mercredi 16 janvier 2019

L'Arme Fatale 2

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Lethal Weapon 2"de Richard Donner. 1989. U.S.A. 1h54. Avec Mel Gibson, Danny Glover, Joe Pesci, Joss Ackland, Derrick O'Connor, Patsy Kensit, Darlene Love, Traci Wolfe, Steve Kahan.

Sortie salles France: 2 Août 1989. U.S: 7 juillet 1989

FILMOGRAPHIE: Richard Donner (Richard Donald Schwartzberg) est un réalisateur et producteur américain, né le 24 Avril 1930 à New-York. 1961: X-15. 1968: Sel, poivre et dynamite. 1970: l'Ange et le Démon. 1976: La Malédiction. 1978: Superman. 1980: Superman 2 (non crédité - Richard Lester). 1980: Rendez vous chez Max's. 1982: Le Jouet. 1985: Ladyhawke, la femme de la nuit. 1985: Les Goonies. 1987: l'Arme Fatale. 1988: Fantômes en Fête. 1989: l'Arme Fatale 2. 1991: Radio Flyer. 1992: l'Arme Fatale 3. 1994: Maverick. 1995: Assassins. 1996: Complots. 1998: l'Arme Fatale 4. 2002: Prisonnier du temps. 2006: 16 Blocs. 2006: Superman 2 (dvd / blu-ray).


RĂ©alisĂ© 2 ans après le premier volet avec un identique succès commercial (1 844 828 vs 1 857 521 entrĂ©es), l'Arme Fatale 2 demeure une sĂ©quelle Ă  la hauteur de son modèle avec toutefois un goĂ»t plus prononcĂ© pour l'humour (Joe Pesci en trublion gentiment vĂ©nal jouant le faire-valoir) et la violence teintĂ©e de sadisme si j'ose dire. D'ailleurs, sur ce dernier point, on s'Ă©tonne de la brutalitĂ© de certaines mises Ă  mort de la part d'un divertissement si fun et plutĂ´t familial, principalement lors de sa dernière demi-heure fertile en règlements de compte hargneux. Mel Gibson se taillant une fois de plus une carrure borderline en flic vindicatif transgressant sa dĂ©ontologie en lieu et place de deuils inconsolables. Autant dire que ça dĂ©mĂ©nage en diable Ă  travers une ribambelle de gunfights et cascades toujours aussi Ă©piques de par leur vigueur chorĂ©graphique. On apprĂ©cie d'autre part l'intensitĂ© et la prĂ©cision de ses bruitages explosifs sous l'impulsion d'une partition musicale aux sonoritĂ©s souvent jazzy !


Et donc Ă  travers une intrigue typiquement simpliste (gentils vs mĂ©chants lors d'un incessant jeu d'intimidations et de règlements de compte sanglants), quoique un chouilla originale (un consulat  d'Afrique du Sud et ses sbires profitent de leur immunitĂ© diplomatique afin de parfaire leur juteux trafic de drogue en plein Los Angeles), Richard Donner dose très efficacement action, humour, romance (qui peut oublier le charme longiligne de la chanteuse anglaise Patsy Kensit !) et violence sous l'impulsion du duo policier le plus sympa de l'histoire du Buddy Movie ! Ainsi donc, si le divertissement rondement menĂ© ne fait preuve d'aucune subtilitĂ© (mĂŞme s'il y dĂ©nonce en filigrane l'apartheid); tant auprès de la romance plutĂ´t furtive et sirupeuse entre Riggs et Rika, du numĂ©ro de bateleur que Joe Pesci endosse dans un rĂ´le parodique Ă  contre emploi, des rĂ©parties bonnards que Roger et Riggs renchĂ©rissent ou encore de quelques gags aimablement ubuesques (Roger cloĂ®trĂ© sur la cuvette de son WC piĂ©gĂ©, sa fille aĂ®nĂ©e s'exhibant en bikini dans une pub pour prĂ©servatifs !), l'Arme Fatale 2 remplit aisĂ©ment son contrat de pur divertissement grâce Ă  sa fougue et sa vigueur gĂ©nĂ©reusement sĂ©millantes. C'est donc avec rĂ©el plaisir qu'on s'impatiente dĂ©jĂ  du 3è opus (toujours rĂ©alisĂ© par l'Ă©mĂ©rite Richard Donner 3 ans plus tard), et ce mĂŞme si aujourd'hui on se rapproche davantage du plaisir coupable (du samedi soir) qu'Ă  l'Ă©poque de sa sortie primeur.

*Bruno

Ci-joint la chronique de l'Arme Fatale : http://brunomatei.blogspot.fr/2016/08/larme-fatale.html

mardi 15 janvier 2019

A star is born

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Bradley Cooper. 2018. U.S.A. 2h16. Avec Lady Gaga, Bradley Cooper, Sam Elliott, Rafi Gavron, Andrew Dice Clay, Dave Chappelle.

Sortie salles France: 3 Octobre 2018. U.S: 5 Octobre 2018

FILMOGRAPHIEBradley Cooper est un acteur, réalisateur et producteur de cinéma américain, né le 5 janvier 1975 à Philadelphie. 2018: A star is born.


"Beau, sensible et tellement grave à la fois. On en sort plutôt bouleversé avec une pointe d'amertume morbide."
Gros succès critique et commercial (1 911 488 entrĂ©es rien que chez nous) ovationnĂ© par une plĂ©thore de rĂ©compenses (voir en fin d'article), A Star is born n'aurait Ă©tĂ© sans doute qu'une bluette standard s'il n'eut Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© par le couple vedette d'une fulgurance musicale et amoureuse vertigineuse. Quand bien mĂŞme nous sommes instinctivement dĂ©concertĂ©s de retrouver Ă  l'Ă©cran une rĂ©union somme toute singulière. A savoir un acteur bellâtre bankable (pour la 1ère fois devant et derrière la camĂ©ra !) se disputer la vedette auprès d'une (rĂ©elle) star de la variĂ©tĂ© en initiation filmique (Lady Gaga s'Ă©tant fit remarquĂ© un peu plus tĂ´t auprès des saisons 5 et 6 de la sĂ©rie American Horror Story). Car si Bradley Cooper manque malgrĂ© tout d'une pointe de sincĂ©ritĂ© lors de la seconde partie s'attachant Ă  dĂ©crire sans outrance la descente aux enfers d'un chanteur toxico sur le dĂ©clin, Lady Gaga irradie l'Ă©cran Ă  chaque apparition de par sa candeur gracile. Car magnifique portrait d'une Ă©toile montante vouĂ©e Ă  sa passion pour la musique Ă  travers les paillettes du showbizz, Lady Gaga  bouleverse le plus naturellement. Tant et si bien qu'elle se livre corps et âme avec une Ă©motion Ă©purĂ©e eu Ă©gard de sa fragilitĂ© humaine et de son amour immodĂ©rĂ© pour Jack qu'elle tentera pour autant de prĂ©server avec une rĂ©silience stoĂŻque. Bradley Cooper filmant divinement l'actrice avec un sentiment de vĂ©ritĂ© morale dĂ©nuĂ©e de toute forme de complaisance.


Au-delĂ  de l'alchimie sentimentale que distille sans fard ce couple incandescent Ă  travers des plages musicales d'une vigueur Ă©motionnelle capiteuse (d'autant plus que Bradley Cooper façonne plusieurs images d'une beautĂ© naturaliste, voir parfois mĂŞme poĂ©tique); A Star is born soulève en digression une vraie rĂ©flexion sur l'addiction toxicologique (l'alcool ici mĂŞlĂ© Ă  la coke) et ses consĂ©quences par le biais de ce chanteur de country soucieux de sa dĂ©chĂ©ance Ă  la fois physique et morale et de son complexe d'infĂ©rioritĂ© après avoir projetĂ© sa muse sur les sunlights des projecteurs. RongĂ© par le poids de la culpabilitĂ©, jaloux d'une notoriĂ©tĂ© autrement pailletĂ©e, d'une extrĂŞme fragilitĂ© Ă  cĂ©der une Ă©nième fois Ă  la tentation de l'addiction, Jack osera franchir les limites de la moralitĂ© pour le seul enjeu de l'amour de sa vie. Spoil ! Dans la mesure oĂą le final d'une noirceur inouĂŻe s'avère inĂ©vitablement grave et bouleversant sans pour autant verser dans le pathos. Fin du Spoil. Bradley Cooper se refusant intelligemment Ă  mettre en exergue une dĂ©monstration de force opportuniste puisqu'il empreinte le hors-champs lors des moments les plus durs et cruels. De par la pudeur de ce parti-pris anti stĂ©rĂ©otypĂ©, A star is born gagne ainsi en force Ă©motionnelle pour retrouver l'authenticitĂ© de sa remarquable première heure habitĂ©e par la rencontre fusionnelle de l'Ă©moi amoureux.


Portrait douloureux de deux artistes prodiges confrontĂ©s Ă  deux univers musicaux plutĂ´t antinomiques, A star is born est transcendĂ© d'un florilège de sĂ©quences musicales ou intimistes d'une pudeur particulièrement expressive. Ainsi, si la seconde partie (la dĂ©chĂ©ance latente de Jack et sa remise en question finale) n'Ă©vite pas quelques clichĂ©s, Bradley Cooper parvient nĂ©anmoins Ă  rĂ©instaurer par moments l'Ă©motion de sa première partie lors d'instants d'intimitĂ© autrement houleux, sentencieux ou dĂ©sespĂ©rĂ©s. Et ce en dĂ©pit de son jeu parfois perfectible, son manque de substantialitĂ© Ă  instiller une Ă©motion fĂ©brile ou nĂ©vralgique. En tout Ă©tat de cause, les spectateurs les plus sĂ©vères auront beau lui reprocher une certaine tendance Ă  la facilitĂ© et la routine lors d'un second acte moins percutant, A star is born est nĂ©anmoins sauvĂ© par l'intensitĂ© dramatique du thème de la dĂ©prise tout en resplendissant de 1000 feux sous l'impulsion "humaine" de Lady Gaga, plus belle et chaste que jamais ! Rien que par sa prĂ©sence dĂ©miurge aussi bien fragile que pugnace, le spectacle musical taillĂ© dans une perpĂ©tuelle tendresse sentimentale vaut assurĂ©ment le dĂ©tour ! 

P.S: A noter également dans un second rôle subtilement discret mais avenant et plutôt poignant, une des stars oubliés des années 70 et 80: Mr Sam Elliott !

*Bruno

Récompenses:
Critics' Choice Movie Awards 2019
Meilleure actrice : Lady Gaga
Meilleure chanson originale : « Shallow » interprĂ©tĂ©e par Lady Gaga et Bradley Cooper
Golden Globes 2019
Golden Globe de la meilleure chanson originale : « Shallow » interprĂ©tĂ©e par Lady Gaga et Bradley Cooper
Satellite Awards 2019
Meilleur film
Meilleure chanson originale : « Shallow » interprĂ©tĂ©e par Lady Gaga et Bradley Cooper
Meilleure photographie
National Board of Review 2018
Meilleur réalisateur : Bradley Cooper
Meilleure actrice : Lady Gaga
Meilleur acteur dans un second rĂ´le : Sam Elliott
AFI Awards
Film de l'année
LVFCS Awards
Meilleure chanson originale : « Shallow » interprĂ©tĂ©e par Lady Gaga et Bradley Cooper
Meilleure actrice : Lady Gaga
Meilleur acteur dans un second rĂ´le : Sam Elliott
Meilleure révélation réalisateur de l'année : Bradley Cooper
North Carolina Film Critics Awards 2018
Meilleure Musique de film

lundi 14 janvier 2019

Bloody Bird. Prix Section Peur, Avoriaz 1987

                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site antagonie.blogspot.com

"Deliria" de Michele Soavi. 1987. Italie. 1h31. Avec David Brandon, Barbara Cupisti, Domenico Fiore, Robert Gligorov, Mickey Knox, Giovanni Lombardo Radice, Clain Parker.

Sortie salles France: 11 Mars 1987. Italie: 22 Juillet 1987. Australie: 8 fĂ©vrier 1987

FILMOGRAPHIEMichele Soavi est un rĂ©alisateur italien nĂ© le 3 Juillet 1957 Ă  Milan, (Italie).
1985: The Valley (vidĂ©o). 1985: Le Monde de l'horreur (Documentaire). 1987: Bloody Bird. 1989: Le Sanctuaire. 1991: La Secte. 1994: Dellamorte Dellamore. 2006: Arrivederci amore, ciao. 2008: Il sangue dei vinti.

 
"Plumes et lames". 
PrimĂ© Ă  Avoriaz, le premier film de Michele Soavi n’est pas passĂ© inaperçu auprès des amateurs, grâce Ă  son esthĂ©tisme onirique et Ă  l’extravagance d’une rĂ©alisation certes perfectible, mais inventive, dynamique, habitĂ©e. Ă€ partir d’un argument Ă©culĂ©, le rĂ©alisateur cède d’abord au traditionnel psycho-killer, dans la lignĂ©e du giallo, avec son lot quotidien de meurtres sanglants. Dans un théâtre, de jeunes interprètes rĂ©pètent leur numĂ©ro sous l’allĂ©geance d’un directeur castrateur. CentrĂ© sur un scĂ©nario morbide, auquel un tueur donne soudain corps, un criminel vient justement de s’Ă©vader de l’asile pour se rĂ©fugier dans ce sĂ©minaire. DĂ©guisĂ© avec le masque d’un hibou – dĂ©pouillĂ© sur l’une de ses victimes – il dĂ©cide de les exterminer un par un.

Si le prologue jouait la carte de l’originalitĂ© avec l’effet de surprise du faux-semblant (l’assassinat d’une prostituĂ©e se rĂ©vĂ©lant simple rĂ©pĂ©tition), la suite retombe dans les conventions : troupe de comĂ©diens, lieu clos, et confrontation inĂ©vitable avec un tueur impitoyable. Pourtant, la mise en scène expĂ©rimentale de Soavi parvient Ă  instaurer une vĂ©ritable efficacitĂ© par le dynamisme du rituel meurtrier, riche en effusions, avec en prime des dĂ©cors disparates, baroques, somptueux. Avec une ironie assumĂ©e, et pour ravir les amateurs de gore, chaque crime est exĂ©cutĂ© avec une arme diffĂ©rente - hache, perceuse, tronçonneuse, couteau - tandis que l’accoutrement du tueur, littĂ©ralement singulier, dĂ©route et fascine.

Le premier homicide commis dans l’enceinte du théâtre Ă©voque la rigueur graphique des plus belles morts d’Argento. InspirĂ© par son maĂ®tre, Soavi peaufine le cadre de ses dĂ©cors théâtraux avec une ambition stylisĂ©e, Ă©purĂ©e. Mais c’est dans sa seconde moitiĂ© que Bloody Bird se rĂ©vèle pleinement : lorsque la dernière survivante se retrouve seule avec le tueur, le film impose un suspense taillĂ© au scalpel, dans une ambiance envoĂ»tante. La mise en scène, inventive jusqu’au bout, exploite ses espaces restreints avec une intensitĂ© palpable, portĂ©e par la quĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de l’hĂ©roĂŻne pour atteindre une clef, en guise d’Ă©chappatoire. La photographie, flamboyante et crĂ©pusculaire, joue sur les bleus d’azur, les rouges sang, les teintes roses : des images picturales, un vĂ©ritable ballet poĂ©tique.

Scène d’anthologie, restĂ©e dans les mĂ©moires : Ă  un moment de tension latente, le tueur orchestre sa propre mise en scène macabre, par un envol de plumes flottant au-dessus des cadavres regroupĂ©s sur l’estrade. Ces instants de poĂ©sie funèbre, portĂ©s par une mĂ©lodie envoĂ»tante, ouvrent une brèche de grâce mortifère, lorsque le tueur rĂ©interprète la pièce, poussĂ© par son parti-pris morbide.

 
"Le Hibou et la Scène". 
Hormis le jeu parfois bancal mais si charmant et souvent attachant des comĂ©diens de seconde zone, et malgrĂ© la conformitĂ© ludique de sa première partie, agrĂ©ablement Ă©trange et inquiĂ©tante, Bloody Bird parvient Ă  surprendre, sĂ©duire, dĂ©router, avant de fulgurer dans un dernier acte hallucinĂ©. Ballet onirique et fĂ©erie macabre se tĂ©lescopent dans l’affrontement haletant entre la survivante et le tueur volatile. Premier essai finalement singulier, certaines scènes - Ă©tonnamment anthologiques - marquent durablement les esprits. Bloody Bird imprime la rĂ©tine, s’incruste dans l’encĂ©phale, et ne lasse jamais l’initiĂ© au fil de ses moult revisionnages (j’en suis personnellement Ă  la 6e), que le temps ne parvient pas Ă  Ă©mousser.

*Bruno
31.10.23. 6èx Version Anglaise STFR

14.01.19. 
01.04.13. (88 v)

Récompense: Prix Section Peur, Avoriaz 1987

vendredi 11 janvier 2019

Emmanuelle et Françoise / Le sorelline / Emanuelle's Revenge

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site 

de Joe d'Amato. 1972. Italie. 1h37. Avec George Eastman, Rosemarie Lindt, Karole Annie Edel, Patrizia Gori, Mary Kristal, Massimo Vanni.

Sortie salles France: 21 Septembre 1975 ou 77 (Int - 18 ans). Italie: 1975.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joe d'Amato (né Aristide Massaccesi le 15 décembre 1936 à Rome, mort le 23 janvier 1999) est un réalisateur et scénariste italien. 1975: Emmanuelle et Françoise. 1977 : Emanuelle in America, 1977 : Viol sous les tropiques, 1979: Buio Omega (Blue Holocaust), 1980: Anthropophagous, La Nuit Erotique des morts-vivants, Porno Holocaust, 1981: Horrible, 1982: 2020, Texas Gladiator, Caligula, la véritable histoire, Ator l'invincible, 1983: Le Gladiateur du futur.


ExhumĂ© de l'oubli par l'Ă©diteur Le Chat qui fume si bien que j'ignorai l'existence de cet ofni signĂ© du petit maĂ®tre du ketchup dĂ©gueulbif, Joe d'Amato (Blue Holocaust / Horrible / Anthropophagous / Caligula restent dans toutes les mĂ©moires des cinĂ©phages), Emmanuelle et Françoise s'avère une formidable curiositĂ© que les fans d'Ă©rotisme, d'Ă©trangetĂ© et d'horreur ne doivent rater. Car si personnellement je ne suis pas fervent admirateur de ce genre de produit d'exploitation lubrique parfois putassier et si souvent gratuit, j'avoue qu'Emmanuelle et Françoise est soigneusement contĂ©, mis en scène et interprĂ©tĂ© (George Eastman dans l'un de ses rĂ´les les plus intenses se dispute la vedette parmi 2 charnelles beautĂ©s italiennes sobrement incarnĂ©es par Rosemarie Lindtsi en nĂ©mĂ©sis goguenarde et la tendre Patrizia Gori en soumise Ă©plorĂ©e). Si bien qu'il s'agit probablement de la meilleure rĂ©alisation de Joe d'Amato maniant ici l'Ă©rotisme, le charme et la sĂ©duction de manière justifiĂ©e sous l'impulsion de l'entĂŞtant score mĂ©lancolique de Gianni Marchetti


Baignant dans une superbe photo sépia éclairée de nuances pâles, Emmanuelle et Françoise relate la romance tragique de Françoise éperdument amoureuse de son amant sans vergogne puisque la réduisant en esclave lubrique avec l'appui de disciples érotomanes. Noyé de douleur morale et de chagrin, cette dernière se suicide sous les rails d'un train (le prologue est d'ailleurs particulièrement touchant auprès de son intensité mélancolique). Après les funérailles, sa fidèle soeur Emmanuelle s'empresse de séduire son bourreau Carlo afin de le séquestrer dans sa demeure derrière un miroir sans teint. S'ensuit donc entre 2/3 flash-back explicatifs (pour la rencontre et les liaisons d'asservissement entre Carlo et Françoise) une succession de jeux de drague et situations érotiques à la fois sulfureuses et malsaines. Notamment eu égard des fantasmes déviants, hallucinatoires de Carlo couramment drogué et contraint d'endosser le voyeur en témoignant de sa geôle vitrée d'inlassables étreintes sexuelles bâties sur le streap tease, le triolisme, le cannibalisme et le lesbianisme. Et ce avant que les 10 dernières minutes ne convergent vers une horreur rationnelle (feuille de boucher à l'appui) avec une dérision sardonique aussi punitive que cauchemardesque.


Renaissant de ces cendres grâce Ă  sa superbe copie HD (mĂŞme si le rĂ©ducteur de bruit est peut-ĂŞtre un trop appuyĂ© Ă  mon goĂ»t), Emmanuelle et Françoise est une dĂ©tonnante curiositĂ© Bis d'un charme voluptueux Ă©trangement tendre et colĂ©rique. Sorte de rape and revenge tout Ă  fait personnel car Ă©tonnamment inspirĂ© dans sa façon d'illustrer dans la singularitĂ© Ă©rotisme parfois scabreux, tendresse sournoise, horreur grand-guignolesque, marque de fabrique d'un artisan d'une provocation typiquement transalpine, Joe d'Amato Ă  son apogĂ©e. A dĂ©couvrir avec un vif intĂ©rĂŞt. 

*Bruno
22.04.25. 2èx. Vost

jeudi 10 janvier 2019

Chats rouges dans un labyrinthe de verre

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Gatti rossi in un labirinto di vetro/Eyeball" d'Umberto Lenzi. 1975. Espagne/italie. 1h32. Avec Martine Brochard, John Richardson, Ines Pellegrini, Andrés Mejuto, Mirta Miller, Daniele Vargas, George Rigaud.

Sortie salles France: 23 Octobre 1975. Italie: 24 Janvier 1975

FILMOGRAPHIE: Umberto Lenzi est un réalisateur et scénariste italien, né le 6 Aout 1931 à Massa Marittima, dans la province de Grosseto en Toscane (Italie). 1962: Le Triomphe de Robin des Bois, 1963: Maciste contre Zorro, Sandokan, le Tigre de Bornéo, 1964: Les Pirates de Malaisie, 1966: Kriminal, 1967: Les Chiens Verts du Désert, 1968: Gringo joue et gagne, 1969: La Légion des Damnés, Si douces, si perverses, 1970: Paranoia, 1972: Le Tueur à l'orchidée, 1972: Au pays de l'Exorcisme, 1973: La Guerre des Gangs, 1974: Spasmo, La Rançon de la Peur, 1975: Bracelets de Sang, 1976: Brigade Spéciale, Opération Casseurs, La Mort en Sursis, 1977: Le Cynique, l'infâme et le violent, 1978: Echec au gang, 1980: La Secte des Cannibales, l'Avion de l'Apocalypse, 1981: Cannibal Ferox, 1983: Iron Master, la guerre du fer, 1988: Nightmare Beach, la Maison du Cauchemar, 1991: Démons 3, 1996: Sarayevo inferno di fuoco.


Quelle heureuse surprise de dĂ©couvrir par le truchement du Chat qui fume ce fort sympathique Chats rouges dans un labyrinthe de verre rĂ©alisĂ© par l'Ă©minent Umberto Lenzi plutĂ´t avisĂ© Ă  inscrire sur pellicule un Giallo en bonne et due forme. Car s'inspirant des tous rĂ©cents succès d'Argento, initiateur du genre neo-giallesque depuis l'Oiseau au plumage de Cristal, Umberto Lenzi nous confectionne avec stylisme raffinĂ© (le travail flamboyant sur les couleurs contrastĂ©es ne cesse d'enivrer la vue !) une enquĂŞte policière aussi solidement menĂ©e que captivante. Ainsi donc, Ă  travers une texture agrĂ©ablement bisseuse, notamment auprès du jeu timorĂ© de certaines victimes Ă©peurĂ©es, Lenzi prend malin plaisir Ă  nous balader Ă  travers un whodunit fertile en rebondissements (notamment auprès du final binaire !) et sĂ©quences-chocs dont l'intensitĂ© monte parfois d'un Ă©chelon lorsque certaines victimes parviennent in extremis Ă  s'extraire d'une mort brutale. Le procĂ©dĂ© du maniaque s'avĂ©rant aussi sournois et viciĂ© que radical et mĂ©thodique ! A savoir, arracher le globe oculaire gauche de sa victime et la larder de coups de poignards Ă  l'aide de sa main droite gantĂ©e de rouge !


Multipliant Ă  rythme mĂ©tronomique faux coupables, fausses pistes et d'autres un peu plus habiles afin de nous douter du profil de chaque protagoniste (des pèlerins amĂ©ricains en voyage de groupe Ă  Barcelone), Lenzi s'interroge de plus près vers Mark Burton. Un journaliste infidèle particulièrement inquiet quant Ă  l'Ă©ventuelle disparition de son Ă©pouse dĂ©barquĂ©e Ă©galement Ă  Barcelone. Ainsi, nous apprendrons par ailleurs Ă  travers une rĂ©miniscence que cette dernière fut 1 an plus tĂ´t dĂ©couverte par Mark inanimĂ©e aux abords d'une piscine, un poignard ensanglantĂ© Ă  la main. Voyageant avec sa maĂ®tresse Paulette Stone, ils tenteront communĂ©ment d'Ă©claircir cette longue liste de crimes avec l'appui d'un commissaire Ă  l'affĂ»t des moindres suspects. Purement ludique Ă  travers son intrigue horrifique impeccablement rythmĂ©e, Chats rouges dans un labyrinthe de verre exploite donc avec un savoir-faire technique et formel un Giallo assez sanglant distillant un mystère magnĂ©tique quant aux mobiles de l'assassin sans visage. La surprise s'avĂ©rera d'ailleurs d'autant plus percutante lorsque Spoiler ! le spectateur croira assister Ă  la rĂ©solution de l'Ă©nigme avant que Lenzi n'y livre un ultime coup de théâtre Ă  travers le fameux trauma psychotique. Fin du Spoiler. L'effet de surprise jouant Ă  plein rĂ©gime auprès du spectateur si ce dernier n'eut parvenu Ă  suspecter son mystĂ©rieux profil. Et ce mĂŞme si Lenzi se permit d'y inclure un audacieux indice lors de la première demi-heure.


C'est donc avec plaisir cinĂ©phage que nous dĂ©couvrons ce Giallo rarissime, qui plus est, dans une superbe version HD faisant honneur au travail stylisĂ© de Lenzi, tant et si bien que Chats rouges dans un labyrinthe de verre peut mĂŞme prĂ©tendre surpasser d'autres produits d'exploitation du mĂŞme tonneau sanguin. A dĂ©couvrir sans soupçon de rĂ©serve donc d'autant plus qu'Ă  travers son dĂ©filĂ© d'actrices italienne s'y dĂ©tache la beautĂ© laiteuse de la (convaincante) comĂ©dienne française Martine Brochard ! (avec en sus une apparition clin d'oeil en guise de prĂ©face du spectacle de samedi soir !). 

Dédicace à Céline Trinci
*Bruno

mercredi 9 janvier 2019

La Boum

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Pinoteau. 1980. France. 1h49. Avec Claude Brasseur, Brigitte Fossey, Sophie Marceau, Alexandre Sterling, Denise Grey, Jean-Michel Dupuis, Dominique Lavanant, Bernard Giraudeau, Jacques Ardouin, Richard Bohringer.

Sortie salles France: 17 Décembre 1980

FILMOGRAPHIEClaude Pinoteau est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français, nĂ© le 25 mai 1925 Ă  Boulogne-Billancourt, dĂ©cĂ©dĂ© le 5 octobre 2012 Ă  Neuilly-sur-Seine. 1973 : Le Silencieux. 1974 : La Gifle. 1976 : Le Grand Escogriffe. 1979 : L'Homme en colère. 1980 : La Boum. 1982 : La Boum 2. 1984 : La Septième Cible. 1988 : L'Étudiante. 1991 : La Neige et le Feu. 1994 : Cache cash. 1997 : Les Palmes de monsieur Schutz. 2005 : Un abbĂ© nommĂ© Pierre, une vie pour les autres (documentaire).


"Des écouteurs pour un slow en immersion, un slow forcément langoureux, et des souvenirs pour toute la vie. Ces années 80, tout de même !". Anna K. 25 Janvier 2023.

Grand souvenir d'ado en 1980 au moment de sa triomphale sortie commerciale (4 378 430 entrĂ©es chez nous, 15 000 000 en Europe !), La Boum exploite la lĂ©gèretĂ© d'une comĂ©die romantique attendrissante sous l'impulsion d'une famille jouasse bientĂ´t en crise d'adultère. Au moment mĂŞme ou leur jouvencelle, Vic, connait les premiers Ă©mois d'un amour adolescent qui irrigue son cheminement au fil d'Ă©pisodes Ă  la fois tendres, cocasses, sobrement dramatiques. La rĂ©vĂ©lation Sophie Marceau nous communiquant une expression juvĂ©nile somme toute naturelle du haut de ses 13 ans avec une innocence Ă  la fois fragile, badine, Ă©videmment naĂŻve et sĂ©millante. D'ailleurs, ce qui fait notamment le charme de cette friandise nostalgique Ă©mane de la complĂ©mentaritĂ© des acteurs qui l'Ă©treignent avec une sincĂ©ritĂ© infaillible tant ils se fondent dans leur personnage avec des forces de caractères rĂ©solument attachantes. Tant auprès de Claude Brasseur en papa bourru perfectible, de Brigitte Fossey en mère aussi autoritaire qu'indulgente, de Denise Grey en mamie dĂ©bonnaire, de Dominique Lavanant en maĂ®tresse incorrigible que des seconds-rĂ´les candides jouant les ados en herbe avec un naturel nullement outrĂ©. 


Et si ce teen movie Ă  la française paraĂ®tra aujourd'hui inĂ©vitablement caduc auprès de la gĂ©nĂ©ration actuelle sevrĂ©e aux smartphones et rĂ©seaux sociaux, La Boum reste un formidable tĂ©moignage aussi fantaisiste et authentique que poignant auprès de la gĂ©nĂ©ration 80 ayant Ă©tĂ© bercĂ©e par les surboums, les Chipsters, le groupe Madness, les tournes disques, les posters de George Michael, les comĂ©dies de Pierre Richard (Ă  l'instar du Coup du Parapluie apparu Ă  l'arrière d'un car scolaire) et surtout par leurs prĂ©mices amoureux que l'on nous retranscrit ici entre humour, fantaisie (en roue libre) et sensibilitĂ©. Si bien qu'Ă  la revoyure, passĂ©es ces quelques dĂ©cennies, on reste infiniment Ă©mus, jouasses, attachĂ©s, enchantĂ©s mĂŞme, par les tourments initiatiques de Sophie Marceau Ă©paulĂ©s de Claude Brasseur, Brigitte Fossey, Denis Grey luminescents de bonhomie. Et puis il y a aussi et enfin le score nostalgique de Vladimir Cosma qui dynamise l'immense succès du film, accompagnĂ© (Ă  trois reprises) de l'illustre chanson Reality interprĂ©tĂ©e par Richard Sanderson. Un tantinet ringarde certes, mais vibrante, poignante, si entĂŞtante au point d'ĂŞtre devenu un "tube des annĂ©es 80"...


*Bruno
3èx. 31.12.24

" A l'âge des premiers émois, des tressaillements à l'embrasement du coeur, la Boum reste le film culte de l'énamoration adolescente".
Cath 44. 8 Mars 2016.

mardi 8 janvier 2019

The Hate U give - La Haine qu'on donne

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site amazon.fr

de George Tillman Jr. 2018. U.S.A. 2h13. Avec Amandla Stenberg, Regina Hall, Russell Hornsby, Common, Lamar Johnson.

Sortie salles France: 23 Janvier 2019. U.S: 19 Octobre 2018

FILMOGRAPHIEGeorge Tillman Jr. est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 26 janvier 1969 Ă  Milwaukee, Wisconsin. 1997 : Soul Food. 2000 : Les Chemins de la dignitĂ©. 2009 : Notorious B.I.G. 2010 : Faster. 2015 : Chemins croisĂ©s. 2018 : The Hate U Give - La Haine qu'on donne


Changez le monde.
Film choc s'il en est, de par son sujet d'une brûlante actualité (une bavure policière raciste auprès d'une jeune victime afro issue du ghetto), The Hate U give provoque une émotion d'une grande intensité dramatique eu égard du parcours initiatique de la jeune Starr Carter, unique témoin du crime lâchement exécuté. Car suite à un banal contrôle d'identité (et d'une éventuelle violation du code de la route), Khalil est exécuté par un policier blanc sous les yeux de Starr, son amie d'enfance, faute de son indiscipline d'avoir contredit l'autorité. Après nous avoir ébranlé avec cette séquence d'une violence gratuite insupportable (faisant inévitablement écho à nombre de fait divers récents, tant Outre-atlantique que dans l'hexagone !), George Tillman Jr ayant en prime pris soin de nous attacher plus tôt à la fraternité de Starr et Khalil en concertation sentimentale; l'intrigue soulève le point de vue introspectif de cette dernière en désarroi identitaire et existentiel. Une adolescente de 16 ans traumatisée par une mort inéquitable sous couvert de discrimination raciale et d'abus de pouvoir que la juridiction ricaine demeure incapable de blâmer. Le poids de la ségrégation planant sur ses frêles épaules au fil de son initiation à l'affirmation, à la communication, au pardon et au désir de défendre ses opinions bâties en toute simplicité sur la tolérance et l'équité de la justice.


Portant Ă  bout de bras le film sur ses Ă©paules; Amandla Stenberg illumine l'Ă©cran de sa beautĂ© naturelle sĂ©millante (ses moult sourires lors de la 1ère partie s'avèrent irrĂ©sistibles de spontanĂ©itĂ© !) et de sa prĂ©sence chĂ©tive en voie de stoĂŻcitĂ©, eu Ă©gard des prĂ©jugĂ©s et des regards rĂ©probateurs auprès de son lycĂ©e privĂ© bon chic bon genre et de sa communautĂ© co-existant dans un ghetto en proie Ă  une certaine marginalitĂ©. Le rĂ©cit soigneusement structurĂ© (car prenant son temps Ă  Ă©tudier les Ă©tats d'âme de Starr) dressant le sublime portrait de cette ado en voie de contestation, faute d'une justice Ă  2 vitesses discrĂ©ditant son peuple noir en proie Ă  une Ă©touffante paranoĂŻa face Ă  l'insigne de l'ordre. Car soulignant notamment le caractère rĂ©pressif d'une police autoritaire se pliant aveuglĂ©ment Ă  leur hiĂ©rarchie, The Hate U give tente de nous offrir en ultime recours une Ă©tincelle d'espoir et d'optimisme du point de vue de l'hĂ©roĂŻne tentant de rĂ©veiller les consciences contradictoires par le biais d'un message d'amour et de paix universels. Et ce face Ă  l'innocence galvaudĂ©e de l'enfant rĂ©itĂ©rant les mĂŞmes actions haineuses que leurs parents ! (d'oĂą son titre significatif: "la haine qu'on donne"). Pour cela, c'est Ă  travers le dialogue qu'elle compte asseoir son Ă©thique humanitaire en faisant preuve d'autant d'audace que de courage pour tenter de redorer le sens de la justice et rendre un vibrant hommage Ă  Khalil (plus vivant que jamais dans le coeur de ses proches !). Starr Ă©tant notamment rĂ©duite depuis la tragĂ©die Ă  une victime sans visage s'apitoyant sur son sort, ou pire, discrĂ©ditant sa propre race lors de son intervention tĂ©lĂ©visuelle Ă  grande Ă©coute, du moins du point de vue des esprits les plus faibles, les plus lâches et intolĂ©rants.


Etre une lumière dans les ténèbres.
En dĂ©pit d'un dĂ©nouement spectaculaire appuyant lĂ©gèrement sur la corde sensible en usant du stĂ©rĂ©otype (les postures maladroitement sentencieuses des deux policiers subitement Ă©veillĂ©s par le discours pacifiste de Starr sonne faux Ă  mon sens !) et d'une sous-intrigue peut-ĂŞtre dispensable (certains membres marginaux de la famille de Starr se dĂ©chirant trop violemment pour un enjeu d'orgueil), The Hate U give est immergĂ© d'une acuitĂ© dramatique couramment bouleversante. Si bien que le spectateur infiniment impliquĂ© dans l'introspection morale de Starr s'identifie Ă  son dĂ©sespoir et Ă  sa rĂ©volte avec un humanisme fĂ©brilement prude. Que l'on adhère ou non Ă  ce rĂ©quisitoire anti-raciste, The Hate U give fait preuve d'une grande sensibilitĂ© pour ne laisser personne indiffĂ©rent au vu du triste constat imparti Ă  une AmĂ©rique xĂ©nophobe plongĂ©e dans le dĂ©ni, l'hypocrisie, voire mĂŞme le totalitarisme (le final anarchique faisant notamment Ă©cho Ă  notre propre politique française davantage soumise Ă  une idĂ©ologie rĂ©pressive). Superbe de sincĂ©ritĂ© et de dignitĂ© (notamment Ă  travers sa foi Ă  l'affirmation et Ă  la proclamation), et la rĂ©vĂ©lation Amandla Stenberg emporte tout sur son passage au point de chavirer les coeurs les plus endurcis. 

* Bruno

lundi 7 janvier 2019

Les Charlots font l'Espagne

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean Girault. 1972. France. 1h22. Avec GĂ©rard Rinaldi, Jean Sarrus, GĂ©rard Filipelli, Jean-Guy Fechner, Jacques Legras, Jaime de Mora y Aragon, Yves Barsacq.

Sortie salles France: 13 Décembre 1972

FILMOGRAPHIE: Jean Girault est un réalisateur et scénariste français, né le 9 mai 1924 à Villenauxe-la-Grande (Aube), décédé le 24 juillet 1982 à Paris. 1960 : Les Pique-assiette. 1961 : Les Moutons de Panurge. 1961 : Les Livreurs. 1963 : Les Veinards (film à sketchs coréalisé). 1963 : Les Bricoleurs. 1963 : Pouic-Pouic. 1963 : Faites sauter la banque ! 1964 : Les Gorilles. 1964 : Le Gendarme de Saint-Tropez. 1965 : Le Gendarme à New York. 1966 : Monsieur le président-directeur général. 1967 : Les Grandes Vacances. 1968 : Le gendarme se marie. 1968 : Un drôle de colonel. 1969 : La Maison de campagne. 1970 : Le Gendarme en balade. 1971 : Jo. 1971 : Le Juge. 1972 : Les Charlots font l'Espagne. 1973 : Le Concierge. 1973 : Le Permis de conduire. 1974 : Deux grandes filles dans un pyjama. 1975 : L'Intrépide. 1976 : Les murs ont des oreilles. 1976 : L'Année sainte. 1977 : Le Mille-pattes fait des claquettes. 1978 : L'Horoscope. 1978 : Sam et Sally , (série TV), 2 épisodes : Le Collier et Isabelita. 1978 : Le Gendarme et les Extra-terrestres. 1979 : L'Avare. 1981 : La Soupe aux choux. 1981 : Ach du lieber Harry. 1982 : Le Gendarme et les Gendarmettes.


Un spectacle bas de plafond mais haut en couleurs dans son esprit cartoonesque ! 
Quand on songe à ses 4 162 897 entrées lors de sa sortie en 72, on se demande comment Les Charlots font l'Espagne ont-il pu faire salle comble tant cette comédie franchouillarde accumule sans modération gags cocasses et bas de plafond sous l'impulsion de nos 4 lurons toujours aussi guillerets ! Prétexte à situations burlesques littéralement absurdes ou nonsensiques (certains gags s'avèrent même incompréhensibles à travers leur mécanique du rire !), Les Charlots font l'Espagne fleure bon l'époque révolue d'une époque désinhibée n'accordant que peu d'intérêt pour son scénar étique et donc ne comptant que sur l'attachante complémentarité des Charlots (les parents pauvres des ZAZ !) particulièrement déchaînés à provoquer l'éclat de rire escompté. A condition de le savourer au 10è degré, les Charlots font l'Espagne devrait contenter les inconditionnels si bien que son rythme très alerte ne provoque jamais l'ennui, et ce en dépit de la nullité de ces gags les plus lourdingues tellement navrants qu'ils en deviennent parfois drôles ! Enfin, à titre subsidiaire, on peut également se rincer l'oeil auprès de ses seconds-rôles féminins (et quelques figurantes hispaniques filiformes) particulièrement sexy !

* Bruno

vendredi 4 janvier 2019

Les Rendez-vous de Satan

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"PerchĂ© quelle strane gocce di sangue sul corpo di Jennifer?" de  Giuliano Carnimeo. 1972. Italie. 1h35. Avec Edwige Fenech, George Hilton, Paola Quattrini, Giampiero Albertini, Franco Agostini, Oreste Lionello.

Sortie salle France: 7 mars 1979. Italie: 10 AoĂ»t 1972

FILMOGRAPHIEGiuliano Carnimeo est un réalisateur et scénariste italien, né le 4 juillet 1932 à Bari (Pouilles) et mort le 10 septembre 2016 à Rome (Latium), 1959 : Brèves Amours (réalisé avec Camillo Mastrocinque). 1968 : Le Moment de tuer. 1969 : Le Fossoyeur. 1970 : Bonnes funérailles, amis, Sartana paiera. 1970 : Django arrive, préparez vos cercueils. 1971 : Quand les colts fument... on l'appelle Cimetière. 1972 : Les Rendez-vous de Satan. 1972 : Alléluia défie l'Ouest. 1973 : L'Emprise des sens. 1975 : Simone e Matteo. 1976 : Pour pâques ou à la trinita. 1981 : Une fille vachement sympa. 1983 : Les Exterminateurs de l'an 3000.


Sympathique giallo sorti en grande pompe dans une superbe version HD chez l'Ă©diteur qui miaule, Les Rendez-vous de Satan ne rĂ©volutionne nullement le genre si bien qu'il s'agit d'un produit d'exploitation en vogue. Tous les ingrĂ©dients Ă©tant ici rĂ©unis en bonne et due forme "fĂ©tichiste", et ce avec l'appui de la reine du sexe transalpin, Miss Edwige Fenech ! L'actrice irradiant en permanence l'Ă©cran de sa charnelle prĂ©sence, une posture fĂ©line infiniment torride. Notamment Ă  travers l'immensitĂ© de son regard noir Ă  damner un saint et Ă  la pâleur de sa peau laiteuse ! Erotique donc auprès de ses Ă©treintes et sĂ©quences dĂ©shabillĂ©es stylisĂ©es (dont une plage onirique rappelant le Venin de la Peur parmi l'intervention d'un gourou !), Les Rendez-vous de Satan n'en n'oublie pas pour autant d'y inclure ses sĂ©quences de meurtres plutĂ´t rĂ©ussies. Notamment celui dĂ©peint en plein centre-ville bondĂ© ou encore celui du prologue cinglant que Brian de Palma se rĂ©appropria afin de parfaire son chef-d'oeuvre Pulsions. Car Ă  travers cette sĂ©quence claustro instaurĂ©e dans un ascenseur, il est bluffant de constater Ă  quel point De Palma exploitera certains de ces plans iconiques (notamment auprès de la morphologie de la victime blonde) avec un brio autrement chiadĂ© et gĂ©omĂ©trique.


Nanti d'un rythme assez soutenu (surtout auprès de sa seconde partie plus inquiĂ©tante et affolante) au fil d'une intrigue somme toute classique, mais rehaussĂ©e d'un surprenant dĂ©nouement (quoique un peu trop facile alors que sa dernière image un brin ironique peut dĂ©concerter !), Les Rendez-vous de Satan ne déçoit qu'en de rares occasions (comptez 1 ou 2 longueurs vite pardonnĂ©es et du jeu limite parodique du commissaire entĂŞtĂ© et de son adjoint bateleur. Giuliano Carnimeo s'efforçant notamment d'y transfigurer la forme Ă  travers la disparitĂ© de ses dĂ©cors richement dĂ©taillĂ©s et magnifiquement photographiĂ©s d'une lumière tantĂ´t limpide tantĂ´t contrastĂ©e. Sur ce dernier point, Les Rendez-vous de Satan ravit donc les mirettes dans la noble tradition du genre, notamment après de la dĂ©froque sĂ©pulcrale du tueur encapuchonnĂ© et masquĂ© assez magnĂ©tique lors de ses apparitions surprises. On regrettera en revanche son titre français complètement Ă  l'ouest puisqu'il n'est ici nullement question d'occultisme ni de satanisme en dĂ©pit d'une ambiance d'Ă©trangetĂ© parfois trouble et sensiblement baroque (comme souvent chez tout bon Giallo qui se respecte).


A découvrir donc avec plaisir fétichiste, aussi mineure soit sa topographie narrative et ses sautes d'humour malvenues.

* Bruno

jeudi 3 janvier 2019

Guy

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Alex Lutz. 2018. France. 1h42. Avec Alex Lutz, Tom Dingler, Pascale Arbillot, Nicole Calfan, Dani, Élodie Bouchez, Brigitte Roüan.

Sortie salles France: 29 AoĂ»t 2018 

FILMOGRAPHIEAlex Lutz, de son vrai nom Alexandre Lutz, est un comédien, humoriste, metteur en scène, auteur de théâtre et réalisateur français, né le 24 août 1978 à Strasbourg. 2015 : Le Talent de mes amis. 2018 : Guy.


"Prenez bien soin de tous vos souvenirs car vous ne pourrez pas les revivre"
Immense cri du coeur que cette dĂ©claration d'amour Ă  la variĂ©tĂ© populaire par le biais d'un chanteur "ringard" (pour le nommer vulgairement comme qui dirait le bien-pensant) qu'un fils illĂ©gitime filme dans sa quotidiennetĂ© depuis son dĂ©sir de remonter sur le podium Ă  l'aide d'un album de reprises, Guy donne le vertige avec Ă©moi sensitif ! Dans la mesure oĂą Alex Lutz, rĂ©al et acteur habitĂ© par ses ambitions, empreinte la dĂ©marche du "documenteur" (les djeuns lui alloueront plutĂ´t le terme "found footage") avec un vĂ©risme plus vrai que nature. Tant et si bien que le cadre de la fiction s'efface ici promptement pour laisser place Ă  une nouvelle rĂ©alitĂ© qu'une camĂ©ra avisĂ©e radiographie sans complaisance puisque vouĂ©e Ă  immortaliser le tableau criant de vĂ©ritĂ© d'un chanteur sclĂ©rosĂ© en quĂŞte (mĂ©lancolique) de seconde renaissance. Et n'y voyez aucune dĂ©rive sirupeuse de la part de l'auteur pĂ©tri de dignitĂ© pour son personnage chimĂ©rique ! Hymne Ă  la vie, Ă  l'amour, Ă  l'indiscipline (ce refus de rester sage et d'y dĂ©roger la dĂ©ontologie !) et surtout Ă  la fragilitĂ© de la vieillesse qu'Alex Lutz  aborde avec pudeur et tendresse parfois bouleversantes, Guy nous fait participer Ă  un moment de cinĂ© "docu-vĂ©ritĂ©" d'une vigueur dramatique scintillante ! (lumières des projecteurs en sus afin d'y  d'assurer le spectacle en liesse !).


De par l'intensitĂ© du jeu contrariĂ© d'Alex Lutz et du magnĂ©tisme de sa voix Ă©raillĂ©e qu'un jeune vidĂ©aste ausculte du bout de sa camĂ©ra amateur, Guy transpire l'Ă©motion candide et la nostalgie du temps qui passe (images d'archive Ă  l'appui d'une sidĂ©rante intensitĂ© Ă©vocatrice !) au rythme de chansons populaires entĂŞtantes symptomatiques des annĂ©es 60. Car derrière cet attendrissant personnage profondĂ©ment humain et caractĂ©riel s'y cache un homme solitaire nanti de fragilitĂ© et de fĂŞlures. De par ses doutes, ses regrets, sa mĂ©lancolie existentielle; ses remises en question, son complexe d'infĂ©rioritĂ©, sa rĂ©putation auprès des intellos condescendants, voir mĂŞme sa jalousie auprès de la star Cloclo. Si bien que les chansons qu'il nous interprète avec sincĂ©ritĂ© indĂ©fectible, en concert et dans l'intimitĂ©, possèdent cette mĂŞme tonalitĂ© entraĂ®nante que les fans aiment chantonner en refrain. Tant auprès des ballades romantiques volontiers naĂŻves que des thèmes pop que la tendance disco des annĂ©es 70 et 80 perdurera avec succès. Outre ce sublime portrait imparti Ă  un chanteur purement imaginaire (mais oh combien rĂ©fĂ©rentiel !) accĂ©dant difficilement au cycle du 3è âge, Guy nous imprime sur image un reportage sur la mĂ©moire et le parfum de l'âme que symbolise le "souvenir" Ă  travers cet homme dĂ©passĂ© par le temps et la modernitĂ©. Un album d'images fertile d'anecdotes, de confidences, de musique, de retrouvailles s'ouvre donc Ă  nos yeux d'enfants car Guy remĂ©more notamment l'innocence des premiers Ă©mois, des premiers amours, des premiers succès musicaux avec une intensitĂ© nostalgique profondĂ©ment vertigineuse. Notamment eu Ă©gard des intervenants connus (Michel Drucker, Julien Clerc, Dany et quelques Ă©mettrices radios) et mĂ©connus se fondant dans la fiction avec une vĂ©ritĂ© humaine confondante d'humilitĂ©.


Guy Jamet
Biopic musical lumineux par le biais d'une ringardise assumée si fédératrice, fougueuse, chaleureuse et communicative de par sa simplicité populaire, Guy fait entrer dans la légende des chanteurs oubliés un personnage méconnu aujourd'hui reconnu par le biais d'un vidéaste amateur en voie d'apprentissage auditif. S'il s'avère aussi beau, tendre et bouleversant qu'un futile coucher de soleil, Guy n'oublie pas pour autant de verser dans la drôlerie au travers de sa quotidienneté routinière ou de ses rapports intimistes jalonnés de répliques hilarantes (notamment les rapports parfois orageux entre Guy et sa jeune épouse). Inoubliable pour clore sur une note aussi spontanée que chétive si bien que, comme le résume Guy Jamet, notre destinée éphémère s'éclipse aussi vite qu'un battement de cil. Car même le souvenir n'est qu'une illusion...

Dédicace à Frederic Serbource
* Bruno

"Toutes les images disparaîtront. Elles s'évanouiront toutes d'un seul coup comme l'ont fait des millions d'images qui étaient derrière les fronts des grands-parents. Des parents eux aussi. Et l'on sera un jour dans le souvenir de nos enfants au milieu de petits enfants et de gens qui ne sont pas encore nés. Comme le désir, la mémoire ne s'arrête jamais, elle a pari les morts aux vivants, les êtres réels aux imaginaires, leur rêve à l'histoire. Tout s'effacera en une seconde. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire. De la bouche ouverte il ne sortira rien. Ni je, ni moi. Dans les conversations autour d'une table de fête on ne sera plus qu'un prénom de plus en plus sans visage, jusqu'à disparaître dans la masse anonyme d'une lointaine génération."

mercredi 2 janvier 2019

Les Vampires de Salem. (Version Intégrale).

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Tobe Hooper. 1979. U.S.A. 3h05 (version intégrale). Avec David Soul, James Mason, Lance Kerwin, Bonnie Bedelia, Lew Ayres, Reggie Nalder, Ed Flanders.

Sortie salles France: 10 Septembre 1980 (dans une version tronquée). Diffusion TV U.S: 17/24 Novembre.

FILMOGRAPHIE: Tobe Hooper est un réalisateur américain né le 25 Janvier 1943 à Austin (Texas). 1969: Eggshells, 1974: Massacre à la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crédité), 1981: Massacre dans le Train Fantôme, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre à la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.


AdaptĂ© au cinĂ©ma chez nous dans une version tronquĂ©e d'1h47, les Vampires de Salem est un tĂ©lĂ©-film d'une durĂ©e initiale de 3h05 que Tobe Hooper signa de son habile empreinte, tant et si bien qu'il s'agit d'une de ses meilleures rĂ©ussites. TirĂ© d'un cĂ©lèbre roman de Stephen King qui en adouba le rĂ©sultat tĂ©lĂ©visuel, l'intrigue soigneusement charpentĂ©e nous dĂ©peint le profil dubitatif de l'Ă©crivain Ben Mears rĂ©cemment installĂ© dans sa ville natale, la paisible bourgade rurale de Salem's lot. Or, depuis l'arrivĂ©e de l'Ă©trange Richard K. Straker, vieil antiquaire taiseux locataire d'une bâtisse Ă  mauvaise rĂ©putation, Ben Mears s'interroge sur ses vĂ©ritables motivations, quand bien mĂŞme de mystĂ©rieuses disparitions d'ados ont lieu la nuit. A travers son agrĂ©able climat solaire implantĂ© au coeur d'une rĂ©gion bucolique somme toute accueillante, les Vampires de Salem dĂ©gage un charme Ă  la fois chaleureux et envoĂ»tant, notamment eu Ă©gard de la fraternitĂ© des citadins, aussi vĂ©reux soient certains d'eux car n'hĂ©sitant pas Ă  recourir Ă  l'adultère, l'alcoolisme, voir aussi Ă  la passion du cinĂ© fantastique en guise d'ennui ou d'Ă©vasion. IncarnĂ© par une plĂ©iade de seconds-couteaux familiers des genres et d'autant plus pleinement convaincants Ă  tĂ©moigner communĂ©ment d'une situation pernicieuse gravement hypnotique, les Vampires de Salem plante son univers chimĂ©rique et ses personnages bicĂ©phales avec une scrupuleuse attention. Tobe Hooper prenant son temps Ă  donner chair Ă  son univers occulte par le biais d'un rĂ©alisme surnaturel ramifiĂ© et d'un souci formel cinĂ©gĂ©nique. Tant auprès de ses sĂ©quences horrifiques aussi originales qu'inquiĂ©tantes et fascinantes que de la scĂ©nographie gothique d'une bâtisse insalubre d'une vĂ©nĂ©neuse beautĂ© Ă©meraude. D'ailleurs sur ce point, la vaste maison ornĂ©e de pièces secrètes et de cadavres d'animaux tantĂ´t empaillĂ©s, tantĂ´t putrĂ©fiĂ©s se rĂ©approprie des codes de la hantise avec une diabolique suggestion.


D'autre part, sans sombrer dans le ridicule, les crĂ©atures vampiriques qui hantent chaque nuit de pleine lune fascinent promptement car elles nous provoquent une fascinante apprĂ©hension mĂŞlĂ©e de malaise si bien que les maquillages concis et effets spĂ©ciaux retors (l'impression de flottement que les vampires exercent sous la brume) s'avèrent redoutablement efficaces pour lĂ  encore laisser place Ă  une imagerie singulière. Car ne ressemblant Ă  rien de connu, la grande rĂ©ussite des Vampires de Salem demeure notamment d'y dĂ©poussiĂ©rer le mythe vampirique dans un contexte moderne oĂą plane pour autant un amour irrĂ©pressible pour l'Ă©pouvante archaĂŻque eu Ă©gard du chef des vampires d'un charisme saphir, digne hĂ©ritier du Nosferatu de Murnau. Outre son magnĂ©tisme visuel et narratif permanent et ses scènes chocs dissĂ©minĂ©es avec souci inventif (notamment la dĂ©couverte macabre du chien, le croque-mort lentement attirĂ© par l'essence spirituelle du cercueil ou encore l'eau bĂ©nite scintillante Ă  l'approche d'un vampire), Les Vampires de Salem s'enrichit des prestances dĂ©tonantes (pour ne pas dire dĂ©concertantes) de James Mason, en fourbe antiquaire Ă  l'identitĂ© quasi apatride, et de David Soul, Ă©tonnamment sobre et impliquĂ© en chasseur de vampire toujours plus dĂ©terminĂ© en vindicateur hĂ©roĂŻque. On peut Ă©galement applaudir l'interprĂ©tation subsidiaire Ă  mi-parcours de Lance Kerwin en jeune ado fĂ©ru de films d'horreur puis en voie d'initiation rebelle eu Ă©gard de son apprentissage Ă  canaliser ses affres du surnaturel depuis une tragĂ©die infortunĂ©e. Enfin la beautĂ© naturelle de la sensuelle Bonnie Bedelia (Piège de Cristal, 58 minutes pour vivre) se dĂ©cline Ă©galement comme un atout de charme en sus, quand bien mĂŞme sa romance entamĂ©e avec Ben se solde par une surprenante conclusion d'une alchimie onirique amère.


Une formidable rĂ©ussite tĂ©lĂ©visuelle donc parvenant sans fard Ă  rajeunir le mythe du vampire sĂ©culaire dans une stature cinĂ©gĂ©nique Ă  la fois irrĂ©sistiblement flamboyante, fascinante et ensorcelante. Si bien que dès son gĂ©nĂ©rique final on rĂŞve d'une Ă©ventuelle sĂ©quelle aussi digne que son modèle, et ce mĂŞme si Larry Cohen s'y est brillamment entrepris 8 ans plus tard de manière autrement dĂ©jantĂ©e avec l'oubliĂ© et sarcastique les Enfants de Salem.  

* Bruno

mardi 1 janvier 2019

Amityville, la maison du Diable / The Amityville Horror

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site eightdayzaweek.blogspot.com

de Stuart Rosenberg. 1979. U.S.A. 1h58. Avec James Brolin, Margot Kidder, Rod Steiger, Don Stroud, Murray Hamilton, John Larch, Natasha Ryan, K.C. Martel, Meeno Peluce, Michael Sacks, Helen Shaver...

Dates de sortie : 27 juillet 1979 (États-Unis), 20 fĂ©vrier 1980 (France)

FILMOGRAPHIEStuart Rosenberg est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 11 aoĂ»t 1927 Ă  New York (États-Unis) et mort le 15 mars 2007 Ă  Beverly Hills (États-Unis). 1960 : Crime, sociĂ©tĂ© anonyme , 1961 : Question 7, 1964 : Calhoun: County Agent (TV), 1965 : Memorandum for a Spy (TV), 1966 : Une petite rĂ©bellion (TV), 1966 : Fame Is the Name of the Game (TV), 1967 : Luke la main froide 1969 : Folies d'avril , 1970 : Move, 1970 : WUSA, 1972 : Les IndĂ©sirables , 1973 : Le Flic ricanant , 1975 : La Toile d'araignĂ©e , 1976 : Le Voyage des damnĂ©s , 1979 : Amityville : La Maison du diable , 1979 : Avec les compliments de Charlie , 1980 : Brubaker , 1984 : Le Pape de Greenwich Village , 1986 : Let's Get Harry, 1991 : My Heroes Have Always Been Cowboys.


Une histoire vraie ?
La demeure d’Amityville, au 112 Ocean Avenue Ă  Long Island, fut le théâtre d’un carnage survenu dans la nuit du jeudi 13 novembre 1974. Ronald Junior, fils aĂ®nĂ© de la famille DeFeo, exĂ©cuta au fusil ses parents, ses frères et sĹ“urs endormis. Plaidant la folie, il fut condamnĂ© Ă  six peines de 25 ans de prison. Un an après le drame, la maison est rachetĂ©e par la famille Lutz, qui emmĂ©nage le 18 dĂ©cembre 1975. Ils n’y resteront que 28 jours, terrassĂ©s par des phĂ©nomènes inexpliquĂ©s. En 1977, les Lutz s’associent Ă  l’Ă©crivain Jay Anson pour coucher sur papier leur calvaire : The Amityville Horror — A True Story, best-seller immĂ©diat. Après des annĂ©es de doutes et d’enquĂŞtes, on dĂ©montra que cette prĂ©tendue hantise n’Ă©tait qu’affabulation, montĂ©e de toutes pièces pour une opĂ©ration lucrative. L’affaire Amityville s’achève donc en supercherie mĂ©diatique, malgrĂ© l’obstination de certains spĂ©cialistes et passionnĂ©s de paranormal. Qui plus est, après le dĂ©part des Lutz, les familles suivantes (Cromarty, O’Neill) n’ont jamais signalĂ© la moindre manifestation. En 2010, la maison est remise en vente pour environ un million d’euros, attirant encore badauds et curieux de tous horizons…


Énorme succès au box-office mondial, Amityville, la Maison du Diable doit beaucoup Ă  son vernis de vĂ©racitĂ© — dĂ©sormais Ă©caillĂ© — popularisĂ© par le livre d’Anson. Peu coutumier du genre, Stuart Rosenberg se laisse tenter pour transposer Ă  l’Ă©cran cette chronique dĂ©moniaque mâtinĂ©e de satanisme. On apprend, au dĂ©tour d’une confession, que la demeure fut Ă©rigĂ©e par un adepte de sorcellerie banni de Salem… Sans outrances grand-guignolesques, Rosenberg distille avec efficacitĂ© des sursauts d’Ă©pouvante, scande l’angoisse Ă  un rythme mĂ©tronomique : Ă  l’image de ces amis du couple Lutz, aussitĂ´t saisis de malaise, viscĂ©ral, dès qu’ils franchissent la pelouse maudite. Quant aux Lutz eux-mĂŞmes, unis par le mariage, leur amour se lĂ©zarde quand George, chaque nuit, se rĂ©veille Ă  3h15 — l’heure prĂ©cise oĂą DeFeo bascula dans la dĂ©mence…

 
D’autres incidents plus inquiĂ©tants ou brutaux (le sort du prĂŞtre et de la nourrice, la dĂ©couverte dans la cave) renforcent l’emprise vĂ©nĂ©neuse de la bâtisse — tandis que la fillette des Lutz, incarnĂ©e par la troublante Natasha Ryan, noue une amitiĂ© glauque avec un ami invisible. RĂ©alisĂ© avec un soin constant pour traduire la dĂ©composition morale du couple, le film exprime sans tape-Ă -l’Ĺ“il une angoisse rampante, imprĂ©gnant chaque recoin domestique — magnifiquement cadrĂ© et exploitĂ© ! Son rĂ©alisme sec, servi par une interprĂ©tation habitĂ©e jusque dans les seconds rĂ´les, traduit l’incomprĂ©hension, la peur muette, la folie en gestation. Amityville reste suffisamment Ă©trange et atmosphĂ©rique pour alimenter cette angoisse sourde : la silhouette coloniale de la maison, filmĂ©e sous tous les angles, fige notre insĂ©curitĂ©, soutenue par le thème lancinant de Lalo Schifrin, gravĂ© Ă  jamais.


"Amityville : hantise factice, terreur authentique".
Si Amityville, la Maison du Diable ne rivalise pas avec les grands classiques du film de hantise, il s’impose pourtant comme une tentative sincère de rendre plausible le mythe d’une maison possĂ©dĂ©e. La sobriĂ©tĂ© fiĂ©vreuse des comĂ©diens (Margot Kidder, Ă©pouse fragile sombrant dans la dĂ©pression), l’architecture insolite, les incidents vĂ©nĂ©neux jouant cruellement avec les nerfs, son prologue et son final franchement terrifiants, et la musique obsĂ©dante de Schifrin, tout converge vers un climat anxiogène d’une belle intensitĂ©. Les nostalgiques des annĂ©es 80 y retrouveront, avec une Ă©motion complice, leurs hĂ©ros acculĂ©s Ă  la psychose et Ă  la dĂ©rive meurtrière — George Lutz, lentement happĂ© par une fureur homicide que James Brolin incarne d’une aigreur bourrue, inquiĂ©tante Ă  souhait.

* Bruno
22.07.14. (100 v)
01.01.19. 6èx