mardi 19 mai 2015

Class 84

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

Class of 1984 de Mark Lester. 1982. U.S.A. 1h38. Avec Perry King, Merrie Lynn Ross, Timothy Van Patten, Roddy McDowall, Stefan Arngrim, Michael J. Fox, Keith Knight, Lisa Langlois.

Sortie salles France: 29 Septembre 1982. U.S: 20 AoĂ»t 1982. Interdit au - de 18 ans lors de sa sortie.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Mark Lester est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 26 Novembre 1946 à Cleveland, Ohio. 1971: Twilight of the Mayas. 1973: Steel Arena. 1982: Class 84. 1984: Firestarter. 1985: Commando. 1986: Armé et Dangereux. 1990: Class of 1999. 1991: Dans les Griffes du Dragon Rouge. 1996: Public Ennemies. 2000: Blowback. 2000: Sacrifice (télé-film). 2000: Guilty as Charged (télé-film). 2002: Piège sur Internet. 2003: Trahisons. 2003: Ruée vers la Blanche. 2005: Ptérodactyles.


L'annĂ©e dernière, dans les collèges amĂ©ricains, 280 000 incidents avec violence ont Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©s par des Ă©tudiants Ă  l'encontre de professeurs ou d'Ă©lèves. 
                                                                    Malheureusement... 
                                            Ce film est basĂ© sur des Ă©vènements rĂ©els.
                                                                    Heureusement... 
                                            Très peu d'Ă©coles sont Ă  l'image de "Lincoln High".
                                                                              ... Pour l'instant.
 
"Punk's not dead... le prof non plus".
VoilĂ  ce qu’on pouvait lire en guise d’introduction, juste avant que le gĂ©nĂ©rique n’imprime en gros caractères rouges le logo prĂ©monitoire : Class of 1984. Film culte pour toute une gĂ©nĂ©ration — en tĂ©moigne son gros succès en salles puis en VHS, et ce malgrĂ© son interdiction aux moins de 18 ans — Class of 1984 doit sa rĂ©putation Ă  la frĂ©nĂ©sie de son ultra-violence, que Mark Lester exploite dans le cadre d’une sĂ©rie B pour mieux dĂ©noncer, en filigrane, la flambĂ©e inquiĂ©tante de la dĂ©linquance scolaire. Les flics postĂ©s Ă  l’entrĂ©e des Ă©tablissements y font office de geĂ´liers, chargĂ©s de dĂ©tecter armes blanches et flingues que certains lycĂ©ens planquent sous leur manteau avant de rejoindre les cours.

HabitĂ© d’une violence aussi gratuite que putassière - autant dans les exactions dĂ©vergondĂ©es de nos quatre antagonistes que dans la riposte d’enseignants consumĂ©s par leur rancĹ“ur - le film ose mĂŞme aborder la question de l’autodĂ©fense via un final grand-guignolesque gravĂ© dans toutes les mĂ©moires. Quand un prof forcenĂ© dĂ©cide de se faire justice en trouant la peau de quatre ados après qu’ils ont violĂ© puis kidnappĂ© sa femme ! Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’une vengeance ordinaire, comme dans tant de Vigilante Movies : Andrew Norris veut d’abord retrouver sa femme en VIE… avant de mĂ©thodiquement dĂ©gommer ses bourreaux.
 

D’une efficacitĂ© et d’une tension exponentielles, la confrontation impitoyable entre Norris - harcelĂ© jour et nuit par une bande de punks - et ses Ă©lèves dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s (interprĂ©tĂ©s par des comĂ©diens en transe, jubilant dans leur fourberie criminelle) prophĂ©tise un avenir dystopique, vingt ans avant l’heure. Mark Lester souligne tout cela avec outrance et une certaine dĂ©rision, exposant l’impuissance grotesque de la police et des profs… au point qu’un d’eux finira par sombrer dans une dĂ©pression suicidaire. Comment oublier cette scène hallucinĂ©e oĂą Roddy McDowall, flingue en main, prend sa classe en otage pendant un cours de biologie pour enfin se faire entendre ?

DĂ©bridĂ©, sardonique, violemment rĂ©actionnaire, Class of 1984 aligne les confrontations musclĂ©es entre une troupe de dĂ©linquants sans vergogne - dignes hĂ©ritiers d’Orange MĂ©canique - et deux enseignants entraĂ®nĂ©s malgrĂ© eux dans une spirale d’intimidation et de reprĂ©sailles. De cette guerre larvĂ©e naĂ®t une violence dĂ©mente que Mark Lester pousse jusqu’Ă  la folie furieuse. Complètement frappadingue, j’vous dis ! 

"Violence programmée en salle de classe".
Ultra-violent et sans concession dans ses excès de brutalitĂ© putassière (la fameuse scène de viol et le carnage qui s’ensuit !), mais jouissif en diable dans son efficacitĂ© brute, Class of 1984 tire sa force de ce dĂ©lire assumĂ© et du jeu schizo de ses comĂ©diens en roue libre - mention spĂ©ciale Ă  Timothy Van Patten, dĂ©lectable de perversitĂ© insidieuse. Une vision prophĂ©tique de l’inflation de la dĂ©linquance scolaire, nourrie par la dĂ©mission parentale… Ă€ savourer au second degrĂ©, donc, pour ce tableau hallucinĂ© de la violence convulsive.

*Bruno
22è visionnage

    jeudi 14 mai 2015

    Mad-Max: Fury Road

                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site absolutebadasses.com

    de George Miller. 2014. Australie/U.S.A. 2h00. Avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne, Rosie Huntington-Whiteley, Riley Keough, Zoë Kravitz.

    Sortie salles France: 14 Mai 2015. U.S: 15 Mai 2015. Australie: 14 Mai 2015

    FILMOGRAPHIE: George Miller est un réalisateur, scénariste et producteur australien, né le 3 Mars 1945 à Chinchilla (Queensland). 1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delà du dôme du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rêve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max: Fury Road.


                              "90% de ce que vous verrez Ă  l'Ă©cran a vraiment eu lieu". Tom Hardy.
                              "J'ai fait Mad-Max pour retrouver l'essence du cinĂ©ma". George Miller. 

    Trente ans Ă  se ronger les ongles dans l’espoir d’une rĂ©surgence du Road Warrior sur nos Ă©crans insalubres, bien avant que ne surgisse la moindre bande-annonce extatique.
    Mad Max: Fury Road a enfin déferlé sur nos rétines en ce jour de gloire du 14 mai 2015.
    Oui, jour de gloire. Car cette date restera gravĂ©e dans le cĹ“ur des cinĂ©philes, surtout pour celles et ceux qui eurent l’aubaine de dĂ©couvrir le monstre sur la grande toile.

    RĂ©alisateur de gĂ©nie et père d’une trilogie proverbiale, George Miller se surpasse une fois de plus dans son rĂ´le d’alchimiste visionnaire. Un enchanteur moderne n’ayant rien Ă  envier Ă  MĂ©liès, rĂ©inventant ici le langage cinĂ©matographique sous l’Ă©crin incandescent de l’action pure.
    Oubliez les puddings Ă  l’aspartame de la saga Fast and Furious et consorts : ici se joue la plus longue et affolante course-poursuite du 7ᵉ art, filmĂ©e en plein dĂ©sert de Namibie, lĂ  oĂą le sable se mĂŞle Ă  la fureur.

    Synopsis :
    Alors qu’il tente de reprendre la route Ă  bord de son Interceptor, Max est capturĂ© par une horde de warboys fanatiques. EnchaĂ®nĂ©, muselĂ©, il assiste impuissant Ă  la cavale de Furiosa, impĂ©ratrice rebelle, qui fuit Immortan Joe avec un convoi d’Ă©pouses en rupture, dont l’une porte l’enfant du tyran. Ivre de rage, Joe lance sa horde Ă  leur poursuite. Et c’est ainsi que s’enclenche cette course infernale dans l’âpretĂ© brĂ»lante du dĂ©sert.

    Un spectacle homĂ©rique, ahurissant d’inventivitĂ© formelle – entre tempĂŞtes nocturnes et lumière solaire aveuglante – et de prouesses techniques d’une prĂ©cision chirurgicale.
    Une tornade mécanique, alimentée par des riffs de guitare en feu, propulsée par une frénésie de cascades où bolides et camions se percutent sur des plaines enragées.
    Mad Max: Fury Road pulvérise tout ce qui avait été vu jusque-là, électrisant un public médusé, happé dans un cyclone de bruit et de fureur.

    Nanti de dĂ©cors et d’accessoires Ă  couper le souffle, ciselĂ©s dans le moindre dĂ©tail – la citadelle d’Immortan Joe, les bolides dĂ©glinguĂ©s, les dĂ©froques barbares, les armes hybrides –, le film ressuscite une mythologie barbare, nourrie Ă  l’esthĂ©tique freak de MĂ©tal Hurlant, fusion tribale et cyberpunk.
    Une barbarie stylisée, suintante de rouille et de sueur.

    VĂ©ritable hymne Ă  l’action dans sa forme la plus noble et viscĂ©rale, Ă  mi-chemin entre un concert de hard-rock et un ballet opĂ©ratique, Fury Road multiplie par dix les poursuites belliqueuses transfigurĂ©es jadis dans Mad Max 2.
    Miller ne se contente pas de ressasser : il renouvelle.
    Par une dramaturgie d’attaques et de contre-attaques, de trajets et de retours vers la Terre Verte, entre embuscades et retrouvailles pacifistes, il orchestre un chaos symĂ©trique, oĂą chaque affrontement motorisĂ© devient chorĂ©graphie vertigineuse.

    Au cœur de la tempête : la rédemption.
    Survie, espoir, entraide, confiance : les mĂŞmes motifs que Mad Max 3, oĂą Max, figure christique, reprenait contact avec son humanitĂ© au contact d’une colonie d’enfants.
    Ici, les enfants sont remplacés par des femmes. Fragiles en apparence, exploitées comme matrices, mais résolues à défier leur oppresseur.
    Face Ă  elles, Max, toujours hantĂ© par son passĂ©, mutique et Ă©corchĂ©, devra s’ouvrir, prĂŞter main forte, rĂ©apprendre la fraternitĂ© au fil d’une fuite apocalyptique oĂą l’humanitĂ© renaĂ®t dans la douleur.

    Charlize Theron incarne Furiosa avec une intensitĂ© rare – Ă  la fois charnelle, virile, pugnace, mais aussi bouleversante d’humanitĂ©, guidĂ©e par une foi dĂ©sespĂ©rĂ©e en un avenir meilleur pour les siens.
    Tom Hardy, convaincant bien que relégué au second plan, campe un Max taiseux, spectre en quête de sens, lesté par ses fantômes filiaux. Un guerrier fatigué, mais encore capable de croire, malgré lui, en une tribu.


    This is a Lovely Day ! 
    PossĂ©dĂ© par le rugissement d’une poursuite jamais Ă  court de carburant, Fury Road rĂ©invente le cinĂ©ma d’action avec une telle virtuositĂ©, une telle richesse de trouvailles visuelles, qu’une seule vision ne suffit pas Ă  tout saisir.
    Ă€ l’image du cinĂ©ma prĂ©curseur d’un Buster Keaton ou d’un John Woo, Miller fusionne mouvement, sens et beautĂ© dans un maelström ininterrompu.
    Et pourtant, sous ce roller coaster infernal se dessine l’humilitĂ© d’une cause : celle des femmes, de leur courage, de leur union, de leur dĂ©sir de libertĂ©.
    Face Ă  elles, Max – hĂ©ros brisĂ© – retrouve, peut-ĂŞtre, la possibilitĂ© d’une communautĂ©. D’un futur. D’un espoir.

    Yannick Dahan et Fury Road: http://www.cineplus.fr/pid5876-cine-frisson.html?vid=1280416

    mercredi 13 mai 2015

    CALVAIRE. Prix de la Critique, Prix du Jury, Prix Première, Gérardmer 2005.

                                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

    de Fabrice Du Welz. 2004. France/Belgique/Luxembourg. 1h33. Avec Laurent Lucas, Jackie Berroyer, Philippe Nahon, Jean-Luc Couchard, Brigitte Lahaie, Gigi Coursigny.

    Sortie salles France: 16 Mars 2005. Belgique: 9 Mars 2005

    FILMOGRAPHIE: Fabrice Du Welz est un réalisateur belge, né le 21 Octobre 1972.
    2004: Calvaire. 2008: Vinyan. 2014: Colt 45. 2014: Alleluia.


    RĂ©compensĂ© au Festival de GĂ©rardmer, de Cannes et d'Amsterdam, Calvaire surpris les cinĂ©philes de ce premier essai rĂ©alisĂ© par un cinĂ©aste belge, Fabrice Du Welz. VĂ©ritable coup de maĂ®tre dans la maĂ®trise de sa mise en scène autonome cĂ©dant parfois Ă  l'expĂ©rimentation et dans sa facultĂ© d'y distiller un malaise aussi prĂ©gnant que rĂ©pulsif, Calvaire emprunte le genre horrifique sous couvert de survival hĂ©ritĂ© de ses ancĂŞtres DĂ©livrance et Massacre Ă  la Tronçonneuse (dont un fameux "clin d'oeil" pour la scène du soupe !)

    Après son dernier concert, un chanteur de maison de retraite tombe en panne de voiture sur le chemin forestier du retour. Par le biais d'un Ă©trange inconnu, Marc est ensuite aimablement dirigĂ© vers l'hospitalitĂ© de Bartel, un veuf vivant reclus dans sa ferme. Au fil de leur relation amicale, Marc Ă©prouve un malaise face Ă  la dĂ©sinvolture de ce dernier hantĂ© par sa solitude depuis le dĂ©cès de sa femme. Alors qu'il s'Ă©tait disposĂ© Ă  rĂ©parer son vĂ©hicule, Bartel s'en dĂ©barrasse finalement afin de sĂ©questrer son hĂ´te. Le calvaire peut commencer... 


    PlongĂ©e horrifique dans le trĂ©fonds de l'aliĂ©nation mentale, Calvaire aborde la thĂ©matique du refoulement sexuel du point de vue de paysans vivant en autarcie dans leur nature sauvage. PrivĂ©s de toute prĂ©sence fĂ©minine, ils s'adonnent en guise de sexualitĂ© et d'ennui Ă  la zoophilie sur leur propre bĂ©tail. Ce qui nous vaut dĂ©jĂ  une Ă©treinte sulfureuse proprement dĂ©rangeante dans sa manière d'y diluer une perversitĂ© immorale par la suggestion de l'acte innommable. Farce macabre sur le besoin irrĂ©pressible d'ĂŞtre aimĂ© et le poids de la dĂ©rĂ©liction entraĂ®nant chez ces mĂ©tayers rĂ©trogrades une schizophrĂ©nie influente, Calvaire multiplie les sĂ©quences inconfortables sous la mainmise du ravisseur Bartel. L'incroyable et inattendu Jackie Berroyer endosse son rĂ´le avec une ironie sournoise dans ses expressions d'impudence et de pulsions dĂ©saxĂ©es. Il crève littĂ©ralement l'Ă©cran de sa prĂ©sence dĂ©rangĂ©e aux confins de la dĂ©mence. Toutes les sĂ©quences d'humiliations et de tortures infligĂ©es sur Marc s'avèrent aussi cruelles que sardoniques dans sa condition de victime estropiĂ©e. RĂ©duit Ă  l'Ă©tat de travelo tumĂ©fiĂ© d'ecchymoses, ce dernier est contraint de se fondre dans la peau de l'Ă©pouse soumise sous l'impĂ©riositĂ© possessive de Bartel. Quand aux seconds-rĂ´les tout aussi demeurĂ©s qui empiètent le rĂ©cit, Fabrice Du Welz persĂ©vère dans le malsain et le crapoteux lorsque les voisins de Bartel violent son fameux trophĂ©e en guise d'objet sexuel. InfluencĂ© notamment par la Traque de Serge Leroy, il nous transcende une dernière partie aussi anxiogène que chimĂ©rique lorsque Marc est contraint de s'incliner dans les brumes d'une forĂŞt spectrale oĂą plane un silence mutique (des plages oniriques d'un esthĂ©tisme tĂ©nĂ©breux Ă  couper le souffle). 


    Ă€ travers les thèmes de l’obsession sexuelle et amoureuse, du refoulement, de la psychose et de l’isolement, Fabrice Du Welz transfigure avec Calvaire un sommet d’horreur psychologique oĂą l’humour noir et le scabreux se tĂ©lescopent Ă  un rĂ©alisme dĂ©routant — Ă  l’image de l’hallucinante « danse des fous », martelĂ©e au piano dans une auberge saturĂ©e d’une atmosphère sulfureuse. Fascinant, nerveusement drĂ´le et profondĂ©ment perturbant, Calvaire, survival rĂ©fĂ©rentiel, affirme une identitĂ© propre, viscĂ©rale, symptĂ´me Ă©clatant d’un auteur provocateur et rigoureusement hĂ©tĂ©rodoxe.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
    4èx. 31.01.26. Videoprojo

    La Chronique d'Alleluia: http://brunomatei.blogspot.fr/2015/05/alleluila.html

    Récompenses: Grand Prix du meilleur film fantastique européen, lors du Festival du film fantastique d'Amsterdam en 2005
    Prix de la critique internationale, Prix du jury et Prix Première, au festival de GĂ©rardmer, 2005
    Nomination au prix de la meilleure photographie, lors des Joseph Plateau Awards en 2006
    Prix Très Spécial, Cannes 2004

    mardi 12 mai 2015

    MAGGIE

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site journaldugeek.com

    de Henry Hobson. 2015. U.S.A. 1h35. Avec Arnold Schwarzenegger, Abigail Breslin, Joely Richardson, Aiden Flowers, Carsen Flowers, J.D. Evermore.

    Sortie salles France: 27 Mai 2015. U.S: 8 Mai 2015

    FILMOGRAPHIE: Henry Hobson est un réalisateur américain.
    2015: Maggie.


    A cause d'une pandĂ©mie en roue libre et avec le soutien du mĂ©decin, un père envisage de se reclure dans sa demeure familiale afin d'Ă©viter le placement en quarantaine de sa fille infectĂ©e. Progressivement, la transformation morale et physique de cette dernière gagne du terrain... Prenant pour thème l'infection du point de vue du zombie, Maggie tente de dĂ©poussiĂ©rer le genre horrifique dans une forme intimiste afin de se dĂ©marquer de la surenchère que nombre de rĂ©alisateurs ont le plus souvent trivialisĂ© dans les sĂ©ries B d'exploitation.



    Baignant dans une mélancolie existentielle où la nature désaturée se défraîchie devant le témoignage sentencieux de métayers, la première oeuvre de Henry Hobson fait inévitablement preuve d'intentions louables par sa sincérité à privilégier l'étude de caractère et le climat dépressif en décrépitude. Confinant l'essentiel de son action sur les rapports familiaux en huis-clos d'un père et de sa fille prochainement destinés à se séparer face à la maladie, le film est contrebalancé d'un score élégiaque aussi sensible qu'infructueux. Métaphore sur le cancer et le crédit du temps présent, Maggie tente de provoquer une émotion candide quant à la situation désespérée de cette adolescente en phase terminale, quand bien même le père ("joué" par un Schwarzzie aussi apathique que stérile, alors que tout le monde s'attendait enfin à LA révélation de sa carrière !) observe sa dégénérescence avec une empathie bouleversée. Chargé de sinistrose pour la condition démunie de cette victime en quête d'amour de dernier ressort et de rédemption, Henry Hobson n'insuffle jamais une quelconque émotion, faute d'une direction d'acteurs jamais investis dans leur fonction altruiste et surtout d'une réalisation austère survolant un cheminement narratif en perte de vitesse. Il en émane un sentiment de frustration permanent quant aux intentions sincères de mettre en valeur les ressorts dramatiques de l'amour filial et la crainte de la mort auquel le script, futile, ne réserve jamais d'éventuels surprises pour la fatalité de Maggie.


    Poussif, jamais empathique ou poignant (ou alors avec parcimonie en de brèves occasions) et ennuyeux Ă  force de ressasser la relation prĂ©caire d'un père et de sa progĂ©niture en mutation, Maggie rate le coche de ses intentions intègres, faute d'un scĂ©nario dĂ©faillant, d'une interprĂ©tation anĂ©mique et d'une rĂ©alisation inexpressive. Reste quelques belles images de poĂ©sie bucolique et un soupçon d'esthĂ©tisme envoĂ»tant au sein de sa nature dĂ©charnĂ©e. 

    Bruno Matéï

    lundi 11 mai 2015

    ALLELUILA

                                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

    de Fabrice Du Welz. 2014. Belgique/France. 1h35. Avec Stéphane Bissot, Lola Duenas, Edith Le Merdy, Anne-Marie Loop, Laurent Lucas, David Murgia, Helena Noguerra.

    Sortie salles France: 26 Novembre 2014

    FILMOGRAPHIE: Fabrice Du Welz est un réalisateur belge, né le 21 Octobre 1972.
    2004: Calvaire. 2008: Vinyan. 2014: Colt 45. 2014: Alleluia.


    Raymond Fernandez et sa compagne Martha Beck devinrent cĂ©lèbres sous le nom des « Lonely Hearts Killers » (les « Tueurs aux petites annonces ») Ă  la suite de leur procès pour une sĂ©rie de meurtres commis en 1949. On estime qu’ils ont tuĂ© jusqu’Ă  20 femmes entre 1947 et 1949.

    S'inspirant de l'affaire des "Tueurs aux petites annonces" que Leonard Kastle avait magnifiquement portĂ© Ă  l'Ă©cran dans Les Tueurs de la Lune de Miel, Fabrice Du Welz la rĂ©adapte Ă  sa sauce singulière, Alleluila surfant entre le cinĂ©ma de genre et celui d'auteur. EmployĂ©e dans une morgue et divorcĂ©e, Gloria fait la rencontre de Michel par le biais d'une annonce. Follement amoureuse de lui, elle s'aperçoit rapidement que derrière l'apparence de son gentleman se cache un prĂ©dateur escroquant les femmes cĂ©libataires. Après lui avoir pardonnĂ© sa première infidĂ©litĂ©, elle s'engage de s'associer avec lui afin d'ĂŞtre Ă  ses cĂ´tĂ©s et de pouvoir prĂ©server son amour. Mais la jalousie ardente de Gloria finit par la mener vers la folie meurtrière. 


    RĂ©vĂ©lĂ© par le cauchemardesque Calvaire, Fabrice Du Welz renoue avec l'ambiance Ă©thĂ©rĂ©e d'une Ă©trangetĂ© indicible oĂą la mise en scène, inventive et ciselĂ©e, est conçue pour bousculer les sens du spectateur en perte de repères. Prenant pour thèmes l'amour fou et le crime passionnel, Alleluia nous relate entre rĂ©alisme cru et poĂ©sie baroque le parcours en chute libre d'un couple d'amoureux compromis par l'adultère. De par le point de vue influençable d'un gigolo redoutablement pervers dans ces intentions perfides Ă  manipuler la gente fĂ©minine tout en profitant sexuellement de leurs corps. Par son comportement aussi cruel que cynique, comment peut-il alors Ă©prouver de vĂ©ritables sentiments pour sa muse au moment oĂą cette dernière observe par le trou de la serrure ses Ă©bats avec une impuissance toujours plus inconsolable ? Baignant dans une atmosphère aussi diaphane qu'irrĂ©sistiblement vĂ©nĂ©neuse, Alleluia parvient Ă  crĂ©er un malaise diffus au fil de son cheminement dramatique quant Ă  la posture toujours plus irascible de Gloria. IlluminĂ©e par la prĂ©sence de Lola Duenas, l'actrice ibĂ©rique parvient Ă  dĂ©gager une intense Ă©motion par son charme pĂ©tillant d'embrasser l'amour Ă  bras ouvert avant d'engendrer une jalousie maladive face au tĂ©moignage dĂ©gradant de Michel. Cette rage d'aimer, ce dĂ©sir possessif de s'accaparer de lui Ă©tant retranscrit avec une vĂ©ritĂ© fulgurante et un jeu viscĂ©ral habitĂ© par la psychose. DĂ©jĂ  remarquĂ© dans Calvaire, StĂ©phane Bissot lui partage dignement la vedette dans une prĂ©sence longiligne d'escroc Ă  la petite semaine engluĂ© dans sa mĂ©diocritĂ© du chantage, du subterfuge et d'une dĂ©viance sexuelle insatiable. Dans un rĂ´le secondaire de dernier ressort, Helena Noguerra (soeur de la chanteuse Lio) s'en sort honorablement pour incarner la beautĂ© d'une jeune mère cĂ©libataire, plus lucide et affirmĂ©e que les autres victimes, mais nĂ©anmoins dĂ©pourvue de perspicacitĂ© Ă  dĂ©florer la vĂ©ritable identitĂ© de Michel. Dernier point que j'aimerai relever pour tĂ©moigner de la qualitĂ© essentielle de la distribution, la prĂ©sence infantile de la petite Pili Groyne ! Cette dernière parvenant Ă  afficher avec un incroyable tempĂ©rament naturel une fillette dĂ©gourdie nantie de rĂ©parties cuisantes (voir l'incroyable sĂ©quence de la discorde maternelle !), juste avant de rehausser l'intensitĂ© d'un enjeu de survie pour sa condition de victime tantĂ´t choyĂ©e, tantĂ´t molestĂ©e !


    Malsain, dĂ©rangeant et plutĂ´t cru dans sa violence gore ou son Ă©rotisme ostensible, insolite, Ă©trange et pastel Ă  la fois, Alleluia fait office de conte de fĂ©e frelatĂ© dans son constat imparti Ă  l'amour fou et Ă  sa trahison. Par le biais de sa mise en scène alambiquĂ©e (notamment ce parti-pris de filmer au plus près les corps et les regards pour en capter l'essence des sentiments) et le jeu machiavĂ©lique des acteurs, l'oeuvre choc renouvelle son fait divers avec un pouvoir de sĂ©duction nĂ©crosĂ©. 

    Bruno Matéï

    La Chronique des Tueurs de la Lune de Miel : http://brunomatei.blogspot.fr/2014/09/les-tueurs-de-la-lune-de-miel-honeymoon.htm
    La Chronique de Calvairehttp://brunomatei.blogspot.fr/…/calvaire-prix-de-la-critiqu…

    Les autres adaptations: Un homme fatal (Lonely Hearts de Andrew Lane, 1991), Carmin profond (1996), CĹ“urs perdus (2006) ainsi qu’un Ă©pisode de la tĂ©lĂ©-sĂ©rie Cold Case : Affaires classĂ©es.

    samedi 9 mai 2015

    KINGSMAN: SERVICES SECRETS

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com 

    "Kingsman: The Secret Service" de Matthew Vaughn. 2014. Angleterre/U.S.A. 2h08. Avec Taron Egerton, Colin Firth, Samuel L. Jackson, Mark Strong, Michael Caine, Sophie Cookson.

    Sortie salles France: 18 Février 2015. U.S: 13 Février 2015

    FILMOGRAPHIE: Matthew Vaughn est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 7 Mars 1971 à Londres.
    2004: Layer Cake. 2007: Stardust, le mystère de l'Ă©toile. 2010: Kick-Ass. 2011: X Men, le commencement. 2014: Kingsman: services secrets. 


    RĂ©alisateur anglais cĂ©lĂ©brĂ© par Kick-Ass, c'est durant ce tournage que Matthew Vaughn eut Ă  nouveau l'idĂ©e de transposer Ă  l'Ă©cran un autre Comic Book, The Secret Service. Sous l'impulsion d'un jeune acteur novice en tĂŞte d'affiche (Taron Egerton s'en sort aisĂ©ment dans sa stature pugnace de jeune loup en apprentissage !) et d'une poignĂ©e d'acteurs renommĂ©s (Samuel L. Kackson, Michael Caine, Colin Firth), Kingsman: services secrets nous cuisine un savoureux cocktail d'action, d'aventures et de cocasserie dans un esprit dĂ©complexĂ© oĂą pointe le politiquement incorrect. Clairement pensĂ© comme une parodie de James Bond et un hommage aux "vieux" classiques du cinĂ©ma noble, l'intrigue allie espionnage industriel outre-mesure (que Samuel L. Jackson se prend malin plaisir Ă  comploter dans une posture de grand benĂŞt !), et action homĂ©rique cultivant le goĂ»t du gore cartoonesque (mĂŞme si certains effets numĂ©riques ratĂ©s viennent dĂ©samorcer leur impact spectaculaire).


    ScindĂ© en deux parties, Kingsman privilĂ©gie de prime abord l'entraĂ®nement intensif de jeunes recrues se disputant le poste du prochain "Lancelot" au sein de la prestigieuse agence, Kingsman. Ce dernier, parti en mission, ayant Ă©tĂ© lâchement exĂ©cutĂ© par l'acolyte d'un magnat utopiste prĂŞt Ă  parfaire un complot meurtrier contre l'humanitĂ©. Par le biais de cette conjuration ciblant Internet et les Smartphones, Matthew Vaughn en profite pour se railler de la sociĂ©tĂ© de consommation (Mac-Donald notamment dont Richmond Valentine s'en porte garant !), de ces appareils modernes toujours plus performants afin de nous inciter Ă  repasser au tiroir-caisse. Qui plus est, la religion est Ă©galement mise au pilori lors d'un stratagème expĂ©rimental, un carnage festif au sein d'une Ă©glise intĂ©griste. La seconde partie mise ensuite l'accent sur les stratĂ©gies d'attaque et de dĂ©fense que nos hĂ©ros vont tenter de transcender sous la houlette de l'agent Merlin. Quand bien mĂŞme Valentine est sur le point de lobotomiser la population mondiale en meurtriers dĂ©saxĂ©s sous l'impulsion d'une carte Sim ! Si le film parvient habilement Ă  amuser et Ă  solliciter notre attention, il le doit Ă©galement aux ressorts dramatiques qui interfèrent durant le cheminement incertain du hĂ©ros en quĂŞte paternelle et identitaire (une manière de relancer l'intensitĂ© des enjeux d'un point de vue vindicatif et de le tester Ă  l'Ă©preuve de la riposte !), et Ă  son intrigue en chute libre traversĂ©e de frĂ©nĂ©sie incontrĂ´lĂ©e ! A l'instar du final orgasmique, dĂ©lire assumĂ© de gags sardoniques, subterfuges Ă  rĂ©pĂ©tition, gun-fights stylisĂ©s et corps Ă  corps chorĂ©graphiĂ©s. Qui plus est, la galerie de personnages extravagants s'en donnent Ă  coeur joie d'afficher leurs bravoures fantaisistes par le biais de gadgets insolents conçus pour Ă©picer les confrontations belliqueuses !


    Avec son esthĂ©tisme vintage combinĂ© dans une facture high-tech d'anticipation, Ă  l'instar de la dĂ©froque excentrique de ces espions au tailleur impeccable, Kingsman parvient Ă  renouveler le genre d'espionnage grâce Ă  l'esprit dĂ©complexĂ© de l'action bourrine et de la cocasserie cartoonesque. Un divertissement survitaminĂ© tirant donc parti de sa fougue par son refus infaillible de prĂ©tention. James Bond n'a qu'Ă  bien s'tenir et continuer Ă  faire grise mine ! 

    Bruno Matéï

    vendredi 8 mai 2015

    The King of New-York

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Silverferox

    d'Abel Ferrara. 1990. Italie/Angleterre/U.S.A. 1h43. Avec Christopher Walken, David Caruso, Laurence Fishburne, Victor Argo, Wesley Snipes, Janet Julian, Joey Chin, Steve Buscemi.

    Sortie salles France: 18 Juillet 1990. U.S: 28 Septembre 1990

    FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un réalisateur et scénariste américain né le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crédité sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine.
    1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos Funérailles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth. 2014: Welcome to New-York. 2014: Pasolini.


    Deux ans avant son chef-d'oeuvre Bad Lieutenant, Abel Ferrara nous estomaqua avec le fulgurant King of New-York. Hormis son Ă©chec commercial Ă  sa sortie et des critiques parfois mitigĂ©es, le film finit par se tailler une rĂ©putation culte au fil des annĂ©es auprès d'une frange de cinĂ©philes jamais remis d'une expĂ©rience aussi opaque et frĂ©nĂ©tique. Une fresque mafieuse imprimĂ©e dans le nihilisme, notamment pour son portrait imparti Ă  la dĂ©liquescence morale d'antagonistes convergeant inĂ©vitablement vers l'impasse. TranscendĂ© de la prĂ©sence ensorcelante de Christopher Walken dans l'un de ses meilleurs rĂ´les, The King of New-York hypnotise les sens de par sa facultĂ© immersive Ă  nous plonger dans l'univers du gangstĂ©risme parmi l'obĂ©dience d'un caĂŻd Ă  peine libĂ©rĂ© de prison. 

    Le pitchDĂ©libĂ©rĂ© Ă  reprendre le contrĂ´le de sa ville et peut-ĂŞtre postuler pour la place de Maire, Frank White est contraint de livrer une bataille sans merci contre le cartel pour se disputer l'enjeu de la drogue. Soutenu par quelques avocats vĂ©reux, sa manoeuvre triviale a Ă©galement pour but de financer la reconstruction d'un hĂ´pital afin de venir en aide aux plus dĂ©munis et pour se racheter une bonne conscience. Mais une poignĂ©e de flics rĂ©actionnaires ont dĂ©cidĂ© de transgresser leur règle pour mieux Ă©pingler celui que l'on surnomme: le Roi de New-York. 


    Polar ultra violent Ă  travers ses Ă©clairs de brutalitĂ© acĂ©rĂ©s dĂ©ployant règlements de compte entre bandes rivales ainsi qu'une poursuite automobile effrĂ©nĂ©e au coeur de l'enfer new-yorkais, The King of New-York est l'un des films les plus envoĂ»tants (score funeste lancinant Ă  l'appui) que l'on ait inscrit sur pellicule. Un polar d'une noirceur abyssale, une virĂ©e cauchemardesque dans les trĂ©fonds d'une mĂ©tropole moribonde oĂą gangsters et flics se provoquent mutuellement avec un entĂŞtement suicidaire. Nanti d'un esthĂ©tisme crĂ©pusculaire et d'une mise en scène stylisĂ©e oĂą le luxe est Ă©galement mis en contraste afin de mettre en exergue l'addiction que peut insuffler une existence aussi faste que celle de Frank et ses sbires, The King of New-York reproduit le mĂŞme effet de fascination que pouvait l'ĂŞtre le personnage de Tony Montana dans Scarface. Ce mĂŞme attrait pour le goĂ»t de l'argent et des rĂ©sidences luxueuses auquel la compagnie de jeunes filles en lingerie fine se rĂ©curent le nez avant de passer Ă  l'Ă©treinte ou Ă  l'affront (elles font Ă©galement usage des flingues pour protĂ©ger leur baron). Peinture nihiliste d'une sociĂ©tĂ© dĂ©gingandĂ©e engluĂ©e dans la corruption de l'argent et l'affluence de la drogue face Ă  la pression d'une criminalitĂ© incontrĂ´lable, Abel Ferrara cristallise l'idĂ©e du chaos avec un rĂ©alisme proprement crĂ©pusculaire (j'insiste). Si bien que sous le pilier du personnage iconique Frank White, il provoque une empathie ambivalente pour sa posture hĂ©roĂŻque de gangster intouchable et son absolution d'y financer un HĂ´pital tout en persĂ©vĂ©rant ses exactions sanglantes auprès de parrains impliquĂ©s dans les trafics d'humains et l'exploitation sexuelle de mineurs. S'efforçant d'incarner une sorte de Robin des Bois des temps modernes en quĂŞte de rĂ©demption, Frank White n'en reste pas moins un ange exterminateur tributaire de son idĂ©ologie mĂ©galo Ă  travers ses pulsions irrĂ©fragables de haine et de violence.  


    CocaĂŻne
    Chef-d'oeuvre du polar noir d'une intensitĂ© viscĂ©rale Ă©lectrisante, The King of New-York reste l'un des plus fascinants portraits de gangster jamais rĂ©alisĂ©s. En ange de la mort, Frank White faisant office de lĂ©gende criminelle pour ses ambitions disproportionnĂ©es d'y dompter une ville en chute libre. Il en Ă©mane une fresque de dĂ©cadence d'un pessimisme absolu auquel son pouvoir vĂ©nĂ©neux s'avère aussi Ă©trangement stimulant que profondĂ©ment malsain quant Ă  sa peinture baroque du vice, du stupre et du luxe. 

    *Bruno (6èx)
    Dédicace à Daniel Aprin

    Récompense: 1991: MysFest -"Best Direction" (Abel Ferrara) Prix du meilleur réalisateur


    jeudi 7 mai 2015

    New-York, 2 heures du Matin

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

    "Fear City" de Abel Ferrara. 1984. U.S.A. 1h36. Avec Tom Berenger, Melanie Griffith, Billy Dee Williams, Jack Scalia, Rossano Brazzi, Rae Dawn Chong, John Foster.

    Sortie salles France: 18 Juillet 1984. U.S: 16 Février 1985.

    FILMOGRAPHIE: Abel Ferrara est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© le 19 Juillet 1951 dans le Bronx, New-York. Il est parfois crĂ©ditĂ© sous le pseudo Jimmy Boy L ou Jimmy Laine. 1976: Nine Lives of a Wet Pussy (Jimmy Boy L). 1979: Driller Killer. 1981: l'Ange de la Vengeance. 1984: New-York, 2h du matin. 1987: China Girl. 1989: Cat Chaser. 1990: The King of New-York. 1992: Bad Lieutenant. 1993: Body Snatchers. Snake Eyes. 1995: The Addiction. 1996: Nos FunĂ©railles. 1997: The Blackout. 1998: New Rose Hotel. 2001: Christmas. 2005: Mary. 2007: Go go Tales. 2008: Chelsea on the Rocks. 2009: Napoli, Napoli, Napoli. 2010: Mulberry St. 2011: 4:44 - Last Day on Earth. 2014: Welcome to New-York. 2014: Pasolini.


    Trois ans après l'Ange de la Vengeance, Abel Ferrara renoue avec les ambiances nocturnes de la mĂ©tropole new-yorkaise soumise ici aux exactions d'un serial-killer expert en arts-martiaux. 
    Le pitch: Matty, ancien boxeur aujourd'hui associĂ© Ă  un club de strip-tease assiste impuissant au dĂ©clin de son buziness depuis les agressions sanglantes commises sur ses effeuilleuses. RongĂ© par le remord d'avoir tuĂ© un de ses adversaires en plein match de boxe, il se retrouve dans une impasse Ă  tenter d'apprĂ©hender le mystĂ©rieux tueur. Jusqu'au jour oĂą son comparse et sa petite amie deviennent les nouvelles cibles de l'assassin. Entièrement filmĂ© de nuit au sein des quartiers miteux de Manhattan,  New-York, 2 heures du matin s'Ă©difie en fascinante plongĂ©e dans le cadre d'une boite de strip-tease prise Ă  parti avec un maniaque dont nous ne connaĂ®trons jamais le mobile. L'intĂ©rĂŞt rĂ©sidant plutĂ´t dans le portrait de cet ancien boxeur hantĂ© par sa culpabilitĂ© depuis un homicide involontaire. En quĂŞte de rĂ©demption, et c'est lĂ  oĂą l'intrigue distille un parfum de souffre particulièrement vĂ©nĂ©neux, ce dernier s'efforce de s'opposer Ă  la violence jusqu'au jour oĂą il est contraint de s'y adonner depuis un concours de circonstances toujours plus prĂ©judiciables. 


    Car au risque de sombrer dans la faillite professionnelle et s'attirant la colère de ces rivaux pour leur entreprise en chute libre, Matt finit par sombrer dans l'obsession d'apprĂ©hender coĂ»te que coĂ»te le responsable de ses ennuis et de ses nĂ©vroses. Ce qui culminera vers un final redoutablement âpre lorsqu'il usera Ă  nouveau de ses poings pour Ă©radiquer un adversaire adepte en arts-martiaux. Outre l'efficacitĂ© de l'intrigue oscillant les rebondissements horrifiques et les rapports de force entre associĂ©s vĂ©reux (notamment la filature infructueuse d'une police rĂ©actionnaire) et membres mafieux (que notre anti-hĂ©ros cĂ´toie depuis un contexte sanglant de son enfance), New-York, deux heures du matin tire-parti de son pouvoir de fascination par son climat d'authenticitĂ© rĂ©gi au sein d'une jungle urbaine Ă  laquelle une faune marginale se complaĂ®t au voyeurisme. En dĂ©pit des rĂ´les secondaires criants de vĂ©ritĂ© dans leur stature machiste ou burinĂ©e (Ă  l'instar de l'intervention mafieuse d'un parrain), le film est transcendĂ© de la carrure inflexible de Tom Berenger portant le film Ă  bout de bras de sa stature proscrite. Ce dernier endossant dans une attitude Ă  la fois flegme et renfrognĂ©e un macro au coeur tendre assailli par la culpabilitĂ© de son instinct meurtrier. Il y Ă©mane un saisissant portrait sans concession car Ă  double-tranchant, ce dernier Ă©tant contraint de rĂ©veiller sa tendance destructrice pour la survie de sa compagne et afin d'inhumer son passĂ© galvaudĂ©. 


    D'une violence percutante et d'une morale ambiguĂ«, New-York, deux heures du matin n'a rien perdu de sa puissance d'Ă©vocation de par l'illustration sordide de sa jungle urbaine subordonnĂ©e Ă  la perversion et au crime gratuit. TaillĂ© sur-mesure dans une intrigue solide terriblement magnĂ©tique, ce redoutable psycho-killer exploite notamment avec beaucoup d'efficacitĂ© le caractère oppressant du contexte horrifique parmi la facture psychologique d'un anti-hĂ©ros condamnĂ© Ă  l'impasse après avoir ranimer ses pulsions meurtrières. A ne pas rater. 

    *Bruno Matéï
    14.05.22. 5èx

    mercredi 6 mai 2015

    L'AME DES GUERRIERS. Meilleur Premier Film, Mostra de Venise, 1994

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site soundtrackcollector.com

    "Once Were Warriors" de Lee Thamahori. 1994. Nouvelle-Zélande. 1h42. Avec Rena Owen, Temuera Morrison, Mamaengaroa Kerr-Bell, Julian Arahanga, Taungaroa Emile, Rachael Morris Jr, Joseph Kairau.

    Récompense: Meilleur premier film, Mostra de Venise, 1994

    Sortie salles France: 10 Janvier 1994

    FILMOGRAPHIE: Lee Tamahori est un rĂ©alisateur nĂ©o-zĂ©landais, nĂ© le 17 Juin 1950 Ă  Wellington. 
    1994: L'âme des Guerriers. 1996: Les Hommes de l'Ombre. 1997: A couteaux tirés. 2001: Le Masque de l'Araignée. 2002: Meurs un autre jour. 2004: XXX 2. 2007: Next. 2011: The Devil's Double. 2015: Emperor.


    Uppercut Ă©motionnel comme on en voit rarement Ă  l'Ă©cran, l'Ame des Guerriers dĂ©peint avec rĂ©alisme Ă  couper au rasoir la descente aux enfers d'une famille de Maoris, faute de l'autoritĂ© castratrice d'un père de couleur noir rongĂ© par l'alcool et blasĂ© par l'esclavage de ces ancĂŞtres. EpaulĂ© d'une photo ocre afin d'accentuer le climat irrespirable d'un environnement insalubre, ce premier film laisse une cicatrice indĂ©lĂ©bile dans l'esprit du spectateur peu habituĂ© Ă  s'incliner devant une expĂ©rience aussi brutale ! 


    Prenant pour cadre la banlieue dĂ©shĂ©ritĂ©e d'Auckland en Nouvelle-ZĂ©lande, Lee Tamahori aborde les thèmes du chĂ´mage, de la dĂ©linquance, de la violence conjugale et de la dĂ©mission parentale, la cellule familiale volant ici en Ă©clat, du point de vue d'une misère sociale sans repères. Les enfants livrĂ©s Ă  eux-mĂŞme, car tĂ©moins de la dĂ©liquescence parentale, trinquant inĂ©vitablement pour se rĂ©fugier vers la drogue et la marginalitĂ©. Notamment parmi le repère influent d'une bande de guerriers juvĂ©niles grimĂ©s de tatouages tribaux Ă  l'instar de leurs ancĂŞtres Maoris. Par le biais de la figure paternelle en dĂ©chĂ©ance morale, faute de son alcoolisme et de son refus d'assumer son rĂ´le paternel, Lee Tamahori nous assène de plein fouet des discordes conjugales d'une brutalitĂ© Ă  la limite du soutenable. Si l'Ă©preuve de force de l'âme des Guerriers s'avère si oppressante par son intensitĂ© nĂ©vralgique, c'est qu'il parvient Ă  distiller un malaise proche du marasme pour la condition dĂ©plorable impartie Ă  la femme battue. HumiliĂ©e, menacĂ©e de mort et molestĂ©e sous les coups d'un phallocrate dĂ©pendant de sa musculature, de sa lâchetĂ© et de sa mĂ©diocritĂ©, cette dernière persĂ©vère nĂ©anmoins Ă  lui tenir tĂŞte avec une dignitĂ© fĂ©minine. Observant leur condition misĂ©reuse oĂą les orgies d'alcool sont monnaie courante lors de soirĂ©es entre amis peu frĂ©quentables, l'âme des guerriers transcende le portrait de cette mère de famille gagnĂ©e par la rage de vaincre la tyrannie machiste après avoir assumĂ© son inadvertance maternelle, passĂ©e une tragĂ©die inconsolable.   


    D'une rigueur émotionnelle parfois insupportable mais d'une dignité bouleversante pour la stature vaillante allouée à la femme battue, l'âme des Guerriers transcende ses clichés de sinistrose grâce à son réalisme tranché et à la dimension fragile de ses laissés-pour-compte reconvertis en guerriers conquérants. Un très grand film aussi furieusement épique que bouleversant dans sa dramaturgie opiniâtre, et un vibrant hommage à la communauté spirituelle des Maoris !
    Pour public averti

    Dédicace à Peter Hooper
    Bruno Matéï
    3èx

      mardi 5 mai 2015

      DEAD ZONE. Prix de la Critique, Prix du Suspense, Antenne d'Or, Avoriaz 1984.

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imagesetmots.fr

      "The Dead Zone" de David Cronenberg. 1983. U.S.A. 1h44. Avec Christopher Walken, Brooke Adams, Tom Skerritt, Herbert Lom, Anthony Zerbe, Colleen Dewhurst, Martin Sheen, Sean Sullivan.

      Sortie salles France: 7 Mars 1984. U.S: 21 Octobre 1983

      FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un réalisateur canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Canada). 1969: Stereo. 1970: Crimes of the Future. 1975: Frissons. 1977: Rage,1979: Fast Company. 1979: Chromosome 3. 1981: Scanners. 1982: Videodrome. 1983: Dead Zone. 1986: La Mouche. 1988: Faux-semblants. 1991: Le Festin nu. 1993: M. Butterfly. 1996: Crash. 1999: eXistenz. 2002: Spider. 2005 : A History of Violence. 2007: Les Promesses de l'ombre. 2011: A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis. 2014: Maps to the Stars.


      Un an après son chef-d'oeuvre visionnaire, Videodrome, David Cronenberg s'est entrepris en 1983 d'adapter Ă  l'Ă©cran, et pour la première fois de sa carrière, un roman de Stephen King. CouronnĂ© du Prix de la Critique, du Prix du Suspense et de l'Antenne d'Or Ă  Avoriaz, Dead Zone a notamment bĂ©nĂ©ficiĂ© des faveurs du public et de la critique après un succès commercial dignement mĂ©ritĂ©. Pourvu d'un scĂ©nario original dĂ©ployant des intrigues annexes toujours plus captivantes et alarmistes quant Ă  l'issue prĂ©caire du destin de l'humanitĂ©, ce drame psychologique d'une grande intensitĂ© est transcendĂ© par la prĂ©sence de Christopher Walken. L'acteur se fondant dans la peau du professeur infirme avec une vĂ©ritĂ© humaine proprement bouleversante par son statut fragile de medium tributaire de son don, et donc rapidement Ă©tiquetĂ© par la population comme un charlatan, voir une bĂŞte de foire.


      Après un terrible accident qui lui valu 5 ans de coma et la rupture sentimentale avec sa fiancĂ©e, John Smith souffre de visions prophĂ©tiques uniquement par le contact d'une poignĂ©e de mains. Grâce Ă  son pouvoir inexpliquĂ©, il rĂ©ussit Ă  extirper des flammes une fillette lors d'un incendie domestique. Sa notoriĂ©tĂ© grandissante, la police lui suggère son appui pour le cas d'un serial-killer sĂ©vissant depuis quelques annĂ©es au sein de Castle Rock. PlongĂ© dans sa solitude car victime de son fardeau surnaturel, il refuse leur proposition avant de se raviser. Quand bien mĂŞme il s'aperçoit finalement qu'il est non seulement capable d'entrevoir le passĂ© et le prĂ©sent mais qu'il est Ă©galement apte Ă  en modifier le futur. Plaidoyer pour le droit Ă  la diffĂ©rence lorsqu'un individu victime de sa clairvoyance est contraint de se reclure, faute de l'intolĂ©rance et la curiositĂ© des citadins avides de sensationnalisme, David Cronenberg en Ă©tablit le portrait fragile d'un homme entraĂ®nĂ© dans une dĂ©rive d'Ă©vènements aussi graves que fructueux quand Ă  l'issue de leurs rĂ©solutions. Par le biais de son destin singulier, la dĂ©veine que John protestait dans une insupportable solitude va finalement se transformer en offrande lorsque le sort de l'humanitĂ© s'apposera entre ses mains. Par la gravitĂ© d'un contexte apocalyptique laissant prĂ©sager la gestation d'une 3è guerre mondiale, David Cronenberg distille un suspense tendu tout en ironisant sur la dĂ©magogie sournoise du monde politique lorsqu'un candidat Ă  la prĂ©sidence redouble de persuasion Ă  endoctriner son Ă©lectorat Ă  renfort de serments racoleurs. Sur ce point, l'interprĂ©tation pleine d'Ă -propos de Martin Sheen s'avère dĂ©lectable dans sa facultĂ© machiavĂ©lique Ă  dompter sa population mais aussi son entourage et ses concurrents, notamment par l'intimidation du chantage. Se rattachant toujours Ă  la dimension humaine de John partagĂ©e entre la raison d'un acte d'hĂ©roĂŻsme et la passion des sentiments, l'intrigue accorde davantage de crĂ©dit Ă  la dĂ©chirante histoire d'amour que ce dernier endure parmi la prĂ©sence rĂ©currente de son ancienne compagne, supporter politique de Greg Stillson !


      "Si le futur était entre vos mains, le changeriez-vous ?"
      Sous couvert d'argument fantastique accordant une rĂ©flexion sur la nature plausible du don, Dead Zone juxtapose le drame psychologique et la romance impossible du point de vue d'un medium en quĂŞte de rĂ©demption. Dans sa fonction prĂ©caire d'invalide partagĂ© entre la malĂ©diction du sort et le sens du devoir, David Cronenberg en extrait un chef-d'oeuvre de sensibilitĂ© que Christopher Walken transfigure avec une Ă©motion humaine Ă  fleur de peau (score mĂ©lodique de Michael Kamen Ă  l'appui).  

      Bruno Matéï
      8èx

      Récompenses:
      Saturn Award du meilleur film d'horreur, 1984
      Prix de la critique, prix du suspense et Antenne d'or au Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1984.
      Meilleur film et prix du public au Fantafestival, 1984.

      lundi 4 mai 2015

      POLYTECHNIQUE

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmofilia.com

      de Denis Villeneuve. 2009. Canada. 1h17. Avec Karine Vanasse, Sébastien Huberdeau, Maxim Gaudette, Evelyne Brochu, Pierre-Yves Cardinal, Johanne-Marie Tremblay.

      InĂ©dit en salles en France. 

      FILMOGRAPHIE: Denis Villeneuve est un scénariste et réalisateur québécois, né le 3 octobre 1967 à Trois-Rivières.
      1996: Cosmos. 1998: Un 32 Août sur terre. 2000: Maelström. 2009: Polytechnique. 2010: Incendies. 2013: An Enemy. 2013: Prisoners.


      RĂ©alisateur aujourd'hui reconnu du public grâce Ă  ces deux rĂ©centes oeuvres, Prisoners et Enemy, Dennis Villeneuve s'Ă©tait intĂ©ressĂ© en 2009 Ă  relater les tragiques Ă©vènements de la tuerie de l'Ă©cole polytechnique de MontrĂ©al survenue le 6 DĂ©cembre 1989 au Quebec. TournĂ© en noir et blanc, Polytechnique retransmet avec souci documentaire la journĂ©e sanglante qui eut lieu au sein de l'Ă©tablissement sous l'impulsion d'un tueur misogyne, et les consĂ©quences psychologiques de deux rescapĂ©s après le carnage. RĂ©futant toute forme de voyeurisme et de complaisance (d'oĂą le parti-pris du noir et blanc afin de stĂ©riliser le caractère sanglant des sĂ©quences les plus dures), le film fait preuve d'une surprenante pudeur dans sa manière de nous reconstituer cette dĂ©rive meurtrière par le biais d'une mise en scène rĂ©flĂ©chie. Notamment sa construction narrative infaillible oĂą l'alternance du prĂ©sent et du passĂ© en exacerbe l'intensitĂ© des situations dĂ©munies (Ă  l'instar de cet Ă©tudiant martelĂ© par le remord de ne pas avoir cĂ©dĂ© Ă  l'hĂ©roĂŻsme de dernier ressort pour sauver son amie !). 


      La camĂ©ra fluide scrutant les lieux de l'Ă©tablissement comme un dĂ©dale sans repères que les Ă©lèves apeurĂ©s tentent in extremis de s'extraire dans un Ă©lan de survie, quand bien mĂŞme les Ă©tats d'âme de deux rescapĂ©s nous sont Ă©voquĂ©s avec une sensibilitĂ© dĂ©pressive lorsqu'ils essaient de se raccrocher au soutien familial ou Ă  la progĂ©niture. Ces sĂ©quences intimistes, parfois mĂŞme poĂ©tiques dans la pudeur existentielle, renforcent l'indicible tristesse qui irrigue les tourments des survivants après avoir vĂ©cu l'horreur d'une situation impondĂ©rable. LĂ  oĂą la tranquillitĂ© du quotidien scolaire s'interrompait brusquement pour cĂ©der place aux exactions meurtrières d'un Ă©tudiant dĂ©clarant sa haine contre le fĂ©minisme car les accusant d'avoir ruinĂ© sa vie ! Sur ce dernier point, Dennis Veilleneuve fait Ă©galement diluer une angoisse exponentielle quant aux motivations dĂ©rangĂ©es du tueur et ces prĂ©paratifs du carnage, notamment en insistant sur la mise en attente des actes crapuleux (ce dernier, dĂ©terminĂ©, Ă©tant nĂ©anmoins gagnĂ© par l'inquiĂ©tude et le stress avant la rĂ©action du passage Ă  l'acte). 


      Modèle de mise en scène et de dignitĂ© oĂą les non-dits des protagonistes, leur posture parano et leur impuissance de contredire la mort laissent transparaĂ®tre une Ă©motion aussi fragile que bouleversante, Polytechnique dresse le puissant tĂ©moignage d'une fusillade de triste mĂ©moire, rĂ©flexion existentielle sur une jeunesse psychotique livrĂ©e Ă  une solitude incurable, avant de mettre en appui l'Ă©preuve humaine du traumatisme avec candide dĂ©sarroi. 

      Dédicace à Jean Marc Micciche
      Bruno Matéï

      In Memoriam:
      Geneviève Bergeron (née en 1968), étudiante en génie civil.
      Hélène Colgan (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
      Nathalie Croteau (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
      Barbara Daigneault (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
      Anne-Marie Edward (née en 1968), étudiante en génie chimique.
      Maud Haviernick (née en 1960), étudiante en génie des matériaux.
      Barbara Klucznik-Widajewicz (née en 1958), étudiante infirmière.
      Maryse Laganière (née en 1964), employée au département des finances.
      Maryse Leclair (née en 1966), étudiante en génie des matériaux.
      Anne-Marie Lemay (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
      Sonia Pelletier (née en 1961), étudiante en génie mécanique.
      Michèle Richard (née en 1968), étudiante en génie des matériaux.
      Annie St-Arneault (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
      Annie Turcotte (née en 1969), étudiante en génie des matériaux.
      Au moins quatre personnes se sont suicidées à la suite de cet événement.