mardi 23 avril 2019

Le Narcisse Noir

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Black Narcissus" de Michael Powell et Emeric Pressburger. 1947. Angleterre. 1h40. Avec Deborah Kerr, David Farrar, Kathleen Byron, Jean Simmons, Sabu, Judith Furse, Flora Robson.

Sortie salles France: 20 Juillet 1949. Angleterre: 24 Avril 1947

FILMOGRAPHIE: Michael Powell est un réalisateur britannique, né le 30 septembre 1905 à Bekesbourne, décédé le 19 Février 1990 à Avening, Gloucestershire. 1937: A l'angle du monde. 1939: L'Espion noir. 1939: Le Lion a des ailes. 1940: Le Voleur de Bagdad. 1940: Espionne à bord. 1941: 49è parallèle. 1942: Un de nos avions n'est pas rentré. 1943: The Volunteer. 1943: Colonel Blimp. 1944: A Canterbury Tale. 1945: Je sais où je vais. 1946: Une Question de vie ou de mort. 1947: Le Narcisse Noir. 1948: Les Chaussons Rouges. 1948: The Small Back Room. 1950: La Renarde. 1950: The Elusive Pimpernel. 1951: Les Contes d'Hoffman. 1955: Oh! Rosalinda ! 1956: La Bataille du Rio de la Plata. 1956: Intelligence Service. 1959: Lune de Miel. 1960: Le Voyeur. 1961: The Queen's Guards. 1964: Le Château de Barbe-Bleue. 1966: They're a Weird Mob. 1969: Age of Consent.


"Nul ne pèche par un acte qu'il ne peut Ă©viter." 
RĂ©putĂ© pour sa beautĂ© plastique exceptionnelle alors qu'il fut rĂ©alisĂ© en 1947; Le Narcisse Noir est un objet filmique difficilement apprivoisable au 1er regard. Car de mon point de vue strictement subjectif et l'ayant dĂ©couvert sur le tard, il s'agit d'une oeuvre insaisissable de par la subtilitĂ© de son atmosphère Ă©thĂ©rĂ©e tantĂ´t vĂ©nĂ©neuse, tantĂ´t envoĂ»tĂ©e, et d'un cheminement narratif Ă  la fois imprĂ©visible, sporadique, tentaculaire. Le pitch: une poignĂ©e de soeurs anglicanes sont recrutĂ©es par un gĂ©nĂ©ral indien Ă  diriger un couvent, un dispensaire et une Ă©cole dans son palais situĂ© Ă  hauteur d'une falaise hymalayenne. Peu Ă  peu, et depuis la prĂ©sence de Mr Dean et d'un jeune gĂ©nĂ©ral, Soeur Rose et Soeur Clotilde sont troublĂ©es par ses autoritĂ©s masculines. Entièrement vouĂ© Ă  la psychologie nĂ©vrosĂ©e de ses nonnes dĂ©paysĂ©es par un panorama disproportionnĂ©, Le Narcisse Noir traite du refoulement sexuel avec une trouble ambiguĂŻtĂ©.


Tant auprès de l'inimitiĂ© de Soeur Rose et de Clothilde hantĂ©es par le dĂ©sir sexuel, que du personnage frigide de Mr Dean difficilement domptable Ă  travers son machisme rigide (le final s'avĂ©rant d'autant plus cruel faute de son empathie Ă©prouvĂ©e pour l'une d'elles). EmaillĂ© de sĂ©quences baroques Ă  la limite du surrĂ©alisme (notamment auprès du regard littĂ©ralement ensorcelant de soeur Rose gagnĂ©e par la folie punitive), Le Narcisse Noir jongle avec le drame psychologique parmi la trouble intensitĂ© du non-dit et des regards tacites. Sa beautĂ© flamboyante omniprĂ©sente renforçant le caractère hermĂ©tique de ces pertes identitaires en proie Ă  l'Ă©mancipation que Rose et Clothilde se contredisent parmi la complexitĂ© du passĂ© secret. Sans anticiper l'action sobrement mise en place sous l'impulsion d'un environnement naturel Ă  la lisière de la fĂ©erie, Michael Powell et Emeric Pressburger parviennent donc Ă  fasciner Ă  travers les thèmes universels de l'amour et de la sexualitĂ© que des nonnes s'interdisent en lieu et place de foi religieuse. Ainsi, en traitant de l'inĂ©galitĂ© des sexes, Le Narcisse Noir oppose le pouvoir hermĂ©tique de son immense cadre naturel (symbole de libertĂ© absolue) avec l'autoritĂ© des hommes en quĂŞte de discipline, de rĂ©demption (l'alcoolisme de Mr Dean), d'appui fĂ©minin et d'Ă©ventuelle liaison amoureuse.


Une rĂ©flexion sur la morale chrĂ©tienne et la complexitĂ© des rapports contradictoires entre les 2 sexes. 
Difficile d'accès au premier abord selon mon propre jugement de valeur, Le Narcisse Noir me parait riche d'intensitĂ© et de beautĂ© diaphane Ă  travers ses caractĂ©risations cĂ©rĂ©brales compromises par le refoulement, la nĂ©vrose, le dĂ©sir et la discipline chrĂ©tienne. Un objet inclassable en somme aussi bien candide que sulfureux Ă  revoir plusieurs fois pour en saisir toute son essence capiteuse. Car Ă©trange, dĂ©routant, ineffable et subtilement oppressant, il laisse en mĂ©moire de saisissantes images baroques Ă  travers les thèmes de la jalousie, de la pulsion sensuelle et de la folie amoureuse que l'obscurantisme finit par engendrer chez les ĂŞtres les plus prĂ©caires.  

*Bruno

Récompenses: Oscars 1948
Oscar de la meilleure photographie pour Jack Cardiff
Oscar de la meilleure direction artistique pour Alfred Junge
Golden Globes 1948
Golden Globe de la meilleure photographie pour Jack Cardiff

lundi 22 avril 2019

L'Armoire Volante

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Carlo Rim. 1948. 1h30. Avec Fernandel, Berthe Bovy, Pauline Carton, Germaine Kerjean, Marcel Pérès, Louis Florencie, Henry Charrett, Gaston Modot, Annette Poivre, Antonin Berval.

Sortie salles France: 23 Octobre 1948

FILMOGRAPHIECarlo Rim (Jean Marius Richard) est un romancier, essayiste, scénariste, réalisateur et dessinateur de presse français, né à Nîmes le 19 décembre 1902, mort le 3 décembre 1989 à Marseille. 1948 : L'Armoire volante. 1951 : La Maison Bonnadieu. 1952 : Les Sept Péchés capitaux, pour le sketch : La gourmandise. 1953 : Virgile. 1954 : Escalier de service. 1956 : Les Truands. 1957 : Ce joli monde. 1959 : Le Petit Prof. 1963 : Treize contes de Maupassant (série TV). 1965 : Don Quichotte (feuilleton TV). 1976: Le Sanglier de Cassis.


Peu diffusé à la TV, l'Armoire Volante est une formidable comédie d'humour noir fondée sur un scénario charpenté fertile en quiproquos que Fernandel enchaîne avec une appréhension en crescendo. Et pour cause, sa tante Léa vient de décéder sur la route d'un périple en compagnie de deux de ses déménageurs. Paniqués, ils décident de la planquer dans son armoire en avertissant le neveu Alfred. Or, durant une pause, le camion est dérobé par des voleurs. Délibéré à retrouver le corps de sa tante; Alfred usera de moult stratagèmes afin de retrouver l'armoire. Dosant habilement rebondissements à répétition et idées retorses, l'Armoire Volante est une succulente comédie macabre n'ayant rien perdu de sa fraîcheur de par son concept improbable jouant avec les codes d'une chasse au trésor si j'ose dire.


Fernandel se dĂ©menant comme un demeurĂ© Ă  retrouver cette fameuse armoire (vendue Ă  prix d'or lors d'un moment clef d'une vente aux enchères !) en dĂ©pit de la perplexitĂ© de son entourage aussi dubitatif que craintif pour sa pathologie mental. Sans outrance, et Ă  contre emploi de son jeu extravagant dans l'Auberge Rouge, Fernandel insuffle un jeu subtil Ă  travers ses sentiments d'apprĂ©hension, de paranoĂŻa, de dĂ©sarroi et de tendresse pour sa tante que l'armoire lui engendre cruellement. Car cumulant la dĂ©veine sous l'impulsion d'une intrigue dĂ©bridĂ©e ne cessant de le ballotter tous azimuts, celui-ci s'improvise investigateur de dernier ressort avec une force de caractère subitement chĂ©tive. La police Ă©tant notamment avertie de la disparition du corps... Ainsi donc, sans faire preuve d'essoufflement,  l'Armoire Volante perdure sa mĂ©canique Ă  suspense grâce Ă  l'imagination en roue libre de son concept (gentiment) sardonique, pour autant non dĂ©nuĂ©e de tendresse lors de sa conclusion salvatrice (en suspens !) que nombre de scĂ©naristes reprendront par la suite quelque soit le genre abordĂ©.


Une perle de comédie noire savamment troussée.

*Bruno

vendredi 19 avril 2019

L'Auberge Rouge

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Autant Lara. 1951. France. 1h45. Avec Fernandel, Françoise Rosay, Julien Carette, Marie-Claire Olivia, Jacques Charon, Nane Germon.

Sortie salles France: 19 Octobre 1951

FILMOGRAPHIE: Claude Autant-Lara, ou Claude Autant, est un réalisateur français, né le 5 août 1901 à Luzarches et mort le 5 février 2000 à Antibes. 1931 : Buster se marie. 1931 : Le Plombier amoureux. 1932 : L'Athlète incomplet. 1933 : Ciboulette. 1937 : L'Affaire du courrier de Lyon (coréal). 1938 : Le Ruisseau (coréal). 1939 : Fric-Frac (coréal). 1940 : The Mysterious Mr Davis. 1941 : Le Mariage de Chiffon. 1942 : Lettres d'amour. 1943 : Douce. 1946 : Sylvie et le Fantôme. 1947 : Le Diable au corps. 1949 : Occupe-toi d'Amélie. 1951 : L'Auberge rouge. 1952 : Les 7 péchés capitaux. 1953 : Le Bon Dieu sans confession. 1954 : Le Blé en herbe. 1954 : Le Rouge et le Noir. 1955 : Marguerite de la nuit. 1956 : La Traversée de Paris. 1958 : Le Joueur. 1958 : En cas de malheur. 1959 : La Jument verte. 1960 : Les Régates de San Francisco. 1960 : Le Bois des amants. 1961 : Tu ne tueras point. 1961 : Le Comte de Monte-Cristo. 1961 : Vive Henri IV, vive l'amour. 1963 : Le Meurtrier. 1963 : Le Magot de Josefa. 1965 : Humour noir. 1965 : Journal d'une femme en blanc. 1966 : Nouveau journal d'une femme en blanc. 1967 : Le Plus Vieux Métier du monde. 1968 : Le Franciscain de Bourges. 1969 : Les Patates. 1973 : Lucien Leuwen (Serie TV). 1977 : Gloria.


Grand classique d'après-guerre rĂ©alisĂ© par le proverbial Claude Autant Lara (La TraversĂ©e de Paris, Le Comte de Monte-Cristo, la Jument Verte, les 7 pĂŞchers capitaux, le Rouge et le Noir),  L'auberge Rouge s'inspire d'un fait divers morbide survenu en Ardèche entre 1805 et 1830. Un couple d'aubergistes accompagnĂ© d'un complice auraient dĂ©pouillĂ© et tuĂ© plus de 50 clients sur une pĂ©riode de 23 ans. Ils finissent par ĂŞtre guillotinĂ©s le 2 Octobre 1833 sur le lieu mĂŞme de leurs antĂ©cĂ©dentes exactions. Ainsi, sous la houlette de Claude Autant-Lara, ce dernier dĂ©cide d'en tirer une comĂ©die macabre avec en tĂŞte d'affiche le notoire Fernandel plus guilleret que jamais dans celui d'un moine ballottĂ© tous azimuts entre aubergistes sanguinaires et clients avinĂ©s. Étonnamment cocasse, dĂ©lirant, folingue, voir mĂŞme surrĂ©aliste (si bien que la romance improbable entre la jeune complice meurtrière et un novice chrĂ©tien s'avère aussi ironiquement attachante qu'immorale), l'Auberge Rouge se dĂ©cline en irrĂ©sistible farce sardonique en dĂ©pit d'une 1ère partie un brin laborieuse selon mon jugement de valeur.


La complicitĂ© euphorique des comĂ©diens s'en donnant Ă  coeur joie dans les exclamations jouasses (notamment auprès d'une scène hystĂ©risante Ă  dĂ©jouer le moine d'y quitter l'auberge !), l'extravagance de Fernandel (Ă  travers ses mimiques pleutres) cumulant stratagèmes de survie (l'hallucinante sĂ©quence du mariage parmi le tĂ©moignage de convives en lĂ©thargie) et quiproquos impayables d'une folle originalitĂ© nous donnant le tournis au sein d'une photo monochrome immaculĂ©e. A l'instar de ces magnifiques dĂ©cors enneigĂ©s particulièrement envoĂ»tants, quand bien mĂŞme les 3/4 quarts des autres dĂ©cors (internes et externes auprès des plans serrĂ©s) ont entièrement Ă©tĂ© tournĂ©s en studio. Bref, sa scĂ©nographie hivernale dĂ©paysante s'avère bluffante de rĂ©alisme onirique ! Et donc Ă  la revoyure, c'est Ă  dire plus 68 ans après sa sortie, l'Auberge Rouge dĂ©gage une atmosphère dĂ©bridĂ©e Ă  la fois burnĂ©e et atypique de par son enchaĂ®nements de situations cintrĂ©es (pour ne pas dire cartoonesques !) auquel un moine Ă©peurĂ© de finir en rĂ´tisserie s'efforcera de secourir une poignĂ©es de voyageurs n'ayant rien saisi de l'extrĂŞme situation d'urgence. C'est donc une comĂ©die survoltĂ©e que nous fricote Claude-Autant Lara avec un goĂ»t prononcĂ© pour la dĂ©rision macabre corsĂ©e (son incroyable Ă©pilogue mortifère !) que Fernandel monopolise avec une (irrĂ©sistible) apprĂ©hension en roue libre. Entre sournoiserie de dĂ©sespoir et vaillance de dernier ressort !


Un grand classique populaire d'une fraĂ®cheur cocasse abrasive Ă  faire pâlir de jalousie la dernière comĂ©die mainstream surfant la majeure partie sur leurs acquis cupides. 

*Bruno

jeudi 18 avril 2019

Rémi sans famille

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Antoine Blossier. 2018. France. 1h48. Avec Maleaume Paquin, Jacques Perrin, Daniel Auteuil, Virginie Ledoyen, Jonathan ZaccaĂŻ, Ludivine Sagnier, Albane Masson, Nicholas Rowe.

Sortie salles France: 12 Décembre 2018

FILMOGRAPHIE: Antoine Blossier est un réalisateur français. 2011 : La Traque. 2014 : À toute épreuve. 2018 : Rémi sans famille.


Nouvelle adaptation du roman français d'Hector Malot écrit en 1878, Rémi sans Famille parvient à réanimer la flamme du conte familial à travers ce formidable récit d'apprentissage, de constance et de résilience du point de vue d'un orphelin éduqué par l'inoubliable saltimbanque Vitalis. D'une fulgurance formelle enchanteresse à travers une splendide photo tantôt solaire, tantôt réfrigérante, Rémi sans famille est un régal pour les yeux et le coeur, aussi cruel soit son cheminement de survie que Rémi, Vitalis, joli coeur et Capi arpentent avec un courage teinté de désespoir. Et donc, cette nouvelle adaptation classieuse a beau surfer sur les bons sentiments avec un air de déjà vu (surtout auprès de ceux ayant été traumatisés par l'anime des années 80), le miracle opère dans son florilège de vicissitudes soigneusement contées et illustrées avec parfois un sens féerique digne des meilleures prods US (score solennelle à l'appui proche de l'ambiance d'Edward aux mains d'argent).


De par la sobre expression des acteurs (Daniel Auteuil et Jacques Perrin sont irrĂ©prochables dans leur humble paternitĂ© teintĂ©e de fragilitĂ©, quand bien mĂŞme Maleaume Paquin distille une assez convaincante empathie dans la peau de RĂ©mi) et le talent avisĂ© du cinĂ©aste Antoine Blossier soignant le cadre durant chaque sĂ©quence, RĂ©mi sans Famille oscille charme et Ă©motions en militant pour la protection de l'enfance, et, Ă  moindre Ă©chelle, pour la cause animale. Notamment pour le traitement infligĂ© auprès d'une vache lors du 1er acte ainsi que les rapports affectueux que RĂ©mi entretient avec le singe Joli Coeur et le chien Capi). Ainsi, c'est surtout Ă  travers l'attachant personnage de Vitalis que l'Ă©motion fait naĂ®tre ses instants les plus justes et bouleversants lorsque celui-ci se rĂ©signe Ă  sacrifier sa propre vie afin de prĂ©munir le destin si prĂ©caire de RĂ©mi (il ne connait pas ses parents depuis sa naissance alors que sa famille d'accueil fut contrainte de dĂ©missionner faute de l'autoritĂ© d'un père sournois). DĂ©libĂ©rĂ© Ă  retrouver sa vraie famille durant un pĂ©riple ardu que Vitalis ne cessera d'aiguiller avec un sens des valeurs impartis Ă  la pĂ©dagogie, RĂ©mi franchira nombre d'Ă©preuves morales et physiques afin de regagner sa dignitĂ© et ainsi asseoir sa rĂ©putation de chanteur prodige.


Si cette adaptation française n'arrive jamais Ă  la cheville de l'inoxydable anime japonais des annĂ©es 80, le sobre talent des interprètes (mĂŞme si certains seconds-rĂ´les peuvent prĂŞter Ă  la caricature) et le brio du rĂ©alisateur parviennent Ă  rĂ©actualiser ce rĂ©cit universel avec une Ă©motion souvent payante. Tant et si bien qu'il s'avère difficile de retenir ses larmes auprès de ses instants les plus cruels pour autant illustrĂ©s avec une certaine retenue afin de ne pas trop effleurer le pathos. Un formidable mĂ©lo donc que petits et grands (enfants) ne manqueront pas de s'Ă©treindre auprès de son message salutaire militant pour les valeurs familiales (parmi les notions de courage, de culture et d'amour) sous le pivot de la protection d'une enfance maltraitĂ©e.     

 *Bruno

Box Office France: 857 515 entrées

mercredi 17 avril 2019

Les Patates

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Autant-Lara. 1969. France. 1h40. Avec Pierre Perret, Henri Virlogeux, Bérangère Dautun, Pascale Roberts, Odette Duc, Jacques Balutin, Rufus, Bernard Lajarrige.

Sortie salles France: 21 Novembre 1969

FILMOGRAPHIE: Claude Autant-Lara, ou Claude Autant, est un réalisateur français, né le 5 août 1901 à Luzarches et mort le 5 février 2000 à Antibes. 1931 : Buster se marie. 1931 : Le Plombier amoureux. 1932 : L'Athlète incomplet. 1933 : Ciboulette. 1937 : L'Affaire du courrier de Lyon (coréal). 1938 : Le Ruisseau (coréal). 1939 : Fric-Frac (coréal). 1940 : The Mysterious Mr Davis. 1941 : Le Mariage de Chiffon. 1942 : Lettres d'amour. 1943 : Douce. 1946 : Sylvie et le Fantôme. 1947 : Le Diable au corps. 1949 : Occupe-toi d'Amélie. 1951 : L'Auberge rouge. 1952 : Les 7 péchés capitaux. 1953 : Le Bon Dieu sans confession. 1954 : Le Blé en herbe. 1954 : Le Rouge et le Noir. 1955 : Marguerite de la nuit. 1956 : La Traversée de Paris. 1958 : Le Joueur. 1958 : En cas de malheur. 1959 : La Jument verte. 1960 : Les Régates de San Francisco. 1960 : Le Bois des amants. 1961 : Tu ne tueras point. 1961 : Le Comte de Monte-Cristo. 1961 : Vive Henri IV, vive l'amour. 1963 : Le Meurtrier. 1963 : Le Magot de Josefa. 1965 : Humour noir. 1965 : Journal d'une femme en blanc. 1966 : Nouveau journal d'une femme en blanc. 1967 : Le Plus Vieux Métier du monde. 1968 : Le Franciscain de Bourges. 1969 : Les Patates. 1973 : Lucien Leuwen (Serie TV). 1977 : Gloria.


Curieux film que les Patates rĂ©alisĂ© par Claude Autant-Lara, auteur reconnu de la TraversĂ©e de Paris, le Diable au corps, les 7 pĂŞchers capitaux, Sylvie et le FantĂ´me, la Jument Verte et l'Auberge Rouge pour en citer les plus illustres. Car dominĂ© par l'interprĂ©tation enjouĂ©e de Pierre Perret (dont il s'agit de sa 3è apparition Ă  l'Ă©cran), les Patates est une comĂ©die pittoresque flirtant avec le drame lors de son Ă©pilogue inopinĂ©ment tragique. Un parti-pris plutĂ´t couillu afin de mettre en exergue avec dĂ©rision (il s'agit d'un accident macabre) les consĂ©quences de l'occupation allemande en perte d'autoritĂ© depuis l'affaiblissement d'Hitler. On est d'abord frappĂ© du profil parfois antipathique de Clovis Parizel qu'endosse spontanĂ©ment Pierre Perret (mĂŞme s'il roule souvent un peu trop des yeux Ă©carquillĂ©s en point d'exclamation) dans celui d'un ouvrier de fonderie criant famine durant la seconde guerre. Car rĂ©sidant dans la zone interdite des Ardennes, celui-ci tente de faire passer par voie de chemin de fer des patates grâce Ă  l'Ă©ventuelle gĂ©nĂ©rositĂ© d'un couple d'agriculteurs rĂ©sidant dans la zone non occupĂ©e. Après plusieurs sueurs froides avec la filature des allemands, il parvient Ă  ramener les patates chez lui pour les replanter et ainsi opĂ©rer des provisions fautes des restrictions alimentaires imposĂ©es par l'ennemi.


Or, il attise peu Ă  peu la curiositĂ© du voisinage puis celle des allemands dans sa dĂ©termination Ă  protĂ©ger son jardin florissant. ! Pour en revenir au portrait imparti Ă  Clovis Parizel, j'ai Ă©tĂ© assez frappĂ© par son machisme primaire, son infidĂ©litĂ© conjugale (aussi concise soit-elle) et son irrĂ©vĂ©rence auprès de sa femme rĂ©solument soumise. Et ce sans qu'il n'Ă©prouve une once de regret durant son cheminement d'horticulteur avisĂ© en proie Ă  une paranoĂŻa bipolaire. J'ignore si Claude Autant Lara souhaitait y dĂ©noncer une certaine forme de patriarcat durant la seconde guerre mondiale, mais Ă  mon humble avis, le portrait qu'il en tire s'avère Ă  mon sens sans Ă©quivoque (notamment auprès de certains seconds-rĂ´les aussi fĂ©lons). Tant et si bien que Pierre Perret s'avère souvent excessivement autoritaire pour imposer ses idĂ©es Ă  sa femme impuissante d'oser s'y rebeller (notamment auprès de la crise de nerfs que celui-ci amorcera en fracturant le mobilier !). Pour autant, de par son rĂ©alisme historique et  son climat de lĂ©gèretĂ© amical engendrant une poignĂ©e de situations doucement cocasses, les Patates s'avère souvent attachant Ă  travers l'Ă©preuve de force de ce mĂ©tayer s'efforçant de prĂ©server son potager avec l'appui de son noble père (qu'endosse avec un naturel d'aplomb l'affable Henri Virlogeux). 


ComĂ©die douce-amère constamment attachante en dĂ©pit d'une première partie un brin laborieuse, les Patates parvient Ă  sĂ©duire et Ă  nous faire sourire grâce Ă  la familiaritĂ© de ces paysans prĂ©caires tentant de survivre contre la famine face Ă  la hiĂ©rarchie des nazis. Un joli film non exempt de tendresse (la complicitĂ© de Clovis auprès de son père et ses rapports intimes avec son Ă©pouse, aussi machiste et capricieux soit-il !) Ă  revoir avec un pincement au coeur lors de son Ă©pilogue poignant oĂą français et allemands semblent mutuellement consternĂ©s de la rĂ©sultante de leur crise sociale. 

*Bruno 

Avant-propos du film:
Pendant la guerre 39/45, l'occupant avait coupé la France en 3:
1 - La Zone Occupée
2 - La Zone Non-Occupée
3 - La Zone Interdite (Ardennes)
Dans cette Zone Interdite, la courageuse population Ardennaise fut, plus que tout autre, soumise à un régime de restrictions, proche de la famine.
Si nous avons choisi cette histoire, véridique, c'est pour que les générations qui n'ont pas connu ces cruelles épreuves fassent leur possible pour qu'elles ne reviennent pas.

mardi 16 avril 2019

Macadam cowboy. Oscar du Meilleur Film, 1970.

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Midnight Cowboy" de John Chlesinger. 1969. U.S.A. 1h53. Avec Jon Voight, Dustin Hoffman, Sylvia Miles, John McGiver, Brenda Vaccaro, Jennifer Salt.

Sortie salles France: 15 Octobre 1969. U.S: 25 Mai 1969 (classĂ© X, puis interdit aux - de 17 ans en 1971)

FILMOGRAPHIE: John Chlesinger est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur anglais, né le 16 Février 1926 à Palm Springs, décédé le 25 Juillet 2003. 1962: Un Amour pas comme les autres. 1963: Billy le menteur. 1965: Darling. 1967: Loin de la foule déchaînée. 1969: Macadam Cowboy. 1971: Un Dimanche comme les autres. 1975: Le Jour du Fléau. 1976: Marathon Man. 1979: Yanks. 1981: Honky Tonk Freeway. 1984: Le Jeu du Faucon. 1987: Les Envoûtés. 1988: Madame Sousatzka. 1990: Fenêtre sur Pacifique. 1993: L'Innocent. 1995: Au-delà des lois. 2000: Un Couple presque parfait.


Film mythique s'il en est, rĂ©compensĂ© entre autre de l'Oscar du Meilleur Film en 1970, Macadam Cowboy est la rĂ©union au sommet du duo Voight / Hoffman littĂ©ralement habitĂ© par leur rĂ´le d'exclus de la sociĂ©tĂ©. TournĂ© en 1969 et classĂ© X dès sa sortie Outre Atlantique, Macadam Cowboy marque au fer rouge les esprits de par son rĂ©alisme cru baignant dans le glauque et le sordide Ă  travers le cheminement misĂ©reux de deux laissĂ©s-pour-compte se liant communĂ©ment d'amitiĂ© en lieu et place de survie mais pour autant Ă  deux doigts de sombrer dans la criminalitĂ©. Le pitch: plein d'optimisme dans sa quĂŞte du rĂŞve amĂ©ricain, Joe Buck quitte sur un coup de tĂŞte son poste de plongeur de snack pour devenir Gigolo Ă  New-York. PĂ©tri d'ambition et sĂ»r de lui, il compte faire fortune en accostant des bourgeoises friquĂ©es au hasard d'une rue. Mais la rĂ©alitĂ© est tout autre lorsqu'il s'aperçoit naĂŻvement que sa clientèle s'y fait rare de par son manque de maturitĂ©, de professionnalisme et de luciditĂ©. C'est alors qu'un soir il aborde dans un bar un Sdf boiteux auquel il finit par se lier d'amitiĂ©, et ce en cohabitant dans un taudis. DĂ©crivant un New-York hybride oĂą s'entrecroisent sur les mĂŞmes avenues riches et pauvres alors que ces derniers sont livrĂ©s au pessimisme d'une misère sociale parfois aliĂ©nante, Macadam Cowboy laisse en Ă©tat de choc moral du point de vue du gigolo fantasque en proie Ă  une inopinĂ©e dĂ©sillusion.


Quand bien mĂŞme son compagnon de fortune, escroc Ă  la p'tite semaine, se meurt Ă  petit feu au fil d'une quotidiennetĂ© journalière ternie par le spleen de la malnutrition et de la malpropretĂ©. De par son climat anxiogène Ă  la fois Ă©touffant et davantage dĂ©pressif d'oĂą aucune lueur d'espoir s'y profile (chacun d'eux se mesurant au fil du rasoir existentiel), Macadam cowboy est un objet de souffre d'une âpre duretĂ©. Tant il s'avère Ă  la fois insolent, caustique, (très) brutal, provocateur, voir parfois mĂŞme expĂ©rimental (la soirĂ©e psychĂ©dĂ©lique et ses rĂ©miniscences familiales ou sentimentales que Joe se remĂ©more lors de ses rĂŞves dĂ©rangĂ©s). Et donc Ă  travers les stratagèmes pĂ©cuniaires de celui-ci s'efforçant de s'y cacheter une rĂ©putation auprès d'une clientèle autant masculine que fĂ©minine, c'est une peinture pathĂ©tique de la solitude, de la dĂ©tresse et de l'individualisme que nous dĂ©voile ostensiblement John Chlesinger. Tant et si bien que ses chalands de tous horizons y consomment Ă©galement le sexe, l'amitiĂ© ou l'amour (Ă©phĂ©mère) avec ce mĂŞme sentiment de mal-ĂŞtre, d'Ă©goĂŻsme sournois et d'orgueil sans pudeur. Ainsi donc, sous couvert du thème sulfureux de la prostitution masculine (ici peu lucrative) s'y dĂ©voile en parallèle une poignante histoire d'amitiĂ© que John Voight et Dustin Hoffman immortalisent dans leur puissance d'expression souvent dĂ©munie et faussement optimiste.


DĂ©pourvu de racolage et de complaisance Ă  travers sa sinistrose sociĂ©tale sous l'impulsion contradictoire de l'envoĂ»tante Ă©lĂ©gie de John Barry (dans toutes les mĂ©moires !), Macadam cowboy  se dĂ©cline en Ă©prouvante descente aux enfers du point de vue de ces acolytes livrĂ©s Ă  leur mĂ©diocritĂ© du sens moral et Ă  leur incapacitĂ© de rĂ©flexion, faute d'appui familial et de cupiditĂ© utopique. Quand bien mĂŞme John Chlesinger ne manque pas de caricaturer lors de brèves accalmies acerbes les diffusions d'Ă©missions TV abrutissantes que la populace se sustente machinalement. Il n'en demeure pas moins que leur vibrante amitiĂ© (Ă  forte intensitĂ© dramatique) nous laisse en travers de la gorge un sentiment aigre de souffre de par la tournure de son impitoyable pessimisme existentiel. 

*Bruno
3èx

Récompenses: Oscar du meilleur film
Oscar du meilleur réalisateur
Oscar du meilleur scénario adapté (Waldo Salt)
BAFTAs 1970 : meilleur film

lundi 15 avril 2019

Je suis timide mais je me soigne

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Pierre Richard. 1978. France. 1h28. Avec Avec Pierre Richard, Aldo Maccione, Jacques François, Mimi Coutelier, Catherine Lachens, Robert Dalban, Jean-Claude Massoulier, Jacques Fabbri, Robert Castel, Raoul Delfosse.

Sortie salles France: 23 Août 1978

FILMOGRAPHIE: Pierre-Richard Defays, dit Pierre Richard, est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur français, né le 16 août 1934 à Valenciennes. 1970 : Le Distrait.1972 : Les Malheurs d'Alfred. 1973 : Je sais rien, mais je dirai tout. 1978 : Je suis timide mais je me soigne. 1979 : C'est pas moi, c'est lui. 1991 : On peut toujours rêver. 1997 : Droit dans le mur.


RĂ©alisĂ© par Pierre Richard, Je suis timide mais je me soigne fait parti de ces comĂ©dies bonnards tirant parti de son charme grâce Ă  la sincère tendresse du cinĂ©aste / acteur toujours aussi inspirĂ© pour mettre en pratique son talent de bateleur empotĂ© Ă  travers le thème de la timiditĂ©. Le pitch: plongeur dans un restaurant, Pierre tombe raide amoureux d'une jeune inconnue ayant emportĂ© un concours dans un supermarchĂ©. Mais faute de sa timiditĂ© maladive il enchaĂ®ne les bourdes sans parvenir Ă  l'approcher. C'est alors qu'il fait la rencontre d'un dĂ©marcheur, un spĂ©cialiste de la drague, Aldo. Ensemble, ils comptent bien conquĂ©rir la ravissante inconnue en faisant preuve de stratagèmes aussi improbables qu'ubuesque. Bien Ă©videmment, et comme l'avaient dĂ©jĂ  soulignĂ©s ces oeuvres antĂ©cĂ©dentes, tout n'est pas du meilleur goĂ»t dans cette petite comĂ©die plutĂ´t brouillonne.


Les gags cocasses (mention spĂ©ciale au concours hilarant de pĂ©tanque) se chevauchant Ă  rythme mĂ©tronomique avec d'autres gags assez lourdingues, alors que certains d'entre eux s'avèrent gratuits pour s'Ă©carter complètement du sujet (la scène de la brasserie lorsque Pierre et Aldo reproduisent la mĂŞme gestuelle qu'un client pour s'y divertir). Pour autant, la complĂ©mentaritĂ© du duo pĂ©tulant Pierre Richard / Aldo Macione fait des Ă©tincelles, si bien qu'Ă  la suite de leur succès commercial ils renoueront Ă  nouveau ensemble 1 an plus tard dans C'est pas moi c'est lui (avec un peu moins de talent si j'ose dire). Outre le tandem payant très Ă  l'aise dans leurs pitreries comiques (jouer les faux riches afin d'y conquĂ©rir une fausse bourgeoise), on peut Ă©galement compter sur le charme Ă©lectrisant de la très sexy Mimi Coutelier se prĂŞtant au jeu lascif avec un orgueil faussement condescendant. Et donc Ă  travers ces cascades de gags que Pierre et Aldo enchaĂ®nent avec une bonne humeur expansive, le cinĂ©aste livre en sous-texte une gentille romance que le final confirmera avec tendre Ă©motion.


Bref, Je suis timide mais je me soigne transpire l'innocence, la sincĂ©ritĂ©, la chaleur humaine, la cocasserie et mĂŞme la tendresse avec autant de bonheur que de maladresses nĂ©anmoins vite pardonnables. En tout Ă©tat de cause, on passe un rafraĂ®chissant moment de dĂ©tente en gardant en mĂ©moire ce cinĂ©ma populaire loyal aujourd'hui rĂ©volu. 

*Bruno
4èx

vendredi 12 avril 2019

Shining (version longue : 2h24)

                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Stanley Kubrick. 1980. U.S.A/Angleterre. 2h00/2h24 (version longue). Avec Jack Nicholson, Shelley Duval, Danny Lloyd, Scatman Crothers, Barry Nelson, Philip Stone, Joe Turkel, Anne Jackson, Tony Burton, Lia Beldam, Billie Gibson.

Sortie salles France: 16 Octobre 1980. U.S: 23 Mai 1980

FILMOGRAPHIEStanley Kubrick est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© le 26 Juillet 1928 Ă  New-York, dĂ©cĂ©dĂ© le 7 Mars 1999 Ă  Londres. 1953: Fear and Desire. 1955: Le Baiser du Tueur. 1956: l'Ultime Razzia. 1957: Les Sentiers de la Gloire. 1960: Spartacus. 1962: Lolita. 1964: Dr Folamour. 1968: 2001, l'OdyssĂ©e de l'Espace. 1971: Orange MĂ©canique. 1975: Barry Lindon. 1980: Shining. 1987: Full Metal Jacket. 1999: Eyes Wide Shut.


La vague de terreur qui balaya l'Amérique est là !
En 1980, Stanley Kubrick entend donner sa dĂ©finition de l'horreur avec Shining d'après le cĂ©lèbre roman de Stephen King. Bien qu'infidèle au matĂ©riau d'origine, cet opĂ©ra vertigineux est entrĂ© au panthĂ©on des oeuvres emblĂ©matiques de l'horreur contemporaine. 

Le pitch: Durant une saison hivernale, un Ă©crivain sĂ©journe en tant que gardien dans un hĂ´tel avec son Ă©pouse et son fils. Rapidement, son Ă©tat mental semble perturbĂ© par l'atmosphère diabolique Ă©manant des couloirs de l'hĂ´tel. Son fils, Danny, possĂ©dant le don du "Shining", est par ailleurs en proie Ă  d'horrible visions lui prĂ©sageant un horrible drame... 

Stanley Kubrick Stephen King Jack Nicholson ! Trois Ă©gĂ©ries du 7è art formatent un concerto de l'horreur dans l'antre d'un hĂ´tel fastueux habitĂ© par le Mal. Car en conjuiguant la hantise, le surnaturel, la divination et le psycho-killer en vogue (nous sommes en 1980), le rĂ©alisateur rĂ©actualise un scĂ©nario tortueux, la lente dĂ©liquescence d'un Ă©crivain dans la dĂ©mence. Si bien que tout est ici mis en oeuvre pour nous transfigurer un pur trip horrifique naviguant entre terreur flamboyante et malaise anxiogène sous l'emprise maladive de Jack Nicholson littĂ©ralement habitĂ© par sa force d'expression erratique. Ainsi, on reste Ă©bahi par le brio de Stanley Kubrick exploitant en plan large les diverses chambres et corridors du luxueux hĂ´tel habitĂ© de spectres indiens (mĂ©taphore sur leur gĂ©nocide lorsque l'on apprend dès le prologue que la demeure fut construite sur un ancien cimetière indien). Et ce afin de nous embrigader comme les protagonistes dans un dĂ©dale de peur contrĂ´lĂ© par Jack Torrance en proie Ă  une dĂ©mence davantage addictive. De par sa maĂ®trise technique dĂ©cuplant d'amples mouvements de camĂ©ra Ă  la steadycam ou au travelling latĂ©ral afin de mieux nous imprĂ©gner de l'atmosphère ombrageuse des salles de l'hĂ´tel, Stanley Kubrick instille de prime abord une peur diffuse avant les furieuses explosions de violence.


Car de manière assidue et donc posĂ©e, une inquiĂ©tude trouble et dĂ©rangĂ©e Ă©mane de l'esprit Ă©quivoque du père contrariĂ©. Alors que son jeune fils, Danny, en prise avec ces visions tĂ©lĂ©pathiques macabres (deux filles jumelles retrouvĂ©es ensanglantĂ©es dans un corridor ou encore un ascenseur dĂ©versant des flots de sang), commence Ă  suspecter l'Ă©tat pathologique de celui-ci. 
Dans une chronologie irrĂ©versible, la plongĂ©e dans la folie de Jack Torrance nous est ouvertement dĂ©voilĂ©e auprès du tĂ©moignage si dĂ©muni de son Ă©pouse (qu'endosse intensĂ©ment Shelley Duval Ă  travers son regard hagard au cime de la dĂ©pression) ayant dĂ©couvert sur le tard ses divagations manuscrites ("trop de travail et pas de plaisir font de Jack un triste sire", traduit dans la VF par : "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras"). Ainsi donc, l'humeur irascible de Jack ira crescendo au fil d'une montĂ©e des marches entreprise Ă  reculons par Wendy nantie d'une batte afin de se protĂ©ger contre lui ! Quand bien mĂŞme Ă  l'extĂ©rieur, un cuisinier possĂ©dant Ă©galement le don de "shining" partira en direction des routes enneigĂ©es afin de tenter de dĂ©jouer le carnage augurĂ©. 

Dans le rĂ´le de l'Ă©crivain poussĂ© Ă  la folie psychotique, Jack Nicholson laisse libre court Ă  une extravagance davantage sardonique (certaines sĂ©quences provoquant d'ailleurs une certaine hilaritĂ© ou un rire nerveux). Un monomane alcoolo malmenĂ© par les forces du Mal au point de l'influencer Ă  y commettre le pire. Son regard gouailleur renforcĂ© d'un rictus diablotin dĂ©gage une posture iconique Ă  inscrire dans les annales du plus fascinant tueur Ă  la hache ! Sa course intrĂ©pide afin d'apprĂ©hender son Ă©pouse empotĂ©e et son fils retors nous valant des confrontations rageuses inscrites dans l'affres de la dĂ©raison. Autant dire que les sĂ©quences anthologiques se comptent par dizaine, notamment grâce Ă  une direction d'acteurs hors-pair que Stanley Kubrick amorce Ă  la perfection. Et rien que pour ces jeux d'acteurs, Shining demeure rĂ©solument aussi jubilatoire qu'incontournable.


L'Oeil du Labyrinthe 
Jalonné de séquences grandioses restées dans toutes les mémoires (l'ascenseur évacuant un océan de sang, l'étreinte avec la femme nue subitement putréfiée, la poursuite nocturne dans le jardin, la fameuse montée des marches, l'attaque à la hache dans la salle de bain), Shining se décline en symphonie de la clameur sous l'impulsion d'une partition classique de Berlioz accompagnée d'un concerto de cordes et percussions. Habité par la présence gouailleuse d'un Jack Nicholson plus fringant que jamais (en mode dégénéré), Shining s'instaure en opéra de peur autour d'une crise conjugale en proie au surnaturel le plus couard. Un ballet funèbre, trouble, malsain et dérangé, concocté parmi l'alchimie formelle de sons et lumières afin d'y brimer le spectateur sous l'impulsion décadente de spectres farceurs.


Note sur la version longue de 2h24:. Elle est à mon sens plus étoffée, détaillée et crédible au niveau de la présentation des lieux et surtout de la caractérisation des personnages. Tant auprès du passé alcoolique de Jack et de ses mauvais traitements autrefois infligés sur son fils, de la profondeur de jeu de son épouse plus névralgique (si bien qu'elle même est à 2 doigts de chavirer dans la démence après avoir été témoin de la folie progressive de Jack) que de la pathologie du petit Dany interrogée par une thérapeute et psychologiquement plus fragile à travers son témoignage démuni à tenter d'avertir sa mère. Enfin, on s'attarde également un peu plus sur l'inquiétude et les démarches cellulaires du cuisinier afro à tenter d'y rejoindre l'hôtel pour secourir ses occupants.

*Bruno
DĂ©dicace Ă  Ludovic Hilde
12.04.19. 10èx
17.05.12. 205 v

"Shining est un film optimiste. C'est une histoire de fantĂ´mes. Tout ce qu'il dit c'est qu'il y a une vie après la mort, c'est optimiste". Stanley Kubrick.
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La photo finale (source wikipedia)
La photo qui termine le film est semblable Ă  la fin quelque peu mystĂ©rieuse et ambiguĂ« de 2001. Elle a engendrĂ© plusieurs interprĂ©tations: la première serait que Jack Torrance, absorbĂ© par l'hĂ´tel, y deviendra un revenant de plus; le seconde serait que Jack a frĂ©quentĂ© l'hĂ´tel hantĂ© par les fantĂ´mes dans une vie antĂ©rieure, en 1921. Kubrick lui mĂŞme n'a jamais donnĂ© une rĂ©ponse dĂ©finitive, prĂ©fĂ©rant laisser les spectateurs dĂ©cider d'eux mĂŞmes.

Certaines personnes pourront penser que ce dernier plan est signe qu'en rĂ©alitĂ©, Ă  la scène de la 1ère apparition du barman, nous avons quittĂ© le rĂ©el et les hallucinations pour rentrer dans le vrai monde fantastique et surnaturel. L'image du film après analyse et avoir vu le dernier plan, change complètement, et on voit un Jack qui fait un pacte avec le diable dans le but d'avoir de l'alcool pour toujours. Il va devoir tuer son fils en particulier, qui dĂ©range le dĂ©lire de Jack, ou le monde du diable. Finalement, après avoir Ă©chouĂ©, Jack se retrouve mort, mais le dernier plan sur la photo tĂ©moigne qu'il a rĂ©ussi Ă  rentrer dans la "soirĂ©e", dans ce monde; on notera son visage heureux. Stanley Kubrick quant Ă  sa vision du film nous donne un indice: "Shining est un film optimiste. C'est une histoire de fantĂ´mes. Tout ce qu'il dit c'est qu'il y a une vie après la mort, c'est optimiste". VoilĂ  qui veut tout dire.

jeudi 11 avril 2019

Terreur extra-terrestre

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Without Warning" de Greydon Clark. 1981. U.S.A. 1h23. Avec Jack Palance, Martin Landau, Tarah Nutter, Christopher S. Nelson, Cameron Mitchell, Neville Brand, Sue Ane Langdon, Ralph Meeker, Larry Storch, Lynn Theel.

Sortie salles France: 26 Novembre 1980. U.S: 26 Septembre 1980

FILMOGRAPHIEGreydon Clark est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain, nĂ© le 7 FĂ©vrier 1943 Ă  Niles, dans le Michigan (Etats-Unis). 1976: Black Shampoo. 1976: The Bad Bunch. 1977: Satan's Cheerleaders. 1978: Riders. 1979: Brigade des Anges. 1980: The Return. 1980: Terreur Extra-Terrestre. 1983: Wacko. 1983: Joysticks. 1985: Final Justice. 1988: Uninvited. 1989: Dance Macabre. 1989: Skinheads. 1990: Massacre dans l'ascenseur. 1990: The Forbidden Dance. 1992: Mad Dog Coll. 1992: Russian Holyday. 1994: Dark Future. 1998: Stargames.


Sorti Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80, Terreur Extra-Terrestre connut un certain succès en salles puis en video sous l'Ă©tendard mythique d'Hollywood Video. RĂ©alisĂ© par Greydon Clark, cinĂ©aste abonnĂ© aux bisseries low-cost, Terreur extra-terrestre constitue l'idĂ©al de la sĂ©rie B "atmosphĂ©rique" tant et si bien qu'il s'agit de son oeuvre la plus notoire et rĂ©ussie en dĂ©pit de ses faiblesses narratives, sa rĂ©alisation bricolĂ©e et ses jeunes acteurs timorĂ©s pour autant attachants. Pour l'anecdote, le rĂ´le de la crĂ©ature est attribuĂ© Ă  Kevin Peter Hall, acteur mastard (2m20cms de hauteur !) qui endossera plus tard Ă  deux reprises le costume du fameux Predator de John Mc Tiernan et de Stephen HopkinsLe pitchQuatre jeunes partent en camping dans une contrĂ©e reculĂ©e Ă  proximitĂ© d'un lac. Alors que deux d'entre eux sont retrouvĂ©s morts dans une cabane abandonnĂ©e, Sandy et Greg trouvent refuge dans un bar la nuit tombĂ©e. Ils confient aux clients leur histoire improbable de mĂ©duses volantes suceuses de sang venues les agresser Ă  l'orĂ©e du bois. Petit classique bisseux des annĂ©es 80, Terreur Extra-Terrestre  est une bande horrifique inĂ©vitablement maladroite mais transcendĂ©e d'un irrĂ©sistible charme horrifique. Un pur plaisir coupable de samedi soir auquel s'affichent d'aimables vĂ©tĂ©rans du cinĂ© de genre parmi lesquels Cameron Mitchell, Neville Brand, Martin Landeau et Jack Palance. Il faut bien avouer que le scĂ©nario Ă  la fois prĂ©mâchĂ© et elliptique cumule clichĂ©s, facilitĂ©s et quelques invraisemblances autour de rĂ©parties dĂ©risoires que de jeunes acteurs expriment tant bien que mal avec une mine apprĂ©hensive.


En gros, un jeune couple doit faire face Ă  l'hostilitĂ© d'un extra-terrestre braconnier projetant des crĂ©atures volantes vers ses proies. En prime, pour pimenter leur survie horrifique, ils seront pris Ă  parti avec un ancien vĂ©tĂ©ran du Vietnam ayant perdu la boule au champ d'honneur (Martin Landau absolument dĂ©lectable en demeurĂ© erratique !). Qui plus est, avec l'aide d'un chasseur chevronnĂ© (incarnĂ© de manière tacitement perverse par Jack Palance), ces derniers tenteront d'Ă©radiquer l'antagoniste stellaire affublĂ© de mini soucoupes gluantes douĂ©s de vie animale. Ainsi donc, cette chasse Ă  l'homme du 3è type bĂ©nĂ©ficie d'une rĂ©elle originalitĂ© de par la manière viscĂ©rale dont l'extra-terrestre opère ses exactions criminelles afin de venir Ă  bout de ses victimes. Dans la mesure oĂą l'on nous prĂ©sente avec un saisissant rĂ©alisme morbide des sortes de mĂ©duses volantes particulièrement visqueuses car accoutrĂ©es de quatre pinces aux extrĂ©mitĂ©s de leur corps discoĂŻde, sans compter une moisson de petites dents implantĂ©es au noyau de leur organisme.  ProjetĂ©es sur les visages des victimes par l'E.T famĂ©lique (d'un charisme bleuâtre exsangue !), les sĂ©quences chocs font preuve d'un goĂ»t raffinĂ© pour le gore gluant sous l'impulsion d'un climat malsain magnĂ©tique. Ainsi, plaquĂ©es sur la surface corporelle de leur victime, ces sangsues d'un jaune fluorescent extraient de leur membrane quatre pattes acĂ©rĂ©es afin d'y pĂ©nĂ©trer la chair juteuse en aspirant abondamment le sang.


Les modestes effets-spĂ©ciaux particulièrement crĂ©dibles faisant illusion auprès de leur aspect visqueux aussi glauque que dĂ©rangeant. Quand bien mĂŞme la physionomie patibulaire de l'extraterrestre suscite un charisme Ă©trangement rigide Ă  travers sa posture longiligne spectrale. Enfin; l'ambiance nocturne crĂ©pusculaire Ă  l'angoisse sous-jacente est savamment entretenue au confins d'un bois que nos vacanciers ainsi que le chasseur n'auront de cesse d'aller et venir afin de surveiller une cabane truffĂ© de cadavres putrĂ©fiĂ©s. En prĂ©cisant Ă  nouveau que l'atmosphère anxiogène dĂ©licieusement palpable rĂ©ussit la plupart du temps Ă  crĂ©er un sentiment d'insĂ©curitĂ© Ă  travers leur spirale d'Ă©vènements macabres. Outre les sympathiques apparitions de Cameron Mitchell et de Neville Brand en 1er acte, l'interprĂ©tation hallucinĂ©e de Martin Landau Ă©paulĂ© de son acolyte (autrement autoritaire dans sa pugnacitĂ© dĂ©terminĂ©e) Jack Palance renchĂ©rissent l'aspect festif de cette bobine en herbe agrĂ©ablement troussĂ©e (en dĂ©pit de ses carences narratives). Ainsi, on se dĂ©lecte de la verve impayable de Martin Landau en sergent demeurĂ© obnubilĂ© par l'invasion des petits hommes verts ! Souvent drĂ´le lors de ses divagations belliqueuses, il met en appui un savoureux numĂ©ro d'acteur cabotin en militaire retraitĂ© s'efforçant machinalement Ă  fabuler, pourchasser et importuner son entourage.


Rencontre d'un certain type à éviter !
Bougrement sympathique dans sa matière ludique, voir franchement fascinant Ă  travers son climat nocturne pĂ©nĂ©trant, Terreur Extra-Terrestre se dĂ©cline au final en objet atypique irrĂ©sistiblement attachant par sa facture dĂ©bridĂ©e. Son score ombrageux Ă©maillĂ© d'une mĂ©lodie mĂ©lancolique, ses maquillages glauques et les aimables prĂ©sences de nos comĂ©diens vĂ©tĂ©rans (voir mĂŞme juvĂ©niles pour le duo infortunĂ©) renforçant l'attrait spĂ©cialement bisseux de son ambiance horrifique symptomatique des annĂ©es 80. Pour clore, une question subsidiaire m'effleure l'esprit ! John Mc Tiernan n'aurait-il pas Ă©tĂ© inspirĂ© pour rĂ©aliser 7 ans plus tard Predator ?

*Bruno
11.04.19. 6èx
15.05.12. (327 vues)

mercredi 10 avril 2019

Black Swan

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lyricis.fr

de Darren Aronofsky. 2010. U.S.A. 1h48 (1h43 sans générique). Avec Natalie Portman, Vincent Cassel, Barbara Hershey, Winona Ryder, Mila Kunis .

Sortie salles France: 9 fĂ©vrier 2011

FILMOGRAPHIE: Darren Aronofski est un rĂ©alisateur amĂ©ricain nĂ© le 12 fĂ©vrier 1969 Ă  Brooklyn (New York). Il travaille aussi en tant que scĂ©nariste et producteur. 1998 : Ď€, 2000 : Requiem for a dream,  2006 : The Fountain, 2009 : The Wrestler, 2010 : Black Swan. 2018: Mother


Celui qui ne tend pas toujours Ă  un plus haut degrĂ© de perfection ne connaĂ®t pas ce que c'est la perfection. La recherche de la perfection est la poursuite de la mort.    (Pierre Baillargeon)

PassĂ© l'uppercut The Wrestler, douloureux reportage sur l'ultime rĂ©surgence d'un ancien catcheur notoire, Darren Aronofsky nous illustre avec Black Swan l'envers du dĂ©cor de la danse sous l'impulsion nĂ©vrosĂ©e d'une jeune ballerine refoulĂ©e, profondĂ©ment Ă©branlĂ©e par sa quĂŞte de perfection et sa peur irrĂ©pressible de l'Ă©chec. 

Le Pitch: Nina est une ballerine ambitieuse au grand potentiel pour sa tâche artistique exercĂ©e dans le New York city Ballet. Mais introvertie et timorĂ©e, elle vit recluse avec sa mère dans un modeste appartement loin des soirĂ©es branchĂ©es et sorties mondaines. Alors que la prochaine reprĂ©sentation du lac des cygnes a bientĂ´t lieu dans une salle Ă  guichet complet, son directeur porte son choix sur celle-ci afin d'endosser le rĂ´le du cygne blanc. Quand bien mĂŞme sa rivale, Lilly, pourrait incarner celui du cygne noir. Davantage dubitative de ces capacitĂ©s artistiques, Nina sombre lentement dans une dĂ©mence paranoĂŻde qui pourrait sĂ©rieusement remettre en cause sa gloire artistique. 

A la croisée des univers baroques du Locataire ou plutôt de Répulsion de Polanski, Darren Aronofsky nous immerge de plein fouet dans la perte identitaire d'une ballerine compromise par sa réussite sociale et professionnelle. A travers une ambiance anxiogène littéralement palpable où chaque situation de détresse morale demeure exacerbée d'une réalisation hyper maîtrisée, Black Swan retranscrit avec une sensibilité écorchée vive le destin tragique d'une danseuse étoile à la fois terrorisée à l'idée d'y parfaire sa profession et obsédée par l'emprise de la défaite.
                 

Ainsi donc, profondĂ©ment dĂ©stabilisĂ©e par l'autoritĂ© tyrannique du directeur Thomas Leroy car repliĂ©e sur elle-mĂŞme, Ă  l'exception de sa vie commune avec sa mère aussi psycho-rigide que possessive, Nina va lentement perdre pied avec la rĂ©alitĂ© en pĂ©nĂ©trant dans un dĂ©dale de visions infernales. Or, cette lente progression dans sa folie hallucinogène, nous la subissons de manière sensorielle avec autant d'empathie qu'un sentiment d'angoisse permanent, au point de se retrouver nous mĂŞme en interne de sa psychĂ© nĂ©vralgique. La terreur obsessionnelle de Nina d'affronter et d'y transcender ses propres dĂ©fis se rĂ©percutant Ă  travers des dĂ©lires fantasques au point d'y dĂ©velopper une mutabilitĂ© corporelle auprès de ses dĂ©mangeaisons Ă©pidermiques. Comme si elle craignait que sa rĂ©ussite artistique escomptĂ©e ne la contraigne Ă  se mĂ©tamorphoser en dĂ©mon ailĂ© symbolisĂ© du cygne noir. Si bien que ce n'est qu'après avoir accompli LA performance dans ses dĂ©lires hallucinatoires que Nina pourra enfin accĂ©der Ă  la perfection, faute de l'Ă©litisme suprĂŞme que lui aura enseignĂ© son professeur.  Mais Ă  quel prix pourra t-elle se rĂ©soudre d'accĂ©der Ă  une telle perfection ? 

Dans un rĂ´le fragile de ballerine susceptible en proie au dĂ©sespoir le plus cruel (notamment auprès de l'intimidation de ses rivales), Natalie Portman transperce l'Ă©cran avec une force d'expression refoulĂ©e. De par son regard dĂ©muni invoquant la dĂ©pression et son corps peu Ă  peu lacĂ©rĂ©, l'actrice Ă©lève son statut de battante Ă  un niveau Ă©motionnel constamment Ă©prouvant ! Tant et si bien que le spectateur hypnotisĂ© par sa cruelle dĂ©rive morale plonge tĂŞte baissĂ©e dans les abĂ®mes d'un cauchemar nĂ©crosĂ©. 
En directeur castrateur intolĂ©rant, Vincent Cassel lui partage la vedette avec une dĂ©testable austĂ©ritĂ©. Tant pour ses sarcasmes Ă  tendance lubrique que ses sournoiseries mercantiles afin d'Ă©lire la plus performante des danseuses.

                     
Danse macabre
Soutenu d'une partition classique Ă  la fois inquiĂ©tante et gracieuse, Black Swan se dĂ©cline en expĂ©rience sensorielle Ă  travers l'art du ballet classique dĂ©diĂ© Ă  une Ă©lĂ©gance morbide (celle du suicide afin d'y parachever une certaine coutume du mĂ©lodrame). Par le truchement de cette  bouleversante introspection d'un ange dĂ©chu redoutant autant qu'elle escomptait sa victoire y Ă©mane une rĂ©flexion sur la perte identitaire et de l'innocence (au point d'y semer la dĂ©mence), sur la sexualitĂ© refoulĂ©e (faute d'une mère possessive aussi bigote qu'abusive) et la quĂŞte obsessionnelle de l'ambition artistique au point d'y corrompre son âme. Fable cauchemardesque dissĂ©quant de manière Ă©galement viscĂ©rale les consĂ©quences de la culpabilitĂ© et de la susceptibilitĂ©, faute des prĂ©judices de la convoitise, de la rancune, de la jalousie, de la rivalitĂ© et la cupiditĂ©Black Swan dĂ©gage une fĂ©tide odeur de souffre derrière l'arrivisme de la cĂ©lĂ©britĂ©. Du grand art dont on sort Ă  la fois dĂ©muni et bouleversĂ©. 

*Bruno
22.10.24. Vostfr
10/04.19
06.02.11. (286 v)

mardi 9 avril 2019

Barbecue

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Éric Lavaine. 2014. France. 1h38. Avec Lambert Wilson, Franck Dubosc, Florence Foresti, Guillaume de Tonquédec, Lionel Abelanski, Jérôme Commandeur, Sophie Duez.

Sortie salles France: 30 Avril 2014

FILMOGRAPHIE: Ă‰ric Lavaine est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français, nĂ© le 15 septembre 1962 Ă  Paris. 2006 : Poltergay. 2009 : Incognito. 2010 : ProtĂ©ger et servir. 2011 : Bienvenue Ă  bord. 2014 : Barbecue. 2016 : Retour chez ma mère. 2017 : L'Embarras du choix. 2019 : Chamboultout.


Comédie légère dénuée de prétention autour des thèmes de l'hypocrisie amoureuse et amicale, Barbecue n'a pas dérobé ses 1 600 584 entrées en dépit de son intrigue aussi futile qu'assez prévisible. En gros, à la suite de son infarctus à l'orée de ses 50 ans, Antoine décide de bouleverser son hygiène de vie drastique en s'autorisant tous les excès. Avec sa fidèle bande de copains, ils s'exilent en villégiatures à Vigan dans le Sud de la France. Mais son comportement plutôt outré et désinhibé finit par déranger la tranquillité de ses camarades. Entre scènes de ménage, ruptures conjugales, flâneries sur les terrasses, apéros avinés, grande bouffe (au restau et surtout à la villa) puis réconciliations, Barbecue milite pour l'insouciance existentielle du point de vue d'un quinquagénaire délibéré à profiter de l'instant présent après y avoir frôlé la mort.


Plein d'innocence et de simplicitĂ©, le rĂ©cit pĂ©tillant insuffle un charme mĂ©tronome Ă  travers ses tĂŞtes d'affiche particulièrement fringantes que Lambert Wilson (quelle force tranquille et de sĂ»retĂ© !), Franck Dubosc et Florence Foresti prĂ©dominent avec une dynamique libertĂ© d'expression. Outre ce trio gagnant, on peut Ă©galement citer les compositions enjouĂ©es de JĂ©rome Commander (mĂŞme s'il manque parfois d'aplomb en cĂ©libataire inflexible), de l'attachante (et si rare) Sophie Duez et dans une moindre mesure la prĂ©sence timorĂ©e de Lysiane Meis en Ă©pouse introvertie en mal de reconnaissance. DĂ©complexĂ© sans cĂ©der Ă  la complaisance et encore moins Ă  la vulgaritĂ©, Eric Lavaine trouve la juste mesure pour amuser et sĂ©duire le spectateur Ă  travers des situations aux rĂ©parties cocasses oĂą les sourires priment plus que les Ă©clats de rire (bien que Franck Dubosc parvient Ă  2/3 occasions Ă  provoquer l'hilaritĂ© lors de ses crises de jalousie contre son ex qu'incarne le plus librement Foresti !). Et donc Ă  travers l'intimitĂ© de ses retrouvailles amicales pleines de lĂ©gèretĂ©, de chamailleries, de dĂ©sir de sĂ©duire et de douceur de vivre, Barbecue parvient Ă  exister par lui mĂŞme sans se livrer Ă  une Ă©motion programmĂ©e.


Les Meilleurs Amis. 
Davantage tendre, plaisant et emprunt de douce folie autour d'une cantique au dĂ©tachement existentiel et d'une rĂ©flexion sur la complexitĂ© des sentiments Homme / Femme, Barbecue parvient le plus modestement Ă  s'affirmer Ă  travers l'Ă©volution d'acolytes hĂ©tĂ©roclites liĂ©s par les valeurs de l'amour et de la camaraderie. InterprĂ©tĂ© parmi l'entrain d'une chaleur humaine communĂ©ment expansive; Barbecue ne s'embarrasse nullement d'artifice pour nous façonner une jolie comĂ©die solaire magnifiquement photographiĂ©e Ă  travers son panorama provincial du Languedoc-Roussillon.

Remerciements Ă  Mathieu Le Berre et Christophe Lemaire ^^

*Bruno

lundi 8 avril 2019

Spasms

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Horreur.net

de William Fruet. 1983. Canada. 1h30. Avec Oliver Reed, Kerrie Keane, Peter Fonda, Al Waxman, Miguel Fernandes, Marilyn Lightstone, Angus MacInnes

Sortie salles Canada: 28 Octobre 1983

FILMOGRAPHIE: William Fruet est un réalisateur, producteur et scénariste canadien, né en 1933 à Lethbridge (Canada). 1972: Wedding in White. 1976: Week-end Sauvage. 1979: One of our Own (télé-film). Search and Destroy. 1980: Funeral Home. 1982: Trapped. 1983: Spasms. 1984: Bedroom Eyes. 1986: Brothers by choice. Killer Party. 1987: Blue Monkey. 2000: Dear America; A line in the Sand (télé-film).


Si on a connu William Fruet plus inspirĂ© avec l'inoubliable Week-end sauvage, Spasms n'en demeure pas moins une fort sympathique sĂ©rie B agrĂ©ablement troussĂ©e, et ce en dĂ©pit d'un cheminement narratif aussi classique que sans surprise (une traque urbaine contre un animal dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©). Après avoir miraculeusement Ă©chappĂ© Ă  la morsure d'un serpent, et pour tenter de comprendre son nouveau don de tĂ©lĂ©pathie, Jason Kincaid parvient Ă  le capturer grâce Ă  ses sbires. Il sollicite ensuite l'aide d'un mĂ©decin pour Ă©tudier l'animal et tenter de comprendre sa situation de survie. Mais la bĂŞte s'Ă©chappe du laboratoire oĂą elle fut stockĂ©e, quand bien mĂŞme un rĂ©vĂ©rend milliardaire envoie l'un de ses adjoints pour tenter de la capturer. Produit d'exploitation rĂ©unissant avec bonheur les vĂ©tĂ©rans Oliver Reed / Peter Fonda (accompagnĂ©s de la très charmante Kerrie Keane), Spasms parvient efficacement Ă  fasciner lorsque William Fruet s'efforce de rendre terrifiante sa crĂ©ature reptilienne de taille disproportionnĂ©e. Faute de son budget low-cost, ce dernier suggère très habilement sa prĂ©sence grâce Ă  l'ultra dynamisme du montage, sa bande-son criarde et l'emploi d'une camĂ©ra subjective afin de parfaire les dĂ©placements vĂ©loces. Ainsi donc, avec une Ă©conomie de moyens, William Fruet  parvient vĂ©ritablement Ă  donner chair Ă  ce reptile sans y divulguer son apparence dantesque en dĂ©pit des 5 ultimes minutes.


Et on marche Ă  fond, sa prĂ©sence hors-champ parvenant vĂ©ritablement Ă  nous distiller une angoisse palpable, voire Ă©galement une terreur assez cinglante auprès de l'incroyable brutalitĂ© de ses exactions (les victimes Ă©tant ballottĂ©es puis Ă©jectĂ©es tous azimuts). Et donc Ă©maillĂ© (de manière mĂ©tronome) de sĂ©quences-chocs souvent impressionnantes (on retiendra surtout le carnage dans le labo et l'attaque nocturne dans la maison oĂą sont rĂ©fugiĂ©es 3 femmes), on est d'autant plus surpris d'observer Ă  un moment propice de l'action sanglante les maquillages de Dick Smith lorsqu'une victime observe sa peau enfler progressivement au contact du venin. Une sĂ©quence choc plutĂ´t fun qui parvient lĂ  encore Ă  fasciner par le biais d'un rĂ©alisme dĂ©bridĂ©. Alors oui, on peut titiller sur le caractère capillotractĂ© du scĂ©nario (pourquoi Jason a t'il des dons de tĂ©lĂ©pathe après avoir Ă©tĂ© mordu et pourquoi lui seul est immunisĂ© contre son venin ?) mais pour autant Spasms transpire la sĂ©rie B bonnard que l'on aime grignoter un samedi soir. Notamment grâce au charisme (vintage) des comĂ©diens plutĂ´t spontanĂ©s dans leur rĂ´le de traqueurs, et ce en dĂ©pit de certains seconds-rĂ´les caricaturaux pour autant attachants. 


A revoir sans modération donc, surtout auprès de la génération 80 ayant été bercée par sa fameuse location Vhs. Avec un doublage VF tout à fait charmant.

*Bruno
23.09.24. 4èx