lundi 3 août 2015

Esther / Orphan

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jaume Collet-Sera. 2009. France/Allemagne/Canada.U.S.A. 2h03. Avec Vera Farmiga, Peter Sarsgaard, Isabelle Fuhrman, Jimmy Bennett, CCH Pounder, Margo Martindale, Karel Roden, Aryana Engineer.

Sortie salles France: 30 Décembre 2009

FILMOGRAPHIE: Jaume Collet-Serra est un réalisateur catalan, né le 23 Mars 1974 à Barcelone.
2005: La Maison de Cire. 2007: Goal 2: La Consécration. 2009: Esther. 2011: Sans Identité. 2014: Non-Stop. 2015: Run all Night.


Prenant pour thème l'enfant meurtrier, Esther mise sur le divertissement calibrĂ© Ă  partir d'un scĂ©nario charpentĂ© faisant preuve de montĂ©e en puissance du suspense et de violence rigoureuse Ă©tonnamment jusqu'au-boutiste pour une production PG-13. 

SynopsisAprès la perte de leur 3è enfant, un jeune couple dĂ©cide d'adopter une orpheline native de Russie, Esther. Rapidement, de nombreux incidents intentent Ă  la tranquillitĂ© de la famille Coleman, quand bien mĂŞme la mère commence Ă  porter des suspicions sur la petite Ă©trangère. 

"Plus rĂ©ussi est le mĂ©chant, plus rĂ©ussi sera le film", dixit Alfred Hitchcock, et on peut dire que chez Esther nous tenons lĂ  un fameux spĂ©cimen de psychopathe en jupe courte. Impassible, insidieuse et glaçante d'austĂ©ritĂ©, Isabelle Fuhrman porte le film sur ses Ă©paules du haut de ses 12 ans tant elle impressionne Ă  provoquer l'Ă©moi lors de ses stratĂ©gies dĂ©lĂ©tères, l'Ă©bauche de ses exactions s'avĂ©rant toujours plus couillue et ambitieuse. Nanti d'un regard noir d'une intensitĂ© dĂ©rangeante; cruelle et impitoyable lorsqu'elle s'adonne aux meurtres, l'actrice provoque d'autant plus la gĂŞne dans sa condition infantile immorale (notamment son jeu de sĂ©duction incestueux entretenu avec le père) dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  influencer les rejetons de sa nouvelle famille pour mieux parfaire son dessein.


De par l'efficacitĂ© du scĂ©nario, le savoir-faire de sa rĂ©alisation maĂ®trisĂ©e et le jeu spontanĂ© des comĂ©diens, Esther parvient Ă  captiver, notamment parmi l'habiletĂ© Ă  laquelle fait preuve Jaume Collet-Sera d'y prĂ´ner les ressorts psychologiques d'une famille en perdition. L'ambition majeure d'Esther Ă©tant d'inciter l'entourage familial Ă  Ă©carter la mère afin de mieux influencer le père dans une relation d'ordre affective (pour ne pas dire sentimentale !). Ce qui donne lieu Ă  des affrontements psychologiques plutĂ´t intenses lorsque Kate Coleman tente de prouver Ă  sa thĂ©rapeute et surtout Ă  son Ă©poux qu'Esther est devenue une menace lĂ©tale auprès de sa famille. Bien entendu, du fait du passĂ© alcoolique de cette dernière ayant failli causĂ© la mort de sa fille, et Ă  cause de sa maternitĂ© infĂ©conde la plongeant dans un dĂ©sĂ©quilibre moral, John Coleman tend Ă  protĂ©ger Esther malgrĂ© des Ă©pisodes accidentels toujours plus alarmants. Outre la tension psychologique qui Ă©mane de leurs rapports discordants, l'intrigue met Ă©galement en appui des rebondissements incisifs autour de l'identitĂ© d'Esther tout en insufflant un suspense exponentiel quant Ă  la survie de la famille. LĂ  encore le cinĂ©aste fait preuve d'audace Ă  mettre en pratique une violence graphique perpĂ©trĂ©e par une fillette dĂ©saxĂ©e auquel les sentiments de haine, de rancoeur et de jalousie atteindront leur apogĂ©e lors du point d'orgue tragico-explosif.


Etonnamment violent et cruel (notamment parmi le tĂ©moignage infantile involontairement complice), Esther s'impose en exercice de style tendu (jouer avec nos nerfs avec une efficacitĂ© retorse) pour y vanter une sĂ©rie B horrifique fertile en rebondissements et pĂ©ripĂ©ties criminelles. Avec la plus-value Vera Farmiga exprimant un jeu viscĂ©ral de pugnacitĂ© rĂ©voltĂ©e et aparmi l'icone dĂ©moniale  Isabelle Fuhrman, leur inimitiĂ© de longue haleine constitue l'attraction Ă©motionnelle d'un jeu d'autoritĂ© irrĂ©ductible. Excellent divertissement (Ă©tonnamment) rosse donc Ă  la photo d'autant plus chiadĂ©e auprès d'une luminositĂ© sĂ©pia nuancĂ©e. 

*Bruno
16.12.24. 3èx. Vost  

vendredi 31 juillet 2015

JURASSIC PARK

                                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site buzzfeed.com

de Steven Spielberg. 1993. U.S.A. 2h07. Avec Sam Neil, Laura Dern, Jeff Goldblum, Richard Attenborough, Bob Peck, Martin Ferrero, Joseph Mazzello, Ariana Richards, Samuel L. Jackson.

Sortie salles France: 20 Octobre 1993. U.S: 11 Juin 1993

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la LĂ©gion d'honneur est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste, producteur exĂ©cutif, producteur dĂ©lĂ©guĂ© et crĂ©ateur amĂ©ricain, nĂ© le 18 dĂ©cembre 1946 Ă  Cincinnati (Ohio, États-Unis). 1971: Duel , 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è Ă©pisode),1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad,1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, ArrĂŞte-moi si tu peux, 2004:Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal,2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln. 2015: Le Pont des Espions.


Succès planĂ©taire lors de sa sortie, Jurassic Park est le fruit de l'association de l'Ă©crivain Michael Crichton avec le maĂ®tre du divertissement Steven Spielberg mettant en scène pour la première fois Ă  l'Ă©cran des dinosaures par Animatronique et images de synthèse. RĂ©volutionnaires pour l'Ă©poque, le film doit essentiellement de sa notoriĂ©tĂ© grâce aux effets numĂ©riques ahurissants de rĂ©alisme afin de faire revenir Ă  la vie nos monstres de la prĂ©histoire tels que les Diplodocus, les VĂ©lociraptors, les Dilophosaures et surtout un Tyrannosaure du plus bel effet rugissant ! C'est d'ailleurs par le biais de ce T-Rex monstrueux qu'une sĂ©quence-clef culmine son impact catastrophiste lors d'une altercation avec deux enfants rĂ©fugiĂ©s en interne d'une voiture. Un moment claustro d'une intensitĂ© dramatique Ă©pique, Spielberg filmant cette bravoure avec la virtuositĂ© d'un montage consciencieux, notamment pour la poursuite Ă  perdre haleine que les victimes molestĂ©es doivent parcourir ensuite Ă  travers bois.


Misant tout son potentiel visuel dans le sens du spectacle homérique et merveilleux (la première apparition du Diplodocus déambulant en toute quiétude sur une plaine insuffle un souffle féerique !), Spielberg parvient à nous immerger dans le contexte improbable d'une résurrection préhistorique par le biais d'un scénario cohérent. Une trame scientifique traitant du clonage et des manipulations génétiques à partir de l'Adn d'un moustique fossilisé contenant du sang de dinosaure et avec celui d'une grenouille engendrant la procréation de monstres uniquement femelles (une manière sereine d'éviter leur surpopulation et l'éventuel chaos). Au passage, il n'oublie pas de mettre en garde le caractère irresponsable de scientifiques utopistes violant les lois de la nature au profit de leur fantasme et leur cupidité, quand bien même la société de consommation est prête à exploiter sans vergogne les loisirs à sensations au mépris de la sécurité des touristes. Un milliardaire, apprenti sorcier, décide donc avec l'appui de son équipe scientifique de créer un gigantesque parc animalier prochainement réceptionné pour le public. Alors que deux paléontologues, deux enfants, un avocat et un mathématicien sont invités à scruter les lieux, ils finissent par s'y retrouver piégés sous une nuit pluvieuse. Epreuve de survie, c'est donc une partie de cache-cache que nos héros vont défier parmi les provocations bellicistes des dinosaures planqués derrière les bosquets et avant qu'ils n'investissent les lieux sécurisés de l'entreprise. Mené avec un savoir-faire imperturbable, Jurassic Park parvient à distraire efficacement malgré sa linéarité sans surprises (rejoindre un siège social pour se protéger de la menace préhistorique). Pour cela, il compte sur les courses-poursuites affolantes des protagonistes départagés en deux clans, et sur l'exploitation des décors naturels et du huis-clos qu'ils ratissent prudemment afin de déjouer les affronts des insidieux Raptors et du géant T-Rex.


Spectaculaire avec une juste mesure, haletant et parfois très impressionnant (la première attaque du T-Rex restera dans toutes les mĂ©moires !), Jurassic Park parvient assez efficacement Ă  Ă©merveiller son public pris Ă  parti entre l'effroi du mode catastrophe et la fĂ©erie contemplative des monstres de leur enfance. Un fantasme inespĂ©rĂ© que Steven Spielberg est parvenu Ă  cristalliser par le biais d'un scĂ©nario (Ă©trangement) cohĂ©rent et par l'appui hĂ©roĂŻque de personnages humainement attachants. 

Bruno Matéï
3èx

jeudi 30 juillet 2015

Wolfman

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmofilia.com

de Joe Johnston. Director's cut. 2010. U.S.A/Angleterre. 1h58. Avec Benicio Del Toro, Emily Blunt, Anthony Hopkins, Hugo Weaving, Geraldine Chaplin, Art Malik, Kiran Shah, Elizabeth Croft, Sam Hazeldine, David Sterne.

Sortie salles France: 10 Février 2010. U.S: 12 Février 2010

FILMOGRAPHIE: Joseph Eggleston "Joe" Johnston est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 13 mai 1950 Ă  Fort Worth, Texas. 1989: ChĂ©rie, j'ai rĂ©trĂ©ci les gosses. 1991: Les Aventures de Rocketeer. 1994: Richard au pays des livres magiques. 1995: Jumanji. 1999: Ciel d'Octobre. 2001: Jurassic Park 3. 2004: Hidalgo. 2010: Wolfman. 2011: Captain America: First Avenger. 2013: Not safe for work.

 
"Dans l’ombre du père, la bĂŞte"
Échec commercial injustifiĂ© lors de sa sortie, alors qu’il adopte une ambition aussi formelle que psychologique, Wolfman remet au goĂ»t du jour le mythe lycanthrope en rendant un hommage humble et fervent aux monstres sacrĂ©s de la Universal et Ă  l’Ă©lĂ©gance gothique de la Hammer

1891. Après la mort de son frère, un comĂ©dien de théâtre revient sur les terres de son enfance pour retrouver un père reclus dans l’austĂ©ritĂ© d’un manoir brumeux. Tandis que les villageois tombent, dĂ©chiquetĂ©s par une bĂŞte sauvage, Lawrence Talbot ignore encore qu’il va exhumer un terrible secret familial.

Nanti de dĂ©cors gothiques Ă  couper le souffle et d’une photo crĂ©pusculaire, baignĂ©e d’onirisme, Wolfman dĂ©poussière l’Ă©pouvante sĂ©culaire par un mĂ©lange d’effusions gore cinglantes et d’action homĂ©rique. Un dosage habile que Joe Johnston exploite avec intelligence, Ă  travers une narration charpentĂ©e laissant libre cours aux tourments de personnages infortunĂ©s avant que ne gronde l’inĂ©luctable. Le rĂ©alisateur s’attarde sur la discorde d’une famille brisĂ©e, tendue autour d’un face-Ă -face amer entre un père vĂ©reux et un fils candide, malgrĂ© lui impliquĂ© dans une malĂ©diction atroce l’incitant Ă  faire justice par instinct de vengeance.

Pour incarner ces tensions parentales Ă  la colère contenue, on peut compter sur deux acteurs au charisme viril et ombrageux. Benicio Del Toro, fĂ©lin, habite un fils tourmentĂ©, partagĂ© entre sa malĂ©diction et la rage d’avoir dĂ©couvert l’auteur des morts de sa mère et de son frère. InternĂ©, expĂ©rimentĂ© dans un asile, il devra aussi affronter l’intolĂ©rance d’un peuple avide de lynchage. En patriarche bourru et solitaire, Anthony Hopkins jubile Ă  distiller ambigĂĽitĂ©, orgueil cruel et jouissance trouble, se gaussant du destin de sa progĂ©niture. Au cĹ“ur de cette guerre larvĂ©e, une romance affleure par le biais de Gwen, la fiancĂ©e dĂ©funte de Ben, incarnĂ©e avec pudeur et fragilitĂ© par Emily Blunt. Elle s’abandonne aux bras du frère survivant, et incarne bientĂ´t l’ultime espoir de rĂ©demption pour le loup.

Fascinant Ă  plus d’un titre, notamment par la photogĂ©nie foudroyante de son esthĂ©tisme, Wolfman transcende ses scènes d’action et de transformation grâce Ă  des effets spĂ©ciaux souvent bluffants - si l’on excepte quelques CGI disgracieux. Les diverses mĂ©tamorphoses, rugueuses, bestiales, rĂ©sonnent avec la fureur lycanthrope dĂ©jĂ  sublimĂ©e par Neil Jordan dans le magnifique conte mĂ©taphysique La Compagnie des Loups.


Spectacle onirico-gothique d’une beautĂ© suffocante, Wolfman renoue avec la flamboyance du cinĂ©ma d’Ă©pouvante vintage avec une vigueur et une inspiration qui forcent le respect. MenĂ© tambour battant Ă  travers une cavalcade de pĂ©ripĂ©ties sanglantes et bondissantes - dont une course-poursuite haletante sur les toits - et portĂ© par le duo magnĂ©tique Del Toro / Hopkins, cette relecture fiĂ©vreuse mĂ©rite, Ă  son tour, de s’Ă©riger en classique (moderne) du genre. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

2èx
30.07.15
12.03.11 (89)

    mercredi 29 juillet 2015

    L'IMPASSE

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

    "Carlito's Way" de Brian De Palma. 1993. U.S.A. 2h24. Avec Al Pacino, Sean Penn, Penelope Ann Miller, John Leguizamo, Ingrid Rogers, Luis Guzman, James Rebhorn, Viggo Mortensen.

    Sortie salles France: 23 Mars 1994. U.S: 17 Novembre 1993

    FILMOGRAPHIE: Brian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis.
    1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion.


    "Vivre toute une vie sans croiser la route d'un ange, tu vois, c'est bien pire que d'être là, dévoré par le froid..."

    10 ans après Scarface, Brian De Palma renoue sa collaboration avec Al Pacino pour dresser le portrait désenchanté d'un gangster latino en quête de rédemption. Prenant donc le contre-pied du personnage vénal de Tony Montana, l'Impasse transcende avec une virtuosité fulgurante le profil mélancolique d'un ancien caïd de la drogue délibéré à se racheter une conduite après avoir purgé 5 ans de prison. Acquitté grâce à la complicité véreuse de son avocat (Sean Penn, quasi méconnaissable !) alors qu'il devait purger 30 ans, Charlie Brigante retrouve ses anciens comparses de la pègre avant de renouer contact avec son ancienne compagne, Gail. Mais dans un concours de circonstances infortunées et par le compromis de son avocat à qui il devait une faveur, il se retrouve impliqué dans la complicité meurtrière d'un baron de la drogue.


    Par le biais d'une intrigue charpentĂ©e multipliant sans esbroufe les rebondissements d'anthologie, mĂ©lodrame et film de gangsters s'entrecroisent avec une maestria technique Ă  couper le souffle, Ă  l'instar de la fidèle reconstitution Ă©tablie au paysage New-yorkais des Seventies. Tant auprès d'un point de vue romantique lorsque Charlie Brigante observe lointainement sous la pluie sa compagne Ă  interprĂ©ter une leçon de danse, que lors de circonstances sanglantes, telle la fusillade confinĂ©e dans la salle de billard ou de l'haletante poursuite perpĂ©trĂ©e dans le mĂ©tro, l'Impasse donne le vertige parmi l'appui d'un Al Pacino pĂ©tri d'humanisme car inscrit dans le dĂ©sespoir et la dĂ©veine. S'identifiant Ă  son nouveau profil empathique, nous nous impliquons dans ses vicissitudes avec la peur au ventre sachant que le prologue nous avait dĂ©jĂ  devancĂ© l'issue fatale de sa destinĂ©e. Portrait fragile d'un ancien gangster incapable de fuir ses dĂ©mons depuis son passĂ© de corruption et de criminalitĂ©, Charlie Brigante nous commente avec dĂ©sillusion que l'amitiĂ© et le code d'honneur dans les milieux mafieux ne sont plus d'actualitĂ© au sein des annĂ©es 70, faute d'une nouvelle gĂ©nĂ©ration cuistre avide d'une libertĂ© sans dĂ©ontologie. Discours sur la loi du plus fort et celle du Talion, sur l'anachronisme d'un homme dĂ©passĂ© par le modernisme d'une Ă©poque qu'il ne comprends plus, tĂ©moignage sur la maturitĂ© de la vieillesse en voie de sagesse, l'Impasse s'Ă©difie en poème mortuaire lorsqu'il s'agit de mettre en exergue le dĂ©clin d'un ancien magnat coupable de son inhabituel laxisme et de sa confiance empotĂ©e envers ses sbires.


    D'une intensitĂ© dramatique aussi Ă©pique que bouleversante (le final inconsolable s'avĂ©rant l'une des plus belles morts du cinĂ©ma !) et d'un suspense exponentiel Ă  couper au rasoir lors de son cheminement dĂ©lĂ©tère, l'Impasse offre (une ultime fois) ses lettres de noblesse au film de gansgters latinos parmi des trognes burinĂ©es plus vraies que nature et parmi l'icone du couple passionnel. Al Pacino / Penelope Ann Miller (magnifique portrait de femme aussi vertueuse qu'avisĂ©e !) formant le duo d'amants dĂ©chirĂ©s entre la grâce de leur tendresse et l'espoir sentencieux. SublimĂ© par le score sensible de Patrick Doyle, ce chef-d'oeuvre de tragĂ©die criminelle rĂ©invente le langage du cinĂ©ma avec une virtuositĂ© incandescente.  

    Bruno Matéï
    3èx

    mardi 28 juillet 2015

    PASSION

                                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site meetinthelobby.com

    de Brian De Palma. 2012. France/Allemagne. 1h40. Avec Rachel McAdams, Noomie Rapace, Karoline Herfurth, Paul Anderson, Max Urlacher.

    Sortie salles France: 13 Février 2013.

    FILMOGRAPHIE: Brian De Palma, de son vrai nom Brian Russel DePalma, est un cinéaste américain d'origine italienne, né le 11 septembre 1940 à Newark, New-Jersey, Etats-Unis.
    1968: Murder à la mod. Greetings. The Wedding Party. 1970: Dionysus in'69. Hi, Mom ! 1972: Attention au lapin. 1973: Soeurs de sang. 1974: Phantom of the paradise. 1976: Obsession. Carrie. 1978: Furie. 1980: Home Movies. Pulsions. 1981: Blow Out. 1983: Scarface. 1984: Body Double. 1986: Mafia Salad. 1987: Les Incorruptibles. 1989: Outrages. 1990: Le Bûcher des vanités. 1992: l'Esprit de Cain. 1993: l'Impasse. 1996: Mission Impossible. 1998: Snake Eyes. 2000: Mission to Mars. 2002: Femme Fatale. 2006: Le Dahlia Noir. 2007: Redacted. 2012: Passion.


    DĂ©criĂ© par la critique, Passion renoue avec les thrillers des annĂ©es 80 que Brian De Palma avait su parfaire avec le talent Hitchockien qu'on lui connait. En abordant ses thèmes fĂ©tiches impartis au double, au mensonge, Ă  la jalousie, la trahison, la vengeance et la sexualitĂ© (passionnelle), le cinĂ©aste construit une intrigue machiavĂ©lique autour d'une rivalitĂ© fĂ©minine se disputant la concurrence dans une agence de pub. Provocateur dans son habiletĂ© d'exploiter sexe et violence avec une efficacitĂ© studieuse, De Palma cultive un jeu de perversion et d'humiliation entre la directrice de l'Ă©tablissement Christine et son adjointe Isabelle depuis que cette dernière partage en secret une infidĂ©litĂ© avec son amant. Pour pimenter l'intrigue, une autre employĂ©e, Dani, se porte tĂ©moin de leur pugilat avant de divulguer ses sentiments pour Isabelle, quand bien mĂŞme l'amant des deux rivales est impliquĂ© dans une malversation que Christine est sur le point de faire chanter. Autour de ce quatuor d'employĂ©s cupides mais manoeuvrĂ©s, un meurtre va ĂŞtre perpĂ©trĂ© et cumuler les preuves contre Isabelle bien que cette dernière s'efforce de prouver Ă  la police qu'elle se trouvait Ă  la session d'un ballet au moment du crime. 


    Avec une maĂ®trise technique que l'on avait pas connu depuis la première partie de Snake Eyes, Brian De Palma parvient Ă  renouveler la vigueur incisive d'un suspense Hitchcockien grâce Ă  l'ossature d'un script oĂą le faux semblant reste le pilier du cheminement dramatique en perdition. Le premier acte s'avère consciencieux pour mettre en exergue la prĂ©sentation des personnages tours Ă  tours suspicieux, manipulateurs, victimes et vice-versa au sein de leur multinationale. Dans leur travers mĂ©galo avide de notoriĂ©tĂ© on peut d'ailleurs y dĂ©celer une satire sur l'arrivisme au sein du merchandising de la pub par le biais de Christine et de son amant vĂ©nal Dirk, puis Ă  Ă©chelle plus modeste chez Isabelle, collaboratrice en ascension toujours plus vantĂ©e par ses patrons et donc attisant la jalousie de sa dirigeante. Outre une direction d'acteurs hors-pair, Rachel McAdams et Noomi Rapace se disputent la vedette avec charme et fourberie vĂ©nĂ©neux dans leur discorde professionnelle axĂ©e sur la provocation, l'intimidation et la vengeance. La seconde partie, plus haletante et pĂ©rilleuse, multiplie rebondissements et subterfuges avec la virtuositĂ© habituelle de De Palma, notamment dans la structure gĂ©omĂ©trique des cadrages alambiquĂ©s et d'une photo pastel pleine de contrastes. Si le caractère prĂ©visible du potentiel coupable peut rapidement ĂŞtre Ă©ventĂ©, la manière captivante dont De Palma continue de narrer son histoire et le sens du dĂ©tail allouĂ© Ă  la machination continue de nous surprendre, Spoil ! notamment parmi l'intrusion capitale d'un tĂ©moin oculaire ! Fin du Spoil. Qui plus est, la conclusion Ă©quivoque offre la possibilitĂ© d'Ă©mettre plusieurs hypothèses sur la pathologie du coupable (rĂŞve et rĂ©alitĂ© se confondent parfois dans son esprit chargĂ© de remords), sur l'Ă©ventuel intrusion d'un nouveau suspect et le caractère vindicatif d'un acte morbide laissĂ© en suspens. 


    DominĂ© par le tempĂ©rament insidieux de deux actrices usant de charme et sagacitĂ© avec ferveur, rĂ©alisĂ© avec brio et esthĂ©tiquement travaillĂ© dans son panel de couleur limpides et de cadrages obliques, Passion surprend agrĂ©ablement pour la rĂ©surrection du maĂ®tre du suspense vĂ©ritablement inspirĂ© Ă  traiter un thriller Ă©rotique oĂą le simulacre est roi au sein d'une agence de pub fallacieuse ! 

    Bruno Matéï

    lundi 27 juillet 2015

    Spring

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site desdeabajo.net

    de Justin Benson et Aaron Moorhead. 2014. U.S.A. 1h49. Avec Lou Taylor, Nadia Hilker, Vanessa Bednar, Shane Brady, Francesco Carnelutti.

    Sortie salles U.S.A: 20 Mars 2015

    FILMOGRAPHIE: Justin Benson est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 9 Juin 1983 Ă  San Diego, Californie, U.S.A. 2012: Resolution. 2014: V/H/S: viral -segmetn Bonestorm). 2014: SpringAaron Moorhead est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, producteur amĂ©ricain. 2010: A Glaring Emission. 2012: Resolution. 2014: V/H/S: viral -segmetn Bonestorm). 2014: Spring


     Avertissement !
    Je vous recommande de passer outre la promo de son trailer avant de découvrir le film.

    RĂ©vĂ©lĂ©s par leur premier essai, l’Ă©tonnant Resolution, les compères Justin Benson et Aaron Moorhead continuent de surprendre avec Spring, une love story aussi inattendue qu’hors normes dans l’itinĂ©raire d’un jeune homme venu s’exiler en Italie après la mort de ses parents. LĂ -bas, au dĂ©tour des ruelles et des paysages azurĂ©ens, il croise la route d’une envoĂ»tante inconnue qu’il parvient Ă  courtiser malgrĂ© l’autoritĂ© de son tempĂ©rament et ses mystĂ©rieuses disparitions. Au fil de leur relation, Evan comprend qu’elle dissimule un secret... monstrueux.


    TournĂ© dans de magnifiques lieux touristiques d’Italie, Spring est une invitation Ă  l’escapade et Ă  l’amour, Ă  travers l’errance d’un homme dĂ©cidĂ© Ă  fuir le deuil pour rĂŞver d’un avenir plus doux. En mariant la romance au film de monstres, Benson et Moorhead dĂ©jouent les attentes et Ă©tonnent par cette leçon de tolĂ©rance sur le droit Ă  la diffĂ©rence. Un conte empreint d’onirisme, sublimĂ© par les dĂ©cors crĂ©pusculaires ou baignĂ©s de soleil, que les deux âmes errantes traversent dans une fragile harmonie. Derrière ses thèmes a priori Ă©culĂ©s - la passion, la peur de l’Ă©chec, le vertige de l’engagement - Spring renouvelle l’Ă©motion grâce Ă  la sincĂ©ritĂ© d’une mise en scène minutieuse, soucieuse de nourrir une ambiance presque irrĂ©elle, bercĂ©e par les battements feutrĂ©s du cĹ“ur amoureux.

    Sans pathos ni complaisance, l’intrigue se dĂ©ploie dans une simplicitĂ© maĂ®trisĂ©e, prĂ©fĂ©rant la maturitĂ© Ă©motionnelle Ă  la facilitĂ© des bons sentiments. L’attachement que l’on Ă©prouve pour ce couple Ă©corchĂ© est renforcĂ© par le rĂ©alisme de leur trajectoire, que les rĂ©alisateurs transcendent en contournant les conventions de la romance hollywoodienne. Grâce au naturel dĂ©sarmant des comĂ©diens et Ă  leur complicitĂ© palpable, Spring envoĂ»te, plongeant le spectateur dans une malĂ©diction oĂą le danger guette sans jamais rompre la fascination. La rĂ©alisation, fidèle Ă  l'esprit du cinĂ©ma indĂ©pendant, dĂ©ploie une intelligence rare, d’autant que les effets spĂ©ciaux, discrets mais impressionnants, magnifient les mĂ©tamorphoses organiques avec un sens du dĂ©tail troublant.

    Hymne Ă  l’amour et Ă  la rencontre imprĂ©visible, Spring exprime sa magie avec une libertĂ© de ton presque documentaire.


    "Mutation sentimentale au soleil d’Italie".
    Onirique, Ă©trange, mĂ©taphysique, sensuel et, au final, bouleversant - Ă  l’image du score hypnotique de Jimmy LaValle et Sigur RĂłs - Spring sĂ©duit les sens par l’abandon de ses comĂ©diens et la dĂ©licatesse de ses cinĂ©astes. Une oeuvre magnifique au charme Ă  la fois naturel et dĂ©pouillĂ©, oĂą la puretĂ© des sentiments ne sombre jamais dans la niaiserie, mais se confronte Ă  l’horreur organique d’un mythe ancestral.

    *Bruno 
    07.07.25. Vost

    vendredi 24 juillet 2015

    The loved ones. Prix du Jury, Prix SyFy, Gérardmer 2011

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site seriebox.com

    de Sean Byrne. 2009. Australie. 1h24. Avec Xavier Samuel, Jessica McNamee, Robin McLeavy, Victoria Thaine, Richard Wilson, John Brumpton, Fred Whitlock, Eden Porter...

    Sortie salles France: 12 Juin 2010. Australie: 4 Novembre 2010

    FILMOGRAPHIESean Byrne est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste australien. Après avoir entamĂ© quelques courts-mĂ©trages remarquĂ©s et un documentaire (The Secret) en 2006, il dirige sa première rĂ©alisation trois ans plus tard avec The Loved Ones.

     
    "Monomanie rose bonbon." 

    CouronnĂ© de deux prix Ă  GĂ©rardmer, The Loved Ones frappe fort et juste pour une première rĂ©alisation signĂ©e Sean Byrne (The Devil's Candy, Dangerous Animals). Mis en scène avec caractère et inventivitĂ©, le film dĂ©tourne les codes du genre pour offrir un divertissement Ă  la fois singulier, Ă©prouvant, cruel, hyper tendu. Coup de maĂ®tre, il fusionne teen movie, drame social, comĂ©die romantique et tortur’porn avec une audace et une efficacitĂ© rares.

    PortĂ© par un humour noir acerbe, Sean Byrne exploite la torture sans jamais sombrer dans le racolage : dans cette grotesque surprise-partie, la victime humiliĂ©e joue le rĂ´le du bouffon dans une vendetta fĂ©ministe assoiffĂ©e de vengeance, avant d’ĂŞtre rĂ©duite Ă  un animal muet, bientĂ´t conditionnĂ© au cannibalisme. Ces sadiques manĹ“uvres visent moins la douleur que la destruction, l’invaliditĂ©, l’esclavage.

    L’intrigue, simple - une jeune fille dĂ©laissĂ©e kidnappe son nouvel amoureux après un refus romantique au bal - pourrait sembler Ă©culĂ©e, mais la manière originale dont Byrne orchestre la sĂ©questration captive, entraĂ®nant le spectateur dans une descente aux enfers dĂ©lirante, insolente et traumatique. Ă€ coups d’idĂ©es saugrenues et d’une scĂ©nographie rose bonbon dans une maison familiale, The Loved Ones met les nerfs Ă  rude Ă©preuve en mettant en scène les caprices d’une psychopathe oĂą amour, haine, rancune et folie s’entrelacent pour crĂ©er une farce macabre d’un romantisme vitriolĂ©.

    En parallèle, Byrne s’attarde sur un jeune couple en Ă©moi, troublĂ© par la disparition inexpliquĂ©e du frère de la fille. Excentrique par son gothisme, le cinĂ©aste dĂ©peint avec sensibilitĂ© le mal-ĂŞtre adolescent - l’Ă©veil sexuel mĂŞlĂ© Ă  la mort, la peur du trĂ©pas et la volontĂ© farouche de le dĂ©fier. Le hĂ©ros maltraitĂ© oscille sur le fil du rasoir, prisonnier impuissant depuis sa tentative d’Ă©vasion, mais rĂ©solu Ă  affronter ses bourreaux avec une rage contenue.

    Un prologue inquiĂ©tant le place d'ailleurs face Ă  un souvenir macabre. DĂ©rangeant et malsain, The Loved Ones instille malaise et terreur dans ses rebondissements haletants et ses scènes d’impuissance - comment oublier la lobotomie Ă  la perceuse ?

    Avec un cadre baroque, entre fĂ©erie et nature sauvage, et une atmosphère subtilement inquiĂ©tante, Sean Byrne nous Ă©branle, provoquant l’empathie envers une victime dĂ©munie et la rĂ©pulsion face Ă  une dominatrice rongĂ©e par la perversitĂ©.


    Horrifique crescendo, sardonique, cynique, macabre Ă  souhait grâce Ă  son humour sulfurique, The Loved Ones renouvelle le tortur’porn et le teen movie avec un art consommĂ©. Bal de l’horreur oĂą Carrie aurait survĂ©cu pour devenir une misandre vicieuse, le film est mĂ©chamment sournois, attentif Ă  ses personnages, avant l’explosion d’Ă©motions rancunières flirtant avec la dĂ©mence. On peut aujourd'hui parler de rĂ©fĂ©rence du genre et c'est Ă  (re)dĂ©couvrir d’urgence.


    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
    3èx 19.01.26. Vostf

    Récompenses:
    Prix du public de la catĂ©gorie horreur au dernier Festival de Toronto en 2009.
    Prix Syfy et Prix du Public,  GĂ©rardmer 2011.

    24/07/2015
    06/12/2010 (77 vues)

    jeudi 23 juillet 2015

    La Colline a des Yeux / The Hills have eyes

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allocine.fr
     
    d'Alexandre Aja. 2006. U.S.A. 1h48 (version non censurée). Avec Aaron Stanford, Ted Levine, Kathleen Quinlan, Vinessa Shaw, Emilie de Ravin, Dan Byrd.

    Sortie salles France: 21 Juin 2006. U.S: 10 Mars 2006

    FILMOGRAPHIE: Alexandre Aja, (Alexandre Jouan-Arcady) est un réalisateur, producteur, scénariste, dialoguiste et acteur, né le 07 Août 1978 à Paris. 1999: Furia. 2003: Haute Tension. 2006: La Colline a des Yeux. 2008: Mirrors. 2010: Piranha 3D. 2014: Horns.


    "Ocre et sang : le hurlement d’Aja dans la Colline".
    Remake du classique de Wes Craven, La Colline a des Yeux rĂ©vèle aux cinĂ©philes le Français Alexandre Aja par ce coup de maĂ®tre horrifique, Ă  la violence âpre et incisive. On ne compte plus les coups de pioche et de hache fracassant les corps, qu’ils s’abattent sur les autochtones forcenĂ©s ou sur les survivants insurgĂ©s; et la sĂ©questration dans la caravane cristallise l’Ă©picentre traumatique du carnage, avec une fĂ©rocitĂ© quasi insoutenable. Si La Colline a des Yeux oscille si bien entre angoisse et terreur pure, c’est d’abord grâce Ă  l’atmosphère d’inquiĂ©tude qui cerne les collines dĂ©sertiques du Nouveau-Mexique - ocre surexposĂ© sous un soleil Ă©crasant - oĂą une famille de vacanciers, accidentĂ©e, s’Ă©gare Ă  la recherche d’un secours hypothĂ©tique. Mais perdus au milieu de nulle part, ils tombent sur la sauvagerie d’une horde de cannibales, dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s et dĂ©figurĂ©s par les essais nuclĂ©aires qui ont souillĂ© leur ancien village.

    C’est une nouvelle descente aux enfers pour la survie que nous convie Aja, au cĹ“ur du tempĂ©rament humaniste d’une famille soudĂ©e par des valeurs chrĂ©tiennes, avant que la tragĂ©die ne les martyrise d’une cruautĂ© primitive. La peur viscĂ©rale du danger invisible, tapi derrière les collines ; la crainte de mourir sous les exactions d’un autre âge : voilĂ  les ressorts majeurs qu’Aja tend, minutieux Ă  installer une atmosphère lourde, avant de lâcher la violence brute des confrontations tribales. Et ça dĂ©mĂ©nage en diable ! Par sa brutalitĂ© hardcore, parfois jusqu’au-boutiste (la tuerie dans la caravane en est l’exemple roi), et par la solidaritĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e d’une famille jetĂ©e dans l’horreur et le chaos, Aja ressuscite le rĂ©alisme poisseux des bandes des Seventies avec un art consommĂ©. Il peaufine l’intensitĂ© dramatique autour de survivants Ă©puisĂ©s, mais rĂ©solus Ă  sauver leur peau, hache Ă  la main. Pour mieux exalter leur rage et les affrontements barbares, Aja mise sur la sobriĂ©tĂ© de comĂ©diens possĂ©dĂ©s par l’instinct de survie, libĂ©rant pulsions de vendetta et ruses machiavĂ©liques (chien-cerbère en renfort !) pour piĂ©ger leurs bourreaux.


    "La Colline a des Yeux (2006) : la sauvagerie retrouvée".
    D’une brutalitĂ© inouĂŻe et d’un rĂ©alisme Ă©reintant parfois mĂŞme bouleversant (le carnage dans la caravane est une sĂ©quence anthologique Ă  marquer au fer rouge), La Colline a des Yeux, version Aja, surpasse son modèle par la prĂ©cision de sa mise en scène, l’exploitation vertigineuse d’un dĂ©cor implacable et la fureur fiĂ©vreuse de ses acteurs, dĂ©semparĂ©s mais habitĂ©s par une criminalitĂ© viscĂ©rale. Évoquant en filigrane le pĂ©ril nuclĂ©aire, Aja transcende un morceau de cinĂ©ma horrifique brut de dĂ©coffrage, un survival aride et tranchant dont l’hĂ©ritage se prolonge, poisseux, jusqu’aux entrailles des Seventies. Et ça fait peur, très peur, une fois n'est pas coutume. 
     
    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

    La chronique de son modèle: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/09/la-colline-des-yeux-hills-have-eyes.html

    *Bruno
    04.01.26. 4èx

      mercredi 22 juillet 2015

      SPEED

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

      de Jan De Bont. 1994. U.S.A. 1h56. Avec Keanu Reeves, Dennis Hopper, Sandra Bullock, James DuMont, Joe Morton, Jeff Daniels.

      Sortie salles France: 24 Août 1994. U.S: 10 Juin 1994

      FILMOGRAPHIE: Jan De Bont est un réalisateur, directeur de photo et producteur néerlandais, né le 22 Octobre 1943 à Eindhoven, Pays-Bas.
      1994: Speed. 1996: Twister. 1997: Speed 2. 1999: Hantise. 2003: Lara Croft, le berceau de la vie.


      Immense succès planétaire lors de sa sortie, Speed n'a pas usurpé sa réputation de modèle du film d'action tant Jan De Bont redouble d'efficacité à relancer les enjeux de survie parmi l'efficacité de stratagèmes d'attaques et de défense, et vice-versa ! Par l'entremise d'un concept aussi retors que redoutablement pernicieux (un bus est contraint de dépasser la vitesse de 50 miles à l'heure pour éviter de faire exploser ses passagers à tous moments !), Speed puise sa vigueur dans la métronomie de séquences d'action ébouriffantes sachant que le véhicule pris en otage à distance est incessamment contraint de rouler à vive allure afin d'éviter le crash.


      En empruntant le schĂ©ma du cinĂ©ma catastrophe, l'intrigue alerte s'agence autour t'intimidations et retournements de situations d'un jeu avec la peur compromis entre bons et mĂ©chant. A ces rapports de force concertĂ©s Ă  distance vont dĂ©couler dommages accidentels (vĂ©hicules et balises fauchĂ©s dans les centres urbains) et incidents techniques (fuite de carburant, crevaison de pneu !) par le biais d'une interminable course-poursuite sur bitume ! Si certaines situations Ă  risque relèvent de l'improbabilitĂ© (le vol planĂ© du bus Ă  partir d'une parcelle manquante de l'autoroute, Jack rĂ©fugiĂ© sous le car afin de dĂ©samorcer la bombe ou de prendre la fuite sur une planche de mĂ©tal parmi sa compagne, et enfin son audace de dernier ressort en interne d'un compartiment ferroviaire !), la perfection des effets spĂ©ciaux, la rigueur de ces cascades Ă©piques et surtout le sens du dĂ©tail imparti aux solutions de survie parviennent Ă  crĂ©dibiliser ces tours de force vertigineux ! EpaulĂ© de la prestance sarcastique du diablotin Dennis Hopper (sorte de "Jocker" moderne fĂ©ru de cynisme dans son propos orgueilleux de nuire aux otages et ridiculiser le jeune hĂ©ros redresseur de tort !) et du duo communĂ©ment pugnace que forment Keanu Reeves et la pĂ©tillante Sandra Bullock, Speed parvient Ă  captiver le spectateur dans une sĂ©rie d'Ă©preuves de force Ă©rigĂ©es autour d'une cage d'ascenseur, d'un autobus infernal et (pour parachever) d'un train.


      Conçu Ă  la manière d'un tour de montagne russe oĂą l'action incessante est entièrement impartie au cheminement intrĂ©pide d'une intrigue fertile en pĂ©ripĂ©ties, Speed peut sans rougir accĂ©der au panthĂ©on des plus grands films d'action des annĂ©es 90. Si la mise en scène avisĂ©e de Jan De Bont, l'originalitĂ© du pitch et le rĂ©alisme des effets spĂ©ciaux nous plaquent au fauteuil dans le quotient de son intensitĂ© Ă©motionnelle, la complicitĂ© attachante formĂ©e par le couple Keanu Reeves/Sandra Bullock et la prĂ©sence roublarde de Dennis Hopper dĂ©cuplent l'effervescence dans leur inimitiĂ© infatigable. 

      Bruno Matéï
      3èx

      Récompenses: Oscars 1995:
      Oscar du meilleur son
      Oscar du meilleur montage sonore
      BAFTA Awards 1995
      Meilleur montage
      MTV Movie Awards 1995
      Meilleure actrice pour Sandra Bullock
      Meilleur duo pour Keanu Reeves et Sandra Bullock
      Meilleur méchant pour Dennis Hopper
      Meilleure scène d'action pour l'échappée du bus et l'explosion de l'avion.
      Saturn Awards
      Meilleure actrice pour Sandra Bullock

      La critique de Mathias Chaput: 
      « Speed » est un modèle du genre, mĂ©lange entre film d’action, polar et film catastrophe, ce mĂ©trage est un pur rĂ©gal !
      Certes, on a du mal Ă  y croire, mais le talent de Jan de Bont parvient Ă  faire admettre, mĂŞme au spectateur le plus blasĂ©, l’irĂ©el !
      Des plans incroyables (comme la scène de l’ascenseur au dĂ©but) et le filin accrochĂ© Ă  une poutre sur le toit de la tour qui retient le câble de l’ascenseur, l’explosion du bus (vide) qui vient s’encastrer sur un avion long courrier et surtout le coup magistral de Jack allongĂ© sur le dos sur une planche Ă  roulettes parvenant Ă  passer sous le bus en essayant de dĂ©samorcer la bombe, le tout Ă  grande vitesse !
      Des sĂ©quences de folie pure qui font redoubler le stress vĂ©cu par le spectateur jusqu’Ă  une issue salvatrice clĂ´turĂ©e par un happy end un peu nunuche, reconnaissons le ! mais ici on est Ă  Hollywood !
      Dennis Hopper est magistral et nous rĂ©gale d’une composition dont seul lui a le secret, il est gĂ©nial en terroriste dĂ©jantĂ© et expert en explosifs !
      Keanu Reeves est rempli de testostérone et livre un combat sans merci pour éradiquer le mal et faire triompher la justice !
      Sandra Bullock ajoute un charme et sa fĂ©minitĂ© est bienvenue au milieu de cet univers de mâles…
      Le passage de la « poussette » vaut son pesant de cacahuètes et respire la dĂ©stabilisation, parfaitement bien rĂ´dĂ©e et amenĂ©e dans le dĂ©roulement du mĂ©trage, accentuant une nouvelle fois le stress chez le spectateur, dĂ©jĂ  particulièrement Ă©prouvĂ© !
      La décapitation sur le toit de la rame du métro est également bien vue !
      Un excellent film, « Speed » est un concentrĂ© d’action, un florilège de scènes dynamiques oĂą cela n’arrĂŞte pratiquement jamais une seule seconde ! (la remise des mĂ©dailles est le seul temps mort du film, tout le restant n’est qu’action pure Ă  200 Ă  l’heure !).
      A voir et revoir avec le mĂŞme plaisir !
      9/10

      mardi 21 juillet 2015

      The American Way. Prix du Jury, Prix de la Critique, Prix Antenne d'Or, Avoriaz 1987.

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

      "Riders of the Storm" de Maurice Phillips. 1986. Angleterre/U.S.A. 1h45. Avec Dennis Hopper, Michael J. Pollard, Eugène Lipinski, James Aubrey, Al Matthews, William Armstrong.

      Sortie salles France: 27 Mai 1987. U.S: 7 Mai 1988.

      FILMOGRAPHIE: Maurice Phillips est un réalisateur, acteur et scénariste américain, né le
      1986: American Way. 1990: Un cadavre sur les bras. 1991: Another You. 1996: The Vanishing Man (télé-film). 2000: Second Sight: Parasomnia (télé-film). 2003: Dr Jekyll et My Hyde (télé-film). 2006: Losing Gemma (télé-film).

       
      Satire fĂ©roce de la guerre du Vietnam, du fanatisme religieux et d’un corps politique gangrĂ©nĂ© — notamment par l’extrĂŞme droite — The American Way emprunte les atours d’une sĂ©rie B dĂ©complexĂ©e pour vilipender l’AmĂ©rique puritaine, oĂą l’apparence n’est que duperie destinĂ©e Ă  mieux manipuler un peuple de masse lobotomisĂ©.
        
      Le Pitch: Ă€ bord d’un avion rafistolĂ©, une poignĂ©e d’anciens vĂ©tĂ©rans du Vietnam survolent les États-Unis pour pirater les ondes hertziennes du petit Ă©cran. En prime, afin de saboter l’ascension d’une candidate conservatrice aux prochaines prĂ©sidentielles, ils orchestrent des attentats symboliques lors de ses apparitions tĂ©lĂ©visĂ©es. Mais Ă  l’instant mĂŞme oĂą ils s’apprĂŞtent Ă  dĂ©masquer son imposture corporelle, cette dernière ordonne Ă  l’armĂ©e de l’air de pulvĂ©riser leur appareil au moyen de missiles nuclĂ©aires.


      Ovni improbable, oĂą l’Ă©tiquette “culte” reprend enfin tout son sens, The American Way s’Ă©rige en vilain petit canard du cinĂ©ma : une production mal Ă©levĂ©e, un premier film se vautrant dans le politiquement incorrect avec une insolence ravageuse. PortĂ© par l’iconographie dĂ©bridĂ©e d’insurgĂ©s jubilant dans leurs pitreries anarchistes et dĂ©fiances anti-gouvernementales, le rĂ©cit enchaĂ®ne provocations verbales et visuelles sans jamais lever le pied. VĂŞtus de dĂ©froques militaires qui Ă©voquent les anti-hĂ©ros de BD underground, ces justiciers de fortune font de leur rĂ©bellion une parade pop, grotesque et jubilatoire. VĂ©ritable bras d’honneur au consensus mĂ©diatique, aux lobbies rampants et aux discours dĂ©magos, Maurice Phillips raille sa rĂ©publique avec une verve dĂ©lirante — jusqu’Ă  transformer, une candidate, mais chut... ÉmaillĂ© de rebondissements explosifs, de rencontres improbables avec des mafieux burlesques et un E.T blafard, The American Way insuffle un vent de libertĂ© euphorisant, portĂ© par des vĂ©tĂ©rans hĂ©donistes, alcoolisĂ©s, droguĂ©s, rock'n'roll jusqu’Ă  la moelle, galvanisĂ©s par une bande-son dĂ©moniaque.


      Hymne Ă  l’indĂ©pendance d’esprit, Ă  la sous-culture, Ă  l’Ă©thique du “fuck the system”, The American Way transfigure sa diatribe dĂ©chaĂ®nĂ©e contre la guerre, la soumission, le totalitarisme et l’intĂ©grisme. Et si l’intrigue rocambolesque et la rĂ©alisation chancelante manquent parfois de rigueur dans leur construction rythmique, l’Ă©loquence survitaminĂ©e des comĂ©diens emporte tout sur son passage, dans un Ă©lan aussi hĂ©roĂŻque que dĂ©vergondĂ©. De la graine de comĂ©die culte, subversive et transgressive, pour le plus grand bonheur du cinĂ©phile frondeur !

      Bruno Matéï
      4èx

      lundi 20 juillet 2015

      GOODNIGHT MOMMY. Prix du Jury Syfy, Prix du Jury Jeunes, Gerardmer 2015.

                                                                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

      "Ich seh Ich seh" de Severin Fiala et Veronika Franz. 2014. Autriche. 1h40. Avec Susanne Wuest, Elias Schwarz, Lukas Schwarz, Hans Escher, Elfriede Schatz, Karl Purker.

      Sortie salles France: 13 Mai 2015. Autriche: Janvier 2015

      FILMOGRAPHIE: Severin Fiala est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, acteur producteur autrichien. Veronika Franz est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste autrichienne. 
      2014: Goodnight Mommy


      ExpĂ©rience hermĂ©tique avec l'insolite, de par son environnement high-tech aussi Ă©purĂ© que baroque, son cheminement dramatique abrupt et surtout la posture interlope des protagonistes en phase de questionnement, Goodnight Mommy dĂ©route et dĂ©range jusqu'au malaise d'une dernière partie surfant avec la torture physique. Sans fioriture et avec une volontĂ© de bousculer les habitudes du spectateur, ce huis-clos nous fait suivre le chemin de croix d'une mère molestĂ©e par ses progĂ©nitures, deux frères jumeaux incapables de l'identifier depuis son opĂ©ration chirurgicale. Car dĂ©figurĂ©e, distante et castratrice, cette dernière adopte une posture antipathique Ă  leurs Ă©gards au point de leur remettre en doute son identitĂ© maternelle. Toujours plus suspicieux, les enfants dĂ©cident de l'emprisonner dans sa chambre pour mieux l'interroger et tenter d'y dĂ©masquer l'Ă©ventuelle imposture


      Dans la lignĂ©e du cinĂ©ma de Lynch et de Haneke, Goodnight Mommy rĂ©fute le divertissement conventionnel, le film empruntant les genres du drame et de l'horreur avec rĂ©alisme clinique et climat d'Ă©trangetĂ© que le mutisme des personnages renforce sans sourciller. EsthĂ©tiquement avisĂ© et nanti d'un onirisme crĂ©pusculaire parfois envoĂ»tant, cet Ă©tonnant jeu de pouvoir entre la candeur de l'enfance et l'autoritĂ© de leur gĂ©nitrice ne provoque aucune empathie pour leur Ă©tude caractĂ©rielle destituĂ©e de bĂ©atitude. PrivilĂ©giant notamment le non-dit et le nonsensique dans leur comportement hĂ©tĂ©rodoxe (notamment ce goĂ»t singulier pour la passion des cafards !), Severin Fiala et Veronika Franz distillent autour d'eux une froide atmosphère feutrĂ©e parmi l'architecture moderne d'une rĂ©sidence ornĂ©e de silhouettes diaphanes (le design baroque imparti aux ombres chinoises des portraits du salon). Sans faire preuve d'outrance et de trivialitĂ©, le film Ă©volue vers une direction toujours plus malsaine quant Ă  l'entĂŞtement des enfants rĂ©duits en bourreaux malgrĂ© eux, mais sans que l'un d'eux ne cède au plaisir pervers pour leurs exactions punitives. Si l'intrigue linĂ©aire peut laisser perplexe au premier abord dans la motivation des personnages et le sens de leur dĂ©marche, les cinq dernières minutes viennent tout remettre en question sur ce que nous venons d'assister afin d'Ă©lucider Spoiler !!! une rĂ©flexion sur le deuil, l'incapacitĂ© d'en assumer le fardeau et l'influence dĂ©pressive qu'il peut engendrer sur notre inconscient vis Ă  vis des thèmes du double, du traumatisme et de la gĂ©mellitĂ©. Fin du Spoiler.


      Langoureux par la monotonie de son rythme et donc difficile d'accès pour certains, Goodnight Mommy n'est pas conçu pour plaire au public de masse tant cette épreuve psychologique monopolise le climat d'inquiétude et la posture équivoque des personnages avec une singularité auteurisante.
      Pour public averti.

      Bruno Matéï
      La critique de Audrey Jeamart: http://scopophilia.fr/goodnight-mommy-conte-cruel-de-la-jeunesse/

      RĂ©compensesFestival international du film de Catalogne 2014 : « Official FantĂ stic Panorama Selection » - Grand prix du film fantastique europĂ©en en argent
      Festival international du film de Thessalonique 2014 : « International Competition » - Prix FIPRESCI
      Festival international du film fantastique de Gérardmer 2015 : Prix du Jury Syfy et Prix du Jury Jeunes
      Festival Hallucinations Collectives 2015 : Grand prix du festival (prix du public)


      lundi 13 juillet 2015

      Kamikaze

                                                          Photo empruntĂ©e sur
      Google, appartenant au site Imdb.com

      de Didier Grousset. 1986. France. 1h29. Avec Richard Bohringer, Michel Galabru, Dominique Lavanant, Romane Bohringer, Etienne Chicot, Harry Cleven, Riton Liebman.

      FILMOGRAPHIE: Didier Grousset est un réalisateur français.
      1986: Kamikaze. 1990: Rendez-vous au tas de sable. 1994: Eclats de Famille (télé-film). 1995: Le Fils de Paul (télé-film). 2000: Le Coup du Lapin (télé-film). Dans la gueule du loup (télé-film). 2001: Permission Moisson (télé-film). 2003: Il court, il court le furet (télé-film). 2003: Retour aux Sources (télé-film). 2005: Confession d'un menteur (télé-film). 2006: Le Chapeau du P'tit Jésus (télé-film). 2006: Mariés... ou presque ! (télé-film). 2007: Un Crime très populaire (télé-film). 2008: Il faut sauver Saïd (télé-film). 2009: Sur le chemin de Compostelle (télé-film)/ 2012: La Smala s'en mêle (télé-film).


      Produit et co-scĂ©narisĂ© par Luc Besson, Kamikaze est un petit ovni oubliĂ© des annĂ©es 80, premier long-mĂ©trage de Didier Grousset, ancien assistant de Subway. Partant d’un concept d’anticipation dĂ©bridĂ© - tuer Ă  distance les speakerines de la tĂ©lĂ©vision par le biais d’une arme Ă©lectronique - le film choisit la dĂ©rision sardonique lorsqu’un savant limogĂ© dĂ©cide de se venger de la sociĂ©tĂ© en façonnant une machine rĂ©volutionnaire. Satire du milieu mĂ©diatique par la caricature grotesque de ses speakerines, cette comĂ©die noire doit beaucoup de son attrait Ă  l’audace d’un humour au vitriol, portĂ© par la posture extravagante du grand Michel Galabru, campant un misanthrope ruminant sa haine depuis son licenciement abusif. Il crève l'Ă©cran de manière forcenĂ©e dans sa sociopathie sans limite. 

      Fuyant son ennui devant son tĂ©lĂ©viseur mais toujours plus irritĂ© par la vulgaritĂ© d’Ă©missions aseptisĂ©es, il se mue en exterminateur afin d’exhiber toute l’Ă©tendue de son gĂ©nie. Sans surprise mais efficace, l’intrigue linĂ©aire repose sur l’investigation opiniâtre de l’inspecteur Pascot (campĂ© avec autoritĂ© par notre excellent Richard Borhinger), dĂ©terminĂ© Ă  dĂ©jouer les nouvelles exactions criminelles d’Albert - savant-fou piĂ©gĂ© par sa propre dĂ©chĂ©ance meurtrière - et Ă  lui tendre un piège par le biais de son arme Ă©lectromagnĂ©tique.


      Au-delĂ  du caractère dĂ©lirant d’une telle situation (Ă©liminer les prĂ©sentatrices les plus importunes directement Ă  travers l’Ă©cran cathodique !), le film distille un climat parfois dĂ©rangeant dans la manière outrancière dont Galabru esquisse son personnage, oscillant entre verve insolente et irascibilitĂ© sans vergogne. La dernière partie, notamment, accorde Ă  deux protagonistes un sort d’une noirceur inattendue. L’atmosphère insolite, dĂ©calĂ©e, baigne dans un mĂ©lange ravageur d’humour noir, d’action sanguinolente (ces spectaculaires scènes-chocs oĂą l’estomac des speakerines Ă©clate aussi furtivement qu’inopinĂ©ment !) et de suspense fonctionnel, le tout rythmĂ© par l’onirisme d’une partition envoĂ»tante signĂ©e Éric Serra.

      Hormis une scène mal exploitĂ©e (sa fausse idylle avec sa collègue Laure Frontenac) et la nĂ©gligence de certains seconds-rĂ´les (Kim Massee peine un peu Ă  convaincre dans la peau d'une nièce d'une bonhomie excessive), Kamikaze assure la sympathie d'une curiositĂ© complètement cintrĂ©e parmi l'excentricitĂ© d'un Michel Galabru aussi grotesque qu'Ă©trangement dĂ©lĂ©tère. Et cela reste tout Ă  fait rĂ©jouissant quelques dĂ©cennies plus loin.  

      — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
      23.08.25. 3èx

      vendredi 10 juillet 2015

      La Guerre des Mondes / War of the Worlds

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site war-ofthe-worlds.co.uk

      de Steven Spielberg. 2005. U.S.A. 1h56. Avec Tom Cruise, Dakota Fanning, Justin Chatwin, Henry Jane Watson, Miranda Otto, Tim Robbins, Rick Gonzales.

      Sortie salles France: 6 Juillet 2005. U.S: 29 Juin 2005

      FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).
      1971: Duel , 1972: La Chose (télé-film). 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, cheval de guerre. 2012: Lincoln. 2015: Le Pont des Espions.


      Spectacle pyrotechnique Ă  couper le souffle, de par les moyens dantesques mis en oeuvre pour l'ampleur de sĂ©quences catastrophes aux FX numĂ©riques ahurissants de rĂ©alisme, La Guerre des Mondes s'impose comme une relecture du fameux roman de H.G Wells dĂ©jĂ  adaptĂ© Ă  l'Ă©cran par Byron Haskin en 1953. Reprenant le concept Ă©culĂ© d'une invasion extra-terrestre dĂ©libĂ©rĂ© Ă  Ă©radiquer notre planète pour mieux s'y implanter, Steven Spielberg parvient Ă  rĂ©inventer le genre grâce Ă  la virtuositĂ© de sa mise en scène multipliant les sĂ©quences anthologiques au service d'une narration simple mais efficace. En se focalisant sur les tentatives de survie d'un père divorcĂ© et de ses deux enfants, pris Ă  parti avec la menace extra-terrestre d'engins destructeurs, Steven Spielberg parvient Ă  cultiver l'intĂ©rĂŞt de leurs pĂ©rĂ©grinations au sein d'un monde rĂ©duit au chaos. Souvent spectaculaire et inventif dans les sĂ©quences de destructions massives (Ă  l'instar de son prĂ©lude catastrophiste !), La Guerre des Mondes en profite pour souligner l'instinct ingrat de notre civilisation lorsque nous sommes confrontĂ©s Ă  une situation apocalyptique Ă©chappant Ă  notre contrĂ´le. Parmi ces foules humaines en panique, des centaines de survivants tentent d'embarquer Ă  bord d'un paquebot après avoir tentĂ© de dĂ©rober un vĂ©hicule au mĂ©pris de la vie de ces occupants. 


      A travers leur comportement individualiste surmenĂ© par la peur de l'inconnu et de trĂ©passer Ă  tous moments, Spielberg intensifie le rĂ©alisme d'un climat tĂ©nĂ©breux lorsqu'ils parcourent les plaines d'un environnement belliqueux. Face Ă  cette hĂ©catombe humaine engendrĂ©e par les tripodes avides de mĂ©galomanie, on peut peut-ĂŞtre y percevoir une mĂ©taphore sur le gĂ©nocide juif au vu de leur Ă©radication expĂ©ditive, les extra-terrestres se substituant aux spectres du nazisme dans leur ambition totalitaire. Si la Guerre des Mondes parvient Ă  fasciner et provoquer une terreur psychologique, il le doit Ă©galement Ă  la prestance humaine des comĂ©diens totalement impliquĂ©s dans leur fonction de survie et de bravoure. Spielberg accordant notamment un intĂ©rĂŞt majeur sur la relation de discorde qu'un père divorcĂ© tente de nĂ©gocier parmi la rĂ©bellion infantile. Leur cheminement ardu de survie et Ă©preuves de sĂ©paration s'avĂ©rant une initiation Ă  la rĂ©conciliation après avoir vaincu leur peur de trĂ©passer et celle de l'abandon. Dans celui du père rejetĂ©, Tom Cruise adopte la juste mesure du hĂ©ros combatif avec la dignitĂ© d'un paternel en requĂŞte d'amour, de confiance et de rĂ©demption. La petite Dakota Fanning lui partageant la vedette avec une indĂ©niable empathie pour sa fragilitĂ© naturelle, sa terreur viscĂ©rale de tĂ©moigner malgrĂ© elle d'une guerre dĂ©vastatrice. Enfin, dans la peau de l'adolescent en quĂŞte identitaire, Justin Chatwin endosse la carrure du rebelle volontairement provocateur afin de mesurer le sentiment de confiance, l'autoritĂ© rĂ©gressive de son gĂ©niteur, puis de se prouver Ă  lui mĂŞme sa facultĂ© de se prendre en main dans un baroud hĂ©roĂŻque.  


      Pur spectacle d'anticipation belliciste, La Guerre des Mondes est une expérience visuelle étourdissante de réalisme dans son lot de scènes catastrophes d'une rare intensité épique et dans la structure démesurée des machines extra-terrestres plus vraies que nature. Si le scénario avait mérité à être plus original et inventif, on peut aussi se réconforter auprès de l'étude caractérielle de notre trio familial formé par Tom Cruise, Justin Chatwin et Dakota Fanning

      *Bruno
      3èx. 4K. Vost