mercredi 16 mai 2018

Un Eté d'Enfer

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Michael Shock. 1984. France. 1h44. Avec Thierry Lhermitte, Véronique Jannot, Daniel Duval, Corynne Charbit, Michel Devilliers, Nana Mouloudji.

Sortie salles France: 12 DĂ©cembre 1984 (Int - 13 ans)

FILMOGRAPHIEMichael Schock est un réalisateur et acteur français né à Paris en 1948. 1978 : Trocadéro bleu citron. 1984 : Un été d'enfer. 1987 : Les Nouveaux Tricheurs.


"Emotion".
Polar français tournĂ© Ă  l'amĂ©ricaine parmi les vedettes de l'Ă©poque Thierry Lhermitte (Ă  contre emploi en justicier en blouson de cuir ! ?) / VĂ©ronique Jeannot (fraĂ®chement cĂ©lĂ©brĂ©e par la sĂ©rie TV Pause CafĂ©), Un EtĂ© d'enfer fut un succès considĂ©rable Ă  sa sortie avec ses 1 137 300 entrĂ©es. Moi mĂŞme fis d'ailleurs le dĂ©placement dans une salle un mercredi après-midi en compagnie d'un ami collĂ©gien. Raison pour laquelle aujourd'hui je ne peux pas vraiment ĂŞtre objectif puisque Ă  l'Ă©poque j'avais pris beaucoup de plaisir Ă  suivre les vicissitudes du dĂ©tective Darland, aussi lambda et naĂŻve soit son investigation ! Nanar pour les uns, plaisir innocent pour les autres, cette sĂ©rie B oscillant l'action et les bons sentiments pâtie d'une faible intrigue plutĂ´t prĂ©visible (Spoil ! bien que l'on soupçonne un faux dĂ©nouement tragique pour le sort de la disparue fin du Spoil). A savoir qu'une mère Ă©plorĂ©e sollicite l'aide d'un dĂ©tective privĂ© afin de retrouver sa jeune fille droguĂ©e disparue 3 mois plus tĂ´t. Pour autant, grâce Ă  sa rĂ©alisation clinquante jalonnĂ©e de sĂ©quences clippesques (les sĂ©quences romanesque auquel le couple se prĂ©lasse en bord de mer) et grâce Ă  l'attachant duo susnommĂ©, Un EtĂ© d'Enfer se suit sans dĂ©plaisir entre deux  sĂ©quences involontairement comiques (la rencontre timorĂ©e de Lhermitte et Jeannot autour d'un verre que celui-ci ne parvient pas Ă  choisir, rire nerveux assurĂ©e, ah ah !).


L'intrigue malingre s'affublant en outre d'une rĂ©currente mĂ©lodie sirupeuse que Debbie Davis chantonne Ă  plusieurs reprises afin d'accentuer l'attrait charnel des amants en Ă©treinte (on peut mĂŞme entrevoir un bout de sein de Jeannot lors d'une sĂ©quence dĂ©shabillĂ©e, ouh lĂ  lĂ  !). Outre la complicitĂ© assez convaincante du duo romantique, le film bĂ©nĂ©ficie Ă©tonnamment de seconds-couteaux aux gueules burinĂ©es (le franc-tireur Daniel Duval en commissaire vĂ©reux) ou Ă©maciĂ©es (le mĂ©connu Michel de Viliers en dealer crapuleux). Parmi la prĂ©sence très marquante de ce dernier, on peut d'ailleurs se remĂ©morer LA sĂ©quence choc restĂ©e dans les mĂ©moires par sa surprenante intensitĂ© dramatique. Ainsi, l'altercation au cours de laquelle Lhermitte finit par ĂŞtre forcĂ© de sniffer une montagne de coke provoque encore aujourd'hui un malaise viscĂ©ral vertigineux. Raison pour laquelle le film Ă©copa tout de mĂŞme Ă  sa sortie d'une interdiction aux - de 13 ans. Hormis quelques mini longueurs Ă  mi-parcours du rĂ©cit (la filature nocturne auprès des trafiquants Ă  proximitĂ© du paquebot s'essouffle rapidement), Un EtĂ© d'Enfer parvient donc modestement Ă  divertir avec savoir-faire technique (slow motion stylisĂ© en sus), mĂŞme si aujourd'hui il ne contentera que les nostalgiques des annĂ©es 80 ainsi que les amoureux de VĂ©ronique Jeannot qui ne fut alors jamais aussi radieuse que dans cet EtĂ© d'Enfer.

Dédicace à mon camarade de classe Didier Top
* Bruno

mardi 15 mai 2018

DOWNRANGE

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Ryuhei Kitamura. 2017. U.S.A. 1h29. Avec Kelly Connaire, Stephanie Pearson, Rod Hernandez, Anthony Kirlew, Alexa Yeames, Jason Tobias, Aion Boyd.

Sortie salles France: Prochainement.

FILMOGRAPHIE: Ryuhei Kitamura (北村 龍平) est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste japonais nĂ© le 30 mai 1969 Ă  ĹŚsaka (Japon). 1996: Heat After Dark. 1997: Down to Hell. 2000: Versus, l'ultime guerrier. 2002: Jam Films (segment The Messenger - Requiem for the Dead). 2002 : Alive. 2003 : Aragami. 2003 : Azumi.  200: Sky High. 2004: Longinus. 2004: Godzilla: Final Wars. 2006 : LoveDeath. 2008: The Midnight Meat Train. 2012: No One Lives. 2014: Lupin III. 2017: Downrange.


Sniper : Tireur d'élite armé d'un équipement spécifique et à la pointe de la technologie qui lui permet de prendre part à un affrontement, tout en étant embusqué et éloigné de ses cibles.

Survival horrifique prenant pour cadre exigu une portion de chaussée rurale auquel une poignée
d'ados s'y sont retranchĂ©s derrière la carrosserie de leur voiture, Downrange est une excellente surprise concoctĂ©e par l'habile artisan japonais Ryuhei Kitamur(Versus, Azumi, Midnight Meat Train). Intense, Ă©prouvant et ultra sanguinolent de par ses FX artisanaux du plus bel effet, Downrage joue la carte de la sĂ©rie B explosive dans son florilège d'exactions criminelles qu'un sniper, planquĂ© dans un arbre, perpĂ©tue en toute dĂ©contraction. Les quelques survivants constamment dans sa ligne de mire s'efforçant de trouver rapidement une issue de dernier ressort par le biais d'idĂ©es retorses convaincantes (smartphones, perchoir, pneu, briquet, frein Ă  main, caisse Ă  outils seront leurs principaux stratagèmes de dĂ©fense), mĂŞme si redoutablement couillues en pareille situation chaotique. Recrutant en prime des acteurs mĂ©connus contournant habilement le stĂ©rĂ©otype de l'ado dĂ©cervelĂ© (on est aux antipodes d'un Vendredi 13 avec son schĂ©ma narratif tracĂ© d'avance), Ryuhei Kitamura  exploite son astucieux concept avec une efficacitĂ© structurĂ©e afin de maintenir le spectateur dans une tension en roue libre.


Si bien que nous nous familiarisons d'entrĂ©e de jeu Ă  l'humanisme fĂ©brile de ces protagonistes compromis par leurs sentiments contradictoires de dĂ©sillusion et de pugnacitĂ©. Toute l'intrigue mĂ©chamment immorale n'Ă©tant qu'une initiation Ă  leur survie, une Ă©pineuse Ă©preuve de force aussi bien physique que morale. Et bien malin celui qui devinera qui parviendra Ă  se prĂ©munir des balles jusqu'au point d'orgue, notamment lorsque le cinĂ©aste n'Ă©prouve aucun remord Ă  sacrifier les plus attachants ou vaillants, et qu'il relance en intermittence sa frĂ©nĂ©sie sanglante parmi l'intrusion de nouveaux protagonistes. Le jeu de l'assassinat affichant clairement une tournure sardonique auprès de leur sort prĂ©caire que la rĂ©alisation inventive renchĂ©rit Ă  l'aide de cadrages alambiquĂ©s (pour ne pas dire extravagants Ă  certains moments gorasses que l'on pourrait comparer Ă  Evil-Dead !). Constamment haletant et Ă©pique dans son florilège de rebondissements cruels franchement impitoyables, Downrange ne possède aucun complexe pour afficher une ultra violence tantĂ´t âpre (les râles d'agonie de la seconde victime distillent un malaise viscĂ©ral) au point d'y sacrifier l'innocence la plus fragile.


Complètement vrillĂ© dans sa violence endĂ©mique et jusqu'au-boutiste de par le cynisme insidieux du sniper s'en donnant Ă  coeur joie dans les provocations criminelles (entre fausse alerte et exĂ©cution sommaire), Downrange exploite avec astuces et dĂ©rision son gĂ©nial concept de prise d'otages sous la chaleur Ă©crasante du bitume maculĂ© de sauce piquante. 

* Bruno

lundi 14 mai 2018

REVENGE. Prix de la Meilleure Réalisatrice, Catalogne.

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Coralie Fargeat. 2017. France. 1h48. Avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe, Guillaume Bouchède, Avant Strangel.

Sortie salles France: 8 Février 2018.

FILMOGRAPHIECoralie Fargeat est une réalisatrice et scénariste française.
2017: Revenge.


                    Un "Rape and Revenge" made in France en pleine polĂ©mique "Wenstein" ! 

En dĂ©pit d'un concept morbide rĂ©solument grotesque et improbable (une victime empalĂ©e revenue d'entre les morts après sa chute d'une falaise, il fallait carrĂ©ment oser !), Revenge est un sympathique Rape and revenge si bien qu'il s'agit de la première rĂ©alisation de Coralie Fargeat. Ultra gore en mode stylisĂ© (pour ne pas dire cartoonesque), relativement charpentĂ© au niveau de la mise en scène souvent inventive (notamment auprès de l'habile photogĂ©nie du dĂ©sert accompagnĂ©e d'une photo contrastĂ©e) et scandĂ© d'une bande-son (techno) percutante, Revenge parvient Ă  soigner la forme puis maintenir l'attention grâce Ă  la posture aguerrie de la victime en initiation de survie. La première partie s'attardant Ă  sa situation moribonde de manière assez dĂ©bridĂ©e si je me rĂ©fère Ă  ses combines de fortune afin de tenter de rester en vie puis anticiper sa vendetta. De cette intrigue Ă©videmment linĂ©aire que l'on connait par coeur, la rĂ©alisatrice parvient donc Ă  tisser assez d'efficacitĂ© autour du portrait de cette justicière stoĂŻque (elle se retrouve seule contre trois dans un dĂ©sert aride) que la jeune italienne Matilda Lutz parvient Ă  rendre convaincant (Ă  dĂ©faut d'ĂŞtre transcendante) de par la sobriĂ©tĂ© de son regard impassible. Et pour maintenir sa progression dramatique fĂ©brile, Coralie Fargeat  relance l'intensitĂ© de l'action du point de vue des agresseurs parvenant par moments Ă  s'extirper de leur situation prĂ©caire. Et ce mĂŞme si la tension escomptĂ©e avait gagnĂ© Ă  ĂŞtre plus Ă©toffĂ©e, plus maĂ®trisĂ©e auprès d'une dramaturgie plus escarpĂ©e et rĂ©aliste.

* Bruno

vendredi 11 mai 2018

Hercule contre les Vampires / Ercole al centro della terra

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemotions.com

de Mario Bava. 1961. Italie. 1h26. Avec Reg Park, Christopher Lee, Leonora Ruffo, George Ardisson, Marisa Belli, Ida Galli.

Sortie salles France: 9 Mai 1962. Italie: 16 Novembre 1961

FILMOGRAPHIEMario Bava est un rĂ©alisateur, directeur de la photographie et scĂ©nariste italien, nĂ© le 31 juillet 1914 Ă  Sanremo, et dĂ©cĂ©dĂ© d'un infarctus du myocarde le 27 avril 1980 Ă  Rome (Italie). Il est considĂ©rĂ© comme le maĂ®tre du cinĂ©ma fantastique italien et le crĂ©ateur du genre dit giallo. 1946 : L'orecchio, 1947 : Santa notte, 1947 : Legenda sinfonica, 1947 : Anfiteatro Flavio, 1949 : Variazioni sinfoniche, 1954 : Ulysse (non crĂ©ditĂ©),1956 : Les Vampires (non crĂ©ditĂ©),1959 : Caltiki, le monstre immortel (non crĂ©ditĂ©),1959 : La Bataille de Marathon (non crĂ©ditĂ©),1960 : Le Masque du dĂ©mon,1961 : Le Dernier des Vikings (non crĂ©ditĂ©),1961 : Les Mille et Une Nuits,1961 : Hercule contre les vampires,1961 : La RuĂ©e des Vikings, 1963 : La Fille qui en savait trop,1963 : Les Trois Visages de la peur, 1963 : Le Corps et le Fouet, 1964 : Six femmes pour l'assassin, 1964 : La strada per Fort Alamo, 1965 : La Planète des vampires, 1966 : Les Dollars du Nebraska (non cĂ©ditĂ©), 1966 : Duel au couteau,1966 : OpĂ©ration peur 1966 : L'Espion qui venait du surgelĂ©, 1968 : Danger : Diabolik ! , 1970 : L'ĂŽle de l'Ă©pouvante ,1970 : Une hache pour la lune de miel ,1970 : Roy Colt e Winchester Jack, 1971 : La Baie sanglante, 1972 : Baron vampire  , 1972 : Quante volte... quella notte, 1973 : La Maison de l'exorcisme, 1974 : Les Chiens enragĂ©s,1977 : Les DĂ©mons de la nuit (Schock),1979 : La Venere di Ille (TV).

 
PĂ©plum hybride Ă  la croisĂ©e du fantastique, de la comĂ©die, de la romance, de l'aventure mythologique et de l'Ă©pouvante, Hercule contre les Vampires porte clairement la signature du maestro Mario Bava, dans une fulgurance flamboyante de chaque instant. Il redouble ici de crĂ©ativitĂ© pour varier ses dĂ©cors baroques, envoĂ»tĂ©s de filtres rouges, verts, bleus, orangĂ©s - le tout dans une harmonie picturale oĂą l’Ĺ“il du spectateur est sans cesse courtisĂ©. Ă€ ce niveau purement contemplatif, Hercule contre les Vampires demeure un chef-d'Ĺ“uvre : un spectacle du samedi soir d’une inĂ©puisable recherche stylisĂ©e, comme seul le maestro savait en ciseler. Et ce, en se rĂ©inventant Ă  chaque projet, souvent pour pallier ses carences budgĂ©taires. Ce parti-pris esthĂ©tisant lui permet d’embellir son intrigue romantique - Hercule et un de ses comparses tentent d’extraire de l’enfer leurs dulcinĂ©es sĂ©questrĂ©es par le roi Lico - oĂą la tendresse des sentiments s’ouvre aux plages d’onirisme gracieuses et capiteuses.


Ă€ travers son intrigue attachante, testant la fidĂ©litĂ© amicale d’Hercule et de son compagnon, en tension avec leur passion amoureuse (en demi-teinte pour le second), la bonhomie hĂ©roĂŻque de leur solidaritĂ© (accompagnĂ©e d’un bateleur badin, gentiment pusillanime), le charisme tĂ©nĂ©breux de Christopher Lee en sorcier insidieux, et l’attrait baroque de ses situations occultes - du combat improbable contre une crĂ©ature de pierre Ă  l’invasion furtive de macchabĂ©es s’exhumant de leur caveau - tout concourt Ă  parfaire (sans l’ombre d’une prĂ©tention) un spectacle aussi stimulant que dĂ©paysant. C’est le Fantastique qui prĂ©domine ici, au cĹ“ur d’un cadre antique dĂ©complexĂ©, oĂą les codes du pĂ©plum sont triturĂ©s, transcendĂ©s, portĂ©s Ă  incandescence dans une ambition latine, exubĂ©rante et dĂ©mesurĂ©e. On peut mĂŞme louer la dimension gĂ©nialement bricolĂ©e de ses effets artisanaux, que Bava sublime par l’acuitĂ© du montage, le cadre gĂ©omĂ©trique et cette patte esthĂ©tisante qui Ă©lectrise l’image et capte notre regard. Bref, on reste constamment surpris, Ă©branlĂ©, happĂ© par cette recherche formelle en mutation constante, qui nous fait perdre pied pour mieux exalter l’Ă©merveillement du fantasticophile Ă©baubi.


Du cinéma de quartier imputrescible, car sans égal.
Éblouissante expĂ©rience occulte, typiquement bisseuse, baignĂ©e d’un onirisme baroque aussi hallucinĂ© qu’inusitĂ© (telles ces branches de rameaux sectionnĂ©es qui hurlent en saignant), Hercule contre les Vampires s’empare de l’alibi du songe et de la fantasmagorie pour laisser libre cours Ă  une foisonnance du dĂ©tail typiquement latine. Ă€ revoir d’urgence, en qualitĂ© HD, pour en goĂ»ter la rutilante beautĂ© Ă  couper le souffle, avec la trouble impression de dĂ©couvrir une Ĺ“uvre Ă©trange, autrement dense, substantielle, sensuelle, vĂ©nĂ©neuse.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

11.05.18. 3èx
14.06.22.

jeudi 10 mai 2018

BURN OUT

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Yann Gozlan. 2017. France. 1h43. Avec François Civil, Olivier Rabourdin, Manon Azem, Samuel Jouy, Narcisse Mame.

Sortie salles France: 3 Janvier 2018

FILMOGRAPHIEYann Gozlan est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur associĂ© français nĂ© le 28/03/1977 Ă  Aubervilliers. 2010 : Captifs. 2015 : Un homme idĂ©al. 2018 : Burn Out.


SĂ©rie B d'action signĂ©e Yann Gozlan (Captifs, son premier essai bonnard), Burn out est une formidable surprise au sein du paysage français si fĂ©ru des comĂ©dies familiales et drame sociaux rĂ©barbatifs. A partir d'une intrigue simpliste (pour sauver son ex amie Ă  rembourser une dette, un pilote de moto est contraint de livrer de la drogue pour des truands en sillonnant Rotterdam), Yann Gozlan redouble d'efficacitĂ© Ă  conjuguer action et suspense au service du cheminement hĂ©roĂŻque du jeune Tony contraint de parfaire des go-fast entre la France et la Hollande. Aux antipodes des actionner ricains jouant plein pot la gratuitĂ© de la surenchère et de la fioriture (Fast and Furious Ă  titre d'exemple Ă©loquent), Burn Out tire parti de son magnĂ©tisme grâce au caractère rĂ©solument rĂ©aliste de cette odyssĂ©e dĂ©linquante. Tant et si bien que l'incroyable lisibilitĂ© des sĂ©quences de poursuites (de jour et de nuit !) magnifiquement filmĂ©es en camĂ©ra subjective nous scotche Ă  notre siège avec un sentiment d'immersion limite viscĂ©ral.


Le rĂ©alisateur renouvelant par ailleurs l'action vertigineuse Ă  mi-parcours avec deux rebondissements successifs afin d'observer l'Ă©volution morale de Tony embarquĂ© contre son grĂ© dans un chantage irrĂ©versible oĂą la violence finira par Ă©clater. L'intrigue incessamment captivante jouant au jeu du gendarme et du voleur sous l'impulsion de tĂŞtes d'affiche charismatiques, des gueules de truands taillĂ©s Ă  la serpe endossant leur rĂ´le vĂ©reux avec une sobriĂ©tĂ© anti-théâtrale. Au delĂ  de la carrure virile de ses personnages burnĂ©s peu recommandables, le jeune François Civil en impose autrement dans son profil de motard fĂ©brile endossant 3 fonctions Ă  la fois (pilote sur les pistes motos et sur les autoroutes, puis salariĂ© dans un entrepĂ´t). Constamment sur le qui-vive du danger permanent lors de ses missions effrĂ©nĂ©es, puis peu Ă  peu gagnĂ© par le burn-out faute de perdurer ses 3 emplois plein temps, François Civil parvient Ă  nous transmettre une palette de sensations fortes (adrĂ©naline, apprĂ©hension, dĂ©sarroi limite dĂ©pressif) Ă  travers la sueur de ses pores. On apprĂ©cie d'ailleurs en guise de causticitĂ© son vĂ©nĂ©neux Ă©pilogue (que personne ne voit venir) nous poussant Ă  rĂ©flĂ©chir sur l'addiction de la vitesse et du danger Ă  travers l'engrenage infectieux de la dĂ©linquance.


Pur divertissement d'action oppressante rondement gĂ©rĂ©e par une mise en scène maĂ®trisĂ©e (Yann Gozlan est un vrai talent Ă  surveiller pour ses futurs projets), Burn out exploite intelligemment la sĂ©rie B avec souci singulier de rĂ©alisme et de vraisemblance (notamment Ă  travers son casting mĂ©connu irrĂ©prochable), si bien qu'il fait office de cas Ă  part au sein du genre consensuel de l'actionner bourrin familièrement ballot. 

* Bruno

Arrivederci amore, ciao

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Michele Soavi. 2006. Italie. 1h51. Avec Alessio Boni, Michele Placido, Isabella Ferrari, Alina Nadelea, Carlo Cecchi.

Sortie salles France: 2 Août 2006. Italie: 24 Février 2006

FILMOGRAPHIE: Michele Soavi est un réalisateur italien né le 3 Juillet 1957 à Milan, (Italie).
1985: The Valley (vidéo). 1985: Le Monde de l'horreur (Documentaire). 1987: Bloody Bird. 1989: Le Sanctuaire. 1991: La Secte. 1994: Dellamorte Dellamore. 2006: Arrivederci amore, ciao. 2008: Il sangue dei vinti.

 
"Michele Soavi ou l’odeur du Mal absolu."
 
RĂ©alisĂ© par Michele Soavi, maestro transalpin aussi discret que passionnant, Arrivederci amore, ciao est un polar malade, d’une noirceur quasi inĂ©galĂ©e. De mĂ©moire de cinĂ©phile, je connais peu d’autres prototypes aussi fĂ©tides, viciĂ©s, acrimonieux. Par son climat austère, rĂ©solument poisseux, irrespirable et dĂ©bauchĂ©, et par la posture foncièrement immorale de cette faune de truands littĂ©ralement habitĂ©e par le Mal, le film oppose nos sentiments antithĂ©tiques de fascination et de rĂ©pulsion, jusqu’Ă  gĂ©nĂ©rer un malaise profond, une aversion face Ă  son contenu immoral, infiniment dĂ©complexĂ©.

Soavi scrute avant tout, sans la moindre fioriture et Ă  travers un rĂ©alisme rugueux, le portrait abject d’un terroriste en voie de rĂ©habilitation, sous la tutelle d’un flic vĂ©reux. Le cinĂ©aste enfonce le clou du nihilisme et de la dĂ©chĂ©ance amorale au fil de missions sanglantes, jusqu’Ă  un final couillu, d’une cruautĂ© psychologique proprement insupportable.

On quitte alors cette odyssĂ©e meurtrière et insalubre - guidĂ©e par un instinct pervers et primal - avec cette sensation dĂ©sagrĂ©able, presque bipolaire, d’avoir assistĂ© Ă  un grand moment de cinĂ©ma (casting burinĂ© plus vrai que nature, mise en scène chiadĂ©e, stylisĂ©e, constamment inventive - voire expĂ©rimentale -, photographie au magnĂ©tisme opaque qui hypnotise les sens), tout en Ă©prouvant un regain de mĂ©pris, de dĂ©goĂ»t et d’antipathie face au profil licencieux de cet indic bellâtre, sĂ©ducteur dĂ©lĂ©tère, s’enfonçant toujours plus profondĂ©ment dans les racines du Mal, sans jamais cĂ©der Ă  l’ombre d’un remords, encore moins Ă  la repentance.

Un Ă©lectrochoc moral d’une noirceur abyssale, ad nauseam, Ă  dĂ©couvrir avec la plus grande prĂ©caution. 
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

mardi 8 mai 2018

LA TAVERNE DE L'ENFER

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Paradise Alley" de Sylvester Stallone. 1978. U.S.A. 1h47. Avec Sylvester Stallone, Lee Canalito, Armand Assante, Frank McRae, Anne Archer, Kevin Conway, Joe Spinell.

Sortie salles France: 16 Mai 1979. U.S: 22 Septembre 1978

FILMOGRAPHIE: Sylvester Stallone est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 6 Juillet 1946 à New-York. 1978: La Taverne de l'Enfer. 1979: Rocky 2, la Revanche. 1982: Rocky 3, l'Oeil du Tigre. 1983: Staying Alive. 1985: Rocky 4. 2006: Rocky Balboa. 2008: John Rambo. 2010: Expendables: Unité Spéciale.


Initialement Ă©crit par Sylvester Stallone avant Rocky, La Taverne de l'Enfer fut finalement portĂ© Ă  l'Ă©cran 2 ans après le succès de John G. Alvidsen. Bien qu'il se solda d'un Ă©chec commercial (en France, il totalise 475 283 entrĂ©es pour se classer 70è/70), la première rĂ©alisation de Stallone est une superbe Ă©popĂ©e humaine dĂ©crivant, non sans un certain brio stylisĂ© (suffit d'observer scrupuleusement son Ă©tonnant gĂ©nĂ©rique en trompe l'oeil ou encore le combat final perpĂ©trĂ© au sein d'un ring torrentiel !), le cheminement professionnel de laissĂ©s pour compte Ă©voluant dans le cadre new-yorkais d'Hell's Kitchen un an après la seconde guerre. De par sa reconstitution soignĂ©e que Stallone s'efforce Ă  redonner vie autour d'une faune urbaine marginalisĂ©e, La Taverne de l'Enfer nous plonge dans la moiteur des quartiers malfamĂ©s, entre insouciance des beuveries, bastonnades et dĂ©sespoir existentiel. En particulier auprès de trois frères italo-amĂ©ricains s'efforçant de survivre entre jobs prĂ©caires et p'tites combines. Mais Ă  la suite d'un bras de fer opposant son frère cadet Victor avec un caĂŻd,  Cosmo, sans emploi, dĂ©cide de l'initier aux combats de catch du fait de sa corpulence râblĂ©e. Et ce en dĂ©pit de la rĂ©ticence de l'aĂ®nĂ© Lenny travaillant comme embaumeur dans une morgue. PrĂ©cisons aussi que Victor est un livreur de glace dĂ©sireux de quitter l'AmĂ©rique pour l'Egypte en compagnie de sa voisine et qu'il est facilement influençable depuis sa dĂ©ficience morale. Autour de leur rapport fraternel assez virulent mais toutefois solidaire, Cosmo et Lenny se disputent d'autant plus l'autoritĂ© auprès d'une relation sentimentale de jeunesse.


Aventure humaine pleine de cocasseries (notamment auprès des intimidations extravagantes de mafieux Ă  la p'tite semaine), de drames (la sĂ©quence fortuite du suicide nous laisse un goĂ»t aigre dans la bouche) et de bons sentiments (Cosmo/Lenny se disputant un amour impossible), la Taverne de l'Enfer fut injustement occultĂ© Ă  cause du rĂ©cent phĂ©nomène Rocky. Car loin de nous offrir un Ă©pigone mercantile, Stallone, combine pour la 1ère fois son talent d'acteur, de conteur et de rĂ©alisateur avec une franche sincĂ©ritĂ© assortie de gĂ©nĂ©rositĂ©. Et ce mĂŞme si son personnage de marginal au grand coeur peut rappeler par instants (et surtout par ses mimiques amiteuses n'appartenant qu'Ă  son instinct fringant), le personnage de Balboa. Sauf qu'en l'occurrence Cosmo ne fait que coacher son frère cadet afin de l'amener vers la victoire pour profiter ensemble du magot. Le film gagnant notamment en intensitĂ© auprès des actions chorĂ©graphiĂ©es particulièrement violentes que de la caractĂ©risation humaine des personnages pleins de vulnĂ©rabilitĂ© mais pour autant dĂ©sireux d'emporter la mise entre une prise de conscience sur les consĂ©quences sanitaires du sport du catch (les rapports ambigus entre Cosmo et Lenny et l'inversion des rĂ´les qu'ils s'octroient durant leur rĂ©flexion personnelle pour la destinĂ©e de Victor). Passionnant et immersif (notamment auprès de la Taverne et du Paradise riches de dĂ©tails et Ă©clairĂ©s de lumières chaudes), La Taverne de l'Enfer transfigure des personnages bougrement attachants (tant auprès des seconds-rĂ´les fantaisistes que des trois frères unis par les liens du sang). Stallone, jamais prĂ©tentieux, s'efforçant de structurer son intrigue romantico-dramatique d'Ă©pisodes humoristiques fougueux en plus du charisme patibulaire de seconds-couteaux irrĂ©sistibles (notamment Joe Spinell en arbitre vĂ©reux affublĂ© d'un costume de clown !).


OccultĂ©, pour ne pas dire discrĂ©ditĂ© du fait de sa faible notoriĂ©tĂ©, La Taverne de l'Enfer est Ă  rĂ©habiliter d'urgence. Première vraie rĂ©ussite de Stallone en tant que cinĂ©aste en herbe nous dĂ©crivant avec une tendre humanitĂ© jamais outrĂ©e une preuse Ă©popĂ©e sur les losers en quĂŞte de discernement, de dignitĂ© et d'ascension.  

* Bruno
3èx

dimanche 6 mai 2018

THE FLORIDA PROJECT

                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site robbinsrealm.wordpress.com

de Sean Baker. 2017. U.S.A. 1h51. Avec Brooklynn Kimberly Prince, Bria Vinaite, Willem Dafoe, Valeria Cotto, Christopher Rivera, Mela Murder.

Sortie salles France: 20 Décembre 2017. U.S; 6 Octobre 2017

FILMOGRAPHIESean S. Baker est un réalisateur et scénariste américain né à New York (États-Unis). 2000 : Four Letter Words. 2004 : Take Out (co-réalisé avec Tsou Shih-ching). 2008 : Prince of Broadway. 2012 : Starlet. 2015 : Tangerine. 2017 : The Florida Project.


Portrait au vitriol d'une mère monoparentale asociale résolument paumée, impudente et instable car marginalisée par son sédentarisme sur la corde raide, The Florida Project est une comédie sociétale bipolaire, assez difficilement apprivoisable selon mon jugement de valeur.
La faute incombant notamment à une certaine redondance à daigner trop insister sur la banalité quotidienne de cette dernière livrée à sa glauque médiocrité et des pitreries de sa fille influençable follement irrévérencieuse. Pour autant, et grâce à son interprétation d'un naturel indiscutable, le récit davantage amer laisse distiller une vibrante humanité, notamment grâce à son ultra réalisme documenté si bien que les 20 dernières minutes d'une gravité désespérée nous laisse sur le bitume quant aux conséquences dramatiques de cet échec maternel. On en sort donc déprimé et bouleversé si bien que l'émotion cuisante nous saisit à la gorge avec une acuité insupportable.

P.S: Méfiez vous de la bande-annonce extrêmement fallacieuse puisqu'il n'est aucunement question de comédie cocasse et légère carburant aux sentiments extravagants des postures rebelles.

* Bruno

Box Office France : 167 396 entrées

vendredi 4 mai 2018

FASCINATION

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmaffinity.com

de Jean Rollin. 1979. France. Avec Brigitte Lahaie, Franca Maï, Jean-Marie Lemaire, Fanny Magier, Évelyne Thomas, Sophie Noël, Muriel Montossé.

Sortie salles France: 2 Janvier 1980 (int - 18 ans)

FILMOGRAPHIE: Jean Michel Rollin, Roth Le Gentil est un réalisateur, producteur et scénariste français, né le 3 novembre 1938 à Neuilly-sur-Seine (France), décédé le 15 Décembre 2010.
1958 : Les Amours jaunes, 1961 : Ciel de cuivre, 1963 : L'Itinéraire marin, 1964 : Vivre en Espagne, 1965 : Les Pays loin, 1968 : Le Viol du vampire, 1969 : La Vampire nue, 1970 : Le Frisson des vampires, 1971 : Requiem pour un vampire, 1973 : La Rose de fer, 1974 : Les Démoniaques, 1975 : Lèvres de sang, 1978 : Les Raisins de la mort, 1979 : Fascination,1980 : La Nuit des traquées, 1981 : Fugues mineures (Les Paumées du petit matin, 1981 :Le Lac des morts vivants (sous le pseudonyme de J. A. Lazer), 1982 : La Morte vivante, 1984 :Les Trottoirs de Bangkok, 1985 : Ne prends pas les poulets pour des pigeons (sous le pseudonyme de Michel Gentil), 1989 : Perdues dans New York, 1990 : La Griffe d'Horus(TV), 1991 : À la poursuite de Barbara, 1993 : Killing Car, 1997 : Les Deux Orphelines vampires, 2002 : La Fiancée de Dracula, 2007 : La Nuit des horloges, 2010 : Le Masque de la Méduse.


ConsidĂ©rĂ© comme un vulgaire tâcheron dans les annĂ©es 70 et 80 puis peu Ă  peu reconnu comme un auteur chez une communautĂ© de fans, principalement en Angleterre, Jean Rollin est bel et bien le franc-tireur atypique que la France bien pensante a souvent occultĂ©. Faute du jeu amateur de ses interprètes, de sa mise en scène au budget plus que prĂ©caire et de ses histoires sans queue ni tĂŞte. Et pourtant, de par sa sincĂ©ritĂ© et son amour pour le cinĂ©ma Ă©rotico-fantastique, son goĂ»t pour l'esthĂ©tisme onirique (tant auprès d'un environnement naturel feutrĂ©, de ses nymphettes en position lascive que des bâtisses et monuments gothiques superbement Ă©clairĂ©s), Jean Rollin nous aura lĂ©guĂ© une dizaine de films inĂ©gaux souvent fascinants, voir mĂŞme envoĂ»tants Ă  travers leur charme permĂ©able quasi indicible. Ce qui survient Ă  point nommĂ© avec Fascination, l'une de ses oeuvres les plus accessibles et rĂ©ussies illustrant avec une dĂ©licate attention la prise d'otage d'un truand auprès de deux lesbiennes domestiques confinĂ©es dans leur château.


Tandis qu'un peu plus tard, les rĂ´les seront amenĂ©s Ă  s'inverser lorsqu'une confrĂ©rie de convives fĂ©minines frapperont Ă  leur porte afin d'entamer leur liturgie annuelle. Etrange, vĂ©nĂ©neux, magnĂ©tique, ensorcelant auprès de tĂŞtes d'affiches charnelles n'hĂ©sitant pas Ă  se dĂ©vĂŞtir dans leur plus simple appareil, Fascination constitue une invitation au fantasme opaque chez des misandres d'une audace aussi insidieuse que licencieuse. Jean Rollin recourant Ă  l'expectative de cette fameuse procession rĂ©unissant au sein du salon de gentes dames Ă  la fois aguicheuses, interlopes et provocatrices. Quand bien mĂŞme au prĂ©alable nous aurions fait connaissance avec deux châtelaines (la sublime Brigitte Lahaie très Ă  l'aise en aguicheuse effrontĂ©e et Franca MaĂŻ, fraĂ®chement naturelle en gouvernante ambivalente) prises Ă  parti avec un malfaiteur rĂ©solument machiste. Comme de coutume chez Rollin, le jeu théâtral de sa distribution et ses ellipses narratives semĂ©es d'incohĂ©rences et maladresses peuvent de prime abord rebuter le spectateur non averti. Pour autant, la franche sincĂ©ritĂ© de ces interprètes Ă©tonnamment attachants (jeu de soumission/domination autour d'une guerre des sexes) et sa succession de sĂ©quences Ă©tranges conçues sur l'emprise lubrique et la violence morbide nous magnĂ©tisent l'esprit auprès d'une scĂ©nographie stylisĂ©e, et ce en dĂ©pit de ces dĂ©cors limitĂ©s. Le tout accompagnĂ© d'une contribution musicale lancinante de Philippe d'Aram se prĂŞtant Ă  merveille au climat fantastique d'une aura sensiblement indolente.


Fantasmatique, baroque et enivrant parmi la synergie de l'Ă©rotisme et de l'horreur (on y taille les victimes Ă  la grande faux !), Fascination recourt Ă  l'expĂ©rience cinĂ©gĂ©nique hors norme de la part d'un artiste fĂ©ru de ces actrices et d'un cadre naturel flirtant avec le gothisme polisson. Et ce Ă  travers un thème majeur du genre (dont je tairais l'indice mĂŞme si on y devine facilement son dĂ©nouement) traitĂ© Ă  la fois avec une certaine originalitĂ© et une ambition auteurisante. Une perle du genre donc au vĂ©nĂ©neux pouvoir de sĂ©duction si bien qu'Ă  la revoyure il semble aussi prĂ©gnant qu'Ă  l'Ă©poque de sa (discrète) sortie. 

* Bruno
2èx

jeudi 3 mai 2018

ABYSS

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site voiceofcinema.wordpress.com

de James Cameron. Ed Harris, Mary Elizabeth Mastrantonio, Michael Biehn, Leo Burmester, Todd Graff, John Bedford Lloyd, J. C. Quinn, Kimberly Scott.

Sortie salles France: 27 Septembre 1989. U.S: 9 Août 1989

FILMOGRAPHIE: James Francis Cameron est un réalisateur, scénariste et producteur canadien, né le 16 Août 1954 à Kapuskasing (Ontario, Canada). 1978: Kenogenis (court-métrage). 1981: Piranhas 2, les Tueurs Volants. 1984: Terminator. 1986: Aliens, le Retour. 1989: Abyss. 1991: Terminator 2. 1994: True Lies. 1997: Titanic. 2003: Les Fantomes du Titanic. 2005: Aliens of the Deep. 2009: Avatar.


                            "Lorsque vous regardez l'abysse, l'abysse vous regarde aussi"

Spectacle d'aventures homĂ©riques Ă  la croisĂ©e de l'anticipation fĂ©erique Ă  faire pâlir de jalousie le maĂ®tre incontestĂ© Steven Spielberg (on songe clairement Ă  Rencontres du 3è type lors de son dĂ©nouement enchanteur dĂ©ployant la vision dantesque d'une citĂ© inconnue), Abyss demeure le chef-d'oeuvre maudit de James Cameron toujours apte Ă  relever les dĂ©fis outre-mesure. La faute incombant Ă  des conditions de tournages inĂ©vitablement houleuses (99% de l'action se dĂ©roule sous l'eau si bien que Cameron a construit une vĂ©ritable centrale nuclĂ©aire au sein d'une cuve contenant des milliers de litres d'eau !) et Ă  un Ă©chec commercial cuisant, et ce en dĂ©pit des 1 990 271 entrĂ©es sur notre territoire. D'une beautĂ© formelle capiteuse et d'une intensitĂ© claustro Ă  couper le souffle au sens littĂ©ral chez les plus vulnĂ©rables, Abyss enchaĂ®ne rebondissements et pĂ©ripĂ©ties Ă  une cadence effrĂ©nĂ©e si bien que le spectateur n'a pas le temps de reluquer son cadran (en dĂ©pit de sa durĂ©e exclusive) lorsqu'une poignĂ©e de commandos, proprios d'une plate-forme de forage pĂ©trolier n'auront de cesse de transcender les bravoures afin de rĂ©cupĂ©rer du fond de l'ocĂ©an une ogive nuclĂ©aire. Car au prĂ©alable, un sous-marin amĂ©ricain y percuta un objet non identifiĂ© pour s'Ă©craser dans l'abysse sans y laisser de quelconque survivant.


D'un rĂ©alisme ultra documentĂ© par son souci du dĂ©tail technique et sa plĂ©thore d'engins sous-marins que nos hĂ©ros manipuleront pour l'enjeu de leur survie, Abyss nous immerge de plein fouet au fond du crĂ©puscule ocĂ©anique avec son lot d'incidents techniques et humains qu'ils devront parfaire lors du surpassement de soi. DoublĂ© d'une superbe histoire d'amour entre un duo d'amants en discorde conjugale mais pour autant prĂŞt Ă  s'unifier dans la pugnacitĂ© et le sens du sacrifice afin de sauver leur couple, Abyss insuffle une intensitĂ© dramatique jamais gratuite, eu Ă©gard de la caractĂ©risation des personnages au caractère bien trempĂ© (Mary Elizabeth Mastrantonio en impose dans l'autoritĂ© frondeuse), entre vaillance solidaire, rĂ©bellion (erratique !) et fragilitĂ© humaine, et d'une action ultra spectaculaire au service narratif. James Cameron prenant soin de renchĂ©rir les Ă©vènements catastrophiques autour d'une intrigue oppressante habilement structurĂ©e se combinant habilement Ă  la digression d'une intrusion extra-terrestre. Plus prĂ©cisĂ©ment une INT (intelligence non terrestre) que le cinĂ©astes parvient Ă  donner chair Ă  l'aide d'effets visuels "fluos" ou "minĂ©raux" convaincants Ă  dĂ©fauts d'ĂŞtre transcendants (Oscar des meilleurs effets visuels Ă  l'Ă©poque). Et donc, en prime de nous offrir un grand spectacle pyrotechnique par son rĂ©alisme inĂ©galĂ©, Cameron se permet Ă©galement d'y lĂ©nifier sa dramaturgie progressive au grĂ© d'une invitation au rĂŞve et Ă  l'Ă©vasion. Car outre son hymne Ă  la bravoure et Ă  la constance; Abyss dĂ©clare autant sa flamme aux mondes inconnus d'une intelligence singulière apte Ă  communiquer avec l'Ă©tranger.


Un hymne à la vie, au pacifisme et à l'existence au delà des frontières de l'inconnu.
Gros morceau de bravoure d'un rĂ©alisme Ă©bouriffant oscillant avec l'esprit candide d'un Spielberg Ă  sa pĂ©riode la plus divine (dans son sens innĂ© du merveilleux), Abyss confine au chef-d'oeuvre le plus abouti chez Cameron on ne peut plus circonspect et tatillon Ă  relever le dĂ©fi du rĂŞve, de l'illusion et de la fĂ©erie sur la toile. Le maestro rĂ©inventant le cinĂ©ma Ă  grand spectacle Ă  sa notion la plus  intègre, noble et Ă©purĂ©e !   

* Bruno

Anecdote ayant créée une polĂ©mique lors de sa sortie (source Wikipedia):
Le fluide respiratoire employé dans le film pour plonger en grande profondeur existe réellement. De plus, la scène où un rat est emprisonné dans une cage et respire du liquide n'est pas truquée. Cela a attiré les foudres des associations de protection d'animaux ; cette scène a même été supprimée de la version sortie au Royaume-Uni.

Récompense: Oscar des meilleurs effets visuels, 1989

mercredi 2 mai 2018

SUDDEN IMPACT

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Clint Eastwood. 1983. U.S.A. 1h57. Avec Clint Eastwood, Sondra Locke, Pat Hingle, Bradford Dillman, Paul Drake, Audrie J. Neenan, Jack Thibeau.

Sortie salles France: 22 Août 1984. U.S: 9 Décembre 1983

FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, réalisateur, compositeur et producteur américain, né le 31 Mai 1930 à San Francisco, dans l'Etat de Californie. 1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le Maître de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: La Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: Jugé Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: Créance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: Mémoires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delà. 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper.


4è opus rĂ©alisĂ© pour le coup par Eastwood himself, Sudden Impact rĂ©colta le meilleur succès commercial de la saga mĂŞme si en France il ne totalise que 937 881 entrĂ©es. Pour autant, et en dĂ©pit du soin accordĂ© Ă  la rĂ©alisation parfois stylisĂ©e et du charisme saillant de l'icone Eastwood (du haut de ces 53 printemps !), Sudden Impact pâti d'un scĂ©nario beaucoup moins Ă©toffĂ© et surprenant que ces prĂ©dĂ©cesseurs si bien qu'il vogue sur le filon conventionnel du Vigilante movie avec son lot d'exactions opĂ©rationnelles perpĂ©trĂ©es ici par une ange exterminatrice. Sondra Locke insufflant avec  Ă©lĂ©gance flegme une trouble intensitĂ© lors de sa folie meurtrière Ă©maillĂ©e de visions dĂ©rangeantes issues de son passĂ© traumatique. A la suite de la dĂ©couverte macabre d'un homme ayant Ă©tĂ© froidement abattu d'une balle dans les valseuses et dans la tĂŞte, Harry Callahan mène l'enquĂŞte entre deux règlements de compte parmi des braqueurs et des mafieux. Un second meurtre perpĂ©trĂ© dans les mĂŞmes circonstances l'amène Ă  penser qu'il s'agirait d'une vendetta personnelle et que d'autres victimes viendront sans doute s'ajouter au tableau de chasse du tueur. 


Western urbain (et non plus polar !) efficacement menĂ© grâce Ă  son rythme fertile en actions ostentatoires (notamment auprès de ses 45 premières minutes particulièrement ludiques si bien que Clint Eastwood s'autoparodie avec une certaine dĂ©rision), Sudden Impact affiche un certain second degrĂ© en dĂ©pit de la gravitĂ© de son thème (la loi du talion du point de vue d'une victime de viol contrainte d'opĂ©rer elle mĂŞme sa propre justice) stigmatisant Ă  nouveau le laxisme juridictionnel comme le souligne son prologue sarcastique. Notamment auprès de la caractĂ©risation stĂ©rĂ©otypĂ©e de 3 malfrats jouant les provocateurs avec une outrance un peu trop contrastĂ©e. D'autres antagonistes majeures et secondaires afficheront Ă©galement une posture aussi "clichĂ©e" (notamment dans l'hĂ©bĂ©tude) durant la traque de Harry dĂ©libĂ©rĂ© Ă  les coincer après avoir menĂ© sa p'tite enquĂŞte et rencontrĂ© l'Ă©trange Jennifer. En revanche, dans le rĂ´le haĂŻssable d'une matrone Ă  l'Ă©loquence triviale, Audrie J. Neenan crève l'Ă©cran Ă  chacune de ses vulgaires apparitions, quand bien mĂŞme Eastwood renforce ici son profil de cow-boy avec la classe virile et les rĂ©pliques cinglantes qu'on lui connait. L'intrigue se clĂ´turant en bonne et due forme (tueries en règle) auprès d'une dernière demi-heure haletante lorsque Harry tentera de poursuivre les derniers assaillants en prĂŞtant main forte au propre coupable.


Sans surprise et moins percutant que ces aĂ®nĂ©s, Sudden Impact n'en demeure pas moins un efficace spectacle de sĂ©rie B Ă  la violence Ă©pique, correctement troussĂ© et interprĂ©tĂ©. 

* Bruno
4èx

MALFRAT: Qu'est-ce qu'tu fous, espèce de trou du cul ?
CALLAHAN : Tous les jours depuis une dizaine d'annĂ©es, mon amie Loretta me sert un grand cafĂ© noir sans sucre. Aujourd'hui, elle m'a bien servi un cafĂ© noir, mais il Ă©tait horriblement sucrĂ©… C'Ă©tait Ă©cĹ“urant ! Alors naturellement, je viens me plaindre…Ceci dit mes jolis, posez votre artillerie.
MALFRAT: HĂ©, quoi ?
CALLAHAN: Parce que nous n'allons pas vous laisser partir comme ça.
MALFRAT: Qui c'est "nous" ? Connard.
CALLAHAN: Smith… Wesson… et moi !

mardi 1 mai 2018

LA GRANDE EVASION

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

"The Great Escape" de John Sturges. 1963. U.S.A. 3h00. Avec Steve McQueen, James Garner, Richard Attenborough, James Donald, Hannes Messemer, James Coburn, Charles Bronson, Donald Pleasence, David McCallum, Gordon Jackson, Nigel Stock, John Leyton, Angus Lennie.

Sortie salles France: 11 Septembre 1963. U.S: 4 Juillet 1963

FILMOGRAPHIE: John Sturges est un réalisateur et producteur de films américain né le 3 janvier 1910 à Oak Park (Illinois) et mort le 18 août 1992 à San Luis Obispo (Californie).1948 : Le Signe du Bélier. 1949 : Les Aventuriers du désert. 1950 : La Capture. 1950 : Le Mystère de la plage perdue. 1950 : Right cross. 1950 : The Magnificent Yankee. 1951 : Kind Lady. 1951 : Le peuple accuse O'Hara. 1951 : It's a Big Country. 1953 : Fort Bravo. 1953 : La Plage déserte. 1954 : Un homme est passé. 1955 : Duel d'espions. 1955 : La Vénus des mers chaudes. 1956 : Coup de fouet en retour. 1957 : Règlements de comptes à OK Corral. 1958 : Le Trésor du pendu. 1958 : Le Vieil Homme et la mer. 1959 : La Proie des Vautours. 1958 : Le Dernier Train de Gun Hill. 1960 : Les Sept Mercenaires. 1961 : Par l'amour possédé. 1962 : Citoyen de nulle part. 1962 : Les Trois Sergents. 1963 : La Grande Évasion. 1965 : Station 3 : Ultra Secret. 1965 : Sur la piste de la grande caravane. 1967 : Sept secondes en enfer. 1968 : Destination Zebra, station polaire. 1969 : Les Naufragés de l'espace. 1972 : Joe Kidd. 1973 : Chino. 1974 : Un silencieux au bout du canon. 1976 : L'aigle s'est envolé.


Ce film est tirĂ© d'une histoire vraie. Les personnages sont inspirĂ©s d'hommes ayant existĂ©. L'endroit et la durĂ©e ont Ă©tĂ© adaptĂ©s. Mais chaque dĂ©tail de l'Ă©vasion a Ă©tĂ© respectĂ©. 

Immense succès Ă  sa sortie internationale si bien qu'il se classe sur notre territoire n°1 au Box-office avec 8 755 029 entrĂ©es, la Grande Evasion s'inspire d'un fait historique singulier lorsque des centaines de prisonniers de guerre anglais, canadiens, australiens, polonais et amĂ©ricains tentent de prendre la poudre d'escampette en construisant durant des mois un long tunnel sous leur camp allemand. DirigĂ© par John Sturges, un des maĂ®tres du cinĂ©ma d'action ("Ă  l'ancienne" diront les puristes !) rĂ©unissant pour l'occasion une distribution incandescente (Steve McQueen, James Garner, Richard Attenborough, James Donald, Hannes Messemer, James Coburn, Charles Bronson, Donald Pleasence, David McCallum, rien que ça !), la Grande Evasion constitue une rĂ©fĂ©rence du divertissement hollywoodien sous couvert d'une improbable Ă©vasion carcĂ©rale que le rĂ©alisateur parvient Ă  mettre en image avec un art consommĂ©. Et ce en dĂ©pit d'un tournage houleux, de réécritures du scĂ©nario, du dĂ©sistement et comportement capricieux de certains acteurs, Steve McQueen en tĂŞte puisque sceptique des ambitions du cinĂ©aste avec qui il collabora plus tĂ´t sur le tournage des 7 mercenaires ! Car utilisant Ă  bon escient un humour permanent auprès du comportement arrogant, inĂ©vitablement insidieux, obtus et burnĂ© de prisonniers fĂ©rus de libertĂ© (Mc Queen emportant la mise de la provocation en casse-cou stoĂŻque multirĂ©cidiviste du "frigo"), John Sturges dĂ©peint leurs portraits hĂ©tĂ©roclites avec une dimension aussi bien hĂ©roĂŻque que parfois fragile.


Notamment si je me rĂ©fère aux profils du "faussaire" (subitement atteint de cĂ©citĂ©) et au "roi du tunnel" (claustrophobe finalement ingĂ©rable que Charles Bronson retransmet avec une impressionnante apprĂ©hension viscĂ©rale !), sans compter l'issue tragique de la "taupe" et de plusieurs fugitifs dont le film leur dĂ©die leur disparition en lieu et place d'Ă©pilogue. Mais si La Grande Evasion s'avère aussi jouissif et magnĂ©tique auprès de la posture si charismatique et attachante (parce que dĂ©contractĂ©e en dĂ©pit de leur condition d'isolement) de ces acteurs d'autrefois, il le doit Ă©videmment Ă  l'impensable reconstitution du plan d'Ă©vasion. De la gestion aux prĂ©paratifs matĂ©riels jusqu'Ă  la construction du tunnel et leur fameuse escapade nocturne. John Sturges prenant soin de nous authentifier les dĂ©marches pĂ©rilleuses de ces centaines de dĂ©tenus parmi le souci du dĂ©tail technique et leur intelligence Ă©mĂ©rite. Ceux ci s'exposant quotidiennement aux risques couillus sous l'oeil inhospitalier des allemands n'hĂ©sitant pas Ă  recourir Ă  la violence expĂ©ditive pour les plus audacieux d'entre eux ! Quant Ă  la seconde partie retraçant de manière aussi avisĂ©e et charpentĂ©e l'Ă©chappĂ©e ardue de plusieurs d'entre eux, la Grande Evasion perdure un suspense autrement palpitant et oppressant quant Ă  l'Ă©ventuel succès de leur exploit outre-mesure. Le spectateur suivant attentivement leur itinĂ©raire autonome Ă  travers l'Allemagne, entre perplexitĂ© angoissĂ©e et aspiration fĂ©brile.


Chef-d'oeuvre du film d'Ă©vasion carcĂ©rale, La Grande Evasion immortalise sous une forme ludique indiscutablement intègre et aboutie cette odyssĂ©e hĂ©roĂŻque de la seconde guerre avec une dimension humaine Ă  la fois cocasse et poignante. Si bien que le chiffre 50 s'alloue d'une rĂ©sonance amère Ă  l'issue de leur bravoure de longue haleine. 

* Bruno

Récompense: Prix du Meilleur acteur pour Steve McQueen au Festival de Moscou, 1963.

lundi 30 avril 2018

MAGNUM FORCE

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Ted Post. 1973. U.S.A. 2h02. Avec Clint Eastwood, Hal Holbrook, Mitch Ryan, David Soul, Tim Matheson, Kip Niven, Robert Urich.

Sortie salles France: 27 Février 1974 (Int - 13 ans). U.S: 25 Décembre 1973

FILMOGRAPHIE: Ted Post est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain nĂ© le 31 mars 1918 Ă  Brooklyn, dans l'État de New York (États-Unis), et mort le 20 aoĂ»t 2013 Ă  Santa Monica, en Californie (États-Unis). 1956 : The Peacemaker. 1959 : The Legend of Tom Dooley. 1968 : Pendez-les haut et court. 1970 : Le Secret de la planète des singes. 1970 : Night Slaves (en) (TV). 1971 : Dr. Cook's Garden (TV). 1971 : Yuma (TV). 1971 : Five Desperate Women (TV). 1971 : Do Not Fold, Spindle, or Mutilate (TV). 1972 : The Bravos (TV). 1972 : Sandcastles (TV). 1973 : The Baby. 1973 : The Harrad Experiment. 1973 : Magnum Force. 1975 : L'Infirmière de la compagne casse-cou. 1978 : Le Merdier. 1978 : Le Commando des tigres noirs. 1980 : Nightkill. 1981 : Cagney et Lacey (TV). 1986 : Stagecoach (TV). 1992 : The Human Shield. 1999 : 4 Faces. 2000 : Old Pals.


Maniac Cops.
Sans atteindre le niveau du chef-d'oeuvre de Don Siegel, Magnum Force est une excellente sĂ©quelle tirant parti d'une intrigue aussi originale que solidement structurĂ©e (un quatuor de flics se transforment en justiciers meurtriers pour se venger du laxisme des tribunaux) que Clint Eastwood tente de dĂ©mĂŞler avec son traditionnel sens de provocation et ses rĂ©currentes ripostes expĂ©ditives. Comme de coutume affublĂ© d'un supĂ©rieur outrecuidant (l'excellent Hal Holbrook prenant plaisir Ă  dĂ©nigrer son partenaire Ă  chacune de leur confrontation !), il s'oppose Ă  sa hiĂ©rarchie de manière autrement plus mesurĂ©e (faute de sa rĂ©putation peu glorieuse traitĂ©e dans le prĂ©cĂ©dent volet), quand bien mĂŞme Ted Post a l'idĂ©e retorse de relancer l'intrigue (Ă  travers la piste d'un faux suspect Ă  alpaguer) au moment oĂą Harry pense avoir dĂ©masquer les coupables.


Outre l'impact spectaculaire de quelques séquences d'action qui interfèrent durant l'enquête (le braquage dans l'épicerie, la prise d'otage dans l'avion, la course-poursuite finale), on est surpris par la grande violence des exactions vindicatives si bien que la plupart des victimes sont assassinées à bout portant avec une froideur quasi insupportable. Alors qu'à un moment du récit un macro se débarrassera d'une de ses prostituées de la manière la plus vile lors d'une séquence hautement malsaine non explicite. L'aspect fétichiste de ces motards en cuir et lunettes noires, leur flegme faussement rassurant renforçant notamment l'aspect inquiétant (mêlé de fascination) de leur dérive meurtrière si bien que tous témoins gênants y sont également réprimés. On peut d'ailleurs prétendre que Magnum Force est sans doute le volet le plus brutal de la saga par son souci de réalisme âpre typique d'une certaine manière à la sacro-sainte époque des Seventies. Enfin à titre subsidiaire, on apprécie également la présence à contre-emploi de David Soul assez convaincant en flic véreux s'opposant à Harry de manière aimablement insidieuse.

* Bruno

samedi 28 avril 2018

THE TERROR

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

créé par David Kajganich et Soo Hugh et produit par Ridley Scott. 2017. 10 Episodes de 45 à 55'. U.S.A. Avec Jared Harris, Tobias Menzies, Paul Ready, Adam Nagaitis, Ian Hart, Nive Nielsen, Ciarán Hinds.

Diffusion TV U.S/France: 26 Mars 2018

Synopsis: 1847. L'équipage du navire britannique "Terror" se retrouve coincé au milieu des glaces après avoir tenté de regagner le passage du Nord-Ouest au Canada. Leur périple suicidaire s'avère d'autant plus infortunée qu'une étrange créature tapie dans l'ombre les dévore un à un !


BasĂ© sur une histoire vraie d'après le roman Ă©ponyme de Dan Simmonss, The Terror fait office d'expĂ©rience viscĂ©rale aussi Ă©prouvante que suffocante ! Tant et si bien que rarement une sĂ©rie TV nous aura fait participer de manière si immersive et sensitive Ă  un cauchemar Ă  la fois extrĂŞme, et escarpĂ© sous le pilier du survival irrationnel. Les auteurs archi douĂ©s dans leur dĂ©marche alchimiste d'y soigner le cadre hivernal rĂ©solument aphone et inquiĂ©tant ainsi que l'Ă©tude caractĂ©rielle des personnages (notamment l'ambivalence du capitaine Francis Crozier de cĂ©der Ă  l'alcoolisme lors d'une soudaine faiblesse morale avant de se tailler un cheminement cĂ©rĂ©bral vers l'espoir) parvenant Ă  distiller au fil des Ă©pisodes une angoisse psychologique tangible. Notamment grâce au jeu expressif des comĂ©diens compromis par leur Ă©tat de peur, de dĂ©tresse, de nĂ©gligence, de langueur et de dĂ©pression. Sans compter ce climat Ă©thĂ©rĂ© de silence dĂ©moniaque planant au dessus de leurs Ă©paules alors que ces derniers profondĂ©ment amers et esseulĂ©s (notamment faute de prĂ©sence fĂ©minine si on excepte la prĂ©sence suspicieuse d'une esquimau autonome), amoindris par la fatigue, la faim et la maladie (pour certains) contemplent la topographie placide de l'Arctique avec un dĂ©sagrĂ©ment fiĂ©vreux. VĂ©ritable drame psychologique donc transplantĂ© dans le cadre du genre horrifique, The Terror nous dĂ©peint avec un vĂ©risme rigoureux (limite insupportable parfois pour son aura malsaine ou sa violence glauque en opposition avec le blanc immaculĂ© de la neige) l'interminable descente aux enfers "rĂ©frigĂ©rante" de ces explorateurs s'acharnant Ă  retrousser leur manche pour se dĂ©pĂŞtrer d'une situation d'immobilisation davantage ingĂ©rable afin de regagner coĂ»te que coĂ»te le Canada. Mais Ă  quel prix ?


Et ce, tout en s'efforçant de dĂ©jouer une menace invisible d'une fĂ©rocitĂ© radicale car survenant aux moments les plus inopportuns. A cet Ă©gard, la crĂ©ature vĂ©loce semblable Ă  un ours polaire tumĂ©fiĂ© provoque chez le spectateur un sentiment de terreur et d'impuissance morale face Ă  ces rares apparitions destructrices oĂą la bestialitĂ© s'avère le maĂ®tre mot ! Les auteurs jouant admirablement avec l'effet de suggestion afin de mieux fasciner si bien que le plus substantiel dans cette tragĂ©die humaine terriblement âpre, tendue, vide d'espoir, est d'y radiographier l'Ă©volution des protagonistes mis Ă  mal Ă  jauger leur courage, leur rĂ©silience mais aussi leur confiance auprès de l'autre (ce que la seconde partie se chargera de nous autopsier avec une rigueur encore plus ardue). Car outre les pathologies inexpliquĂ©es de certains d'entre eux, la tempĂ©rature glaçante de l'arctique (aussi photogĂ©nique que celle de The Thing sans contestation possible !), la dissension morale que se disputent le Capitaine Francis Crozier avec le Capitaine Sir John Franklin (celle d'un enjeu humain) et la menace monstrueuse terriblement sournoise, la lente dĂ©liquescence morale d'un des leurs (on n'est pas prĂŞt d'oublier le jeu lestement provocateur, vĂ©nĂ©neux, pour ne pas dire dĂ©moniaque d'Adam Nagaitis par la mesquinerie de son regard ironiquement vĂ©reux !) va mener l'Ă©quipage Ă  la fragmentation meurtrière. Et de renchĂ©rir Ă  cet instant d'ultime survie dans la dĂ©veine et l'animositĂ© la plus immorale en empruntant l'alibi du cannibalisme pour subvenir aux besoins nutritifs ! Tout un programme donc de règlements de compte barbares et criminelles, faute d'anarchie, de dĂ©tĂ©rioration morale depuis leur paranoĂŻa progressive Ă  suspecter ou mĂ©sestimer l'autre, notamment par esprit de rancoeur ou de vendetta. Tandis qu'au centre de leur discorde, un docteur philanthrope s'efforcera avec humilitĂ© de calmer les esprits tout en se rapprochant de l'inquiĂ©tante invitĂ© surprise: une jeune esquimau dĂ©pitĂ©e par la mort de son père.


Une tragĂ©die historique Ă  son apogĂ©e de l'horreur. 
Descente aux enfers inextinguible chez une poignĂ©e d'explorateurs ankylosĂ©s par la poisse, la maladie et la mort la plus inĂ©quitable, The Terror irrigue nos pores d'un sentiment d'angoisse dĂ©pressive face Ă  la terreur sournoise d'une menace animale et humaine oĂą l'individualitĂ© prime. 
A marquer d'une pierre blanche auprès d'un casting en or massif !

* Bruno

Listing.
  1: Jouer son va-tout (Go for Broke)
  2: Le Lieutenant Gore (Gore)
  3: L'Échelle (The Ladder)
  4: Puni comme un simple mousse (Punished, as a Boy)
  5: Pas de seconde chance (First Shot a Winner, Lads)
  6: RĂ©pit (A Mercy)
  7: L'Horreur et le souper (Horrible from Supper)
  8: Le Camp est sĂ©curisĂ© (Terror Camp Clear)
  9: La Mer, la mer, la haute mer (The C, the C, the Open C)
10: Nous sommes partis (We Are Gone)