de Robert Eggers. 2015. U.S.A/Canada. 1h32. Avec Anya Taylor-Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie,
Harvey Scrimshaw, Ellie Grainger, Lucas Dawson.
Sortie salles France: Janvier 2016 (Gerardmer). U.S: 19 Février 2016
FILMOGRAPHIE: Robert Eggers est un réalisateur américain. 2015: The Witch
Réinterprétation d'une citation de Mohammed Moulessehoul, dit Yasmina Khadra :
"Le mal est une effroyable sorcellerie, une possession démoniaque, une folie à l'état pur. Une fois contaminé, vous ne pouvez plus vous en défaire. C'est tellement enivrant."
Sommet d'ambiance mortifère dans le sens le plus littéral, The Witch renoue avec une horreur sans fard comme on en voit rarement dans le paysage contemporain. Véritable coup de maître d'un cinéaste novice, comme le révéla son Prix de la mise en scène à Sundance, The Witch est une angoisse réfrigérante supervisée par le Mal en personne. Son ombre, aussi indicible que palpable, plane sur les épaules des protagonistes avec une force de persuasion impavide. Le malaise psychologique dans lequel le spectateur se morfond lui insuffle un sentiment d'angoisse vertigineux. Cette invitation au cauchemar le plus insidieux demeure d'autant plus feutrée, hermétique et diaphane qu'il nous est impossible de lâcher prise face à son impact visuel, notamment par l'entremise d'une symbolique animalière prégnante.
Ainsi, cette atmosphère lestement délétère, Robert Eggers parvient à la transcender par le biais d'une splendide photographie monochrome afin de mettre en relief la froideur de sa végétation oppressante. La connivence de la flore et de la faune, parties intégrantes du cadre naturel, participe à transmettre chez nos héros un désarroi moral en perdition qui influe sur notre propre témoignage.
Prenant pour thèmes le fanatisme religieux, la sorcellerie et la superstition au sein de la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle, le réalisateur explore le folklore des contes et légendes sataniques sous l'impulsion d'un cheminement narratif toujours plus dépressif. L'intrigue linéaire n'accorde aucune faveur à la condition infortunée d'une famille de dévots confinée sur une terre rurale depuis son bannissement du village local. Victimes des exactions d'une présence invisible, ses membres vont être amenés à s'entre-déchirer pour tenter de dénicher l'éventuel responsable de disparitions en règle. Cette montée en puissance dramatique, Robert Eggers parvient à l'inscrire avec un brio formel viscéral. Car il privilégie l'étude comportementale d'une famille dysfonctionnelle affligée par la suspicion, l'appréhension et la famine à la suite de situations tragiques demeurées inexpliquées. Diatribe vitriolée contre l'obscurantisme et le sectarisme lorsque le fanatisme converge vers la folie et la paranoïa collectives, The Witch avive brillamment le drame psychologique pour dénoncer les états d'âme de métayers galvaudés par leur piété.
Émaillé de séquences fortes (le sort de Caleb, sa conclusion à la fois escarpée et fantasmagorique), où l'horreur des situations engendre une caractérisation humaine en pleine dégénérescence morale, The Witch inscrit sur pellicule une descente aux enfers dépressive portée par une puissance de suggestion exceptionnelle. De par son intensité dramatique désaxée et ses images saisissantes de visions d'effroi - notamment sa symbolique impartie à la sorcellerie animalière -, The Witch prodigue la noblesse d'une flippe tangible avec un magnétisme ensorcelant.
Classique à part entière.
— Celui du cœur noir des images 🖤
08.06.26. 3èx
La note de Jean Marc Micciche:
Cycle Festival fantastique 3 (apres Frankenstein et the The survivalist) avec l'énorme et je pèse mes mots The witch.....Voilà exactement, une œuvre aux antipodes des productions cinématographiques actuels, un cinéma qui s'oppose à la gangrène du cinéma actuel et me rappelle un peu un ancien article de Vincent Guignebert dans Mad Movies à propos de Simetière...à force de trop montrer, de tout raconter, de tout expliquer, on avait oublié la force d'un cinéma de l'évocation où le non dit, le mystère, le trouble à cette puissance tranquille de vous hérisser les cheveux, de vous envahir, de vous faire sentir, voir vous faire croire littéralement l'existence du mal (présents aux quatre coins de l'écran) sans jamais être capable de définir sa localisation....Filmé à la Dreyer, évoquant par sa poésie plastique aussi bien le muet Haxan ou le Navigator de Vincent Ward, The witch est une tragédie sinistre dont on se sait pas si le plan final est une damnation ou une libération....
Récompenses:
Festival du film de Londres 2015 : Sutherland Trophy du meilleur premier film
Festival du film de Sundance 2015 : Prix de la mise en scène
Festival international du film fantastique de Gérardmer 2016 : Prix du jury SyFy1




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