'abstinence, certaines auront donc dĂ©cidĂ© de former une communautĂ© secrète afin de s'Ă©panouir dans les bras des garçons Ă  la sortie des cours. Si le film distille un parfum malsain plutĂ´t dĂ©rangeant, c'est dans la culpabilitĂ© effrontĂ©e des ces lycĂ©ennes se livrant sans tabous Ă  diverses expĂ©riences sexuelles (lesbianisme, orgie, etc...). Quand bien mĂŞme l'ombre d'un tueur les traque sans relâche en les purifiant d'une lame de couteau dans l'entrecuisse. EmaillĂ© de fausses pistes, d'indices scrupuleux (comme celui de la virginitĂ© d'Elisabeth ou des tĂŞtes d'Ă©pingles que certaines filles prĂ©servent) et de personnages interlopes, le film consolide au final une sordide histoire de traumatisme imparti Ă  l'avortement. Bien que l'on devine facilement l'identitĂ© du tueur lors de sa dernière partie, le suspense exponentiel poursuit sa trajectoire lorsqu'il s'agit de lever le voile sur le douloureux passĂ© de Solange mais aussi d'en expliquer les raisons vindicatives du coupable. 


BercĂ© par la musique timorĂ©e d'Ennio Morricone et mis en scène avec un soin esthĂ©tique Ă©purĂ© comme de coutume chez nos cinĂ©astes transalpins, notamment dans la manière gracile d'y filmer ses sublimes italiennes ou dans son onirisme morbide (le premier homicide se dĂ©voile en plein jour sous un rayon de soleil bucolique !), Mais qu'avez-vous fait Ă  Solange ? dĂ©gage un trouble parfum de soufre et de perversitĂ© face Ă  la responsabilitĂ© d'un catholicisme prĂ©judiciable rĂ©fractaire Ă  l'avortement (en Italie, il ne sera lĂ©galisĂ© qu'Ă  partir de 1978). 

P.S: copie HD splendide chez le Chat qui fume.

*Bruno
4èx

jeudi 18 septembre 2014

THE HOMESMAN

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site chronicart.com

de Tommy Lee Jones. 2014. U.S.A. 1h57. Avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Hailee Steinfeld, William Fichtner, Meryl Streep, David Dencik, James Spader.

Sortie salles France: 18 Mai 2014. U.S: 3 Octobre 2014

FILMOGRAPHIE: Tommy Lee Jones est un réalisateur et acteur américain, né le 15 Septembre 1946 à San Saba, Texas.
1995: les Derniers Pionniers (télé-film). 2011: The Sunset Limited (télé-film). 2005: Trois Enterrements. 2014: The Homesman.


Pour son second long mĂ©trage, Tommy Lee Jones rempile avec le western iconoclaste au ton encore plus acide et dĂ©senchantĂ© que son prĂ©cĂ©dent coup de maĂ®tre, 3 Enterrements. En 1854, Mary Bee Cudy, jeune femme esseulĂ©e en quĂŞte amoureuse, se porte volontaire pour escorter trois Ă©pouses atteintes de folie vers une paroisse . Sur son chemin, elle fait l'Ă©trange rencontre d'un marginal sur le point d'ĂŞtre pendu mais dĂ©cide de le sauver in extremis. Après leur accord de transaction, ils dĂ©cident d'entreprendre le voyage ensemble. 


Dans la lignĂ©e de Missouri Breaks pour son humour au vitriol, l'esprit dĂ©calĂ© des personnages et le caractère insolite des situations, The Homesman nous relate l'Ă©trange relation amicale d'un couple contradictoire mais dont leur pĂ©riple va les amener Ă  mieux se connaĂ®tre et se considĂ©rer. Avec une subtile provocation, le cinĂ©aste nous dĂ©peint le profil d'une femme courageuse dans sa volontĂ© de rassurer son existence solitaire en prĂŞtant main forte au pasteur du village. DĂ©valorisĂ©e par la population et conspuĂ©e par les hommes pour son physique anodin, Mary se rĂ©signe nĂ©anmoins Ă  devenir utile aux yeux des autres tout en ayant l'espoir prochain de se marier avec le premier venu. Outre sa force de caractère d'escorter dangereusement trois Ă©pouses azimutĂ©es et sa dignitĂ© de ne pas se laisser miner par le dĂ©sespoir, c'est Ă©galement le portrait d'une femme trop fragile que le cinĂ©aste nous suggère Spoiler !!! au moment mĂŞme oĂą un Ă©vènement cinglant chamboulera son compagnon de route fin du Spoiler. EmaillĂ© d'incidents impromptus et de situations pittoresques tournant au vinaigre, Tommy Lee Jones dĂ©concerte le spectateur dans sa structure narrative alĂ©atoire oĂą la plupart des personnages machistes sont influencĂ©s par l'intolĂ©rance, l'individualitĂ© et l'Ă©goĂŻsme. Dur et cruel dans son refus de concession pour le cheminement de nos hĂ©ros puis dans leur relation affective qu'ils se partagent difficilement, The Homesman finit subitement par inverser les rĂ´les au moment le plus inopportun. Ce brusque revirement annonce la seconde partie du film pour s'intĂ©resser de plus près Ă  l'introspection de George, anti-hĂ©ros bourru prĂ©alablement cupide mais rattrapĂ© par sa morale et le remord lorsqu'un Ă©vènement tragique le bouleversera Ă  jamais.


Western hétérodoxe n'ayant de cesse de nous dérouter dans sa galerie de personnages mesquins et dans sa progression dramatique intempestive, The Homesman se porte en témoignage pour les laissés pour compte déconsidérés par la société, quand bien même la place de la femme est souvent mise en retrait. Dominé par les prestations poignantes d'Hilary Swank et de Tommy Lee Jones, cette initiation au respect d'autrui bouleverse d'émotion avec une ironie particulièrement cruelle dans les rapports du couple. On en sort donc la gorge nouée jusqu'aux larmes de l'expiation.

Bruno Matéï 

mercredi 17 septembre 2014

Nosferatu, FantĂ´me de la Nuit / Nosferatu: Phantom der Nacht

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site classic-horror.com

de Werner Herzog. 1979. France/Allemagne. 1h47. Avec Klaus Kinski, Isabelle Adjani, Bruno Ganz, Roland Topor, Walter Ladengast, Dan van Husen, Jan Groth, Carsten Bodinus, Martje Grohmann, Rijk de Gooyer.

Sortie salles France: 17 Janvier 1979. Allemagne: Février 1979

FILMOGRAPHIE: Werner Herzog, de son vrai nom Werner Stipetic, est un rĂ©alisateur, acteur et metteur en scène d'opĂ©ra allemand nĂ© le 05.09.42 Ă  Munich (Allemagne). Il est parfois surnommĂ© par certains critiques comme le "cinĂ©aste de l'impossible" en raison de ses tournages risquĂ©s et chaotiques, sans compter sa relation irritable avec son acteur fĂ©tiche Klaus Kinski. 1968: Signes de vie. 1970: Les nains aussi ont commencĂ© petits. 1972: Aguirre, la colère de Dieu. 1974: L'Enigme de Kaspar Hauser. 1976: Coeur de Verre. 1977: La Ballade de Bruno. 1979: Nosferatu, fantĂ´me de la nuit. 1979: Woyzeck. 1982: Fitzcarraldo. 1984: Le Pays oĂą rĂŞvent les fourmis vertes. 1987: Cobra Verde. 1991: Cerro Torre, le cri de la roche. 1992: Leçons de tĂ©nèbre. 2001: Invincible. 2005: The Wild blue Yonder. 2006: Rescue Dawn. 2009: Bad Lieutenant. 2009: Dans l'oeil d'un tueur.


Remake du chef-d'oeuvre muet de Murnau, Nosferatu est la vision toute personnelle d'un autre cinĂ©aste de gĂ©nie, Werner Herzog. PortĂ© par l'interprĂ©tation magnĂ©tique du grand Klaus Kinski, littĂ©ralement pĂ©nĂ©trĂ© par la disgrâce Ă  travers son regard morbide dĂ©semparĂ©, cette nouvelle version impose un regard naturaliste au personnage, le comte Ă©tant ici rongĂ© du spleen d'une existence pauvrement solitaire. 
 
Le pitchAu XIXè siècle, Joanathan Harker se rend dans les Carpathes pour rencontrer Dracula afin de lui faire signer la vente d'une demeure. Mais il est loin de se douter que sous le nom de ce noble comte se cache un misĂ©rable vampire.  
 
D'une beautĂ© plastique fulgurante, autant par ses Ă©clairages expressionnistes qu'auprès de sa photo laiteuse, Nosferatu, FantĂ´me de la nuit est une invitation Ă  l'Ă©vasion, un voyage au bout du crĂ©puscule, une incursion dans l'âme torturĂ©e d'un vampire sclĂ©rosĂ©. Dracula Ă©tant aujourd'hui condamnĂ© Ă  supporter le poids des siècles lors d'une nonchalance aigrie, faute de son isolement dans un château en ruines oĂą les enfants de la nuit (les loups) y implorent son dĂ©sespoir. ImprĂ©gnĂ© de lyrisme par la posture hantĂ©e des personnages dĂ©ambulant tel un rĂŞve, Werner Herzog façonne autour de leur errance un recueil d'images picturales touchĂ©es par la grâce. 


A l'instar de ses chutes d'eau et des montagnes rocailleuses que Jonathan Harker franchit, tel un baroudeur tranquille. Ou de cette plage automnale lorsque Lucy s'y hasarde afin d'y contempler l'horizon. C'est donc l'illustration d'un univers onirique que nous retransmet le cinĂ©aste avant son passage funeste, Nosferatu transmettant la peste du rat sur la population après son pĂ©riple maritime. Avec audace et originalitĂ©, le cinĂ©aste se rĂ©approprie du mythe en remaniant le caractère des personnages iconiques Ă©voluant autour du non-mort. Tant auprès du portrait de Jonathan Harker, victime passive gagnĂ©e par l'amnĂ©sie, de sa fidèle Ă©pouse contrairement motivĂ©e Ă  s'opposer au Mal ou de Van Helsing, chasseur de vampire dĂ©cati dĂ©passĂ© par les Ă©vènements. Outre le soin formel imparti Ă  une mise en scène extrĂŞmement appliquĂ©e, Nosferatu est inĂ©vitablement transcendĂ© du score envoĂ»tant de Popol Vuh et des interprĂ©tations hallucinĂ©es d'Isabelle Adjani et Klaus Kinski. Ce dernier endossant la posture longiligne d'un vampire chafouin minĂ© par sa condition d'immortel. Pourvu d'un regard frigide car obsĂ©dĂ© par la mort et la vue du sang, l'acteur se fond dans son personnage avec une Ă©lĂ©gance somme toute sĂ©pulcrale. Quand Ă  Isabelle Adjani, elle lui partage la vedette avec une grâce autrement tĂ©nue Ă  travers sa beautĂ© opaline, son Ă©motion candide lors de ses expressions apeurĂ©es rattrapĂ©es par l'ambition d'y vaincre le Mal.


Chef-d'oeuvre du film de vampire contemplatif ne ressemblant Ă  nul autre, Nosferatu, FantĂ´me de la nuit s'Ă©difie en odyssĂ©e funeste de par ses thèmes de la nonchalance, de l'Ă©lĂ©gie et du dĂ©sespoir existentiel. Tant auprès de l'ultime pĂ©riple du vampire en perdition, faute de sa condition d'immortel dĂ©chue, que de la nouvelle relève imparti Ă  son supplĂ©ant si bien qu'Herzog privilĂ©gie un parti-pris inopinĂ©ment nihiliste lors de sa conclusion d'un onirisme spatial. Une oeuvre intime picturale donc, chemin de croix inscrit dans la langueur et la nonchalance auprès de ce vampire lĂ©thargique dĂ©nuĂ© de ressort afin d'endiguer sa besogne immortelle. Car au bout de son dĂ©sespoir, il reste peut-ĂŞtre quelque part un espoir sentimental pour le soustraire Ă  l'abime.

*Bruno
 13.08.02. 28.09.10. 17.09.14. 18.03.22. 5èx

mardi 16 septembre 2014

IN FEAR

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site horror-movies.ca

de Jeremy Lovering. 2013. Angleterre. 1h25. Avec Iain de Caestecker, Alice Englert, Allen Leech.

Sortie salles Angleterre: 16 Novembre 2013

FILMOGRAPHIE:  Jeremy Lovering est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste anglais.
2003: Killing Hitler (Documentaire). 2004: Sex and Lies (tĂ©lĂ©-film). 2008: Le Choix de Jane (tĂ©lĂ©-film).  In Fear


HabituĂ© aux sĂ©ries TV et tĂ©lĂ©-films, Jeremy Lovering passe enfin au long mĂ©trage cinĂ©ma avec In Fear, un film d'angoisse orientĂ© sur le climat d'une forĂŞt crĂ©pusculaire qu'un couple en vĂ©hicule traverse indĂ©finiment. Après s'ĂŞtre Ă©changĂ© quelques mots sur le net, Tom et Lucy se rencontrent et dĂ©cident de rejoindre un festival de musique. Ayant rĂ©servĂ© une chambre d'hĂ´tel, ils doivent emprunter une forĂŞt pour y accĂ©der. Mais leur itinĂ©raire routier les mènent Ă  une destination sans fin. 


A partir d'un pitch intrigant hĂ©ritĂ© d'un Ă©pisode de la 4è Dimension (et dĂ©jĂ  abordĂ© par Richard Marquand lors d'une sĂ©quence-clef de Psychose, phase 3), In Fear tente de distiller suspense et frissons lorsqu'un couple Ă©garĂ© est contraint de tourner en rond au sein d'une vĂ©gĂ©tation hostile. En essayant de jouer avec les nerfs du spectateur, le rĂ©alisateur tisse une Ă©trange intrigue majoritairement bâtie sur l'inquiĂ©tude et l'apprĂ©hension de nos protagonistes. Car sujets Ă  divers incidents inexpliquĂ©s et brimades d'individu(s) planquĂ©(s) dans l'obscuritĂ© d'un bois, Tom et Lucy n'auront de cesse d'expĂ©rimenter leur courage pour affronter la peur de l'inconnu. Qui peut donc en vouloir Ă  ce jeune couple sans histoires, quel est l'intĂ©rĂŞt de les traquer sans rĂ©pit avec une raillerie insolente et pour quelle raison la route empruntĂ©e ne les dirigent qu'Ă  leur point de dĂ©part ? Si la bonne intention du rĂ©alisateur est de privilĂ©gier l'atmosphère opaque d'une scĂ©nographie forestière et la claustration du huis-clos en interne d'une voiture, la redondance de l'intrigue finit par nous lasser, faute de rebondissements quasi inexistants et de personnages Ă  la prestance perfectible. Pourtant, on sent bien une volontĂ© des comĂ©diens d'insuffler de la densitĂ© Ă  leur fonction de victime pourchassĂ©e rapidement dĂ©concertĂ©e par des Ă©vènements nonsensiques. Mais leur comportement apeurĂ© parfois sujet Ă  l'Ă©tat de panique ainsi que leur faible audace Ă  repousser l'antagoniste manquent cruellement de conviction pour nous convaincre de leur calvaire. Si deux, trois sĂ©quences parviennent Ă  nous soutirer un sentiment d'oppression (principalement la première demi-heure jouant habilement de la peur du noir !), le cheminement prosaĂŻque qu'empruntent nos hĂ©ros s'avère d'autant plus rĂ©barbatif que la rĂ©solution de leur harcèlement s'achève en queue de poisson !


A vouloir privilĂ©gier intelligemment la suggestion de l'angoisse et l'atmosphère nocturne d'une forĂŞt propice Ă  l'embrigadement, In Fear se laisse prendre au piège de sa vacuitĂ© narrative, faute d'une intrigue dĂ©cousue rapidement dĂ©nuĂ©e de tension et de personnages ternes dans leur fonction de cobayes asservis.

Bruno Matéï 

lundi 15 septembre 2014

Retour vers le Futur 2 / Back to the Future Part II

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bestofthe80s.wordpress.com

de Robert Zemeckis. 1989. U.S.A. 1h47. Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Thomas F. Wilson, Lea Thompson, Jeffrey Weissman, James Tolkan, Elisabeth Shue.

Sortie salles France: 20 Décembre 1989. U.S: 22 Novembre 1989

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 14 Mai 1951 Ă  Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le PĂ´le Express. 2007: La LĂ©gende de Beowulf. 2009: Le DrĂ´le de NoĂ«l de Mr Scrooge. 2013: Flight.


Alors que Robert Zemeckis n'eut pu prĂ©voir d'y tourner une sĂ©quelle Ă  Retour vers le futur, son gros succès commercial le contraint de se raviser puis de convaincre les producteurs de rempiler quatre ans plus tard avec une suite qui en engendra aussi une troisième ! Le pitchAprès avoir rĂ©ussi Ă  modifier le destin de ses parents, Marty Mc FLy et Doc doivent aujourd'hui se projeter dans le futur pour sauver de la prison le fils de Marty. Si leur mission est rapidement achevĂ©e, Mc Fly va nĂ©anmoins commettre une grave erreur lorsqu'il dĂ©cide d'emporter un almanach dĂ©taillant toutes les victoires sportives de 1950 Ă  2000. Sous la consigne de Doc, il dĂ©cide finalement de s'en sĂ©parer en le jetant dans une poubelle. TĂ©moin de la scène, le vieux Biff Tannen (leur ennemi jurĂ© !) s'en empare et dĂ©robe la voiture Ă  voyager dans le temps pour en modifier son propre destin. Beaucoup plus haletante et endiablĂ©e, cette suite multiplie pĂ©ripĂ©ties et rebondissements avec l'efficacitĂ© d'une trouvaille lucrative, un calendrier sportif que Doc et Marty doivent impĂ©rativement rĂ©cupĂ©rer pour Ă©viter la dictature de Biff Tannen. 


Et si le film s'avère encore plus ludique que son modèle, il le doit beaucoup au tempĂ©rament gouailleur de l'acteur Thomas F. Wilson incarnant avec plus de prĂ©sence la posture d'un milliardaire vĂ©reux habitĂ© par l'omnipotence. D'un naturel innĂ© dans son attitude impĂ©tueuse et ses caprices colĂ©riques, il en volerait presque la vedette Ă  nos hĂ©ros ! Une nouvelle fois, les ingrĂ©dients du premier opus oscillant humour et action autour des Ă©poques du futur et du passĂ© sont parfaitement exploitĂ©s et innovent Ă©galement en terme d'univers exubĂ©rant de par la technologie high-tech de 2015 ! A l'instar du fameux skateboard volant (l'"hoverboard" !) que notre hĂ©ros emprunte en dernier ressort pour devancer ses poursuivants, ce qui nous vaut une poursuite dĂ©bridĂ©e Ă  travers rues. EmaillĂ© d'habiles clins d'oeil Ă  l'intrigue du prĂ©cĂ©dant opus, Robert Zemeckis se prend malin plaisir Ă  lui rendre hommage si bien que nos hĂ©ros se retrouvent Ă  nouveau dans la mĂŞme situation du 12 Novembre 1955 pour sauver leur destinĂ©e d'une apocalypse. Afin de mettre la main sur l'almanach de Biff, ils vont donc user de stratagèmes (et de bourdes que Marty accumulera lors d'un concours de circonstances infortunĂ©es) mais aussi Ă©viter de rencontrer leur double qui pourrait engendrer l'inĂ©vitable paradoxe temporel ! 


Terriblement fun et jouissif, drĂ´le et rondement menĂ©, Retour vers le Futur 2 se targue mĂŞme de dĂ©passer son modèle en terme de rythme et d'invention d'oĂą l'Ă©nergie communicative de nos hĂ©ros continue de s'en donner Ă  coeur joie afin d'y dĂ©jouer l'intarissable Biff Tanner ! Un rĂ©gal de chaque instant. 
2èx

jeudi 11 septembre 2014

LA TOMBE DE LIGEIA (The Tomb of Ligeia)

                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Roger Corman. 1965. U.S.A. 1h21. Avec Vincent Price, Elizabeth Shepherd, John Westbrook, Derek Francis, Oliver Johnston, Richard Vernon.

Sortie salles France: 18 Décembre 1968. U.S: 20 Janvier 1965

FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: La Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


"Les frontières de la vie et de la mort ne peuvent être au mieux qu'indécises et vagues. Qui dira l'endroit où s'arrête l'une et où commence l'autre ?". Poe.
Huitième et dernière adaptation d'un rĂ©cit d'Edgar Poe chez Corman, la Tombe de Ligeia est sans doute son oeuvre la plus subtile et aboutie en matière de stylisme et d'Ă©nigme tortueuse oĂą l'amour fou s'harmonise avec la hantise d'une possession morbide. Alors qu'il vient de perdre son Ă©pouse Ligeia, Verden Fell reste persuadĂ© qu'elle est encore en vie puisque sa ferme volontĂ© Ă©tait de surpasser la mort par sa passion pour l'existence. Quelques jours après son enterrement, il rencontre une charmante inconnue ressemblant Ă©trangement Ă  sa dĂ©funte, Lady Rowena. Une Ă©trange relation naĂ®t entre eux sachant que Verden adopte un comportement des plus versatile. 


D'une beautĂ© plastique singulière dans son univers gothique d'abbaye en ruine et de sculptures Ă©gyptiennes ornant une des pièces du château, La Tombe de Ligeia se pare d'une ambition baroque pour nous sĂ©duire. Etrange et inquiĂ©tant, l'atmosphère que Roger Corman façonne assidĂ»ment s'avère d'une sensualitĂ© morbide autour de la prĂ©sence d'une nouvelle Ă©pouse victime de persĂ©cutions. Que ce soit parmi l'hostilitĂ© d'un chat redoutablement agressif, du comportement interlope de son amant ou de l'aura invisible de Ligeia. Si le rythme latent du rĂ©cit peut rebuter certains spectateurs, son cheminement narratif laisse planer un suspense sous-jacent oĂą le sentiment d'inquiĂ©tude est subtilement diffus par l'entremise de Rowena. En empruntant les thèmes de l'amour, de la folie, de la rĂ©incarnation, de la vie et de la mort, le cinĂ©aste nous conte un magnifique poème sur le refus de mourir et la peur de l'oubli du point de vue du dĂ©funt. Ligeia est-elle revenue d'entre les morts pour persĂ©cuter la nouvelle maĂ®tresse de son ancien Ă©poux, Rowena en est-elle sa rĂ©incarnation ou s'agit-il d'une horrible machination ? La vĂ©ritĂ© cinglante Ă©clatera lors d'un final mĂ©morable car truffĂ© de rebondissements et savamment pensĂ©, lĂ  oĂą le pouvoir de l'amour et celui de la mort fricotent communĂ©ment parmi l'allĂ©geance d'un chat et parmi la dĂ©mence d'une victime. AffublĂ© d'une paire de lunettes noires car trop sensible Ă  la lumière du jour, Vincent Price adopte une posture extravagante et ne cesse de jouer avec l'ambiguĂŻtĂ© de son caractère lunatique. Victime ou coupable, son interprĂ©tation s'avère autrement plus raffinĂ©e que celles du Masque de la mort rouge et de la Chute de la maison Usher. SecondĂ© par Elizabeth Shepherd, elle lui partage la vedette avec une Ă©lĂ©gance candide en traĂ®nant d'un pas hĂ©sitant une silhouette soyeuse au sein du château. A eux deux, ils forment un tandem plutĂ´t austère dans leur ligne de conduite nĂ©buleuse et leur relation d'affection en voie de perdition. 


Cette fascination exercée par le pouvoir du mal et la hantise de la mort, La Tombe de Ligeia l'exploite avec suggestion et intelligence d'un scénario retors. D'un esthétisme aussi baroque que fulgurant, il s'agit sans doute de l'oeuvre la plus trouble dans la carrière de Corman pour son surnaturel éthéré où la vie et la mort ne cessent de se disputer la mise.

Dédicace à Berangere Soustre De Condat-Rabourdin
Bruno Matéï
3èx

La critique du Masque de la mort rouge: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/10/le-masque-de-la-mort-rouge-masque-of.html
La critique de la Chute de la maison Usher: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/la-chute-de-la-maison-usher-house-of.html

mardi 9 septembre 2014

Les Tueurs de la Lune de miel / The Honeymoon Killers

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Leonard Kastle. 1969. U.S.A. 1h47. Avec Shirley Stoler, Tony Lo Bianco, Mary Jane Higby, Doris Roberts, Kip McArdle, Marilyns Chris.

Sortie salles U.S: 4 Février 1970

FILMOGRAPHIE:  Leonard Kastle est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 11 FĂ©vrier 1929 Ă  New-York, dĂ©cĂ©dĂ© le 18 Mai 2011 Ă  New-York.
1969: Les Tueurs de la lune de miel.

 
"Jalousie crasse et crimes tendres".
Unique rĂ©alisation de Leonard Kastle, Les Tueurs de la lune de miel retrace l’histoire vraie des amants assassins Raymond Fernandez et Martha Beck, avec un rĂ©alisme quasi documentaire. La photo en noir et blanc accentue la dimension de vĂ©ritĂ© dans cette histoire d’amour dĂ©voyĂ©, corrompu par le vice et le sang. SurnommĂ©s les « Tueurs aux petites annonces », ils sont soupçonnĂ©s d’avoir commis pas moins de dix-sept homicides entre 1947 et 1949.

Jeune infirmière solitaire, Martha Beck tente de combler son vide affectif en s’inscrivant dans une agence matrimoniale. Raymond Fernandez, gigolo de bas Ă©tage vivant aux crochets de veuves esseulĂ©es, lui rĂ©pond, et l’attire dans sa toile. Une Ă©trange liaison adultĂ©rine naĂ®t entre eux : Martha, endossant le rĂ´le fictif de sa sĹ“ur, accompagne Raymond dans ses escroqueries jusqu’Ă  franchir, Ă  deux, le seuil du meurtre.

En matière de cruditĂ© et de malaise palpable, Leonard Kastle frappe fort : il Ă©pouse avec une rigueur glaçante le quotidien pathĂ©tique d’un couple rongĂ© par l’obsession amoureuse et la cupiditĂ©, complices dans la perversion. Ă€ travers leur relation dĂ©vorante, leur aplomb Ă  flouer les femmes seules, le cinĂ©aste dresse surtout le portrait sentimental de Martha : infirmière bedonnante, physique trivial, rongĂ©e par la jalousie. Sa rancĹ“ur envers les femmes que Raymond sĂ©duit sans rĂ©pit se manifeste d’abord par des tentatives de suicide, pour Ă©prouver sa fidĂ©litĂ©. Mais cette aversion finit par la mener Ă  l’irrĂ©parable, sous l’Ĺ“il complice et trouble de son amant.

Dans un souci d’authenticitĂ©, Kastle s’attarde sur leur quotidien vĂ©reux, Ă  mesure qu’ils s’infiltrent dans la vie de chaque nouvelle proie. Leur duplicitĂ©, leur cynisme distillent un malaise croissant, jusqu’au moment oĂą Martha franchit le pas — et Raymond, Ă©branlĂ©, dĂ©couvre le poids du crime. LittĂ©ralement possĂ©dĂ©s par leur ignominie, Shirley Stoler et Tony Lo Bianco incarnent avec une intensitĂ© crasse un couple aussi paumĂ© socialement que rĂ©pugnant dans ses actes.

Avec son climat oppressant, quasi irrespirable, Les Tueurs de la lune de miel nous entraĂ®ne dans une spirale de violence d’autant plus brutale qu’elle semble surgir sans prĂ©venir. Cette love story fangeuse se referme sur un Ă©pilogue sardonique.

 
"L'amour au bout du couteau".
Poisseux, malsain, incommodant jusqu’Ă  l’Ă©cĹ“urement, Les Tueurs de la lune de miel demeure l’un des portraits de serial killers les plus glaçants du septième art. Par son rĂ©alisme implacable et le jeu incandescent de ses comĂ©diens, il s’inscrit sans honte aux cĂ´tĂ©s des mastodontes du genre : Maniac, Henry, Schizophrenia.
Public averti.

*Bruno
3èx

  

lundi 8 septembre 2014

Retour vers le futur / Back to the futur

                                                                                              Photo empruntĂ© sur Google, appartenant au site esquire.com

de Robert Zemeckis. 1985. U.S.A. 1h56. Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Lea Thompson, Crispin Glover, Thomas F. Wilson, James Tolkan.

Sortie salles France: 30 Octobre 1985. U.S: 3 Juillet 1985

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois). 1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle Express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Mr Scrooge. 2013: Flight.


Enorme succès commercial Ă  travers le monde, la trilogie Retour vers le futur est le fruit de la collaboration entre Steven Spielberg (producteur) et Robert Zemeckis (rĂ©alisateur). Divertissement familial par excellence, il doit son potentiel amical grâce Ă  un pitch des plus facĂ©tieux et Ă  la complĂ©mentaritĂ© extravagante de deux hĂ©ros dĂ©brouillards. Synopsis: A l'aide d'une voiture Ă  voyager Ă  travers le temps, Marty, jeune collĂ©gien, se retrouve projetĂ© 30 ans en arrière après avoir tentĂ© d'Ă©chapper Ă  des terroristes. DĂ©libĂ©rĂ© Ă  retourner dans le futur mais ayant modifiĂ© quelque peu son destin, il doit Ă©galement essayer de rĂ©tablir un contact amoureux entre ses propres parents. Ainsi, en modernisant le concept du voyage temporel par le biais d'une voiture futuriste issue des annĂ©es 80, Robert Zemeckis succède Ă©galement Ă  la nostalgie des annĂ©es 50 lorsque notre hĂ©ros se retrouve malencontreusement exposĂ© au sein de cette pĂ©riode rĂ©tro. MĂŞlant teen movie et science-fiction, le cinĂ©aste utilise les mĂ©caniques de suspense, d'humour et d'action sous l'impulsion d'un scĂ©nario calibrĂ© multipliant rapports de force (George et Marty sĂ©vèrement mis Ă  mal par les provocations rĂ©currentes de Biff !) et vaudeville bâti sur le flirt. 


Puisque après avoir rencontrĂ© ses jeunes parents en 1955, et Ă  cause d'un Ă©vènement accidentel ayant modifiĂ© un paradoxe temporel, notre jeune hĂ©ros devra dĂ©jouer les avances amoureuses de sa propre mère ! Tout l'intĂ©rĂŞt de l'intrigue se focalisant sur leurs rapports dĂ©licats quand bien mĂŞme Marty tentera de convaincre son (futur) père de courtiser sa (future) mère lors d'un bal de promotion. Outre la complicitĂ© amicale irrĂ©sistible exercĂ©e par nos deux hĂ©ros indissociables, mutuellement campĂ©s par Michael J. Fox, en collĂ©gien plein d'entrain, et Christopher Lloyd, en savant-fou utopiste, Retour vers le Futur tire-parti d'un scĂ©nario inventif exploitant intelligemment la caractĂ©risation des protagonistes. A l'instar du père pathĂ©tique de Marty car souffre-douleur depuis son enfance d'un camarade de classe goguenard. Alors qu'au fil de son cheminement initiatique d'oser s'affirmer aux yeux des autres, Robert Zemeckis Ă©tablit une rĂ©flexion sur le dĂ©passement de soi. C'est Ă  dire braver ses peurs pour prĂ©server l'estime et la confiance et Ă©muler la concurrence afin d'accĂ©der Ă  la rĂ©ussite. Au-delĂ  de son enjeu majeur (renouer le contact amoureux d'une cause parentale), le film cède place ensuite au suspense d'une course contre la montre que Marty et son comparse doivent finalement entreprendre pour un retour vers le futur sans dommage collatĂ©ral. 


Sur fond d'hommage au Rock and Roll des annĂ©es 50 (Marty s'improvisera d'ailleurs avant-coureur dans sa prestation musicale littĂ©ralement effrontĂ©e !) et d'un tube des eighties restĂ© dans les mĂ©moires (The Power Of Love incarnĂ© par Huey Lewis and The News), Retour vers le Futur confond ces deux dĂ©cennies de par l'alibi du paradoxe temporel. Outre l'efficacitĂ© indĂ©niable d'un script retors accumulant pĂ©ripĂ©ties et gags verbaux, il doit autant de sa fantaisie et de sa fraĂ®cheur Ă  l'autoritĂ© amicale de ces personnages remarquablement dessinĂ©s. Un classique immuable d'une fraĂ®cheur, d'une fringance et d'une cocasserie immodĂ©rĂ©es admirablement conçu pour chatoyer toute la famille. 
3èx



    vendredi 5 septembre 2014

    La Chute de la maison Usher / House of Usher

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Roger Corman. 1960. U.S.A. 1h19. Avec Vincent Price, Mark Damon, Myrna Fahey, Harry Ellerbe, Mike Jordan, Eleanor LeFaber.

    Sortie salles France: 11 Mars 1964. U.S: 22 Juin 1960

    FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
    1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: LeMasque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: Le Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


    Première des huit adaptations d’un rĂ©cit d’Edgar Poe, La Chute de la maison Usher s’immerge dans un gothisme flamboyant sous la houlette du maĂ®tre de la sĂ©rie B, Roger Corman. Particulièrement inspirĂ©, le cinĂ©aste cisèle une intrigue funèbre oĂą flottent folie et aura surnaturelle. Le spectateur ne sait jamais si les Ă©vĂ©nements sont le fruit de l’obsession maladive d’un aristocrate rongĂ© d’hypersensibilitĂ©, ou l’Ĺ“uvre spectrale de fantĂ´mes vouĂ©s Ă  perpĂ©tuer le mal sur sa lignĂ©e.

    Synopsis - Ă€ l’entrĂ©e de la demeure des Usher, FrĂ©dĂ©ric est froidement accueilli par le majordome. Il insiste pour pĂ©nĂ©trer dans la maison afin de retrouver sa fiancĂ©e Madeline et la demander en mariage. Mais son frère, Roderick Usher, s’y oppose fermement, prĂ©textant qu’elle est alitĂ©e. Philip dĂ©cide pourtant de sĂ©journer afin de convaincre Madeline de fuir ces lieux maudits.


    SĂ©rie B Ă  petit budget mais somptueusement travaillĂ©e dans son esthĂ©tisme gothique - nature environnante spectrale, demeure dĂ©crĂ©pite au bord de l’effondrement - La Chute de la maison Usher s’impose d’abord comme un ravissement visuel pour amateurs d’atmosphère funèbre. DominĂ© par la prĂ©sence hypnotique de Vincent Price, le film renforce son pouvoir d’envoĂ»tement lorsque l’acteur endosse la posture hautaine d’un châtelain hantĂ© par la mort, la maladie et peut-ĂŞtre la folie. Ă€ travers la suggestion et des rĂ©pliques ciselĂ©es, Price se complaĂ®t Ă  persuader son entourage que la maison est habitĂ©e par les ombres de ses ancĂŞtres : assassins, voleur, escroc, faussaire, catin, contrebandier ou idiot du village, tous marquĂ©s par une marginalitĂ© sordide. Convaincu que lui et sa sĹ“ur sont promis Ă  une malĂ©diction sans repos, il se rĂ©signe Ă  attendre le moment du sacrifice, prĂŞt Ă  rejoindre les siens sous la crypte de la demeure.

    Rationnel, Philip croit au contraire que Madeline n’est qu’une victime influençable, manipulĂ©e par un frère prĂ©fĂ©rant le nĂ©ant de la mort Ă  la souffrance de la vie. Hypersensible au moindre bruit, Ă  l’odeur, au toucher, Roderick se consume dans la mĂ©lancolie. Jouant sans cesse avec l’ambiguĂŻtĂ© du surnaturel et l’emprise malĂ©fique que semble exercer la maison, Corman insuffle un climat d’Ă©trangetĂ© palpable, au cĹ“ur d’un Ă©difice archaĂŻque prĂŞt Ă  s’effondrer sous le poids de son propre passĂ©. Et dans la dernière demi-heure, le cinĂ©aste embrase le rythme : une course contre la mort haletante, Philip tentant d’arracher Madeline Ă  un trĂ©pas annoncĂ©, tension crue et suspense immersif.


    DĂ©licieusement envoĂ»tant par son esthĂ©tisme gothico-flamboyant et portĂ© par un scĂ©nario passionnant laissant libre cours Ă  l’imagination, La Chute de la maison Usher est un superbe exemple de fantastique Ă©thĂ©rĂ© oĂą la suggestion prime et entraĂ®ne le spectateur dans un poème diaphane, au bord fragile sĂ©parant la vie de la mort. Chef-d’Ĺ“uvre au demeurant.


    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
    22.04.25. 
    29.11.25. 4èx
    La critique de La Tombe de Liegia: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/la-tombe-de-liegia-tomb-of-ligeia.html