lundi 9 décembre 2019

Le Gendarme Ă  New-York

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean Girault. 1965. France/Italie. 1h41. Avec Louis de Funès, Michel Galabru, Jean Lefebvre, Christian Marin, Guy Grosso, Michel Modo.

Sortie salle France: 29 Octobre 1965

FILMOGRAPHIE: Jean Girault est un réalisateur et scénariste français, né le 9 mai 1924 à Villenauxe-la-Grande (Aube), décédé le 24 juillet 1982 à Paris. 1960 : Les Pique-assiette. 1961 : Les Moutons de Panurge. 1961 : Les Livreurs. 1963 : Les Veinards (film à sketchs coréalisé). 1963 : Les Bricoleurs. 1963 : Pouic-Pouic. 1963 : Faites sauter la banque ! 1964 : Les Gorilles. 1964 : Le Gendarme de Saint-Tropez. 1965 : Le Gendarme à New York. 1966 : Monsieur le président-directeur général. 1967 : Les Grandes Vacances. 1968 : Le gendarme se marie. 1968 : Un drôle de colonel. 1969 : La Maison de campagne. 1970 : Le Gendarme en balade. 1971 : Jo. 1971 : Le Juge. 1972 : Les Charlots font l'Espagne. 1973 : Le Concierge. 1973 : Le Permis de conduire. 1974 : Deux grandes filles dans un pyjama. 1975 : L'Intrépide. 1976 : Les murs ont des oreilles. 1976 : L'Année sainte. 1977 : Le Mille-pattes fait des claquettes. 1978 : L'Horoscope. 1978 : Sam et Sally , (série TV), 2 épisodes : Le Collier et Isabelita. 1978 : Le Gendarme et les Extra-terrestres. 1979 : L'Avare. 1981 : La Soupe aux choux. 1981 : Ach du lieber Harry. 1982 : Le Gendarme et les Gendarmettes.


Second volet rĂ©alisĂ© un an après l'Ă©norme succès du Gendarme de Saint-Tropez, Le Gendarme Ă  New-york a Ă©galement attirĂ© les foules pour se hisser 4è au box-office avec 5 495 045 entrĂ©es. Bien qu'infĂ©rieur Ă  son modèle en terme d'effet de surprise et de drĂ´lerie, cette sĂ©quelle s'avère bougrement amusante de par la complicitĂ© expansive des comĂ©diens toujours aussi alertes (De Funes et Galabru  en tĂŞte de peloton Ă  travers leur force de caractère vaniteuse) et par la succession de pĂ©ripĂ©ties qu'ils enchaĂ®nent avec plus ou moins d'efficacitĂ©. Pour ce faire, Jean Girault a dĂ©localisĂ© notre aimable compagnie Ă  New-York suite Ă  l'invitation d'un congrès international, quand bien mĂŞme la fille de Cruchot, déçue ne pas l'accompagner, s'infiltre en cachette dans le paquebot afin de profiter du pays. Ainsi, en entrecroisant les us et coutumes de nos voisins new-yorkais auquel nos gendarmes tentent de s'y familiariser, avec la partie de cache-cache entre Nicole et Cruchot s'efforçant de l'alpaguer, le Gendarme de New-York tire-parti d'une avalanche de gags extravagants. Certaines situations un peu trop saugrenues (la dĂ©gustation des glaces, la valise disposĂ©e sur le toit du taxi sans protection) tournant Ă  vide dans le ressort comique escomptĂ© mĂŞme si on peut nĂ©anmoins y sourire grâce Ă  la conviction des comĂ©diens mutuellement fringants pour susciter un rire amusĂ©. En tout Ă©tat de cause, le Gendarme de New-York fleure bon le divertissement bonnard aujourd'hui rĂ©volu Ă  travers sa tendre lĂ©gèretĂ©, sa simplicitĂ© et son intĂ©gritĂ© de nous contenter sans prĂ©tention aucune. Tant et si bien que l'on retrouve avec ce mĂŞme plaisir attractif les vicissitudes de nos gendarmes exilĂ©s pour le coup dans la mĂ©tropole tentaculaire de New-York afin d'y effectuer un voyage rocambolesque semĂ© de dĂ©sordre et d'hallucinations.


*Bruno
2èx

vendredi 6 décembre 2019

Les Exterminateurs de l'an 3000 / Il giustiziere della strada

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Giuliano Carnimeo. 1983. Italie/Espagne. 1h30. Avec Robert Iannucci, Alicia Moro, Luciano Pigozzi, Eduardo Fajardo, Anna Orso, Beryl Cunningham, Luca Venantini.

Sortie salles France: 18 Juillet 1984

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Giuliano Carnimeo est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 4 juillet 1932, dĂ©cĂ©dĂ© le 10 septembre 2016 (parfois crĂ©ditĂ© d'Anthony Ascott). 1968 - Le moment de tuer. 1968 - Trouver un endroit pour mourir. 1969 - Sartana le fossoyeur. 1970 - Bon funĂ©railles, mon ami ... Sartana paiera. 1970 - Je suis Sartana, Ă©changez vos armes contre un cercueil. 1970 - Nuage de poussière ... Cri de mort ... Sartana arrive. 1971 - Ils m'appellent Hallelujah. 1971 - Le cas de l'iris sanglant. 1971 - Ils l'appellent le cimetière. 1972 - Son nom Ă©tait Saint-Esprit. 1972 - Retour d'Halleluja. 1973 - Dieu sacrĂ©, voici le Passatore!. 1973 - Un homme nommĂ© Invincible. 1973 - Anna, quel particolare piacere. 1974 - Poker au lit. 1975 - Copains du convoi. 1976 - Tigre Carioca. 1976 - Les marchands de diamants. 1978 - L'insegnante balla ... avec la classe. 1981 - Pierino medico della Saub. 1981 - Mia moglie torna a scuola. 1983 - ZĂ©ro en condotta. 1983 - Les exterminateurs de l'annĂ©e 3000. 1988 - Ratman.


Sorti en pleine mouvance du post-nuke initiĂ© par la sortie triomphante du mastodonte Mad-Max 2, les Exterminateurs de l'an 3000 ne dĂ©roge pas Ă  la règle du nanar bonnard typiquement transalpin. Tant et si bien que l'on se surprend de vĂ©ritablement s'attacher Ă  ces cabotins hĂ©roĂŻques en quĂŞte de rĂ©servoir d'eau depuis la dernière guerre atomique ayant transformĂ© la terre en dĂ©sert aride. De par ses dĂ©cors naturels dĂ©charnĂ©s dĂ©nuĂ©s d'urbanisation et l'attirail futuriste de nos guerriers de la route grimaçant Ă  tout va afin de susciter une haine primitive, Giuliano Carnimeo nous livre le minimum syndical lors de ses poursuites et cascades en règle dont certaines font nĂ©anmoins leur petit effet ludique. DĂ©paysant cependant (avec une modeste mesure) et bourrĂ© de clichĂ©s en pillant Ă  tous les râteliers les situations d'affronts automobiles et les postures de personnages iconiques entrevus dans Mad-Max 2 (le fameux punk s'extirpant du capot du camion est carrĂ©ment repompĂ©e ici), les Exterminateurs de l'an 3000 fleure bon le divertissement bricolĂ© Ă  travers un rythme Ă©tonnamment soutenu.


Tant auprès des bastons Ă  mains nues ou Ă  l'arme blanche que des poursuites dans le dĂ©sert que s'affrontent dans un amas de poussières motos et bolides customisĂ©s Ă  travers une vertigineuse danse endiablĂ©e. Et aussi hilarant ou cocasse que cela puisse paraĂ®tre dans la majoritĂ© des actions, on se surprend d'Ă©prouver un plaisir innocent Ă  travers leurs affrontements barbares de cour de rĂ©crĂ©. Ainsi, en dĂ©crivant Ă  nouveau la tentative de survie d'une poignĂ©e de survivants hĂ©roĂŻques en quĂŞte de carburant naturel (on substitue l'essence par l'eau afin d'y injecter un soupçon d'originalitĂ©), Giuliano Carnimeo s'efforce de soigner son atmosphère post-apo sous l'impulsion d'une fraternitĂ© amicale (notamment le duo formĂ© par le jeune cyborg Tommy et le grand-père Papillon) et d'une romance discordante que se disputent Alien (oui oui, vous avez bien lu !) notre hĂ©ros sans scrupule (avec sa coupe de bigoudi) jouant l'individualiste contre son ex Linda un peu plus finaude que lui. Ainsi, Ă  eux deux ils forment un tandem couramment houleux dans leur dĂ©sir d'autoritĂ© impitoyablement cruel, si bien que tous les coups les plus couards y seront permis. Leurs scènes de mĂ©nage entremĂŞlĂ©es de rĂ©conciliation fonctionnant avec dĂ©rision de par l'aspect involontairement cocasse de leurs expressions cabotines.


Western futuriste Mad Maxien menĂ© sans temps mort (mĂŞme s'il doit beaucoup Ă  la plaisante solidaritĂ© de nos hĂ©ros de la dernière chance), les Exterminateurs de l'An 3000 n'a pas Ă  rougir de ses meilleures copies transalpines Ă  travers son lot d'action low-cost, de bons sentiments bon enfant, de dĂ©paysement poussiĂ©reux et d'humour irraisonnĂ©. Franchement sympa donc et hĂ©las tellement rĂ©volu qu'on l'apprĂ©cie mieux aujourd'hui. 

*Bruno
17.06.24. 3èx

jeudi 5 décembre 2019

Les Premiers hommes dans la lune

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site picpusdan5.free.fr

"First Men in the Moon" de Nathan Juran. 1964. Angleterre. 1h43. Avec Edward Judd, Martha Hyer, Lionel Jeffries, Miles Malleson, Norman Bird.

Sortie salles France: 23 DĂ©cembre 1964. U.S: 20 Novembre 1964

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Nathan Juran est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et directeur artistique amĂ©ricain, nĂ© le 1er Septembre 1907 Ă  Bucovine (Roumanie), dĂ©cĂ©dĂ© de mort naturelle le 23 Octobre 2002 Ă  Paolos Verdes Estates (Etats-Unis). 1953: La LĂ©gende de l'EpĂ©e Magique. 1957: La Chose surgie des TĂ©nèbres. A des Millions de kms de la Terre. Le Cerveau de la Planère Arous. 1958: L'Attaque de la Femme Ă  50 Pieds. Le 7è Voyage de Sinbad. 1961: Jack, le Tueur de GĂ©ants. 1964: Les premiers Hommes dans la lune. 1966: The Deadly Mantis. 1967: Billy the Kid. Les Trompettes de JĂ©richo. Les Aventuriers de l'Espace. 1969: Land Raiders. 1973: The Boy who Cried Werewolf.


PlutĂ´t mĂ©connu par rapport Ă  ces antĂ©cĂ©dentes rĂ©ussites, les Premiers hommes dans la lune s'avère pourtant une fabuleuse aventure menĂ©e avec fougue par des comĂ©diens fripons s'en donnant Ă  coeur joie Ă  travers leurs dissensions extravagantes. Tant et si bien qu'ici il n'est nullement question de souci de vraisemblance lorsqu'un savant lunatique dĂ©cide de s'aventurer sur la lune après y avoir construit une sphère volante et la cavorite. Une matière liquide permettant Ă  un objet de s'Ă©lever de la pesanteur. EmbarquĂ© avec Bedford et Kate, la compagne de ce dernier, ils s'envolent pour un voyage sur la lune semĂ© de rencontres singulières. Nanti de dĂ©cors soignĂ©s (Ă©vitant la plupart du temps l'aspect carton pâte) et d'FX confectionnĂ©s par Ray Harryhausen (on retiendra surtout sa confection d'une chenille gĂ©ante), les Premiers hommes dans la lune dĂ©payse en diable sous l'impulsion d'une sĂ©rie d'Ă©preuves et de pĂ©ripĂ©ties aussi bien dĂ©bridĂ©es que dĂ©complexĂ©es. A l'instar de la rencontre avec les SĂ©lĂ©nites, ses crĂ©atures lunaires pacifistes que Bredford s'acharne Ă  repousser de par son apprĂ©hension intuitive. Quand bien mĂŞme Cavor s'efforce de rentrer en contact pour en savoir un peu plus sur leurs us et coutumes. Ainsi, Ă  travers la posture Ă  la fois mĂ©fiante et hostile de Bredford, on peut y voir une mĂ©taphore sur la peur de l'Ă©tranger et l'influence que peut engendrer l'idĂ©ologie guerrière lorsque l'on apprend lors de son Ă©pilogue Ă©quivoque que le savant Cavor (qui leur avait dĂ©taillĂ© nos conflits d'Ă©tats bellicistes) a disparu Ă  jamais parmi le peuple des SĂ©lĂ©nites. Quand bien mĂŞme du point de vue du savant, on peut Ă©galement y extraire une allĂ©gorie sur le colonialisme !


Ainsi, on pourrait évoquer la possibilité que celui-ci, après leur avoir expliqué les tenants et aboutissants d'y perpétrer depuis des millénaires la guerre sur Terre, les Sélénites se soient inspirés de notre (étrange) rapport (auto)destructeur en s'entretuant pour un oui ou pour un non. Ce n'est qu'une hypothèse somme toute personnelle car sa conclusion laisse notamment sous-entendre que l'arrivée d'un nouveau groupe d'astronautes sur la lune (ayant apporté un germe de la terre) aurait pu causer la destruction des sélénites (et du savant Cavor resté pacifiquement parmi eux pour les étudier). Outre l'attrait ludique de ces péripéties improbables abordées avec autant de fantaisie que de poésie sur la scénographie lunaire, la première partie de l'intrigue s'avère aussi irrésistible (voir même plus drôle !) lors des préparatifs de leur expédition que Cavor et ses 2 comparses entreprennent avec autant de légèreté et d'humour dans la maladresse et la décontraction. Les acteurs communément expansifs formant un trio amical résolument attachant à travers leurs folles escapades d'oser poser pied sur une planète vierge de toute trace humaine. Une première donc dans l'histoire de l'alunissage, bien avant celle de la mission astronautique de l'Union Soviétique entreprise en 1966 (l'action du film se déroulant en 1964 !). Comme quoi dans toute fiction fantaisiste tout est permis, pour le meilleur et pour le rire !


Bizarrement méconnu, occulté, voir oublié, les Premiers hommes dans la lune demeure donc une folle aventure stellaire truffée de poésie, d'humour et de féerie grâce à l'autorité de 2 artisans du fantastique, Nathan JuranRay Harryhausen jamais avares de concept saugrenu afin d'y communier fascination et stupéfaction.

*Bruno
2èx

mercredi 4 décembre 2019

C.H.U.D. Prix du Meilleur Film Fantastique au Festival de Bruxelles, 1985

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site midnightonly.com

"Contamination Hazard Urban Disposal" (danger de contamination urbaine) de Douglas Cheek. 1984. U.S.A. 1h37 (version longue). Avec John Heard, Daniel Stern, Christopher Curry, Kim Greist, Laure Mattos, Brenda Currin.

RĂ©compensePrix du Meilleur Film Fantastique au Festival du film fantastique de Bruxelles, 1985

FILMOGRAPHIE: Douglas Cheek est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le
1984: C.H.U.D. 2003: Empires: Peter and Paul and the Christian Revolution (Documentaire pour la TV)


Unique rĂ©alisation de Douglas CheekC.H.U.D demeure le prototype idoine de la sĂ©rie B sans prĂ©tention tirant parti d'une intrigue efficiente stigmatisant une politique vĂ©reuse en compromis avec la pollution. De par son concept dĂ©lirant inspirĂ© des films de monstres des annĂ©es 50 (des sdf se transforment en mutants cannibales sous les effets d'une irradiation), C.H.U.D rĂ©ussit formidablement Ă  exploiter son pitch avec conviction, sobriĂ©tĂ©, suggestion. Car sous couvert de pamphlet Ă©colo contre les dangers du nuclĂ©aire au pĂ©ril des laissĂ©s pour compte, Douglas Cheek entreprend sa sĂ©rie B avec un sĂ©rieux probant (non exempt de pointes d'humour macabre) Ă  travers une rĂ©alisation alerte Ă  la marge entre la bande dessinĂ©e et le documentaire. A l'instar de l'urbanisation crasseuse d'un New-York blafard oĂą les SDF jonchent les trottoirs, ou plutĂ´t lorsqu'ils se parquent sous les Ă©gouts. C'est d'ailleurs en majeure partie dans ces souterrains glauques que l'action se concentre par l'entremise d'un policier, d'un photographe et d'un rĂ©vĂ©rend bĂ©nĂ©vole.


Et si lors du 1er quart d'heure, leur investigation s'amorçait de manière un brin laborieuse, leurs vicissitudes vont s'avĂ©rer plus intenses et stimulantes lorsqu'ils s'opposeront Ă  l'autoritĂ© vĂ©nale d'un Ă©minent fonctionnaire du gouvernement. Ainsi, dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  rĂ©soudre indĂ©pendamment les disparitions inexplicables que relayent les journaux, nos compères vont ensuite frĂ©quenter la faune clandestine des clodos du coin pour tenter de comprendre qui est l'auteur de cette vague d'homicides. RĂ©fugiĂ©s sous la ville dans les rĂ©seaux des conduits oĂą des cadavres dĂ©membrĂ©s jonchent les sols humectĂ©s, nos enquĂŞteurs en herbe feront face Ă  la menace de monstres cannibales tout en dĂ©mystifiant un scandale sanitaire ! Outre le caractère franchement attachant des comĂ©diens de seconde zone et la photogĂ©nie inquiĂ©tante d'un New-York flĂ©tri, le soin allouĂ© aux maquillages confectionnĂ©s par Ed French apportent un cachet de crĂ©dibilitĂ© par le biais de brèves images gores incroyablement rĂ©alistes. Enfin, pour parachever de manière plus acerbe et alerte, le rĂ©alisateur met en appui un climax haletant (d'une bonne demi-heure) autour de l'enjeu de survie de nos compagnons, si bien que le suspense parfaitement menĂ© s'alloue de cruels rebondissements et d'agressions monstrueuses sous l'impulsion d'un score percutant.


Ludique, intelligent (notamment auprès d'un second rĂ´le fĂ©minin anti potiche) et constamment efficace de par son concept dĂ©bridĂ© et ses rebondissements dĂ©lĂ©tères, et parfois saturĂ© d'une atmosphère envoĂ»tante au sein du cadre singulier des canalisations, C.H.U.D constitue l'archĂ©type de la sĂ©rie B Ă  la fois intègre et artisanale comme il en fleurissait en pagaille lors des annĂ©es 80. Un excellent divertissement donc menĂ© avec panache par une plĂ©iade de comĂ©diens mutuellement couillus,  dĂ©brouillards, amiteux, le coeur sur la main. 

Anecdote subsidiaire: Selon certaines sources, il s'agit d'un des films prĂ©fĂ©rĂ©s de Rob Zombie qui aurait souhaitĂ© en son temps concrĂ©tiser un Ă©ventuel remake. 

*Bruno
28.04.24. 5èx. Vostf
04.12.19. 4èx
08.07.13. 90 v

mardi 3 décembre 2019

Les 7 Mercenaires

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"The Magnificent Seven" de Antoine Fuqua. 2016. U.S.A. 2h13. Avec Denzel Washington, Chris Pratt, Ethan Hawke, Vincent D'Onofrio, Byung-Hun Lee, Manuel Garcia-Rulfo, Martin Sensmeier

Sortie salles France: 28 Septembre 2016.

FILMOGRAPHIEAntoine Fuqua est un réalisateur américain, né le 19 janvier 1966 à Pittsburgh. 1998 : Un tueur pour cible. 2000 : Piégé. 2001 : Training Day. 2003 : Les Larmes du Soleil. 2004 : Le Roi Arthur. 2006 : The Call (court métrage). 2007 : Shooter, tireur d'élite. 2010 : L'Élite de Brooklyn. 2013 : La Chute de la Maison Blanche. 2014 : Equalizer. 2015 : La Rage au ventre. 2016 : Les Sept Mercenaires. 2018 : Equalizer 2. 2018 : American Dream/American Knightmare (documentaire). 2020 : Infinite.


Remake inutile rĂ©alisĂ© par l'habile artisan Antoine Fuqua capable du meilleur comme du pire, Les 7 mercenaires n'en demeure pas moins un honorable film d'action correctement emballĂ© et interprĂ©tĂ©. Et mĂŞme si on aurait prĂ©fĂ©rĂ© une Ă©motion plus empathique (en dĂ©pit de son poignant final et du sort aussi bien cruel que pervers d'une victime Ă  bout de souffle), un souffle Ă©pique plus acĂ©rĂ© et une intensitĂ© dramatique plus escarpĂ©e auprès d'une narration non exempte de quelques longueurs, l'efficacitĂ© des sĂ©quences les plus homĂ©riques nous rĂ©conforte sous l'impulsion d'une unitĂ© solidaire militant pour le sens du sacrifice. Assez convaincants quant au dĂ©filĂ© d'illustres acteurs plutĂ´t motivĂ©s Ă  tenter d'Ă©muler leurs ancĂŞtres, ils pĂŞchent toutefois d'un manque de rigueur Ă  travers leur force d'expression tantĂ´t sentencieuse, tantĂ´t hargneuse. Louablement; et fidèle Ă  lui mĂŞme; Denzel Washington porte le film sur ses robustes Ă©paules avec une force tranquille frĂ©quemment magnĂ©tique en justicier redresseur de tort inscrit dans la probitĂ©. De par son iconique prĂ©sence tĂ©nĂ©breuse, Les 7 mercenaires rehausse le niveau du produit standard parmi l'autoritĂ© d'Antoine Fuqua se rĂ©signant Ă  contenter les fans avec de bonnes intentions. Dommage toutefois que la facture classique de son western manque d'âme, de personnalitĂ© et de passion Ă  travers ses nobles valeurs humaines, si bien que l'on prĂ©fĂ©rera se rapprocher auprès de son illustre modèle avec beaucoup plus de fougue,  d'attention et de nostalgie payantes.

*Bruno

lundi 2 décembre 2019

Les Créatures de l'Ombre

             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cult-trash-in-french-dvd-composite.blogspot.com

"Don't be afraid of the Dark" de John Newland. 1973. U.S.A. 1h14. Avec Kim Darby , Jim Hutton , Barbara anderson , William demarest , Pedro armendariz jr.

Sortie salles US: 10 Octobre 1973.

FILMOGRAPHIE: John Newland est un réalisateur, acteur et producteur américain, né le 23 Novembre 1917 à Cincinnati, Ohio, USA, décédé le 10 Janvier 2000 à Los Angeles, California, USA. 1979: The Suicide's Wife (TV Movie). 1978: Overboard (TV Movie). 1977: A Sensitive, Passionate Man (TV Movie). 1973: Les Créatures de l'Ombre (télé-film). 1972: The Legend of Hillbilly John. 1972: Crawlspace (TV Movie). 1971: The Deadly Hunt (TV Movie). 1970: L'Inceste. 1967: Les S.R. passent à l'attaque (TV Movie). 1965: Le Mystère de la Chambre Forte. 1957: The Violators. 1957: That Night !


PrĂ©cĂ©dĂ© d'une rĂ©putation culte auprès de la gĂ©nĂ©ration 70 (pour sa diffusion TV) et 80 (pour son exploitation en Vhs), Les CrĂ©atures de l'Ombre est une excellente surprise pour un tĂ©lĂ©-film aussi modeste misant autant sur le suspense latent que l'effet de surprise avec l'apparition de petites crĂ©atures rĂ©sidant dans la cave d'une demeure vĂ©tuste. Ainsi, de par sa durĂ©e Ă©courtĂ©e (1h14) et son cheminement narratif classique, John Newland compte sur la formalitĂ© de son atmosphère inquiĂ©tante (superbe photo Ă  l'appui) et le jeu sobre de ces acteurs pour entraĂ®ner le spectateur dans un cache-cache saugrenu avec la peur. Le pitch: venant d'emmĂ©nager dans l'ancienne demeure de ses parents, Sally remarque d'Ă©tranges bruits et incidents inexpliquĂ©s contre l'indiffĂ©rence de son Ă©poux. Qui plus est, elle est persuadĂ©e que des petites crĂ©atures patibulaires veulent intenter Ă  sa vie après les avoir rapidement entraperçus dans les sombres recoins. De cette trame aussi simpliste que standard, John Newland en extrait une efficace mĂ©canique Ă  suspense du point de vue contemplatif de Sally en proie Ă  la psychose et Ă  la paranoĂŻa de se confronter Ă  l'irrationalitĂ© de crĂ©atures venues d'ailleurs.


Ainsi, sans jamais connaître les origines de cette menace horrifique bien réelle, John Newland parvient à surprendre et à fasciner en donnant chair à ses personnages délétères plus vrais que nature. Autant dire que l'on croit dur comme fer à leurs agissements mesquins lorsqu'il s'efforcent de molester leur victime d'un point de vue aussi bien cérébral que corporel. L'intérêt de l'intrigue se focalisant sur l'incompréhension et l'appréhension de Sally en proie à une situation improbable mais qui s'efforcera difficilement de convaincre son entourage quant à la probabilité de la menace, d'autant plus que la taille des tueurs fait tâche ! Car si les Créatures de l'ombre ne manque pas de distiller une angoisse sous-jacente et une inquiétude permanente quant à la survie de ses nouveaux occupants, chaque apparition de ses sujets monstrueux nous oscille parfois la stupeur, pour ne pas dire le rire nerveux. Tant auprès du contexte débridé aussi louche qu'obscur (bien que les créatures libérées de l'isolement et de leur solitude souhaitent tout simplement voler l'esprit de Sally en guise de remerciement) que de la physionomie atypique de ces créatures incroyablement persuasives à travers leurs expressions sobrement patibulaires.


Étonnamment crĂ©dible quant au jeu dĂ©pouillĂ© des acteurs reclus dans un huis-clos atmosphĂ©rique (les dĂ©cors sont d'autant bien exploitĂ©s pour rĂ©vĂ©ler parfois d'Ă©tranges secrets), Les CrĂ©atures de l'Ombre fait constamment illusion dans son savoir-faire Ă  fasciner et Ă  envoĂ»ter sous l'impulsions de petits ĂŞtres dĂ©moniaques Ă  la mine impassible. On s'Ă©tonne d'ailleurs qu'Ă  travers son format tĂ©lĂ©visuel, cette oeuvre ombrageuse fasse preuve d'autant de soin Ă  immerger le spectateur dans un cauchemar domestique non dĂ©pourvu d'intensitĂ© dramatique quant Ă  son Ă©pilogue couillu. 

*Bruno

vendredi 29 novembre 2019

Dr Rictus / Dr Giggles

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Manny Coto. 1992. U.S.A. 1h35. Avec Larry Drake, Holly Marie Combs, Cliff De Young, Glenn Quinn, Keith Diamond, Richard Bradford.

Sortie salles France: 27 Janvier 1993. U.S: 23 Octobre 1992.

FILMOGRAPHIE: Manny Coto est un producteur, réalisateur et scénariste américain. 1989 : Jack in the Box. 1989 : Monsters (1 épisode). 1990 : Schizo. 1991 : Envoyé Spécial. 1991 : Les Contes de la crypte (1 épisode). 1992 : Dr. Rictus. 1997 : Star Kid. 2000 : Mon clone et moi. 2001 : Zenon: The Zequel.


SĂ©rie B d'exploitation surfant sur la mode dĂ©clinante du Psycho-killer Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 90 (et ce avant que Scream n'y reprenne Ă  nouveau le filon 4 ans plus tard), Dr Rictus repartit avec les honneurs du Prix SpĂ©cial du Jury au Festival d'Avoriaz. Rien que ça ! MĂŞme si on peut Ă©mettre des rĂ©serves sur cette rĂ©compense aussi reconnue. Car si le schĂ©ma narratif archi convenu n'augure rien de substantiel, le rĂ©alisateur Manny Coto compte sur l'inventivitĂ© des scènes chocs parfois adroitement cadrĂ©es (FX artisanaux en sus en dĂ©pit de son gĂ©nĂ©rique liminaire artificiel !), son ambiance gentiment cauchemardesque et surtout sur la prĂ©sence sardonique de Larry Drake (rĂ©vĂ©lĂ© dans Darkman) pour emporter l'adhĂ©sion. L'acteur au visage poupard comptant sur l'expressivitĂ© enjouĂ©e de ses yeux bleus et son ricanement Ă  la fois concis et aigu pour incarner un praticien revanchard n'ayant plus la lumière dans le crane Ă  la suite du dĂ©cès de son père Ă©plorĂ©.


Ainsi, nanti de situations dĂ©bridĂ©es parfois hallucinĂ©es (l'accouchement incongru, il fallait oser !), Dr Rictus amuse et innove sous l'impulsion d'une action gore aussi jouissive que dĂ©complexĂ©e. Et ce par le biais d'ustensiles chirurgicaux que le demeurĂ© perpĂ©tue avec une diabolique perversitĂ© d'y varier les instruments pour chaque victime promue. Dès lors, nos ados crĂ©tins ont beau ĂŞtre inexpressifs (comme de coutume) dans leur fonction de chair Ă  pâtĂ©, on s'impatiente finalement de leur inĂ©vitable sort avec un art consommĂ© du sadisme badin. Quand bien mĂŞme la jeune Holly Marie Combs (la sĂ©rie Charmed), ne manque pas de charme dans son petit corps sexy en dĂ©pit de son jeu largement perfectible d'ado souffreteuse peinant Ă  combattre son assaillant auprès de ses expressions timorĂ©es. Pour autant, et en dĂ©pit de ses maladresses gestuelles et labiales, on s'attache gentiment Ă  ce personnage fĂ©minin pourchassĂ©e sans relâche par le tueur obsessionnel alors que son père, son entourage amical et sentimental seront Ă©galement la cible d'un chassĂ© croisĂ© meurtrier. 


Y'a t-il un médecin dans la salle ?
DĂ©nuĂ© de prĂ©tention auprès de sa complicitĂ© friponne avec le spectateur (savoureux clin d'oeil lors de l'affrontement final !), Dr Rictus n'a d'autre but que de divertir comme toute bonne sĂ©rie B du Samedi soir que l'on privilĂ©gie de prĂ©fĂ©rence entre amis. FrĂ©quemment fun, folingue et percutant auprès de la fantaisie de ses sĂ©quences chocs quelque peu rĂ©vulsives (et saugrenues !), il maintient l'attention grâce Ă  cette ambiance sardonique (notamment dans le cadre Ă©trangement ludique de cette fĂŞte foraine) que Larry Drake impulse par sa bedonnante prĂ©sence espièglement hystĂ©rique. 

*Bruno
30.07.22. 4èx

RécompensePrix Spécial du jury, Avoriaz 93.

jeudi 28 novembre 2019

Panics / Bad dreams

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de Andrew Fleming. 1988. U.S.A. 1h24. Avec Jennifer Rubin, Bruce Abbott, Richard Lynch

Sortie salles France: 6 Juillet 1988

FILMOGRAPHIE: Andrew Fleming est un réalisateur et scénariste américain né (selon certaines sources le 14 mars 1963) le 30 décembre 1965. 1988 : Bad Dreams. 1994 : Deux garçons, une fille, trois possibilités. 1996 : Dangereuse Alliance. 1999 : Dick : Les Coulisses de la présidence. 2000 : Grosse Pointe (série TV). 2002 : Paranormal Girl (TV). 2003 : Espion mais pas trop ! 2005 : Head Cases (série TV). 2007 : Nancy Drew. 2008 : Hamlet 2


"Saignée Spirituelle".
Que voilĂ  un excellent B movie horrifique, pur produit de la sacro-sainte Ă©poque des vidĂ©oclubs, que la gĂ©nĂ©ration 80 pouvait louer de prĂ©fĂ©rence un samedi soir, entre amis (Ă©mĂ©chĂ©s, c’est selon). Et pour une première rĂ©alisation, Andrew Fleming s’extirpe honorablement de la routine, concoctant un divertissement pur jus, bâti sur l’efficacitĂ© brute d’une moisson de scènes chocs, particulièrement percutantes et sanguinolentes. Ă€ ce niveau, Panics ne déçoit jamais — entre maquillages gorasses soignĂ©s, montage acĂ©rĂ©, et rythme Ă©chevelĂ© baignant dans une ambiance dĂ©licieusement malsaine, le film dĂ©roule sa partition trouble avec une prĂ©cision presque clinique. On peut notamment compter sur l’incroyable prĂ©sence de Richard Lynch (et son fameux visage de rapace calcinĂ©) pour instiller une tension sourde, tapie dans les recoins moites du cadre, semant visions d’effroi et menace rampante.

Du moins… c’est ce que le rĂ©alisateur tente de nous faire gober pendant une large portion de l’intrigue. Cynthia, seule survivante d’un suicide collectif orchestrĂ© treize ans plus tĂ´t par son gourou, sort du coma. InternĂ©e dans un centre mĂ©dico-psychologique, elle tente de recoller les morceaux d’un passĂ© brisĂ©, tandis que le spectre de son persĂ©cuteur revient la hanter — aussi insidieux que dominateur, dans des visions hallucinĂ©es oĂą la rĂ©alitĂ© se fissure. Autour d’elle, les autres jeunes patients, tourmentĂ©s eux aussi, tombent un Ă  un dans un cycle de suicides inexpliquĂ©s. Fleming, visiblement influencĂ© par la saga de Freddy Krueger, s’amuse Ă  brouiller les pistes entre rĂŞve et cauchemar, entre l’appel du nĂ©ant et la rĂ©demption frelatĂ©e. Un nouveau croquemitaine s’immisce, poussant ces âmes fragiles Ă  cĂ©der au vide dans un vertige pseudo-mystique.

Et bien que son dĂ©nouement — un brin capillotractĂ©  — puisse arracher un sourire, on reste indulgent devant l’audace d’un concept aussi baroque que singulier (une charge en filigrane contre les antidĂ©presseurs aux effets pervers et addictifs).


"Panique sous sédatif".
PortĂ© par l’interprĂ©tation touchante de Jennifer Rubin (dĂ©jĂ  entrevue dans Freddy 3 : Les Griffes du Cauchemar), qui soutient le film sur ses Ă©paules lascives avec un dĂ©sarroi nĂ©vrotique palpable, Panics s’impose comme un petit train fantĂ´me perturbant, dirigĂ© par un Richard Lynch au charisme vĂ©nĂ©neux, subtilement manipulateur. Ă€ revoir absolument, malgrĂ© ses invraisemblances (comme cette hallucinante douche de sang ou l’Ă©pilogue rĂ©vĂ©lateur), largement compensĂ©es par une dĂ©rision bien sentie (le flic obstinĂ©, merveilleusement grotesque), et un savoir-faire technique souvent payant.

*Bruno
4èx

mardi 26 novembre 2019

Joker. Lion d'Or, Venise 2019

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Todd Philips. 2019. U.S.A. 2h02. Avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz, Frances Conroy, Shea Whigham, Bill Camp.

Sortie salles France: 9 Octobre 2019 (Int - 12 ans avec Avertissement). U.S: 4 Octobre 2019

FILMOGRAPHIE: Todd Phillips est un réalisateur américain né le 20 décembre 1970 à Brooklyn (New York). 2000 : Road Trip. 2003 : Retour à la fac. 2004 : Starsky et Hutch. 2006 : L'École des dragueurs. 2009 : Very Bad Trip. 2010 : Date Limite. 2011 : Very Bad Trip 2. 2013 : Very Bad Trip 3. 2016 : War Dogs. 2019 : Joker.


Lorsque l'injustice sociale mène Ă  la folie meurtrière. 
AurĂ©olĂ© du Lion d'Or Ă  Venise, d'une presse dithyrambique et d'un succès commercial inespĂ©rĂ© (eu Ă©gard de sa sinistrose sociĂ©tale d'une noirceur plombante), Joker restera l'un des Ă©vènements clef de 2019 sous l'impulsion d'un jeu d'acteur transi d'Ă©moi. Celui du camĂ©lĂ©on Joaquin Phoenix transperçant l'Ă©cran Ă  chaque seconde de par sa posture borderline compromise au mal ĂŞtre existentiel qu'ils nous communique avec une intensitĂ© aussi bien poignante que bouleversante. Oscillant le rictus nerveux pathologique avec le dĂ©hanchement sensuel lors de ses fantasmes pailletĂ©s (celui d'accĂ©der au podium mĂ©diatique), Arthur tente de se faire une place dans la masse d'une mĂ©tropole urbaine toujours plus divisĂ©e quand Ă  l'inĂ©galitĂ© des classes entre riches et pauvres. Co-existant avec sa mère dans un appartement vĂ©tuste, il s'efforce pour autant de relativiser en se fondant dans le corps d'un clown afin d'y communiquer rire et joie auprès des enfants cancĂ©reux hospitalisĂ©s. Quand bien mĂŞme son rĂŞve de devenir humoriste est peut-ĂŞtre sur le point de se cristalliser grâce aux encouragements d'une illustre vedette d'un show satirique, Murray Franklin. Mais son agression dans le mĂ©tro par 3 jeunes rupins, sa divergence morale avec sa thĂ©rapeute, ses rapports toujours plus houleux avec sa mère et le monde externe vont le mener au point de non-retour. Film choc s'il en est, de par sa violente diatribe contre l'incommunicabilitĂ©, le capitalisme, l'ultra-conservatisme et une rĂ©pression policière dictatoriale, Joker demeure un immense cri d'alarme contre l'intolĂ©rance d'une sociĂ©tĂ© dĂ©shumanisĂ©e rĂ©pudiant souffres-douleur, prolĂ©taires et laissĂ©s pour compte. Arthur s'Ă©rigeant malgrĂ© lui porte-parole contestataire d'une populace sĂ©ditieuse en crise existentielle, de par leur condition de vie Ă©conomique toujours plus arbitraire.


Toute sociĂ©tĂ© engendre les monstres qu'elle mĂ©rite. 
MĂ©taphore Ă©vidente sur le malaise contagieux de nos sociĂ©tĂ©s contemporaines en proie la rĂ©volte de peuples davantage atrabilaires et sur cette soif de reconnaissance individuelle, Joker implore un climat crĂ©pusculaire Ă  la fois baroque et dĂ©senchantĂ© sous l'impulsion d'un anti-hĂ©ros dangereusement schizo. La puissance dramatique de Joker Ă©manant notamment des violences inciviques de la populace de Gotham glorifiant aveuglĂ©ment un criminel grimĂ© en clown depuis que ce dernier osa perpĂ©trer l'irrĂ©parable sur de jeunes bourgeois gouailleurs Spoil ! et un prĂ©sentateur TV fin du Spoil (symboles de l'Ă©litisme). Fort d'une mise en scène personnelle sublimant sans fioriture les faits et gestes de ce schizophrène extravagant en proie Ă  sa psychose endogène, Joker est un uppercut moral aussi puissant qu'un Taxi Driver vitriolĂ© lorsque Arthur laisse s'Ă©chapper ses instincts de colère les plus primitifs. LA rĂ©fĂ©rence cinĂ© que tout le monde eut comparĂ© afin de qualifier cette oeuvre inclassable d'une fragilitĂ© psychologique nĂ©vralgique ("on perd son humanitĂ© dans un ocĂ©an de chagrin"). Si bien que le public le plus lambda s'y reconnait Ă  travers la douloureuse introspection nĂ©vrosĂ©e d'Arthur, puisque compromis par une compassion bipolaire quant Ă  la dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale de celui-ci d'une vigueur expressive tristement dĂ©rangeante. Pour ce faire, et pour atteindre un tel niveau de vĂ©risme et d'acuitĂ© dramatique (Ă©maillĂ©e d'estocades gores tranchĂ©es !); Todd Phillips aura pris soin de nous planter son dĂ©cor blafard et d'y radiographier l'Ă©volution (im)morale de son personnage avec une mĂ©ticulositĂ© ensorcelante. Et ce mĂŞme si l'interprĂ©tation emblĂ©matique de Joaquin Phoenix y doit Ă©normĂ©ment de par l'Ă©motion Ă  la fois si froide et chaleureuse qu'il nous suscite. Tant auprès du reflet existentiel de son insupportable solitude (tant permĂ©able et si d'actualitĂ© !) que de ses exhibitions fantasques afin d'y esquisser la caricature d'un justicier redresseur de maux sociĂ©taux.


Je suis Joker. 
Grand film s'il en est d'une infinie mĂ©lancolie Ă  travers son dĂ©sespoir humanitaire que Joaquim Phoenix nous transcende des pores de son visage martyr, et Ă  travers la langueur de son rĂ©alisme cafardeux que Tod Phillips inscrit dans une pellicule vitriolĂ©e, Joker laissera une trace dans l'histoire du genre inclassable sous le pilier de ce porte parole annihilĂ© par l'isolement identitaire. 

*Bruno

Récompense:
Mostra de Venise 2019 : Lion d'or avec une ovation de 8 minutes

lundi 25 novembre 2019

Les Survivants de l'Infini

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"This Island Earth" de Joseph M. Newman et Jack Arnold (non crédité). 1955. U.S.A. 1h27. Avec Jeff Morrow, Faith Domergue, Rex Reason, Lance Fuller, Russell Johnson, Douglas Spencer, Robert Nichols.

Sortie salles France: 19 Octobre 1955

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Joseph M. Newman (né le 7 août 1909 à Logan et mort le 23 janvier 2006 (à 96 ans) à Simi Valley) est un réalisateur américain.1951 : The Guy Who Came Back. 1951 : Nid d'amour. 1952 : Duel dans la forêt. 1952 : Les Bannis de la Sierra. 1952 : La Dernière Flèche. 1953 : Meurtre à bord. 1954 : Dans les bas-fonds de Chicago. 1955 : Les Survivants de l'infini. 1955 : El Tigre. 1956 : Flight to Hong Kong. 1957 : Death in Small Doses. 1958 : War of the Planets. 1958 : Fort Massacre. 1959 : Le Shérif aux mains rouges. 1959 : Le Cirque fantastique. 1959 : Tarzan, l'homme singe. 1961 : King of the Roaring 20's - The Story of Arnold Rothstein. 1961 : Tonnerre apache. 1961 : The George Raft Story.


                                                           Une chronique de Gand-Alf

Film de chevet de Joe Dante (qu'il citera généreusement dans son attachant Explorers), This Island Earth est une adaptation du roman de Raymond F. Jones mise en scène par Joseph Newman, paraît-il aidé par un Jack Arnold non-crédité au générique.

Sans bénéficier de l'aura d'un Forbidden Planet, This Island Earth marque pourtant l'histoire de la science-fiction au cinéma, proposant peut-être pour la première fois sur grand écran une vision spectaculaire du space opera. Bénéficiant d'un travail sans précédent sur les maquettes et les matte paintings, le film impressionne encore aujourd'hui, ses séquences spatiales s'avérant incroyables pour l'époque.

S'éloignant de l'anti-communisme primaire qui planait alors dans l'air, This Island Earth propose au contraire un récit bien plus intéressant que la simple menace extérieure, faisant même preuve d'un discours étonnamment nuancé. Dommage dès lors que le film de Joseph Newman souffre d'un rythme en demie teinte, mettant bien trop de temps à démarrer et souffrant (comme beaucoup de productions de cette période) d'une tendance au bavardage.

Reste que malgré ses longueurs et son kitsch inévitable (mais loin d'être rebutant), This Island Earth est une date importante dans le cinéma de science-fiction, ouvrant la porte à une poignée de longs-métrages qui sauront développer davantage ses expérimentations pour le plus grand bonheur des amateurs.

Gand-Alf 


                                                       Une chronique de Barbaltrouk

This Island Earth est un film sympathique mais qui possède malheureusement des défauts faisant ombre à ses grandes qualités. Le scénario est plus complexe qu'il n'y parait, l'histoire évoluant grandement durant tout le film. Cependant cela est entaché par des longueurs et un traitement pas toujours favorable... Par exemple la fin du film aurait pu être grandiose mais le développement du peuple des Metaluniens est baclé alors que c'est ce qu'on attend depuis le début...

Et c'est rageant car Exeter et les siens sont vraiment bien traitĂ©s durant tout le film, par leurs motivations par exemple, avant d’ĂŞtre gâchĂ©s dans le dernier quart d'heure... Et c'est d'autant plus dommage que les effets spĂ©ciaux sont vraiment très rĂ©ussis, prenant mĂŞme parfois le pas sur l'intrigue. Certains protagonistes servent aussi plus de faire valoir et d’Ĺ“il pour le spectateur, sans que cela dĂ©range forcement. Le hĂ©ros du film c'est bien Exeter, et le parallèle avec le capitaine NĂ©mo saute aux yeux.

En résumé This Island Earth est un film honorable mais qui aurait pu être vraiment très bon si il n'était pas gâché par certaines longueur et surtout un immense sentiment de "tout ça pour ça...?"

Barlbatrouk

vendredi 22 novembre 2019

Once upon a time... in Hollywood

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Quentin Tarantino. 2019. 2h41. Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Emile Hirsch, Margaret Qualley, Timothy Olyphant, Julia Butters, Austin Butler, Dakota Fanning, Bruce Dern, Mike Moh, Luke Perry, Damian Lewis, Al Pacino, Kurt Russel.

Sortie salles France: 19 Août 2019. U.S: 26 Juillet 2019

FILMOGRAPHIE: Quentin Tarantino est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur amĂ©ricain, nĂ© le 27 mars 1963 Ă  Knoxville dans le Tennessee, aux États-Unis. Reservoir Dogs (1992). Pulp Fiction (1994). Jackie Brown (1997). Kill Bill: Vol. 1 (2003). Kill Bill: Vol. 2 (2004). Boulevard de la mort (2007). Inglourious Basterds (2009). Django Unchained (2012). Les Huit Salopards (2015). Once Upon a Time... in Hollywood.


"Le cinéma, ses églises du délire !"
SonnĂ©, estomaquĂ©, secouĂ©, traumatisĂ©, bouleversĂ©, en perte de repères sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique bouclĂ©, Ă  l'instar du jeu dĂ©jantĂ© d'un Brad Pitt sous acide incapable de contenir son sĂ©rieux face Ă  une situation surgie de nulle part. Tels sont les premiers mots qui me viennent Ă  l'esprit face au nouvel Ă©vènement estampillĂ© Tarantino. Tarantino, ce gĂ©nie cinĂ©phile pur et dur dĂ©clarant ici une nouvelle fois sa flamme au cinĂ©ma et Ă  sa suprĂŞme essence. Mais attention, pas n'importe lequel, non ! Celui du cinĂ©ma(scope) de papa Ă  son plus noble essor, celui authentique des cinĂ©mas de quartier (oĂą l'on prĂ´ne les artisans Sergio Corbucci ou Antonio Margheriti !), celui de la Dernière sĂ©ance (avec ces westerns de sĂ©rie B en double programme), celui du cinĂ©ma rĂ©tro transcendĂ© de tĂŞtes d'affiches iconiques. A l'instar de la caricature de leurs rutilants posters esquissĂ©s de personnages et dĂ©cors flamboyants afin de susciter au spectateur le goĂ»t de l'envie, le dĂ©sir de s'Ă©vader. Celui d'une aventure tant promise donc. Des annĂ©es 50 Ă  la fulgurante dĂ©cennie 70, Tarantino pratique une mise en abyme jubilatoire Ă  travers le destin plein de mĂ©lancolie d'un ancien acteur des annĂ©es 50 tentant de se redorer une nouvelle image au travers de westerns spaghettis instaurĂ©s au prĂ©misse des Seventies. EpaulĂ© de sa doublure cascadeur Cliff avec qui il entretient une relation amicale indĂ©fectible, Rick Dalton accepte donc de se reconvertir dans ces nouveaux westerns Ă  contre-emploi, quand bien mĂŞme Charles Manson et ses disciples hippies sont sur le point d'assassiner Sharon Tate. Pratiquant l'uchronie comme il l'exerça plus tĂ´t si brillamment avec Inglorious BastardsQuentin Tarantino  rĂ©invente une nouvelle fois l'histoire lors de sa seconde partie au grĂ© d'une tension Ă  son paroxysme (pour ne pas dire insoutenable si bien que l'on en sort littĂ©ralement lessivĂ©, du moins auprès de mon jugement de valeur). C'est dire si ce dernier joue avec nos nerfs tel le marionnettiste alchimiste maniant Ă  la perfection ses ficelles pour donner chair Ă  l'illusion !


Pour cela, il mise sur l'expectative du carnage escomptĂ© en alternant les (dĂ©ambulations urbaines et) va et vient de Rick et Cliff se saoulant (au terme) jusqu'Ă  plus soif dans leur cocon domestique afin de clĂ´turer leur collaboration professionnelle, avec la stratĂ©gie planifiĂ©e d'un quatuor de droguĂ©s influençables dĂ©libĂ©rĂ©s Ă  parfaire l'irrĂ©parable (tuer des porcs qu'ils diront, de prĂ©fĂ©rence les plus nantis !). Ainsi, en distillant un infernal suspense autour du sort de Rick et Cliff avec celui de la douce Sharon Tate, indĂ©pendamment confinĂ©s dans leur villa rupin, Tarantino vient de parfaire un scĂ©nario aussi bien imprĂ©visible que rĂ©solument dinguo (si bien qu'il flirte carrĂ©ment avec le cartoon sardonique !). Et ce en pratiquant frĂ©quemment la mise en abyme Ă  travers les agissements de ces personnages se fondant dans l'aventure fictive pour y rejoindre un fait rĂ©el d'une ultra violence cinglante ! (les âmes les plus sensibles auront assurĂ©ment le souffle coupĂ© - ce qui Ă©tait mon cas - de par l'hallucinante maestria que Tarantino cultive pour susciter l'apprĂ©hension la plus sournoise, voire mĂŞme la terreur la plus suffocante). ScandĂ© d'un montage ultra fluide et d'une charpente narrative Ă  la fois irrĂ©prochable et doucement captivante (on prend ici son temps - sans nullement ennuyer -  Ă  planter un univers Hollywoodien afin d'y faire Ă©voluer des comĂ©diens de seconde zone en remise en question), Tarantino est parvenu une fois de plus Ă  nous conter (avec sa maĂ®trise infaillible) une VERITABLE histoire (de cinĂ©ma) imprĂ©gnĂ©e d'humanitĂ©, de folie, d'humour (notamment toutes ses sĂ©quences cocasses avec le chien de Cliff), de tendresse et surtout de nostalgie (celui d'un 7è art aujourd'hui rĂ©volu) et de tendre poĂ©sie. Ainsi, quelle conclusion sobrement Ă©mouvante/affectueuse Ă  travers une rĂ©invention de l'histoire en happy-end, Spoil ! dans la mesure d'y restituer la vie auprès de l'ĂŞtre disparu ! fin du Spoil


Transi d'Ă©moi Ă  la sortie de la projo, tant auprès de sa longue descente aux enfers faisant office d'anthologie horrifique (comptez 1 heure de modèle de mise en scène lors de son acte 2 suggĂ©rant en filigrane une rĂ©flexion sur l'influence de la violence au cinĂ©ma) que du dĂ©clin d'un acteur de sĂ©rie B terriblement attachant et d'autant plus brillant (professionnellement parlant), Once upon a time... in Hollywood demeure probablement l'une des plus belles dĂ©clarations d'amour au cinĂ©ma "vintage" Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 70 (en sus d'un sublime hommage aux sĂ©ries TV policières en ascension). Fameux point d'orgue pour y bouleverser lors d'un parti-pris vĂ©riste les codes du paysage cinĂ©matographique. Pour parachever, comment ne pas Ă©voquer un mot sur les prestances intuitives de Leonardo Di Caprio (quelle fragilitĂ© Ă©motive dans son regard dĂ©chu !) et de Brad Pitt (quelle force tranquille dans sa posture dĂ©contracte !) formant un tandem singulier propice Ă  se tailler une place auprès des lĂ©gendes du cinĂ©ma rĂ©tro qu'ils (rĂ©)interprètent avec une complicitĂ© pleine de dĂ©rision. Quant Ă  la sublime et sexy Margot Robbie, rien que pour sa prĂ©sence Ă©motive confinĂ©e dans une salle de cinĂ©ma, car observant son propre personnage face Ă©cran; son sourire d'enfant Ă  la fois fripon et enchantĂ© (notamment pour y observer derrière les sièges les sentiments des spectateurs) me restera un poignant souvenir quant Ă  l'amour inextinguible que Tarantino porte pour les acteurs de cinĂ©ma. 

*Bruno

jeudi 21 novembre 2019

Barbarella / Barbarella: Queen of the Galaxy

                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmaffinity.com

de Roger Vadim. 1968. France/Italie. 1h38. Avec Jane Fonda, John Phillip Law, Anita Pallenberg, Milo O'Shea, Marcel Marceau, Claude Dauphin, Serge Marquand, David Hemmings, Ugo Tognazzi, Véronique Vendell.

Sortie salles France: 25 Octobre 1968. U.S: 10 Octobre 1968

FILMOGRAPHIERoger Vadim est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, comĂ©dien, romancier et poète français, nĂ© le 26 Janvier 1928 Ă  Paris, dĂ©cĂ©dĂ© le 11 FĂ©vrier 2000. 1956: Et Dieu crĂ©a la femme. 1957: Sait-on jamais... 1958: Les Bijoutiers du clair de lune. 1959: Les Liaisons Dangereuses 1960. 1960: Et mourir de plaisir. 1961: La Bride sur le cou. 1962: Les 7 PĂŞchers capitaux. 1962: Le Repos du Guerrier. 1963: Le Vice et la Vertu. 1963: Château en Suède. 1964: Le Ronde. 1966: La CurĂ©e. 1968: Histoires Extraordinaires (sketch: Metzengerstein). 1968: Barbarella. 1971: Si tu crois Fillette. 1972: HellĂ©. (la Femme en grec). 1973: Don Juan 73. 1974: La Jeune fille assassinĂ©e. 1976: Une Femme Fidèle. 1980: Jeux Erotiques de Nuit. 1982: The Hot Touch. 1983: Surprise Party.


"Elle n'est pas de ce monde !"
Production improbable compromise entre Dino De Laurentiis et Roger Vadim (cĂ©lèbre rĂ©alisateur de Et Dieu crĂ©a la Femme), Barbarella est une aberration filmique tirĂ©e de la cĂ©lèbre bande-dessinĂ©e homonyme de Jean-Claude Forest. Co-produit entre la France et l'Italie, ce space opera criard et festoyant de par ses dĂ©cors hallucinĂ©s, son Ă©rotisme gentiment lubrique et ces Fx ringards, s'alloue d'un casting hĂ©tĂ©roclite aussi improbable que son compère Flash Gordon. Si bien que l'on y croise Marcel Marceau, Claude Dauphin, David Hemmings, Ugo Tognazzi et surtout la cĂ©lèbre pin-up Jane Fonda transperçant l'Ă©cran Ă  chaque plan de sa charnalitĂ© sexy. C'est d'ailleurs principalement grâce Ă  sa prĂ©sence sensuelle de blonde iconique au haut pouvoir de sex-appeal que le film de Vadim fait office de curiositĂ© saugrenue, suscitant notamment un charme rĂ©tro souvent irrĂ©sistible. Le pitchEn l'an 40 000, Barbarella est enrĂ´lĂ©e par le prĂ©sident de la Terre pour retrouver Durand Durand, un nuclĂ©ariste en possession d'une arme destructrice, le Positron. Sur la planète Lithion, la guerrière des Ă©toiles rencontrera une civilisation amorphe au sein d'une population asservie par les agissements totalitaires de la reine noire et de Durand Durand. Ainsi donc, Ă  travers sa combinaison de comĂ©die potache, d'Ă©rotisme soft et de science-fiction dĂ©gingandĂ©e, Roger Vadim nous concocte un divertissement dĂ©bridĂ© oĂą le scĂ©nario risible et l'extravagance lourdingue des personnages accouchent d'un nanar foutraque, Ă  consommer avec prudence selon l'humeur du jour pour les plus exigeants. Vous voilĂ  donc prĂ©venu !


Ainsi, de par sa narration agrĂ©ablement simpliste et surtout l'attrait pittoresque de certaines inventions surgies de nulle part (le dispositif masochiste de la machine Ă  mourir de plaisir ou les effets corporels de la pilule de l'amour, les envolĂ©es aĂ©riennes de l'ange Pygar, la rencontre avec une tribu d'enfants sardoniques, les poupĂ©es aux dents acĂ©rĂ©es) Barbarella se dĂ©cline en spectacle frĂ©tillant pour peu que l'on soit indulgent Ă  sa topographie narrative dĂ©structurĂ©e. L'intĂ©rĂŞt du spectacle psychĂ©dĂ©lique rĂ©sidant dans les rencontres impromptues que notre charmante hĂ©roĂŻne Ă©tablira afin de retrouver la trace de Durand Durand. Car frĂ©quemment molestĂ©e par ses rivaux de tous bords (une reine noire, un savant masochiste, des oiseaux agressifs et mĂŞme les poupĂ©es patibulaires susnommĂ©es - il fallait oser ! -) ou sujette aux avances sexuelles (corporelles ou virtuelles), Barbarella est Ă  la merci de ses ennemis avant de se confronter Ă  ses alliĂ©es (les insurgĂ©s contestataires). Qui plus est, jalonnĂ© d'Ă©parses batailles spatiales prĂ©figurant celles de la sĂ©rie TV San Ku KaĂŻ (si j'ose dire), l'aventure sidĂ©rale dĂ©payse en diable sous l'impulsion d'une partition musicale tantĂ´t dissonante, tantĂ´t pop. Tout un programme dĂ©calĂ© donc, quand bien mĂŞme la flamboyance de ses dĂ©cors de carton pâte, l'omniprĂ©sence de la divine Jane Fonda (parfaitement Ă  l'aise en vaillante amazone arborant une tenue distincte tous les quart d'heure !) et le ton dĂ©bridĂ© de certaines situations dĂ©concertantes transfigurent une sĂ©rie B kitch aimablement ringarde que Roger Vadim nous imprime sans complexe.


Ridicule auprès des pince sans rire, pittoresque (mĂŞme si parfois involontaire) auprès des fans de space opera surgis d'un esprit nonsensique, Barbarella demeure une production hybride Ă  situer entre le nanar dĂ©complexĂ© et la sĂ©rie B gĂ©nĂ©reusement foldingue. A (re)dĂ©couvrir au second degrĂ© donc, Ă  condition d'y ĂŞtre prĂ©parĂ©, selon votre humeur journalière.   

*Bruno
04.11.24. 4èx. Vostfr. 4K
21.11.19. 
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mercredi 20 novembre 2019

Kinjite sujets tabous

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Kinjite: Forbidden Subjects" de Jack Lee Thompson. 1989. 1h37. Avec Charles Bronson, Perry Lopez, Juan Fernández, James Pax, Peggy Lipton, Sy Richardson, Bill McKinney.

Sortie salles France: 26 Avril 1989

FILMOGRAPHIE (comprenant uniquement les productions des années 80): Jack Lee Thomson, de son vrai nom John Lee Thompson, est un réalisateur, scénariste et producteur britannique né le 1er août 1914 à Bristol (Royaume-Uni), décédé le 30 août 2002 à Sooke (Canada). 1980 : Cabo Blanco 1981 : Happy Birthday. 1981 : Code Red (TV). 1983 : Le Justicier de minuit. 1984 : L'Enfer de la violence. 1984 : L'Ambassadeur : Chantage en Israël. 1985 : Allan Quatermain et les Mines du roi Salomon. 1986 : La Loi de Murphy. 1986 : Le Temple d'or. 1987 : Le justicier braque les dealers. 1988 : Le Messager de la mort. 1989 : Kinjite, sujets tabous.


Ultime rĂ©alisation de Jack Lee Thompson Ă©paulĂ©e de son acteur fĂ©tiche Charles Bronson, Kinjite Sujets Tabous reprend Ă  peu près la mĂŞme recette que ces prĂ©dĂ©cesseurs (le Justicier de Minuit, l'Enfer de la Violence, La Loi de Murphy) de par son concentrĂ© de sadisme et de violence mâtinĂ©s de sexe scabreux. Si bien qu'en l'occurrence, le cinĂ©aste s'intĂ©resse au tabou de la pĂ©dophilie Ă  travers un rĂ©seau professionnel dĂ©libĂ©rĂ© Ă  kidnapper la fille d'un cadre japonais jouant les touristes afin d'oser mettre en pratique ses fantasmes. En somme l'arroseur arrosĂ© si j'ose dire, dans la mesure oĂą si celui-ci finit par se laisser dominer par ses fantasmes dĂ©viants lors d'attouchements sexuels sur une ado dans un bus scolaire (une sĂ©quence malsaine inĂ©vitablement dĂ©rangeante dans les Ă©changes de regards et la perversitĂ© de son geste illĂ©gal), sa propre fille fera un peu plus tard les frais du rĂ©seau pĂ©dophile lors d'un jeu de cache-cache avec la police. Quand bien mĂŞme l'agressĂ©e du car de ses odieux attouchements n'Ă©tait autre que la fille du lieutenant Crowe dirigeant l'enquĂŞte sans jamais se douter de la culpabilitĂ© du japonais (et ce jusqu'au gĂ©nĂ©rique de fin !???)


D'ailleurs, on peut rappeler que ce dernier s'inspira en faite des agissements d'un pédophile ayant commis plus tôt un attouchement auprès d'une autre victime paradoxalement consentante et un peu plus âgée !!! ???). Or, le problème s'avère que cette trame très équivoque, d'autant plus prémâchée, est à peine survolée par un Jack Lee Thompson peu inspiré par ce qu'il filme. Notamment si je me réfère à son montage chaotique, à ses seconds rôles cabotins (le supérieur du lieutenant vaut son pesant de cacahuètes à travers son autorité condescendante !) et à un cheminement narratif sporadique ponctué de règlements de compte corporels génialement grotesques. Le cinéaste se refusant à s'attarder sur la psychologie paraphile du voyeur japonais au profit de l'investigation musclée de Crowe jouant les redresseurs de tort avec une idéologie douteuse. Tant auprès de son racisme auprès des japonais que d'une exaction punitive carrément criminelle, et ce même si accidentelle (l'un des malfrats atterrira au fond d'une piscine après avoir été éjecté du haut d'un immeuble, ses chaussures ayant glissé des mains de ses oppresseurs !.)


Plaisir coupable du samedi soir truffĂ© de couacs narratifs et de failles techniques au sein d'un polar de sĂ©rie B imprĂ©gnĂ© de mauvais goĂ»t, Kinjite sujets tabous divertit sans ennuyer grâce Ă  la trivialitĂ© de son concept couillu que Charles Bronson impose avec son charisme viril imperturbable. Un nanar dĂ©complexĂ© en somme heureusement saturĂ© de sĂ©quences dĂ©bridĂ©es/incongrues que la gĂ©nĂ©ration 80 pourrait Ă  nouveau entĂ©riner avec autant de clĂ©mence qu'une pointe de nostalgie. En tout Ă©tat de cause, ce genre de divertissement limite irresponsable serait irrĂ©alisable aujourd'hui, faute de notre censure ultra conservatrice. 

*Bruno
2èx