mercredi 27 avril 2016

MIDNIGHT SPECIAL

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jeff Nichols. 2016. U.S.A. 1h54. Avec Michael Shannon, Kirsten Dunst, Joel Edgerton, Adam Driver, Sam Shepard, Dana Gourrier

Sortie salles France: 16 Mars 2016. U.S: 18 Mars 2016

FILMOGRAPHIE: Jeff Nichols est un réalisateur et scénariste américain, né le 7 décembre 1978 à Little Rock, Arkansas (Etats-Unis).
2007: Shotgun Stories. 2011: Take Shelter. 2012: Mud. 2016: Midnight Special. 2016: Loving.


Révélé par Take Shelter et Mud, Jeff Nichols n'en finit plus de nous surprendre et continue de démontrer (sans prétention) l'étendue de son talent avec Midnight Spécial. Un divertissement adulte renouant avec la sincérité d'un spectacle familial aussi crédible que stimulant. Et ce, sans céder à la facilité d'une festivité convenue en dépit d'une dernière partie prévisible. Abordant pour la première fois la science-fiction d'un point de vue intimiste, le réalisateur parvient à renouveler les codes par le biais d'une habile structure narrative reposant de prime abord sur l'interrogation d'éléments sans réponse et le comportement équivoque des seconds-rôles avant de nous révéler au compte goutte des infos sur le profil psychologique d'un enfant doué de pouvoirs surnaturels. Chasse à l'homme menée tambour battant sous le ressort d'un suspense ciselé, l'intrigue cultive un thème cher à la science-fiction dont je tairais ici le nom afin de préserver la surprise, même si à mi-parcours le secret nous est facilement éventé !


Grâce Ă  la prĂ©sence aussi sobre qu'attachante d'un trio de personnages altruistes, dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  protĂ©ger leur rejeton diabolisĂ© par le FBI et la NASA, Midnight Special nous immerge dans leur motivation marginale avec une intensitĂ© dramatique en crescendo. EmaillĂ© de saisissantes images oniriques souvent Ă©piques lorsque Alton nous dĂ©montre l'Ă©tendue de ses pouvoirs parmi la complicitĂ© du dĂ©chaĂ®nement de la nature, Jeff Nichols rĂ©invente le genre avec une dimension lyrique pas très Ă©loignĂ©e de Spielberg (la tagline de son affiche française n'est d'ailleurs aucunement fallacieuse). A l'instar de son final majestueux baignant dans une fĂ©erie placide afin de mettre en exergue un univers parallèle. Et malgrĂ© l'air de dĂ©jĂ  vu de l'ossature narrative, Midnight Special parvient miraculeusement Ă  rĂ©interprĂ©ter le genre par la fragilitĂ© des enjeux dramatiques quand un ado prodige se confronte au lynchage de masse. Tant par l'intolĂ©rance d'une police fĂ©dĂ©rale dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  en exploiter une arme de guerre que le fanatisme religieux d'une communautĂ© sectaire.


JalonnĂ© de sĂ©quences surnaturelles d'une puissance visuelle mĂ©taphorique et d'affrontements haletants entre les forces de l'ordre, Midnight Special puise notamment sa force dans l'art de conter efficacement une romance parentale sous l'impulsion filiale. Grâce Ă  sa densitĂ© dramatique animĂ©e par une poignĂ©e de comĂ©diens charismatiques, Midnight Special parvient Ă  captiver parmi la rĂ©flexion d'une anticipation optimiste (la foi en une idĂ©ologie pacifiste au-delĂ  de nos frontières terrestres). 

mardi 26 avril 2016

COP CAR

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Jon Watts. 2015. U.S.A. 1h30. Avec Kevin Bacon, Kevin Bacon, Shea Whigham, Camryn Manheim, James Freedson-Jackson, Hays Wellford, Kyra Sedgwick

Sortie DTV en France: 20 Avril 2016. U.S: 7 Août 2015

FILMOGRAPHIE: Jon Watts est un réalisateur et producteur américain de cinéma.2008 : The Scariest Show on Television (téléfilm). 2011: The Fuzz (téléfilm). 2012: Eugene ! (téléfilm). 2014: Clown. 2015: Cop Car. 2017: Spider-Man: Homecoming.


Malencontreusement passĂ© par la case DTV chez nous, Cop Car emprunte le schĂ©ma de la sĂ©rie B par le biais d'une astucieuse idĂ©e de dĂ©part. Deux enfants en fugue parviennent Ă  dĂ©rober un vĂ©hicule de police au sein d'une campagne isolĂ©e. ShĂ©rif ripoux impliquĂ© dans un trafic de drogue, Kretzer doit tout en mettre en oeuvre pour rĂ©cupĂ©rer sa voiture depuis qu'il eut laissĂ© une preuve dans le coffre. Thriller Ă  suspense rondement menĂ© dans son lot de circonstances dĂ©lĂ©tères que deux marmots en mal de sensations vont devoir dĂ©jouer afin de prĂ©server leur peau, Cop Car constitue un croisement entre Stand by me (pour la fugue et l'initiation morbide des ados), la Nuit du Chasseur (pour leur traque inlassable et le profil sans vergogne d'un anti-hĂ©ros capable d'y sacrifier l'innocence ) et Ă  moindre Ă©chelle Hitcher (pour son cĂ´tĂ© "road movie" tĂ©nĂ©breux entremĂŞlĂ© d'humour noir).


RĂ©alisĂ© en toute modestie mais avec un indĂ©niable savoir-faire, Jon Watts exploite habilement le cadre environnemental d'une nature solaire et de ses routes de bitume que les personnages parcourent isolĂ©ment. PrivilĂ©giant les principaux rĂ´les Ă  nos deux hĂ©ros en culotte courte, Cop Car fait naĂ®tre une tension graduelle au fil de leurs vicissitudes marginalisĂ©es. Ces derniers multipliant notamment les risques couillus lorsqu'ils s'empressent de conduire le vĂ©hicule de fonction (en taillant des pointes !) et lorsqu'ils utilisent inconsciemment armes et matĂ©riel de police pour se provoquer en cow-boys. Par le principe du survival, le rĂ©alisateur ne manque ni d'idĂ©es caustiques ni d'audaces Ă  infliger Ă  ses fugueurs juvĂ©niles une Ă©preuve de force par l'entremise Spoil ! d'un nouveau ..... Outre la prestance spontanĂ©e des gamins dĂ©sinvoltes insufflant une indĂ©niable empathie par leur insouciance candide et leur apprĂ©hension du danger lĂ©tal, Kevin Bacon leur prĂŞte la vedette dans une posture de renard futĂ©. AffublĂ© d'une moustache et de lunettes noires, ce dernier se taille une caricature de flic vĂ©nal au sang-froid intarissable. En dĂ©pit de l'ossature ciselĂ©e de son suspense progressif, Jon Watts inclue Ă©galement en dernière ligne droite une action sanglante plutĂ´t impitoyable, notamment pour le sort prĂ©caire rĂ©servĂ© aux gamins.


Avec peu de moyens mais une construction narrative acerbe, la photogĂ©nie de son cadre naturel et le jeu Ă©quilibrĂ© des comĂ©diens, Jon Watts avive le B movie par l'alibi du thriller oppressant efficacement troussĂ©. 

B.M

Le p'tit mot de Jean Marc Micciche
Séance découverte avec la très bonne surprise de Cop Car qui montre qu'il suffit d'avoir une histoire simple mais bien développée pour être efficace...5 personnages, un décor simple la campagne plouc américaine, un objet de toute les convoitises (cette fameuse voiture Cop Car) qui confine à une sorte d'abstraction métaphorique, un savant dosage entre description polar réaliste et échappée burlesque et ironique....Tout ça participe à l'indéniable originalité du film qui propose un ton vraiment audacieux et des partis pris culottés. Mais plus que ça, c'est avant tout ce sens du cadre et découpage qui permet à certaines de faire mouche convoquant Hitcher à une époque où le polar se muait en conte cauchemardesque....

lundi 25 avril 2016

SOUTHBOUND. Prix du Jury Jeunes, Gérardmer 2016.

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Radio Silence, Roxanne Benjamin, David Bruckner et Patrick Horvath. 2015. U.S.A. 1h29. Avec Kate Beahan, Matt Bettinelli-Olpin, Susan Burke, Zoe Cooper, Gerald Downey, Karla Droege, Larry Fessenden.

Sortie en salles en France uniquement au Festival de Gérardmer. Sortie salles U.S: 5 Février 2016

Récompense: Prix du jury jeunes au Festival international du film fantastique de Gérardmer 2016


DĂ©jĂ  rĂ©unis Ă  l'occasion du film Ă  sketchs, V/H/S, Radio Silence, Roxanne Benjamin, David Bruckner et Patrick Horvath renouent avec un format plus cinĂ©gĂ©nique pour façonner Southbound. Sur une route de Californie, deux hommes en vĂ©hicule sont poursuivis par une mystĂ©rieuse prĂ©sence. Trouvant refuge dans un motel, l'un d'eux se fait agresser dans les toilettes par la mĂŞme entitĂ©. Ils s'empressent de fuir l'endroit mais se retrouvent Ă©galement piĂ©gĂ©s dehors sur une destination sans fin. A partir de ce pitch intriguant oĂą l'ombre dĂ©moniaque ne cessera de planer sur les Ă©paules des protagonistes, notre quatuor de cinĂ©astes exploite moult situations cauchemardesques parmi le thème du satanisme. C'est ce que nous rĂ©vĂ©lait dĂ©jĂ  le contenu visuel de l'affiche avec un souci esthĂ©tique plutĂ´t attirant. Si le premier quart d'heure ne fait pas preuve d'originalitĂ© Ă  mettre en appui plusieurs clichĂ©s usuels (panne d'essence des victimes, assistance d'un couple faussement affable, rituel de messe noire), la seconde partie fait subitement preuve de tension et d'inventivitĂ© si bien que le spectateur se laisse facilement envoĂ»ter par son climat insolite digne d'un Ă©pisode de la 4è Dimension. Qui plus est, son score Ă©lectro entĂŞtant sĂ©duit l'ouĂŻe pour nous remĂ©morer les mĂ©lodies mĂ©tronomiques de Carpenter !


A partir du moment où le conducteur renverse incidemment une jeune fille en fuite sur sa route, Southbound embraye sur un rythme alerte fertile en rebondissements et humour sardonique. Sa réussite et son originalité émanant également du parti-pris des auteurs à narrer ses diverses histoires sous l'impulsion de personnages s'entrecroisant durant une épreuve de survie. Issus du même décor désertique de la Californie et incessamment agressés par une confrérie démoniaque, ces derniers ont comme point commun de se confondre dans cet univers immatériel hérité de l'enfer. La voix-off d'un animateur radio nous confirmera d'ailleurs que la contrée dans lequel ils évoluent est une forme de purgatoire où la culpabilité des personnages est mise à épreuve afin d'escompter une éventuelle rédemption. On serait même tenter à dire au final que Southbound est un film choral tant les intrigues et les personnages (victimes et vengeurs) se rejoignent dans leur état d'âme meurtri quand bien même sa dernière partie vient boucler la réponse de son prologue. Outre le caractère ludique des situations débridées efficacement structurées, Southbound fait aussi preuve de fantaisie gore si bien que certains effets sanglants nous révulsent parfois l'estomac par son réalisme cru (l'accident de la route et la séquence de réanimation dans l'hôpital).


RĂ©alisĂ© avec motivation dans sa facture modeste de B movie du samedi soir et incarnĂ© par des comĂ©diens plutĂ´t convaincants, Southbound créé la surprise malgrĂ© l'aspect dĂ©cousu du scĂ©nario. Grâce Ă  son habile construction narrative auquel les personnages dĂ©pendent communĂ©ment et la photogĂ©nie de son onirisme cauchemardesque, les auteurs parviennent Ă  nous surprendre pour renouveler le thème satanique par le biais de segments alertes.  

B.M

La note d'intention de Jean Marc Micciche
Cycle festival et fantastique 5 avec la bonne surprise Southbound, présenté à Gérardmer (avec à la clé le prix du jury jeunes il me semble), curieuse variation du film à sketches qui rebondit d'une histoire à l'autre grâce à un subtile jeu sur l'ironie du destin....un peu à la manière de Pulp Fiction...difficile de résumer le film sans rentrer dans les détails des récits qui brasse avec une indéniable efficacité voire avec beaucoup d'habilité sur certains thèmes du genre, personnage damnés par des entités maléfiques incarnant leurs culpabilité, groupe de copines tombant dans une communauté....(j'en dis pas plus)...un accident de la route devient un cauchemar horrible, la lutte illusoire d'un homme qui désire arraché sa sœur à des démons, home invasion qui tourne au carnage...Tout se passe à Southbound, rythmé par un score electro isant (lol) à travers des récits qui s'enchaînent sans accro et procurant son lot de scène gore hardcore mais aussi un doux frisson bienvenue ! C'est clairement le meilleur film à sketchs vu depuis Trick or treat !!!
Cerise sur le gâteau : la voix off ironique de la radio ouvre et ferme le film....et dans le genre incantatoire.....c'est youpi !

vendredi 22 avril 2016

THE INVITATION

                                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site shocktillyoudrop.com

de Karyn Kusama. 2015. U.S.A. 1h44. Avec Logan Marshall-Green, Tammy Blanchard, Michiel Huisman, Emayatzy Corinealdi, Lindsay Burdge, Mike Doyle

InĂ©dite en salles en France. Sortie salles U.S: 8 Avril 2016 

FILMOGRAPHIE: Karyn Kusama est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste amĂ©ricaine, nĂ©e le 21 Mars 1968 Ă  Brooklyn, New-York. 2000: Girlfight. 2005: Æon Flux. 2009: Jennifer's Body. 2015: The Invitation. 


RĂ©vĂ©lĂ©e par l'excellent Girlfight mais dĂ©criĂ©e ensuite avec deux produits convenus, Aeon Flux et Jennifer's Body, la rĂ©alisatrice Karyn Kusama amorce un brillant retour avec The Invitation. Un thriller horrifico-psychologique lestement structurĂ© dans l'art de distiller un malaise vĂ©nĂ©neux au sein d'une chaleureuse convive. DivorcĂ© depuis 2 ans, Will et sa nouvelle amie sont invitĂ©s Ă  dĂ®ner chez son ex-femme en compagnie d'autres inconnus. Au fil des discussions parfois crues et dĂ©sinvoltes, Will suspecte un dangereux traquenard quand bien mĂŞme l'absentĂ©isme d'un des hĂ´tes le laisse perplexe. Mais profondĂ©ment Ă©prouvĂ© par la mort de son fils et de son Ă©chec conjugal, Will serait peut-ĂŞtre en proie Ă  la paranoĂŻa. Oeuvre choc d'une intensitĂ© dramatique latente avant d'embrayer un virage autrement horrifique en dernier acte, The Invitation repose sur l'Ă©laboration d'une aura malsaine par le principe du huis-clos domestique. L'ambiance amicale rĂ©gie Ă  l'intĂ©rieur de la rĂ©ception imposant une atmosphère futilement tendue lorsque certains des invitĂ©s osent aborder sans rĂ©serve les sujets tabous comme la mort, la violence conjugale et la dĂ©livrance.


Dès les 3 premières minutes, Karyn Kusama dĂ©range dĂ©jĂ  le spectateur lorsque Will et sa compagne viennent de commettre un accident sur la route de leur destination. Si bien que le comportement Ă©trangement expĂ©ditif de ce dernier nous laisse dans un questionnement amer. Dès que le couple s'installe chez la demeure des rĂ©ceptionnistes, la rĂ©alisatrice s'appuie sur les Ă©tats d'âmes contrariĂ©s de Will, suspicieux du comportement trop affable de ces Ă©trangers. Auscultant ses sentiments d'angoisse, de paranoĂŻa et de suspicion, l'intrigue repose sur sa caractĂ©risation fragile parmi le dĂ©sir tacite de nous faire douter de sa foi Ă  dĂ©masquer une Ă©ventuelle supercherie. C'est ce qu'un habile rebondissement instaurĂ© au centre des discussions orageuses nous confirmera afin de nous faire douter de sa conviction. Ce sentiment anxiogène de climat pesant, ces rapports humains trop inscrits dans la franchise et l'intĂ©gritĂ© ne cessant d'influer sur le comportement dĂ©muni de Will observant l'assemblĂ©e avec un dĂ©sespoir fĂ©brile. Par la soliditĂ© de sa mise en scène, le jeu insidieux des comĂ©diens et la subtilitĂ© du pouvoir de suggestion, The Invitation insuffle un climat d'inconfort et de malaise avant l'effroi d'une dernière partie rigoureusement cinglante.


En abordant de manière originale les thèmes du malaise existentiel, de la perte de l'ĂŞtre aimĂ© et du dĂ©sir de rĂ©demption par le biais d'une idĂ©ologie extrĂ©miste, Karyn Kusama cristallise un thriller cĂ©rĂ©bral Ă  couper au rasoir. De par le magnĂ©tisme confĂ©rĂ© Ă  son atmosphère dĂ©lĂ©tère et son portrait d'une confrĂ©rie Ă  l'identitĂ© interlope. Glacial et terriblement anxiogène, on sort Ă©prouvĂ© de ces rapports de force en dĂ©liquescence morale si bien que l'Ă©pilogue tragique en rajoute une louche dans le nihilisme auprès de l'influence de masse.  

P.S: Afin de préserver tout effet de surprise, évitez de jeter un oeil sur sa bande-annonce beaucoup trop manifeste.


Le p'tit mot de Jean Marc Micciche:
SĂ©ance festival et fantastique avec The Invitation, Ă©norme film clinique, digne des plus suspense de Polanski. Ĺ’uvre d'une noirceur tĂ©nĂ©breuse absolue oĂą un couple est invitĂ© avec d'autres amis Ă  un repas mystĂ©rieux. Par petite touche, le film amorce ce qui apparaĂ®t de prime abord comme un drame intimiste, un voyage bouleversant et d'une angoisse sidĂ©rante sur la gestion de la douleur...Terriblement incommodant, d'un malaise terrifiant, le film va jusqu'au bout de son implacable horreur funeste et finit par un plan final aussi Ă©vocateur et terrifiant que bon nombres de classiques. Un voyage au bout de la nuit qui surprend par sa gestion des temps faibles et des temps fort, par des ralentis d'un beautĂ© funĂ©raires, par une gestion du cadre et de l'espace d'une prĂ©cision machiavĂ©lique....Bref, The invitation est un chef d'Ĺ“uvre d'autant plus savoureux qu'il est inattendu et semble sortir de nulle part...le genre de film qu'on se tapait dans les annĂ©es 70 et 80.
 Et putain quel score !


jeudi 21 avril 2016

The Witch. Prix de la mise en scène, Sundance 2015. Prix du Jury, Gerardmer 2016.

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site imdb.com 

de Robert Eggers. 2015. U.S.A/Canada. 1h32. Avec Anya Taylor-Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie,
Harvey Scrimshaw, Ellie Grainger, Lucas Dawson.

Sortie salles France: Janvier 2016 (Gerardmer). U.S: 19 Février 2016

FILMOGRAPHIE: Robert Eggers est un réalisateur américain. 2015: The Witch


Réinterprétation d'une citation de Mohammed Moulessehoul, dit Yasmina Khadra:
"Le mal est une effroyable sorcellerie, une possession démoniaque, une folie à l'état pur. Une fois contaminé, vous ne pouvez plus vous en défaire. C'est tellement enivrant."

Sommet d'ambiance mortifère dans le sens le plus Ă©thĂ©rĂ© du terme, The Witch renoue avec une horreur sans fard comme on en voit rarement dans le paysage contemporain. VĂ©ritable coup de maĂ®tre d'un cinĂ©aste novice comme le rĂ©vĂ©la son Prix de la Mise en scène Ă  Sundance, The Witch est une angoisse rĂ©frigĂ©rante supervisĂ©e par le Mal en personne. Son ombre aussi indicible que palpable planant sur les Ă©paules des protagonistes avec une force de persuasion impavide. Le malaise psychologique dans lequel le spectateur se morfond insufflant chez lui un sentiment d'angoisse vertigineux. Cette invitation au cauchemar s'avĂ©rant d'autant plus feutrĂ©e, hermĂ©tique, diaphane qu'il nous ait impossible de lâcher prise par son impact visuel, notamment avec l'appui hostile d'une posture animalière.


Ainsi, cette atmosphère lestement délétère, Robert Eggers parvient à la transcender par le biais d'une splendide photo monochrome afin de mettre en relief la tiédeur de sa végétation oppressante. La connivence de la flore et de la faune faisant parti du cadre naturel afin de transmettre chez nos héros un désarroi moral en perdition. Prenant pour thèmes le fanatisme religieux, la sorcellerie et la superstition au sein de la Nouvelle-Angleterre du 17è siècle, le réalisateur explore le folklore des contes et légendes sataniques sous l'impulsion d'un cheminement narratif toujours plus dépressif. L'intrigue linéaire n'accordant aucune faveur à la condition infortunée d'une famille de dévots confinés dans un terrain rural depuis leur bannissement du village local. Par la cause d'exactions d'une présence invisible, ils vont être amenés à s'entre-déchirer pour tenter de dénicher l'éventuel coupable de disparitions en règle. Cette montée en puissance dramatique, Robert Eggers parvient à l'inscrire sur image avec un brio viscéral. Ce dernier privilégiant l'étude comportementale d'une famille dysfonctionnelle affligée par la suspicion, l'appréhension et la famine depuis les conséquences tragiques de situations inexpliquées. Diatribes (vitriolées) sur l'obscurantisme et le sectarisme lorsque le fanatisme converge à la folie et la paranoïa collectives, The Witch avive brillamment le drame psychologique pour dénoncer les états d'âme galvaudés de métayers tributaires de leur piété.


EmaillĂ© de sĂ©quences fortes (le sort de Caleb, sa conclusion escarpĂ©e) oĂą l'horreur des situations engendre une caractĂ©risation humaine en dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale, The Witch inscrit sur pellicule une descente aux enfers dĂ©pressive parmi la puissance de suggestion. De par son intensitĂ© dramatique dĂ©saxĂ©e et ses images saisissantes de visions d'effroi (notamment sa symbolique impartie Ă  la sorcellerie animalière), The Witch prodigue la noblesse d'une horreur subtile avec un magnĂ©tisme ensorcelant. Futur classique.

*Bruno
09.06.24. 2èx. Vostfr

La note de Jean Marc Micciche:
Cycle Festival fantastique 3 (apres Frankenstein et the The survivalist) avec l'énorme et je pèse mes mots The witch.....Voilà exactement, une œuvre aux antipodes des productions cinématographiques actuels, un cinéma qui s'oppose à la gangrène du cinéma actuel et me rappelle un peu un ancien article de Vincent Guignebert dans Mad Movies à propos de Simetière...à force de trop montrer, de tout raconter, de tout expliquer, on avait oublié la force d'un cinéma de l'évocation où le non dit, le mystère, le trouble à cette puissance tranquille de vous hérisser les cheveux, de vous envahir, de vous faire sentir, voir vous faire croire littéralement l'existence du mal (présents aux quatre coins de l'écran) sans jamais être capable de définir sa localisation....Filmé à la Dreyer, évoquant par sa poésie plastique aussi bien le muet Haxan ou le Navigator de Vincent Ward, The witch est une tragédie sinistre dont on se sait pas si le plan final est une damnation ou une libération....

Récompenses:
Festival du film de Londres 2015 : Sutherland Trophy du meilleur premier film
Festival du film de Sundance 2015 : Prix de la mise en scène
Festival international du film fantastique de Gérardmer 2016 : Prix du jury SyFy1

mardi 19 avril 2016

The Boy

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de William Brent Bell. 2016. U.S.A. 1h37. Avec Lauren Cohan, Rupert Evans, Jim Norton, Diana Hardcastle, Ben Robson, James Russell

Sortie salles France: 27 Janvier 2016. U.S: 22 Janvier 2016

FILMOGRAPHIE: William Brent Bell est un réalisateur, scénariste et producteur américain. 2016: The Boy. 2013: Wer. 2012: Devil Inside. 2006: Stay Alive. 1997: Sparkle and Charm.

Surfant sur le succès d’Annabelle, William Brent Bell exploite les thĂ©matiques de la poupĂ©e diabolique et du deuil infantile Ă  travers un parti pris Ă©tonnamment sobre, respectueux, bien plus sincère et convaincant qu’attendu. Il joue la carte du premier degrĂ©, dans une volontĂ© assumĂ©e de renouer avec une Ă©pouvante Ă  l’ancienne, intimement liĂ©e au surnaturel.

FraĂ®chement dĂ©barquĂ©e dans un manoir anglais pour y occuper un poste de baby-sitter, une jeune AmĂ©ricaine subit les caprices d’un couple de retraitĂ©s ayant substituĂ© leur enfant dĂ©funt par une poupĂ©e de porcelaine. Au fil des jours, Greta entretient une relation Ă©trange avec le mannequin, au point de se persuader qu’elle est en prĂ©sence du fantĂ´me du fils Heelshire.


SĂ©rie B ludique bâtie sur l’efficacitĂ© d’un suspense latent irrĂ©sistiblement envoĂ»tant, The Boy surprend par sa modestie, prĂ©fĂ©rant ciseler une atmosphère d’inquiĂ©tude plutĂ´t que cĂ©der Ă  la surenchère. Formellement soignĂ© - entre une photographie dĂ©saturĂ©e Ă©lĂ©gante et des dĂ©cors gothiques raffinĂ©s - le film recentre son intrigue sur les rapports intimistes entre la baby-sitter et sa poupĂ©e. Sans chercher Ă  provoquer par des procĂ©dĂ©s spectaculaires Ă©culĂ©s, The Boy repose sur l’interrogation constante d’une poupĂ©e potentiellement diabolique et sur l’aura feutrĂ©e d’une demeure vĂ©tuste, Ă©crin d’un passĂ© tragique occultĂ©. RehaussĂ© par le jeu doux et nuancĂ© de Lauren Cohan, dont la prĂ©sence maternelle crĂ©dibilise les situations anxiogènes, le rĂ©cit gagne en trouble lorsque son personnage cède Ă  une foi occulte. Par son obstination Ă  croire Ă  l’improbable, le film invite le spectateur Ă  faire de mĂŞme, portĂ© par une mise en scène scrupuleuse observant ces rapports avec une empathie dĂ©rangeante. ÉmaillĂ© d’idĂ©es parfois astucieuses - la larme sur la joue de Brahms - le rĂ©alisateur s’efforce de narrer son histoire Ă  travers le simulacre, maintenant l’expectative jusqu’Ă  une rĂ©vĂ©lation finale dĂ©tonante. MalgrĂ© quelques clichĂ©s infiltrĂ©s, The Boy finit par ĂŞtre haletant, malsain et terrifiant Ă  travers son effet de surprise rĂ©solument impressionnant.

SĂ©rie B horrifique inopinĂ©ment adulte, dĂ©sireuse de bâtir un rĂ©cit surnaturel plus finaud que le tout-venant mainstream, The Boy sĂ©duit par l’intĂ©gritĂ© d’un rĂ©alisateur attentif Ă  l’Ă©volution morale de personnages tourmentĂ©s, en proie Ă  un surnaturel plus vrai que nature.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

06.02.26. 2èx. VF. Videoprojo 

lundi 18 avril 2016

BUG. Prix FIPRESCI, Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2006

                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineparade.eklablog.com

de William Friedkin. 2006. U.S.A. 1h42. Avec Ashley Judd, Michael Shannon, Harry Connick Jr., Lynn Collins, Brian F. O'Byrne.

Sortie salles France: 21 fĂ©vrier 2007. U.S: 25 Mai 2007. Interdit aux - de 12 ans.

FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times. C'est en 1971 et 1973 qu'il connaîtra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés à la cérémonie des Oscars d'Hollywood. 1967: Good Times. 1968: l'Anniversaire. 1968: The Night they Raided Minsky's. 1970: Les Garçons de la bande. 1971: French Connection. 1973: l'Exorciste. 1977: Le Convoi de la peur. 1978: Têtes vides cherchent coffres pleins. 1980: The Cruising. 1983: Le Coup du Siècle. 1985: Police Fédérale Los Angeles. 1988: Le Sang du Châtiment. 1990: La Nurse. 1994: Blue Chips. 1995: Jade. 2000: l'Enfer du Devoir. 2003: Traqué. 2006: Bug. 2012: Killer Joe.


Expérience paranoïde contagieuse, Bug s'inspire d'une pièce de théâtre de Tracy Letts jouée en 2004. S'appuyant sur le principe du huis-clos suffocant, William Friedkin prend un malin plaisir à immerger le spectateur dans une descente aux enfers schizophrène. La cause incombant à un ex militaire d'apparence affable et timoré qu'Agnès aura rencontré dans un bar par l'intermédiaire de sa meilleure amie. Solitaire, droguée, marginale, cette dernière se remet difficilement de la disparition inexpliquée de son fils et de son échec conjugal, faute d'un mari abusif. Harcelée par son ex, elle se réconforte auprès de son hôte avant que celui-ci ne lui déclare qu'il est le cobaye d'une horrible machination perpétrée par le gouvernement. Des insectes se seraient alors infiltrés dans son corps afin de transmettre la maladie à autrui et anéantir nos cerveaux. Sous couvert de thriller au suspense latent (la première partie prend son temps à caractériser les rapports du couple), William Friedkin en extirpe un drame psychologique d'une intensité dramatique en chute libre. Le film décrivant avec réalisme cinglant les rapports équivoques d'un couple en renaissance amoureuse convaincu d'être le fruit d'un odieux complot.


Outre la maĂ®trise de sa mise en scène accordant beaucoup d'intĂ©rĂŞt Ă  la bande-son afin d'aviver l'angoisse morale de nos hĂ©ros, Bug est transcendĂ© par un jeu d'acteurs au diapason ! Michael Shannon endossant avec spontanĂ©itĂ© viscĂ©rale la carrure du dangereux schizophrène (sans doute) traumatisĂ© par la guerre. Dans un jeu de fragilitĂ© aiguĂ«, Ashley Judd lui prĂŞte la vedette avec une dimension humaine nĂ©vralgique, faute de ses tourments dĂ©pressifs facilement manipulables. Le duo se dĂ©chirant au rythme de la passion amoureuse et de la hantise de persĂ©cution. D'une violence rigoureuse dans les comportements erratiques en roue libre, les joutes verbales et les exactions sanglantes (notamment une torture dentaire proprement horrifique !), Bug dĂ©range pour provoquer un malaise tangible auprès des agissements du couple compromis par l'autosuggestion. Par le biais de cet imposteur victime d'une pathologie mentale et de cette marginale dĂ©pressive en quĂŞte Ă©perdue d'amour, William Friedkin en extrait une rĂ©flexion sur l'influence de la paranoĂŻa et la manipulation de celui qui l'extĂ©riorise.


Baignant dans un climat nĂ©vrosĂ© progressif au fil d'une dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale, Bug aborde les thèmes de la paranoĂŻa et du complot politique sous l'impulsion d'un dangereux psychopathe. Par son intensitĂ© Ă©motionnelle perturbante, il en Ă©mane une expĂ©rience viscĂ©rale Ă©prouvante oĂą l'impact des images cauchemardesques (les mutilations corporelles Ă©changĂ©es entre le couple par la cause des insectes) se disputent au dĂ©sarroi d'un drame de la solitude. 

Récompense: Prix FIPRESCI lors de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2006

vendredi 15 avril 2016

LE CERCLE

                                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"The Ring" de Gore Verbinski. 2002. U.S.A. 1h55. Avec Naomi Watts, Brian Cox, Martin Henderson, David Dorfman, Rachael Bella, Daveigh Chase

Sortie salles France: 5 Février 2003. U.S: 18 Octobre 2002

FILMOGRAPHIE: Gregor « Gore » Verbinski, nĂ© le 16 mars 1964, est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain. 1997 : La Souris. 2001 : Le Mexicain. 2002 : Le Cercle. 2003 : Pirates des CaraĂŻbes: La MalĂ©diction du Black Pearl . 2005 : The Weather Man. 2006 : Pirates des CaraĂŻbes: Le Secret du Coffre maudit. 2007 : Pirates des CaraĂŻbes: Jusqu'au bout du Monde. 2011 : Rango. 2013 : Lone Ranger, naissance d'un hĂ©ros.


"Je dĂ©teste la tĂ©lĂ©, ça me file la migraine. Il y a tellement d'ondes dans l'air Ă  cause de ça et des tĂ©lĂ©phones, qu'on perd dix fois plus de neurones qu'on le devrait. Les molĂ©cules du cerveau deviennent instables. Les fabricants le savent, mais ils font rien. C'est un vrai complot. 
Tu sais combien d'ondes traversent notre tĂŞte chaque seconde ?"

Remake du cĂ©lèbre Ring, classique japonais de Hideo Nakata rĂ©alisĂ© en 1998, le Cercle reprend avec habiletĂ© le concept de la Vhs maudite pour renouveler la peur parmi l'appui d'une narration dramatique en crescendo. Sans se laisser influencer par la facilitĂ© du copier-coller, Gore Verbinski rĂ©-exploite la malĂ©diction de Samara avec une science du suspense affĂ»tĂ© et le joug d'un climat de malaise. Une jeune journaliste, Rachel Keller, dĂ©cide d'enquĂŞter sur une sĂ©rie de meurtres inexpliquĂ©s après que les victimes eurent visionnĂ© le contenu d'une cassette video leur augurant leur mort 7 jours après sa diffusion. Un appel tĂ©lĂ©phonique les avertissant au moment propice. 


DominĂ© par l'interprĂ©tation obstinĂ©e de Naomi Watts compromise entre ses sentiments d'Ă©moi, de doute et de paranoĂŻa, Le Cercle repose sur une investigation de longue haleine pour immerger le spectateur vers une troublante descente aux enfers. L'intrigue soigneusement structurĂ©e dĂ©livrant au compte goutte indices et rĂ©vĂ©lations macabres avec un sens du dĂ©tail dĂ©rangeant. Outre l'art de conter un rĂ©cit malsain terriblement inquiĂ©tant, il faut Ă©galement souligner le soin formel apportĂ© Ă  sa photographie dĂ©saturĂ©e si bien que certaines images poĂ©tiques nous magnĂ©tisent l'esprit par sa puissance Ă©vocatrice. Particulièrement l'environnement clairsemĂ© d'une nature en clair obscur comme le symbolise Ă  plusieurs reprises l'arbre dĂ©charnĂ© Ă©troitement liĂ© au secret de Samara. Quant Ă  la prĂ©sence candide des chevaux, elle fait office de ressort dramatique parfois Ă©prouvant (le comportement erratique de l'Ă©talon embarquĂ© sur le bateau et poursuivant Rachel s'avère l'un des moments les plus rigoureux !) lorsque ces derniers sont soumis Ă  une force diabolique. Parmi les archĂ©types de la lĂ©gende urbaine, de l'enfance diabolique, de la superstition et de la malĂ©diction, Gore Verbinski s'efforce de crĂ©dibiliser une douloureuse histoire de relation maternelle par l'entremise de la famille dysfonctionnelle et avec l'appui de Rachel Ă©prise de compassion pour la condition Ă©quivoque de Samara. Ne cĂ©dant jamais Ă  l'esbroufe horrifique car s'efforçant de mettre en valeur une Ă©pouvante premier degrĂ©, le cinĂ©aste parvient brillamment Ă  exacerber quelques brefs instants d'effroi par l'habiletĂ© de la suggestion.


Redoutablement efficace comme le souligne son ossature narrative d'une riche intensité dramatique et l'aura perméable de son angoisse malsaine, Le Cercle honore dignement l'entreprise commerciale du remake si bien que Gore Verbinski y apporte sa marque et son identité avec brio inattendu. La peur, subtile et diffuse, s'avère donc à nouveau au rendez-vous sous l'impulsion d'une satire des médias, et pourrait même prétendre à émuler son modèle !

3èx

jeudi 14 avril 2016

UN JOUR SANS FIN

                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site daveexaminesmovies.com

"Groundhog Day" d'Harold Ramis. 1993. U.S.A. 1h41. Avec Bill Murray, Andie MacDowell, Chris Elliott, Stephen Tobolowsky, Michael Shannon, Harold Ramis

Sortie salles France: 28 Juillet 1993. U.S: 12 Février 1993

FILMOGRAPHIE: Harold Ramis, de son vrai nom Harold Allen Ramis, est un acteur, producteur, réalisateur et scénariste américain né le 21 novembre 1944 à Chicago, dans l'Illinois aux (États-Unis), et mort dans cette même ville le 24 février 2014.
1980: Le Golf en folie. 1983: Bonjour les vacances. 1986: Club Paradis. 1993: Un jour sans fin.
1995: Stuart sauve sa famille. 1996: Mes doubles, ma femme et moi. 1999: Mafia Blues. 2000 : Endiablé. 2002: Mafia Blues 2. 2005 : Faux Amis. 2009 : L'An 1: Des débuts difficiles.


ComĂ©die fantastique d'une fantaisie et d'une tendresse insatiables, Un jour sans fin exploite le thème du voyage temporel avec une rare originalitĂ©. Harold Ramis ne recourant jamais Ă  l'esbroufe spectaculaire pour divertir le spectateur car s'appuyant sur une dimension philosophique oecumĂ©nique. Le genre ludique se transcendant ici en habile rĂ©flexion sur l'ennui de la routine, le sens du temps en perpĂ©tuel mouvement et les rĂ©percussions bĂ©nĂ©fiques ou malheureuses de nos actes quotidiens les plus anodins. Illustrant avec cocasserie le quotidien inlassable d'un prĂ©sentateur mĂ©tĂ©o condamnĂ© Ă  revivre la mĂŞme journĂ©e hivernale, le rĂ©alisateur surenchĂ©rit d'inventivitĂ© pour lui imposer une multitude de situations Ă©culĂ©es afin de l'initier Ă  l'humanisation.


A savoir, surpasser l'inertie d'une boucle temporelle par un dĂ©sir de formation et d'observation Ă  dĂ©crypter les traits de caractère de nos proches pour s'adapter Ă  la sociabilitĂ©. PrĂ©cepte d'amour et de tolĂ©rance pour l'autre, le parcours de prime abord morose de Phil Connors se cristallise en leçon de vie parmi la complicitĂ© amicale de sa productrice Rita (Andie MacDowell sĂ©millante de candeur dans une fringance naturelle !). Egocentrique, bourru et ingrat, Phil va peu Ă  peu occulter ses sautes d'humeur du quotidien Ă©culĂ©, rivaliser de trouvailles et constance Ă  s'alimenter de nouvelles occupations pour dĂ©jouer l'ennui. Pour incarner ce rĂ´le exubĂ©rant en demi-teinte, Bill Murray crève l'Ă©cran dans celui du cĂ©libataire aguerri en Ă©veil existentiel. Sa posture de clown triste l'amenant peu Ă  peu Ă  adopter une posture humble au contact de son entourage et de seconds-rĂ´les mĂ©connus. Outre ses thèmes passionnants impartis Ă  l'harmonie de la vie, Ă  la fraternitĂ© et Ă  l'amitiĂ©, Un jour sans fin aborde la thĂ©matique de l'amour avec une Ă©motion fragile. Flirtant mĂŞme parfois avec la fĂ©erie, Harold Ramis implique le spectateur dans une relation romanesque fondĂ©e sur l'intĂ©gritĂ© des sentiments après que Phil eut saisi les failles de sa personnalitĂ© dĂ©daigneuse.


Chef-d'oeuvre d'humour et d'Ă©motion parfois poignante, Un jour sans Fin transfigure le genre pour nous prodiguer l'apparat du lendemain par l'apprentissage culturel et les ressorts existentiels de tolĂ©rance, d'altruisme, de fraternitĂ© et d'amour. Hymne Ă  la vie, un moment de cinĂ©ma en apesanteur oĂą la tendresse des actes humains nous laisse Ă©galement songeur sur l'harmonie conjugale.  

mercredi 13 avril 2016

HOT SPOT

                                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site blackfever.org

de Dennis Hopper. 1990. U.S.A. 2h10. Avec Don Johnson, Virginia Madsen, Jerry Hardin, Jennifer Connelly, Charles Martin Smith, Barry Corbin, William Sadler.

Sortie salles France: 16 Janvier 1991. U.S: 12 Octobre 1990

FILMOGRAPHIE: Dennis Hopper, né le 17 mai 1936 à Dodge City, Kansas et mort le 29 mai 2010 à Los Angeles, est un acteur, réalisateur, poète, peintre et photographe américain. 1969: Easy Rider. 1971: The Last Movie. 1980: Out of the Blue. 1988: Colors. 1990: Catchfire. 1990: Hot Spot. 1994 : Chasers.


Thriller vĂ©nĂ©neux d'un Ă©rotisme torride, Hot Spot constitue la sixième rĂ©alisation de l'acteur Dennis Hopper, sans doute la plus maĂ®trisĂ©e de sa carrière. Tant par sa direction hors pair d'acteurs au charisme saillant que d'une structure narrative remarquablement ciselĂ©e dans son alliage de suspense et rebondissements impromptus. Au moment de cambrioler la banque de sa contrĂ©e Texane, un vendeur en automobile tombe sous le charme de deux vamps au caractère distinct. L'une s'avĂ©rant une jeune fille introvertie soumise Ă  l'arrogance d'un maĂ®tre chanteur, l'autre une Ă©pouse nantie plutĂ´t nymphomane dans son art de sĂ©duire les beaux mâles influençables. 


Vouant une affection immodérée pour son trio maudit, Dennis Hopper redouble d'ironie et de cynisme à dépeindre le portrait peu recommandable de personnages véreux partagés entre leur appétence sexuelle et le goût du lucre. Tributaire d'une situation modeste de salarié et de son instinct vénal, Harry Madox choisit la facilité de l'escroquerie afin d'optimiser sa situation financière. Courtisé par la beauté fringante de deux tentatrices, il finit par céder à leurs avances avant de se laisser voguer vers une dérive criminelle. Opposé au conformisme, Dennis Hopper se prend un malin plaisir à vitrioler un climat érotique ardent autour d'un trio sulfureux bâti sur le mensonge, la trahison et la manipulation. Chaque personnage occultant leurs secrets et désir intrinsèque avant de se laisser berner par un jeu délétère de séduction. D'une sensualité fragile, Jennifer Connelly se fond dans le corps d'une secrétaire timorée avec une ambivalence bisexuelle, quand bien même Virginia Madsen lui partage la vedette dans une fonction égocentrique de garce mi-perfide, mi-sournoise. Au coeur de ce duo à couteau tiré, Don Johnson tente de peser le pour et le contre de leurs aveux féminins afin de départager ses sentiments les plus influents. En exploiteur égotiste rattrapé d'une bravoure héroïque et d'une empathie pour la situation soumise de Dolly, l'acteur crève l'écran pour se tailler une prestance en demi-teinte d'escroc charmeur irrigué par l'avilissement.


Au rythme entĂŞtant de plages de blues (on y croise John Lee Hooker, Miles Davis, Taj Mahal et Roy Rogers) et sous l'impulsion libidineuse du trio galvaudĂ©, Dennis Hopper insuffle un climat solaire concupiscent pour y extraire une machination amorale. Un grand thriller vertigineux au pouvoir de sĂ©duction aussi ensorcelant que licencieux. 

mardi 12 avril 2016

JEU D'ENFANT

                                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Child's Play" de Tom Holland. 1988. U.S.A. 1h27. Avec Catherine Hicks, Chris Sarandon, Alex Vincent, Brad Dourif, Dinah Manoff, Tommy Swerdlow, Jack Colvin

Sortie salles France: 5 Avril 1989. U.S: 9 Novembre 1988

FILMOGRAPHIE: Tom Holland est un réalisateur et scénariste américain né le 11 Juillet 1943.
1985: Vampire, vous avez dit vampire. 1987: Beauté Fatale. 1988: Jeu d'Enfant. 1989: l'Enfant génial (The Wizard). 1993: Meurtre par intérim. 1996: La Peau sur les Os.


Habile artisan de la série B révélé par Vampire, vous avez dit vampire, Tom Holland continue de séduire les fantasticophiles 3 ans plus tard avec Jeu d'Enfant, sélectionné à Avoriaz. Premier volet d'une franchise à succès dont le concept sardonique sera usé jusqu'à la corde (en témoigne son dernier opus téléfilmesque), l'intrigue aborde le thème du vaudou parmi l'icone d'une poupée industrielle. Sans doute influencé par Au coeur de la Nuit, Magic, Devil Dolls ou encore le méconnu la Poupée de la Terreur de Dan Curtis, Tom Holland donne chair à son antagoniste infantile par le biais d'effets spéciaux novateurs pour l'époque. Si les autres opus de la saga parviendront toutefois à transcender la mobilité de son corps et de ses expressions faciales avec l'appui de la numérisation, Jeu d'Enfant parvient déjà à crédibiliser ses exactions, notamment par le biais d'une verve sardonique assez ravageuse.


Pris au piège par la police, un tueur en série adepte du vaudou parvient à se planquer dans un magasin de jouets pour y infiltrer in extremis son âme dans le corps d'une poupée. Epris de vengeance, il se résout ensuite d'assassiner ces rivaux avant de tenter de se réincarner dans la peau d'un enfant. La mère de ce dernier et un flic vont tenter de déjouer ses stratagèmes criminels. Captivant, Jeu d'Enfant tire parti de son efficacité grâce à son équilibre narratif fertile en actions, rebondissements et suspense diffus. Sans jouer la facilité de la surenchère, Tom Holland n'abuse jamais de la vacuité de séquences horrifiques car plus soucieux à accorder de la carrure aux portraits contrariées d'un enfant, d'un flic et d'une mère résignés à se tolérer une improbable vérité ! A savoir, dénoncer la culpabilité d'une poupée douée de chair et de sang ! Sous l'impulsion conflictuelle de ces derniers, l'intrigue gagne donc en crédibilité par leur motivation forcenée, quand bien même le cinéaste parvient parfois à distiller un suspense franchement anxiogène quant à la prochaine agression sournoise de Chucky. Son premier homicide perpétré contre une babysitter s'avérant d'ailleurs la séquence la plus réussie en terme d'angoisse palpable en chute libre. Par le principe d'une investigation insolite et grâce à la sobriété de ces comédiens (Catherine Hicks en tête car remarquable de spontanéité en mère névrosée !), Jeu d'Enfant renoue avec dynamisme avec le psycho-killer sans prétention de révolutionner le genre.


Nerveux, original, efficace et mis en scène avec autoritĂ© comme le souligne parfois la rigueur de son angoisse oppressante, Jeu d'Enfant privilĂ©gie l'horreur Ă  l'ancienne dans un refus de dĂ©rision (ou de raillerie) pour susciter la peur (facteur que la plupart des autres cinĂ©astes rĂ©futera dans les autres volets puisque prĂ´nant le ressort potache). Un très sympathique slasher domestique renouvelant avec assez d'originalitĂ© le thème du vaudou sous le symbole mercantile de Chucky

vendredi 8 avril 2016

LE MANOIR MAUDIT

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Ecranlarge.com

"Metempsyco"de Antonio Boccaci. 1963. Italie. 1h28. Avec Annie Alberti, Marco Mariani, Adriano Micantoni, Flora Carosello

Sortie salles France: 12 Novembre 1963

FILMOGRAPHIE: Antonio Boccaci est un réalisateur, scénariste et acteur italien. 1963: Le Manoir Maudit.


Ne tournons pas autour du pot, l'unique rĂ©alisation d'Antonio Boccaci est un nanar transalpin d'un intĂ©rĂŞt limitĂ©. Le Manoir Maudit se contentant avec le minimum syndical de distiller inquiĂ©tude latente et expectative autour d'une machination parasitĂ©e d'incohĂ©rences. Tout du moins, faute d'une narration prĂ©mâchĂ©e (montage dĂ©structurĂ© Ă  l'appui) et du comportement Ă©quivoque et elliptique de protagonistes ne cessant de dĂ©ambuler dans les recoins du château avec une apprĂ©hension risible. Pour tenter d'impressionner le spectateur et le rassurer du spectacle horrifique, Antonio Boccaci compte sur les apparitions spectrales d'une comtesse et les exactions sordides d'un monstre de foire confinĂ© dans une crypte. Sous l'impulsion barbare de ce dernier, on peut d'ailleurs relever l'audace graphique d'une sĂ©quence d'agression particulièrement brutale.


Le docteur Darnell et sa fille Anna viennent s'installer dans le manoir d'un aristocrate hindou autrefois épris d'amour pour sa comtesse Irène. Cette dernière ayant subitement disparue depuis 20 ans, il se réconforte auprès de la nouvelle présence d'Anna ressemblant à s'y méprendre à son ancienne maîtresse. La nuit, hantée par ses cauchemars et son somnambulisme, Anna tente de découvrir l'horrible vérité sur Irène avec le soutien de son fantôme. Mais au sous-sol du manoir, un valet au visage difforme veille dans une salle de tortures avant de kidnapper ses hôtes. Ce pitch fourre tout, Antonio Boccaci l'exploite avec beaucoup de maladresses, tant par sa mise en scène dégingandée que la prestance involontairement grotesque des comédiens cabotins s'efforçant d'exprimer leur angoisse ou terreur face aux diverses menaces (le fantôme et le monstre), quand bien même la police veille parfois à proximité pour débusquer un éventuel coupable. Dépourvu de tout ressort à suspense, l'intrigue peine à préserver l'attention tant nos personnages ne cessent d'aller et venir dans les chambres et couloirs avec une apathie rébarbative. Et pour éviter de se morfondre vers la somnolence, on se raccroche comme on peut sur la beauté de sa photo monochrome et le gothisme de quelques décors poussiéreux pour se rassurer d'une intrigue improbable étirée en longueurs. Qui plus est, sa partition dissonante irrite parfois les tympans dans ses tonalités inopinément joviales alors qu'il aurait mieux valu préconiser une sombre mélodie entêtante comme savent si bien les parfaire nos maestros italiens.


Uniquement destinĂ© aux inconditionnels de raretĂ©s au rabais, le Manoir Maudit constitue une curiositĂ© obsolète Ă  dĂ©couvrir d'un oeil distrait si vous ĂŞtes aptes Ă  redoubler d'indulgence. 
Nota: VO absente de l'édition Artus Films.

jeudi 7 avril 2016

INFECTES

                                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

"Carriers" d'Ă€lex et David Pastor. 2009. U.S.A. 1h24. Avec Lou Taylor Pucci, Chris Pine, Piper Perabo, Emily VanCamp, Christopher Meloni, Kiernan Shipka.

Sortie salles France: 26 Mai 2010. U.S: 4 Septembre 2009.

FILMOGRAPHIE: Àlex Pastor, né le 13 mars 1981 à Barcelone, Catalogne, est un scénariste, réalisateur et producteur espagnol. David Pastor, né le 25 juillet 1978 à Barcelone, Catalogne, est un scénariste et réalisateur espagnol. Il est le frère d'Alex Pastor.
2009: Infectés (Carriers). 2013 : Les Derniers Jours (Los últimos días).


Premier long des frères Pastor, InfectĂ©s aborde le thème de la dystopie sous l'alibi d'un virus mortel extrĂŞmement contagieux. Amorçant sa mise en scène Ă  l'instar d'un Teen movie conventionnel, l'intrigue dĂ©vie rapidement de sa trajectoire lorsque que 2 jeunes couples en vĂ©hicule se refusent Ă  prĂŞter main forte Ă  un automobiliste depuis l'infection de sa petite fille. Sillonnant les contrĂ©es dĂ©sertiques du sud-ouest des Etats-Unis, ces derniers tentent de rejoindre une plage afin de s'isoler de prĂ©sence humaine et se prĂ©munir de la pandĂ©mie. Durant leur cheminement, ils vont cĂ´toyer d'autres rescapĂ©s tous aussi dĂ©sespĂ©rĂ©s et Ă©goĂŻstes Ă  l'idĂ©e de survivre dans leur no man's land. 


SaturĂ© d'une photographie ocre contrastant avec un climat solaire Ă©crasant, InfectĂ©s distille une atmosphère putride toujours plus tangible au fil des pĂ©rĂ©grinations urbaines de nos survivants en instance de survie. De par la dĂ©couverte de macchabĂ©es dĂ©charnĂ©s ou de malades moribonds, et l'attitude davantage sournoise de nos comparses terrifiĂ©s Ă  l'idĂ©e de rejoindre la liste des infectĂ©s. Le moindre contact tactile avec le sang du malade ou de leur respiration leur assurant la transmission d'une maladie incurable. Road Movie vitriolĂ© dans son parti pris de dĂ©masquer l'esprit de lâchetĂ© et d'individualisme de l'homme prĂŞt Ă  braver sa moralitĂ© au prix de sa survie, InfectĂ©s instaure un sentiment de dĂ©sespoir en crescendo. Sous l'impulsion d'une dynamique de groupe, la fraternitĂ© familiale, l'esprit de camaraderie et les sentiments amoureux volent en Ă©clat depuis qu'un virus mortel aura dĂ©cidĂ© de les Ă©radiquer. Outre son pessimisme radical Ă©manant de l'environnement de dĂ©crĂ©pitude, cette aura de dĂ©rĂ©liction se renforce de la caractĂ©risation sournoise des protagonistes Ă©voluant dans une dĂ©chĂ©ance immorale, faute d'un concours de circonstances misĂ©reuses. Les rĂ©alisateurs ne nous Ă©pargnant rien de leurs agissements couards et exactions perfides Ă  daigner sauver leur peau au mĂ©pris de la solidaritĂ©.   


Sous ses allures de série B mainstream survolant au premier abord le stéréotype de jeunes survivants faussement affables, Infectés s'extirpe de la conformité grâce à leur caractérisation fielleuse mise à nu au sein d'un cadre suffocant de dystopie. Dur et sans concession, l'intrigue improvisée insufflant une émotion aigre quant à la destinée précaire de ces anti-héros partagés entre une parcelle de remord et la rage de subsister. De ce maelström de corruption émane un constat aussi pessimiste que terrifiant sur la nature humaine. Et vous, que feriez-vous en pareille occasion ?

07.04.16. 3èx
16.03.11